Affichage des articles dont le libellé est feminitude. Afficher tous les articles

mardi, octobre 17, 2017



En France,  Cantat à la une des Inrocks fait grand désordre. Tant que les femmes rugissent sur les réseaux sociaux avec  #balancetonporc. Un hashtag cru qui dénonce ces hommes malfamés qui harcèlent sans pitié.

À Hollywood, le scandale Weinstein fait réagir les femmes avec le hashtag #Metoo. Au Québec, c'est #moiaussi qui libère les paroles des femmes tannées de se faire harceler. Je me joins à l'effort solidaire en partageant quelques bribes de vécu.

Heureuse je suis que s'unissent les femmes du monde moderne. Heureuse je suis qu'enfin réagissent les femmes bafouées depuis des millénaires. Il est temps de remettre quelques pendules masculines à l'heure du jour!

Le pouvoir des mots, la force de la vérité...

Espérons que ceci n'est pas juste une autre de ces tendances passagères qui fait feu de paille numérique... avant de disparaître dans le néant de nos consciences collectives.

Il reste cependant une nuance entre l'agression et le harcèlement sexuel. Même si tout harcèlement agresse. J'ai vécu plusieurs expériences d'harcèlement mais je n'ai jamais été agressée.

Cependant, en 44 ans d'existence féminine, j'ai vécu assez de mauvaises expériences pour savoir ce qu'il en est d'être sexuellement harcelée. Assez pour comprendre que les sources de ces harcèlements sexuels sont la domination et le pouvoir.

J'ai aussi connu certaines femmes, pour qui c'était normal. Et qui m'ont incitée à en accepter la chose sans broncher. Ce qui n'est jamais arrivé. Jamais je n'ai pu accepter la domination masculine.

Avoir 20 ans et buller 
au soleil des Laurentides
Je vais te prendre comme une chienne!

#moiaussi comme toutes les filles de ce monde.

En différentes occasions, de moins en moins souvent en vieillissant.

Aujourd'hui, je pense que c'est impossible, car la mère est rendue trop féroce.

Jeune, fraîche comme une rose qui vient d'éclore, c'est en marchant dans la rue que j'ai pu entendre toutes sortes d'obscénités.

J'ai pu entendre les horreurs que certains hommes auraient aimé me faire vivre. J'en ai appris à cultiver l'indifférence et le pas rapide.

Le dégout ressenti en ces moments là a toujours été plus fort que la peur. D'autant plus que ceux-là se nourrissent de la peur qu'ils inspirent. Avoir peur, c'est les stimuler.

Harcelée derrière les portes closes...

Par exemple, j'ai eu un beau-père qui s'amusait à me pogner les seins pour me prouver son pouvoir sur ma vie. Il a fini par quitter ma mère pour cause d'homosexualité.

Son harcèlement sexuel n'était même pas sexuel. Mais l'est-il jamais vraiment dans le fond? N'est-ce pas plutôt une question de pouvoir mâle? Une manière de dénigrer les femmes, de les rendre inférieures, de les écraser pour mieux les dominer?

Parfois c'est sexuel. D'autres fois, c'est juste la soif du pouvoir sur autrui. Ou encore les deux mélangés... #metoo

Comme c'était mon beau-père et que ma mère en acceptait les abus, j'étais démunie. Il pouvait me claquer les fesses selon ses humeurs ou carrément me pogner un sein (ou même les deux) et squeezer. À volonté. Parfois jusqu'à ce que j'en hurle. Soi disant pour rire. Même si je n'en riais jamais. J'en hurlais souvent. Mais cela faisait rire ma mère.

À l'intime, ma mère a développé un malin plaisir à me voir souffrir. À me voir dénigrée ou rabaissée. Avec toujours un petit discours de circonstance afin de bien m'expliquer comment je le méritais. Sa jalousie envers moi a été plus forte que son instinct maternel. Avec elle, j'ai tout appris par contre exemple.

J'avais 15/16 ans quand ce beau-père me tripotait en toute liberté. C'était sa façon de me rabaisser et de me remettre à "ma place". Sous sa coupe masculine. Jusqu'à ce que je lui dise d'arrêter à moins de le frapper en retour (vers 18/20 ans). #balancetonporc

Assouvir les fantasmes du mâle de service?

Que dire lorsque, vers 22 ans, le père de deux de mes élèves de cours privés de français m'a demandé de ne plus mettre de petite culotte durant mes cours (en me proposant de me payer plus cher de l'heure pour son fantasme) puis d'essayer de m'enroler en des contrats de bruitages de films pornographiques?

De me demander de feinter la jouissance tandis qu'il essayait de me persuader de capituler en montant ses prix. Bien consciente de ses manipulations masculines, résister fut simple. Ma mère, ensuite, de m'expliquer combien j'étais bêtasse de refuser une telle offre! Une décision que je n'ai pourtant jamais regrettée.

Le plus ironique étant que je faisais parfois mes cours privés en mode commando, ni vu ni connu, par liberté personnelle. Tout comme j'aimais me promener nue en forêt, suivie à la trace par mes deux chats.

Avec lui cependant, j'étais certaine d'être toujours culottée et strictement habillée. Car ses regards cochons m'irritaient profondément. J'ai eu bien de la peine pour ses gamins et pour leur mère.

Hier, en attendant le chiro
qui me redresse le dos
Je ne connais, aucune mère, à part la mienne, qui engueule sa fille parce-qu'elle refuse d'entrer dans l'univers du porno. J'ai refusé et il n'a plus jamais amené ses enfants à mes cours.

Non seulement j'avais raté l'occasion de faire de l'argent facile mais en plus j'avais perdu un client!

Ma mère m'en a fait la leçon, à maintes reprises. Trop prude à son goût j'étais. Jusqu'à ce que je finisse par couper tout pont avec elle.

Les jeunes filles comme proies...

Au tout début de l'adolescence, en France, à maintes reprises, je me suis fait suivre dans la rue. Sans même que ceux qui me suivent ne s'en cachent.

Tout en me faisant dire toutes sortes d'obscénités. En tant que jeune fille, c'était une norme sociale avec laquelle il fallait apprendre à vivre. Une norme qui hérissait tous les poils de mon corps.

Arrivée à Montréal, à 14 ans bien tassé, je me suis fait suivre quelques fois aussi (au fil des années). Mais c'était du pipi de chat par rapport à ce que j'avais connu en France. J'en fus si soulagée. Il en découlait un nouveau sentiment de sécurité que j'appréciais.

