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mardi, janvier 08, 2008

Brin de fille

M’zelle Soleil bavarde à tout vent et je reste stupéfaite de la rapidité avec laquelle son langage évolue. Semaine après semaine elle progresse, une petite fille déterminée se dessine sous nos traits conjugués. Ce petit brin de fille qui nous fait face me fascine. L'amour que je ressens pour cet enfant est si puissant. Il m'enrobe toute entière. Le bébé qu'elle était il y a encore quelques mois s'efface perceptiblement. L'amour qu'elle porte à son père est incroyable. Il me rappelle combien je n'ai jamais connu de sensations paternelles. Cette petite famille que nous formons désormais est un baume qui guérit mes douleurs intérieures.

De plus en plus souvent, Juan évoque l'idée d'autre bébé alors que je commence seulement à reprendre conscience de mon individualité, de ma féminité. Je me sens mère de la racine de mes cheveux blancs à mes talons retrouvés!

Mon enfant parle. Une communication à deux voies est désormais possible. Je ne parlerai pas des notions de discipline qui surgissent en même temps que ses réparties! Notre relation ne se résume plus à cet espèce de monologue entre une maman gaga et un bébé qui gazouille. Maintenant j’ai devant moi une fillette qui papote et me demande à toutes les deux minutes :

- C’est qui maman ?

Je soupçonne d’ailleurs son « qui » de s’associer à l’idée de « c’est quoi » et je pressens que le « pourquoi » est au coin du chemin. La répétition est aussi à la mode de chez nous, répéter une même question à l’infini semble l’amuser énormément, répéter les nouveaux mots qu'elle entend, répéter pour mieux assimiler…

Sur le chemin du retour de Montréal, M'zelle Soleil nous explique (de Trois-Rivières à notre maisonnée) combien elle désire un sac d'école comme ses amies de la rue et bien-sur comme la fameuse poupée Dora! Elle nous dit:

- Maman, il est où sac d'école à Lily?
- Il est au magasin ma chérie. Tu es encore trop petite pour aller à l'école. Ce sont les grandes filles qui vont à l'école
- Lily veut sac école. Lily pas petite. Lily é grande. Lily veut sac d'école!
- J'irai t'en trouver un au magasin alors...
- Crouvé magzin sac école? Lily prête!
- Lily est prête à aller à l'école???
- Oui, Lily école, pareil filles, Lily prête!
- Mais tu sais pour aller à l'école, il ne faut plus avoir de couches...

La conversation se poursuit sur la même lancée alors que Juan pose une main rassurante sur ma cuisse, il perçoit cette émotion qui vient me serrer le coeur. L'on échange un regard complice. Je laisse glisser ma mélancolie dans le creux de sa paume qui me réchauffe. Je sens la volonté de grandir de mon brin de fille. Je sais que je dois respecter ses rythmes d'enfance et la laisser se détacher de mes jupes. Je vieillis, elle grandit, c'est dans l'ordre des choses.

Le « non » bien volontaire a fait son apparition avec vigueur durant la période des fêtes. Le « pas » fait désormais bien partie de son vocabulaire (pas dodo, pas manger, pas ceci ou pas cela, pas vouloir faire ce que les parents veulent!). Le « veux » s'est incrusté en ses multiples demandes (veux voir, veux faire, veux prendre, veux toute seule). Elle dit : « Aé domi tarrrrr (j’ai dormi tard) » lorsqu’elle se réveille toute fraîche d’une longue sieste ou « Il é guéri le bobo à Shanie » lorsqu’elle câline le chien de la maison. Elle maîtrise de mieux en mieux les conjugaisons du passé même si le futur lui échappe encore. Juan n’en revient pas de l’entendre raconter ses petites histoires de mieux en mieux construites.

Je me doute que tout le monde n’est pas encore en mesure de déchiffrer l’intégralité de ses bavardages, parfois même son père me demande de l’aide. Il faut dire que l’on peut facilement avoir l’impression que ses phrases ne sont qu’un seul mot, comme un gigantesque terme bambin qui n’en finit plus de s’articuler! Étonnement sa langue m’est rarement mystérieuse comme si mon oreille était sur la même longue d’onde que ses idées…

Brin de fille

samedi, décembre 08, 2007

Chroniques de petite enfance.

My creation

Depuis quelques semaines c’est « Lily fé tò seule» à toutes les sauces. M’zelle Soleil prend conscience de son individualité et l’expérimente à tours de jours. Elle sait mettre ses bottes et certaines paires de ses chaussures seule. Lorsqu'elle y arrive, après une bonne dose de concentration, elle se félicite en disant tout haut « Gravo Lily! ». Elle montre un désir de s'habiller par elle même et commence à assimiler l'idée de vivre sans couches. Elle roule des "r" quand elle parle, cela lui donne un petit accent que je ne saisis pas vraiment mais que je me surprends à reproduire malgré moi par ci par là! Elle construit ses petits looks perso qui me font craquer comme par exemple cette façon de porter son serre-tête sur le front! Il y a aussi le look T-Shirt, petite culotte, bottes de neige, gants roses et chapeau d'été en tricot qui me fait bien rire...

Je commence à lui apprendre les couleurs, elle fait une petite fixette sur le bleu. Elle adore dessiner et gribouiller. Elle sait presque compter. Elle dit: « un deux, crois, six, sept! ». Elle joue avec ses poupées comme une vraie petite fille et je ne me lasse pas de l'observer. Toujours je respecte les rythmes de son enfance. J’ai l'étrange impression de devoir m’adapter sans arrêt à ce petit bout de chou que je materne avec passion. Et dire que je n'en suis encore qu'au début du long chemin de ma "parentitude"...

