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mercredi, mai 30, 2012

Frissons

Dans la forêt, le souffle d'une tempête lointaine. La brume étouffe le lac silencieux.

Une nuit fraîche tombe sur les arbres qui frissonnent leurs feuilles nouvelles... 

Dans les grandes villes québécoises, la rumeur du peuple a des airs de casseroles. Gronde la révolte. L'urbanité frissonne sous l'exaltation de sa jeunesse.

 À Montréal, l'orage inonde les rues qui résonnent des cris du peuple.

 Sur la toile circulent les images des inondations qui détournent l'attention de l'atmosphère survoltée.

 Elle regarde l'actualité se dérouler sous ses doigts habitués à trouver l'information en temps réel...

À Miami, un cannibal attaque. Drogue ou virus? Les zombies rodent et les esprits s'enflamment. Elle frissonne.

 L'humanité vibre d'un drôle de sons que détectent les capteurs des vaisseaux extraterrestres cachés derrière Jupiter.

La nuit tombe sur la petite maison de pierre cachée dans la forêt et l'obscurité se gorge du bruit des feuilles qui bruissent sous le vent...

Huit mois plus tard 

1ère option: Le climat social continue son petit chemin révolutionnaire jusqu'à ce que la menace zombie le rende obsolète. Le Canada essaie de fermer ses frontières. C'est la guerre. Jésus n'est pas revenu sur Terre mais le diable s'éclate. Les extra-terrestres finissent par se manifester et s'en mêler. Sauver la Terre est leur objectif. Quant à l'humanité c'est mal barré!

2ième option: Le climat social s'apaise et les choses changent pour le mieux. La menace zombie est éradiquée à la source. Partout sur Terre l'humanité trouve les moyens d'évoluer et de grandir. L'espoir d'un monde meilleur renaît. Les extra-terrestres cachés derrière Jupiter sont satisfaits des progrès de l'humanité et continuent d’attendre qu'elle soit assez mûre pour les rencontrer et échanger...

En réalité 

Qu'il est bon de sentir la fiction reprendre ses droits en mon imagination. Signe de guérison intérieure. Maudit virus grignoteur de nerf facial! Sentir bourdonner les sens qui font vibrer les entrailles. Un an et demi après le choc de ma paralysie faciale, l'impression subtile de recommencer à vivre.

Continuer la bataille pour retrouver la forme. En chemin, retrouver des forces intérieures.Retrouver l'énergie de regarder autour de soi et d'observer un monde en turbulences.

Enfin l'humanité n'est-elle pas turbulente depuis la nuit des temps? Peut-être que dans le fond, il n'y a rien de bien nouveau sous les Tropiques célestes...

Comme dans un roman (de science-fiction)

jeudi, février 07, 2008

De lune et d'étoiles

Je n’aime pas les nouvelles lunes, elles me perturbent. Les nouvelles lunes qui font les nuits obscures me rendent insécure. En faisant quelques recherches sur le sujet je tombe là-dessus : « L'une des conséquences les plus répandues de la nouvelle lune, c'est qu'elle fragilise les personnes qui y sont réceptives. Si c'est votre cas, vous risquez de vous sentir nerveux, angoissé, ou même de mal dormir, sans aucune raison apparente. Inutile de vous prendre la tête pour essayer de comprendre ce qui vous arrive … c'est probablement l'effet de la nouvelle lune ! Pour le savoir, soyez juste attentif ces prochains mois : si ce mal-être se manifeste toujours à la même période, vous saurez à quoi vous en tenir ! (source)»

C’est en effet quelque chose que j’avais remarqué au fil des années, je ne suis pas tant sensible à la pleine lune qu’à l’absence de lune. Les pouvoirs de la lune sont impénétrables. Comme ces deux phénomènes ont une influence sur les marées pourquoi ne pourraient-ils pas influencer les courants de mes humeurs? Je repense à mon amie qui travaille dans un centre pour femmes battues. Elle me dit : « C’est fou comment pendant la pleine lune on a plus de job! C’est toujours pareil, à chaque pleine lune, cela dégénère chez quelqu’un! ». L’on parle beaucoup des effets de la pleine lune mais j’entends rarement parler de ceux de la nouvelle lune.

Durant la dernière pleine lune un évènement en particulier m’a d'ailleurs choquée: la disparition prématurée de ce garçon qui donnait des frissons à ma féminité. J'ai peu d'acteurs fétiches en mon coeur. Pourtant c’est vrai, j'avais Heath. Celui-ci me faisait toujours frémir, il me faisait rêver comme peu d'acteurs arrivent à le faire. D'une façon irréelle je l'aimais. Il avait l'âge de mon homme et je voyais une certaine ressemblance entre lui et Juan. Sa fille n'avait que quelques jours de différences avec la mienne. Sa fille est tout son portrait, la mienne est tout le portait de son père! Je ne sais pas pourquoi mais il faisait vibrer en moi une fibre sensible. Si j'avais voulu emmener un fantasme sur une île déserte c'est lui que j'aurai choisi! Complètement perméable à son charme j'étais. Heath possédait ce petit quelque chose de spécial. Sa mort m'a percutée plus que je n'aurais pu l'imaginer. Elle a touché quelque chose qui n'a rien à voir avec le monde réel. Sa mort m'a révoltée. J'ai ressenti une drôle d'impression, un peu comme si l'on m'avait enlevé quelque chose qui me faisait du bien. Sa mort m'a énervée aussi car tout de suite j'ai pensé qu'il ne l'avait pas fait exprès mais qu'il l'avait fait quand même. Mais qu'avait-il fait au juste pour trépasser ainsi? Peu le savent. Certains s'en doutent. Plusieurs disent qu'il bataillait ses démons, d'autres affirment qu'il était en pleine dépression. Est-ce que la tristesse peut tuer un si bel homme? Et puis quelle tragédie pour sa toute petite fille devenue orpheline de père. Mon homme ressent ma peine sans la partager. Il me dit:

- Vous les femmes, vous êtes toutes pareilles. C'est juste parce que tu te dis que tu aurais pu le sauver!!!

La pertinence de sa remarque me frappe. C'est vrai que l'on veut trop souvent sauver ces hommes qui baignent en plein mal être! Ces hommes qui nous plaisent de par cette intensité qu’ils dégagent. Enfin, moi qui ne suis pas blonde pour un sou, je ne me fais pas d'illusion, jamais je n'aurais pu l'aguicher! Mais dans l'absolu j’aurais bien aimé échanger avec lui (et plus si affinités). Quelques jours après sa mort, je ressens le besoin d'écrire, je laisse couler cette histoire malgré moi. Cette histoire qui me hante comme le fantôme qu’il est devenu. Je sais que je fais le deuil d'un fantasme. Je me donne la liberté d’écrire pour exorciser la triste sensation qui me poursuit. Je n’aime pas trop jouer avec les morts. Je dirais même que je n’aime guère jouer avec ce genre de trucs. Mais avec Heath c’est plus fort que moi. En parcourant la Toile, je me rends compte que je ne suis pas la seule à être triste. Y'en a même qui pleurent! Ce qui n'est pas mon cas. Je ressens une tristesse mais cela ne se transforme pas en détresse! Faut pas exagérer non plus. Ce n'est pas comme si je le connaissais pour vrai, ce n'est pas comme si je l'aimais vraiment…

J'ai conscience qu'il y a des milliers d'inconnus qui meurent sur la planète chaque jour, des milliers de situations tragiques qui se déroulent sans que cela ne pénètre ma bulle. Pourquoi donc est-ce que sa perte me peine tant? Je réalise que c’est parce qu’il me faisait du bien, il me faisait vibrer de l’intérieur, à travers ses films il me touchait le cœur. Il me faisait rêver en plein éveil. À certain point, un point hollywoodien, il faisait partie de ma vie. Jour après jour, je saoule mon homme avec ça, je m’en excuse tandis que je le bassine Heath par ci Heath par là. Il me répond :

- Ben je t’en veux pas, déjà que t’étais saoulante dès qu’on le voyait dans un film! C’est un peu normal que cela te fasse de quoi maintenant qu’il est mort, vu comment il te faisait de l’effet de son vivant!!!

J’aime tant mon homme qui me comprend. Je regarde jouer ma fille et je pense à cette petite fille qui ne reverra plus jamais son papa qui l’aimait. Je sais bien ce que c'est que de vivre sans père. Je regarde mon homme jouer avec ma fille et je me dis qu’on a bien de la chance d’être si heureux, d’être ensemble, d’être en vie. Je préfère vivre cela plutôt que n'importe quoi d'autre. Vivre ces moments là m'est plus enrichissant que tous les millions de dollars que je pourrais accumuler sur un compte.

Je garde au fond de moi cette subtile impression que ce garçon, que je ne connaissais qu’en illusions, aurait lui aussi voulu connaitre ces instants paternels, ces moments d'intimité familiale qui tournent autour de l'astre enfantin. Il aurait voulu être le père que ma fille possède. Il aurait voulu tenir cette place dans la vie de la sienne. Il n’y a pas réussi, il a échoué sur ce plan familial même s’il a réussi à briller sur un plan international. Il aura vécu une vie exceptionnelle mais une vie trop courte. Je devrais écrire d’autres histoires mais celle-ci, au fil des jours qui passent, me poursuit.

Je capitule et je laisse s'écouler des mots qui deviennent fiction, ces mots, fruits de mon imagination, sont librement inspirés de faits réels. Je travaille plusieurs heures sur cette intrigue. C'est la première fois que je suis une telle inspiration! Je ne sais pas trop quoi faire de cette histoire pseudo surnaturelle. Même si je sais que je pourrais la travailler davantage, je n'en vois pas le but ultime. Ce n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan, comme une larme l'irréel.

Depuis que j'ai fini de d'écrire cette histoire qui a jailli malgré moi je ressens le besoin de m'en détacher, le besoin de m'en libérer. Je ne veux pas l’insérer ici. Elle n’est pas dans les saveurs de ce jardin de Toile. Alors il me revient une idée qui macérait depuis des lustres. Une idée que j’avais déjà expérimentée aux débuts de ce carnet en rangeant ailleurs mes brouillons de nouvelles . Je décide d’ouvrir une annexe virtuelle. Un coin sans prétention où ranger ces fictions que je ponds par ci par là

De lune et d'étoiles

dimanche, janvier 20, 2008

La fiction de Zélie

J’ai rattrouppé toutes les nouvelles qui traînaient en ce jardin virtuel. J’en ai trouvé presque vingt en son sein. Dix neuf en fait mais une vingtième a soudainement germé en mes idées durant la dernière semaine…

Certains de ces brouillons de nouvelles ne sont formés que de quelques centaines de mots alors que d’autres en comptent des milliers. J'ai laissé de coté les brouillons de nouvelles qui ont déjà été publiées sur papier même si certaines histoires seraient à explorer davantage.

De certaines je me souviens à peine alors que d'autres restent bien ancrées en mon esprit qui patiente. Mais qui se souvient de Goom, de Maria ou de Sarah? Il fut un temps où ce petit coin de toile se tissait les fils de mes diverses fictions. "Avec le temps va tout s'en va" dit la chanson d'antan mais avec la Toile va tout s'archive! D'ailleurs la version en pâte à modeler que fit Julie de mon Goom est désormais sur YouTube...

Cependant il m’est impossible de me « recueillir » car ces histoires sont de tous genres, de la sorcière perdue dans une clairière à une jeune femme rebelle sous le régime nazi, il y a trop de pas à franchir pour pouvoir les lier en un même ouvrage. Ce sera donc une histoire à la fois que je reprendrai du service...