Rendue à mon âge vénérable, plus personne n'oserait s'y frotter. Car qui s'y frotte s'y pique!

Mais j'ai conscience de devoir maintenant préparer ma fille à ne jamais accepter l'irrespect de son sexe. À ne jamais avoir peur des hommes. Car nous ne sommes pas un "sexe faible", nous sommes des femmes fortes qui méritent le respect!

#Moiaussi libère les paroles féminines...

vendredi, mai 27, 2011

De femme, de rides et d'un mari...

Ces dernières semaines, j'observe naître une ride avec un petit pincement au coeur. Je grimace et je maugrée. Je n'apprécie guère la sensation qui en découle.

Car si j'ai adopté mes pattes d'oies comme signe de maturité, j'ai une petite hantise des ridules de lèvres. Et voilà que naît ma première! Une ride verticale au coin supérieur de la lèvre. Une ride qui ne se voit pas encore tant que cela mais que je regarde avec hargne, certains matins mal lunés.

De ces matins où l'on se réveille le visage chiffonné par une nuit qui n'a pas reposé. De ces matins où le temps marque son emprise sur la peau et qu'il est impossible d'y échapper! Je ne me réveille plus fraîche comme une rose... Serai-je bientôt fanée?

Ces matins là, devant la glace, je me rappelle que je préfère être ridée qu'asymétrique et qu'il vaut mieux avoir quelques rides que la face tordue! Je n'en crème pas moins avec passion cette ridule qui me désole. L'on dit que les rides font le livre de la vie. Cette ride là doit être le chapitre concernant la paralysie.

J'en parle avec Juan. Il ne voit pas l'importance de la chose. Tant mieux. Pour lui les rides font partie de la vie. Il semble moins s'en préoccuper que moi. Cela m'intrigue un peu. Est-ce que la ride est vraiment une hantise toute féminine? Il est vrai que les hommes peuvent rider en toute impunité. De manière si injuste que pour eux, la ride accentue le charme au lieu de l'estomper. Alors que je soupire et boudasse dans mon coin, Juan m’observe et me dit:

- Voyons Etolane, tu ne peux pas déprimer à chaque ride! C'est pas logique. Si tu fais une dépression à chaque ride, comment tu vas faire pour passer au travers des 30 prochaines années!?!
- Aille! Juste. Mais ça fait mal! Je veux pas rider!!!!

Malgré tout, cette petite phrase me fait du bien car c'est une vérité que je ne peux que regarder. J'aime regarder les vérités. Bien plus que me conforter dans les mensonges. Dans deux ans j'aurai quarante ans. Et même si cela me fait grincer des dents, je suis prête à continuer ma vie après quarante ans! Donc si je vis les 30 prochaines années, je vais certainement rider. Autant m'y habituer. Enfin, autant essayer. Et continuer de me crémer...

De femme, de rides et d'un mari

samedi, janvier 29, 2011

Princesse givrée...

En mon pays, je ne suis pas une princesse. Juste une pauvre pigiste de brousse, artiste sauvage, bien mariée avec une gamine qui respire la joie de vivre.

Pourtant, si l'on compare mon sort aux femmes d'ailleurs dans le monde, je suis bien plus souvent une princesse qu'une esclave! Souvent j'en ai conscience. Souvent j'en réfléchis la chance. En mon pays d'hiver, il fait bon être femme...

Par exemple, en Afghanistan, les femmes vivent les pires traitement. Elles existent dans de grandes pauvretés (aussi matérielles qu'immatérielles). Elles sont emprisonnées pour les pires absurdités et ne connaissent aucune réelle justice.

Pour ces femmes là, il n'y a aucun doute, je suis une princesse qui vit une existence dorée! Une princesse libre qui peut dire et faire ce qui lui plait. Aimer, créer, penser dans la plus grande légalité. Vivre en un confort dont ces femmes d'ailleurs ignorent la saveur.

De bon matin givré, mes pensées féminines se tournent vers celles qui vivent l'enfer. Entre deux flocons qui virevoltent, je me rappelle à quel point je suis privilégiée. Et comment je ne suis pas la seule à l'être en mon coin de pays. Nos réalités québécoises sont aussi éloignées des leurs que la distance qui nous sépare...

Parfois je fantasme d'un autre monde où un escadron de femmes effrontées irait libérer ces femmes affligées. Évidement il faudrait mettre pas mal d'hommes en prison et en jeter la clé! Mais en étant aidées intellectuellement, ces femmes seraient alors en mesure d'élever les futures générations masculines à vivre en paix dans un climat d'égalité et de respect. Enfin ceci n'est que l'insignifiant fantasme d'une princesse au coin de son lac!

En Afghanistan, là où d'après les dires, les femmes sont dans la pire mouise. Les hommes d'ici s'y battent. Là-bas, de jeunes canadiens vont mourir ou revenir avec des morceaux en moins. Mais cela ne change pas grand chose à la réalité des femmes. D'ailleurs qui s'en soucie vraiment? La guerre des hommes est plus souvent vaine qu'efficace. Et malheureusement les amazones justicières n'existent que dans l'imaginaire collectif...

L'autre jour, je croise chez la coiffeuse deux soldats prêts à repartir pour l'Afghanistan. Évidement je ne peux m'empêcher de m'ouvrir la trappe et de creuser un peu le sujet. De leur demander ce qu'il font là-bas. Malgré le secret militaire qu'ils portent tous sous leurs cheveux raz, il est facile de percevoir qu'il n'y font pas grand chose pour les femmes! Ceux-ci sont sympathiques. Eux-mêmes ne savent pas vraiment à quoi ils servent là-bas. C'est leur travail. Je les observe, dans la fleur de l'âge, et je me dis que prendre le risque qu'ils y perdent leur vie est bien dommage.

Parait que c'est au nom de la liberté qu'ils vont faire la guerre. La nôtre, la leur. "Foutaises!" aurait dit ma grand-mère. En effet, je doute fort que cela soit le cas. Ils vont faire la guerre pour l'argent et le pouvoir. D'ailleurs à part lorsque les américains ont libéré l'Europe du joug des nazis, combien de fois les hommes se sont faits la guerre au profit de la liberté? Si l'on est franc, en toile de fond guerrière, il y a toujours l'argent et le pouvoir enrobés de violence et de haine. Et quoi qu'il arrive, c'est toujours les femmes qui payent le plus cher tribu.

Princesse givrée...

jeudi, septembre 24, 2009

Boucles de lac ensoleillé

Habitude des beaux jours: Sécher ses boucles au gré des vents qui s'essoufflent sur l'eau claire...

