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lundi, avril 20, 2020

Chroniques de confinement 


L'homme télé-travaille comme un forcené depuis que le confinement a débuté. Je le vois se fatiguer à la tâche. Et j'entends plein d'autres télétravailleurs exprimer cette même fatigue. Exprimer ces mêmes frustrations...

Si on leur demande une grande adaptation  de travail, les grands boss semblent peu empathiques vis à vis de la situation en cours. Il faut dire qu'être humain et gestionnaire ne semble guère aller de pair. Autant Juan se sent reconnaissant de pouvoir travailler comme avant. Autant il n'est plus capable d'entendre parler de l'ennui relié confinement. Lui ne rêve que de pouvoir s'ennuyer!

Le revers de cette médaille est qu'il apprécie le confinement en notre compagnie. Même si mon état physique lui apporte des angoisses que je perçois.

De mon côté, l'ennui est relié à la douleur qui augmente et qui me ramène à des immobilités forcées.  Encaisser le contre-coup physique du confinement aspire de mes énergies vitales. L'ennui de la chose me passe au dessus de la tête. Lutter contre le malheur en mon dos prend tout mon temps.

Je me concentre sur le tissage de nos relations qui font la solidité de notre tissu familial. Je fais l'école de brousse. Je nourris notre Journal Neveo. J’élève ma fille qui grandit et j'apprécie ce temps passé avec elle.

En fait, je me retrouve moins seule, que ces dernières années à regarder tourner le monde, sans pouvoir y participer. Passer ce confinement en compagnie de mon homme et ma fille me donne la force de m'adapter à la régression physique que celui-ci m'impose.

Côté puce, pas d'ennui à signaler non plus ni de burn-out. Elle est cool. Elle s'entraîne et pousse son père à courir avec elle. Ce qui lui permet de souffler un peu et de remplacer l’exercice qu'il effectuait en piscine avec moi. Elle travaille ses matières, elle écrit des textes, elle cuisine, elle danse, elle vit pleinement.

Et elle est tombée dans Mad Men! On regarde les épisodes ensemble, à petites doses. Cela nous donne l'occasion de toutes sortes de discussions qui approfondissent ses compréhensions humaines. Et qui nourrissent certaines révoltes féminines.

Comme elle aime les classiques, on alterne les aventures des hommes mal élevés avec des films comme The Truman Show ou Benjamin Button et on y met une touche de contemporain avec le dernier documentaire de Taylor Swift ,qui se révèle être aussi une excellente source de conversations et de réflexions.

Nous sommes confinés ensemble depuis le 13 mars en notre bulle de brousse. Nous nous adaptons. Nous construisons un nouveau rythme de quotidien. L'on se soutient tout en profitant d'être ensemble. En utilisant l'amour qui nous unit pour adoucir les coups durs de la vie.

J'espère que les dégâts physiques, en cours, ne me seront pas irréversibles. Je prie pour que mon chiro continue d'éteindre les feux qui se déclarent en ma colonne. Je prie pour encore pouvoir marcher quand le monde dé-confinera.

Lorsque la vie se durcit, l'on se doit de faire la différence entre ce que l'on peut contrôler et ce que l'on ne peut pas contrôler.

Lorsque nos repères s'écroulent et que l'on a l'impression que le monde s'effondre et que le ciel nous tombe sur la tête, l'on croit perdre le contrôle de sa vie. Mais tant que l'on garde sa tête, froide et posée, l'on garde le contrôle de ses attitudes et la capacité de s'adapter à ce que l'on ne peut contrôler...

Reconstruire son quotidien en un contexte singulier

samedi, avril 18, 2020

Chroniques de confinement


Réaliser un peu plus, chaque matin, que lorsque le monde déconfinera, cela ne sera pas mon cas. En assumer la gravité. Vu comment cela vire, mon corps retrouve ses moyens de me confiner...

Se retrouver désarmée devant le combat à mener. Lutter, chaque jour, pour endiguer cette régression et tenir bon. Chaque matin, se sentir rugir en silence. En cette invisible bataille  qui m'aspire l'être. Ralentir au maximum la régression de mon cas est ce qui fait mon actualité.

Réaliser à quel point, la piscine était une arme majeure en cette bataille, que je menais pour retrouver la stabilité en ma colonne, me percute quelques neurones.