Évidemment il m’est venu l'inspiration de commencer par celle qui était la plus inachevée du lot! C'est aussi la dernière archivée ici. Depuis quelques semaines, j’ai commencé à la triturer pour mieux l'absorber. C'est une bonne histoire pour me remettre la main à la pâte. J'ai bien avancé sur ce sujet, cette fiction se développe avec facilité en mes idées. Elle déroule son histoire sur mon clavier qui caquète de nouveau sous les élans de mon imagination. Elle prend doucement forme même si elle n’a pas encore de titre précis. En voici un bref extrait...

« (…) Ses doigts s’agitent dans le vide. Elle se laisse porter par cette fatigue qui l’enrobe toute entière. En son sommeil tourmenté, Zélie explore un monde qu’elle ne comprend pas. Des couleurs irisées l’éblouissent. Des sons distortionnés l’intriguent. Elle cherche des repères dans cet univers inconnu. Elle sombre. D'étranges créatures auscultent son corps. Une trouble frayeur s’empare de ses sens. Zélie cherche le contact de son homme mais ne le trouve pas. Elle se tourne et retourne, elle le cherche, elle s’étonne de cette absence sans arriver à franchir la frontière du réveil. Elle frissonne de la tête aux pieds. Elle a froid. Trop fatiguée pour s’inquiéter davantage, elle se laisse bercer par ce vrombissement qui l’assoupit inexorablement. Le temps se fige. Elle dérive.

Elle sent pointer ses mamelons durcis. Elle sent monter le lait en ses seins gonflés. Une douleur sourde lui vrille la poitrine. D’un coup, l’impression de se faire téter lui parcoure la chair. Elle se cambre, elle résiste, elle essaie de repousser cette bouche frigide. Elle n’arrive pas à se réveiller. Son esprit se débat mais son corps ne répond plus. Sa volonté fond comme neige au soleil. La fatigue, tentaculaire, l'emporte. Elle n’a plus la force de se débattre. Trop épuisée pour batailler, elle imagine que son homme a pris le petit affamé. Elle plonge encore plus profondément dans cet incompréhensible songe. Il l’aura emmené dans leur lit pour qu’elle puisse l’allaiter sans bouger. Elle est si fatiguée. Elle se rassure. Elle se détend. Toujours ce même vrombissement pour bercer ces sensations étranges qu’elle n’arrive pas à déchiffrer. Elle essaie de décrypter ce qu’elle ressent sans y parvenir. Elle s'inquiète. Sa peau nue se couvre de frissons. (…) »

La fiction de Zélie

dimanche, février 11, 2007

Rencontres du neuvième type (Épisode II

Le ciel se voile et la température remonte au dessus des -20. Cela fait des jours
que je n’ai pas mis le nez dehors! Je décide d’aller prendre l’air. Je tourne le dos
au lac pour me diriger vers la forêt. Je m’engage sur un sentier de motoneige déserté.

Je pénètre dans la forêt. Je me réchauffe un peu. Tout est silencieux. Malgré moi,
j’entrevois un arbre non loin du sentier qui, d’un coup, m’intrigue. Je m’arrête.
Une puissante attraction me pousse à sortir du chemin pour m’approcher de cet
arbre à l’écorce déchiquetée. Sans m’en rendre compte, je m’enfonce dans la
neige. J’arrive au pied de cet arbre. Son tronc est constellé de dizaines de trous
plus ou moins gros. C’est étrange. Est-ce une cité d’écureuils? Depuis quand est-
ce que les écureuils vivent en troupe?

Je tends la main vers l’une de ces cavités. Mes doigts accrochent quelque chose de lisse que j’agrippe. Je retire mon poing fermé pour l’ouvrir à l’air libre. Je découvre une petite bourse de cuir. Ma curiosité l’emporte sur ma raison et je délie le nœud qui ferme cette étrange bourse. Aussitôt, une fumée opaque s’échappe. Mes oreilles bourdonnent. Je sens tout mon corps s’engourdir. La fumée se dissipe alors pour révéler une créature nonchalamment appuyée contre le tronc de l'arbre. Je ne peux plus bouger. Je crois la reconnaître. Moitié homme moitié arbre, elle me regarde de ses deux orbites taillées à la hache. Sa bouche aiguisée s’ouvre pour me parler. Collée à la neige, je n’ai plus conscience de mon corps. J’entends sa voix rauque résonner au creux de ma tête.

- Long time no see. Je t’attends depuis plusieurs semaines…

Frustrée, je le regarde sans penser l’ombre d’une parole. Il poursuit :

- Tout comme lors de notre dernière rencontre, tu peux communiquer télépathiquement avec moi. Tu n’as qu’à penser à ce que tu veux dire et je t’entendrai parler comme si tu le faisais à voix haute…

Butée, je force le silence dans ma tête. J’essaie de me déplacer mais je suis incapable de bouger une seule parcelle de mon corps. Il continue :

- Tout comme l’autre fois, j’ai altéré ta réalité en te décalant de ta dimension réelle. Tu ne peux rien y faire! Tant que nous n’aurons pas discuté, tu ne pourras pas en sortir! Ainsi est le sort que je t’ai jeté.

- Tu m’énerves!
- Ah! Ça y est tu te décides?
- Je ne décide rien du tout! Qu’est-ce que tu me veux encore?
- Je suis revenu te proposer un nouveau deal
- Ouais, t’as de l’espoir…
- En effet. J’ai toujours de l’espoir sinon comment pourrais-je passer l’éternité à me dédier à ma tâche?
- Bof, je m’en fous un peu! Mais puisqu’on en est là, rafraîchis moi la mémoire, c’est quoi ta job encore?

Ses minuscules doigts de brindilles farfouillent l’intérieur de son costume pour en ressortir une minuscule carte qui scintille sous la lumière du jour. J’observe sa bouche de bois s’ouvrir et se fermer sans faire un seul son.

- Je suis un agent secret du bureau IMD, "Interspirit Mental Divisions". C’est moi qui suis responsable de ton dossier.
- Ah parce qu’en plus j’ai un dossier, vraiment je suis gâtée!
- Tu sauras pour ta gouverne que le Bureau n’oublie jamais l’un de ses cas. Lorsque tu as été contactée une fois, il est fort probable que tu le seras de nouveau au cours de ton existence. Je constate que tu es très réceptive à notre aimant interdimensionnel!
- Super! Mais si je me souviens bien, tu n’as pas eu gain de cause lors de notre dernière rencontre. Qu’est-ce qui te fait croire que tu m’auras cette fois-ci?
- Disons que ton dossier a été étudié avec attention. Il apparaît que nous avons désormais une nouvelle ouverture…
-Pfff, n’importe quoi! Non mais vraiment tu m’énerves! Tu veux pas me lâcher le grain?

La créature se renfrogne. Je la vois se courber sur elle-même. Je sens une colère savamment maîtrisée poindre sous la douceur de ses paroles. La chose ne se laisse pas impressionner par mon esprit fermé.

- Je disais donc qu’une nouvelle autorisation de changement de peau a été acceptée et que je suis là pour t’en avertir. It's all set. Tu as été déclarée apte à la transition, le processus est enclenché, tu ne peux plus reculer…
- Pfff, tu dis n’importe quoi pour me forcer à te croire! Ouais, je suis sûre que toi et ton Bureau de je sais pas trop quoi, vous ne pouvez rien faire sans mon accord! Si c’était le cas, tu n’aurais pas besoin de communiquer avec moi de la sorte…
- Ah! J’avais oublié cette perspicacité que tu possèdes. Disons que tu n’as ni tout à fait raison, ni tout à fait tort. Mais ne tiens-tu pas à en savoir davantage?
- À quel sujet?
- Tu fais la maligne, mais je suis capable de percevoir que cela te démange d'en savoir davantage. Allez, no mind games, tout est sous contrôle. Anyway, je ne suis pas certain que tu tiennes tant que cela à ta peau. Donc, comme la dernière fois, le Bureau te propose la peau de Vanessa.
- Vanessa?
- Ne fais pas l’idiote! Vanessa Paradis!!!
- Mais qu’est-ce que vous lui voulez à cette pauvre fille! Vous ne pouvez pas la laisser tranquille? Et moi avec! Elle n'a sûrement pas envie de changer de peau et sûrement pas avec la mienne! Tout ceci est ridicule et cruel!
- Tu sais, tu n’as absolument rien à craindre, c’est un procédé vieux comme le monde. Il s’opère sans aucune douleur. Il suffit d’accorder le sommeil des deux cerveaux et bang! C’est fait! Tu te réveilles chez elle, elle se réveille chez toi, tout va bien.
- Ouais, si elle t’entendait, pas certaine qu’elle serait convaincue non plus! Je ne suis pas dupe, je comprends bien ton petit jeu de tentations. Qui ne rêverait pas de se retrouver dans le lit de Johnny ?

Malgré l’engourdissement de mes membres et l’irrationnel de la situation, mon esprit est incroyablement lucide. Je reconnais le danger sans être en mesure de le cerner. Je pèse et soupèse chacune de mes pensées. L’homme fait d’écorce se détache du tronc qui le soutient; de ses jambes faites de branches, il fait un pas vers moi. Je fixe ses minuscules dents, si bien aiguisées, si luisantes. Il m’explique:

- Tu es désormais mère. La première fois, tu n’étais pas prête. Tu voulais un enfant. Tu ne voulais voler les siens et tu ne savais pas ce qu’être parent signifiait. Maintenant que tu as enfanté, tu es plus apte à la conversion. Après étude de ton cas, nous constatons que vous avez les mêmes vues sur les grandes lignes de la vie. Cela nous confirme que nous avons fait le bon choix. Il te sera facile de t’attacher à ses petits. Tu peux avoir totalement confiance en elle pour materner ta fille.
- Non, mais t’es complètement débile! Qui te dit que je désire laisser ma fille et mon mari? Et mieux encore, qui te dit que ses enfants ne découvriront pas vite la supercherie? C’est stupide ton idée. Je n’ai pas le même langage ni les mêmes manières qu'elle! Je ne connais pas ses expressions. Sans compter que nous n’avons certainement pas la même terminologie interne! Et puis, tu prends ses gamins pour des cruches! Sans parler de son homme! Comme s’ils n'allaient pas sentir la différence? Et le mien dans tout cela? Il n'a peut-être pas envie que je m’éclipse! Et tu as pensé à sa réaction à elle? Tu lui a demandé son avis???

Il fait un pas vers moi. Je puise dans ma colère pour lui lancer :

- En plus, tu te fous complètement de ma gueule! Vanessa ne va pas s'ajuster au lac en une semaine! C'est comme changer de planète! Et dans son sens, cela devient cauchemardesque!
- La question ne se pose pas. Tu es la seule à posséder le pouvoir de décision. C’est entre tes mains que tout se joue.
- Hein? Mais c’est de l’arnaque pure! Elle va se faire avoir! Je suis sûre qu’elle adore sa vie et qu’elle ne veut pas en changer pour venir se terrer dans mon bois!
- Tu dramatises. Ta vie n’est pas si pire, elle possède aussi certains atouts. Qui te dit que secrètement elle n’envie d'une vie simple comme la tienne? En plus, cela lui donnera l’occasion de goûter à de la chair fraîche, ça la changera de son vieux croûton.
- Pardon?
- Ton mari est jeune et fringuant, il a presque 20 ans de différence avec Johnny, pour une fois, elle pourra déguster de la bonne chair fraîche!
- Non mais, t’es complètement malade! Je veux bien considérer mon homme comme de la chair fraîche mais dire que Johnny Depp est un vieux croûton, c’est de l’abus!!! Pis cela ne fait aucun sens, tu te contredis sans arrêt. Si ma vie est correcte, pourquoi est-ce que je voudrais prendre la sienne?!? C’est franchement pas net ton deal!