Depuis qu’elle va chez la gardienne en compagnie de « Lilicque » (Angélique, trois ans bien sonnés), elle a découvert Dora, ce personnage de fillette qui illustre tant d’articles enfantins. Elle même possède une chaise de salon et un ensemble de jardin décorés du visage de ce personnage archi connu chez les moins de cinq ans. Sa "matante" la gâte beaucoup, ainsi Dora a fait son apparition depuis longtemps en notre maison. Dora est tellement partout qu’elle en connaît le visage sans jamais avoir regardé l’émission de télévision qui est à la source de cette invasion. Pour lui faire plaisir, je lui ai acheté des chaussettes Dora, une attention qui n’a pas manqué de faire son effet. Elle est si contente que lorsque je lui enfile (après qu’elle eut accepté les limites de ses indépendances), elle me dit : « Oh! C’é bô Dora... ».

Elle se personnifie à vitesse grand V. Son nouveau truc est de nous appeler par nos prénoms. Elle a commencé par le mien la semaine dernière, les premières fois, j’en suis restée bouche bée. Depuis qu’elle a découvert le truc, elle appelle « maman, maman, maman » et si je ne lui réponds pas assez rapidement, elle enchaîne en m’interpellant par mon prénom qu’elle écorche sur les bords mais que je reconnais sur le champ! C’est une drôle de sensation. Mon bébé s'est transformé en une petite fille. Je prends le parti de ne pas y accorder beaucoup d’importance pour ne point l’encourager dans cette direction qui m’effraie un peu. J’en parlote avec l’homme qui rigole et je me demande pourquoi son père ne subit pas le même traitement. Finalement depuis deux jours, c’est à son tour. Elle l’appelle « Juan ». Sur le coup il ne se rend pas compte qu’elle s’adresse à lui. Mais comme je comprends 90 % de tout ce qu’elle raconte, je fais vite le lien. Elle confirme mon intuition. Je souris sous cape. 

Désormais lorsqu’elle veut provoquer une réaction, c’est avec nos prénoms qu’elle nous désigne.
Elle commence à utiliser le passé composé. Il y a désormais deux temps à ses cordes. Le passé et le présent se concrétisent sous sa langue qui se délie. Elle n’a pas encore capté le concept du futur, pourtant lorsque je la regarde grandir, je ne vois plus que cela. C’est devenu mon petit futur sur pattes! Elle dit « Padon » (pardon) lorsqu’elle bouscule le chien. Cela me fait sourire. Elle a une centaine de mots à son vocabulaire qu’elle utilise de plus en plus librement. Elle répète quasiment tout ce qu’on lui explique et elle n’a pas besoin de se faire répéter longtemps un terme pour l’enregistrer. Elle connait par coeur la chanson de "Papa Nowel". Je lui chante les couplets en laissant des trous qu'elle remplit de sa petite voix toute neuve. Cela me fait craquer.
Selon les contextes donnés, elle place les mots au bon endroit pour se faire comprendre. Elle structure de plus en plus de phrases. Elle sait très bien exprimer ses désirs. Elle a de plus en plus d'histoires à raconter. C’est une petite bavarde en devenir. Elle me demande: « É balade la vroom vroom maman? » (Elle est malade l’auto?). Sans attendre de réponse elle continue sur un ton enjoué: « Non, guérie, é guérie vrom vrom ». Je remarque aussi que ses onomatopées deviennent de plus en plus souvent des mots que l’on comprend facilement (le tchou-tchou est un "crain"). Juan est rendu à 70% de compréhension bambine et je traduis le pourcentage qui lui manque sur une base régulière. Quant à la demoiselle en question, elle comprends tout ce qu'on lui raconte et même plus...

M'zelle Soleil chouine un petit peu mais jamais elle ne pleure longtemps ou sans raison et les crises sont si rares que je n'ai même pas un exemple en mémoire. Affectueuse, coquine, câline, acrobate et casse cou, c’est mon petit soleil de maison. Elle m’illumine de l’intérieur. Elle me remplit de toutes sortes de petits bonheurs. J'en partage en ces mots les douceurs...
Je l’observe grandir avec une fierté toute maternelle. Ses sourires si purs me ravissent le coeur. Elle m’imprègne de son innocence que j’inspire à pleines bouffées. Voir la vie à travers ses yeux est magique. Elle n’a encore aucune idée de toute la méchanceté qui règne sur le monde. 

Nous la protégeons de tout ce qui pourrait la blesser. Je fais de mon mieux pour lui offrir un équilibre physique et émotionnel. Et même si nos finances font pitié, j'estime qu'elle est privilégiée de pouvoir vivre une petite enfance sans heurts ni tracas. Parfois je pense à ce jour où elle sera confrontée à la méchanceté humaine.

Un jour, je sais qu’elle prendra conscience de la douleur intérieure, des haines et des travers qui sillonnent nos humanités. Je sais qu’un jour viendra où l’innocence s’effacera. Je souhaite simplement que cela se fasse graduellement. Lorsque j’y pense trop fort, mon cœur se fendille. Alors je la regarde grandir joliment et je remercie le ciel de ses bontés. Le temps s'écoule si vite aux contacts de ces enfants que l'on chérit, de ces petits enfants qui deviendront grands...
Déjà deux ans de gagnés, deux ans sans traumatisme particulier, deux années d’amour et d’attention: sur une vie c’est déjà cela de pris! J’espère que nous pourrons conserver ce cocon d’amour pour les quinze prochaines années et que nous saurons l’entourer de nos attentions au fur et à mesure qu’elle découvrira les aléas de la vie. J'espère que nous saurons la guider et l'éduquer sans jamais nous déchirer. J'espère le meilleur, j'oublie le pire en contrôlant mes angoisses diffuses. Je me contente d'apprécier consciemment ces instants bénis. Il est si bon de savourer cet havre de pureté qu’elle nous offre en ses façons douces, en ses clowneries et son affection à profusion.

C'est Lily tò seule

Chroniques de petite enfance

mardi, novembre 13, 2007

Deux "boozies" pour mon petit soleil adoré...

Souffler les "boozies"Lily-Soleil loves to celebrate

Une fin de semaine bien remplie pour célébrer la naissance de notre petit brin de fille qui rayonne et grandit...

