Affichage des articles dont le libellé est paralysie de bell. Afficher tous les articles

samedi, octobre 21, 2017

En février 2011, j'ai eu une paralysie de Bell atypique.

Atypique de par ses violentes neuropathies. Qui se sont ensuite installées en ma vie. Et sont devenues une invisible maladie chronique. 

Depuis l'été 2015, une collection de problèmes de santé aspirent mes jours, de la tumeur de bras à l'hystérectomie. 

En passant par ces neuropathies permanentes et une colonne vertébrale bien tordue. Un tout enrobé de puissantes douleurs physiques en tout genre.

Assez pour y perdre la tête... et une multitude "d'amis". Heureusement, j'arrive à garder ma tête mais malheureusement pas tous mes "amis"...

Enfin, je me dis aussi que cela en devient un filtre social naturel. Il finit par n'en rester que les meilleurs. Cela blesse un coup et puis cela cicatrise avec la leçon apprise.

Le défi étant de ne pas y perdre la foi en ma race...


Un tout d'ennuis de santé complexe qui, si je dois en expliquer tous les détails en profondeur, fait souvent fuir les gens ou les fait s'exclamer "Pauvre toi!". À répétition. Avant de les voir prendre leurs jambes à leur cou. Je génère l'impuissance parait-il...

Je ne suis toujours pas sûre de ce qui est pire à supporter, les maux physiques ou les réactions humaines face à ceux-ci. Comme si le fait d'être si malade faisait de moi une sorte de lépreuse. Qui ne mérite plus aucun respect...

Je ne suis pas "pauvre" d'avoir un corps qui me trahit la vie. Je ne suis pas non plus contagieuse! Je suis juste humaine. Une simple humaine qui essaie de survivre à son corps. Un jour à la fois.

Fatigues et déceptions...

Je choisis d'affronter chaque épreuve avec l'idée que cela puisse m'enrichir l'esprit. Rien n'est facile en la vie mais tout reste possible right?

Tant que l'on s'accroche a ses valeurs intérieures, à l'amour des siens et aux doux moments de la vie. Tout est possible à celui qui est patient?

Choisir de s'enrichir l'esprit en l'épreuve me parait la seule façon d'en ressortir plus forte. Moralement, je ne suis pas plus pauvre qu'un bien portant mais que je suis fatiguée!

Financièrement par exemple, je suis en effet fauchée comme les blés. Mais j'essaie de ne pas m'identifier l'être à mon compte en banque, cela me permet de garder mon moral à flot. 

Il n'est pas vraiment nécessaire de me souhaiter du courage en mes malheurs de santé. Je crois que le courage n'est que l'effet secondaire de la volonté et je possède une volonté de fer. Butée comme une mule! Qui apprécie les prières et cultive sa foi pour estomper ses peurs.

Depuis le temps que je rame, si j'avais dû couler, ou capituler, ce serait déjà fait cent fois! Du courage, j'en possède en un nombre infini qui me dépasse. De la patience serait plus d'actualité.

Patienter des jours meilleurs

Je dois maintenant cultiver bien des patiences. Avec l'espoir de retrouver, un jour meilleur, assez de forces vitales pour me réaliser de nouveau.

La patience de persévérer envers et contre tout. Mon tempérament guerrier refuse de se laisser victimiser par ses circonstances corporelles. Car je suis plus que mon corps...

Même lorsque bien fatiguée de lutter, je me rebelle en refusant toute pitié. Je pense que la pitié est nuisible. Elle dégrade l'être en son entier.

J'apprécie énormément la compréhension, la compassion ou la bienveillance mais de la pitié, non merci, je m'en passe!


Pas de pitié pour mes croissants! 

En chemin, je m'attire les foudres de ces âmes bien pensantes qui m'expliquent que je dois me cacher pour souffrir, me plaindre davantage de mon sort ou encore faire semblant d'être en forme. Heu. Non! 

J'en réalise, dans la foulée, que ce n'est pas parce-que je suis malade comme une chienne que l'on doit me traiter comme une chienne! Et pourtant, en l'année que je viens de passer, jamais je n'ai été aussi jugée, vilipendée, désertée.

En 2017, il ne fait pas bon être malade. Et pire encore si l'on est pas malade en des normes établies C'est ce que j'en apprends de ma dernière année. Être malade fait rejaillir les lâchetés modernes.

Égoïsme versus empathie. De quel côté penche la balance humaine? 

Est-ce les conséquences de l'individualisme moderne ou les effets pervers d'une société de loisirs?

Est-ce les conséquences invisibles de cette révolution numérique qui invente l'ego portrait?

Une révolution numérique qui centre l'ego individuel et décentre l'humanité en son entier?

L'égoïsme semble prendre le pas sur l'empathie. La norme se conforte en ses impuissances tout en cultivant ses petits plaisirs. Un monde bien froid s'en dégage. Un monde sans coeur? 

Égoïsme versus empathie. Où est-ce que la balance penche? C'est une question que je me suis souvent posée en ces temps si pressés pour la norme humaine.

Une norme privilégiée, qui n'a jamais vécu de façon aussi confortable, de toute son histoire humaine, mais qui n'en finit plus de se pleurnicher. Dérisoire ou pathétique?

Alors que le monde se presse, je fatigue. C'est le temps de reprendre mes disciplines de méditation...

Fatigues à méditer...

mardi, janvier 07, 2014

Depuis des semaines, je pense régulièrement à tous ces sujets que je pourrais bloguer en mon petit coin de Web.

Les idées vont et viennent, elles dansent dans ma tête comme une chanson que je fredonne en silence. Durant les fêtes, j'ai même brouillonné quelques lignes avant d'aller voir ailleurs si j'y étais...

Et puis les semaines passent et je ne blogue pas ou si peu. Je tweete, j'allonge les statuts de l'un de mes deux comptes Facebook (le salon) pour en faire des brèves de vie, j'instagramme. Mais je ne blogue pas.

Je sais que les moments perdus à Facebooker, tweeter, instagrammer, tous conjugués, m'aspirent le temps que je pourrais passer à bloguer. Mais malgré tous ces réseaux numériques qui me dispersent, je sais aussi que bloguer est un exercice à part.

À la source de ce blogue est l'écriture. Aussi simple et complexe que ça. Et l'écriture est un animal sauvage que j'essaie d'apprivoiser depuis mes sept ans. Mon compagnon de vie le plus fidèle. Et ici j'aime laisser un terrain de jeu libre à ce compagnon qui habite mon sang...

Mais présentement ce compagnon, parfois lové en mon système nerveux, doit s'habituer à cohabiter avec une nouvelle compagne nommée douleur chronique. Elle s'est installée subitement. Au creux de l'hiver 2011. Elle à débarqué sans prévenir. Depuis trois ans, elle prend demeure. Elle m'habite autant que peut le faire l'écriture. Et l'écriture n'apprécie guère de partager ses espaces invisibles. La douleur faciale de fond s'entremêle avec mes flows qu'elle entrave. Cela coince.

L'écriture accepte que je la mette au turbin pour le bien de la cause, elle s'est même résignée à jouer avec la douleur par là-bas mais ici, elle me fait la gueule. Alors en 2014 je vais être douce avec mon écriture bloguesque. Être moins dure, moins exigeante, je vais essayer de la laisser respirer en espérant qu'elle n'expire pas.

J'aime ce blogue qui compte une décennie d'existence. Mon petit dinosaure né durant la préhistoire bloguesque. Le témoin des années qui me passent sur la peau. Alors je veux revenir à la source de son existence. Et même si la blogosphère est aujourd'hui bien différente d'antan, je m'en fous.

Je blogue pour laisser couler les mots, simplement, librement. Au fil du temps. Ce coin de Toile  reflète les différents courants de ma vie, ceci est un blogue d'humanitude en tout genre. Sans étiquette. 

Je n'aime pas les étiquettes, je les trouve simplettes à l'échelle humaine. Ici je joue souvent à devenir le cobaye d'un laboratoire de mots. Mais ici la douleur qui s'intègre à la moitié de mon visage n'a pas lieu. Elle se doit d'être aussi invisible qu'elle l'est sur mon visage redevenu symétrique.

