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dimanche, septembre 27, 2009

Un papa, une maman, une fillette et Oedipe...

Les samedis matins, il n'est pas rare qu'Oedipe se glisse sous nos draps pour prendre place entre nos deux corps. En effet, chaque câlin que l'on se fait en compagnie de M'zelle Soleil réveille Oedipe en notre maison...

En fait, il suffit que l'on se rapproche amoureusement pour que la minimiss nous saute dans les bras. Elle n'accepte que l'on se câline en sa présence que si elle est coincée entre nous deux! Étonnement, je n'en ressens aucune menace.

Il faut dire que Juan a, depuis le début de l'arrivée d'Oedipe en nos vies (la demoiselle venait à peine de fêter sa première année), toujours mis les choses au clair. Je suis sa femme. Elle est sa fille. Un point c'est tout. Il n'y a pas de tergiversation sur le sujet.

Ceci n'empêche pas la demoiselle de tergiverser, de contester et de régulièrement essayer de lui faire changer d'idée. Cet été, elle me dit par exemple: "Maman, moi z'appelle mon papa sséri parce-que c'est mon mari!". Je l'embrasse tendrement et je lui explique une autre fois, patiemment, que son papa est mon mari et que c'est ainsi.

En ses jeux de fillette, elle l'appelle "mari", toujours elle désire se marier avec lui. Cela reste une idée fixe qui trotte dans sa petite tête. J'avoue que cela fascine la petite fille sans père qui sommeille au fond de ma peau. Est-ce que le destin a réussi à ce que je lui trouve le papa que j'aurais rêvé d'aimer? Est-ce que je suis devenue la maman que j'aurais aimé avoir? Peut-être...

Ce matin, M'zelle Soleil regarde son père avec des étoiles dans les yeux et elle lui dit:

-Viens-t-en mon papa sséri-mari!

Il lève les yeux au ciel. Je souris. Elle poursuit:

- Non mais, est-ce que tu peux être mon mari pour semblant?
- Non, je ne crois pas ma fille, je peux être juste ton papa, un jour tu te trouveras un mari mais cela ne peut pas être moi.

Comme elle ne démord pas, elle insiste. Toujours sur le même ton calme, il lui répond encore une fois:

- Liloo, je suis ton papa, je ne suis pas ton mari. Je suis le mari de maman et je peux juste être le mari d'une seule femme! Ah non! Deux c'est trop dur!!!

Dans mon coin de salon, je me tais et je lui souris. Nos regards se croisent en une même émotion partagée. Une émotion toute conjugale teintée d'amusement parental. Et, à ce moment précis, je ne peux que profondément l'aimer car je sais bien, du fond de mon cœur, que c'est aussi son attitude envers "Oedipe en notre maison" qui fait que je ne ressens aucun malaise devant cet amour si féminin que ma fille éprouve pour lui.

Dans le fond de mes entrailles, je suis contente pour elle, elle vit là l'une de ces sensations banales de petite fille en adoration devant son père. Et pour moi qui n'en ai jamais eu, cela parfait mon bonheur de mère...

Quelques heures plus tard, M'zelle Soleil s'arrête entre deux activités, elle s'approche de Juan et elle lui affirme avec un grand sourire:

- T'es un très bon papa!

L'homme qui est mon mari fond sur place. Je vois son cœur faire de la confiture tandis qu'il dépose un petit bec sur sa joue d'enfant chérie...

Un papa, une maman, une fillette et Oedipe

jeudi, mai 21, 2009

Fille à papa

- Maman, moi z'appelle mon papa "sssséri" parce-que c'est mon mari!
- ...

J'ignore le soupçon d'Oedipe qui me picote les narines. Je sais qu'elle vient tester mes réactions sur le sujet. Je n'en tiens pas compte. Je refuse que la rivalité fasse partie de notre relation.

"Mère-fille" c'est un cocktail qui peut devenir molotof si l'on ne le dose pas comme il faut. Je soupire et laisse glisser. Au mieux je fais juste lui répéter d'un ton las: " Non, c'est mon mari et c'est ton papa. Tu as de la chance d'avoir un papa comme ça! Moi je suis contente de l'avoir comme mari!" Depuis quelques mois, elle a clairement réalisé que je ne possédais pas de "papa" en ma vie. Je crois que cela lui a fait percevoir un peu de la chance qu'elle a. Subtilement je fais vibrer cette corde sensible et Oedipe dérive en quelques limbes d'inconscient enfantin...