Est-ce-que Michonne peut trucider une horde de walkers sans son katana?

Depuis plus de sept ans, Michonne est le reflet de la guerrière en mon sang. 

Elle aurait même pu se reposer un coup si l'on ne m'avait pas pété le dos sur le chemin des neuropathies à traiter!

Neuropathies permanentes, aujourd'hui incroyablement bien contrôlées par un traitement médical complexe et coûteux...

Je me doutais que la piscine était cruciale à la bataille dorsale. Là, je réalise combien je me retrouve désarmée sans cette arme de combat.

Si l'osteo était un couteau, je l'ai perdu. Il reste le chiro, qui pourrait être un pistolet avec peu de munitions. La puce qui commence à masser n'est pas encore entrée dans le registre de mon armement. Mais elle pourrait peut-être s'y glisser.


Marcher n'est pas acquis pour tous


La marche n'est pas une arme en cette bataille. C'est l'objectif final. C'est le territoire à reconquérir en cette guerre invisible que je mène. Pouvoir marcher, normalement, sans trop de douleur ni de difficulté, est ce qui ramènera la paix en mon corps.

Arriver à marcher 5000 pas sans me retrouver à terre, immobilisée durant plusieurs jours, équivaut à être sauvée. Alors j'aurai atteint le sommet de mon Everest!

Sauf que là, en un mois, mes 3000 pas sont passés à 500. Je peux les étirer à 1000 par la force de mon esprit. Ce que je fais. Autour de 500, l'instinct du corps s'alerte et dit stop. En ne l'écoutant point, je peux le pousser une peu plus loin, jusqu'à mille en me concentrant sur chaque pas. Tel est tout ce qui reste de ma réeducation physique.

Si je pousse plus loin, il me fera tomber. Et il me punira en m'immobilisant douloureusement plus ou moins longtemps. Si je fais moins, je perdrais trop de terrain. Les nausées persistantes de douleurs sont aussi de retour, ce qui n'est pas signe de victoire.

Même si chaque séance de piscine fut une plus ou moins grande torture, j'ai toujours refusé de me donner aucune excuse pour ne pas y aller. Pour ne pas y souffrir. Car chaque séance est un espoir de gagner.

Même quand l'homme me donnait toutes les excuses du monde, à la vue de mes piteux états physiques, j'ai toujours refusé de les prendre. J'y suis allée en tous mes états et ce n'est que lorsqu'une vertèbre poppait durant une séance que je sortais de l'eau.

Que je me traînais hors de l'eau? Que je serrais des dents pour ne pas hurler ou pleurer. Pour atterrir en urgence chez le chiro. Ce qui n'est arrivé qu'une demi douzaine de fois. Mais chaque fois fut bien horrible. Sans même parler de la série d'infiltrations dorsales pour en calmer l'inflammation.

Sachant combien c'était ma seule voie de rétablissement, aucune excuse n'est envisageable car chaque maux doit se traverser pour pouvoir être surmonté.

Depuis janvier 2018, l'on y va trois fois par semaine, parfois deux, jamais moins. Sauf lorsque l'été bat son plein et que l'on peut passer à une séance par semaine puisque le lac est là. Ce qui ne dure jamais longtemps.


Au plus profond de moi, j'ai toujours su que c'était la seule façon d'espérer remarcher plus loin que 50 pas. On va pas loin avec 50 pas! Ni avec 1000...

Une personne normale est capable d'en faire 20 000 sans trop s'en soucier. La moins en forme aura peut-être quelques courbatures et fatigues. Celle qui est en forme ne le sentira même pas passer. Et si j'essayais de m'y coller, je serai juste suicidaire. Je n'y survivrai point.

J'ai aussi toujours eu conscience que mon utilisation de cette piscine était atypique. Je ne faisais ni partie des nageurs qui pratiquent leur sport de prédilection, ni de ceux qui y viennent de manière récréative. J'étais une athlète invisible qui montait l'Everest...

Depuis janvier 2018, fin de convalescence d'hystérectomie, j'associe chaque séance de piscine avec une montée d'Everest. Plus de piscine où aller, plus d'Everest à monter?

En ces deux dernières années, je n'y ai pas croisé d'handicapé ou de blessé comme moi, juste quelques aînés, en forme, qui se rééduquaient durant quelques semaines, après une opération de mécanique. J'étais rendue au camp IV, le dernier avant le sommet, lorsque le confinement a débuté.