Prendre une douche. Laver sa tignasse avec soin. S'habiller légèrement. Descendre au lac les cheveux mouillés. Trouver un quai déserté. S'installer tout au bout. Les orteils à fleur d'eau, lever la tête vers le ciel. Laisser les vents prendre le contrôle de mon épaisse chevelure. Apprécier la chaleur du soleil qui réchauffe mon scalp humide.

Constater que la nature est le meilleur "volumisateur" que je connaisse. Laisser glisser mes anxiétés aux vents qui soulèvent mes mèches folles. Observer l'horizon limpide. Respirer l'air pur qui m'enrobe. Sourire. Expirer. Se sentir femme jusqu'au bout de l'âme.

Chanelle se prélasse. Un voilier passe. Le bleu du lac se décline en ces nuances qui m'enchantent. Sentir mes boucles s'assouplir tandis que je me fonds avec cette pure nature qui s'offre à mon regard.

Un bébé libellule frôle la surface du lac. L'air est sec, doux, onctueux. Cela sent l'été exaucé. Je penche ma tête en fonction des vents qui me caressent la peau. La texture de mes boucles est presque parfaite.

Ça y est. Mes boucles sont sèches, ma coupe est parfaite. Il ne me reste plus qu'à me maquiller pour ma soirée...

Boucles ensoleillées

vendredi, avril 17, 2009

Dans la salle d'attente...

Depuis Pâques dernier, M'zelle Soleil est aux prises avec un virus qui lui rend les nuits fiévreuses et les jours grognons. L'enfant ramollit sous les assauts de la maladie. Le souci m'envahit à mesure qu'elle s'affaiblit...

Hier matin, après une ultime nuit douloureuse, avant même que les portes de la clinique ne soient ouvertes, je suis (ma puce sur les talons), dans la file qui est déjà formée.

M'zelle Soleil me chuchote à l'oreille: "On fait la file hein maman?". Je la serre tendrement dans mes bras. Les portes s'ouvrent. Il est huit heures du matin. Dix personnes sont devant nous. Nous commençons l'attente...

Dans la salle, deux petits vieux se font la conversation. Il est question de cette soldate de vingt et un ans qui a trouvé la mort en Afghanistan. Une nouvelle a fait les manchettes de la veille. Je les écoute sans trop y faire attention lorsqu'une phrase m'interpelle l'esprit:

- Pis après tu te demandes pourquoi les américains ont utilisé la bombe à Hiroshima! N'empêche ils ont gagné, ça a arrêté la guerre!
- Oui, c'est sur. Mais maintenant tu peux plus faire ça. On est plus civilisé, tu peux pas tuer autant d'innocents. Parce-que y'avait beaucoup d'innocents à Hiroshima...
- Oui, t'as raison on tue plus les innocents. En Irak y pourrait pas faire ça. Mais quand même à Hiroshima ça a marché...

Dans les vapeurs de ma fatigue (la nuit précédente aura été bien courte) je grognasse. D'abord, la jeune fille a été tuée en Afghanistan. Pis si on revient à la mode de s'envoyer des bombes atomiques sur la gueule, cela va surement pas arranger la face du monde! Je soupire. Il n'ya vraiment pas d'âge pour raconter des conneries...

Je tourne la tête et croise le regard d'un homme mûr. La cinquantaine. Une veste en cuir style pilote d'avion. Des yeux bleus perçants. Il m'observe. Je fronce des sourcils. Je rabats mon attention sur mon brin de fille. Le front bouillant, elle attend sagement sur mes genoux. Elle observe une jeune mère et son nourrisson. Je lui ai demandé de ne pas approcher le bébé vu sa toux et sa condition. La mère m'en remercie du regard. Je lui envoie un sourire furtif. M'zelle Soleil, grognonne, garde ses distances mais fixe son regard sur le bébé. Je tourne la tête et fait un "double check". Mais oui. L'homme a changé de chaise. Subtil. Il s'est rapproché. Je croise son attention qui essaie de m'accrocher.

Grognonne, je bougonne en mes idées. Bon, j'ai trente six ans. Je dois accepter ma féminité assumée. Maintenant, je suis de la chair fraîche pour les hommes grisonnants! Ceci ne me réjouit pas particulièrement. Je me souviens avec une douce nostalgie de la gloire de mes vingt ans. Je regarde l'homme qui me regarde. Mon air n'est guère avenant. Il se contente de soutenir mon regard d'oursonne mal léchée. Plus que cinq personnes avant nous. M'zelle Soleil est étonnamment calme, la fièvre ralentit son naturel bavard. Je soupire. Je flotte dans un petit nuage de fatigue qui embrume mes pensées. Sur une chaise, non loin, une jolie femme dans la trentaine accroche mon regard. Elle me sourit. Sans même y réfléchir je lui souris aussi. Solidarité féminine silencieuse.

Je berce mon enfant en lui chantonnant un air de comptine. Les minutes s'écoulent. Je sors de ma torpeur et réalise que l'homme s'est encore approché. Il s'est assis sur une chaise à quelques pas de la mienne. J'hésite entre me sentir flattée ou menacée. Il n'a pas trop l'air d'un prédateur. Il a plutôt l'air d'un solitaire en chaleur. Je ne suis pas d'humeur. Je l'ignore royalement. Plus que trois personnes avant nous. Les chaises n'arrêtent pas de se remplir. Un flot régulier d'individus s'installe dans la salle. Un père et son fils pré-ado. Des étudiants. Une mère et un bambin. Un vieux monsieur bedonnant. L'homme d'à coté qui chasse ma féminité. Dans l'ennui qui me passe sur la peau, je me résous à sortir de mon humeur "bitchy" et je le regarde de nouveau. Il a fini par se refroidir au givre de mon indifférence. C'est bien. Je lui esquive un sourire et tourne la tête. C'est enfin notre tour. L'on suit le médecin avec bonheur. Enfin, c'est plutôt moi qui est contente car M'Zelle Soleil n'a pas vraiment hâte de se retrouver entre ses mains expertes...

La visite médicale est pourtant moins difficile qu'elle ne se l'était imaginée. Elle passe au travers sans que cela ne soit bien compliqué. Le verdict sonne l'heure des antibiotiques, le soupçon d'une pharyngite à streptocoque est entré en notre foyer...

Dans la salle d'attente

jeudi, mars 19, 2009

Processus de fonte

Airs de village

Ma grossesse, en plus de gentiment me montrer la grande faucheuse, m'a méchamment déformée la peau. Tant et si bien que je défie quiconque de me battre sur ce terrain glissant...