Quelques jours plus tard, Juan revient de faire l'épicerie avec M'zelle Soleil toute pimpante. Il me raconte alors cette petite histoire: Pendant qu'il suit la liste de courses à acheter, M'zelle Soleil s'aventure au large dans le IGA. Il l'appelle régulièrement pour toujours l'entendre répondre: " Oui papa, z'arrive, z'arrive!". À ce moment là de l'histoire j'ai tendance à grincer des dents. Il me certifie ne jamais la perdre de vue. Je respire bruyamment sans rien dire. Il poursuit:

- Alors là je la "checke" de loin et je la vois qui "spotte" deux petits garçons.
- Deux garçons de quel âge?
- À peu près 6-7 ans. Là elle les voit et elle fige net! Complètement hypnotisée! Je l'appelle et elle m'entend même pas! Je me rapproche et elle me voit même pas! J'existais plus! Y'avait plus que les deux garçons qui comptaient! J'te dis, un jour, elle va me briser le coeur...
- Bah, t'en fais pas mon chéri, je serai là pour le ramasser...

Fille à papa

dimanche, avril 05, 2009

Appelez la Marie Love,

Depuis qu'elle a découvert ce prénom, à la garderie en la personne de la grande sœur d'une de ses camarades, M'zelle Soleil est obnubilée. Elle a.d.o.r.e le prénom Marie-Love. Un prénom qui ne coure pas les rues mais qu'elle a adopté sitôt entendu. Comme si son propre prénom ne possédait pas assez d'originalité, elle s'en détache pour se créer une nouvelle identité:

- Moi ze suis Marie Love! Ze suis la maman de mes bébés et ze m'apelle Marie Love!

Ces dernières semaines, je me suis amusée à la regarder enfiler la peau de Marie-Love. Elle perfectionne son jeu avec une telle vivacité que si je me laissais convaincre, je pourrais presque y croire. Je pense que je vais devoir l'inscrire à des cours de théâtre...

Comme nous avons toujours Œdipe en visite sporadique, en sa compagnie, elle me joue une drôle de comédie. Elle agrippe son père et lui explique: "On se marie comme des humains. Toi t'es le mari!" Elle lui offre un sourire ravageur puis se tourne vers moi et me dit: "Toi t'es la p'tite fille et moi ze suis la crande fille et ze m'apelle Marie Love!" Ben voyons! Me voilà donc reléguée au rang de la gamine et je me fais piquer mon mari par Marie-Love! Super comme scène, je suis charmée! J'inspire. Respire. Expire. Sourit. C'est tout un phénomène que j'ai pondu! Me reste plus qu'à m'accrocher...

Appelez la Marie Love

mardi, mars 10, 2009

Chroniques d'enfance et de mamamitude...

Ici l’hiver acharné continue son petit bonhomme de chemin en encroûtant ma rue d’une épaisse couche de glace. Même si les journées se rapprochent du degré zéro, les nuits sont encore bien glaciales. Ce matin, les volutes de froid dessinaient l’atmosphère polaire...

En ma maison chaude Oedipe a fait une apparition si remarquée qu’il va me falloir enquêter davantage sur le sujet. Mon brin de fille prend des airs de compétition lorsqu’il est question de l’attention de son père. Elle le fait avec si peu de subtilité que je n’arrive même pas à m’en sentir offusquée (même si je commence à être sérieusement intriguée). Hier soir provoque mes idées : L’homme et l’enfant débarquent dans la cuisine. Ils n’ont pas encore enlevé leur manteau qu’elle se jette dans ses jambes, me regarde et s’exclame: « C’est mon mari, c’est mon namoureux!!! »

Picnik collage

En mon fort intérieur je ne peux m’empêcher de me dire « Ouais, c’est la fin de l’innocence pure! ». J'aspire une petite bouffée de nostalgie. Je m’accroupis, l’embrasse et la déshabille sans relever l’exclamation. Je réalise que grandir avec son enfant est une tâche ardue. À peine a-t-on l’impression d’apprivoiser une nouvelle routine, de maitriser une discipline que déjà il est passé à une l’étape suivante! L'enfant est en évolution constante. C'est aussi fascinant qu'effrayant. Je peux l'imaginer comme un train à vitesse rapide qui n'a qu'une seule destination: "Devenir grand". Et les parents forment ces rails sur lesquels file le train...

C’est ainsi que depuis quelques semaines, je me retrouve à lui expliquer de plus en plus de concepts humains. Le mensonge a aussi fait son apparition. Même s’il est encore transparent comme de l’eau de roche, il se fraie clairement un ruisseau dans le terreau d’enfance. Commence alors la ronde des sermons et explications. Après la discipline à manipuler, les sermons à formuler! Vraiment pas trippant! Commencer par tracer les définitions de ces frontières qui séparent le bien et le mal. Une sacré tâche en perspective! Une tâche que l’on ne peut accomplir que sous la pression de nos propres valeurs et perceptions.