Je le vois faire un autre pas vers moi. Je ne me laisse pas intimider, je continue :

- Encore que j’accepte, comment pourrais-je reproduire qui elle est sans la connaître? C’est pas en me glissant dans sa peau que je vais pouvoir être ce qu'elle est! Je ne suis ni chanteuse ni actrice! Il ne me semble pas que l'on ait les mêmes personnalités! Et surtout pas les mêmes expériences! Non vraiment, cela ne fait aucun sens! Je sais qu’il y a un piège dans ton histoire!
- Tu te poses trop de questions! Premièrement, vous êtes toutes les deux bilingues et vous parlez toutes deux français! Tu n’auras pas de mal à assimiler sa façon de parler une fois que tu auras pénétré sa mémoire et ses cordes vocales! Deuxièmement, tu ne soupçonnes pas à quel point vous avez de points en commun. Troisièmement, tu ne peux imaginer la capacité d’adaptation humaine, c’est phénoménal! Really powerfull! De plus, comme je te l’ai mentionné la première fois, tu peux tout à fait choisir l’option « court séjour »...

Je le sens s’adoucir. Il se déguise sous une nouvelle humeur pour essayer de mieux m’amadouer. Mais il cherche la petite bête sans en avoir l’air. Il me regarde gentiment. Il esquisse un sourire charmant. Il opine du chef et poursuit sur sa lancée :

- Imagine, te plonger dans son corps gracile. Pouvoir ensuite profiter de l’immensité de sa garde-robe! Voyager comme bon te semble, faire du shopping selon tes envies. Être financièrement libre...

Je sens qu'il m'aguiche. Des visions paradisiaques emportent mes pensées. Je fais de mon mieux pour ne pas les embrasser. Le paradis de Vanessa ne m'appartient pas. Je m'accroche à cette simple pensée tandis qu'il enfonce le clou:

- Vivre la vie faste des gens célèbres entre la Provence et la Californie. Aller froliquer sur une île déserte. Savourer la bohème chic de tes rêves. Ne me dis pas que ce n’est pas tentant! Et ne me dis pas qu’aimer son homme te serait difficile…

Tandis qu'il s'exprime en silence. Je le sens pénétrer mes pensées. Je vois pointer entre ses lèvres d'écorce ses minuscules dents, si nombreuses et étincelantes. Malgré la torpeur de mes membres, je garde une certaine vivacité d'esprit. Je chasse ces idées de paradis au petit goût de souffre. J'essaie d'oublier cette perche de bonheur qu'il me tend. je résiste :


- C’est sûr que sa vie est loin d’être affreuse! Mais aimer Johnny Depp avec mon coeur? Whoo, là t’en demande beaucoup l’extra-terrestre! Je n’ai pas un cœur d’artichaut! Pis je le connais pas, il est peut-être très con tu sauras!

Malgré moi l’image de Johnny me pénètre la cervelle. Je me languis subitement sur les images de ses films qui jouent dans mes idées. Je sens s’insinuer en moi le démon de l’envie.

- Okay, je te l’avoue, il a l’air incroyablement cool, super intéressant et physiquement délicieux. C’est certain que je pourrais me prendre au jeu! Mais on ne parle pas d’amour! Car même si j’explorais ma sexualité avec lui, encore que j’apprécie l’expérience, ce ne serait que du sexe. Sans parler de l'idée de faire l’amour avec les tout petits seins de Vanessa! Ouf! Bizarre! Enfin, il les aime bien, il doit sûrement savoir comment leur faire plaisir! Mais même si mon corps s'accorde avec lui, cela ne veut pas dire que mon cœur sera en phase avec le sien! Évidemment, je ne pense pas qu’il aurait besoin de me violer les premières fois, mais ensuite?
- Ensuite?
- Oui, ensuite! Lorsque l’attrait de l’aventure sera passé, lorsque je ressentirai son absence d’émotions envers moi. Lorsque j’aurai le manque de mon homme et ma fille dans le sang? Tu ne crois pas que les choses risquent d’être moins roses? Surtout si en plus les enfants soupçonnent quelque chose…
- Tu penses trop, tu compliques les choses! Et si je te dis que tu peux y aller que pour quelques jours! Tu n’as pas tant à t’en faire! That's easy! Je fais ce métier depuis des générations, je sais de quoi je parle. Il n’y a jamais eu de réclamations.
- Pfff! Tu mens, je le sens!

Il fait un autre pas vers moi. Il se dégage de ses lèvres entrouvertes une odeur mi agréable, mi fétide. Je m’étonne de la sentir. En plein hiver, normalement, l’on ne sent plus rien! Comment puis-je être capable de le sentir? Il s’approche. Son emprise sur mes pensées s’accentue. Je mets toute ma volonté à combattre ce magnétisme qui me perturbe l'esprit. Je le vois alors esquiver une ultime tentative de séduction.

Et, tout à coup, j’ai la tête pleine d’images merveilleuses qui défilent en une douce mélodie. Des images de bonheur intense, d’île paradisiaque, d’existences torrides. Un petit morceau de moi commence à flancher. Et si ce n’était vraiment que pour quelques jours? Il m’est de plus en plus difficile d’avoir les idées claires, de résister à sa tentation.

Pour garder toutes mes forces, je me concentre sur ce que j’aime dans ma vie. Je m’accroche à mes petits bonheurs. Je pense à mon homme qui me chérit, à ce petit bout de fille qui nous ensoleille la vie. J’évite de penser à mes insatisfactions. Je me polis la raison. Je commence à comprendre que tout repose sur un seul choix.
Et si en fait, cette créature n’était rien d'autre que le symbole d’un choix? L’acte de choisir est puissant. L’on en sous-estime l'importance. Après tout, le pouvoir de choisir n'est-il pas l'un des grands pouvoirs que possède notre humanité?

Il est vrai que les choix sont toujours abstraits. Pourtant ceux-ci peuvent entraîner de lourdes conséquences tout à fait concrètes! Ne pas faire le bon choix est dangereux. Et si tout le danger de cette créature se cachait là? Sa proposition est alléchante, mais n’est-ce pas justement trop alléchant pour être réellement bon? Je reprends le contrôle de mes émotions. Je réplique avec calme et fermeté:

- Encore une fois, je me vois dans l’obligation de refuser ta proposition. Je dirais même qu’il y a erreur de jugement sur la personne. Ton Bureau n’est pas des plus compétents, vous devriez en revoir la gestion! Ne savez-vous point que le but ultime de ma vie est de me sentir bien dans ma propre peau! Pas de changer de peau! Même si j'envie le paradis de Vanessa, cela n'est pas le mien! Je travaille à ma propre réussite intérieure. J’aime ma bohème boisée. Elle n’est peut-être pas chic mais elle est sereine! Les obstacles sont nombreux. Mais je suis tenace. Je surmonte les épreuves et je continue d'avancer sur ce chemin qui est le mien. J’ai la chance d’avoir un homme extraordinaire pour m'apprécier telle que je suis, pour m’aimer même lorsque je me déteste, pour me soutenir lorsque je faiblis, pour m’offrir une jolie famille. Tout le monde ne peut pas en dire autant. J’en suis bien consciente! Et je ne cracherais certainement pas sur ce que je possède déjà pour les beaux yeux de Vanessa! Sans compter que j’ai mis au monde un petit rayon de soleil qui illumine les ombres de mon cœur. Et toi, tu voudrais que je lâche tout cela pour quelques envies aussi superficielles que futiles? Non, tu m’énerves, allez, zou, disparais de ma vue et laisse moi tranquille!!!

J’envoie en sa direction une gigantesque vibration. J'y condense toute ma volonté. La créature vacille, elle recule de deux pas. Elle essaie d’ouvrir une dernière fois la bouche avant de s’évaporer en une épaisse fumée sombre. Pouf, elle n'est plus!

Je suis de nouveau seule. J’entends piailler quelques oiseaux dans les branches au dessus de ma tête. Je sors de mon étrange torpeur pour réaliser que je suis complètement gelée. Je ne sens plus mes doigts. L’air glacé me fouette le visage. J’ai de la neige jusqu’aux cuisses. Je frissonne de tout mon corps. Je reprends possession de ma chair. Je fais un pas puis deux, puis trois. Je me dépêche de retourner sur ce sentier d’où je m’étais égarée. Puis je prends mes jambes à mon cou et je file chez moi à la vitesse de l'éclair…

Rencontres du neuvième type

dimanche, janvier 07, 2007

Au petit jour...

Je me réveille la première. Je me décolle les paupières lourdes de sommeil pour aller me chercher un verre d’eau. En entrant dans la cuisine, je crois distinguer un mouvement près de la fenêtre. Je me secoue les puces. Un autre matin blafard pointe derrière la vitre. Depuis quelques jours, une épaisse brume embrouille les paysages. Je baille. Je crois voir quelque chose bouger dans le salon. Sûrement un chat qui s’étire. Je sors un verre du placard. Furtivement, il me semble apercevoir une silhouette se déplacer sur le balcon. Je fronce des sourcils et m’approche de la fenêtre. Dehors, le brouillard alourdit l’atmosphère, tout est calme et silencieux.

Je me frotte les yeux et tourne le robinet pour laisser couler l’eau fraîche dans mon verre. J’entends l’homme ronfler dans la chambre. Le bébé dort encore. Alors que je prends une gorgée d’eau fraîche, quelque chose remue à ma droite. Je tourne la tête juste à temps pour distinguer une bouffée de brume s’effacer de la chaise. Je fronce les sourcils, indécise, est-ce que je suis moins bien réveillée que j’en ai l’impression? La brume existe dehors jamais à l’intérieur! Je m’approche de la baie vitrée pour examiner les environs. Une purée de pois recouvre la rue. Elle lèche le balcon de sa grisaille. Quelque chose bouge sur les escaliers. Quelque chose qui se fond rapidement dans la brume. Dans le salon, un chat siffle et grogne.

J’entre dans la pièce pour y découvrir une masse informe sur le divan. Une entité de vapeur flotte sur le tissu. J’avale de travers et m’arrête net. Gelée dans mes mouvements, je me colle le dos contre le mur. La masse se forme et déforme jusqu’à ressembler à une personne. Mon cœur bat la chamade. Sans me prêter attention, la chose sans consistance s’approche de la fenêtre. Elle la traverse sans un bruit et paraît marcher vers le brouillard. Elle y disparaît en deux secondes. J’ose prendre une grande respiration. Peut-être que je dors encore et que je suis en train de rêver que je suis réveillée? J’entends battre mon cœur dans mes veines. L’instant présent possède la texture du réel mais je n’en comprends pas la saveur. J’ai à peine repris mes esprits que je distingue une autre de ces formes assise sur une chaise de jardin oubliée dans un coin de balcon. Elle tourne sa tête sans visage en ma direction. Je manque de défaillir. Un cri s’étouffe entre mes lèvres. Je traverse la cuisine au pas de course pour me réfugier dans la chaleur de mes draps…

Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire? Et bien voilà, c’est juste cela! Juste une minuscule histoire de vapeur matinale, rien qu’un soupçon de fiction jaillit d’un concept confus: Et si les lecteurs de blogues pouvaient, grâce au pouvoir des mots, se matérialiser dans notre réel? Et si les esprits inconnus qui lisent ces phrases offertes aux regards de tous pouvaient se téléporter l’essence en nos maisons cachées? À quoi ressembleraient nos petits matins embrumés si l’on avait le pouvoir de croiser ces personnes invisibles qui viennent butiner notre virtualité?