"Camp IV: C'est de ce quatrième et dernier camp que les grimpeurs partent pour le sommet, vers minuit. Au-dessus se trouve la «zone de la mort», où le corps se détériore inexorablement. On reste le moins possible à cette altitude. Il faut compter de 10 à 12 heures pour gravir les 900 mètres de dénivelé restants."

Si proche et si loin. Mais voilà pas que je redescends au lieu de monter. Contre mon gré, j'étais rendue au camp trois, la semaine dernière. Faire de mon mieux pour ralentir la descente au camp 2. Si proche du sommet qui s'éloigne. Ne pas penser à tous ceux qui y sont montés sans jamais réussir à l'atteindre...



Au secours de ma colonne vertébrale


Il y a trois ans, en ce même mois, le chiro sauvait mon dos une première fois. J’étais en si piteux état. J'avais la mort aux trousses. Il m'a aidé à courir plus vite qu'elle, il m'a aidé à la distancer, à y échapper? Est-il en train de sauver mon dos une deuxième fois?

Deuxième séance cette semaine pour replacer mon dos qui se déstabilise et se démantèle. Il semble respecter sa parole et ne pas me laisser tomber. Déstabilisée par la rapidité de la détérioration de mon état physique.

Enfin, il aura suffit de 2/3 séances à la physio pour m'exploser le dos et mettre ma vie en danger. J'imagine que l'on tombe toujours plus vite que l'on se relève.

Miss Soleil masse pour aider à la cause. Plus de piscine me cause un tort qui m'interpelle. Je savais que mon salut passait par cette voie aquatique. Je le savais sans en être certaine. J'en suis maintenant certaine...

Après un mois sans aller m'y entraîner, après six semaines sans osteo, mon dos part en vrille. Méchamment. Violemment. Cela me déstabilise.

Trois ans pour arriver à voir une lumière au bout de ce tunnel. Et un gros mois pour me ramener des symptômes disparus depuis près d'un an? Plus capable de manger, retour des nausées de fond et de ces douleurs dorsales, inimaginables pour qui ne l'a jamais vécu.

Si le chiro ne m'avait pas prise deux fois cette semaine, j'aurais encore été en un bien piteux état lundi. Et s'il ne m'avait pas vu du mois dernier, j'imagine que j'aurais du recommencer à courir pour me sauver du pire.

Ma colonne est remise en place une autre fois, mon dos décompense. Interdiction de bouger pour les prochaines 24 heures avant de reprendre la lutte.

Il est si étrange de se battre pour sa santé en un tel contexte. Dieu merci pour le chiro qui en acceptant de traiter mon dos m'aide à sauver ma vie. Rendu là, je ne peux qu'espérer la liberté de pouvoir me sentir confinée entre des murs plutôt qu'en ma chair.

Le confinement est bien différent selon le milieu dans lequel on habite ou selon le corps dans lequel on vit...


Entre dégringolade et remontée (chroniques de confinement)

mardi, avril 07, 2020


Avant la classe de brousse virtuelle, petite discussion familiale autour de la liste d'épicerie. Qui traîne depuis quatre jours. S'armer de patience et de volonté. Sachant combien c'est chiant de trouver ce que l'on veut via l'application.

On est pas allés à l'épicerie depuis deux semaines, le défi est de voir si on peut s'arranger pour ne plus y aller. Ce qui n'est pas simple. Être reconnaissant de cette possibilité là. Aussi chiante soit-elle...

Entre deux blablas de tomates et de saumon fumé, on entend chanter les oiseaux dehors, la discussion vire côté pandémie. Je dis:

- On est pas encore en apocalypse. On le sera quand Papa aura plus d'insuline... 
- Vaut vraiment mieux étre en santé pour survivre à une apocalypse! répond la puce le regard rivé sur les possibilités d'aliments à choisir.

- Yep, ça a toujours été mon point... 

La puce acquiesce et se replonge dans la liste d'épicerie virtuelle. Les oiseaux gazouillent dans la forêt. L'homme soupire sur les possibilités de croquettes pour chien.

- Ouais leur recherche est nulle à ch...

Il semble cependant que l'on finisse par y arriver. Ce qui se révèle devoir être un travail d'équipe. L'on choisit d'aller chercher la commande le lendemain.