Picnik collage

Par les temps qui courent j'aime bien consulter les pages du site Naître et grandir. J'y découvre des mines de compréhensions. J'y retrouve mes valeurs d'éducations et plusieurs exemples pour les mettre en application. Tout comme cette idée tranchante que j'ai sur le sujet des cris. L'enfant peut crier, c'est son droit (tant que cela ne devient pas insupportable), c'est dans sa nature d'apprentissage mais l'adulte référent ne peut hurler (c'est son tort) il doit toujours savoir se contrôler. Ne pas perdre son sang froid. Cela n'est pas facile tous les jours, oh que non! Le rôle de l'enfant est de chercher les limites de son environnement, ce faisant il marche souvent sur les patiences de ses parents. En ce qui me concerne, je fais mon possible pour rarement sortir de mes gonds. À chaque fois que je sens ma pression monter et mon ton s'envoler, je prends une note mentale de ma mise en échec (Arrête ton char la mère, calme tes nerfs, tu ne fais que mettre de l'huile sur un feu déjà brûlant). Je pense aussi que même lorsque l'on se sent à bout de souffle, dénigrer l'enfant c'est se tirer dans le pied, je veux croire aux miracles du renforcement positif.

En me renseignant là-bas sur le mensonge, j'apprends que ma p'tite bête est précoce, cela ne m’étonne point. J’avoue même en ressentir une certaine fierté. Une fierté qui croupit dans un puits sombre lorsque vient le temps de mettre la main à la pâte et d’expliquer les subtilités de la vie à ce petit bout d’humain en constante progression!

Extrait du site Naître et Grandir: "L’enfant qui dit des mensonges: La plupart du temps, les enfants ne « mentent » pas : ils camouflent, enjolivent ou transforment la vérité. Dans le cas d’un jeune enfant, une imagination active est même plutôt un « signe de bonne santé émotionnelle », écrit le pédiatre américain T. Berry Brazelton. Le tout-petit adore raconter des histoires et se rendre intéressant. Très souvent, il avoue lui-même, avec son plus beau sourire, qu’il est en train de « raconter une histoire »! Ce n’est qu’après 4 ans qu’il devient conscient que raconter une histoire peut poser des problèmes. En attendant, expliquez-lui que ce n’est pas bien et faites preuve de tolérance."

Picnik collage

Dés les premier signe d’utilisation mensongère abusive, je sévis. Je lui explique le concept de ce qu’elle pratique en l’éclairant sur le sujet. J’insère en sa petite cervelle des petites graines de raison. Je lui démontre un point important, une maman attentive sait toujours repérer le mensonge qui couve! Lorsque je rentre dans sa chambre qu'elle a transformé en un bordel monstre alors qu'elle devait sagement dormir et qu'elle tient mordicus à me faire croire qu'elle dort comme un ange, je pousse ma chansonnette tannante! Elle n’est point satisfaite de mes explications et il se peut que la sauce tourne au vinaigre. Vexée d’être mise à nue, elle se rebelle. Elle se retrouve au pied du mur, me regarde avec colère et s’écrie « Moi ze veux pas regarder ma vérité! » Impertinente, elle me cherche les nerfs ou elle me boude avec passion. Je tiens bon. Je refuse de lui laisser croire qu’elle peut me faire gober la lune et Jupiter! Nous traversons une nouvelle étape. L'on arrivera bien vite dans la cour des grands. L’on dit adieu aux biberons et bambineries. La doudou aussi est en sursis. Il faut dire qu’elle tombe en lambeaux. J’ai commencé le processus de séparation, cet été elle disparaîtra sans aucune magie.

Mais que l’été semble loin! Et que M’Zelle Soleil s’en ennuie carrément. Tant et si bien que j’ai accepté qu’elle enfile son maillot de bain sous ses habits lors de notre dernière escapade à l’hôtel de glace! Elle construit des rengaines d’été à chaque journée qui passe. Elle a bien assimilé ses saisons et l’été semble obnubiler le cours de ses pensées. Le lac aussi est à la mode de chez nous, l’été et se baigner dans le lac, nos oreilles commencent à chauffer! Alors qu’un superbe coucher de soleil se profile à l’horizon, je lui dis :