Embuée

mardi, février 14, 2006

Le retour de Shni

Silence. Lily-Soleil sommeille. Pause. Tout à coup apparaît au dessus de l’étagère une drôle de bête! Schpouff! Délicate, la petite chose toute rose se déplace sans un bruit pour atterrir sur le haut de mon écran.

- Hé, je suis pas une drôle de bête, tu sais bien que je suis un génie!
- Tiens, te revoilà toi. Long time no see !?! Pis, arrête de lire dans mes pensées cela m’énerve!
- Okay d’abord, ce n'est pas poli! Mais comme j'ai vu que tu allais un peu mieux ce matin, je me suis dit que je pourrais venir te faire une petite visite de courtoisie!
- De courtoisie!?!
- Oui, je traînais par-là, tu sais, j’ai vu tes ennuis de santé pour faire venir au monde le petit humain qui dort à coté, alors je ne voulais pas t’embêter mais aujourd’hui je n’ai pu m’empêcher d’intercepter tes pensées. Excuse-moi…
- Humm, je ne sais pas, je n’aime pas bien que l’on pirate mes neurones éclatés!!!
- Oui, je sais, je sais, tu as même fait virer mon prédécesseur pour moins que cela! Mais quand même, tu remarqueras que cela faisait longtemps que je ne t’avais pas importunée!
- C’est vrai, pourtant j’ai souvent pensé à toi…
- Et à chaque fois que tu penses moi, c’est que je ne suis pas loin, dans l’invisible, je veille…
- Ah!
- Donc, je voulais simplement t’encourager pour ces bonnes pensées matinales et te donner, si je le puis, un peu de force pour les concrétiser..
- Hein ???
- Tu ne pensais pas à faire briquer ta cabane en bordel pour la St-Valentin? Histoire de faire plaisir à ton homme fatigué après sa grosse journée?
- Si, c’est vrai, j’y pensais fort. La petite est sage, je me sens moins maganée, je pensais même essayer de lui cuisiner un gâteau pour la peine…
- Ah! Tu vois! Je t’encourage donc de mes pouvoirs magiques, lâche pas…


Psshiit, il s’envole et disparaît entre deux bouquins poussiéreux. Le visage entre les mains, je poursuis mes réflexions. Rien ne vaut un peu d’action, allez ouste, je prends mon courage à deux pieds et me lève pour m’effacer de cette virtualité…

transparence

Que l’Amour inonde les cœurs embués,
qu'il purifie les humeurs polluées de matérialisme ambiant.
Joyeuse St-Valentin à vous qui passez par là!

Le retour de Shni

mardi, avril 05, 2005

Amazones...

Demain sortira dans le collectif l'Écrit Primal, la version papier de cette nouvelle qui me tient beaucoup à coeur. Fiction à saveur fantastique que je vais continuer d'explorer dans les mois à venir en espérant en être un jour satisfaite. En voici un extrait...

Extrait: Les caméras du monde entier avaient leur objectif rivé sur la ville de Québec. Plusieurs fois pas jour, la mairesse Brochain expliquait la situation dans des conférences de presse gigantesques, elle essayait tant bien que mal d’annoncer le déroulement d’une guerre qui semblait inévitable.

La présidente Guillette plaidait sa cause à l’ONU via satellite et s’efforçait en vain de raisonner avec le Général Busharat, chef des armées Islamistes Unies. Depuis plusieurs mois déjà la tension croissait entre les deux partis. Et pas plus de trois heures après la fin de l’ultimatum lancé envers la république du Québec, les forces armées Islamistes Unies avaient franchi la frontière canadienne par le Vermont. Une longue caravane d’hommes armés jusqu’aux dents, prêts à tout pour faire tomber le régime féministe en vigueur dans la République indépendante du Québec, fonçaient sur sa capitale nationale. Leur progression en direct sur chaque petit écran familial fascinait le monde entier. L’on ne parlait plus que de cela sur toutes les ondes du globe. Quelques pays d’Europe exprimaient l’idée d’envoyer des troupes pour soutenir le Québec dans sa cause. Les discussions s’étiraient, les débats jaillissaient de toute part et pour l’instant la Présidente Guillette était seule à défendre son petit pays menacé.

Lorsque les troupes Islamistes avaient traversé Montréal, ne laissant derrière eux qu’un paysage de souffrances et de désolations, la planète était restée bouche bée devant un tel massacre. Les Montréalais, si pacifiques de nature n’avaient pas voulu prendre au sérieux l’ultimatum de Busharat. L’on ne voulait croire à une invasion américaine. Malgré les menaces, la ville était restée calme et les habitants avaient continué de vaquer à leurs occupations sans déroger à leurs habitudes. Lorsqu’ils eurent réalisé l’ampleur de la situation, il était déjà trop tard!

La police métropolitaine fut anéantie avec une dizaine de missiles bien placés. En quelques heures, les pertes humaines considérables s’exposaient sur les écrans de tous les pays. Le monde moderne était en état de choc. Comment en était-on arrivés là? Comment le Nord, contrée toute puissance depuis des siècles, pouvait-il en arriver à se déchirer de l’intérieur?

Tournons un instant vers le passé pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de ce conflit imminent. Remontons à 80 ans plus tôt, là où toute cette histoire commença : Après le référendum de 2274 alors que le Québec se sépare sans heurts du Canada anglophone pour former une nouvelle nation autonome. Alors que de forts partis politiques musulmans sont en train d’islamiser les États-Unis. Alors que le Canada anglophone s’engage dans une optique de neutralité passive. Le Québec, se dégage du joug britannique qui l’a si souvent bridé dans son identité propre. Un nouveau courant féministe bouscule les mœurs explosés. Les dirigeants politiques se déclinent tous au féminin. Le pouvoir est principalement entre les mains des femmes depuis plusieurs décennies.

La nouvelle République du Québec est un petit pays d’hiver, d’eau et de bois. Un petit pays qui se construit toujours plus à contre courant de ses voisins américains. Durant cette transition, de l’autre coté de l’Atlantique, plusieurs pays européens se convertissent aussi à l’islam. La République du Québec connaît, quant à elle, une évolution des mœurs toute différente. Les femmes qui ont déjà acquis de belles victoires pour l’égalité des sexes ont peu à peu pris les rennes de toutes les sphères de la société. Les hommes ont pris l’habitude de rester à la maison ou de faire du sport sous toutes ses formes. Le Québec possède les meilleurs athlètes masculins au monde. Ils travaillent encore dans quelques réseaux privés et publics mais ont peu de poids visible sur la culture contemporaine.

Les femmes, après avoir brillées dans plusieurs domaines auparavant exclusivement masculins, ont réussi grâce à leur ténacité et leur travail acharné à conquérir les plus hautes positions sociales et économiques. C’est entre leurs mains que se façonne la nouvelle République. C’est donc sans surprise que lorsqu’il fut venu le moment d’élire le premier président de cette nouvelle République francophone, une femme gagna les premières élections présidentielles….

Mais revenons à nos écrans fixés sur ce présent où s’écrit une autre page d’Histoire québécoise. La présidente Guillette vient d’annoncer qu’elle a donné le feu vert aux ‘générales’ de l’Armée Indépendante. Les Amazones vont être lâchées sur les troupes de Busharat. Tout le monde est en état de choc. Personne n’a encore posé les yeux sur ces amazones étranges. Conçues en laboratoire, génétiquement modifiées, ces femelles clones ne sont encore jamais sorties des usines ultra secrètes dans lesquelles elle furent fécondées. Ces clones sont l’une des raisons de la fureur du général Busharat qui les considère avant tout comme des armes biologiques extrêmement dangereuses. Ses troupes ne sont plus qu’à quelques kilomètres des ponts de Québec. Voici les premières images qui se relaient à l’instant d’un bout à l’autre de la planète.

Les amazones nues prennent d'assaut les routes et les chemins. Indifférentes aux passants qui les observent, elles exultent une incroyable force surnaturelle. Par milliers, elles sortent des trois usines du centre ville, guidés par un radar interne, elles avancent uniformément, dans la même direction. D’apparence humaine, il est pourtant facile pour l’œil aiguisé de percevoir leurs mystérieuses incongruités. Avec la même cadence, elles se retrouvent rapidement devant le Pont Pierre-Laporte. Elles se rassemblent en rangs, les armes aux poings, le visage fermé, devant l’entrée du pont qui brille sous la canicule. De l’autre coté, les éclaireurs de Bushurat se pressent pour mieux voir…

samedi, octobre 23, 2004

Rencontre du neuvième type...

Juan est en ville, il a encore des examens tout le jour, Shni le petit génie du ménage m’observe du coin de l’œil, assis sur le haut de l’écran, je m’apprête à lui parler lorsque je remarque son sourcil froncé. Cela me coupe toute envie « Fais chi…! ». Je vais quand même pas devenir son esclave avec l’âge! Je me souviens de ma tolérance au bordel à 20 ans et je réalise que je change, m’améliore(?) évolue ou vieillit, c’est selon…

Hypérion, la tête posée sur une pile de cahiers s’en fout, il veut juste faire son petit somme pépère, en fait, si je pouvais rester tranquille, cela l’arrangerait…

Je décide de sortir faire un tour de mon jardin en deuil. La pelouse est jonchée de feuilles, un petit vent nordique appelle la saison à venir, je frissonne en mes os mûrs. À la lisière du bois, je vais de l’avant et avance entre les arbres décharnés. Le silence est d’or même si le ciel est gris, je grimpe m’asseoir sur un énorme rocher. Je me souviens de ma vingtaine où lorsque j’étais seule, je pouvais m’amuser toute seule et pas de façons les plus catholiques lors de mes balades nudistes dans la forêt isolée du monde pressé…

Je descends du rocher, effleure la mousse fraîche qui l’enrobe et me fraie en passage dans un champ d’énormes fougères jaunies par la malice du temps. Je trébuche sur un morceau de bois et m’étale de tout mon long, je me relève en maugréant et aperçois ce qui m’a fait tomber. Ce n’est pas un vulgaire morceau de bois mais un petit coffre finement ciselé. Je m’agenouille dans les fougères et l’ouvre délicatement, un petit nuage sombre éclabousse mes doigts et je tombe sur les fesses, le coffret se referme en un « clac » sec.