Deux ans...

samedi, octobre 13, 2007

- Maman, tin, tin maman, dents-dents maman...

Il parait que d’habitude ce sont les parents qui forcent les enfants à se laver les dents. Mais chez nous c’est l’enfant qui voudrait que l’on se lave tout le temps les dents!

Deux fois par heure serait excellent! C’est fou comment elle aime se laver les dents. Elle fait une petite fixette sur le sujet. Je me demande si cela va durer…

Cette semaine, une pensée n'a pas arrêté de me hanter: Le parent est le jouet le plus éducatif qu'il soit.

Au fil de ma mamamitude qui s'affirme, je réalise de plus en plus clairement ce fait. L'on entre dans la dimension de l'enfant par le jeu, une fois la communication établie, cela coule comme de l'eau de source. L'enfant reçoit cette attention dont il a tant besoin et le parent peut facilement arrimer les bases d'une relation. En ces moments partagés, l'affection circule librement...

Dictature Bambine

mercredi, septembre 19, 2007

La tête dans l'c… au soleil

Sur fond de nuit noire, une pagaille au creux de nos draps s'installe. Dans la chambre obscure un homme, une femme, un bambin, deux chats, sans oublier le chien couché sur le tapis au pied du lit…

L’homme éreinté, dort et ronfle sans trouble. L’enfant grogne et gigote dans tous les sens. Les chats ronronnent en cadence. Le chien soupire bruyamment et l’insomnie m’emporte. J'ai les pensées en cavale. Je me tourne et retourne, l’enfant ronchonne dès que je bouge, elle se colle entre nous, s’agrippe à nos cheveux, se rassure au contact de nos chaleurs respectives. L’homme dort comme un loir et fait un véritable vacarme qui ne dérange que moi, l’enfant somnole entre angoisses et tourments. Je la câline tout en lui murmurant des paroles douces à l’oreille, elle me prend la main, la serre, je caresse sa minuscule paume d’un doigt aimant. Elle glisse enfin dans les bras de Morphée, je n’ose plus bouger, un chat se colle contre mes pieds, bien réveillée, j’écoute ronfler l’homme, je ronchonne. Les chats ronronnent à plein régime, le chien bougonne dans un sommeil perturbé et je compte les étoiles…

À l’aube, l’enfant s’est enfin assoupie dans des songes qui ne la malmènent point. L’homme se réveille juste assez pour la rapatrier dans son lit, il revient se coller à ma peau fatiguée, je finis par m’endormir. Je me réveille douloureusement avec la vision de l’homme en retard qui se dépêche d’enfiler sa chemise, à ses basques couraille un bambin qui gazouille. J’ai la tête dans l’c…, l’cu… dans le brouillard! J’ai les yeux qui pleurent lorsque j’essaie de les ouvrir, le réveil est brutal! L’enfant s’accroche à mes jupes pas encore mises, la morve au nez, elle se frotte contre ma poitrine et en profite pour s’essuyer sur mon tee-shirt avant de s’exclamer un : « Beurk maman... » bien ressenti. Je fais la moue. Dehors la journée est pleine de promesses merveilleuses, le soleil brille de plein feu, la température est douce.

Ma matinée est brumeuse malgré la superbe lumière qui nous enrobe. L’enfant semble couver quelque chose, la morve n’en finit plus de couler, je n’en finis plus de la moucher. L’on sort sous le ciel bleu, elle m’entraîne vers le boisé au bout de chez nous, l’on y joue un peu, elle m’explique toutes sortes de choses que je ne comprends guère, elle est enjouée bien que subtilement capricieuse, je me plie de bon gré à sauter par dessus les branches juste pour la faire rire. L’air du jour est délicieux. Je le respire à pleins poumons. J’écrase quelques champignons. L’enfant se penche sur la nature à ses pieds. Le chien est en plein forme. L’on rentre tranquillement en nos pénates…

Arrive l’heure de manger, M’zelle Soleil n’a guère d’appétit, son petit nez est un ruisseau qui s’écoule dans sa bouche, pas très appétissant tout cela!!! Je la comprends. Elle s'amuse à laisser un chat manger dans son assiette. Je laisse faire un instant faisant mine de ne rien voir. J'interviens, dispute le chat, elle s'en amuse et en bavarde avec bonne humeur. Je la couche pour sa sieste à son heure habituelle, elle conteste un peu, je la trouve tiède lorsque je touche son front. Je crois qu'elle fait plus que couver une cochonnerie, elle la combat, Je lui donne deux pipettes de médicaments vu que je ne trouve plus les suppos adéquats! Rebelle, elle fait des « lalalala » dans son lit avant de se décider à dormir après avoir essayé de voir s’il était facile de me transformer en bourrique. Comme c’est une tâche ardue, elle capitule gentiment. Son sommeil est agité, elle se réveille la morve dans la gorge avec une petite toux pour la déranger. Je la conforte, je la cajole, elle se rendort. Je sors dehors. Je pose ma chaise sous sa fenêtre. Je relève ma jupe. Les rayons du soleil caressent ma peau nue. Je ferme les yeux. Je veille…

La tête dans le c… au soleil

vendredi, septembre 07, 2007

Mamamitude du jour...