- Regarde Liloo, comme le ciel est beau avec toutes ses couleurs….
- Oui, y’a beaucoup de couleurs, on pourrait aller à l’été ça veut dire! Oui l’été, l’été, ze veux me baigner dans le lac et mettre mon maillot de bain, ouuiiiiiii…
- Heu, ben c’est juste un coucher de soleil, l’été est pas encore arrivé! Il faut d’abord que toute la neige fonde…

Froncement de sourcil perplexe. L’enfant regarde les montagnes de neige par la fenêtre. L'on partage un regard complice. Autant elle peut m'illuminer le cœur autant elle sait faire grincer mes nerfs sous sa douce torture enfantine. « Mais non! Moi ze voulais! Ze VOULAIS! T’es pas zentille! Ouin ouin ouuuinnnin » Pour désarmer ses bombes capricieuses, lorsque je suis en force mentale, j’actionne ses rigolades. Au cœur d’une pleurnicherie, elle résiste difficilement à la remarque surréalistement comique. Jeanne qui rit, Jeanne qui pleure. Jeanne qui peut rire aussi vite qu’elle pleure. Jeanne que j’aime plus fort que ma vie.

Ses jeux deviennent de plus en plus élaborées. Son imaginaire se construit sous nos yeux. Elle développe toutes sortes d’histoires abracadabrantes. Un soir elle me raconte avec conviction « Mon bébé est sorti de mon ventre et les amis de la garderie, ils étaient là pour m’aider à pousser! » « Oui bien sur ma fille! » Elle s’invente toutes sortes d'histoires qui emmènent ses poupées dans des aventures inspirées des caractéristiques de son quotidien. En ces jeux d’enfants se révèle toute la latitude des ses compréhensions.

En ces jeux d'enfants, ses colères, ses pitreries, ses actions et réactions, je comprends combien elle est sensible à son environnement immédiat. Un environnement qui la façonne sans qu'elle n'en aie aucune conscience. Un environnement dont j'ai le contrôle et la responsabilité présente. Un fait dont j'ai cruellement conscience...

Je réalise aussi une certaine ingratitude enfantine que l’on ne peut prendre personnelle. Je la réalise lorsqu’elle chantonne dans son bain « Z’aime beaucoup papa, z’aime un petit peu maman! Que z’aime beaucoup papa, que z’aime un petit peu maman! » À moins que cela ne soit encore Œdipe qui fasse des siennes? Comme lorsqu’elle dit à son bébé : « C’est lui mon prince, c’est son papa, c’est son trésor. » Mais dans quelle marmite est-ce que je suis tombée?

Et puis il y a ces moments où elle me regarde avec tant d’amour et de confiance que mon cœur se cristallise en mille morceaux. Fatiguée, je me repose un instant sur mon lit. Elle arrive, charmante, avec un grand sourire. Elle me demande :

- Pourquoi elle est partie au ciel ta mémère?
- Parce-qu’elle était vieille et malade ma puce…
- T’es criste hein maman?
- Oui elle me manque beaucoup.

Elle se colle contre moi, me serre dans ses bras, me fait un bisou tout doux avant de se relever pour me dire d’un ton déterminé :

- Demain, tu vas voir ta mémère elle va revenir…
- Heu, je crois pas ma puce…
- Si, tu vas voir elle va revenir, elle va pu être vieille, elle va pu être malade, elle va pu être mort! Elle va s’escuzer d’être partie au ciel et elle va s’occuper de toi! Elle s'occupait bien de toi hein?

Derrière sa silhouette de fillette je vois se profiler le visage de Juan. Il capte mon regard ému. Il me chuchote tendrement à l’oreille : « Les enfants sont magiques… »

Chroniques d'enfances et de mamamitude..

mercredi, janvier 23, 2008

Grandir.

Petite filleJeu de fillette

Il neige, il neige et il neige encore. Le ciel se voile d'ivoire. Le soleil lunaire éclaire les journées blanches qui se suivent et se ressemblent. Je vis en un monde monochrome. Par la magie de la Toile et d’envies féminines, je découvre une voisine de brousse. S'en suit une visite amicale qui illumine ma morosité matinale. Mon enfant sommeille, la solitude feutrée de la journée est à son comble…

Quelques instants de liberté pour accrocher quelques mots éparpillés. Depuis des semaines, j’ai cette impression partagée par mon homme que nous vivons des moments bénis avec notre brin de fille. La petite enfance est une période merveilleuse pleine de curiosités, de découvertes, d’émerveillements, d’apprentissages, de pureté et d’innocence. M’zelle Soleil habite la maison de ses vibrations angéliques, c'est ainsi qu'elle nous donne, au quotidien, des petits goûts de paradis humain. L'amour est au beau fixe. Elle nous fait rire, elle nous inspire, elle nous fait réfléchir. Bien-sur le revers de la médaille et que l’on doit sérieusement commencer à éduquer plutôt que poupouner. Éduquer c’est bien, c'est difficile, c 'est complexe (il n'y a pas de recette toute faite), c'est inspirant, c'est notre touche sur l'avenir. Par contre la discipline qui enrobe cet épineux concept est plus ou moins intéressante. Je n’aime pas me raffermir le ton pour le rendre net et tranchant, pour faire monter le nuage de menace en mes yeux et dire d’un ton sec :

- Lily-Soleil, veux-tu que je me fâche???