Car même si la douleur chronique accompagne mes jours du matin au soir, je refuse qu'elle m'empêche de vivre. Je refuse qu'elle m'empêche d'être. Et avec ce refus je découvre une nouvelle force intérieure. 

Une force née de l'épreuve quotidienne. Une force qui germe en mon esprit et m'inspire de nouvelles perceptives.

Se prendre une bataille en pleine face


En 2011, mon visage a paralysé. Puis il s'est mis à me torturer le trijumeau. J'ai été sévèrement défigurée durant six mois et j'ai eu l'impression d'exister en mon propre film d'horreur tant les douleurs faciales étaient cauchemardesques.

Crédit photo @technomade
En 2012, après de nombreuses batailles, j'ai repris le contrôle de ma face et traversé les traumatismes engendrés par le scénario d'horreur. En 2013 j'ai eu espoir de guérir complètement puis j'ai réalisé l'utopie du concept de guérison complète. 

Mon nerf facial blessé a été si endommagé qu'il en gardera de longues séquelles. De l'espoir à l'acceptation en passant par le désespoir j'ai avancé. Accepter aide à chasser le désespoir. Si je respecte la douleur, elle me laisse la contrôler. À coups de puissants anti-douleurs, de physiothérapie hebdomadaire et de transformations intérieures je prends le contrôle de la douleur. Je la tiens en laisse. La plupart du temps...

Et je fonctionne. Si je décide d'en cacher l'existence, elle passe inaperçue. Dans un sens j'ai de la chance. Je ne suis plus défigurée, je ne fais plus peur aux enfants. Et si j'ai rocké mon look de pirate, je suis contente de ne plus avoir à l'assumer.

Je vais peut-être devoir l'adopter de nouveau dans le futur, par ci par là, quand mon œil fatigué voudra se reposer. Mais je ne suis pas prête à le revoir. Pas tout de suite. Pour l'instant je me contenterai de porter mes verres fumés. Et si j'ai l'air snob ou excentrique par temps nuageux, ma foi tant pis! Ainsi va ma vie. Et en 2014, je continuerai ce petit chemin de blogue, toujours curieuse de voir où il s'en ira...

Mot Phare

Plusieurs de mes copinautes adoptent un mot phare pour débuter l'année. J'en pratique le principe depuis mon adolescence. À la différence que je n'ai pas un mot phare par année mais un mot phare par décennie. Il se profile souvent à la veille d'une décennie à explorer. Le premier m'est venu alors que j'entrais dans la vingtaine. Il se nommait liberté

À l'aube de la trentaine, j'ai perçu équilibre comme mot intérieur et il a guidé cette décennie-ci. À la fin de celle-ci est arrivée la tendance du mot phare, j'ai alors réalisé qu'un mot phare par année ne me convenait pas. Mais un mot phare par décennie faisait partie de ma vie depuis longtemps.

Alors que la quarantaine pointait le bout de son nez, j'ai capté le mot attitude et j'ai su qu'il serait le phare de cette décennie-là.

Ces mots qui guident mon être à l'intime ont besoin de plusieurs années pour bien imprégner leur sens en mon essence humaine. Ils plantent des graines qui me font grandir et évoluer. Ils se font phare de mon existence qui s'écoule. D'ici la cinquantaine je sais qu'un autre viendra se lover en mes pensées pour me guider de l'intérieur...

Et d'ici là, alors que le Nouvel An a sonné un nouvel anniversaire en ma peau, j'ai décidé d'adopter l'idée de me définir par décennie plutôt que par chiffre. J'aurai la quarantaine jusqu'à ma cinquantaine et ainsi de suite. Je ne renierai pas le jour de ma naissance quand il viendra sonner la nouvelle année mais je n'en compterai pas obligatoirement le chiffre. Ainsi soit-il.

Ceci dit, même si ce n'est pas un mot phare, j'aime choisir une voie de réflexions à explorer chaque année en famille. J'embarque homme et enfant dans mon délire et c'est année, je choisis de cultiver l'optimiste. Refuser le gris pour ne voir que les couleurs de la vie

Et j'en profite pour souhaiter une bonne année à tous ceux qui viendront picorer de ces mots partagés ici. Qu'elle soit à la hauteur de vos inspirations et suive vos rêves...

D'années et de décennies...

jeudi, novembre 07, 2013



Cette dernière année a été l'une de mes plus difficiles en terme de blogueries. Ces derniers mois, écrire ici m'est devenu plus difficile que coutume.

J'ai ouvert ce blogue l'année qui a suivi un événement traumatique en mon cœur. En août 2002, mon homme, alors âgé de 22 ans, a (mal) sauté dans le lac. Il s'est cassé le cou le bougre!

En allant rejoindre ma petite sœur de 9 ans, il a mal évalué le niveau d'eau dans lequel il sautait et il a abusé de son élan. Résultat il s'est explosé la tête dans le sable. Lorsqu'il m'a appelé pour le rejoindre, plongée dans un livre, je n'avais pas vraiment fait attention à ce qu'il faisait, je n'avais aucune conscience de ce qu'il allait nous arriver.

Son ton m'a alerté. Je l'ai rejoint dans moins d'un mètre d'eau douce. Il m'a alors chuchoté "Je ne sens plus ni mes mains ni mes jambes."

D'un coup le ciel s'est subitement rapproché de ma tête! En un quart de seconde j'ai revécu mes douze/treize ans. En cours de gym, en un saut malheureux, j'ai raté le tapis et je me suis explosée la tête sur le ciment. Une prof paniquée m'a donné une claque pour m'aider à reprendre conscience puis elle m'a fait marcher jusqu'à l'infirmerie.

Six heures plus tard, je ne marchais plus. Bilan de ce saut raté, un traumatisme crânien, un hématome au cerveau, des cervicales fêlées, une perte d'équilibre de plus de 3 mois et une perte de mobilité. Un an plus tard, j'apprenais à remarcher. À quinze ans, j'étais passée au travers. Je pouvais courir comme une gazelle...

Se prendre un coup de ciel sur la tête

Mais là, à cet instant, mariée depuis deux ans, à prendre mon homme dans mes bras, je ne pouvais y croire. Tandis que je le berçais avec tout mon amour dans l'eau, mon expérience de paralysie me revenait en tsunami mental. En le rassurant et en priant le ciel de ne pas l'handicaper à vie, je me forçais à respirer.


Ainsi sont passées de précieuses minutes. Il a commencé à ressentir ses pieds. J'ai continué de le bercer dans l'eau. Ma petite sœur s'est approchée. Il l'a rassurée. Minimisant au maximum le tout. Se disant qu'il avait dû se fouler une cervicale.

Il étudiait à l'université et faisait du travail manuel l'été, ce qui le rendait agréablement musclé. Une quinzaine de minutes plus tard, il est sorti de l'eau en marchant. Il s'est allongé sur le sable, bien blanc. Peu à peu ses sensations sont revenues. Inquiète, je lui propose quand même de rentrer à la maison.

L'on marche les 500 mètres qui séparent la plage de la maison. Dans la petite côte en chemin, je le grille sur ses symptômes. Il minimise. Arrivé à la maison, je le vois raide comme un balai et blanc comme un c... Je le force à aller à l'hôpital.

Une heure plus tard, il a passé toute une série de radios. Je vois alors le personnel médical défiler les uns après les autres dans la petite salle qui contient ses radios. L'un deux finit par venir nous voir. Il lui dit:

- Là, surtout, tu ne bouges plus! Tu as le cou cassé. On va te transporter d'urgence à l'Enfant Jésus à Québec. Il faut t'opérer rapidement!

Et là, le ciel me tombe vraiment sur la tête! Une massue me frappe en plein cœur. Alors qu'ils l'emportent en civière. Je reste foudroyée sur ma chaise. Passe un docteur, je lui dis:

- Mais je comprends pas. Il est pas mort. Il marche. Comment il peut avoir le cou cassé?!?!
- Il est très chanceux madame, mais son cas est très grave...
- Docteur, je pense que je me sens pas bien. Vous avez pas quelque chose à me donner? Je crois pas que je pourrais conduire dans cet état.

