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jeudi, juin 26, 2008

M'zelle Soleil fait la St-Jean...

La veille de la St-Jean, nous ne sommes guère vaillants. Juan est content de ne pas rentrer au bureau le lendemain. Pour marquer le coup, nous décidons d’aller nous grignoter un Burger Californien au Normandin. L’enfant est aux anges, elle trépigne d'impatience. L'on oublie que cela fait des années que l'on a pas fait la grasse matinée et l'on se bourre le fessier...

Le restaurant Normandin, franchise typique locale a quelque peu peu amélioré la palette de ses recettes, des menus à prix modiques et un excellent accueil des enfants, comment résister? Celui du village voisin est situé un bord de rivière, le cadre y est joli, c’est un rendez-vous familial qui ne désemplit pas. Avant que nous ne soyons parents, nous n’avions jamais vraiment l’idée d’aller manger là. Des années durant nous sommes passés devant sans jamais s'y arrêter. Je trouvais l’endroit bien trop « pépére » à mon goût! Depuis que nous ne sommes parents, nous mangeons rarement ailleurs ! Nous voguons en une autre dimension! Embarqués sur un navire d'enfance dont nous sommes les maitres à bord. Oh! Il nous arrive d’aller au Pub, la place plus « branchée » du village mais bon, c’est plus cher et l’ambiance est moins propice pour les jeunes enfants même s’ils y sont bien accueillis. Au Normandin, c'est facile, c'est tellement familial que la petite se trouve des "matantes" à tous les coins de table!!! Maintenant que nous sommes parents nous apprécions donc le Normandin, restaurant à peine plus cher qu’un Macdo mais oh combien plus plaisant! La petite y trouve toujours des enfants à observer, l’on y trouve toujours des parents à papoter, les serveuses sont gentilles, il n’est pas rare d'y croiser un voisin ou une connaissance, l’ambiance y est bonne enfant et la vue sur la rivière agréable...

Depuis des jours le temps se fout de nous, pas facile de profiter de l'été entre deux orages! Nous décidons de fêter la St-Jean au Normandin puis de rentrer en nos pénates. Fatigués, nous nous laissons porter sur les vagues de notre fillette en pleine forme. Nous sommes en peu blasés en nos peaux d’adultes. La petite pète le feu. Notre entité parentale est au beau fixe malgré les averses dispersées que nous offre la température du jour. D'ailleurs, il ne faut guère de temps pour que M'zelle Soleil aille rayonner à une table voisine (composée d’une demie douzaine d’enfants en bas age). Je laisse Juan suivre le charme de sa fille tandis que je me plonge dans les pages du Journal. L’homme revient avec mon petit soleil dans les bras et m’explique que c’est un groupe qui va à la St-Jean du village, il me dit :

- Ah! On pourrait y aller, cela serait le fun pour Lily, va y’avoir un feu pis tout le kit…
- Hum, ouais, cela nous sortirait un coup, les feux d’artifices doivent être à genre 10 heures. Yé quel heure là? Anyway on rentrera pas si tard, pis c'est quand même la St-Jean!

- 8 heures….
- Ben oui, allons-y alors…

Pour l’occasion M’zelle Soleil déguste la glace composée exprès pour faire saliver les enfants. Je me dis que le sucre qu'elle ingère devrait lui mettre la pêche pour la soirée. Elle finit de se lécher les babines. Elle nous entraîne sur le bord de la rivière. Juan fait des ricochets tandis qu'elle lance joyeusement ses cailloux dans l’eau. Je les observe les yeux pleins de tendresse. J'ai le coeur qui déborde. La simplicité du bonheur me frappe les neurones. La pluie nous fait regagner la voiture en vitesse, le soir tombe sur une autre journée grisâtre. Nous décidons d’aller chercher parapluie, gilets et appareil photo avant de nous rendre sur le site où se fête la St-Jean...

En quinze minutes nous sommes de retour au village, la petite a enfilé son manteau de pluie, les parapluies sont dans le coffre. Le monde commence à arriver. Cela sent la fête à plein nez. Une fois sur place, il ne pleut plus. La nuit est presque tombée. Comme d'évidence, nous nous rendons compte que nous avons oublié les parapluies dans le coffre! Un orchestre joue des airs d’ici sous un grand chapiteau. Les hot-dogs rougissent dans un coin, la bière coule sans excès, l'atmosphère est cordiale, les ballons des enfants remplissent le paysage.

M’zelle Soleil en demande un et nous découvrons une dame qui les gonfle pour les donner aux petits qui font la file. Lily-Soleil en aimerait bien un bleu (elle adore tout ce qui est bleu) mais il n’en reste que des blancs! Elle s’en contente tout en observant les visages décorés des enfants que l’on croise. Comme je sais combien elle rêve de maquillage et de dessins sur le visage, l’on se fraie un passage dans la foule à la recherche de la table qui maquille les enfants. Lorsque l’on trouve l’endroit en question, il est désert, la dernière averse a fait fuir les jeunes bénévoles qui se sont évaporés dans le soir! M’zelle Soleil avale avec grâce cette déception de taille. Les nuages se font plus menaçants. L’enfant joue avec son ballon qu’elle laisse partir aux vents. Le ballon file vers les nuages. L’enfant fascinée par l’envol n’arrive pas à s’en détacher le regard. Le ballon disparait à l'horizon. Nous allons lui en rechercher un autre, qu’elle accepte cette fois-ci d’accrocher à son bras, les feux sont prévus pour dix heures. Il est neuf heures et l’orchestre joue du Félix Leclerc…

Lily veut aller voir la musique. Nous l’emmenons devant l’orchestre où une petite troupe d’enfants s’amusent joliment. Il n’en faut pas plus pour que ma fille entre dans la danse. Elle observe quelques instants les environs avant de se mettre à sautiller à droite et à gauche. Je la vois bientôt accompagnée par un petit garçon qui imite son rythme. Debout dans la première rangée des parents qui surveillent leurs rejetons en liberté, nous sommes comme de la guimauve sous le feu de notre petit soleil. Toute émue, je regarde ma fille apprivoiser ses pairs. Elle repère une petite fille aussi bouclée qu’elle, elle lui tend la main. La fillette s’approche puis s’effarouche. Ceci ne décourage pas M’zelle Soleil. Elle la suit tandis que l’autre fuit. Je sens une petite boule monter en ma gorge, vais-je assister au rejet de mon enfant, vais-je devoir consoler une peine? Le papa de la petite fille sourit à Juan. Nous observons tous ensemble le petit manège d’enfance qui tourne sous nos yeux. Une autre petite fille entre dans le jeu, à peine plus âgée que la mienne, elle veut prendre la main de Lily qui ne veut pas. Je fronce des sourcils. Il faut que j'arrête de prendre à coeur les péripéties de l'enfance. Je dois apprendre à faire confiance à la capacité de mon enfant à gérer son environnement. Mon rôle parental est de guider, d'aimer et de préparer l'indépendance à venir. D'être présente sans étouffer. Être vigilante sans interférer. J'avale mes angoisses de maman louve. La petite fille parle à la mienne qui ne perd pas l’autre de vue.

La-St-Jean-version-Lily-ILa-St-Jean-version-Lily-II

M’zelle Soleil réfléchit avant d'accepter la main tendue. C’est alors que l’autre revient à toute allure dans le décor. Elle accroche la main de ma fille qui les entraîne dans une ronde joyeuse. Je suis aussi fondue qu’un morceau de fromage sur le grill! Je me secoue les émotions. Je reprends ma tête en même temps que l’homme me prend dans ses bras. J'apprécie l'instant présent. Dehors une pluie battante fait se réfugier la foule qui s’entasse comme un troupeau de sardines sous le chapiteau. Le « band » prend une pause. Harmonium en fond de scène. L’on croise des visages connus que l’on salue. L'on papote et l'on sourit. Le décompte est pour bientôt. Plusieurs s’inquiètent du temps orageux. M’zelle Soleil qui a bien dansé est vannée. Elle somnole sur l’épaule de son père. Une éclaircie se fait à peine cinq minutes avant que dix heures ne sonne, le décompte embarque…

Dix, neuf, huit, sept, six, cinq, quatre, trois, deux un… En même temps que la foule scande les chiffres qui nous rapprochent du lancement des feux d’artifices, nous nous faufilons dehors. À peine est-ce que le décompte est achevé que d’énormes gouttes cascadent du ciel pour tremper tout ce qu’elles touchent. Rapide retour sous le chapiteau. Entassés les uns contre les autres, les minutes sont longues. Dehors la pluie bat un rythme d’enfer. Cinq minutes passent. La foule attend calmement. Dix minutes s’écoulent et enfin le ciel cesse de nous tomber sur la tête. Tout le monde retourne dehors. Toujours Harmonium en paysage musical. En clopinant dans les flaques d'eau, je fredonne ces airs que j'aime. M’zelle Soleil succombe à la fatigue sur l’épaule de Juan. Enfin tonne les premiers coups des feux qui éclairent le ciel de milliers d’étincelles. M’zelle Soleil a de la peine à tenir debout, nous marchons à reculons vers la voiture. Les feux d’artifices pètent avec la joie qui se touche du bout des doigts. Le ciel s’embrase de couleurs qui bruissent, nous arrivons à l’auto avec le bouquet final. À peine est-elle déposée dans son siège que l’enfant dort déjà. Il est presque onze heures, la St-Jean bat son plein dans toute la province. Nous prenons le temps d'un baiser avant de rentrer au bercail. Quelques jours plus tard M'zelle Soleil aime raconter "sa St-Jean", cela commence doucement puis cela s'emballe, je sens que je vais en entendre parler durant plusieurs lunes encore...

- Z'ai dansé à la fête de Québec avec des amis. Z'ai dansé beaucoup, beaucoup, avec mes amis à moi, z'ai dansé à la fête de Québec et z'ai sauté, sauté, sauté!!!