Ceci m'a donné l'occasion de mieux comprendre mon corps et les dommages que je lui ai infligé durant plusieurs années de privation (ou j'étais si mince et si dysfonctionnelle). Prendre conscience des conséquences de mes actes alimentaires et de mon métabolisme débilitant. Okay, j'ai compris la leçon! J'ai assimilé une nouvelle considération pour ma chair! J'ai acquis certaines sagesses. Merci la vie.

Une fois ma santé plus ou moins rétablie, j'ai donc commencé l'étape de restructuration corporelle. En dix-huit mois d'efforts, de pleurs, de colères, de résignations et d'exercices j'ai finalement perdu soixante livres. J'ai senti cet état dans mes muscles plus que je ne l'ai vu dans le miroir. Cette leçon là est si difficile à apprendre. Être femme et ne jamais être satisfaite de ses formes. Un mauvais sort qui fait des ravages féminins. À vingt livres de mon poids d'avant bébé, je revoyais pourtant la lumière au bout du tunnel. J'y étais presque. J'avais des mollets d'acier et des fesses fermes qui faisait saliver mon homme coquin. Je retrouvai ma taille et le plaisir de m'habiller! Et puis je me suis pétée les chevilles! Coup sur coup, plus de trois mois d'inactivité complète.

Un automne de mer.... avec un seul mantra: patience et volonté. Le retour à la forme ne se fit pas sans peine. Après une suite de petites maladies, ma santé finit par se stabiliser. Je pus reprendre une routine d'entraînement. Entre temps, j'avais eu la bonne idée de monter sur une balance! Ainsi j'avais pu constater que ces mois d'inactivité forcée avait entraîné une nouveau gain de poids! Merci métabolisme rancunier, bonjour la vingtaine de livres gagnés! J'étais franchement écœurée.

Découragée, affaiblie, je mis quelques semaines à avaler l'amère pilule. L'impression d'avoir tant reculé tout en ayant encore tant souffert m'était intolérable. J'avais la hargne. Une rage sourde aveuglait ma raison. Finalement, à force de réflexions, j'ai réalisé que je ne pouvais pas capituler et que c'était en capitulant que je perdrai totalement la partie. J'avais perdu une bataille mais je n'avais pas encore perdu la guerre! J'étais bien consciente que de là où ma grossesse m'avait emmenée peu en étaient revenues. Certaines âmes charitables avaient d'ailleurs essayé de me le faire comprendre. Mais c'était sans compter sur la sale bête que je suis. J'ai le gras mauvais. Je l'admets. Certains ont l'alcool mauvais, moi c'est le gras! Dans ce cas, être grosse devient un calvaire intérieur, un enfer personnel. Comme je ne souhaite pas devenir conne et méchante, ma seule issue était donc de reprendre le chemin de la salle de gym. J'y suis allée avec crainte et sans entrain. Sur mes oreilles mon casque, le soutien de la musique enfermée dans ma petite boite magique. Redémarrer la machine à muscles. En une bulle de musique, j'ai recommencé à suer...

Aujourd'hui, je suis presque revenue au niveau que j'avais atteint avant de me blesser. Un niveau qui consiste en un entraînement d'une cinquantaine de minutes cardio accompagnées d'une cinquantaine de minutes composées de musculation et d'abdos: des machines et des poids, un peu de pilates, un tour de ballon, un zeste de yoga. Le cardio fut le plus difficile à retrouver. Mes chevilles si douloureuses, raides comme du bois, ne voulaient plus avancer. « Y'en aura pas de facile! » me suis-je dit. Petit à petit, j'ai dû recommencer à marcher, pas après pas, de plus en plus rapidement. Je me suis obstinée malgré la souffrance engendrée. Et non, je n'ai que rarement envie d'y aller! À chaque fois, le processus commence par un bon bottage de fesses molles, puis il faut m'organiser avec le quotidien pas toujours enclin à m'arranger puis, une fois sur place, la véritable torture commence. Enchainer les efforts. Surmonter les faiblesses. Pousser la chair récalcitrante. Heureusement que la musique existe en ma petite boite magique!

Lorsque je remonte sur le tapis, les premières vingt minutes sont infernales, l'envie de pleurer est contenue en mes entrailles. L'envie de hurler est réfrénée par les élans de musique qui entraînent mes jambes à suivre la cadence. Je prends un rythme et je souffre en silence. Je grimace et je persévère. Je me dis « Okay, tu pourras prendre de l'eau après quinze minutes. Arrête de regarder passer les secondes! » Lorsque les minutes me semblent vraiment trop longues, je prends des chansons comme repères de courage. « Après celle-là, tu ralentis un peu. Garde le rythme on se fait un loop sur celle-ci ensuite tu t'arrêtes pour boire de l'eau! ». Les vingt premières minutes ne sont que misères. Se concentrer sur un point, s'y accrocher et laisser le rythme me porter. Tout est dans l'endurance, l'important est de ne pas lâcher...

Picnik collage

Sur la tapis la texture du temps s'étire, elle devient presque infinie « Mais cela finira donc un jour!!! ». Les minutes ralentissent, elles se font interminables. Dire qu'elles passent si vite lorsque l’on est assis devant l'ordi! Mes chevilles me font cruellement souffrir, je grimace et j’avance. Par miracle, le temps se consomme malgré tout. Autour de la trentième minute, je commence à percevoir un second souffle qui vient sauver mon moral en berne. Les cinq dernières minutes sont toujours les plus faciles. Allez comprendre! Les cinq dernières minutes sont comme du beurre sur un gâteau!

Lorsque le tapis s'arrête enfin, je suis en eaux, rouge comme une tomate bien mûre. J’étire mes muscles qui pétillent comme du Perrier. Le processus de fonte est en marche. Tout comme la flaque devant le banc de neige qui rétrécit sous les assauts du soleil. J'aspire durant quelques secondes la profonde satisfaction d'être passée au travers de l'épreuve, d'avoir traversé l'effort, d'avoir conquis mes douleurs. La satisfaction d'avoir fait un pied de nez au royaume de l'impossible. Malgré les courbatures qui viendront me punir, je prends conscience de ces sensations agréables. Mes cuisses se redéfinissent et mes fesses rebondissent sous mes pas musclés. Je reprends le contrôle de mon corps. Au loin, j'aperçois une lueur, c'est le bout du tunnel qui m'appelle...

March Lake

Processus de fonte

mercredi, mai 14, 2008

Quelques gouttes de bien-être.