Il appelle une infirmière qui constate mon état d'anxiété croissant. En gros, je capote ben raide! Elle me donne un calmant. Je rentre chez moi. Branle bas de combat. Deux heures plus tard, je le retrouve à l'hôpital. Aux soins intensifs. Harnaché sur une civière. Il lui est interdit de bouger d'un poil avant de se faire opérer.

Sa cervicale est explosée. Je ne me souviens plus de laquelle, C3 ou C4. Elle s'est fragmentée dans sa chute, les morceaux ont rebondit contre sa moelle épinière sans l'endommager. Son cou musclé et le fait qu'il soit tombé dans du sable l'aura sûrement aidé. Et la main de Dieu...

Il faut l'opérer. À court terme, s'il n'est pas réparé c'est la quadriplégie assurée. Au programme une opération de huit heures avec deux chirurgiens. Il faut lui enlever tous les morceaux de sa cervicale explosée, lui enlever un petit morceau de hanche pour la tailler en forme de cervicale, puis lui replacer celle-ci dans le cou avant de sceller le tout avec une plaque de titane.

L'opération doit avoir lieu le lendemain. Je passe une première nuit blanche à son chevet. Le fait que mon homme soit diabétique de type un depuis ses quinze ans est l'un de ces petits détails à mentionner. Physiquement, cela complique un peu la chose. Mentalement, cela ajoute au poids qui s'abat sur ses épaules.

Le lendemain, en fin d'après-midi, le chirurgien vient nous voir. Il lui demande s'il se sent capable de passer une autre nuit sans pouvoir bouger, harnaché à son lit. Il lui dit:

- Honnêtement, je me sens fatigué, c'est une grosse opération et je préfère pouvoir la commencer de bon matin, bien reposé.

Sa franchise nous touche. Juan avale et acquiesce. Lui aussi préfère le chirurgien en pleine forme! Et c'est parti pour une autre nuit blanche sur mon inconfortable chaise. Une autre nuit dans l'ombre du pire à espérer le meilleur.

Comme l'on s'en doute, plus d'une décennie plus tard, l'opération fut un succès.

De nos jours, la médecine fait de petits miracles. Elle a réparé mon homme avec brio. Il n'en garde aucune séquelle. Neuf mois plus tard, il était comme neuf!

Mais cette année là m'a quelque peu traumatisée...

Aller de l'avant...

À l'époque, je finissais un bacc en traduction. J'étais présidente de l'association littéraire à Ulaval. Je couvrais du culturel (et un peu de techno) pour le journal de l'université.

J'étais moralement épuisée. Je me sentais en PTSD. Dans la foulée, je suis tombée dans la blogosphère un jour de fièvre...

J'ai ouvert ce blogue en avril 2003 avec l'envie de cultiver le positif de la vie. Avec comme seule censure éditoriale celle de mettre l'emphase sur le bon côté de la vie. Cela lui a donné une direction plutôt douce et légère. C'était mon jardin de mots apaisants, celui où je venais y planter mes sourires. Cela n'a jamais été l'endroit où y planter mes pleurs...


Au fil du temps, c'est devenu mon jardin de vie mais c'est toujours resté un espace éclairé, jamais un espace d'ombres. Je l'aime ainsi.

Parler d'un ennui de santé qui se déroule et s'efface dans le temps ne m'a jamais été difficile durant ces dix dernières années. Mais jamais, je ne m'étais retrouvée à affronter une situation où l'ombre de la santé s'installe au quotidien.

Durant l'année passée, un problème de santé récurrent m'a régulièrement coupé l'inspiration bloguesque à la source. La paralysie de Bell atypique que j'ai eu en 2011 a laissé derrière elle une douleur faciale chronique que je dois apprivoiser. Elle n'aura pas ma peau mais c'est une grosse pilule à avaler.

Et c'est un sujet qu'il ne m'inspire pas d'écrire ici! Ainsi est né cet autre blogue. Un blogue d'écriture thérapeutique intitulé "Chroniques de douleur". Et cela semble marcher. Le fait d'écrire ailleurs me libère. Il me permet de retrouver le plaisir d'écrire ici...

Au Québec, cette semaine est dédiée à la douleur chronique. Du 3 au 9 novembre c'est la semaine québecoise de la douleur chronique.

Je décide de sortir du placard. Je fais aujourd'hui partie du mystérieux clan de la douleur chronique. Mon nerf facial a été sérieusement endommagé. J'ai ai développé des complications névralgiques de type post herpétiques. Mon trijumeau me fait la guerre! J'ai la complication rare de la maladie rare. Typique de ma part. Faudrait peut-être que je mette à jouer au loto!


Ceci dit, j'ai pour objectif de transformer cette faiblesse en force afin d'en éclairer l'ombre quotidienne. Je vais donc me couper les blogueries personnelles en deux. Ainsi va la vie...

Sortir du placard de la douleur chronique...

lundi, février 13, 2012

Avancer...

Depuis des jours la plume me titille et je ne l'écoute point. Du coup lorsque je veux écrire sans l'écouter elle me fait faux bond!

Alors je laisse aller. Je déserte et j'en profite pour écrire pour le travail plutôt que pour ma peau. Ainsi va la vie...

En ce mois de février 2012, je continue de batailler les séquelles de ma paralysie faciale. Un an plus tard c'est beaucoup mieux mais toujours trop présent à mes sens. La tête encore dedans, je trouve difficile d'en prendre du recul.

Ce que j'arrive à faire sans problème avec l'opération d'ovaire. Six mois plus tard, je me sens remise. Cette opération peut désormais se reléguer dans le tiroir des histoires anciennes. Bye! Mais ce n'est pas encore le cas de la paralysie de Bell...

Avec le temps, je réalise combien cette maladie m'a fait me replier sur moi-même. La douleur isole. Lorsqu'elle persiste elle creuse un fossé invisible entre soi et les autres. L'on se recroqueville en un cocon intérieur. L'on a plus envie d'en parler. L'on veut juste passer à autre chose. Mais comme il faut encore batailler, l'on bagarre en silence.

Même si visuellement la paralysie n'est plus visible à l'œil novice, les inflammations et névralgies faciales font partie du quotidien. Il faut apprendre à vivre avec. Les docteurs sont confiants, ils pensent que c'est une question de temps. Mois après mois, le nerf facial se régénère. Sacré nerf!

La secrétaire de la kiné qui accompagne le traitement se rappelle de la détresse de mes premiers mois et de ma détermination à retrouver mon visage. Elle m'explique que cela a du aider car selon elle le progrès est réel. Il parait que je peux en être fière. C'est vrai, je ne suis plus défigurée. Je ne fais plus peur aux enfants. Je ne me fais plus peur lorsque je croise un miroir. J'arrive à fonctionner, à materner, à travailler, à socialiser.

Je suis encore choquée par ce qui m'est arrivé et souvent tannée d'en batailler les séquelles mais je ne suis plus défigurée. Dieu merci. J'ai aussi conscience de préférer la douleur au handicap visuel. Perdre la mobilité de la moitié de mon visage a été pour le moins traumatisant.

Le docteur, que je vois souvent, me parle de gestion de douleurs. Je commence à en connaitre un rayon sur le sujet! J'analyse la douleur pour mieux la comprendre. Je l'étudie. Il est fier de moi. Malgré la ténacité des douleurs, je n'abuse pas des opiacés. Au contraire, j'ai souvent tendance à sous-consommer.

Avec lui je parle librement de ces douleurs faciales qui me minent. De leurs conséquences sur mon esprit. Même s'il est impuissant, il les comprends, il me comprend. L'on concocte alors des cocktails de médicaments qui feraient baver d'envie certains junkies.

Régulièrement, pour mieux analyser la douleur, j'arrête tout traitement et je regarde où en est mon cas. J'examine mon nerf facial. Ces étranges sensations qui me traversent la partie atteinte de mon visage.