Peau-d'arbre

Mes oreilles bourdonnent douloureusement et j’ai des fourmis plein les mains, quelquechose se forme sur le dessus de cette étrange boite et une créature humanoïde apparaît devant moi. Un être verdâtre habillé d’un uniforme rouge pompier se dessine. Je voudrais me lever mais je suis paralysée, mon corps ne répond plus aux commandes de mes idées. La créature se fait moitié homme, moitié arbre et une petite bouche aiguisée s’ouvre dans l’écorce de sa peau. Il me dit :

- Salut Etolane! Je t’attendais! Tu ne peux pas parler, le gaz ténébreux te paralyse mais je peux entendre tes pensées si tu les diriges vers moi…
- Ah Oui!
- Tu vois, tout fonctionne à merveille!
- Je n’irais pas jusque là, mais si tu le dis, pourquoi je peux plus bouger?
- Parce-que tu n’es plus dans la dimension habituelle de ta réalité, tu es décalée en quelque sorte, tu peux me voir, nous pouvons discuter, mais tout cela n’est pas réel pour ton corps, il est comment dites-vous : « on hold »?
- Hum, et pourtant, je te vois et t’entends et je me sens toujours exister là, puisque je ne peux plus bouger! C’est pas super logique ton truc…
- Ce n’est pas supposé être logique, ah! Si je savais rire, tu m’amuserais beaucoup…
- Super! Pis c’est quoi ton deal? Y doit avoir quelque chose puisque tu es là, je te vois et tu me parles…
- Tu as raison, il y a un deal, tu es perspicace à ce que je vois, l’on ne m’avait pas informé de ce détail au bureau général!
- Pfff! Encore un bureau général!Ya de la bureaucratie dans toutes les dimensions, c’est quand même déprimant vos histoires! Pis "shoot" don’ c’est quoi ton bureau à toi?

De ses petits doigts, aussi fins que des brindilles, il sort une minuscule carte de son costume, c’est si minuscule que je ne vois rien d'autre qu’un petit éclat entre deux rayons de soleil qui percent entre les nuages bas. Alors que je scrute de mon mieux cette étrange créature à une bouche, elle s’ouvre à nouveau :

- Je fais partie du réseau IMD, Interspirit Mental Divisions, en charge des cas comme je tien!
- Ah! Parce-que en plus même chez vous, je suis un cas!
- Nous avons ton dossier en main depuis quelques semaines et après tes vibrations d’hier, le bureau a décidé d’entrer en action et de se placer sur ton chemin…
- Avec un coffret antique dans les fougères?
- Disons plutôt un aimant interdimensionnel très puissant…
- Oh! Excusez, pis c’était quoi le problème de mes ondes hier? J’ai rien fait de spécial, si ce n’est quelques gourmandises chocolatées que je regrette déjà!
- Je ne suis pas là pour t’expliquer chaque détail de la procédure! Alors là, tais-tois et écoute moi!
- Pff, si je pouvais grimacer, je le ferais, mais c’est bon, go…
- Bien! Je disais donc, après étude de ton dossier, nous avons reçu l’autorisation de changement de peau. Tu as été prise en charge par le programme et je suis ton premier contact. Le changement s’opérera cette nuit et je ne suis là que pour te préparer à la transition mentale que tu devras supporter. Certains sujets ne passent pas le cap et cela devient très dangereux pour nous, mais le Bureau a décidé que tu avais les capacités requises pour la transformation, donc tout devrait bien se passer…
- Heu! Allo! Pardon? Changement de peau, transformation? Yo! T’hallucines pas un peu trop! Je comprends pas! J’ai même pas goûté un milligramme de Datura!!! Tu peux pas décider de m’envoyer quelque part où je veux pas aller! No Way!
- Ohohohoh! Ne t’affole pas, ce n’est rien que tu ne peux affronter et puis es-tu vraiment sure que lorsque tu sauras ta destination, tu ne seras pas heureuse de lacher ta peau? Comme je le disais avant que tu ne m’interrompes encore, le Bureau a choisi et t’a octroyé la peau de Vanessa, femme de Johnny!
- Pardon?!?
- Vanessa Paradis! Ne fais pas la sotte! Nous avons intercepté tes ondes lors de ta lecture hier, dans ce petit café, comme le bureau t’étudiait depuis un certain temps, les chargés de projets se sont finalement mis d’accord et je suis là pour t’accompagner dans cette nouvelle aventure…
- Ahhaha! Si je pouvais rire, je serais à moitié morte! Bien que peut-être que je le suis déjà dans le fond! Come on’ Tout ça à cause de cet article dans le dernier Vanity Fair! Vous y allez un peu fort quand même! Je me demande bien qui est le grand chef de votre organisation???
- C’est un détail que je ne puis te révéler, et cela n’est d'aucune importance! Ainsi le changement de peau s’opère durant le sommeil, nous opèrons toujours lorsque les deux cerveau sont en mode relâché et il suffira d’un réveil pour que la nouvelle réalité prenne forme. Nouveau corps, nouvelle vie! N'es-tu pas trés heureuse?

Malgré la torpeur de mes membres engourdis, je n'en garde pas moins une certaine vivacité d'esprit. Plus la créature parle et plus je sens pointer un danger invisible entre ses mots généreusement donnés. Cachée, déguisée, il y a anguille sous roche et c'est clair comme de l'eau!

- Bon, je commence à entrapercevoir la nature de ta requête, mais j’ai quand même une question, il arrive quoi à Vanessa dans tout ça?
- Et bien c'est simple! Elle reprend ta peau, c’est un changement de peau, pas un assassinat! D'ailleurs si vraiment tu le désires, il est toujours possible de ne demander qu'un bref séjour...

Je le sens qui m'aguiche. Il cherche en moi la petite bête qui grince et débloque. Je vois pointer entre ses lèvres d'écorces de minuscules dents, si nombreuses et étincelantes, que je fais de mon mieux pour ne plus les regarder.

- Ouais! Ben, me semble qu’elle y perd pas mal au change la pauvre! C’est pas en sa faveur me semble. Je dis pas que mon Juan n’est pas des plus charmants, mais bon déjà, le réveil, intense, me semble! Pis ensuite je te raconte même pas une fois qu’elle pose un pied à terre dans mes tongs! C’est débile! Elle va jamais résister! Son cœur va lâcher, elle va me tuer en un soupir!
- Mais non! Tu dramatises complètement! Qui te dis qu’elle ne finira pas par y trouver ses aises, ta vie n’est pas une si grande torture! En plus nous lui avons donné ta semaine de lecture pour s’ajuster, qui te dit qu’elle n’aimerait pas aller en cours, elle est bilingue comme toi, elle devrait arriver à s’en sortir, et puis tu n’as qu’un seul cours de version, tu as collectionné les bonnes notes, c’est pas mortel non plus! Elle devrait être en mesure de s'ajuster!
- Man, tu te fous de ma gueule! Elle va pas s'ajuster à Québec et au Lac en une semaine! C'est comme changer de planète! Et dans son sens, cela devient cauchemardesque! Pis si mon existence n'est pas une si grosse torture pourquoi je devrais la fuguer? Non mais franchement! Moi, je me réveille avec Johnny, une cage dorée, une garde robe excellente, du soleil à gogo, j’imagine des maisons tripantes, je dis bien DES maisons! La plage, ah! la plage! Des palmiers, deux enfants en bas age et tout le tralala pour s’en occuper. Le rêve quoi! En gros, le Paradis! Ahaha! C'est un peu tiré par les cheveux, si tu veux mon avis!
- Tu paniques, c'est normal, tous ceux qui sont choisis passent par là. Respire, cela va passer. Nous avons étudié vos deux dossiers, et contre toutes apparences, je te l'accorde, il s'est avéré que tu étais parfaitement compatible avec elle. Ce n'est pas moi qui m'occupe de cette section de la procédure, mais nos scientifiques ne se trompent jamais! Allez Respire par le cerveau! Tu vas voir, cela va aller mieux...

Je décide de ne pas écouter ses conseils et de suivre ce chemin de pensées qui me porte désormais. Subitement, j'ai les idées claires, le coeur pur, et une volonté de fer!

- Ben voyons, tu me contes des salades, encore qu'on soit compatible, c'est pas ça le point! Je peux pas prendre sa vie et lui donner la mienne! La pauvre, elle se retrouve à la lisière de l’hiver, dans une cabane perdue au milieu de nulle part!!! Trois sous dans ses poches, pas d’enfants, et une tonne de lectures à avaler sur des sujets dont elle n’ a rien a foutre! Pis tout ça c’est normal! Ça devrait passer comme une lettre à la poste! Ya right! Humm, j'ycrois pas "pantoute"! Je suis sure que y’a un coup bas dans ton truc, cela me semble pas catholique du tout ton histoire! Y’a aucune compassion! Je ne veux pas jouer à ce jeu!

- Depuis quand les catholiques font de la magie un art??? Ah c’est certain! Tu as raison! Tout ceci n’est pas catholique. Mais n'as-tu point remarqué que le catholicisme bat de l’aile ces temps-ci? Ce n’est plus comme si l’on avait besoin de s’en préoccuper! De toute façon tu n’as pas le choix, la décision a été prise en haut lieu, tu ne peux plus rien y faire!
- Cela m’étonnerait fort! La vie n’est pas si simple mon cher! Et même si je n’y comprends pas grand chose à tes histoires, j’aimerais que tu me libères sur le champ! Je désire réintégrer ce corps désobéissant, et je souhaite que tu proposes à d’autres ton petit marché diabolique! Ciao!
- Comme cela, tu refuses Johnny Depp!
- Oui! C’est pas parce-qu’il me fait mouiller sur papier glacé que je vais lui voler sa femme pour aspirer sa vie! C’est n’importe quoi ton truc! Allez disparais de ma vue! Et que je ne te revois plus! Amen!!!

La petite bouche se met à grogner, et je sens que j’ai touché le point faible, l’étrange créature d’arbre et d’esprit se dissout sous ma détermination farouche et je reprends peu à peu le contrôle de mes mouvements. Je me lève d’un seul bond et d’un pas rapide me dirige vers mon jardin, je retrouve la chaleur de ma maison. Shni est toujours sur le haut de l’écran. Il discute avec une mouche en m’attendant. Je soupire profondément et prends le balai à ma droite…

dimanche, mars 28, 2004

Autobiographie fictive, Sans titre...

À sa mort, un sombre jour de pluie, ma maîtresse a hurlé comme une lionne en rage. Ses boucles folles se sont animées comme des êtres vivants. Ses larmes se sont mélangées à la pluie et un énorme nuage noir est venu s’installer autour de ses vibrations...

Elle a tant pleuré que j’ai cru qu’elle allait se noyer. Je ne savais que faire pour la consoler. Je n’aime pas quand Maîtresse pleure. Ses douleurs me tordent le cœur et c’est automatique, j’en perds le goût des souris et de la chasse...


Deuxième partie

Mais avant de passer à autre chose, revenons un instant à Grégère. Ce grand frère ébène qui me fit découvrir la vie de chat d’intérieur. Ce maître félin avec qui je vécus mes premières explorations extérieures. Enfin si l’on n’oublie la fois où je suis tombé du balcon. « Quel con » me dit Grégère lorsque je retrouvai les hauteurs de la maison...

Ce jour de chute était un jour d’été. Il faisait chaud à Montréal. Maîtresse et ses amis étaient partis pour la fin de semaine. Je voulais jouer avec Grégère mais sans faire attention, je glissai, volai et tombai du balcon pour atterrir en un seul morceau trois étages plus bas! J’avais à peine 5 mois et j’eus plus de peur que de mal! Je me relevai en un seul morceau. Un peu sonné et pas mal terrifié, je trouvai un trou où me terrer. J’attendis d’entendre mon nom. Les heures passèrent, interminables, je n’osais sortir de ma cachette, trop de sons étrangers pour me faire frissonner les poils du menton. L’on me trouva en fin de journée alors que le soleil allait se coucher et que je commençais à vraiment paniquer....