L'hiver fut rude. Par-ci par-là des petits tas de neige résistent encore à la nouvelle saison. L'été arrive enfin pour me sortir de mon cloître hivernal. J'utilise le soleil comme médecine. Je prends du soleil comme d'autres prennent des pilules. Je baume mes peines à coups de nature...

Premières journées à saveur d'été. La chaleur, étrangère à mes immédiats souvenirs, caresse mes jambes nues. Le soleil me brule délicatement la peau des bras et j'aime cela. Ici l'on ne connait que trois véritables saisons. Il n'y a que trois saisons qui ressemblent à quelque chose, l'hiver, l'été et l'automne. Ici le printemps ne ressemble à rien. C'est juste une transition entre deux extrêmes.

Tout comme la neige a fondu, ma silhouette reprend forme, mes efforts portent fruits. Je le remarque dans les regards masculins. Je constate l'intérêt de ces hommes qui tournent la tête et me regardent de nouveau. Je ne suis plus invisible. J'ai considérablement maigris. Je ne le vois pas par moi-même (j'ai toujours la même maladie moderne qui sévit chez tant de femmes à différents degrés). Ce que je n'arrive pas à discerner dans le miroir, je le perçois dans les yeux de Juan qui pétillent de désir. Je le sens dans la fluidité de mes mouvements. Mes muscles portent mon corps de plus en plus souple. Je me sens de plus en plus à l'aise dans ma peau raffermie. Je ne suis toujours pas satisfaite de mon cas mais peu à peu, les dégâts de ma grossesse s'estompent dans le temps. Je demande à Juan:

- Ça y est, j'ai retrouvé une taille normale? On peut-tu dire que c'est une réussite?
- Oui, d'où tu reviens je dirais même que c'est un exploit!!!

Je ronchonne, un exploit, cela le sera lorsque je pourrai me regarder dans une glace sans grimacer. Ceci un processus complexe. Au moins, maintenant, je peux me regarder dans un miroir et reconnaitre celle que je vois (admettre celle que je suis). Il est vrai que si j'en crois les magazines féminins ma perte de poids est exceptionnelle mais vu comment ma prise de poids fut phénoménale, je n'en vois pas l'incroyable. Je n'arrive pas à m'en féliciter sans me rappeler la honte initiale que j'ai ressentie une fois prisonnière de ma chair de gélatine. Un jour, alors que je parlai avec une amie de cette prise de poids débile qui me permit d'enfanter ma fille, elle s'est innocemment exclamée:

- Whaou, je savais même pas qu'on pouvait prendre autant!
- Yep, parait que c'est rare, en plus j'ai même pas mangé pour quatre, ni pour deux! Si au moins je m'étais goinfrée, cela aurait fait du sens! Y'aurait une justice! Dire que j'ai appris à manger équilibré en tombant enceinte! Mais mon corps habitué aux privations est devenu comme une éponge, l'horreur! Je mangeais une pomme et je prenais une livre!!!! Enfin, j'ai quand même pondu un joli bébé en santé même si j'ai failli y passer...

Je ne veux plus combattre mon corps. Je me suis battue avec lui durant toute ma vingtaine, il s'est vengé sur ma trentaine. Il a su tirer profit de ma grossesse pour m'abattre à plate couture. J'en comprends les leçons. Même si je bataille encore, nous ne sommes plus en guerre. Désormais je respecte mon corps, petit à petit il devient un ami. Je commence même à lui pardonner les tortures qu'il m'a fait subir. Je muris. Je veux juste retrouver un confort personnel, retrouver ma séduction et un bien-être physique. Pour cela, il me faut accepter les dommages irréversibles de ma peau déformée. Et pour arriver à l'accepter, il me faudra suer encore un peu. Je ne fais pas de régime. Dans mon cas, c'est inutile. Cela irait plus vite si je me privais mais cela ne ferait que recommencer le même cycle destructif. J'ai appris ma leçon de vie. Tout est question de métabolisme, être sensée et raisonnable suffit. Je n'aime toujours pas faire de l'excercice mais je m'y plie de bon gré, mon corps aime tant cela qu'il m'en remercie et je l'apprécie. Au moins, tout n'est pas perdu, après dix-huit mois à travailler mes pectoraux, j'ai les seins qui se raffermissent et remontent, un petit miracle en soi...

Premier bateau posé sur l'eau, c'est le début de l'invasion. Bientôt la pureté de ce paysage sera dénaturée par des dizaines de coques à moteur. Le plaisir des hommes prendra, comme à son habitude, la nature en otage. Tous ces bateaux à essence feront un bruit d'enfer sans se préoccuper du paradis des autres. M'zelle Soleil me dit avec joie:

- Oh! Maman, regarde, y'a un bateau!
- Oui, ma puce, je vois...
- Poupoi y'a un bateau?
- Parce-ce que c'est l'été qui revient. Tu sais, maman, elle aime pas beaucoup les bateaux sur le lac...
- Moi, z'aime bien les bateaux...
- Oui, je sais...

Un instant solitaire. À l'horizon, l'activité humaine emplit la quiétude de la nature, une scie, des coups de marteau, une voiture, un avion. Un Canadair au dessus de ma tête fait des allers et retours entre l'azur du ciel et le bleu de l'eau. Je l'observe transvaser des masses liquides d'un coin à l'autre. Le lac étoilé de reflets d'argent respire le calme et la paix. L'air cristallin comme le son de l'eau qui frémit sous mes pas transporte mes émotions. L'eau douce rafraichit et soulage ma peau. Au loin, Kahlua, chien de son état, se baigne à grand coups d'éclaboussures qui sortent Chanelle de sa torpeur divine. Je lève la tête. J'accroche du regard une colonie de têtards qui fait des bulles à la surface du lac. Je médite en silence. Sur le quai oublié, en toute solitude, je fais quelques abdos. Je respire la beauté qui m'entoure. Je récite des mantras dans la ligne du soleil qui m'éclaire. La vie est jolie...

Chaque existence possède sa propre poésie. Pour oublier la présence de ces maux qui m'aspirent les heures, je pars à la recherche de la mienne. Ma poésie, je la découvre en ce petit coin de lac déserté. Je l'inspire. Elle scintille. Je l'apprivoise en ces quelques pas qui font bruisser l'eau limpide...



Poésie humaine

vendredi, avril 11, 2008

La cata...