Dans ces moments là, je dois faire attention de ne pas trop laisser remonter la douleur (et l'enflure) pour ne pas me faire sermonner par ma kiné qui me traite plusieurs fois par mois. Tout est dans la gestion et l'équilibre. Au fil des mois, je réduis les doses. C'est bon signe. Signe que petit à petit je guéris...

Lorsque cela va mieux, il faut obligatoirement aller de l'avant. Alors j'avance. Ainsi va la vie.

Avancer...

lundi, juillet 04, 2011

Filent les jours qui tissent les heures...


Les jours défilent et me glissent entre les neurones. L'été s'installe au lac. Le village s'anime et la plage se bonde. Les bateaux font des vagues sur l'eau. L'été fait battre le coeur du village. Les vacanciers ouvrent les chalets qui se mettent à vibrer. Cela sent les vacances et la crème solaire. Pas vraiment de vacances pour ma pomme mais quand même un peu de crème solaire! La chaleur prend d'assaut les collines. Le soleil nous rend la vie plus belle...

Peu à peu, je récupère une énergie aspirée par la maladie hivernale. Je retrouve l'usage de mes muscles qui se dénouent. Que cela soit durant un cours de Pilates ou une répétition de côtes à monter. Je reviens de loin. Parfois je m'épuise et je rage un coup. Je me repose de force plus que de gré. La moitié de ma face s'enflamme. Je collectionne les anti-inflammatoires. Les sensations deviennent douleurs. J'avale une pilule qui vaut de l'or sur le marché noir. J'en dose le répit. Je prends mon mal en patience et puis j'attends que cela passe. Ensuite je reprends le roulement du quotidien qui nous entraine les heures: mamamitude, piges, couple, maison, amis, lac, et ainsi va la vie qui va ah!

J'en suis à mon sixième mois depuis ce matin pas cool où je me suis réveillée avec une moitié de visage paralysé. Certains jours, je bataille avec force les suites de cette attaque virale qui m'a mise sur le carreau. Je poursuis ma remontée vers la lumière. Je m'éloigne des ténèbres. Il y a les jours sans et les jours avec. Souvent je médite sur la santé physique et mentale, sur ses richesses et ses bienfaits. J'espère arriver à ne plus ressentir les douleurs, la fatigue, l'angoisse. Lorsque le visage est attaqué, c'est tout l'être qui frémit. Je cultive la santé qui revient tout en continuant la bataille qui guérit.

Mais est-ce que la vie n'est pas une bataille pour tous? Un chemin périlleux avec des clairières parsemées. Des paisibles clairières qui se nichent entre ces chemins humains ponctués d'obstacles à affronter. N'est-ce pas pour cela qu'il est important d'accrocher les bonheurs de la vie? D'en apprécier le positif pour ne pas se laisser glisser sur une pente négative. De ces pentes existentielles qui n'ont qu'une direction, le fond. Celui que l'on ne veut pas toucher.

Comme je préfère l'escalade à la dégringolade, je prends soin de percevoir les beautés de la vie. Pour m'en nourrir l'esprit. Pour m'en remonter le moral. Je tricote mes émotions en couleurs pour en faire des foulards d'espoirs. Une maille à l'endroit. Une maille à l'envers. Entremêler les sentiments pour mieux les démêler. Avancer. Évoluer. Rêver.

Durant cette épopée, j'ai un suivi médical qui me fait visiter régulièrement le docteur. J'ai la chance d'avoir un docteur de famille. Une denrée rare au Québec. Celui-ci m'a "adoptée" il y a de cela une grosse année. Mais il est si surchargé qu'à part les suivis et les grossesses, il ne voit aucun patient grippé ou enrhumé! Comme mon cas est plus complexe qu'un rhume, je bénéficie d'un suivi qui se déroule sur plusieurs mois...

Dans la salle d'attente qui se vide à mesure que la nuit embrasse le jour, je me plonge entre les pages de mon livre. Je sais que je suis la dernière à passer. Du coin de l'œil je vois marcher une femme. Elle fait les cent pas.

Entre mes pages, les lignes déroulent des vies fictives. Un reniflement qui revient, un soupir qui s'approfondit. Je lève la tête. Je croise les yeux rougis de la femme qui fait les cent pas.

Je perçois sa souffrance sans la comprendre. Son angoisse est palpable. Je lui rends un regard doux. Inutile de l'embarrasser davantage, je retourne entre les lignes de mon livre...

Il reste une demi douzaine de personnes dans la salle d'attente. Des corps réfugiés dans la nuit et une âme en peine. La femme se mouche. Les larmes coulent. Les regards s'entrecroisent.

Je relève la tête et tombe droit dans les yeux interrogatifs d'une dame sagement assise. Je hausse les sourcils puis baisse les yeux. J'essaie de lire mais la détresse de cette femme me déconcentre. J'échange un regard avec un homme aux tempes grises assis derrière moi. Il me dit en jetant un regard vers la femme: "Ça a pas l'air de filer..." J'acquiesce en silence. Je me détache de mon livre et j'observe la salle sans mot dire.

Le docteur appelle l'homme aux tempes grises. Il se lève. Il s'avance puis se ravise à mi-chemin pour laisser sa place à la femme en larmes. Un autre regard qui s'échange. Je lui souris. Il me sourit aussi.

De ses yeux clairs se dégage une bonté humaine que j'apprécie. Une compassion naturelle envers la douleur d'autrui. Une pulsion qui fait de nous des êtres civilisés, responsables?

Je regarde par la fenêtre. Il fait nuit noire. Je me dis qu'il brille de la lumière humaine en cette salle presque vide. Cela me rassure. C'est le tour de l'homme aux tempes grises. Je tourne la tête et la dame sagement assise me dit:

- C'est bien ce qu'il a fait, moi, j'aurais fait pareil, je lui aurais aussi donné ma place!
- Oui, je réponds, c'est beau de voir que la compassion humaine existe encore. Il faudrait plus de compassion et moins d'argent pour faire tourner le monde...

Santé et humanitudes...

mercredi, mai 18, 2011

Un jour à la fois...

Aujourd'hui, il fait presque doux. Cette année,le printemps s'affirme timidement. Le temps est aussi bancal que ma santé. En harmonie avec la nature, j'éclos à mesure que je guéris. Semaine après semaine, je me soigne.

Je dépense encore beaucoup trop d'énergie à guérir. À me reposer  Mon nerf facial se régénère, c'est une expérience en soi.

Durant ce processus de régénération,  je découvre une panoplie de sensations faciales plus ou moins douloureuses. Une panoplie assez riche pour en faire un roman bien déprimant! Je passe mon tour et j'attends les beaux jours.

Millimètre après millimètre, je m'éloigne du pire. La partie affectée de mon visage retrouve des sensations de plus en plus normales. J'en suis reconnaissante. Même si je la ressens encore, plus personne ne voit cette paralysie qui a bouleversé mon hiver.

Je vais chez le kiné religieusement. Je prends mes médicaments. Je me repose. Je materne. J'aime. Je m'éparpille entre diverses virtualités. Je traverse les difficultés. Je me love en mon cocon de quotidien entre lac et forêt.

Les semaines passent. J'en suis à la quinzième depuis le début de la maladie. J'écris mes piges. Je fonctionne. Durant l'une de ces piges pour un portail tendance, je découvre un Gym à Québec avec des machines à Pilates. Je craque tellement sur le concept que j'y reviens. Impossible de faire autrement! J'en ai trop besoin. Je m'y inscris même si c'est à heure et demie (aller-retour) de chez moi. La garderie est géniale, M'zelle Soleil adore y aller, cela nous donne l'occasion d'une petite aventure mère-fille hebdomadaire en ville.

Comme je fais du Pilates depuis plusieurs années (on and off) j'entre direct dans une classe avancée. Je retrouve des repéres corporels. Cette discipline particulière est ma préférée. J'aime la pratiquer. Avec bonheur et effort,  mes muscles engourdis par la maladie s'étirent et se délient. La prof complimente mes acquis. Je souris et je rougis un peu. La maladie accentue la vulnérabilité. Je me renforce l'être en même temps que le corps.