My Heart is hers

Un petit ennui de santé bien léger en comparé à ce que j’ai pu vivre l’année qui a suivi mon accouchement m’affaiblit le corps. Enfin, ce sont surtout les trois jours de traitement qui suivent l’intervention qui ne sont pas un régal pour ma pomme! Je n’aime pas prendre des médicaments, ma petite nature se fait toujours assommer la face par les forces de la science qui lui veulent du bien!!! Ici, en compagnie de ce désagrément passager, j’ai pour me conforter un petit comprimé blanc, dérivé de morphine, qui me fait flotter en quelques douceurs artificielles. J’ai quand même coupé la dose initiale en deux, quand c’est trop fort, ce n’est vraiment pas agréable. La modération à bien meilleur goût…

La petite passe deux journées de suite chez sa mère-grand, histoire que je récupère tranquillement. J’en profite pour travailler un peu sur mes projets qui patientent. Je réalise à quel point être assis devant un ordinateur peut être reposant pour le corps d’une maman habituée à tourner autour de son enfant. Pendant ce temps, c’est la grand-mère qui trime à courir après mon petit brin de fille. En deux jours, elle se fait grignoter assez d’énergie pour demander sursis! Reconnaissante des services fournis, je reprends mon minuscule bout de femme malgré ma forme qui défaille. J’explique à l’enfant que Maman est fatiguée, qu'elle a bobo et qu’il faut être douce avec une maman "maganée". M’zelle Soleil comprend tout ce qu’on lui explique, je la vois qui considère ma condition. Je la câline, elle me caresse les joues avec tendresse. Je fonds. La matinée se passe dans un étonnant calme. Je la sens qui me ménage, cela m’émeut un peu. Avec l’automne qui s’installe, je ne peux que constater à quel point elle change, à quel point elle a grandit durant l'été passé…

Mon petit bébé n’est plus un bébé. C’est on ne peut plus flagrant lorsque j’observe « mon bébé » s’occuper de son bébé! Depuis quelques semaines, elle a commencé à jouer à la poupée, c’est une nouvelle étape dans sa vie (et la nôtre enfin surtout la mienne!). Elle couche son bébé avec attention en n’oubliant pas sa doudou et sa suce, elle lui donne le biberon. Elle l'emmaillote, elle vérifie ses couches, le berce, joue avec lui tout en imitant les comportement que nous avons avec elle. Elle se dissocie, elle grandit, elle se détache de mes jupons. J’ai un petit pincement de cœur mélangé à une fierté maternelle qui m’encercle les entrailles lorsque je la regarde ainsi évoluer.

L’homme remarque aussi que l’on s’engage dans cette nouvelle étape, il évoque pour la première fois l’envie d’un garçon et finit son petit discours par un « Ah! Ça non! On ne me fera pas jouer à la poupée, là je pose ma limite masculine!!! » bien déterminé. Je souris sans mot dire, sceptique, sachant tout l'amour qu'il porte à sa fille, je doute de cette conviction bien affirmée. De mon coté, je suis aux anges. J’étais une fillette qui adorait jouer à la poupée et je retrouve là de douces émotions qui rejaillissent à la surface de ma vie adulte. Je me plie au jeu avec le doigté d’une experte, ce qui ravit mon brin de soleil. Une semaine plus tard, je constate une douce ironie en observant Juan s’enrouler autour du petit doigt de sa fille qui le fait sagement jouer à la poupée! Amusée, je ne peux m’empêcher de remuer la fourchette dans la plaie :

- Ahah! Mais, quelle surprise! Je n'en crois pas mes yeux! Je croyais qu’on n’allait absolument pas te faire jouer à la poupée!!!!
- Bon, ben ça va... Pas la peine d’enfoncer le clou…

Je n’enfonce pas le clou davantage, je lâche le marteau. Je me contente d'en rigoler avec un soupçon de malice dans mes yeux qui pétillent. Quelques heures plus tard, la petite fait une comédie pour je ne sais quoi, une petite crisette de n’importe quoi autour de son bébé. C’est plus comique qu'énervant! L’homme s’exclame :

- Ah! Tu vois, c’est trop de responsabilité d’un coup! Elle tient pas le choc!

J’éclate tellement de rire que l’enfant en oublie sa comédie pour se joindre à nos rigolades. Cela devient même la blague de la semaine pour les parents que nous sommes et qui se rejoignent sur les mêmes longueurs d’ondes…

Mais j’en reviens à ma matinée qui se passe bien malgré ma faiblesse du jour. Arrive midi qui sonne l’heure de manger. M’zelle Soleil commence à tester le terrain de mes volontés. Je sais qu'aujourd'hui je ne possède pas mon habituelle fermeté parentale. Je la vois qui commence à s’en rendre compte. J’arrive à la faire manger correctement en faisant diversion. J’intègre le bébé à l’action. Comme elle mange tout ce que mange son bébé (qui n'a pas beaucoup d'estomac le pauvre!), plutôt que de m’énerver sur son cas, je m’applique à bien faire manger le bébé, ce qui a pour résultat de lui faire finir son assiette sans anicroche. Un point pour la mère qui se décarcasse!

Arrive l’heure de la sieste qui se révèle plus ardue. Dans ce cas-ci, la poupée a beau dormir tout son saoul, ce n’est pas le cas de ma fille qui s’enivre de liberté! Je plie, je la sors de son lit. Me voilà aux prises avec une petite fille qui a compris que je n’ai guère de pouvoir de discipline dans le moment présent. Un petit bout de fille qui en profite pour tester les limites maternelles en déconfiture. Je la vois qui se sauve pendant que je passe l’aspi. Je la rattrape sur le balcon. Elle éclate de rire lorsque je la trouve. Hum! Maman perd du terrain. Je finis de passer l’aspi tout en la voyant se sauver sur la pelouse. Je la retrouve en pleine crise de rire. Ah! Oui, c’est quand même drôle de se foutre de la poire de sa mère! Un point pour l’enfant. Égalité. Je la laisse jouer un peu avant d’essayer de reprendre ma routine en main. Je comprends bien qu’elle se rend compte de ma faiblesse mentale. C'est un instinct naturel de l'enfance.