Cinq jours de migraine continue. Voilà longtemps que je n’avais pas connu cela. Sur mon billet faisant mention de la chose, je reçois le commentaire de Xavier qui m’enjoint à témoigner sur son site. Curieuse, je vais y faire un tour. Surprise, je découvre mon trouble précis écrit noir sur blanc. J’apprends ce qui me tracasse. Je suis sous le joug d’une crise cataméniale! Je n’en savais pas le nom même si j’en connaissais la définition. Je remercie cet inconnu jailli de nulle part qui m'aura donné une piste d'apprentissage...

Depuis une semaine la douleur me mine la cervelle. Témoigner de cette douleur ne m’inspire guère. Tout est dit dans ce qui suit : « Les crises de migraines liées aux règles peuvent intervenir de la veille de celles-ci jusqu’au dernier jour. Elles touchent jusqu’à 25% des femmes et les crises sont beaucoup plus douloureuses qu’à l’accoutumé pour 50% d’entre elles. Les crises cataméniales sont plus intenses et plus longues que les crises classiques. Leur traitement doit être adapté à cette configuration particulière. Il semblerait que ce soit la chute brutale du taux d’œstrogène lors des règles qui soit le déclencheur des crises en modifiant le seuil de susceptibilité neurovasculaire ou en augmentant la concentration en prostaglandine (neuro-hormone inflammatoire). » Et puis l’idée de parler de cette vilaine migraine me donne mal à la tête!!! Alors je subis en attendant que cela passe, car comme tous les maux féminins, cela passera. C’est ainsi que nous sommes faites. Programmées pour supporter tous ces petits maux qui font de nous les reproductrices de notre race…

Cinq jours que je me traîne la cervelle endolorie sous le regard de ma petite fille pas mal sage vu les circonstances. On pourra dire que la gardienne aura choisie sa semaine pour aller dans le Sud! Je m'allonge plus souvent que Lily n'en a l'habitude. Je ferme les yeux pour atténuer la douleur qui me vrille le crâne. Je grince des dents à chaque bruit un tant soit peu strident, à certains moments, je sens ma patience fondre comme neige au soleil, je serre des dents. Juan voit ma douleur et fait son possible pour que je puisse me reposer. L'enfant bavarde à bâtons rompus. L'on fait de dessins pour papa au bureau. Je joue avec elle du mieux que je peux. Ce n'est pas facile d'être stimulante lorsque l'on a la cervelle toute enflammée. Elle s'invente des jeux captivants comme jouer avec mon Robert qui traine. Je m'amuse avec elle en articulant ces mots qui m'attrape le regard, extéroceptif, galéopithèque, hylozoïsme, marmotter! Elle répète les mots abracadabrants. Elle me divertit la douleur qui me martèle la tête. Elle me dit: " Cé grôle maman! T'as vu cé grôle". Je lui explique des trucs de français. Elle mécoute et me réponds. Elle me fait rire. Lorsqu'elle se réveille de sa sieste et que l'on se câline tendrement elle me chuchote à l'oreille: "On est bien maman". Et je fonds plus vite que le banc de neige sur ma pelouse givrée. Malgré tout, M'zelle Soleil commence à s'ennuyer ferme, elle s'exclame en venant me voir ce matin:

- Maman a domi toute la semaine!!! Allez maman, yiens, yiens..

Et je me lève pour elle. I've got no drive. Au fil des jours qui passent, je m'habitue à la douleur qui stagne. Elle va et vient sans jamais disparaitre. Elle se fait un peu moins puissante au fur et à mesure que s'écoule le sang. Je ne cache pas le concept à l'enfant qui m'observe. Elle qui deviendra femme en passera aussi par là. Il n'y a rien de plus naturel. Aujourd'hui je vais mieux, j'achève ce cycle qui me torture, les températures se font plus clémentes. Le printemps qui n'est rien qu'un synonyme agréable pour décrire la grande fonte s'installe doucement. Les impressionnants bancs de neige commencent en effet à s'évaporer, je vois de nouveau l'asphalte en piteux état de ma rue. J'estime que le banc de neige qui recouvre ma pelouse s'est affaissé d'un petit mètre en une semaine. J'aperçois de nouveau le sapin à l'entrée qui me fait la gueule. Complètement englouti par l'hiver, il vient de juste de s'en sortir la tête, il est un peu ratatiné, pas mal rabougri, encore à moitié avalé par la neige. Il a triste mine. La neige se transforme en "sloche". Bienvenue au royaume de la glace pilée!

La grande fonte est arrivée la semaine dernière, au village, les hommes ont sorti leur hache. En revenant de Québec en début d'après midi, j'en ai vu plusieurs marteler la glace de leur entrée. C'est un signe de saison. La dernière bataille avec l'hiver. Deux voisins ont lancé le processus local et Juan s'est aussi mis à la tâche pour canaliser en ruisseaux ces mares de "sloche" qui rendaient la rue impraticable...

Signes de fonte

Les jours ont passé, ma migraine s'est incrustée à la semaine. J'ai quand même promené ma puce de maison à l'air libre. Dès que le soleil nous a gracié de sa présence, nous avons pris la poudre d'escampette. M'zelle Soleil a repris possession de sa poussette et enfilé ses bottes de pluies avec enthousiasme. Chanelle s'est mis à sourire à pleines babines et nous sommes parties déambuler dans le village endormi. Un village qui vit à différente cadences selon les saisons. Là il est encore tout engourdi d'hiver. L'on se ballade entre les flaques qui réverbèrent le ciel. L'air frais me fait circuler le sang dans la bonne direction. En chemin Lily me dit:

- Qu'en z'étais petite, ze montais dans les arbres avec papa!

Qui a dit que les bébés n'avait pas de souvenirs? N'étais-ce point belle-maman qui la fâcheuse manie de prendre les bambins pour des poissons rouges? Je souris toute seule. Je stimule la pensée de mon brin de fille. Je l'écoute m'expliquer sa petite vie qui se déroule sous mon regard vigilant. Le soleil m'ouvre les pores. Ma petite puce de maison s'emballe les sensations (et les souvenirs). Je réalise que ma minuscule fillette se souvient d'une époque où elle était petite, j'hallucine quand même un petit coup...

Ready-to-goHappy-ChanelleRed-Touch

Un peu loin nous rencontrons ce voisin de quartier qui me salue comme à son habitude. Je lui souris tout en poursuivant ma route. M'zelle Soleil a aussi le sourire jusqu'aux oreilles. Dieu que la vie est belle dans l'éclat de ses yeux. Nous croisons une vieille dame toute voutée et son petit chien Chopin. Rencontre oblige une conversation nait du hasard, M'zelle Soleil s'amuse du petit chien, la vieille dame est sous le charme. Elle me souffle cette phrase universelle: "Profitez bien tant que cela passe, ils grandissent si vite ces petits!".