La-St-Jean-version-LilyLa-St-Jean-version-Lilou

M'zelle Soleil fait la St-Jean...

vendredi, juin 20, 2008

Entre trois gouttes de pluie

Avalée par le quotidien, je délaisse le virtuel pour mieux croquer le réel. Une semaine pluvieuse, entre deux orages, quelques éclaircies rappellent à l’été. Pour fuir la monotonie de la pluie et la voracité des moustiques affamés nous fuyons en ville retrouver mon ado de Clo. M’zelle Soleil grandit et ma petite sœur ne comprend pas la « bébé nostalgie » que ma mère et moi-même ressentons. Elle me dit : « Non mais vraiment c’est n’importe quoi, Lily est bien plus intéressante maintenant! J’comprends pas pourquoi vous capotez qu’elle grandisse vite, c’est cool moi j’trouve! » . Et c’est qu’elle a raison mon ado de sœur, au fur et à mesure que l’enfant grandit nous découvrons sa personnalité qui s’épanouit, elle devient autonome et c’est cool…

Lily-So grandit

Une petite fille, aimante et aimée, profite de la vie que nous lui offrons. Au quotidien, l’amour est un flot qui nous emporte les jours. La petite enfance m’enchante, je n’y résiste point, incapable de m’en lasser, je couve ma fille d’attention. Je fonds sur place lorsqu’elle s’exclame en regardant son ado de tante : « Tsé ke j’tème toi! ». Sous sa carapace d'ado, Clo s'adoucit sous les yeux admiratifs de l'enfant. Il paraît qu’entre zéro et trois ans un enfant ne peut jamais recevoir trop d’amour. L’amour est le meilleur terreau de l’enfance. Je discute de ce concept avec mon amie Dee et je lui dis : « Ouais l’amour est le terreau, je plante des graines au quotidien et j'suis rendue de l’humus! ». Elle pouffe de rire malgré elle tandis que je grimace sous mon chignon ébouriffé. Il faut sérieusement que je pense à aller chez le coiffeur! C’est bien beau de me transformer en humus mais il ne faudrait pas non plus que je me décompose complètement! Heureusement que mon entraînement va bon train. La régularité de mes efforts raffermit mon corps qui se recompose, c’est déjà cela de pris. Pendant la sieste de l’enfant chez ma mère, je vais prendre une marche avec mon beau-père sur la promenade Champlain. En chemin nous rencontrons une marmotte et ses petits ainsi qu’un joli garçon qui me fait un adorable sourire. Mon beau-père me demande :

- Tu le connais?
- Ben non…
- Mais, t’as vu le sourire qu’il t’a fait!
- Ben oui, cela doit être le pilates qui me redonne des formes!!! J’sais pas, il était mignon par exemple…
- En tout cas, il t’a fait un sacré beau sourire dis don!

Une caresse flotte sur mon moral. Un sourire comme une caresse mentale. Bon, on ne va pas en faire un plat non plus, je suis loin d’avoir retrouvé la taille de mes vingt ans! Et puis mon mari est loin d’être vilain garçon, de plus il me sourit même quand j’ai l’air de rien! Mais quand même cela fait plaisir de récolter ce genre de sourire sur son chemin. Ma mère et son mari résident non loin du grand chantier qui a remodelé le Boulevard Champlain. Je dois avouer que si j’ai été sceptique au début des travaux, maintenant qu’ils achèvent, je suis charmée. J’aime bien l’originalité de ce bord de fleuve aménagé avec une certaine excentricité. Je n’ai pas encore eu le temps de m’y arrêter assez longtemps pour m'en imprégner mais cela ne saurait tarder.

Je vais chercher Juan au bureau, nous allons retrouver la petite chez ma mère. L’on passe par le boulevard Champlain revisité pour les grandes festivités du 400ième de la ville. Au coin d’un carrefour, j’aperçois les capes noires de trois pèlerins :

- Oh! Regarde, des pèlerins!
- Hein?
- Ouais, regarde c’est les pèlerins, Clo m’avait justement demandée si je les avais déjà vus! Regarde, ils sont là!

Juan écarquille les yeux. Les tensions qu’il ramène de sa journée de bureau s’estompent devant l'angle surréaliste de l’instant présent.

- Mais, c’est quoi le truc, pourquoi ils sont là, ils font quoi???
- Ben ils représentent les premiers pèlerins, ils animent le boulevard!

L’homme fronce des sourcils sans pouvoir retenir un sourire devant l’anachronisme de la chose. Je ris de le voir décontenancé. On a beau dire, on a beau critiquer, cette histoire de 400ième moi j’aime bien. Quitte à dépenser les sous des contribuables, mieux vaut s’amuser en beauté plutôt que de foutre son argent par les fenêtres de la guerre! Québec se fait toute belle, fière de son histoire, elle se fait la fête, c’est tant mieux! En arrivant à destination, je retrouve mon petit brin de fille. Sa Mère-Grand me dit qu’elle est allée faire pipi toute seule sans que l’on le lui demande. Je la serre dans mes bras tout en la félicitant chaleureusement, elle me dit : « Cé pake z’ai pensé à toi maman » pour m’expliquer le pourquoi de la chose. Je fonds comme un caramel au soleil. Nous nous échappons à notre quotidien parental en allant faire un tour du coté de La Lucha Unida. Je ne résiste pas à l’invitation de me sortir la tête de ma mamamitude. Un documentaire, une conférence, des visages connus et de la musique avec en vedette Tomas Jensen. À cette occasion, j’apprends que des grandes entreprises canadiennes exploitent de manière éhontée l’Amazonie et ses ressources minières et pétrolières, ceci bien évidemment au détriment de l’écologie et des communautés autochtones…

My creation

Mes neurones stimulés font des étincelles, il me semble que cela fait des lustres que je ne suis pas sortie! J'aspire cette bouffée nocturne qui fait un bien fou. Malheureusement notre condition parentale nous force à quitter la soirée avant que n’arrive Tomas Jensen. Légèrement déçue je suis, à reculons, mon homme vers la sortie…

Forròssanova
Formation Forròssanova

Entre trois gouttes de pluie

vendredi, juin 06, 2008

Premières belles journées bleutées...

L’eau toujours aussi glacée n’empêche pas M’zelle Soleil de s’éclater…

Poulette-de-lac-I

Premières belles journées.

jeudi, juin 05, 2008

D'ombres et de lumières

Bien souvent l’on me dit que j’ai de la chance d’être avec ma fille. À chaque fois je serre des dents, une fois sur deux je réponds : « Je ne sais pas si c’est de la chance, je dirais plus que c’est un choix. ». Et à chaque fois que je réponds cela un silence plus ou moins confortable s’installe, cela clôt généralement la discussion sur le sujet. Cela m’énerve.

Celle qui me fait la remarque est souvent une professionnelle endurcie. Que dirait-elle si je m’exclamais « Oh! Tu as une carrière, tu en as de la chance! ». Elle me regarderait sûrement comme si je débarquais d’une autre planète. Et de plus en plus souvent lorsque fuse cette phrase à mon égard « Oh! Tu as de la chance ! » (Implicitement, tu es à la maison avec ta fille à la journée longue), j’ai l’impression de vivre sur une autre planète.

Pourtant tout comme beaucoup de femmes font des sacrifices maternels pour leur vie professionnelle, je fais des sacrifices personnels pour ma vie maternelle. À chacun ses choix. Dans les deux cas de figures les sacrifices sont réels. Dans les deux cas de figures il faut assumer son choix. Je ne désire pas juger la femme de carrière tout comme je souhaiterais ne pas être jugée en ma condition de maman professionnelle. J’estime que ces deux états de vie proviennent de la même liberté de choix féminine. Nous avons la chance de vivre en une société où les femmes font le choix de leur destin, ce n’est pas partout sur la planète que cela se passe ainsi. Nous sommes très chanceuses de vivre une telle expérience. Il est de notre devoir d'en être conscientes. De cela, oui, je crois que j’ai beaucoup de chance…

Il est vrai que j'ai la chance d'avoir un mari ouvert à mes envies. Un mari qui accepte les choix que je fais, qui m'aime comme je suis. Mais suis-je plus chanceuse que celles qui ont un mari qui acceptent de les laisser travailler? Je me demande pourquoi si peu de mes contemporaines comprennent que je puisse faire le choix conscient de me dédier à la petite enfance de mon enfant. Parfois j'ai la sensation que c'est un choix qui menace les féministes dans l'âme. Un choix qui les dérange. J'ai lu quelque part que le droit d'être mère s'était perdu dans le militantisme des droits de la femme.

D'un autre coté ma fille aura trois ans cet automne et j'estime qu'elle est désormais assez autonome pour s'affirmer hors des jupes de sa mère. Assez autonome pour aller à l'école ou tout du moins entrer un système éducatif où elle devrait apprendre à cohabiter avec ses pairs tout en faisant travailler son intellect. Pourtant comme je ne l'ai pas inscrite à la CPE du village voisin lorsque j'étais enceinte, elle a peu de chance de se trouver une place avant ses quatre ou cinq ans. Même si je l'ai inscrite alors qu'elle avait 18 mois, elle est si loin sur la liste que c'en est pathétique. Comme elle est née en novembre, elle ne pourra normalement entrer en maternelle qu'à l'aube de ses six ans. Il faut que l'enfant ait fêté ses cinq ans en septembre pour qu'il puisse être inscrit à la maternelle. Si malgré tout je souhaite que ma fille puisse faire son entrée en maternelle l'année de ses cinq ans, je devrais demander une dérogation qui me coutera un petit millier de dollars, et qui fera passer ma fille sous une batterie de tests afin de déterminer si elle est apte à commencer l'école deux mois avant ses cinq ans sonnants! De cela je ne suis pas inquiète..

Alors qu'arrivent à l'automne les trois ans de ma fille je me retrouve devant un dilemme: ou je choisis de reprendre le fil de mes ambitions personnelles et je la place en milieu familial ou je continue sur ma lancée et je poursuis ma fonction de maman-éducatrice tant que je ne lui aurai pas trouvé une place à "l'école". Je ne suis pas encore vraiment sure de ce que je veux faire. Je dois aussi tenir compte de son besoin de socialisation. C'est parce-que je tiens compte de ce fait que je me transforme régulièrement en service de garde pour les petites filles du quartier qui viennent autant jouer avec Lily que profiter de mes services d'enfance. Un proverbe africain dit qu'il faut un village pour élever un enfant. Moi, le village dans lequel j'habite est peuplé de carriéristes ou d'heureux matérialistes. Je suis un drôle de spécimen dans la jungle où j'habite. Il y a des jours où, en ma condition de maman, je me sens un village à moi toute seule. Ces jours là je me dis que je vivrai bien en Afrique!

Il est vrai que j'apprécie énormément les charmes de la petite enfance. Que je me nourris de l'innocence de ma fille, que je me baigne dans la pureté de son âme. Il est vrai que grâce à elle j'élargis l'horizon de mon coeur. Il me plait d'être celle qui guide ses premiers pas, celle qui lui apprend ses premiers mots, ses premières expressions, celle qui lui explique ses premières bases intellectuelles. Le cadre de nature où j'ai choisi de vivre a ses avantages tout comme ses inconvénients. Chaque choix que l'on fait dans une vie porte conséquence. Ma vie professionnelle s'atrophie subtilement mais mon univers émotionnel est en pleine expansion. L'amour que je vis au quotidien avec ma fille est un petit miracle. Il me fait grandir au quotidien. Il me transforme. Ces moments de câlineries, de complicité et d'affection que nous partageons abondamment sont équilibrés par d'innombrables disciplines, ils sont aussi enrobés de certaines contraintes. Mais tout est une question de choix...