Je n’aime ni les cris ni les pleurs inutiles. J’essaie toujours de trouver des solutions pacifiques à ces minuscules conflits. D'ailleurs elle ne fait jamais de crises infernales. Nous avons de la chance, pour l'instant, pas de grosses révoltes en notre maison. J'ai déjà plus d'une heure de retard sur le cours de la routine. Je prends le téléphone et j’appelle Juan à la rescousse, un peu d’autorité paternelle au bout du fil ne peut faire de mal là où je suis rendue. J’en profite pour la remettre au lit pendant que son père lui explique un peu la vie. Je raccroche une fois sortie de sa chambre. L’homme me souhaite bonne chance. L’enfant conteste, elle me teste, elle m’appelle pour un oui pour un non. Je sens que je vais flancher. Avant de craquer, j’en appelle alors à sa raison. Je rentre une ultime fois dans sa chambre et après avoir interagi avec elle quelques minutes, je lui explique calmement la situation :

- Lily, là, c’est assez, c’est l’heure du dodo maintenant et tu le sais! Même si tu m’appelles encore, je ne reviendrai dans ta chambre qu’après le dodo.

Moue insatisfaite derrière sa sucette. Je poursuis en essayant de concentrer toute ma fermeté dans le même élan verbal…

- Je suis très sérieuse M’zelle Soleil, je ne reviendrai pas si tu m’appelles. Juste après le dodo…

Je sors de la chambre. Perplexe, j’attends la suite, je n’entends rien d’autre qu’un silence royal. Pas un geste, pas un son, l’enfant s’endort enfin. Je prends ma dose de pilules magiques et je vais me reposer un instant…

DSC08976P'tite coquineP'tit rayon de soleil...

Au rayon des mamamitudes

mercredi, août 29, 2007

Croquer la matinée en bleu, vert, rose...

Ce matin, de bonne heure et de bonne humeur, Lily-Soleil met son chapeau jaune, ses mini crocs roses, prend un sac qu'elle dépose sur son épaule, attrape un trousseau de clé oublié et descend les escaliers qui mènent à la terrasse. Je l'observe avec curiosité. Je la vois descendre sans difficulté les marches de ciment tout au bout de notre terrain. Même si celles-ci ne possèdent pas de rambarde, elle se dépatouille comme une chef pour arriver à ses fins. Un léger frisson me parcoure l'échine alors que je la regarde partir à l'aventure. Sans se préoccuper le moins du monde de ma pomme, elle s'installe dans sa voiturette rouge et fait mine de démarrer. Le coeur débordant d'une fière tendresse, je ne peux m'empêcher de sourire en mon chignon. Je me dis alors qu'il est grand temps que je m'habille. J'enfile en vitesse une jupe et un tee-Shirt et je sors dehors attraper mon brin de fille de plus en plus grande.

- Mais Liloonette, t'es en pyjama, il faut que tu t'habilles avant de partir...
- Ah! Non maman!

Je retiens mon amusement. Me dire un "Non Maman" bien articulé sur un ton mi-offusqué mi-déterminé est sa nouvelle façon de s'affirmer. Il faut dire qu'elle collectionne les nouvelles façons de faire au fil des semaines qui défilent. Elle imite, elle répète, elle dialogue, elle s'exprime de plus en plus clairement, elle construit des phrases, pose des questions. Elle comprend tout ce que je lui raconte et je la soupçonne aussi de raisonner plus qu'on ne peut l'imaginer. Ce matin, contre sa volonté, je l'extrais de son jeu matinal pour lui mettre une robe d'été. Elle coopère sans me défier. Je la chatouille un peu et la couvre de baisers. Je la laisse jouer avec sa poupée (cela aussi c'est nouveau) tandis que je prépare notre sac de plage. En quelques minutes nous voici enfin prêtes à partir en vadrouille de lac...

Croquer la matinée

vendredi, juillet 27, 2007

Au chapitre de l'enfance et de la parentitude.

Sur-la-plage-II

Une vague de chaleur englobe le paysage, l'atmosphère poisse, l'on ne s’en plaindra pas avec la fraicheur du lac à deux pas! Il paraît qu’une partie de l’Europe grille sous les ardeurs du soleil et que l’Angleterre est frappée de pluie diluvienne. Ce n’est pas pour me rassurer sur le sort de la Terre. Et cela me rappelle à quel point nous sommes privilégiés d’habiter un petit coin de paradis où il suffit de faire quelques pas pour se rafraîchir la couenne dans la douceur d'un lac saturé d’azur…

Ce n’est pas sans me rappeler toute cette richesse liquide que nous possédons. Ce n’est pas sans me faire penser à tout ce gâchis qui entoure les luxes de nos vies modernes. Mon petit ange est un rayon de lumière dans la pénombre de mes angoisses terriennes. Cet enfant m’accroche au meilleur de la vie tout en me forçant à travailler sur moi-même. Être parent n’est pas de tout repos, chaque jour davantage, je réalise toute la responsabilité qu’il en incombe. Depuis que sa blessure est guérie, je suis heureuse de retrouver la normalité de ma vie de maman. Mon bonheur ne se confronte plus qu'aux caprices de mon petit monstre. Même si j’avoue ne guère la contrarier de façon générale, je me retrouve présentement devant un petit défi de discipline. Mon premier qui ne sera pas le dernier! Il paraît que c’est l’âge! Mais je sais bien que ce n’est que le début du revers de ma médaille dorée. Je punis peu. Je m’arrange le plus possible pour désamorcer ses colères, pour détourner ses humeurs sombres, pour ignorer ses crisettes, pour féliciter ses bons comportements. Le fond de mon éducation repose essentiellement sur le renforcement positif. Je pose des limites sans trop chercher à la brimer. Cependant je dois faire attention à ne pas menacer dans le vide, je dois être consciente d’avertir puis de sévir. Je dois être ferme, ne pas me ramollir lorsque la fatigue m’emporte, ne pas succomber à ses charmes.

Comme je la garde à plein temps, le principal de son éducation repose sur mes épaules. C’est un poids qui pèse sur mon mental. L’homme aurait tendance à être plus raide, moins flexible. Il me trouve souple et patiente, je le trouve aimant et présent. J’ai un style parental plus cool mais qui m’aspire des tonnes d’énergie. L’on s’équilibre au quotidien. L’on punit peu. Nous avons certaines limites et nous n’acceptons pas les comportements désagréables. Je crois que nous avons la chance d’avoir un enfant sans histoire. Pour l’instant, il nous suffit d’être constant pour profiter d’un bambin coquin et charmant.