De chaton insouciant, je devins un jeune chat plein de vigueur. Je voulais tout apprendre, tout connaître, tout comprendre. Je suivais à la trace Grégère qui était l’ombre de Maîtresse. Je découvrais ce petit bout de femme, reine de mon univers félin. Parfois à l’ombre d’un placard je questionnai mon frère...

- Pourquoi Maîtresse des fois elle oublie nos croquettes? Elle nous aime plus tu crois?
- Mais non, tu es nigaud quand tu veux. C’est parce qu’elle est pas là, tu vois pas quand les amis viennent la chercher et qu’elle ne revient que deux ou trois soleils plus tard?
- Si, je sais, d’ailleurs j’ai toujours peur qu’elle ne revienne pas! Mais c’est quoi des amis?
- Ça je sais pas trop, des fois je comprends pas bien les « deux pattes »! En général je la comprends bien elle, mais le monde des « deux pattes » souvent m’échappe...
- Mais tu as bien une idée, ça sert à quoi des amis?
- Je sais pas trop. Les siens ont l’air de la faire rire, de la divertir, elle doit jouer avec eux pour ne pas s’ennuyer un peu comme toi et moi quand on joue à la souris imaginaire...
- Ah! Mais j’ai jamais vu de souris...
- Bon tu me casses les pattes avec tes questions, lâche moi un peu, je veux dormir seul...


Comme la porte qui s’ouvrait sur l’ailleurs ne s’ouvrait jamais pour nous. J’étudiais Maîtresse, cela occupait mon temps entre deux croquettes et trois sommes...

Grégère pensait souvent à la porte qui menait vers l’ailleurs inconnu et bruyant. Il voulait croquer des herbes, grimper des arbres, chasser, tuer des proies à déguster saignantes. Il s’en plaignait souvent. Maîtresse s’en rendait compte. Elle se posait entre nous deux, nous caressant longuement...

Nous ronronnions à l’unisson et elle nous murmurait à l’oreille « Vous êtes beaux mes minous, je vous promets un jour, je vous donnerai la liberté du dehors. Je vous donnerai un extérieur sans voitures ni dangers. Un dehors avec des souris à chasser et plein de choses à grignoter.. Un jour, vous serez libre, je vous le promets... »

Elle tint sa promesse. C’est dans un domaine de fée que nous explorâmes la forêt qui me parut la première fois enchantée de magie inconnue. Je suivais Grégère plus heureux que je ne l’avais jamais connu dans nos années passées ensemble. La vie était douce, Maîtresse était bonne, les saisons passaient aussi surprenantes les unes que les autres. Je me rappelle chuchoter à Grégère les jours de soleil brûlant :

- Tu as vu, elle part encore se promener nue. Si elle aime se promener nue, pourquoi elle met des tissus les autres temps quand elle s’en va ailleurs?
- Je sais pas trop. Peut-être qu’elle essaie de se faire pousser des poils pour plus nous ressembler quand elle est là! Allez, viens on va la suivre dans la forêt. Elle va sûrement aller griffonner son cahier sur le gros rocher, y’a plein d’écureuils à attraper là bas...


Nous la suivions avec passion dans ces promenades d’arbres et de roches. J’aimais voir scintiller sa peau dorée au soleil des chaudes journées de cette époque bénie. Je pensais que la vie continuerait toujours ainsi. J’étais en pleine forme. J’adorais chasser les petits serpents que je mâchouillai avec délice sur la terrasse ensoleillée....

Pourtant une sensation de changement se profila bientôt à l’horizon et arriva le jour du grand départ. Nous retournâmes en ville quelques temps. Nous traversâmes l’Atlantique, et nous nous retrouvâmes de l’autre coté de l’océan. Peu de temps après mon frère succomba et Maîtresse pleura. Après avoir mangé ce mystérieux poison qui l’emmena tout droit au pays des ancêtres, Grégère ne me parla plus pour m'expliquer les choses du monde. Je devais continuer seul. Ma vie ne fut plus tout à fait pareille, j'avais perdu mon frère....

Après sa mort, Maîtresse commença à ne plus vouloir vivre avec celui que je considérais comme mon père sur deux pattes. Un jour aussi gris que les autres, elle fit ses valises. Elle partit et je restai seul avec ce père qui ne s’occupait guère de mon bien-être. Elle revenait puis repartait et cela durait toujours un peu plus longtemps...

Je m’inquiétai beaucoup de ma Maîtresse et l’absence de Grégère pesait lourd sur mon moral. Il y eut bien Pomme d’Api qui me changea quelques temps les idées. Petit chaton gris et coquin, il me tint compagnie quelques lunes. Mais il disparut un jour de printemps pour ne plus revenir...

Je n’ai pas bien compris la suite des jours de cette période mouvementée de ma vie. Nous avions changé de maison peu après la disparition de Pomme d’Api. Maîtresse ne revenait plus. J’étais triste et je m’ennuyais beaucoup. Mon père me fit découvrir Paris. Dans le seizième, je fus le plus malheureux de toute mon existence féline. Mon père avait dans son lit des amies qui n’étaient pas ma maîtresse. J’avais beaucoup de peine. Les lunes passaient et je me demandais si je la reverrais un jour...

Je m’endormais tout le temps en pensant à elle. Je revoyais sa chevelure bouclée et ses sourires tout doux. Je crus mourir d’angoisse. Mais j’étais devenu un mâle. Lorsque je traversai une dernière fois l’Atlantique pour retrouver mon sol natal, je repris espoir en la vie...

Mon père me déposa dans un nouvel endroit que je n’avais jamais vu. Je retrouvais ma maîtresse adorée, ses mots caressants, son visage aimant et ses boucles folles. Mon père repartit, je ne le revis plus...

Ma maîtresse était souvent triste. Nous étions seuls dans cette petite cabane perdue au milieu de la campagne. J’explorai la forêt non loin. Elle m’avait trouvé un énorme jardin ou jouer et chasser. Chaque soir, je m’endormais à ses cotés une patte dans ses boucles. J’étais si heureux, j’aurais voulu que cela dure toujours, elle et moi, seuls, tranquilles, loin du monde fou des « deux pattes » qui s’activent nuit et jour...

Arriva alors un homme que je ne connaissais pas. Un grand « deux pattes » avec des boucles comme celle de ma maîtresse. La première fois que je le vis, je restai perplexe...

L’insolent s’installa dans notre lit et bien vite dans notre vie. Maîtresse était moins triste et j’aimais cela mais ce garçon ne m’inspirait guère confiance. Il ne voulait plus que je dorme dans le lit et passait tout son temps à caresser ma maîtresse qui riait. Peu à peu je m’habituai à sa présence parmi nous. Boites après boites je finis même par l’apprécier et l’aimer comme j’avais aimé mon premier père....

Bientôt notre famille s’agrandit. Maîtresse adopta une drôle de chatte adulte avec la face toute plate! Elle avait bien mauvais caractère. Pourtant ma douceur eut vite fait de ses colères et nous devinrent de bons amis malgré nos races différentes. Je finis même par la trouver belle avec son minuscule nez qui s’enfonçait entre ses deux yeux citrouilles. Je ne le savais pas encore, mais cette drôle de chatte allait révolutionner ma vie...

À suivre...

vendredi, mars 26, 2004

Autobiographie fictive. Sans Titre...
In writing...

Première partie :


Je m’appelle Atlantik, j’ai le regard vert en amande, des poils frisés sur le bas-ventre et un appétit féroce. Je commence à me faire vieux. J’en ai vu passer des lunes et des soleils depuis le début de ma vie...

Je m’appelle Atlantik, j’ai un regard de pirate qui charme. J’ai presque douze ans. Je suis né en ville. J'habite à la campagne et je voulais écrire ma vie avant de m'effacer à jamais. Est-ce si étrange pour un vieux chat que de vouloir laisser une trace de son passage sur Terre? Je ne crois pas...

Je m’appelle Atlantik, j’ai traversé l’atlantique et je me meurs un peu plus chaque jour...

C’est pour cela que j’ai désiré écrire l’histoire de ma vie. Utiliser le peu de temps qui me reste pour immortaliser cette existence qui fut la mienne et qui bientôt ne sera plus...

Je suis né à Montréal, j’ai été abandonné peu après ma naissance. Lorsque ma maîtresse est venue me chercher, je dormais sagement dans ma litière. Pourquoi tant s’occuper de tous ces étrangers qui vous examinent entre deux barreaux! Ce dimanche là, je ne voulais pas jouer le jeu du : « Regarde-moi comme je suis beau, je n’ai pas de famille, allez prends moi avec toi, miiaaou.... Sors moi de ma cage, regarde comme je suis mignon... »

Ce dimanche là, j’étais fatigué. Je me disais : « Si quelqu’un veut vraiment de moi, cela change quoi que je fasse tout un cirque pour montrer que je suis beau! Ça se voit assez me semble! Ils sont bizarres tous ces gens! »

Je rêvais tranquillement lorsqu’une main me sortit de ma cage pour me déposer entre deux bras. J’ouvris un œil pour y découvrir le doux visage de ma maîtresse. Elle était belle, elle souriait et il y avait de l'Amour entre ses lèvres. Je me serrai contre elle doucement, je refermai les yeux pour mieux ronronner, j’étais tout à coup très heureux...

Ma maîtresse me parlait au creux de l’oreille. Son souffle était comme la plus douce des caresses. Je tombai en amour sur le champs et ainsi commença ma vie de chat...

Je n’étais alors qu’un petit chaton tout poilu, prêt à tout pour jouer avec n’importe quoi. Ma maîtresse m’a emmené dans mon nouveau foyer. C’était un grand appartement tout en couleur avec des arbres et des balcons. C’est là que je fis connaissance avec mon nouveau frère Grégére...

Grégere avait deux ans de plus que moi. C’était un maître, un chef! Il avait ce port altier des panthères, superbe, noir comme l’ébène. Il étincelait au soleil, c’était mon frère...

Il m’a expliqué que Maîtresse m’avait adopté pour lui tenir compagnie. Il n’était pas content tous les jours de son statut de chat unique! Il s’ennuyait royalement dans sa prison urbaine. Maîtresse avait compris son ennui, son chagrin et elle m’avait rapporté pour lui...

- Mais z’elle m’aime auzzi Maitesse?
- Écoute petit, elle t’aimera autant que moi tant que tu n’oublieras pas une chose...
- Z’est quoi que pas z’oublier?
- C’est moi Grégére le maître de ce domaine. Tu dois rester à ta place en second. Mais ne t’inquiètes pas je t’apprendrai, tu as l’air sympa...


Et c’est vrai qu’il m’apprit beaucoup, il fut le meilleur compagnon de mes premières années. Il fut ce maître félin qui m’apprit à devenir le chat que je suis aujourd’hui. Jamais je ne l’oublierai. Bientôt je le rejoindrai...

Il traversa avec moi l’Atlantique mais n’en revint pas...

À sa mort, un sombre jour de pluie, ma maîtresse a hurlé comme une lionne en rage. Ses boucles folles se sont animées comme des êtres vivants. Ses larmes se sont mélangées à la pluie et un énorme nuage noir est venu s’installer autour de ses vibrations...

Elle a tant pleuré que j’ai cru qu’elle allait se noyer. Je ne savais que faire pour la consoler. Je n’aime pas quand Maîtresse pleure. Ses douleurs me tordent le cœur et c’est automatique, j’en perds le goût des souris et de la chasse...