Quatre jours après que j'ai donné la vie, j'ai rencontré la mort. La mort est venue me rendre visite durant la nuit. Au début, je n'ai pas compris ce trouble indistinct que je ressentais au plus profond de mes entrailles. Une vague de fièvre m'a sortie d'un léger sommeil. Quelque chose ne tournait pas rond. Pourtant mon homme m'aimait encore même si j'étais devenue une masse de gélatine informe. Mon joli bébé en parfaite santé respirait sereinement à mes cotés. Quelque chose ne tournait pas rond. Une angoisse persistante s'installait en mes pensées. Les vagues de fièvre se faisaient plus rapprochées. Je réveillai Juan qui était épuisé. Il ne prit guère aux sérieux mes complaintes nocturnes et se rendormit aussi vite en me serrant dans ses bras. L'aube se leva et la petite se réveilla. Au petit matin, je n'étais guère mieux. Je ne savais pas ce qui clochait, mais je savais que je n'allais pas bien. Je me sentais juste faible, très faible, aussi faible que j'étais devenue grosse, ce qui n'est pas peu dire!

La fièvre revint, je pris des cachets. L'infirmière qui suivait nos premiers jours de parents à la maison me conseilla d'aller sur le champ à l'hôpital. Nous nous y rendîmes après avoir déposé le bébé chez ma mère. Ah les urgences! J'arrivai un jour de chaos. Je ne sais pas trop ce qui s'y passait mais c'était un véritable tourbillon. Ainsi commença l'attente. Les infirmières n'en finissaient plus de dire que c'était un jour de fou, oubliée dans un coin, je n'en finissais plus de me sentir glisser. Encore et encore j'expliquai à Juan que quelque chose ne tournait pas rond. La fièvre qui montait m'emportait toujours plus loin. Petit à petit je me suis sentie disparaitre. Les infirmières passaient puis s'évaporaient dans le chaos ambiant. Sans le savoir je me mourrais. J'avais la grande faucheuse accrochée à mes pieds. Je sentais le danger m'effleurer les idées. À mesure que les vagues de fièvre s'intensifiaient, à mesure je comprenais que j'étais dans la merd...

J'expliquai à Juan ce que je ressentais et je voyais monter la panique dans la prunelle de ses yeux. Les vagues de fièvre étaient si puissantes qu'elles me laissaient sans voix. Une ultime vague m'emporta les paroles et je devins muette. C'est à ce moment là que je la vis clairement. Je vis la mort qui me chatouillait les pieds et me tirait patiemment en sa direction. J'entrai en bataille. Durant ce temps de combat, le visage de mon bébé nouveau né se tatouait en mes pensées. Elle était comme un astre de lumière qui éclairait mes ténèbres. Elle était ma raison de vivre. Ce tout petit bébé dont j'étais la maman était l'ancrage qui me tenait dans la tempête. J'allais avoir trente trois ans. J'avais attendu tout ce temps avant de mettre au monde un enfant. Je ne pouvais pas mourir maintenant. Qu'allait-il devenir de ma fille? Indiciblement, je me sentais sombrer...

Une autre vague de fièvre me parcourut et c'est là que cela se passa. Certains disent qu'ils ont vu leur vie défiler sous leurs yeux alors qu'ils faillirent mourir. Moi ce n'est pas ma vie que j'ai vue c'est la sienne. En quelques minutes qui me semblèrent éternelles j'ai vu la vie de ma fille défiler sans moi. J'ai vu le bébé grandir devenir petite fille puis femme. Une enfant sans mère. Une enfant que je ne connaitrais jamais. Une enfant qui aimait le fantôme que j'étais devenu. Une enfant qui ne saurait jamais tout l'amour que j'avais à lui offrir. J'ai refusé cette vision avec toute la force de mon être. Je me suis accroché à la vie avec toute la force de mon esprit. Mon coeur palpitait d'elle. Je priais le ciel de me laisser vivre. Me laisser vivre pour que je sois mère, sa mère. Un docteur finit par trouver le chemin de la salle où je me mourrais.

Rendu là, j'étais devenue muette comme une carpe, incapable d'articuler quoi que cela soit. Je ne pouvais parler qu'avec mes yeux hagards qui imploraient en vain de l'aide. J'étais une feuille fiévreuse qui tremblait de tous ses filaments. J'entendis Juan expliquer la progression de mon état. Je vis alors s'agiter les blouses blanches. En vingt minutes j'étais perfusée. L'heure d'après j'étais sauvée. Une fois sauvée, l'interne de service est venue me voir. Soulagée que je sois consciente elle s'est excusée du chaos de l'urgence qui avait retardé l'examen de mon cas. Elle m'a expliqué que je lui avais fait peur. Elle m'a expliqué que la maladie que j'avais attrapée tuait en cinq jours. J'ai vu dans son regard combien elle était contente de me voir sous traitement. J'allais vivre. Elle m'a dit que tout irait bien, que je n'avais plus rien à craindre. J'allais pouvoir être maman.

Les quatre jours qui suivirent je reçus des doses massives d'antibiotiques qui me ramenèrent au royaume des vivants. La mort m'avait ratée. Mais je l'avais bien vue, bien entendue. Elle ne m'amusait plus. L'attirance morbide que j'avais pu ressentir lorsque j'étais plus jeune avait définitivement disparu. Désormais j'étais certaine de vouloir exister. La mort m'avait frôlée mais puisqu'elle m'avait ratée, j'allais en profiter pour dédier le cours de mes jours à devenir la maman la plus présente possible dans la vie de ma fille. Je crois que le choix que j'ai fait de ne pas quitter mon bébé s'est inscrit en cette étrange dimension où j'ai erré entre la vie et la mort, quelques instants perdus qui se sont gravés en ma mémoire et mon coeur. Ce que j'ai attrapé après la naissance de ma fille est ce que le corps médical considère comme de la malchance. Cette malchance est à la source de ma volonté, de cette volonté féroce qui me fait choisir le quotidien maternel que je vis aujourd'hui...

Lily par Vanou Lily par Vanou
Lily-Soleil dans l'œil de Vanou

D'ombres et de lumières

jeudi, mai 29, 2008

En vrac de mai

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Après quelques soupçons de chaleur, la météo se fait plus capricieuse qu’une enfant rebelle. S’il fait soleil, un petit vent du Grand Nord vient refroidir les ardeurs, l'on déchante vite! L'on a presque envie de fuir dès le premier nuage! Heureusement que l’on a profité un maximum du beau temps de la fin de semaine dernière! Juan a réparé notre galerie à moitié démolie par l’hiver. J’ai sorti mon short pour essayer de colorer la pâleur de mes cuisses et j’ai mis les deux mains dans la terre pour travailler mon jardin. Mes pousses de tournesols cohabitent avec mes vivaces et quelques pots fleurissent mon entrée.

J’ai opté, cette année, pour décorer les marches de la galerie, avec des roses miniatures. Je fais (en hommage à ma grand-mère disparue) une petite réserve de géraniums. M’zelle Soleil, plus sage que la météo, s’amuse à faire un feu de joie avec son père avant de m’entraîner en compagnie de Raphy sur la trampoline de son parrain. Pendant qu’elles s’amusent comme des chipies, je me plie à leurs quatre volontés pour me retrouver bien courbaturée le lendemain! J'apprivoise ces nouveaux muscles qui me dessinent. J’écris des brouillons d’idées au sujet de la petite enfance, de ce que j'en apprends et comprends, des textes que je n’arrive pas à finir, le temps me file entre les doigts. M'zelle Soleil aspire mes concentrations. Je me perds les idées dans le vert des arbres qui bruissent de nouveau. Je profite d’une visite de Miss Dee pour concocter une version personnelle de ces biscuits aux graines de sésame. Légers et croustillants l’homme n’en fait qu’une bouchée. Depuis quelques jours, une idée saugrenue se ballade dans mes ambitions cuisinières, si j’avais plus de talent et des orties sous la main, je me lancerai dans cette recette-ci. Bien qu’il y ait aussi la confiture de pissenlit qui me fasse envie! Dans ces moments là, l’homme ne regrette pas mes faibles aptitudes culinaires!

Nature's-Colors

Cette semaine il aura fait chaud au soleil mais on se les gèle dans le moindre souffle de vent. La pluie aura verdit la nature et les nuages auront tourmenté le lac. La plage est déserte mais cela n’empêche pas les bateaux d’arriver. En un coin privé, suivie de ma fidèle Chanelle, je vais inspirer les vents qui y soufflent. Ils pincent méchamment la peau. Je bats en retraite. Il fait beau mais vraiment pas chaud. Mon brin de fille attrape une petite grippette! Une petite gripette que je finis par attraper aussi mais qui me met pas mal plus sur le carreau qu’elle! Les enfants sont plus forts qu’on a tendance à le croire! Ce qui ne finit pas de m’étonner c’est de la voir sauter dans tous les sens pendant que je traîne ma petite misère et pourtant nous sommes sur la même galère! Le bordel profite de mes faiblesses pour s’installer à son aise. Je pense à l'océan qui nous attend. Par chez moi, le lac rugit des airs de printemps aux rythmes des vagues qui se brisent sur le sable. Je passe des heures à organiser notre escapade acadienne. Québec se fait toute belle pour les fêtes du 400iéme. Le prix de l'essence n’en finit plus de grimper. La crise alimentaire mondiale fait de plus en plus de bruit. C’est un écho qui cogne à ma cervelle dès que j’ose faire le plein de l’auto. De plus, je remarque que mon panier d’épicerie est plus pesant sur notre portefeuille qu’auparavant...

Nature Path Mosaic

J’écoute les rumeurs de sociétés qui me rendent perplexes. Je réalise plus que jamais notre dépendance à l’essence. L’humanité entière est une junkie. Une junkie à l’or noir. Pendant que les pétrolières s’en mettent plein les poches, le commun des mortels est accro à sa dose. Mais pourquoi ne voit-on l'émergence de nouvelles technologies, de nouveaux moteurs? J'ai peine à croire que l'on ne possède pas de solutions alternatives. Sinon on "roule" certainement à notre perte. Jusqu'où pousseront nous l'absurde de cette situation? Juan commence à se sentir coupable des kilomètres qu’il avale quotidiennement entre le bureau et la maison. Lorsque je vais en ville, je n’ose presque plus appuyer sur le champignon même si cela me chatouille la plante des pieds, j’ai trop mauvaise conscience.