Je sais pourtant que je dois sévir lorsque son comportement dérape, je sais que parfois ma patience parfois s’amenuise, mais toujours je garde espoir de trouver des solutions pacifiques à ses inutiles caprices. Je suis une adepte de la communication. Je suis persuadée qu’elle comprend énormément de ce que l’on lui explique. J’encourage mon homme, parfois taciturne, à lui expliquer ces petits détails de tous les jours. Elle est plus ouverte à l’écoute si on lui parle d'égal à égal! C'est d'une logique sans faille! Ce n’est pas un petit robot que l'on programme, c’est un brin de futur que l’on couve. Je l’observe démontrer ses compréhension de mille façons. Je m’applique à lui offrir un espace d’exploration sécuritaire, une zone de douceur, d’affection et de soins, le tout assaisonné d’un zeste d’autorité. Je n’hausse guère le ton mais je peux avoir le regard très acéré.

Grandir Liloo

Cependant j'ai parfois l'impression que ce que l’adulte rigide peut considérer comme une bêtise parce-que cela dérange son ordre établi n’est en fait qu’une simple forme d’expression enfantine. Une expression que l’on doit apprécier sans la dénigrer. En ma "mamamitude", je m’émerveille régulièrement de l'étendue de ses compréhensions. Puisqu’elle ne sait pas encore vraiment s’exprimer et qu’elle utilise souvent une sorte de dialecte (à saveurs japonaises selon Miss Dee) incompréhensible à l’oreille novice, certains pourraient croire qu’elle est inférieure aux adultes qui la guident. Ce n’est pas ma perception. Même si je sais que je dois maintenir l’ordre de par ma position, je la considère de valeur égale à la mienne, elle n’est pas au même niveau, mais elle ne m’est pas inférieure pour autant. Je lui parle beaucoup, non pas comme à un bébé ignorant mais comme à un être intelligent. Je la considère comme un être curieux, un être avide de connaissances. Je la laisse s’épanouir dans le confort de cette bulle que je crée autour d’elle. Elle a vingt mois, presque deux ans. Déjà. Nous la regardons grandir aussi fascinés qu’effrayés. Le temps semble s’accélérer sous nos pieds. Notre monde s’adapte aux cascades de ses évolutions bambines. L’on s’enchante de ses sourires tout en s’inquiétant parfois de cet avenir qu’elle dessine au présent. Ce sont d’étonnantes émotions…

Elle parle de mieux en mieux, semaine après semaine, son langage s’enrichit de toutes sortes de nuances. Elle commence à faire des combinaisons de mots, des petites phrases pour exprimer le fil de ses idées, pour mieux communiquer. Le matin, si je suis encore collée à mon oreiller et que le petit déjeuner est prêt, elle me lance sur le pas de la porte: "Maman miam-miam!!!". Son évolution m'entraîne, je soupire, je souris et je m'extirpe la peau de mes draps froissés! L’on interagit de plus en plus. Je savoure cette magie qui découle de son innocence, de la pureté de son regard sur l’univers qui l’entoure, j'en profite pour ressourcer mes états d’âmes blasés.

Elle commence à contester son quotidien d'un "non" virulent. Elle s’individualise. Elle se personnalise. Je reconnais de plus en plus de mes expressions sur ses traits si près de ceux de Juan. J’adore découvrir ce petit brin de fille à qui j’ai donné naissance, j’adore participer à cette construction de sa langue maternelle. Son vocabulaire contient désormais bien plus de l’inévitable papa, maman: il y a « minou, dodo, doudou, miam (faim manger, aliments), mamie, papy, tata, pipi, caca (couches), tin (tiens), donne, vin (viens), pati (parti), où, qui, lo (de l’eau), attends, anane (banane), bam (tomber), bato (bateau le mot qu’elle a appris ce printemps plus vite que son ombre à mon grand désespoir, elle adore regarder ces bateaux qui m’horripilent le poil, alors je ne dis rien et je la laisse profiter de son innocence tout en dédramatisant ma rancœur), lac, Lily, lulu, cuicuiii, (oiseaux), toutou (peluche), susu (sucette) padou (partout), shochu (chaussures) bobo, aille, mago (margaux le chien du voisin), en bas, en haut, guili, allo, bye, coucou, okay, pont, toto (moto), baba (ballon) l'étrange akhang (pour tous nos amis qu'elle rencontre, terme inspiré de Keisuke un ami de passage)» et bien d’autres que j’oublie en chemin.

Elle sait clairement mimer ses désirs même si elle les exprime de plus en plus, elle sait même commander plusieurs de mes gestes! J’essaie de ne pas être trop à la merci de sa dictature bambine. Elle voudrait faire toute seule ce qu'elle me voit faire tout en m'expliquant ce que je dois faire! Le dernier incident malheureux en date arriva lorsque l'idée lui est passée de se raser comme son père en lui chipant le rasoir pendant qu'il se rinçait le visage! Rien de grave au final si ce n'est de gros cris et quelques croutes disgracieuses au dessus de la lèvre quelques jours durant. Sur ce coup là c'est son père qui a appris la leçon! Le soir même de l'incident alors que je le bassine sur ce sujet, il s'exclame: «Hum... Je vois... En fait c'est elle qui fait les conneries et c'est moi qui apprends! » Elle répète, elle imite, elle analyse, elle n’en finit plus de repousser les limites de ses autonomies. Je cours sur ses lancées, je la protège des dangers. Et je n’en finis plus de la chérir…

Autre chapitre

mardi, juillet 24, 2007

Mamamitude

Mon amie Marilou me passe un coup de fil pour une offre de traduction. Voilà des mois que nous n'avons eu de contact, je ne l’ai pas vue depuis bientôt deux années. Elle me parle de son truc, me dit qu’elle pense encore souvent à moi (ce qui me touche) et me demande :

- Mais tu fais quoi maintenant?
- Heu! Toujours pareil…
- C’est à dire?
- Je fais Lily-Soleil, je suis en pleine « mamamitude » !!! Je suis rendue pas mal experte en ce domaine…


L’on se fait un petit tour de nouvelles, l’on se remet au goût du jour, l’on aura sûrement l’occasion de se croiser d’ici l’hiver prochain. Je lui résume ma « mamamitude », je l’entends sourire au bout du fil. L’on se quitte en se disant qu’il faudra bientôt se revoir…

Sur le même fil: En ma mamamitude apprivoisée, je réalise que je ne suis pas capable d’encourager mon brin de fille à regarder des émissions enfantines ni à écouter les chansons bambines à la mode! Là, je l'avoue, je sature!