À suivre...

lundi, mars 08, 2004

Uchronie matinale

Ce matin, je me suis réveillée tôt. Trop tôt, l’homme a ronflé une fois de trop, trop fort. Énervée, j’ai fait fuir le sommeil. Une drôle d’histoire d’Aline dans la tête, je me suis levée pour l’écrire mais elle ne voulut plus sortir! Alors, dépitée je me suis dit que j’allais regarder le soleil se lever...

J’ai regardé par ma fenêtre pour y trouver des gens sur mon gazon. Des gens!?! Du gazon!?! J’ai fermé les yeux. Je les ai ouvert. J’ai pris peur. Des gens sur mon gazon?!? J’ai voulu hurler mais les sons restaient coincés derrière mes lèvres closes. Une demi-douzaine de personnes étrangères regardait fixement la maison. Le soleil se levait à l’horizon et l’hiver avait disparu de ma vision! Au loin poussaient des tournesols...

Je voulus bouger, me rendant soudainement compte de ma nudité, mais j’étais collée sur place! Mon cœur se mit à battre si fort que je crus un instant qu’il allait exploser! Ça y est! Je meurs! Je réussis à prononcer une sorte de « coouuaaaakkk » qui n’alarma personne dans la maison. Les chats dormaient paisiblement, la lumière du jour se prononçait et je distinguais davantage ces gens devant ma fenêtre...

Je crus devenir folle, mon cerveau tournait sur lui-même comme un loup enragé, je sentais fondre ma cervelle. Quand tout à coup, apparut un petit génie tout vert! Il flotta jusqu’à mes oreilles, me chuchota quelque chose que je ne compris pas avant de se poser sur mon nez! Je loucha pour mieux le voir. Il sourit et ses minuscules yeux, aussi vert que sa peau, pétillèrent de gentillesse. J’entendis une petite voix parler dans ma tête :

- Allo. Allo? Etol, tu me reçois? Etol? Je ne pense pas connaître ta langue, alors j’utilise l’onde télépathique de base, tu devrais m’entendre! Allo?

Je frémis, prise d’une soudaine nausée, je grimace, je prends une grande bouffée d’air. Le petit génie vert flotte au dessus de ma tête... Aaat..aaatch...aatchoum, j’éternue tandis que ma paralysie temporaire semble se dissiper lentement. Je réponds timidement en pensées...

- Oui... allo?
- Bon!

Il revient se poser sur mon nez. Cela me chatouille et me gratouille mais ce n’est pas si désagréable...

- Écoute, tu ne dois pas avoir peur, mais tu devrais peut-être aller t’habiller...
- Mais? Mais? Qui sont ces gens? Où est passé l’hiver???
- Je vais tout t’expliquer, tiens regarde tu as laissé ton peignoir sur le sofa...

J’enfile le tissu fin, je jette un œil par la fenêtre, j’y retrouve ces personnes attroupées sur mon gazon. Ces gens qui me regardent fixement, l’œil vide, sans faire un mouvement...

- Bon, toi, tu me dis quoi là? Je suis folle. Hein c’est ça? Je viens de péter une coche et tout ça, c’est le résultat de mon cerveau mutilé...

Je m’assois sur le sofa, découragée, peureuse, contrariée. Le petit être vert se repose sur mon nez...

- Dis, tu pourrais aller ailleurs que sur ma face? Je pense en silence...

Il flotte jusqu'à ma cuisse et s’assoit sur mon genou.

- C’est mieux?
- Oui merci! Mon nez n’est pas un perchoir que je sache!
- Mais je suis tout petit, je voulais être sur que tu me voies...
- Ça c’est vrai, tu es à peine plus gros qu’un papillon...
- C’est que je n’ai pas l’habitude prendre forme, mes forces ont beaucoup diminué...

Je fais une grimace d’incompréhension. J’écoute la petite voix parler dans ma tête en faisant bien attention de ne pas regarder par les fenêtres. Je me concentre dans la contemplation du tissu sur ma peau.

- Je suis un génie en voie d’extinction. Je ne peux exister que par la croyance humaine. Vois-tu chère Etolane, de nos jours, il y a si peu de gens pour croire en nous, que nous rapetissons jusqu'à nous effacer dans le néant....
- Oh! C’est triste... Mais pourquoi je te vois? Pourquoi tu me parles? C’est qui ces gens?
- Tu me vois parce-que tu crois. Je te parle parce-que j’aime que tu crois en l’invisible et que tu m’as un peu inquiété tout à l’heure en regardant par ta fenêtre. J’ai cru que tu allais faire une crise de cœur, alors je me suis dit que c’était la moindre des choses que de venir t’aider...
- Ah! Heu, Merci... Je pense que cela va mieux maintenant, je retrouve mes esprits. Enfin s’il m’en reste!!!

Le soleil pointe à l’horizon, je perçois du vert dans les arbres. Toujours sur mon gazon, ces gens qui me regardent et me perturbent!

- Mais cela ne me dit pas qui sont ces gens?
- Oh! Eux! C’est juste quelques redondances! Tu n’as rien à craindre. Tu as franchi le seuil interdit, cela a causé quelques perturbations, mais tout devrait bientôt rentrer dans l’ordre. Regarde, déjà ils s’effacent un peu...

Je les regarde à nouveau pour constater qu’en effet ils paraissent moins concrets! Une étrange brume les entoure maintenant...

- Des redondances? J’ai même pas franchi de seuil interdit! Je me suis juste levée un peu trop tôt! Pis des redondances de quoi d’abord? Des redondances de gens!?!
- Oui des redondances visibles de lecteurs et de personnages!
- Hein?!?!?!
- Tu as franchi le seuil de la fiction et des réalités. Tu n’es plus dans ton monde, mais dans une réalité parallèle où l’humain a appris quelques notions de télépathie qu’il a ensuite mélangé à l’informatique, la technologie et la biologie...
- Hein!?!? Ouais, en d’autres mots j’ai viré folle quoi!
- Non, tu as franchi un seuil interdit. À ton réveil ta réalité s’est transformée à la mesure de ce monde différent mais presque pareil que le tien. Celui où tu résides habituellement n’est pas loin mais pas là! D’ailleurs tu dois aller te recoucher, je vais essayer de te renvoyer chez toi...
- Hein!?!
- Bon tu en reviens!!! Etolane et Juan sont en voyage. Tu as de la chance, je n’aurais pas voulu voir ta tête en découvrant dans ton lit, une autre toi!
- En voyage? Une autre moi?!?
- Ils sont partis dans le sud pour les vacances, disons que cette dimension est un peu plus riche que la tienne! Mais c’est presque pareil, tu vois c’est la même maison...
- Heu!?!
- Bon allez, il faut que tu te recouches avant que qu’il ne fasse trop jour. Cela devrait marcher, je suis super fort sur ce genre de corrections!
- Ah! Cela me rassure!!! Ok, je vais t’écouter...

J’avale péniblement ma salive et me force à prendre le chemin de la chambre tandis que flotte à mes cotés le petit être vert. Je remarque au passage des détails que je ne reconnais pas. Je respire profondément et me glisse entre les draps frais...

J’entends chanter une étrange mélopée et je sens Morphée venir me chercher. Je me laisse glisser, je commence à rêver...

jeudi, mars 04, 2004

Jeu des 7 mots...

Je m’amuse avec la langue à l’occasion de la Francofête. Envie de français et de légèreté. Envie de surréalisme. Envie de jouer avec les mots sans y réfléchir, juste jongler au vent pour le plaisir...

Je déride mes mots avec Robert. Suivant le principe bien connu d’écrire un petit texte à partir de mots divers. J’innove le mien, comme ça, pour rien... 7 mots pêchés au hasard, 7 mots volés à Robert qui se laisse gentiment faire...

1. Barbacane : (ar. ou persan) Au Moyen Âge, ouvrage avancé, percé de meurtrières. Ouverture verticale et étroite dans le mur d’une terrasse pour l’écoulement des eaux
2. Baobab : Arbre d’Afrique tropicale à tronc énorme et fruit charnu comestible
3. Coulpe : Péché. Loc. Battre sa coulpe : témoigner don repentir, s’avouer coupable (Faire son mea-culpa)
4. Francophobe : Hostile à la France et aux français.
5. Gnome : Petit génie laid et difforme qui, selon le Talmud et les kabbalistes, habite à l’intérieur de la terre dont il garde les trésors.
6. Ondoyer : Remuer, se mouvoir en s’élevant et s’abaissant alternativement. Baptiser par ondoiement : Ondoyer un nouveau né.
7. Schlitte : mot vosgien. Traîneau qui sert dans certaines régions montagneuses et boisées à descendre dans les vallées le bois abattu sur les hauteurs.

L'on se lance à l'eau du n'importe quoi avec élan tandis que glissent les mots sur la peau des songes...

Dans la forteresse maudite, l’homme emprisonné regarde au travers des barbacanes usées par le temps. Il étudie les allées et venues des gnomes en pleine frénésie. Il regarde passer les corps dénudés des hommes blancs avec indifférence. Il a pris l’habitude de voir les horribles gnomes dépecer ces corps inanimés avant de les entasser sur leurs schlittes ensanglantées...

L’homme à la peau d’ébène ne sait plus depuis combien de temps il est enfermé dans cette cellule humide. Il ne sait pas pourquoi on le garde en vie, pourquoi on le nourrit. Plus que tout, il désire quitter cet endroit infernal. Il se couche sur sa paillasse. Il ferme les yeux et libère son esprit pour l’envoyer aux pays des baobabs géants. Il les imagine ondoyer sur un ciel d’azur. Il sent la chaleur du soleil sur sa peau moite. Il sourit un court instant avant de rouvrir les yeux et de se retrouver face à la muraille crasseuse de sa geôle...

Il entend des pas et le grincement d'une clé dans la minuscule serrure toute rouillée. Un gnome entre avec un sac de vivres. C’est toujours le même, un être si laid qu’il lui a fallu plusieurs visites avant de pouvoir le regarder sans retenir une grimace écoeurée. Le gnome se nomme Tétrard et il n’ouvre la bouche que pour lui poser une seule et même question : "Est-ce en ce jour que tu battras ta coulpe"???

Généralement l’homme à la peau d’ébène ne répond rien. Il ne comprend rien à cette question saugrenue. À chaque fois qu'il essaie de demander plus d'explications, les gnomes le saignent sans pitié, alors il se tait maintenant et baisse la tête. Mais aujourd’hui, il décide soudainement de changer de tactique et répond: «Oui, c’est aujourd’hui que je bats ma couple!».

Le gnome écarquille les yeux de surprise, ce qui a pour effet de le rendre encore plus affreux. Il émet un grognement indistinct et disparaît rapidement derrière la porte qu’il cadenasse avec fracas. L’homme ouvre le sac de toile et croque avec appétit dans le pain moisi et les pommes brunes. À peine a-t-il fini de manger que Tétrard revient accompagné de sept autres gnomes armés de lances finement aiguisées.

- Suis-nous! Le roi est prêt à te voir...

L’homme entouré de gnomes descend l’étroit escalier en spirale, ils traversent un couloir décoré de crânes humains avant d’arriver à une vaste salle où siége le roi des gnomes francophobes.

- Toi, tu as été capturé par deux imbéciles, quelle est la langue dont tu te sers.
- Je parle français...
- Qui sont tes ancêtres?
- Des guerriers d’Afrique...
- Pourquoi parles-tu français. Es-tu français?
- Les français ont envahi mon pays et nous ont forcés à parler leur langue, mais je ne fais pas partie des leurs. Je fais partie des miens, les africains...