M'zelle Soleil fatigue, le bus scolaire qui passe me rappelle à l'heure de ma routine. Je décide de rebrousser chemin, le voisin de quartier qui m'a salué à l'aller m'interpelle. Je m'arrête. Il m'apprend que la femme de son fils a accouché, des jumelles, je le félicite. Il m'explique que sa femme est partie pour un mois aider à la tache. Je m'exclame :"Alors vous voilà tout seul!". Il baisse la tête, un peu penaud, l'on discute quelques minutes encore du défi d'avoir des jumeaux et je reprends ma route. Rares sont les voitures qui passent sur la route principale.

Le bus scolaire dépose Cricri et Patri qui se font garder chez leur grand-mère. M'zelle Soleil leur fait la fête. Je discute avec leur grand-mère du temps qu'il fait et de mon voisin fantôme, propriétaire du chalet le plus proche de ma maison. Un petit truand de seconde zone qui n'est jamais le bienvenu les rares fois où il se présente dans le quartier. L'on en vient évidement à parler de la neige sur son toit qui fait tourner toutes les têtes du quartier. L'on s'étonne que cela ne ce soit pas encore écroulé!

Deux jours plus tard, au petit déjeuner, Juan s'exclame: "Ah ben ça y est le porche du Tony s'est écroulé!". Bon, l'évidence s'est produite. Plus personne ne s'étonne et plusieurs rigolent. Aujourd'hui, je sors prendre l'air avec ma puce de maison, je croise Yolande ma voisine d'en face, Yolande presque quatre vingt ans et un sourire de jeune fille. Évidemment la conversation tourne vite autour de ce qui nous fait face, le dégât causé par l'hiver à ce chalet quasi déserté qui me sert de voisin immédiat. L'autre voisine a déjà appelé la ville. Tout le monde est plus ou moins curieux de la chose et personne n'a de peine pour ce Tony qui n'a guère sa place sur cette rue mémère à saveur familiale. Les citadins ne se rendent pas compte à leur arrivée que derrière la tranquillité de l'endroit se cachent des regards habitués au calme, des regards qui surveillent le calme dont ils se repaissent...

Le fameux Tony, la quarantaine bien bronzée, le sourire colgate, le petit capri blanc sur les fesses rebondies et la chaine en or dans les poils. Le fameux Tony qui arrive sur les chapeaux de roues dans sa décapotable immaculée et qui se croit soudainement le maitre de la rue. Oyez, oyez, Tony est arrivé, prosternez vous devant sa majesté! Le fameux Tony, parasite de lac, qui passe quatre fois dans l'été pour ne faire que du bateau mais qui a finalement compris qu'il est ici sous haute surveillance. Les locaux l'ont a l'œil et... dans le collimateur. Il se trouve dans une position inconfortable. En quelques visites, il s'est arrangé pour insulter ou irriter la majorité des gens qui vivent ici à l'année. Nous sommes une douzaine d'âmes dans cette situation. Une douzaine d'âmes qui vivent à l'année sur cette rue qui longe la forêt. Le lac est à quelques centaines de mètres, plusieurs chalets d'été sont parsemés entre nos résidences. Tony possède l'un de ces chalets si peu habités. Une des rares fois où il est venu profiter de son nouveau chalet, il est arrivé avec la police aux trousses pour une quelconque infraction mineure et à une autre occasion, c'est un automobiliste en rage qui l'a suivit jusque là. Le Tony lui avait fait une queue de poisson à l'entrée du village! Le bonhomme inconnu avait la haine. Ils se sont engueulés un bon coup. Le Tony s'agitait du haut de son balcon "Tsé à qui tu parles, mon gars, tsé à qui tu parles?!?". Du bout de mon balcon, j'ai observé la scène les sourcils assez froncés pour attraper une ride. Je n'ai pas choisi d'habiter pas en ce coin de brousse pour assister à de telles scènes débiles! Il s'est ensuite arrangé pour se taper deux jeunes filles en une nuit de pleine lune. Deux jeunes filles en talons aiguilles et pantalons moulants qui ont débarquées à 3 heures du matin d'une voiture sombre pour y rembarquer trois heures plus tard alors que l'aube s'apprêtait à poindre.

Le lendemain le petit gnome à l'égo de géant s'est permis le bon gout de dire sur son balcon "Ah! J'ai encore le gout de petites filles!". Son compagnon d'infortune a grommelé une réponse que le vent a emporté. Yerk, mon grand, j'crois ben qu't'es pas à la bonne place icitte! La frontière existentielle qui me sépare de ce fameux Tony a l'allure d'un gouffre. Petit chose qui m'a assez tapé sur les nerfs pour que je fasse venir un très gentil monsieur agent de l'environnement ( que j'ai lancé à ses basques sur les conseils de mes sources municipales) pour qu'enfin il se débarrasse de sa vieille "tank à huile" qui polluait le sous bois derrière chez nous. Il ne l'a pas aimé celle-là. Il a dû s'y plier. C'était le début de l'automne dernier. C'est la dernière fois où il est passé et c'est là que l'on a eu droit à notre lot d'insultes. Des insultes racistes comme je n'en avais encore jamais entendues depuis vingt ans que je vis en Nouvelle France! Stoïque, ses menaces m'ont laissée de marbre, en fait il me fait plus pitié qu'il ne peut blesser. Je ne vis pas dans la même dimension que lui. D'autres voisins sont aussi passés par ces colères et ceux qui l'ont évité font de leur mieux pour l'ignorer. Je me fous de sa petite existence. Je tiens juste à ne pas en subir les conséquences. Et puis c'est pas comme si j'avais pas toute la rue pour surveiller mes arrières!

Durant cet hiver qui a craché des tonnes de neige, la rue a pris des paris sur l'état de sa toiture. Et puis les nouvelles provinciales ont commencé à parler des maisons effondrées et toute la rue s'est mise à regarder du coté de ce chalet quasi abandonné. J'ai même aperçu des motoneiges égarées s'arrêter devant pour pointer du doigt son toit. Comme je ne désire pas souhaiter du malheur à autrui aussi con soit-il, j'ai essayé d'y penser le moins possible. À force, j'ai même fini par ne plus y faire attention. Et puis un soir, crack, la neige a finalement gagné son combat, le toit qui recouvrait sa terrasse s'est effondré. Juan a entendu quelque chose, moi je n'ai rien remarqué. La neige a absorbé le choc mais sa galerie est foutue, sa façade aussi. Yolande s'inquiète des fils électriques qui ont un air de Pise. Je lui apprends que de ma fenêtre, j'ai une vue imprenable sur son toit de tôle tout cabossé. Elle pointe le doigt vers ces fils électriques qui la préoccupent. Elle craint le feu. Les frayeurs de la vieille dame mettent des doutes dans mon mal de tête qui persiste. Manquerait plus que ça! J'éloigne les angoisses. Ah! Si on ne pouvait plus lui revoir la face cela serait le paradis Cependant je soupçonne qu'on va entendre crier le fameux Tony dès que reviendront les beaux jours. Je prépare mon sabre et mon bouclier...