Pendant que mon esprit bataille avec la douleur dorsale qui s'accentue, je me rappelle que c'est juste une minipocalypse où l'insuline et tous les médicaments sont encore livrés sans se casser la tête en quatre.

Voir un chiro pour te replacer une ou deux vertèbres, par exemple, a des relents de chercher de l'alcool en temps de Prohibition...

Brève de confinement

mercredi, mars 25, 2020

Deuxième semaine d'isolation volontaire 



Le monde se referme sur lui même alors que la covid19 parcoure la planète et met l'humanité sur pause.

Mon homme est entré en mode télétravail sans souci. L'on construit un quotidien familial en cette nouvelle réalité. Adapter ma rééducation physique est douloureuse. Je l'accepte. Tant que mon chiro garde le fort, je choisis d'en poursuivre le cours malgré les difficultés ajoutées.

En faisait le choix de nous organiser un horaire quotidien, la vie continue. Et la vie confinée en coin de lac congelé offre beaucoup d'espace et d'air frais...


Chaque jour à la même heure, l'on sort dehors. Selon la lumière du jour, l'on va coté lac ou coté bois.

Nos voisins amis, confinés eux aussi dans le quartier, nous rejoignent dehors. L'on socialise tout en respectant les règles de distanciation sociale. Miss Soleil veille et surveille. On garde nos trois mètres de distance en tout temps.

Même si nos voisins sont aussi confinés en coin de brousse, ils ne désinfectent pas encore leurs courses. Ce que nous faisons. Même s'ils risquent eux aussi d'adopter cette méthode (si j'en crois mon petit doigt).

Même si nous sommes dans le même village, nous faisons tout de même attention, personne n'entre dans les maisons des uns ou des autres. Chacun chez soi, sauf pour la sortie du jour...


Imaginer une école virtuelle de brousse

Cette semaine est née l'école de brousse virtuelle en temps de pandémie. Sachant j'ai les capacités de la mettre en place, je décide de m'y lancer. Même si ma santé n'est pas encore optimale, je suis capable d'aider à nourrir des jeunes neurones. Puisque je me dois de contribuer à la cause, à ma petite échelle et selon mes capacités.


Le Français est plus que ma langue, c'est ma patrie. C'est en transmettant ma passion aux plus jeunes que je me sens patriotique. S'il est vrai qu'il faut penser aux plus vieux en ce temps hors norme, il ne faut pas non plus oublier les jeunes...


Au Québec, de nombreuses mesures ont été prises pour lutter contre l’épidémie. De nombreuses mesures sont mises en place pour aider financièrement les adultes et pour protéger les aînés. Mais qu'en est-il des jeunes?

Depuis la fermeture des écoles, c'est silence radio. Il est question que tous les étudiants passent automatiquement leur année. Il est question de mettre en place un système de pistes éducatives. Mais pour l'instant, il n'y a rien à l'horizon pour occuper les jeunes et nourrir leur intellect, et comme j'offre déjà ce service à ma fille...

Naturellement est donc venue l'idée de mettre en place une école de brousse afin de contrer l'école buissonnière forcée par cette réalité hors norme. Cette initiative donne à ma puce l'occasion de socialiser avec ses amies tout en mettant en place de nouveaux repères.

Hier, j'ai eu les autorisations parentales. L'une des élèves a une mère infirmière sur le terrain. Faire preuve de solidarité en période de crise, n'est-ce pas créer des chaines humaines composées de multiples maillons?

Chaque maillon est un humain qui aide l'autre à son échelle.

Nous avons testé notre salle de classe via Zoom, cette application de l'heure qui fait fureur. Il parait qu'en Europe, la mode des apéro-zoom fait de plus en plus d'adeptes!

Aussi nous fondons une école Zoom en deux temps, trois mouvements...

Notre école de brousse possède présentement deux classes virtuelles. Une de niveau secondaire 2 dont je serai en charge. Une de niveau primaire que Miss Soleil prendra en charge, sous ma supervision.

En temps de confinement, l'école ouvrira virtuellement les lundis et jeudis après-midi pour les secondaires. Les mardis et vendredis après-midi pour les primaires. Il est possible qu'il nous reste quelques places pour de futurs élèves. À suivre...


L'école de brousse versus l'école buissonnière