J'adore le Pilates sur tapis et le Pilates sur machines, c'est de la balle! Ma peau trippe. J'entends les remerciements de mon corps. Je lui réponds que cela fait partie du processus de guérison. J'apprends à mieux le considérer. À tenir compte de ses limites. La route est escarpée, périlleuse. Je persévère.


Je reprends les rennes de ma vie. Petit à petit mon corps récupére sa santé perturbée par le maudit virus. Bientôt prête à faire un bilan de cette déconcertante maladie, je médite encore un peu sur le sujet tandis que bourgeonne la forêt...

Jour après jour...

vendredi, mai 06, 2011

En mai, trouves la paix (et la guérison)...


Je cours après ce billet depuis le lundi de Pâques où j'ai pris ce panorama ci dessus. Ce soir là, l'hiver était encore bien présent. C'était l'un de ces moments précis où l'on se dit qu'il n'en finira plus. Où la sensation de l'interminable hiver est la plus forte, la plus aiguisée, la plus sensible.

Elle a une impression de fond de puits frisquet, une sensation de grotte souterraine où l'hiver fait fleurir des stalagmites. Ce soir là, j'ai vu marcher des gens sur le lac. C'était le 25 avril et il devait faire moins cinq dans le vent. Cependant, les couleurs du soleil couchant laissaient présager un futur plus chaleureux que ne le furent les derniers mois.

Et puis avec cette dernière semaine d'avril qui déroule ses jours de plus en plus longs, une commande me presse les neurones. De ces commandes dont les délais sont si serrés que c'est un peu comme entrer dans un corset mental! Et pendant que les jours passent, je m'applique à guérir toujours un petit peu plus...

Arrive la pluie et d'un coup le temps se renverse. Quelques brins de soleil nous font du bien à l'âme. Notre puce de maison en profite pour écarteler les petons entre quelques rayons. Au premier mai, l'homme s'amuse à marcher sur la glace fondante. Le lac se libère. L'on s'éveille les idées encroutées d'hiver. Des vagues de brume enrobe l'atmosphère qui dégèle. Je bataille pour retrouver ma santé. Pour retrouver ma peau en paix.


En quelques jours, le mètre de neige qui fait de l'hiver un mont sur la pelouse a entièrement fondu! Je souris aux quatre vents tandis que les oiseaux gazouillent. Une semaine après la dernière tempête hivernale, je vois enfin la texture de la pelouse, toute recroquevillée sur elle-même...

Je continue de passer le temps jour après jour. Les jours passent et me guérissent. Millimètre par millimètre mon nerf facial se régénère. Je souffre. Je fatigue. Je me repose. Je travaille. J'aime. Je revis.

Les jours déroulent le temps qui nous efface et le lac se met à fondre lui aussi. Une semaine après le lundi de Pâques, l'on est ragaillardi par le processus de fonte en pleine action. L'on dés-hiberne à petit feu...


Je retourne voir le spécialiste pour ma paralysie faciale qui ne semble plus se voir de l'extérieur (yeah) mais dont je ressens encore les meurtrissures de l'intérieur (ouille). Je morfle. Je douille. Comme si j'avais eu une moitié de visage qui s'était faite tabassée durant des semaines pour être transformée en bouillie invisible.

Tandis que revient ma mobilité d'expression, je bataille les douleurs qui accompagnent cette salo... de maladie. Encore sous le choc de l'expérience vécue, j'ai l'impression de me réveiller d'un long et terrible cauchemar.

D'ici un ou deux mois, d'après le spécialiste, je serai complétement guérie. J'aurais bien appris en chemin. Et jusqu'à ce que je puisse mettre ce maudit virus dans le tiroir des souvenirs, je continue de prendre le temps de guérir.

Comme me l'explique ma kiné qui, au fil des semaines, est devenue un peu comme le vieil instructeur dans Karaté Kid, je dois prendre le temps de guérir. Régulièrement, elle me motive, elle me rassure, elle m'accompagne dans mon cheminement et elle me confie quelques graines de sagesse ce faisant. Je l'écoute. Je me laisse aller entre ses doigts. Je veux guérir. Retrouver la paix en ma face, en mon esprit, en mon cœur.

Pour cela, je suis prête à explorer les profondeurs de ma vie. Car il n'y a pas à dire, perdre la mobilité de la moitié du visage déplace (ou remet en place) toutes sortes de perspectives existentielles.

Alors que chemine ce processus de guérison, je puise en mes forces internes pour traverser l'adversité de cette déplaisante expérience. À la douleur intense du nerf meurtri s'ajoute la fatigue. La fatigue médicamenteuse. La fatigue de l'attaque virale. La fatigue du corps qui utilise un maximum d'énergie à batailler pour se remettre sur pieds. Je m'habitue à vivre avec un certain mal. Je prends patience. Je perds patience. Je travaille mes patiences. En ce début de mai, je suis fatiguée...


Pendant que l'hiver se fait la malle, je répare les ravages de ce méchant virus sur mon corps. Je ramasse mes miettes et les recolle. Pendant ce temps, à l'extérieur de ma bulle, les dernières élections mettent à bas le moral de tous mes amis.

Ces élections qui donnent une majorité aux conservateurs font frissonner tout mon entourage. J'en ressens vivement la peur. J'en comprends les raisons mais je crois aussi fermement en la résistance québécoise. Après tout le Québec, c'est un peu comme le village de Gaulois chez les Romains! Cela pullule d'Asterix en herbe!!!

Et puis, présentement, je suis un peu trop près de mon nombril pour m'en soucier vraiment. Trop occupée à guérir ma peau. Juste contente de pouvoir sourire de nouveau même si c'est douloureux. Juste soulagée de voir mon visage retrouver sa symétrie naturelle...

Enfin, je ne suis pas assez superficielle pour ne pas avoir capté l'importance de la chose. Alors cette année, pour la première fois de ma vie adulte, je suis allée voter. J'ai fait la file sans grogner. Patiente. Déterminée.

Voulant voter vert, je me suis dit que c'était comme voter blanc. J'ai partagé, écouté et questionné mon réseau numérique. Je n'ai pas été étonnée de voir plusieurs me répondre et m'encourager­ à bien faire. Mine de rien, cela a aiguillé mes réflexions. Et durant mes tergiversations, j'ai beaucoup réfléchi à ce droit que j'avais de voter.


Un droit qui ne m'était pas inné mais bien acquis au fil du siècle dernier par des femmes courageuses et volontaires. Par respect pour elles (et pour ma fille qui vit en ce pays de libertés gagnées) j'ai pensé qu'il était de mon devoir d'appliquer ce droit.

Dans le fond de mon sang, la politique m'agace. Je me sens apolitique (comme d'autres sont athées). Je trouve qu'il est difficile de trouver un politicien pour en racheter autre. C'est peut-être le contexte en soi qui empêche cette humanité que j'aime d'exister en ces questions là. Je ne sais pas. Mais je sais que je n'aime pas la politique. Elle me déprime. Cela dit, me voilà mûre et mature, mère. Il me faut être adulte et ne pas fuir cette responsabilité civile.

J'aurais aimé voter vert par conviction mais devant la pression, je l'admets, j'ai capitulé. J'ai participé à la vague orange qui a fait le courant visant à déloger Harper. Ma voix n'y a rien changé. Ou peut-être un peu puisque dans mon comté, le député en place a sauté. Ce qui me fit plaisir. Disons que je ne suis pas une grande fan d'André Arthur! Alors si c'était une grosse défaite au niveau du pays, c'était une petite victoire en mon coin de brousse...

Pendant ce temps tombe la pluie. La Terre se fout des histoires des hommes. Les rivières débordent et le printemps se transforme en arrosoir géant. Pendant ce temps, je guéris pour mieux retrouver les rythmes de ma plume qui s'ennuie.

Je pige, je materne et... quel est donc le verbe qui explique ce travail que l'on fait dans un couple pour le garder solide et ne pas laisser s'effriter les fondations? Il y a-t-il même un verbe pour exprimer cette action?