L’essence et ses conséquences est un fait d’actualité. En allant m’entraîner, je réalise que j’ai oublié de remplir ma bouteille vide et je m’arrête au dépanneur le plus proche pour en acheter une nouvelle pleine. Suer pendant deux heures sans boire d'eau m'est impossible. Pourtant, voilà un autre geste qui me donne mauvaise conscience, acheter des bouteilles d’eau lorsque je peux remplir les vides que je possède à la source qui coule à dix pas de ma maison! Je ne suis pas fière de moi lorsque je m’arrête à ce dépanneur qui se révèle être une station essence en travaux. J’ai mon appareil photo avec moi, j’en profite pour attraper quelques clichés de ce chantier à découvert.

C’est la première fois que j’ai l’occasion d’observer la citerne qui se cache sous le béton. Si le pétrole est notre drogue alors cette citerne alimente notre dépendance. Pendant que je cogite sur le sujet, je prends plus ou moins discrètement quelques photos. Une demie douzaine d’hommes me regardent cliquer sur mon piton. J’ignore les humains pour accrocher la scène en son entier. J’en entends un qui dit à la rigolade : « Est-ce qu’on va finir dans le Journal? ». D’humeur taquine, je me contente de répondre : « Qui sait? » tout en entrant dans le dépanneur. Nonchalante, l’appareil photo autour du cou, je vais me choisir une bouteille d’eau. Je me sens épiée. Je laisse glisser la sensation poisseuse. Je sors de l’endroit. J'avance vers ma voiture. Je me sens suivie mais je ne peux m’empêcher d’attraper un dernier cliché. Je me retourne pour voir un monsieur (j’imagine le gérant) m’aborder. Je fais mine de ne pas le voir. Il me demande :

- Y-a t-il une raison particulière pour prendre des photos?

Je le regarde droit dans les yeux, j’esquive un sourire, je laisse planer une seconde de mystère avant de répondre avec désinvolture.

- Non, pas particulièrement….

Je le laisse mijoter dans sa sauce alors que je ferme ma porte et démarre. Je me dis que je viens de mettre le doigt sur un certain mal. De ces maux de société qui soufflent un petit vent de malaise général

Our dealer

En vrac de mai

mardi, mai 06, 2008

Bonheur nature...

Spring-Blues Sur-le-quai-II

Bleus..

Airs et rengaines

Je fais des compilation de musique pour la petite. Ces compilations se retrouvent dans l'auto et accompagnent notre route. Je réfléchis à ces compilations en essayant d'y mettre un zeste de racines, une goutte d'apprentissage et un souffle de fun.

Ces chansons et rengaines d'enfance forment la langue et l'imagination de ma puce. Mais parfois, j'ai des idées saugrenues comme celle d'insérer cette petite comptine « J'fais pipi sur le gazon pour arroser les coccinelles, j'fais pipi sur le gazon pour embêter les papillons! ». Sur le coup, je suis dit que c'était marrant, après tout il faut bien rigoler dans la vie! Alors j'ai inséré, entre Henri Dès et Pomme d'Api, ce petit air de rien. Un petit air qui n'est tombé pas dans l'oreille d'une sourde. Un petit air malin qui vient s'incruster dans la cervelle avec la force du morpion. Un petit air enfantin qui ravit ma demoiselle de maison. Une demoiselle qui se fait un plaisir de la chanter en boucle et d'en inventer des variantes: « J'fais pipi sur papa, lalalala, j'fais pipi sur le chat, gnagnagnagna. ».

Mais le pire de cette histoire est que, maintenant, dès que j'entends cette rengaine, elle me rentre si profondément dans la tête que je mets à la fredonner malgré moi! Et ceci peut durer des heures. Le seul moyen de l'enrayer et de la faire dérailler sur une autre comptine parallèle: « Une petite coccinelle s'est posé dessus mon doigt et elle monte, monte, monte sans me demander rien, et elle monte monte monte... » Aiaiaille, à ce train là, je ne donne plus cher de mes neurones!


J'fais pipi sur le gazon...

dimanche, mai 04, 2008

...

Ainsi s'achève un dimanche lugubre aux atmosphères fantomatiques. Une journée dotée d'une température à pleurer et d'une bruine vaporeuse échappée de la grisaille du ciel. Fait à noter, le lac a calé. S'il reste de la neige sur la plage, la glace semble avoir déclaré forfait. Le premier mai, des langues de glace venaient encore lécher le sable. Aujourd'hui, l'hiver recule dans nos mémoires. C'est un moment de calme avant l'invasion. D'ici début juin, en même temps que les citadins, reviendront les vrombissements des moteurs sur l'eau...

La petite est grippée, pour l'instant elle combat vaillement le virus. Les nuits sont rudes. Fatigués nous sommes. Pour l'instant nous ne semblons pas affectés. Juan n'a aucun symptôme qui sort de l'ordinaire quant à moi ceux-ci sont assez minimes pour que l'on oublie de les mentionner. Pour contrer la mélancolie du jour, aidée de M'zelle Soleil, j'ai concocté ce gâteau moelleux. La maison s'est remplie d'arômes gourmands.

La nouvelle lune aspire mes doutes pour en faire de la soupe. La nuit noire avale les étoiles. Affectée par les cycles de lune, je suis. Mais juste avant que ne s'éteigne cette autre semaine, une expression je choisis. Une expression qui m'est commune mais sur laquelle je n'avais guère réfléchi. Une expression qui fait du sens lorsque l'on s'y penche. Fait intéressant, je blogue ici depuis cinq ans...

EXPRESSION via Expressio.fr
« Ça fait des lustres ! »

SIGNIFICATION
Cela fait très longtemps.

ORIGINE
Si vous visitez un jour la Galerie des Glaces du Château de Versailles et que vous regardez au plafond pour voir comment elle est éclairée, vous vous direz obligatoirement : "Ca en fait des lustres !". Mais il ne faut pas être une lumière pour croire qu'on parle ici de ces lustres-là. Il ne s'agit pas non plus de ce lustre, également brillant, dont on parle pour une surface de métal bien polie, la robe d'un cheval ou l'aura d'une personne. Il se trouve que le lustre était aussi autrefois une unité de temps, plus ou moins précise, selon son emploi. Au XVIIe siècle, un lustre, employé au singulier, est une période de cinq ans. Cette durée vient probablement de l'antiquité romaine où un lustre désignait soit un sacrifice expiatoire qui avait lieu tous les cinq ans au moment du recensement, soit le recensement lui-même. Par contre, au pluriel, "des lustres" désigne une période de temps longue et indéterminée. Et c'est bien la signification que l'on retrouve dans notre expression.

Ça fait des lustres ...

jeudi, mai 01, 2008

Premier jour de mai

Hier matin pour achever avril il a neigé. Je me suis levée de bonne heure pour découvrir une fine couche de neige toute fraîche. Fine couche qui a fondu dans le temps de le dire mais quand même! Va-t-il finir par nous lâcher le maudit hiver!?! La nuit dernière a été gelée, l’on est joyeusement descendu sous zéro. Ce matin, au petit jour, une fine couche de givre recouvrait tout le paysage. Il faisait encore bien "frette". Malgré tout un grand soleil éclairait l’azur du ciel, la première journée de mai s’annonçait belle…

Nous sommes sorties sur le coup de dix heures. Le fond de l’air était encore frisquet mais les rayons du soleil réchauffaient l’atmosphère. Le village était silencieux, oublié des gens, fondu dans le temps. Nous n’avons pas croisé un seul être humain sur notre route de lac, seul les aboiements d’un chien au loin perturbaient le silence. En chemin nous avons découvert les premières fleurs de la saison. Des avortons de pissenlits dont le jaune éclatant m’a paru divin. C'était la première couleur offerte par la nature après des mois d'abstinence...

Lily Spring

M’zelle Soleil avait la pêche. En arrivant au bord du lac, le fond de l’air s’est refroidi davantage. Le niveau de l'eau était plus haut qu'à la normale. La plage disparaissait sous une transparence givrée. Si le soleil se cachait derrière un nuage c'était frissons garantis! À la surface d’une poche d’eau, un canard faisait le beau. Chanelle, prudente depuis sa dernière expérience, fit mine d’aller le chercher sans toutefois tenter le diable. M’zelle Soleil par exemple était en feu. Bien à l’aise dans ses bottes de pluies, elle s’amusait à faire craquer la glace sous ses pieds tout en essayant d’aller le plus loin possible…

- Maman, le canarrr, ze veux accraper le canarrrr!
- Mais voyons ma puce, il est trop loin, ce n’est pas possible!
- Si, maman, regarde, je serrrai capable, maman, ze veux le canarrr….
- Lily-Soleil, recule, recule, tout de suite! Ne vas pas si loin!!!! Lily!!!

Springtime Casser la glace

joli mai

M’zelle Soleil fait de la résistance...

Il y a de ces moments où c’est la bataille, tous les parents y passent, certains enfants hurlent, d’autres boudent, la mienne ignore. Ceci a tendance à m'amuser et à m'énerver en un seul sentiment.

Lorsque M’zelle Soleil teste mes limites, elle le fait d’une manière qui m'use les jours. D’une volonté de fer, elle aime explorer sa nouvelle autonomie. Elle adore courir en sens inverse lorsque je l'appelle, elle fait le contraire de ce que je lui demande tout en se fendant la poire. Je ris beaucoup moins qu'elle à ce sujet. Elle ne veut plus jamais se faire aider par un parent bien attentionné! « Non maman! Ze veux faire toute seule! Noooon! » . Depuis quelques semaines je remarque qu’elle exprime le « Ze ne veux pas. » Avec bien sûr un accent d’affirmation sur le pas. Avant elle ne savait que ce qu’elle voulait maintenant elle sait aussi ce qu’elle ne veut pas. Je crois que c’est là que commence une autre étape d’enfance.

La demoiselle ne se laisse pas désarçonner facilement, c'est une petite tigresse. Maintenant qu’elle parle et qu’elle sait faire de vraies phrases, sa volonté n’en devient que de plus en plus maitrisée. Souvent elle cherche à débattre lorsque nous lui imposons notre volonté parentale. Elle veut débattre même s’il lui manque encore bien du vocabulaire pour y arriver. Viendra vite le jours où elle nous clouera le bec en deux phrases bien tournées! Elle n'est pas une adepte des crises mais c'est une experte de l'indifférence. Elle aime aussi le ralenti. Ce qui peut être pas mal drôle à observer si l'on était pas le parent de la situation! Lorsqu'elle ne veut pas faire ce qu'on lui demande et qu'elle n'a plus les mots pour se rebeller, elle choisit de nous ignorer avec le plus grand sérieux. Ce qui peut être légèrement énervant sur les nerfs du parent en charge de la petite bête...