écroulé-IIIécroulé

La cata...

lundi, juillet 16, 2007

"Défestivaler et reroutiner la semaine"...

Choupette-de-festivalChoupette-de-festival

Après la fête, les festivaliers sont un peu fatigués, il faut retrouver la routine perdue dans le bonheur de dix jours d’été tournés vers la musique en plein air au coeur de la vieille capitale. Dans un prochain billet, je m’évertuerai à faire un petit bilan de festival, histoire de bien incruster dans ma mémoire ces instants presque magiques parce-que si rares. Dans mon top trois du festival, il y restera Manu Chao pour la géniale atmosphère, The Cat Empire pour les déhanchements trop sexy du chanteur et Tiken Jah Kakoli pour ses rythmes et sa conscience...

Ainsi, hier nous avons clôt le festival en coupant la poire en deux. Soirée moitié Tiken Jah Fakoli, moitié DJ Champion. DJ Champion qui remplace le groupe IAM, ce qui entraîne notre petite troupe en ce dilemme qui nous force à couper la poire en deux! Lily-Soleil a tout simplement adoré Tiken Jah Fakoli. Je peux affirmer que ce fut son show préféré. J'y serai bien restée plus longtemps si cela n'avait été du problème de la poire à trancher! L’on arrive au concert de Tiken alors qu’elle tombe de fatigue. Pourtant une fois bien installée sur les épaules de son père, le rythme la réveille et là voilà qui se trémousse en cadence avec la musique. Elle est si lumineuse qu’elle attire tous les regards. Durant quelques instants les gens se retournent de la scène pour contempler ce petit bout de chou qui danse, les mains dans les airs, sur les épaules de son père. Phil prend la relève, là voilà même qui se décide à chanter! Nous sommes tous bouche bée! Comme si à la fin de ce festival, elle avait si bien compris le principe qu’elle s’applique à y participer! Durant le court trajet qui nous mène au pigeonnier qui vibre sous les élans de Champion, l'on se chamaille avec Juan à savoir de qui elle tient cette fibre reggae, Miss Dee nous écoute et rigole de nos ébats. La petite s'assoupit, retrouve quelques gouttes d'énergie pour se faire une copine de son âge et finit par s'endormir sous la garde alternée de ses parents dans un petit coin tranquille du pigeonnier.

Son premier concert fut celui de Femi Kuti, hypnotisée, son monde fut révolutionné et une semaine plus tard, elle se fond dans la nuit avec Tiken. J'en reviens à peine plus que les passants qui la regarde. Elle aura vu Harry Manx sous la pluie, elle n’a pas semblé transcendée, le blues ne la touche pas autant que les rythmes africains! Ce jour là, c'est plutôt les danses de son ado de tante sous les trombes d'eau qui l'auront épatée. Elle a bien aimé Tryo et particulièrement la chanson « Serre moi » avec ses images de papillon volant sur écrans géants. Elle s’est aussi bien amusée place de la famille. Elle a rencontrée plusieurs de nos amis et comme dirait ma sœur de Clo : « La gang a l’air de bien l’avoir adoptée ». Elle a découchée plusieurs nuits parfois chez sa mamie, une fois chez Miss Dee. Sa routine s'en est trouvée bien bousculée mais elle s’est régalée de son père qui avait pris trois jours de vacances pour mieux profiter du festival.

Nous ne nous étions pas ainsi amusés depuis que nous étions devenus parents. J’ai enfin retrouvé assez de vigueur et de forme pour sortir de ce retrait social que je m’étais imposé. De concerts en concerts, je me suis rappelée à mes souvenirs. J’ai retrouvée quelques parcelles oubliées de ce qui fait mon identité. Je me suis aperçue dans un reflet de miroir. L'été me trouve ravigotée. Mois après mois, je retrouve ma féminité qui s’incorpore à ce nouvel état de mère. Je redeviens entière. Je commence à pouvoir oublier la détresse d’un corps déformé, les faiblesses d'une longue maladie, je commence à revivre comme je le faisais avant d’enfanter. Il m’aura fallu vingt longs mois pour revenir à moi. Mais je le referai demain pour pouvoir serrer dans mes bras cette adorable fillette qui est mienne. Il me reste encore un peu de chemin à parcourir pour retrouver l’intégralité de ma peau, pour équilibrer la femme et la mère que je suis devenue en un seul corps. Encore quelques efforts et l’épreuve sera définitivement traversée. Ensuite, je pourrais peut-être en profiter quelques mois avant de penser à recommencer! L’homme parfois me parle d’un petit frère ou d’une petite sœur, il n'aime pas l'idée d'un enfant unique. J’y pense aussi souvent mais j’ai l’impression qu’il me faudra encore un peu de temps pour remplir mes gourdes de courage et relancer mon corps sur la voie de la reproduction…

En attendant, construire cette petite famille qui est désormais nôtre est un bonheur en soi. Élever ma fille à ma guise, découvrir les traits de sa personnalité, l’aimer librement jour après jour. Rien que du bonheur. Le revers de cette médaille est l'intense responsabilité que je ressens à son égard et qui me perturbe un peu mais c'est un autre sujet. Je la regarde évoluer et grandir, elle me fascine, parfois lorsque je la regarde j’ai l’impression que mon cœur va exploser tant l’amour que je ressens pour elle est puissant…

Maintenant, après l’exception du festival, je dois reprendre cette routine qui la rend agréable (il me semble que d'ailleurs que j'ai moi aussi un peu perdu de ma propre routine dans toutes ces pérégrinations!) et profiter pleinement d’elle quelques semaines encore avant de reprendre une vie « adulte » plus active. Cependant si une chose est claire en mon coeur c'est que je refuse de m’éloigner d’elle plus qu’à temps partiel avant qu’elle n’entre en pré-maternelle. Ainsi va la vie…

Festivaler-l'été-IV Tryo-sur-les-plaines

Se défestivaler