Alors que passent les semaines, je continue d'explorer le Web. Je deviens mobinaute pour mes besoins professionnels. J'embarque dans l'incroyable univers des applications. "J'instagramme" avec plaisir. Je "Tumblr" pour l'occasion. Je me repose le plus possible. Je me soucie. J'essaie de prendre le temps de guérir entre deux piges, les devoirs familiaux et les "maman ci maman ça?" d'une Miss Soleil qui grandit toujours plus joliment.

La pluie fait du temps gris une nouvelle habitude. Ceci fait penser que peut-être le ciel se soucie un peu des histoires des hommes. Il fait la gueule depuis les élections! Et pendant que les adultes "routinent", les enfants sautent à pieds joints dans les flaques d'eau...

En mai, trouves la paix...

vendredi, mars 18, 2011

Spleen martien

an intimate affair by brookeshaden on Flickr.
Une autre semaine s’achève au coin de ma brousse givrée. Une semaine qui oscille entre pluie et flocons, entre hiver et soupçons de fonte. Une semaine qui accompagne mon douloureux processus de guérison.

Cette semaine, j'ai  repris un peu plus de mon service de pigiste. Je rédige, traduis et fais un peu de radio. Et puis, je  bataille une certaine fatigue de fond. Sensible à l'os, je me soigne le sang. Autant je suis heureuse de pouvoir travailler de nouveau, autant je réalise que je ne suis pas encore au top de ma forme.

La vie s'équilibre entre difficultés et agréables surprises. J'accepte des contrats, des collaborations, des partenariats. Je médite sur de projets futurs. Le printemps à venir s'annonce fertile. Il y aura pas mal à dire et à écrire.

Cette maladie me permet aussi de comprendre une ribambelle de choses intimes. Elle m'affaiblit en profondeur et j'en profite pour explorer des zones souterraines de mon être. En transformation je suis. Alors que mon visage retrouve sa normalité, j'apprends à prendre soin de ma peau. Je m'arme de patience pour que passent les douleurs qui m'accablent. J'avance.

Lorsque je serai sortie de ce bois lugubre où ce virus m'a emmenée, je ferai un bilan qui pourra peut-être aider d'autres personnes qui seront atteintes de cette forme de paralysie. Une paralysie particulière, temporaire mais souffrante, une paralysie qui met à vif un nerf si utile au bon fonctionnement du visage. Car le Web sert aussi à cela, ajouter des informations à cette intelligence collective qui se numérise.

Quand je suis tombée malade, une gentille docteur à l'urgence m'a dit: "Tu sais, c'est une maladie qui pose plus de questions qu'elle ne donne de réponse!" C'est le genre de phrase qui rend bien perplexe sur un lit d’hôpital! Mais au bout de six semaines, je la comprends mieux cette étrange maladie. J'ai découvert quelques réponses. Et lorsque je m'en serai libérée, j'aurai surement la force de les partager. D'ailleurs je compte sur le printemps pour renaître aussi! Recouvrer ma santé, m'épanouir de nouveau, et retrouver toute ma créativité...

Spleen martien

dimanche, mars 13, 2011

Au coin de ma blanche brousse...


Ce 13 mars marque mon cinquième dimanche depuis que j'ai été victime d'une subite paralysie faciale en me réveillant le 6 février dernier. Ce 13 mars, l'on change d'heure et je peux dire que j'ai presque retrouvé ma face. Encore un 20% d'effort et je devrais retrouver ma symétrie naturelle. Enfin je le souhaite de tout coeur.

Cela dit, l'amélioration de mon visage engendre un soulagement qui n'a pas de nom. J'en médite les raisons et les transformations. Je vois briller la lumière au fond du sombre tunnel dans lequel cette maladie m'a emportée. Même si je dois encore subir les affres des douleurs herpétiques que je traite à coups de forte médication, je crois que le pire est derrière. Enfin je l'espère...

Cette semaine, voyant mon visage prendre du mieux, j'ai eu l'idée loufoque de réduire ma médication. Histoire de voir comment se portaient les douleurs étouffées par les cachets. Mal m'en pris puisque je me suis retrouvée une autre journée au fond de mon lit, écroulée sous la douleur et la raideur de cette moitié de visage affectée. Comme me l'a expliqué le docteur, il va falloir que je prenne mon mal en patience et encore bien des petites pilules rouges et blanches avant de voir la sortie de cet horrible tunnel. Ce maudit virus a endommagé mon nerf facial et j'en ai cruellement conscience. Alors que je reconnais mon visage dans le miroir et que je vois la lumière au bout du tunnel, je me dis que c'est une petite victoire dans une grosse bataille.

Et tandis que je me relève de la maladie, je constate le bordel qui s'amoncelle en ma maison. Je grimace. Alors que je retrouve la santé, j'accepte de nouveau ces piges qui me tombent sur le coin du nez. Puis j'ai ensuite le regret de ne pas passer autant de temps créatif avec M'zelle Soleil que je l'aimerais. Je grognasse. Alors que je travaille à ses cotés, je lui explique les choses de la vie (et ses raisons). Fière des réflexions qu'elle partage avec moi, je sais qu'elle comprend même si cela ne la satisfait pas vraiment. En bref, mon défi du mois de mars sera certainement d'arriver à me relever de la maladie tout en essayant de ne pas trop en faire d'un coup! Même si à chaque répit de la douleur, un élan de vie m'emporte vers l'avant et qu'une subite rage de vivre me traverse l'esprit...

Vendredi dernier alors que le Japon connait l'horreur, j'essaie de me couper en quatre pour donner de l'attention à ma puce de salon. Alors que je travaille entre un article et une traduction, j'essaie de lui trouver des occupations créatives pour ne pas trop la câbler devant la télé. Et lorsqu'elle vient me déconcentrer de ses "maman" à foison. Je la câline pour ne pas bougonner, je la chatouille pour ne pas grommeler et je fais d'une pierre deux coups en l'intégrant à mes lessives qui font tourner les machines.

Arrive la nuit qui tombe sur la forêt silencieuse et je me dis que la fin du monde doit ressembler à ce que vit le Japon actuellement. Quand je regarde ces images, je ne peux m’empêcher de me demander s'il y a des gens dans les maisons et lorsque je regarde les voitures sur la route je me dis qu'ils ont bien peu de chance de s'en sortir. Au fond de mon coeur, un élan d'horreur se conjugue à des vagues de tristesse et de compassion qui font comme un typhon d'émotions intérieures. Je regarde ma puce qui joue et je respire profondément pour mieux accrocher la normalité de ma brousse enneigée.

Je me plonge dans cette traduction qui m'aiguise les neurones et je suis submergée par les dessins et découpages de M'zelle Soleil qui comble mon coeur de maman. Je me sens alors bien chanceuse de ce quotidien que je vis au coin de ma brousse tranquille (malgré les obstacles de santé, les remous de la vie et la neige qui n'en finit plus de tomber). Au coucher, en compagnie de ma fillette, l'on prie pour ce pays dévasté.

Et pendant que passe le temps qui tisse les jours, l'homme fait des muscles d'acier en pelletant à gogo car au coin de ma brousse c'est l'hiver pas à moitié...

Alors que change l'heure...

lundi, mars 07, 2011

Expression d'antan et bribes de jour ouaté d'hiver...

Hier était le quatrième dimanche qui me passait sur la peau depuis que je me suis réveillée avec une moitié de visage.

Hier, mon visage allait beaucoup mieux. Même s'il reste encore des traces asymétriques, beaucoup de fatigue et de bonnes douleurs, j'aperçois enfin la lumière au bout du tunnel.

Même si j'ai dormi la moitié de la fin de semaine, je sens revenir une certaine normalité en ma vie. C'est un soulagement mental qui commence à se faire sentir entre mes neurones subtilement traumatisés par cette étrange expérience physique.

Cette semaine, M'zelle Soleil est en relâche de garderie. Elle est si heureuse de passer tout ce temps avec sa maman qu'elle n'arrête pas de me le répéter et à chaque fois, elle fait naître un sourire en mon coeur. Ces trois années dévouées à sa petite enfance n'auront pas été vains.