Lorsqu’elle décide de tester le concept de la sieste. Plutôt que de s’endormir comme à son habitude, elle me fait un coup de sioux. Une demie heure passe en silence, je la crois endormie lorsque je l’entends papoter. Je la laisse macérer dans son jus. Elle ne pleure pas, elle ne crie pas, elle papote avec entrain. Je finis par intervenir. Je rentre dans sa chambre. Elle fait mine de ne pas voir mon air sévère et me parle de « Flochette » (la fée clochette) qui décore son mur. Elle m’explique ce qu’elle aime dans sa chambre, je résiste au charme dont elle m’enrobe pour lui expliquer que c’est l’heure de la sieste. Elle me répond :

- Mais z’ai fé la ciescte zé mamie!
- Oui mais c’était hier, et aujourd’hui c’est l’heure de faire quoi?
- Heeuuuu, dodo?
- Oui c’est l’heure de la sieste.
- Mais, ze fé dodo ce soir…
- Oui tu fais dodo ce soir et la sieste maintenant!

Elle se situe de mieux en mieux dans le temps. Elle me relance sur "Flochette", je joue deux minutes à son petit jeu avant de revenir sur le sujet principal qui m’intéresse. Un sujet qu’elle fait mine d’oublier pour converser le plus sérieusement du monde avec ma pomme patiente. Elle fait de son mieux pour étirer sa langue dans toutes les directions. Elle me sort régulièrement des mots qui me laissent une seconde sur le carreau. Elle sait combien je m’émerveille de ces conversations que nous pouvons désormais avoir. Elle sait très bien comment s’y prendre pour m’adoucir.

Je me reprends en main, j’hausse le ton. Je deviens cette mère chiante qui ne veut rien entendre. Elle teste encore un peu plus loin mes limites. Je la laisse voguer sur sa vague d'indiscipline quelques minutes avant de reprendre la barque d’une main ferme. Elle finit par capituler avec juste quelques protestations, sans un cri, sans un hurlement. Elle se plie la volonté jusqu’à la prochaine fois où elle essayera de tester une autre de mes latitudes.

Elle est sans pitié. Il paraît que c’est cela l’âge terrible des deux-trois ans. Je sais pas si je trouve cela infernal mais je ne me trouve pas drôle à faire le gendarme de maison. Je n’aime pas du tout ce nouveau habit que je dois endosser. Le gendarme en moi me fatigue lorsqu'il ne me déprime pas tout simplement le bourrichon. Je comprends alors le principe de facilité qui serait de laisser passer ses impertinences, qui serait de ne pas enfiler l’uniforme de police maternelle qui sert à faire régner un certain ordre. Mais ne pas gendarmer laisse la porte ouverte à l’enfant roi. Je veux bien d’une princesse dans ma maison mais pas d’une reine...

My creation

Pour essayer de ne pas devenir trop autoritaire lorsqu’elle exagère, j’utilise le plus possible son potentiel de compréhension. Hurler ne sert pas à grand chose si ce n’est à lui apprendre un comportement indésirable. Gueuler est un échec. Je ne suis pas parfaite, parfois je pousse une gueulante et à chaque fois que cela m'arrive, je sais combien je suis dans mon tort. Je suis l'adulte, c'est donc à moi de montrer l'exemple, aussi tannée que je puisse être, je dois rester calme. Parler me semble donc la seule solution raisonnable. Ce n'est pas la plus facile! Trouver les mots justes. Expliquer avec patience et fermeté la situation. Rester solide sur ses positions. Se mettre au niveau de l’enfant et lui donner une certaine attention pour mieux désamorcer ses volontés explosives.

Rester tendre dans la fermeté, en voilà tout un principe en soi! L'enfant a besoin de limites et d'amour conjugués. Un cocktail pas toujours facile à concocter. L'effort intérieur est un ingrédient important au contexte présent. Alors que j’essaie de la coucher, elle me dit:

- Z’ai envie de zauter!
- Tu pourras sauter après le dodo. Tu veux que je te chante une chanson?

- Vooouuuiiii…


Et voilà que je chante « Au pays de Candy » qu’elle fredonne en même temps que moi. Une chanson comme compromis. C’est pas si terrible que cela et j’ai un peu moins l’impression d’être la police de service. Plus elle grandit, plus elle résiste. Plus elle résiste, plus je deviens ce gendarme qui m’insupporte. J'essaie de trouver les solutions alternatives. Je fais mon possible pour lui donner quelques responsabilités, je ne la prends plus pour un bébé. Je respecte ses nouvelles autonomies tout en posant les barrières nécessaires à son bien-être. Dieu merci, pour l'instant en public, c'est un vrai charme, il n'y a qu'en privé qu'elle résiste. Elle évolue et je m'affirme.

Maintenant qu’elle parle, le défi est réel, la discipline se resserre autour de notre "parentitude". Nous devons faire front. Accorder nos violons sur la même chanson. Juan doit aussi trouver le gendarme en lui. Comme il est moins confronté que ma pomme aux accents rebelles de la demoiselle, il a moins le loisir de pratiquer l'habit! Je remarque qu'il est plus rigide, avec le père lorsque l'on ne rigole plus, l'on file!!! Cela me fait un peu sourire. Lui qui qui aime tant en faire à sa tête! D'un autre coté, selon son humeur, il peut devenir aussi flexible qu'il était rigide le jour d'avant! Et là je m'arrache quelques cheveux blancs! Il faut dire que dans le genre rebelle, de lui à moi elle a de quoi tenir! En tant que couple, nous découvrons le parent qui se cache en l'autre, c'est un nouvel aspect de notre relation. Nous devons ajuster cette nouvelle dimension à notre équation amoureuse. Avec lui qui devient père, je découvre le concept d'un paternel en ma maison. Ensemble nous cultivons la petite graine qu'il a planté en ma chair. Une petite graine qui pousse comme un haricot magique...

De plus en plus tendre, M'zelle Soleil m'offre des gestes d'affection conscients qui sont comme du bonbon pour mon coeur de maman. Depuis quelques semaines elle conjugue et développe un mode interrogatif qui se limite souvent à mettre « que » à toutes les sauces : « Que allez deyors? Que donner de l’eau? Que on va? Que donner la main? ». Elle articule ses mots de mieux en mieux et elle me fascine :

- Lily descend de là tout de suite! Lily! Descend! Lily…
- Maman, ze souis descendue! Regarde…

En ce moment elle adore insérer des « en plus », des « aprés ça », des « alors» et des « ensuite » dans son langage en pleine expansion. Mais le « en plus » est à la mode de la semaine, elle le dit tellement de fois que mes oreilles en sifflent. « Ah! C'est shô en plus!!!». Je me demande si c'est de moi qu'elle a attrapé ce tic verbal. Il me semble qu'elle s'approprie des détails de ma langue et s'amuse ensuite à m'en tartiner le quotidien! C’est une vraie pipelette, elle bavarde, elle bavarde et elle bavarde encore! Toute la réalité passe par le moulinet de ses mots! Et parfois elle me sort ces petites perles que j'accroche à ma mémoire:

- Lily, tu veux que je t'aide à descendre les marches?
- Non maman, regarde, ze m'akroshe à la faurêt!!!

Je la regarde s'accrocher à la branche du sapin et je souris. Elle aime ses animaux de maison. Elle fait pleuvoir les « Oh! Ze l'ème mon chien! Ze l'éme, ze l'ème, ze l'ème! » sur Chanelle placide qui se laisse faire. La chienne apprécie le petit être qui partage la plupart de ses repas avec elle. Les chats en ont aussi pour leur grade. Zouzou, la plus facile de la tribu est aussi la préférée de la Miss qui lui chantonne des petits airs qui font: « Oh! Mon zouzou, ze l'ème, il a de bô yeux mon minou. Ô mon zouzou, ze l'ème, lalalaloulou, mon minou zouzou, toutcoutcout. É bô mon zouzou, nounounou... ».

Comme nous vivons présentement dans une"chatonerie" familiale, M'zelle Soleil est au paradis de la "félinitude". Je n'ai pas encore osé lui avouer le destin des chatons qui partiront bientôt vers d'autres foyers. Je sens que l'on va passer un mauvais quart d'heure quand viendra le temps de s'en séparer...

Au fur et à mesure qu'elle grandit, elle prend conscience de ses peurs et commence à me raconter ses cauchemars « Maman, z’ai vu une madame au chien, z’ai peur de la madame avec le chien, mais elle m’a pas accrapée! ». Ses peurs prennent phrases et de gendarme je deviens guerrière : « La madame voulait croquer maman! Ben voyons! C’est maman qui va croquer la madame! Je vais en faire de la purée de cette madame et je vais la donner à manger à son chien! Non mais!». L'enfant écarquille les yeux, un sourire rassuré se dessine sur sa petite face angélique. À ce stade-ci de l'enfance une maman peut encore enfiler cet habit de superhéros qui fait se dissiper les peurs tout en faisant briller les yeux des petits...

M’zelle Soleil fait de la résistance...

lundi, avril 21, 2008

Grosse lune ... et petit soleil...

À la nuit tombée, M’zelle Soleil, toute guillerette revient de faire les courses avec son père. Sitôt le pas de la porte traversé, elle me dit :

- Maman, t’as vu la lune? Ème (du verbe aimer) bien la lune maman?
- Oui, c’est la pleine lune ce soir, tu as vu la lune?
- Moi ème bien la grosse lune, cé bô dans le ciel…

Colors-of-spring Lily-et-Shanie

Facéties de Lily

Je ne peux m'empêcher de fondre en un sourire lorsqu'elle s’exclame avec conviction : « On se calme la krinière! » version personnelle d’une expression favorite à son père : « On se calme les nerfs! ».

Grosse lune

jeudi, mars 27, 2008

Pâques polaire

Polar Easter

Fêter Pâques par -15 degrés et sous 5 mètres de neige, c’est tout un programme! Cacher des oeufs dans une cabane de neige. Greloter dans la nuit éclairée d'une lumineuse pleine lune. Mon ado de Clo m'aide à la tâche. Les lapins que nous sommes nous gelons les doigts à creuser des trous dans la neige. Nous y installons des nids colorés. Nous y déposons des jouets et des confiseries. Chut! Les histoires de lapins des neiges sont secrètes, les enfants ne doivent rien soupçonner. Les étoiles sont glaciales. L’atmosphère est congelée. Je me transforme en glaçon.