Je baigne au quotidien dans un océan chérubin et j'ai besoin de quelques limites pour ne pas m'y noyer! Comme mon emploi du temps gravite présentement autour de ma fille, je préfère composer le divertissement au réel. Consciemment, je m'enfonce les idées dans ses premiers pas d’enfance enchantée. Oh! je chante bien « Pirouette cacahouette » sur la balançoire des chansons ( Ce petit coin de boisé qui ravit ma fille où, entre deux attaques de maringoins, l’on profite d’une antique balancelle. Et sur cette balancelle, il faut chanter ou descendre, ainsi en a décidé la mère supérieure! D'ailleurs, l’enfant ne se fait pas prier pour chantonner de longues balades en son langage surréel! ). Je connais et laisse parfois glisser sur mes lèvres la version paillarde d’au clair de la lune qui fait tant rire les fillettes du quartier. Les mêmes coquines qui me l'ont apprise sur cette vieille balancelle qui grince plus qu'elle ne berce ( Au clair de la lune, j'ai pété dans l'eau, cela faisait des bulles, c'était rigolo, lalala, lalalére)

Je chante faux mais ce n'est pas bien grave, l'enfant s'en fout comme de l'an quarante, ce qui compte c'est de chanter et de s'amuser ce faisant. Je chante un peu de Tryo, "l'hymne de nos campagnes" est mon grand classique! Le reste du temps, je lui fais écouter la même musique que j'écoute. Ainsi elle se dandine sur toutes sortes de mélodies variées et je n'ai pas trop l'impression de me lobotomiser...

J’invente parfois des comptines au fil des heures et de mes humeurs. Je lui raconte des histoires inspirées de la nature qui nous entoure. Je me donne l’esprit à son univers. Je me déconnecte du monde des adultes pour mieux la materner.

Je ne lui offre que peu de jeux industrialisés (il faut dire que je n'en ai guère les moyens!), je l’encourage à trouver des jeux dans son environnement. Avec la plage à quelques centaines de mètres, on a un sacré coin de d'eau et de sable où s'éclater! Puis une fois rentrée en notre maison de galets, quoi de plus drôle de barbouiller la terrasse ensoleillée en trempant ses craies dans l’eau de sa minuscule piscine? Je la chéris, je la surveille, je la guide, elle m'hypnotise. J'aime tant la voir s'épanouir entre lac et forêt. Elle s'y dore la peau douce en toute liberté et mon coeur déborde d'amour comblé. Elle a ce petit look de Robinson Crusoé qui me fait tant craquer! Les livres sont ma seule faiblesse matérielle, elle en possède plusieurs dizaines et je devrai bientôt renouveler sa collection. L'on passe ainsi l'on des moments complices entre deux pages de cartons bariolés. Jour après jour, à ses cotés, je dessine des couleurs joyeuses sur la toile de ma « mamamitude » qui n’en finit plus d’imprégner ma « féminitude » retrouvée…

Quelques articles sur le même thème:
- Les mères influent sur le bagage génétique... après la naissance
- Les champignons de pelouse parfois dangereux pour les enfants
- Les enfants, c'est emmerdant!

Mamamitude

vendredi, juillet 20, 2007

Entre deux gouttes...

L'atmophère est calme, silencieuse, humide. Douce Lulu de passage en notre bulle de lac est repartie voguer sa vie. Sous la pluie braillent les oiseaux coincés sur les branches, ils crient leur désespoir entre deux feuilles qui dégoulinent. Sagement installée sur une lourde pile de livres, toute concentrée à essayer de mettre son soulier, l’enfant pratique ses autonomies. Elle babille en son charabia de plus en plus construit. Elle lève la tête, regarde par la fenêtre et demande :

- Cui-cui, yé où cuicui?

Je l’observe du coin de l’œil, toute fière de la voir si bien s’épanouir, je souris. Une vague d'amour m'emporte l'esprit. L'enfant se perd le regard dans l’horizon trempé, se retourne et appelle :

- Maman, eh dede? Eh maman, tin et tobi y di? Maman? Maman, mo ma ti? Maaaaammmmaaaannnnn…

Lily-Soleil Lily-Soleil-I

Entre deux gouttes...

lundi, juillet 16, 2007

"Défestivaler et reroutiner la semaine"...

Choupette-de-festivalChoupette-de-festival

Après la fête, les festivaliers sont un peu fatigués, il faut retrouver la routine perdue dans le bonheur de dix jours d’été tournés vers la musique en plein air au coeur de la vieille capitale. Dans un prochain billet, je m’évertuerai à faire un petit bilan de festival, histoire de bien incruster dans ma mémoire ces instants presque magiques parce-que si rares. Dans mon top trois du festival, il y restera Manu Chao pour la géniale atmosphère, The Cat Empire pour les déhanchements trop sexy du chanteur et Tiken Jah Kakoli pour ses rythmes et sa conscience...