Je me sens si chanceuse d'être sa maman que cela me fait oublier tous les négatifs possible de la mamamitude. La discipline étant certainement le coté le plus obscur de la parentitude (à mon goût). Un mal nécessaire dont on se passerait bien mais dont il faut maîtriser les bienfaits...

Bref, alors que la vie revient doucement mais surement en mes jours, ma cervelle reprend du service. Ma plume retrouve le chemin du clavier. Mes mots retrouvent l'envie de s'envoler. Je recommence à travailler quelques piges. Du fond de ma brousse, je fais avec plaisir quelques topos technos  ultra matinales pour Radio-Canada en Ontario. Et je reprends l'habitude de mes expressions choisies en ce coin de blogosphère.

Aujourd'hui, une bonne tempête a transformé mon coin de brousse en une boule de neige brassée par les Dieux. Je regarde dehors et je ne peux m'empêcher de trouver la tempête romantique avec ses flocons dodus et son épais silence. Tout est calme, immaculé, ouaté. Mon paysage se déroule en monochrome et M'zelle Soleil y applique ses couleurs enfantines. J'avoue cependant éclater de rire lorsque j'écoute mon homme sacrer comme un charretier, il peste contre la tempête, les bancs de neige et la charrue! D'après ses estimations, il a pelleté une moyenne de 4 heures par jour depuis vendredi dernier. Amusée, je compatis quand même un peu. En notre coin de lac givré, c'est encore bien l'hiver...

Aussi, pour bien commencer la semaine, je choisis cette expression ci-dessous. Une expression sous forme de proverbe que je ne connaissais point du tout. Pourtant cette expression d'antan m'a accrochée les idées enneigées. Non pas que je me considère comme une blanche colombe (la blanche colombe en ma maison étant certainement mon petit soleil d'enfance) mais j'aime bien l'idée de ne pas se laisser atteindre par la bave du crapaud...

EXPRESSION via Expressio.fr
« La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe »

SIGNIFICATION
La calomnie la plus vile ne peut ternir une réputation sans tache.

ORIGINE
Ce proverbe s'emploie généralement par ironie pour rejeter une calomnie ou une insulte par le mépris. À la droite du ring, en le regardant depuis les tribunes Sud, nous avons le crapaud, pataud, pustuleux et laid, dégoulinant de bave, qui ne sait que se traîner à terre. À la gauche du ring, nous trouvons la colombe, symbole biblique du Saint-Esprit, donc pure et gracieuse, parfaitement capable de s'élancer dans les airs pour passer très loin de la portée du crapaud.

Comment voulez-vous que la bave du crapaud, symbole du vice et de la laideur, puisse atteindre la blanche colombe (même si toutes les colombes ne sont pas blanches), symbole de la pureté et de la beauté puisque, même s'il est capable de sauter, jamais l'horrible animal ne pourra s'approcher suffisamment de l'oiseau pour l'atteindre de ses postillons verts et gluants ? Depuis 1840, la "bave du crapaud" est une métaphore désignant des propos médisants. Autrement dit, de tels propos ne peuvent atteindre celui qui n'a rien à se reprocher (la colombe).

La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe...

jeudi, mars 03, 2011

Traverser l'épreuve...

L'hiver avance, en mon quartier de brousse, la neige fait des bancs de plus en plus grands. Je compte les semaines en suivant la progression de la maladie puis le processus de guérison.

Les rénos ont pris une pause comme si le temps s'était arrêté. Comme si j'avais arrêté le temps en tombant malade. D'ailleurs le temps, dernièrement, je ne l'ai pas vu passer.

Le mois de février a disparu de ma mémoire et j'essaie d'accrocher le mois de mars avant qu'il ne s'efface...

La maladie suspend le temps qui s'efface entre les souffrances de ma peau qui bataille. Ma paralysie faciale prend du mieux, c'est la bonne nouvelle. Je retrouve peu à peu mon visage. Je ne fais plus peur aux enfants. Je garde encore mon look de pirate pour protéger mon oeil sensible. L'oeil est le dernier à revenir. J'arrive de nouveau à sourire. Mon âme peut de nouveau s'accorder à ma face. Je ne suis pas encore tout à fait symétrique mais je suis moins croche. J'ose de nouveau me regarder dans les miroirs que je croise.

L'épreuve que je traverse n'est pas une mince affaire mais j'ai décidé de la prendre de front et de ne pas me laisser abattre par cet affreux virus. J'utiliserai cette épreuve physique pour grandir plutôt que dépérir. Je suis en guerre. Au combat, je me bats. Parfois je tombe mais toujours je me relève. Je m’accroche le moral qui flanche à des petits riens qui font du bien. Je m'accroche les émotions à l'amour de mon homme et de ma fille, à la gentillesse de ma petite soeur et à l'amitié qui m'entoure.

L'amitié joue un grand rôle dans mon processus de guérison. Il y a les marques d'affection que je reçois virtuellement. Il y a mon amie Dee qui me couve comme une mère les jours où je dois aller en ville pour mes traitements de kiné. L'amitié est si présente en cette subite maladie que je la médite au quotidien. Sous peu, je désire écrire plus longuement sur le sujet, sous peu...

Il y a les sourires de M'zelle Soleil et ses paroles douces comme celles-ci de bon matin: "Maman, tu sais même si tu restes comme cela toute ta vie, on t'aidera toute ta vie!" Inutile de dire que ce matin là, mon coeur a fondu comme neige au soleil tout en explosant d'amour maternel!

Umbrella for sun or rain by B℮n on Flickr.
Et puis il y a la douleur, cette souffrance physique dont je n'aime guère parler. Je n'aime guère en parler car elle est si puissante qu'elle accentue la pitié. Et je déteste la pitié. La pitié, je l'ai connue pour la première fois lorsque j'avais 13 ans. La pitié déshonore, la pitié affaiblit, la pitié humilie.

Après un accident scolaire qui m'a enlevé ma capacité de marcher en plus de m'offrir un traumatisme crânien, un hématome au cerveau et des cervicales fêlées, j'ai connu la pitié d'autrui. Cet accident a été déterminant à ma vie. Il a posé les bases de cette liberté qui s'écoule en mon sang.

Cet accident m'a offert de terribles migraines, il m'a volé mon sens de l'équilibre durant quelques mois et il m'a fait énormément réfléchir. J'ai réappris à marcher et ce faisant j'ai souvent vu la pitié dans le regard des passants. Sans parler de ces remarques tristes que l'on entend dans son dos mais jamais en pleine face. La pitié est une sensation qui est remplie d'humiliation pour celui qui la reçoit. Je déteste la pitié. La pitié m'a appris les bases de la compassion et de l'empathie. Je n'ai de pitié pour personne mais de la compassion j'en ai beaucoup et souvent...

Bref, parler de ces douleurs de type herpétique que je découvre avec cette paralysie faciale m'est encore très difficile. D'après ce que j'en comprends, les douleurs herpétiques sont les pires douleurs névralgiques. Je confirme. Les vivre est un enfer que je ne souhaite à personne. Les vivre est digne d'un film d'horreur, d'un cauchemar à l'éveil, les vivre transforment mon âme. Mais comme je refuse de me laisser abattre, je choisis de les vivre et de grandir. D'utiliser la souffrance pour le meilleur plutôt que le pire. De cette souffrance que la vie me donne, je deviendrai une meilleure personne. De cette souffrance que la vie me donne, j'en tirerai les leçons nécessaires pour m'améliorer de l'intérieur. C'est un processus de fond qui se conjugue avec le processus de guérison.

Depuis que je suis sous morphine, je retrouve le temps qui passe. Les douleurs ne me contrôlent plus. Je reprends le contrôle. J'arrive à fonctionner, à penser, je revis. Je gagne quelques batailles en cette guerre personnelle. Fragilisée, je laisse les larmes couler puis je les sèche. J’apprends et comprends. Acharnée pour ne pas dire enragée, je vaincrai. Ainsi l'on peut dire que je vais mieux...