Ma Clo de sœur pour qui j’ai tant de fois fait travailler l’imaginaire durant sa petite enfance, prend le relais pour motiver mon âme blasée. Alors que je grognasse et peste sur ce froid arctique me fait frissonner sur place, Clo m’explique combien tout cela est important pour la petite. Je souris en pensant à ces moments précieux où je m'appliquai à édulcorer les réalités de ma petite soeur. Une petite soeur devenue tantine qui me rappelle à la raison du coeur. M’zelle Soleil roupille dans la chaleur de notre cocon, elle ne semble se douter de rien. Pourtant la demoiselle en question est un vrai détective sur pattes! Elle absorbe avec attention chacune de nos conversations, elle s’exclame « Moua? Moua? » à chaque fois qu’elle entends dire « la petite », elle remarque tous les détails de son quotidien. Je nous sens sur écoute…

Mon petit poussin devient fillette. Elle bavarde à bâtons rompus. Elle n’en finit plus de construire ces longues phrases qui m’impressionnent. Attentive, je suis à l’écoute. Je me dévoue à l'épanouissement de ce petit bout de nous. Avec elle, je deviens louve. Durant cette occasion pascale, elle se bâfre de chocolat en compagnie de sa tante et de son paternel. Moitié parce-que j’ai l’envie de fondre plus vite que le banc de neige devant ma fenêtre et l’autre moitié marquée par un manque d’appétit relié à une petite maladie que j’ai du mal à éradiquer, c’est à peine si je mange trois chocolats. Je me contente de les observer se gaver les babines qui dégoulinent. Ils font naître des sourires amusés en mon horizon de fatigues antibiotiques. Douceur familiale...

L’hiver s’éternise en une symphonie monotone. Paysages monochromes. Juan se remet de son amygdalite. Il reprend du poil de la bête virile. M’zelle Soleil attrape le virus qui passe. Elle se transforme en une joyeuse fontaine de morve. La voilà elle aussi sous antibiotiques. Les chats se la coulent douce. Chanelle a un coup de blues. Juan profite du début de cette longue fin de semaine pour me faire grand plaisir en rénovant le plancher du salon. Exit le vieux tapis détesté et bienvenue à une nouvelle atmosphère chaleureuse. Pour ce faire, il travaille de ses bras musclés et nous passons un quarante huit heures juste les deux, comme avant d'être parents, cela nous fait un bien fou. Et toujours la neige accompagne le cours des jours...

Avec ce mois glacé qui se poursuit sur sa lancée blanche, nous approchons notre sixième mois d’exil arctique, c'est un hiver des plus coriaces! Le lac n'est plus qu'un désert blanc presque oublié des mémoires givrées. D'après ce que les experts en disent c'est l'un de ces hivers qui n'arrivent qu'une fois par siècle! Dans la salle d'attente de la clinique où nous prenons notre mal en patience, j'attrape des bribes de conversations voisines. M'Zelle Soleil charme tout ce qui bouge, je rencontre un bébé Isaac et son papa Patrick. Je remarque que ma fille peut faire fondre la plus endurcie des vieilles filles! La nouvelle passion de Lily est de savoir le prénom de tous ceux qu'elle croise et rencontre! Ceci engendre bien des sourires! Je sers souvent d'agent de liaison! Elle s'enquiert du nom puis elle répète le son qu'elle fait ensuite rouler entre ses lèvres mielleuses pour le plus grand plaisir de ses interlocuteurs. Lorsqu'on lui demande le sien elle répond: «Lily Zoyeille», je fais la traduction et je ne compte plus (depuis sa naissance) le nombre de ceux qui s'extasient sur sa sonorité. Je suis contente que son prénom particulier reçoive un si bel accueil. Il faut dire, qu'à date, vu comment elle rayonne, elle le porte à merveille. Un vieux monsieur qui l'entend papoter depuis un moment vient la saluer, il me dit «Quelle beau p'tit bout, une belle personnalité, elle n'est vraiment pas terne! C'est bien.». Surprise, je fais un sourire en acquiesçant de la tête. Je me dis qu'avec un nom pareil ce serait malheureux pour elle d'être terne! À deux chaises de ma pomme, j'entends s'exclamer une dame âgée aussi ridée qu'un parchemin ancien: « Ah Non! J’ai jamais vu un hiver pareil!!! J’ai jamais vu cela de toute ma vie!!! ». Yep, c'est un sacré hiver, de celui qui alimentera les futures légendes...

Mais la question que je me pose en ce moment est celle-ci: Est-ce que la balance des saisons finira enfin par se trouver un équilibre au dessus de zéro? J'ai besoin d'un bol d'air frais. Je suis en manque d'herbe verte. J'ai l'été comme fantasme! Si seulement on pouvait atteindre un gros dix degrés, cela suffirait pour que je ressente le besoin de sortir de mon hibernation présente. L'hiver est une saison morte disent certains. J'aurai donc l'impression de renaitre. Je sortirai en vitesse me faire bronzer la pomme à l’air libre. J'installerai ma chaise longue sur un mont de neige fondante et j'ouvrirai un livre. Les boucles libres, un crayon à la main, je scribouillerai mes idées sur papier. Je porterai une jupe pour sentir l'air glisser entre mes cuisses. Rêves et chimères. Pour l’instant, il faudra bien se contenter de ce -10 degrés qui a vu naitre un autre matin de cette semaine frigide…

Pâques polaire

mardi, mars 11, 2008

Revient le soleil

Après la tempête réapparait un soleil éclatant qui éclaire notre monde recouvert de neige. Je ne peux m'empêcher de regarder devant chez moi en me demandant combien de temps cela prendra pour que tout fonde!!! Reverrai-je un jour mon jardin de tournesols? M'zelle Soleil met de la couleur dans mon paysage tout de blanc revêtu...

Where-I-live Lily-au-soleil

Juan me dit: « Au moins on peut se sentir fier de traverser le pire des hivers! ». En effet nous avons battu tous les records connus. Nous sommes ensevelis sous un coriace hiver qui règne en maitre! En emmenant Juan chez le docteur, je découvre un dépôt à neige dissimulé au coin de la route. Le manège des camions à neige qui défilent sans arrêt pique ma curiosité. Je m'approche et j'accroche quelques images à ma mémoire hivernale.

Dépot à neige

L'homme est sous antibios, la petite combat le virus qui couraille dans la maison. Je me sens moi-même sous attaque microbiennes. Surtout lorsque j'ai la bouche ouverte et que M'zelle Soleil me tousse dans la face! Juan se transforme en une locomotive nocturne tant il ronfle fort. L'enfant toussote et m'appelle à l'aide. Mes nuits raccourcissent douloureusement. Je prends nos maux en patience.

J'apprends mes leçons de saison. "Acceptation" un mot qui prend toute une nouvelle dimension, un mot qui fait de l'écho dans mon cerveau. Dehors, l'hiver n'en finit pas de nous congeler le quotidien. Pourtant les rayons du soleil commencent à réchauffer les peaux grises. Les jours s'allongent. Il y a de l'espoir...

"Environnement Canada confirme un record d'accumulation de neige à Québec
QUEBEC — La ville de Québec a officiellement établi un nouveau record de neige tombée au cours d'un hiver. En date de dimanche, la région avait reçu 460,1 centimètres, éclipsant l'ancienne marque de 457,7 en 1965-66 selon ce qu'a confirmé lundi Environnement Canada. Le météorologue Pierre Lessard estime qu'à Québec, il y a maintenant de bonnes chances d'atteindre les 500 cm. De vendredi à dimanche, il est tombé 41,7 cm de neige à l'aéroport de Québec, lieu de mesure des précipitations. C'est presque autant que la moyenne de 49 cm que reçoit la capitale pour tout le mois de mars. Reste à voir à quoi ressemblera avril, mois pendant lequel il tombe en moyenne 17,6 cm. La tempête de samedi a aussi permis d'établir un nouveau record de force des vents pour un mois de mars. Les instruments ont enregistré des pointes de 122 km/h; le précédent record était de 111 km/h. Sur l'île d'Orléans, il y a eu, samedi, des rafales de 133 km/h."

Revient le soleil

samedi, mars 08, 2008

Entre deux tempêtes...

WinteryLily in the snow

Alors que nous connaissons la énième tempête de neige, tout le monde ressent clairement les spleens d’hiver. La province se paralyse sous l’assaut. J'entends rugir les rafales dans la forêt. Les routes sont pratiquement impraticables. C’est la pagaille. Au village, tout est calme. Juan a attrapé une cochonnerie, il est fiévreux et grognon. Il a une mine de déterré. À bout de force, il ronfle bruyamment. La petite est « gripette », mais cela n'affecte guère son moral. Je ne suis pas épargnée avec une bonne affliction intime, de celles que l’on ne parle pas sur la place publique (même si c’est d’une banalité pour toutes les femmes du monde), de celles qui irritent le moral. J’ai Tchernobyl dans le corps, c’est subtil mais cela travaille fort. Passons donc les détails pour introduire quelques grandes lignes.

Jeudi matin j’emmène M’zelle Soleil à son dernier cours de « natation ». Sa grand-mère l’y a inscrite au début de l’hiver. Huit cours à raison de un par semaine. M’zelle Soleil y participe avec sa grand-mère et tout se passe magnifiquement bien. Durant les cinq premiers cours, elle fait des progrès fulgurants, elle apprivoise l’eau tout aussi bien que ceux qui y vont depuis plusieurs mois. Je suis fière d’elle et de la relation qu’elle développe avec ma mère, une relation qui m’est des plus étonnantes. Ceci me réconcilie avec certains aspects de ma propre enfance. La relation avec ma propre mère est relativement complexe, difficile et souvent douloureuse. Mais je dois avouer qu’elle fait présentement une très bonne job de grand-mère. Lily adore sa mamie. Tout se passe à merveille. Je découvre une douceur inconnue chez ma mère. Une douceur que j’aurai aimé percevoir dans ma propre relation avec elle mais en désespoir de cause, la voir ainsi avec ma fille me fait du bien à l’âme. Donc Lily-Soleil va tous les jeudis passer la journée chez sa grand-mère et ses matinées à la piscine. Tout va bien dans le meilleur de mondes. Pourtant, sans paraît-il, aucune explication rationnelle, le sixième cours se passe mal. Lily-Soleil ne veut plus rien savoir de rien, fait une crise, refuse de suivre les consignes et passe le cours à pleurer. Voilà qui me trouble. Comment a-t-elle pu avoir une réaction si extrême d’une semaine à l’autre? Comment a-t-elle pu passer d’adorer le concept et de désirer performer à complètement refuser d’y assister?