Le roi gnome grimace, gigote sur son trône immonde. Il se gratte une pustule et soupire bruyamment.

- C’est bon, tu es libre, mes sujets ont commis une méprise. Mes gardes te reconduiront aux frontières de notre territoire. Tu devras retrouver ton chemin seul. Cherche Goom, il te guidera loin de là...

L’homme sent la pointe d'une lance lui titiller les fesses. Il comprend que c’est le temps de s’esquiver en douceur. Il suit d’un pas obéissant les gardes armés. Il sort de la forteresse accompagné de son escorte. Il traverse la cour puante où s’entassent des dizaines de corps blancs comme neige. Puis ils s’engagent sur ce chemin de terre qui semble se perdre dans la forêt sombre. Les gnomes ricanent, l’homme sent une perle de sueur couler sur son front. Au fur et à mesure qu’ils progressent l’atmosphère se rafraîchit...

Les gnomes avancent en silence, l’un deux sursautant parfois lorsqu’un bruit insolite résonne dans les bois impénétrables. Ils marchent longtemps sur ce chemin de terre. À la nuit tombée, ils campent au bord d’un petit ruisseau. L’homme inquiet mais silencieux s’endort avec le petit matin pour se réveiller en pleine journée, seul. Les gnomes ont disparu, ils lui ont laissé une vieille sacoche de cuir percée. L’homme à la peau d’ébène l’ouvre pour y découvrir une carte enroulée sur elle-même et le tracé d’une route à suivre...


Lost World ~ John Alexander

dimanche, février 08, 2004

La maison de Serena

Depuis sa plus tendre enfance Serena préférait la compagnie des animaux à celle des humains. Elle avait découvert dès son plus jeune âge qu’elle pouvait communiquer avec plusieurs animaux bien mieux qu’avec les personnes de son entourage. Mais elle n’en avait cure, elle vivait en parallèle des autres. Elle s’alimentait de lectures, de nature, elle se sentait à part, elle aimait ce sentiment diffus d'être différente…

À l’orée de ses 16 ans, alors qu’elle était presque femme, elle quitta un soir de pleine lune la demeure familiale. Tous étaient endormis, elle se glissa dans la nuit sans bruit, elle retrouva sur le perron une vieille louve avec qui elle s’était liée d’amitié depuis quelques temps. Serena suivit la louve au cœur de l’immense forêt qui bordait toute la région. La louve la guida jusqu’à cette clairière oubliée. Serena, les yeux écarquillés devant tant de beauté n’osait s’approcher. La lune brillante faisait scintiller l’herbe humide lorsqu’elle aperçut comme née d’un mirage une superbe maison blanche.

Serena ne put s’empêcher de tressaillir devant l’étrange apparition, elle sentit la vieille louve la pousser gentiment dans le dos, elle s’avança prudemment…

Devant elle, se tenait une charmante maison entourée d’une galerie portée d’une rangée de colonnes majestueuses. D’une main hésitante, Serena toucha la balustrade finement sculptée, elle monta les quatre marches et s’arrêta pensive devant la porte d’entrée. Celle-ci était décorée de vitraux colorés, elle fit le tour de la galerie en silence avant de revenir sur ces pas, devant cette porte vitrée…

Celle maison lui paraissait chaleureuse, elle pouvait distinguer derrière les fenêtres les flammes des bougies qui éclairaient un intérieur cossu, invitant…

La vieille louve avait disparu. Serena était seule. Autour d’elle la forêt frémissait de sons mélodieux, l’atmosphère paisible réconforta ses craintes instinctives. Elle poussa la porte qui s’ouvrit d’elle-même pour la laisser pénétrer en son antre…

Elle se retrouva au début d’un long couloir, elle compta quatre portes de chaque coté. Un guéridon en fer forgé posé prés de la porte la plus proche attira son attention. Sur ce guéridon un bouquet de fleurs fraîches dégageait une odeur sucrée. Elle remarqua le cahier couvert de cuir ocre, elle l’ouvrit pour y lire ceci :

« Chère Serena, si tu lis ces mots c’est que la louve aura accompli son devoir. Tu es arrivée jusqu’à nous, sois la bienvenue…

Cette maison est TA maison Serena. Tu es la seule à pouvoir y entrer et personne ne peut la voir tant que tu ne le désires pas. Tu peux y inviter qui tu veux, mais personne ne peut franchir ses portes sans ta permission. Cette maison est pure magie…

Tu es la dernière d’une longue lignée Serena, nos ancêtres remontent jusqu’aux guérisseurs de la préhistoire. Notre pouvoir est grand. Mais tous les nôtres se sont éteints, ils ont tous traversé la grande lumière, il ne reste plus que toi…

Cette maison est le cadeau de toute ta famille, elle t’est destinée. Elle protégera tes années du mal qui a presque réussi à tous nous détruire….

Grâce à toi, la famille a une chance de renaître de ses cendres. Cela sera difficile mais nous serons prés de toi. Serena, je sais que ces mots sont difficiles à absorber mais je suis sure que tu as déjà conscience de certains de tes pouvoirs. Tu trouveras dans la bibliothèque tous les volumes nécessaires à ton éducation, étudies les avec attention…

Tu y trouveras aussi l’histoire de ta famille, tu y apprendras la mort de tes parents peu après ta naissance. Ceux qui t’ont élevé ne connaissaient rien de tes origines. Mais tu as du remarquer ta différence, sinon tu n’aurais pu trouver cette maison…

Tu es des nôtres maintenant. Comme je l’ai déjà mentionné cette maison est magique, tout comme ce cahier que tu lis. Si tu as des questions, écris les à ton coucher en ces pages et tu y trouveras mes réponses à ton réveil…

La cuisine est gérée par tes grands-tantes Armelle, Axelle et Anuelle, invisibles à tes yeux, elles te prépareront des repas toujours fumants. Si tu as des envies, il te suffit de les écrire sur le tableau noir ou tu peux suivre le menu proposé chaque jour…

Découvre cette maison Serena, fais en ta maison, tu es chez toi maintenant. N’oublie pas de commencer tes lectures, elles te seront nécessaires…

Ton aïeule Irma »


Serena ferma doucement le cahier. Elle se sentit profondément fatiguée. Instinctivement elle se dirigea vers l’une des portes au fond du couloir. Elle entra dans une chambre claire qui plut immédiatement à son esprit engourdi. D’un pas chancelant elle se laissa tomber sur l’épais matelas et sombra dans un sommeil peuplé d’images étranges, de personnes souriantes et d’émotions incompréhensibles…


Circus Memories ~ Michael Parkes

mercredi, janvier 07, 2004

Sarah et Wojtek (Chapitre 4):

Dédicace spéciale pour Miss Ebb qui aura motivé ma pomme à écrire cette suite, ce soir... Petit cadeau d'anniversaire "fait maison"! ;)

À pas de loup, il se dirigea vers le bureau de son père. Il ouvrit doucement la porte et se faufila dans la pièce. Il connaissait par cœur la combinaison du coffre familial, il fit tourner les chiffres sans difficulté et ouvrit la lourde porte. À l’intérieur du coffre des liasses de billets occupaient tout l’espace disponible. Il se servit raisonnablement et sans une dernière pensée, il se glissa hors de chez lui comme un voleur dans la nuit…

Il enfourcha son vélo, à toute vitesse il pédala vers la ville. Au même instant, Sarah descendait du train à Varshaw. Embarquée de force dans un camion bondé de femmes et d'enfants, elle souffla le nom de son aimé à la lune, une larme vint mourir sur ses lèvres…


Wojtek arriva à la gare en sueur mais sans peurs. C’était le premier jour de mai. Les premières lueurs du jour se dessinaient dans la nuit claire. Il débarqua sur le quai silencieux et désert. Un train de marchandise attendait son prochain départ sur une des quatre voies. Il se glissa sans un bruit à l’intérieur d’un wagon et se coucha entre deux sacs de toile…

Il savait que son père alerterait les autorités dès qu’il comprendrait sa fugue. Il pensa très fort à Sarah et pria en silence. Il commençait à s’endormir lorsqu’il sentit les vibrations de ce train qui l’emmènerait loin de ce qui fut sa vie. Il savait qu’il ne pouvait rebrousser chemin. Il grelottait en son corps, en son âme…

Alors que Wojtek se dirigeait vers une destination inconnue, Sarah faisait ses premiers pas dans le ghetto. Le cœur en éclats, le regard vitreux et l’esprit endormi elle respirait la mort, elle constatait la misère, elle ressentait ce malheur qui émanait des rues de cette version de Varshaw qu’elle n’avait jamais imaginé.

Elle pensait à ses parents, des larmes coulaient sur ses joues sans qu’elle prenne la peine de les essuyer. Elle marchait instinctivement sans savoir où aller, sans comprendre ce qui se passait. Elle marchait comme un fantôme égaré en enfer…

Tout lui semblait irréel, impossible, elle voulut croire un instant qu’elle rêvait entre ses couvertures, que toute cette expérience n’était qu’un horrible cauchemar et qu’elle se réveillerait dans un matin qui sentirait le café amer et les tartines chaudes. Son estomac vide gargouilla misérablement et ces odeurs morbides qui l’assaillaient de plein nez rappela à sa tête que tout cela était bien vrai. Elle était réveillée, seule, oubliée de tous…

La guerre l’avait attrapée, petite juive naïve qui du fond de sa campagne ne connaissait que les chants des oiseaux et les baisers de Wojteck…

Que faisait-elle là, en cette rue sombre et humide, sale et perdue, à suivre des gens qu’elle n’avait jamais vu ? À errer comme une âme en peine en cette guerre qu’elle ne comprenait pas…

Le soleil se levait à l’horizon, c’était le premier jour de mai et Sarah pleurait…

- Sarah ? Sarah ! Attends ! Sarah ! entendit-elle crier derrière elle.

Elle se retourna et se trouva face à son cousin Divri. Celui-ci lui fit l’un de ses plus beaux sourires tout en la serrant très fort contre lui.

- Sarah, petite Sarah, c’est bien toi ? Tu es arrivée quand ? Ça va ?
- Tout de suite, j’arrive… Répondit doucement Sarah blottie entre les larges épaules de ce cousin qu’elle avait si peu connu mais qui lui semblait si proche de son cœur meurtri…
- Tes parents ? Où est mon oncle ? Et ton frère ? Et grand-mère ?

Sarah regarda son cousin les yeux plein de larmes, elle eut peine à retenir un hoquet avant de répondre lentement.

- Je ne sais pas ! Je ne sais rien ! Ils ont été embarqués. Je me suis sauvée. J’ai entendu maman crier puis un coup de feu. Je ne sais pas. Je me suis cachée. Et je me suis fait prendre. Voilà ! Je suis là maintenant ! Tu les as pas vus alors ? Tu sais pas où ils peuvent être ?

Vidri la regarda tristement et secoua la tête en silence. Il lui prit la main tendrement et lui dit :

- Viens, je loge dans une chambre pas loin d’ici, tu es gelée. Tu as de la chance j’ai réussi à trouver un peu de café au marché noir hier, je vais te faire une bonne tasse et il me reste un trognon de pain presque pas dur ! Ça va te réchauffer, tu dois avoir faim ! Dépêchons-nous regarde le jour, il est presque levé…

Leurs deux silhouettes s’éloignèrent rapidement dans la brume légère. À l’horizon le soleil perçait avec vigueur les nuages sombres, au loin des coups de feu résonnèrent dans un silence de mort…

À suivre...