C’est présentement la phrase qui constitue ma limite. Une phrase qu’elle ne cherche pas souvent à dépasser. Je lui en sais gré. Je n’aimerais pas devoir me fâcher six fois par jour. Il y a donc cette discipline à conquérir, rester ferme et calme. Stimuler ses neurones, tisser le fil de ses réalités. Grande est l'influence du parent sur le petit enfant innocent! Lui offrir un environnement paisible et cohérent. Il y a cette stabilité à acquérir, cette routine à maîtriser pour que l’enfant ait des repères concrets, pour qu’il puisse se construire en un terrain vierge de mines. J’ai lu quelque part que l’enfant était comme un canevas blanc sur lequel les parents dessinaient leur futur. Tout cela pour dire que l’on récolte les graines que l’on sème! La petite enfance est un terreau fertile. Il ne faut pas se tromper dans la variété des graines que l’on y plante…

Pour l’instant je cultive des pousses de bonheur, de respect et de compréhensions. Cela ne lui fera certainement pas de mal si je lui offre un début de vie avec des moindres maux. Un début de vie ouatée par mes bons soins, sans violence et sans haine, sans méchanceté ni vulgarité. Je sais que cela ne correspond pas à certaines théories adultes mais c’est ainsi que j’ai décidé d’exercer ma mamamitude. Juan soutient ma cause. Je sais bien que la vie est amère et j’anticipe avec horreur le jour où son innocence enfantine s’effritera sous les compréhensions de la cruauté humaine. J’espère que l’éclatement de sa bulle se fera graduellement, sans heurt brutal. Je sais bien qu'un jour elle réalisera que certaines facettes de l'humanité ne sont pas belles à voir. D'ici là, j'aimerai lui donner le plus d'armes possibles. Je sais bien que la vie se chargera de lui mettre des obstacles sur son chemin, j’espère qu’elle aura la force de les dépasser sans gravement se blesser. J'utilise l'espérance pour mieux diminuer mes angoisses maternelles. J'espère (comme une prière), je cultive des jardins abstraits et je conjugue ma vie à la sienne, à la nôtre...

Je sais que nous vivons présentement une période bénie où le petit humain que l’on chérit éclot en une jolie personne autonome. Je m'égratigne le coeur à me détacher un peu, à me reculer pour ne point l'étouffer, pour laisser la vie faire ses propres leçons. Je sens que ce processus me sera douloureux. Je prie pour que la vie lui soit douce. M'zelle Soleil se découvre la personnalité à nos yeux emplis d’émotions. Je m’en gave les yeux et le cœur. Elle m'est exquise. L'homme la trouve si délicieuse que parfois après une séance d'enfance particulièrement affectueuse il s'exclame:

- Je sais pas comment je vais pouvoir faire...
- Quand elle va te quitter?
- Oui, je n'ai jamais été quitté...
- Cela va te briser le coeur...
- Arrêtes tu me fais mal rien qu'à y penser!

J'ai lu quelque part que l'on élevait nos enfants pour qu'ils nous quittent. Lorsque j'en ai parlé avec Juan, je l'ai vu pâlir devant cette vérité. L'homme et l'enfant s'aiment d'un amour teinté d'Oedipe qui me fascine. Je n'ai pas la même relation que lui avec ma fille, parfois je me sens un peu rejetée devant leur union en pleine fusion mais je ne le prends pas personnel. L'homme ne me laisse jamais longtemps dans le champ, de plus je ne crois pas que mon coeur se brisera le jour où elle vivra ses premiers amours...

Je vois son visage et son corps changer, je la vois grandir, sans trouble d'éveil, je la vois s’épanouir et s’affirmer. Je remercie le ciel de la santé qu’elle possède. C’est une enfant précieuse qui nous apporte en ses gestes gratuits des petites gouttes de paradis, des capsules de bonheur qui nous irradient l’esprit. À travers elle, je crois bien que nous grandissons aussi pas mal plus que nous nous en rendons compte…

Inspiration enfantine

Grandir.