Sa grand-mère n’y comprend rien, elle la soupçonne simplement de ne plus vouloir obéir à Rebecca, la jeune fille qui donne les cours. Je sais que mon petit bout de soleil est dans cette phase « d’infernal deux ans », de ce que les anglais appelle le « Terrible Two » et de ce que les français compare à une crise d’adolescence version petite enfance. Affirmation de soi, refus de l’autorité, opposition, indépendance d’esprit, tous les ingrédients d'un cocktail qui peut se révéler atomique pour les parents. Des ingrédients qui se mélangent à notre soupe quotidienne. Cependant M’zelle Soleil n’a rien de terrible ou d’infernal, elle fait peu de crises, elle est plutôt du genre résistance passive ou elle travaille à l’usure! Elle est enjouée et rigolote. Elle chante tout le temps. Elle ne nous fait pas de violente séance de pleurs. Il est vrai qu’elle est plus effrontée, qu’elle teste plus savamment les limites mais d’un autre coté elle comprend tout ce qu’on lui explique, elle communique. Je remarque que depuis un petit mois, elle éprouve plus de peurs qu’auparavant, elle est plus craintive, j’en prends bonne note.

C’est vrai qu’à partir de deux ans l’enfance commence sa longue route qui l’amènera vers l’état adulte. Le petit ange tombé du ciel devient personne humaine. La magie du nouveau né laisse place à autre chose. Quelque chose que je trouve beaucoup plus enrichissant sur le plan de la relation parent-enfant. Je n’ai définitivement plus l’impression de pouponner, maintenant j’élève, c’est une autre partie du jeu. Un jeu dont j’ai l’impression de comprendre les grandes règles. Mais une fois les règles comprises encore faut-il réussir à les appliquer sur une longue durée. C’est là, je crois, que réside la plus grosse difficulté de « l’Être parent ». Au quotidien, je n’ai pas de troubles à gérer ma petite dynamite bambine. L’enfant a des conditions de vie relativement privilégiées, elle vit peu de traumatismes, elle n’est pas pourrie gâtée mais reçoit énormément d’attention, elle est choyée. Elle est cette petite bouture de nous que je m’affaire à cultiver. J’ai conscience des sacrifices que je fais pour colorer de rose le cours de ses jours. En retour, elle teinte mes émotions de douceur. Je crois que je m’y oublie un peu, j’en perds quelques ambitions, ou alors je les mets en suspension pour me consacrer à ces années premières. Constance, c’est à mon avis la clé de l’expérience parentale. La constance. Ce n’est pas une denrée des plus répandues. C’est une attitude à travailler. Tout un programme…

En ce mois de mars qui tempête, la cerise sur le gâteau de Juan c’est lorsque la gardienne lui explique qu’ils sont si tannés de l’hiver, qu’ils doivent partir dix jours dans le Sud en avril, tout cela après lui avoir expliqué la semaine précédente comment elle ne pouvait plus prendre sa fille comme convenu puisque leurs finances étaient trop justes et qu’ils étaient trop pauvres! Elle devait faire plus d’argent. L’homme était vert. Parfois les gens ne font pas attention lorsqu'ils s’épanchent. Ils n'essaie pas de se mettre à la place de l'autre. Vu que nos moyens sont plus minimes que les leurs, il a eu du mal à ne pas trouver ses raisons bien futiles. Je le comprends même si de mon coté je prends la chose avec beaucoup plus de philosophie. Il faut dire que si j’avais un salaire notre niveau de vie matériel serait autre. Je suis donc plus ou moins responsable de notre situation. J'ai du mal à ne pas me sentir coupable de cette situation. J’ai choisi de rester avec ma fille, je dois en assumer les conséquences. Ma mère me dit : « Mais voyons Etolane, tu sais bien que c’est cela le modèle nord-américain, tu dois avoir la grosse maison, les deux voitures, le 4X4, la motoneige et les vacances dans le sud, si tu n’y arrives pas, tu es pauvre! » Ouais, je traduis dans ma tête, si tu y arrives pas tu passes pour un raté! Pffff! Je me tais pour ne pas entraîner la conversation dans des zones marécageuses mais je réalise que je ne me sens plus honteuse de ne pas adhérer à ce modèle là. J’ai vieilli. Je m’accepte mieux. Ce modèle matériel m’est contre nature! Il y a tant de degrés de richesse et de pauvreté dans le monde, comment ne pas y perdre le nord? Et l’esprit dans tous cela? Et la qualité humaine bordel!?! Je peux comprendre l'épanouissement personnel, je suis à 100% pour la liberté de choix. Je suis heureuse de vivre dans un société où la femme est libre de travailler à sa guise dans tous les domaines qui l'inspirent. Je n'ai pas non plus l'ambition de rester mère au foyer toute ma vie. Je n'ai pas fait des études juste pour le plaisir de chanter des comptines à longueur de journée! Ce choix que j'ai fait de rester avec ma fille comporte maints sacrifices personnels. C'est une étape de vie qui n'est pas finale. La traduction me semble si loin présentement. Il ne me reste que des bribes d'écriture pour maintenir mes neurones à flot. Malgré tout je n'arrive toujours pas à croire aux mirages matériels. Pourquoi toujours en vouloir plus? Est-on jamais satisfait en notre société de consommation? Elle se place où la qualité humaine entre la motoneige et le 4X4?

Elle se dissipe. C’est mon avis personnel, dans ce modèle précis, à moins d’avoir des rentrées faramineuses, la qualité humaine prend souvent le large. Alors arrive tout le tralala de mal-être qui fait perdre la boule aux âmes plus sensibles et qui fait avaler à une bonne partie de la population active toutes sortes de petites pilules magiques. Des petites pilules pour oublier que l’on existe plus qu’à travers le monde matériel. Individuelle tristesse. Tout cela ressemble trop au monde parfait d’Aldous Huxley. Nope, désolée, je n’y arrive pas. Le spleen d’hiver se paie la tête de nous tous ensevelis sous des montagnes de neige. Il ne m'épargne pas. Immatérielle, je m'évanouis dans l'air du temps. Le spleen poudreux d’hiver s’amuse de ma pomme. L’homme bouillonne. Il m’explique qu’il a perdu un certain respect pour la gardienne qui lui avait auparavant expliqué en long et en large comment elle se mettait partiellement à son compte pour profiter de ses enfants et passer plus de temps avec eux. Je soupire devant le spleen qui l’aspire. J'imagine que la gardienne a fini par céder à la pression sociale qui l'entoure. Je ne lui en veux pas. Je peux en comprendre les tourments. Je me demande si Lily ne ressent tout simplement pas ces mélancolies hivernales qui font partie des courants de la vie. Elle se fait plus de films de peur. Elle se tanne comme nous autres d’être encabanée, à sa manière, elle s’exprime.

Mais revenons-en à la piscine. Son prochain cours tombe durant la semaine de relâche, Clo décide de l’emmener à son cours. Et c’est reparti la tragédie. M’zelle Soleil ne veut rien savoir. Elle pleure et refuse toute coopération. De retour à la maison, je la grille sur le sujet, je crois comprendre qu’elle ne veut plus obéir à la dame. Elle perçoit mon mécontentement et fait mine basse. C’est pourtant un charme chez sa gardienne. Une petite fille si bien élevée d’après Manon. J’y perds ma boussole maternelle. Je décide donc d’aller avec elle pour son dernier cours. Mon petit brin de fille fait moins la maligne lorsque je lui explique que je vais aller avec elle, je la vois qui soupèse la situation. Comme je dois aussi aller chez le docteur, je ferai d’une pierre deux coups. Me voilà donc dans la piscine avec une demie douzaine d’enfants accompagnés de leur maman qui connaissent tous ma fille. Je fais connaissance de Rebecca. M’zelle Soleil essaie de refuser les consignes, mais on refuse pas aussi facilement avec la mère qui vous élève et qui y met du zèle! Je me transforme en un mélange de fermeté douce et je la force à suivre les consignes. J’y applique toute ma discipline. Elle s’y plie avec quelques grimaces mais sans comédie. Je la félicite, elle se détend un peu même si elle reste scotchée à ma peau comme une petite sangsue. Je discute avec Rebecca qui m’explique qu’elle ne comprend pas ce retournement de situation, qu’elle était si excellente à ses premiers cours et que d’un coup, le blocage complet! Comme Lily est plus détendue, Rebecca essaie de la prendre pour effectuer un exercice, c’est la panique, l’enfant se crispe et s’apprête à rugir. Je reprends mon petit lionceau en main et je la fais nager à la place de la jeune femme. Je soupçonne ma fille d’avoir une petite dent de lait contre la dame! Une jeune femme presque gênée de la réaction de l’enfant et qui ose à peine l’approcher.

La bulle d’innocence commence à se fissurer au contact des autres. Mon petit bébé deviendra fille. J’en déduis que Rebecca sûrement par inadvertance s’est mis ma puce à dos. L’enfant a eu un coup de spleen. La jeune femme n’y est pour rien, elle fait sa job comme il faut. Mais je suppose que si Lily était si bonne durant les premiers cours, elle ne l’aura pas ménagée, elle l’aura peut-être poussée une fois de trop. Lily n’a peut-être même pas compris ce qu’elle ressentait. Elle s’est juste figée tandis que la fissure faisait craqueler sa petite bulle. C’est la vie. En ma qualité de mère je ne peux empêcher l’innocence de se fissurer. Je peux juste surveiller le processus. Être présente.

Winter Spleen

Ouais c’est pas le tout de pondre un bébé encore faut-il élever la personne qui éclot de l’œuf! Élever l’enfant selon un modèle qui nous sied. Je crains de ne pas élever ma fille dans un modèle courant. Je ne pense pas avoir envie de l’élever selon ce modèle qui consomme et exploite la planète. J’ai le cœur et la tête qui font des heures supplémentaires à réfléchir à leurs fonctions maternelles. Déchirée entre multiples sentiments, je réfléchis. Alors que la neige engloutit tout le paysage, je me laisse accrocher par quelques spleens personnels. Je les combats dans le banc de neige devant chez moi.