Traverser l'épreuve...

mercredi, février 23, 2011

Crédit photo: Marie-Julie
Depuis le matin du 6 février dernier où je me suis réveillée avec la moitié du visage paralysé, je combats avec volonté ce virus qui attaque mon nerf facial. C'est une épreuve qui fait dérailler mon quotidien et me transforme de l’intérieur. Une épreuve que je traverserai avec bravoure malgré l'incroyable douleur physique qui m'agresse la tête et les complexités émotionnelles qui s'ensuivent.

Présentement alors que je suis dans ma troisième semaine de maladie, je vois tout de même une subtile amélioration. Hyper médicamentée, la douleur commence à être un peu mieux maîtrisée et disons que la mobilité de mon visage figé s'est améliorée d'environ 25%. Pas assez pour dire que mes traits sont de nouveau symétriques mais assez pour continuer de cultiver l'espoir qui m'anime le coeur.

Mais ce billet n'est pas pour parler de ce malheur que je combats avec la rage d'une lionne en cage. Ce billet est pour parler de ce nuage de grâce sur lequel j'ai vogué durant deux heures dimanche dernier....

Virus d'enfer...

Tout a commencé lorsque j'ai raté l'occasion d'acheter des billets à temps pour le concert de Vanessa Paradis le 20 février à Montréal. J'apprécie Vanessa Paradis pour plusieurs raisons. J'aime sa voix qui me touche l'âme et son essence humaine éveille le meilleur en mon coeur. Aussi j'étais verte de constater que les billets pour le dernier concert de sa tournée acoustique s'étaient envolés comme des petits pains chauds! Tout le mois de janvier, j'ai pleurniché sur le sujet alors que la poussière des rénos s'accumulait en ma maison.

Et, ce dimanche maudit où un méchant virus m'a dérobé la moitié du visage, Juan avait prévu une soirée en amoureux. Ces soirées sont rares car Dieu sait combien me détacher  de ma fillette ne m'est point naturel. Aussi il avait tout organisé, faire garder ma puce, un souper au resto, un ciné. Ce que je ne savais pas par exemple c'est que la soirée était dédiée à me faire une surprise qui allait révolutionner mes idées empoussiérées.

Cependant, ce matin là, le malheur a frappé à ma porte et c'est sur un lit d’hôpital que je me suis retrouvée en soirée. Perfusée, électrogrammée, ultra angoissée. Mon homme à mon chevet. L'impression que ma vie me filait entre les doigts en même temps que ce coté de mon visage refusait de bouger et que la douleur aiguë emportait ma peau crispée. Dans l'attente du taco qui allait me dire si c'était mon cerveau qui prenait le bord ou un virus qui m'emportait, les larmes n'en finissaient plus de couler. Et c'est à ce moment là que Juan m'a dit:

- Tu sais, en fait la soirée que j'avais organisée était pour te faire une surprise. Je voulais te la donner, cachée dans ta serviette au resto mais je vais te le dire maintenant. C'était mon cadeau de Saint-Valentin. J'ai trouvé deux billets pour Vanessa!

Malgré la douleur et le stress du moment, cette nouvelle a eu le don de me relever l'esprit, le don de faire sourire ce coté du visage qui fonctionnait encore. Il m'a donné un but dans le temps. Il m'a démontré l'amour que Juan éprouve pour ma pomme après 10 ans de mariage.

D'humeur presque romantique, je suis allée au taco, le coeur un peu plus léger. Dans mon malheur, j'ai eu le bonheur d'apprendre que mon cerveau était encore en santé et que ce qui m'arrivait se nommait une paralysie de Bell. Avec du temps et du courage, j'avais une chance de m'en sortir...

Et puis alors que je combattais l'horreur jour après jour, l'envie d'aller voir le concert avec mon amie Marie-Julie s'est précisée. Je sais que mon homme n'est pas le plus fan de Vanessa, pour m'en persuader je l'ai gavé de Vanessa tandis qu'il soupirait en silence. Et c'est alors que je lui ai demandé:

- Dis, cela t’embêterait que j'aille au concert avec Marie-Ju??? Tu sais comment elle aime autant Vanessa que moi. Je pense qu'on aurait vraiment du fun toutes les deux...

Presque soulagé, mon homme s'est empressé d’acquiescer! Et Marie-Ju qui avait aussi raté l'occasion d'avoir des billets a vite accepté de m'accompagner (malgré l'état de mon visage). Pour arriver à me rendre à ce concert, j'ai bataillé mon corps avec vivacité et persévérance.

Un brin de paradis...

Le jour dit, alors que l'on s'apprête à partir en trio familial pour Montréal, j'ai déposé mon orgueil féminin au fond de mon âme. Avec un look de pirate pour le moins particulier, j'ai affronté ma réalité. Mon look a charmé Marie-Ju qui a voulu le mémoriser numériquement. Comme Marie-Ju est chère à mon coeur et qu'elle arrive à faire de moi ce que personne d'autre ne peut faire, je l'ai laissée faire. Après tout, il n'y a rien qui m'énerve plus que la lâcheté alors autant assumer ce qui m'arrive.

Et c'est ainsi que dimanche soir, 15 jours précisément après cette nuit d’hôpital qui m'a transportée en un petit enfer, je suis allée faire un tour de Paradis avec mon amie précieuse. Nos places étaient loin sur le balcon mais nous étions heureuses d'y être. Ensemble. L'on surplombait la scène comme sur un nuage. Et c'est de là que la magie a opéré...

Une luciole de féerie est apparue devant nous. Avec magnificence, elle nous a transportées dans un univers d'amour qu'elle irradiait d'une incroyable sensualité. Une sensualité ondulante pleine de charme et de pureté. Sur scène, elle s'est révélée la grâce incarnée. Aguicheuse de  bonheur, enrobée de cette gentillesse qui me transperce l'âme, elle semblait illuminée de l'intérieur. Quasi divine. Durant deux heures, Vanessa avait des airs de Paradis. Elle a donné une performance sans faille. Frôlant la perfection, elle a effacé toutes mes douleurs. Elle m'a reconnectée avec mon bonheur intérieur. Cette fille est une fée.

Grâce à elle, j'ai trouvé la force de poursuivre ce combat qui fait mon quotidien de février. Elle a même planté quelques graines dans l'invisible de ce jardin où je cultive mes espoirs. Pour cela, je l'aime davantage et dans cet invisible qui nous lie, je lui en suis éternellement reconnaissante.

Généreuse, radieuse, que personne ne vienne me dire qu'elle n'a pas de voix. Celui qui ose  ce blasphème devra affronter la lionne sous ma peau! Car sa voix est empreinte d'une justesse et d'une pureté digne des anges! Gainsbourg avait tort. Vanessa ce n'est pas l'enfer. Vanessa c'est le bonheur...


Pour finir en beauté cette soirée alors que Marie-Ju me quitte pour prendre son métro, je prends le chemin de mon hôtel à deux pas et voilà pas que ma copinaute Marie-Pierre me saute dans les bras! Non sans manquer de me faire une crise cardiaque. Ma vision périphérique n'étant pas des meilleures, elle est apparue dans mon champ de vision comme une surprenante gazelle! L'on papote du concert, excitées comme des puces, lorsqu'un homme nous accoste de loin et nous demande:

- Vanessa Paradis?

En choeur l'on répond:

- Oooouuuuiiiiiiii...

Et c'est alors qu'il nous lance, à chacune, quelque chose que l'on attrape par réflexe sans trop comprendre. À peine a-t-on le temps de se rendre compte que c'est deux t-shirts du concert qu'il a déjà disparu! L'on reste surprises, médusées, bouche bée. Acceptant la magie de l'instant, l'on se serre une dernière fois dans nos bras avant de reprendre le chemin de nos vies...


- Vanessa Paradis: le grand bonheur
- Sous hypnose avec Vanessa Paradis
- Vanessa Paradis à la PdA - Moiteur de star

Un brin de Paradis dans un virus d'enfer