Mais j’en reviens à la piscine où nous suivons le dernier cours sans anicroches. M’zelle Soleil accepte de coopérer. Je me vois passer dans un cerceau en plastique avec Lily, rendu là je ne me sens plus à un dévouement prés! Rendu là l’enfant est décontractée. Je la sens même contente d’être là. Elle commence à me montrer ce qu’elle sait faire, je suis fière de la voir patauger sans peur. Je constate qu’en effet lorsqu’elle le décide elle surpasse le niveau de quelques uns de ses camarades! Arrive le temps de recevoir le carnet qui atteste de la participation aux cours et qui donne le droit de passage au niveau suivant. Rebecca m’explique que Lily était bonne et même si elle a passé tous les niveaux, sa performance lors des trois derniers cours ne lui permet pas de passer du stade de tortue au stade de grenouille! Je retiens un certain cynisme. Yep! La vie est ainsi faite. Lily s’en fout comme de l’an quarante, elle est juste contente de recevoir un autocollant et d’être une tortue! Elle a bien raison, elle aura tout le temps de devenir grenouille. Je la félicite. Elle a appris à nager comme un petit chien, à faire la planche, à avancer en battant des pieds, à mettre la tête sous l’eau, c’est assez pour ma satisfaction maternelle! Elle est désormais plus à l’aise dans l’eau et je continuerai personnellement son éducation aquatique cet été. À moins que je ne l’inscrive aux cours du village qui se déroulent quelques matinées par semaine en bord de plage. Ce qui lui permettrait de socialiser et moi de m’isoler pour travailler tranquille. Je pourrais m’installer non loin et reprendre mes habitudes d’écriture sur le sable. C’est à voir.

Je la dépose chez sa grand-mère qui a peine à croire qu’elle n’a pas pleuré de la matinée. Comme je l’ai déjà mentionné, elle ne me fait guère de comédie. Ma mère depuis sa naissance refuse de la discipliner, à elle de s’arranger avec! Comme elle n’a pas à l’élever, cela ne m’inquiète guère, si ma fille décide de faire tourner en bourrique sa mamie, ce n’est pas vraiment mon problème. Au contraire, je trouve cela presque mignon, c’est comme dans les contes où les grand-mères gâteaux sont des havres de plaisir pour les enfants qui doivent filer le reste du temps. Ma grand-mère éteinte s’est retrouvée dans une position où elle a du aussi m’élever mais elle n’en a pas moins été bien gâteau avec ma pomme et c’est sûrement ce qui m’a sauvé le cœur. Cela dit si ma fille passe deux jours de suite chez ma mère, inutile de dire comment je dois serrer la vis au retour! Cela fait partie du jeu j’imagine…

L’autre jour, je suis présente lorsque Lily prend une douche avec ma petite sœur sous le regard gaga de ma mère. L’enfant commence à pousser les limites, s’amuse à ouvrir et fermer les portes, fait la coquine. Au bout de dix minutes, je lui dis que cela suffit. Comme je suis sur place ma mère est dans l’obligation de respecter ma volonté. Elle demande à Lily d’arrêter. La demoiselle éclate alors en pleurs. Je lève les yeux au plafond. L’enfant se réfugie dans les bras de sa tantine qui la console. La grand-mère essaie de la consoler mais l’enfant s’exclame : « Tu m’as fait de la peine Mamie! Ouuuoooiiinnnnn ». J’en reste bouche bée, c’est une première pour moi, je savais pas qu’elle connaissait ce mot et encore moins le concept qui se cachait derrière. Cet enfant me sidère! Je fais mon possible pour ne pas sourire. Je vais voir ailleurs si j’y suis. S’en suit le moment de manger. Je la récupère au vol, elle essaie de se désister mais fermement je l’attrape. Ma mère s’exclame « Alors toi tu peux la disputer et cela ne lui fait pas de peine! ». En effet, avec moi, elle sait les limites à ne pas dépasser et ne s’avise pas d’essayer. J’ai parfois l’impression de jouer à la police mais je me vois dans l’obligation d’utiliser une certaine autorité. Je suis sa mère, depuis sa naissance je me dévoue à son développement, il faut bien que je réussisse quelque part! Je m’en fous d’avoir une maison plus petite que mon « standing », (je m’en fous un peu moins de ne pas aller dans le sud par exemple!), tout ce qui compte c’est que je sois en phase dans ma relation avec ma fille. Et présentement cela roule…

Entre-chien-et-Loup-III

Je constate que le modèle américain n’a pas de guide parental. S’il va de soi pour toutes les choses matérielles que l’on doit posséder. Être un parent compétent n’est pas aussi évident. Les petits monstres sont partout! L’enfant roi règne et se désagrège. La mode est aux émissions qui proposent des doses de réalité parentale dans un monde où les enfants font la loi. Je regarde ces émissions pour mieux comprendre comment ne pas me retrouver dans une telle situation. Au secours! Pas facile d’être un parent compétent de nos jours! Il faut y travailler dur, c’est un emploi du cœur et de l’esprit qui ne rapporte rien d’autre que de la paix et l’harmonie. Des valeurs totalement abstraites. J’ai eu personnellement une enfance comblée sur le plan matériel, je n’ai jamais manqué de rien et j’ai souvent eu plus que la norme. Cependant j’ai connue une enfance émotionnellement rock and roll. Je m’en suis sortie avec quelques séquelles invisibles. Enfin, si l’on devait voir toutes les cicatrices qui se cachent sous nos peaux à l’œil nu combien d’entre nous auraient l’air de frankeinstein? Dans le monde des abstractions humaines l’influence d’un parent est puissante…

Mais je m’égare. Je pose M’zelle Soleil pour sa sieste chez ma mère, je vais faire mes deux heures d’entraînement. Puis je vais chez le docteur faire examiner ce problème intime qui n’est pas grave mais qui demande médication. Au bout de deux heures d’attente à la clinique ma patience commence à s’amenuiser sérieusement. J’en viens à discuter avec mes deux voisines, l’on partage quelques spleens. L’une capitule et finit par s’en aller, égoïstement, je ne peux m’empêcher de penser que cela me fera passer plus rapidement. Dans le coin où je suis, il ne reste plus qu’une dame dans la cinquantaine qui est là depuis aussi longtemps que moi. L’on papote comme des poules dans une basse cour. Elle potine sur les docteurs de la clinique, je m’emporte sur les absurdités humaines! Rendu à sacrer après les milliards que dépense Bush à la guerre, je me dis qu’il est temps de fermer mon clapet. Je divertis la dame qui me dorlote la pomme. Finalement notre tour arrive. La dame est toute contente, c’est son docteur préféré, de celui qu’elle adore et qu’elle m’a raconté les potins, qu’elle a défendu avec verve lorsqu’il m’a un peu énervé à perdre du temps pour aller acheter des chocolats qu’il a offert à une tribu d’enfants. Lorsqu’elle sort de son bureau, elle m’offre un sourire plein de chaleur tout en me tapotant l’épaule. J’entre dans le bureau subtilement sur les nerfs. Déjà que je suis ne suis pas là pour jouer aux billes mais plutôt pour mettre les pieds dans les étriers, je suis un chouïa agacée! Le fameux docteur a une bonne tête, un certain charme. Si je me mets les pieds dans les chaussures de la dame que j’ai rencontrée, je perçois son charme qui au premier abord pourrait m’échapper. Je me fais douce-acide. Nous passons au travers l’expérience physique. Il me prescrit le remède miracle et je peux enfin aller récupérer l’homme et l’enfant!

Je vais chercher l’homme en premier, comme il est passé sept heures, nous décidons d’aller manger à la pyramide non loin de son bureau. Nous arrivons sur le parking complètement plein, tournons un peu en rond pour finalement repérer une femme qui s’apprête à partir, nous la suivons discrètement et attendons. Elle prend tout son temps. Arrive une voiture en face. J’ai un fort pressentiment. Je dis à Juan.

- Fais attention, elle, elle veut te voler ta place…

Il n’y croit pas trop, il me dit que c’est certain qu’elle nous voit et qu’il est évident que nous sommes là les premiers. À peine a-t-il fini de parler que la voiture en question s’engage si vite dans la place qui se libère qu’il en reste sur le c….!

- Tu vois j’tavais dit!!!
- Ben oui…

Je sors de mes gonds en même temps que je sors de l’auto. En flèche. Là c’est trop. Ma coupe commence à déborder. J’invective la dame furieusement tout en essayant de rester un tant soi peu cordiale :

- Oh!oh!Whoooo! Non mais oh! Cela fait dix minutes que l’on est là à attendre, l’on a klaxonné et fait des appels de phares, vous ne pouvez pas nous avoir pas vu!!! Non mais oh! Minute! Y’a quand même une limite de savoir vivre à respecter me semble!!!

La dame sent ma colère vibrer. Elle fait un pas en arrière et d’une petite voix me dit :

- Heu, je vais me reculer alors!
- Oui, c’est une bonne idée! Ne me dites quand même pas que vous nous avez pas vus!!!!

Elle fait mine de ne pas m’entendre et rembarque dans son char. Je suis presque surprise de la puissance de mes nerfs. Je m’exclame en rentrant dans l’auto : « Whooo, je crois que cela fait des années que j’ai pas engueulé quelqu’un de même!!! ». L’homme acquiesce en silence. Je respire profondément.

Le lendemain se lève avec le soleil qui fait une rare apparition entre deux tempêtes. Le temps est doux. Nous sortons faire un tour de banquise avec Lily-Soleil. Manque de bol, la corde de la luge est gelée dans une mare de glace! La petite est à pieds et je ne suis pas disposée à la porter. Nous partons pour une marche santé. Les murs de neige sont bien hauts. Quelques congères se forment, subtil signe de printemps, l’air ne pince pas la peau qui respire enfin. Je réalise à quel point l’hiver nous enferme. J’en profite pour faire à l’enfant une leçon des saisons. Elle sait bien que nous sommes en hiver mais ne sait pas exprimer les autres saisons même si elle en possède le souvenir. Nous arrivons proche du lac. Elle me dit :

- Le lac maman?
- Non pas encore, il faut attendre le printemps. Là c’est encore l’hiver. Mais il est où le lac Lily?
- Zou la neize!!!
- Oui, c’est ça ma puce, pis là tu vois y’a trop de neige on peut même pas s’approcher, il faut attendre que la neige fonde…

Winter Girl

Nous rentrons à la maison, M'zelle est fatiguée, je me sens un petit peu ragaillardie. La petite me demande :

- Pourquoi dodo maman?
- Pour te reposer…
- Pas fatiguée!
- Mais oui, tu te frottes tes petits yeux…
- Oh!

Depuis la veille elle toussote un petit peu. Elle se couche sans problème, elle s’endort sagement mais se réveille une petite heure plus tard en toussotant et en se plaignant de sa gorge. Elle me dit :

- J’atchoum maman
- Oui tu tousses, t’as du attraper une petite grippette. Tu l’as attrapé où don’ cette petite grippe?
- Ben deyors!!!

De plus en plus elle me répond dans le contexte, de plus en plus nous conversons, c’est une bonne sensation. M’zelle Soleil se définit joliment. Elle me fait du bien. Elle me permet de m’accomplir dans ce rôle de maman. Un rôle que j’apprécie pleinement pour l'avoir attendu durant de longues années…

Entre deux tempêtes...