Ainsi, hier nous avons clôt le festival en coupant la poire en deux. Soirée moitié Tiken Jah Fakoli, moitié DJ Champion. DJ Champion qui remplace le groupe IAM, ce qui entraîne notre petite troupe en ce dilemme qui nous force à couper la poire en deux! Lily-Soleil a tout simplement adoré Tiken Jah Fakoli. Je peux affirmer que ce fut son show préféré. J'y serai bien restée plus longtemps si cela n'avait été du problème de la poire à trancher! L’on arrive au concert de Tiken alors qu’elle tombe de fatigue. Pourtant une fois bien installée sur les épaules de son père, le rythme la réveille et là voilà qui se trémousse en cadence avec la musique. Elle est si lumineuse qu’elle attire tous les regards. Durant quelques instants les gens se retournent de la scène pour contempler ce petit bout de chou qui danse, les mains dans les airs, sur les épaules de son père. Phil prend la relève, là voilà même qui se décide à chanter! Nous sommes tous bouche bée! Comme si à la fin de ce festival, elle avait si bien compris le principe qu’elle s’applique à y participer! Durant le court trajet qui nous mène au pigeonnier qui vibre sous les élans de Champion, l'on se chamaille avec Juan à savoir de qui elle tient cette fibre reggae, Miss Dee nous écoute et rigole de nos ébats. La petite s'assoupit, retrouve quelques gouttes d'énergie pour se faire une copine de son âge et finit par s'endormir sous la garde alternée de ses parents dans un petit coin tranquille du pigeonnier.

Son premier concert fut celui de Femi Kuti, hypnotisée, son monde fut révolutionné et une semaine plus tard, elle se fond dans la nuit avec Tiken. J'en reviens à peine plus que les passants qui la regarde. Elle aura vu Harry Manx sous la pluie, elle n’a pas semblé transcendée, le blues ne la touche pas autant que les rythmes africains! Ce jour là, c'est plutôt les danses de son ado de tante sous les trombes d'eau qui l'auront épatée. Elle a bien aimé Tryo et particulièrement la chanson « Serre moi » avec ses images de papillon volant sur écrans géants. Elle s’est aussi bien amusée place de la famille. Elle a rencontrée plusieurs de nos amis et comme dirait ma sœur de Clo : « La gang a l’air de bien l’avoir adoptée ». Elle a découchée plusieurs nuits parfois chez sa mamie, une fois chez Miss Dee. Sa routine s'en est trouvée bien bousculée mais elle s’est régalée de son père qui avait pris trois jours de vacances pour mieux profiter du festival.

Nous ne nous étions pas ainsi amusés depuis que nous étions devenus parents. J’ai enfin retrouvé assez de vigueur et de forme pour sortir de ce retrait social que je m’étais imposé. De concerts en concerts, je me suis rappelée à mes souvenirs. J’ai retrouvée quelques parcelles oubliées de ce qui fait mon identité. Je me suis aperçue dans un reflet de miroir. L'été me trouve ravigotée. Mois après mois, je retrouve ma féminité qui s’incorpore à ce nouvel état de mère. Je redeviens entière. Je commence à pouvoir oublier la détresse d’un corps déformé, les faiblesses d'une longue maladie, je commence à revivre comme je le faisais avant d’enfanter. Il m’aura fallu vingt longs mois pour revenir à moi. Mais je le referai demain pour pouvoir serrer dans mes bras cette adorable fillette qui est mienne. Il me reste encore un peu de chemin à parcourir pour retrouver l’intégralité de ma peau, pour équilibrer la femme et la mère que je suis devenue en un seul corps. Encore quelques efforts et l’épreuve sera définitivement traversée. Ensuite, je pourrais peut-être en profiter quelques mois avant de penser à recommencer! L’homme parfois me parle d’un petit frère ou d’une petite sœur, il n'aime pas l'idée d'un enfant unique. J’y pense aussi souvent mais j’ai l’impression qu’il me faudra encore un peu de temps pour remplir mes gourdes de courage et relancer mon corps sur la voie de la reproduction…

En attendant, construire cette petite famille qui est désormais nôtre est un bonheur en soi. Élever ma fille à ma guise, découvrir les traits de sa personnalité, l’aimer librement jour après jour. Rien que du bonheur. Le revers de cette médaille est l'intense responsabilité que je ressens à son égard et qui me perturbe un peu mais c'est un autre sujet. Je la regarde évoluer et grandir, elle me fascine, parfois lorsque je la regarde j’ai l’impression que mon cœur va exploser tant l’amour que je ressens pour elle est puissant…

Maintenant, après l’exception du festival, je dois reprendre cette routine qui la rend agréable (il me semble que d'ailleurs que j'ai moi aussi un peu perdu de ma propre routine dans toutes ces pérégrinations!) et profiter pleinement d’elle quelques semaines encore avant de reprendre une vie « adulte » plus active. Cependant si une chose est claire en mon coeur c'est que je refuse de m’éloigner d’elle plus qu’à temps partiel avant qu’elle n’entre en pré-maternelle. Ainsi va la vie…

Festivaler-l'été-IV Tryo-sur-les-plaines

Se défestivaler

vendredi, juillet 06, 2007

La vie en rose...

Pink-Liloo

en rose...

mercredi, juin 27, 2007

Minute sourire

Un matin pas comme les autres j'ai retrouvé en ma machine une petite coquine...

Passer mon soleil à la machine...

Minute sourire

lundi, juin 18, 2007

Lac-de-juin

Une nouvelle semaine débute avec une autre magnifique journée. Maintenant que Lily-Soleil est en voie de guérison, je retrouve ces habitudes virtuelles qui disciplinent mes mots. Durant ces derniers jours, j’ai tourné toutes mes attentions vers la petite afin d’adoucir le plus possible ses douleurs. Nous nous sommes soudés autour de l'enfant blessée. Comble de joie, elle a profité de l’épreuve pour percer une molaire! Plus capricieuse qu'à son habitude, elle nous a doucement enroulés autour de son petit doigt. Nous savons qu'il ne sera pas drôle de redresser la discipline parentale une fois sa santé complétement retrouvée. Même si elle me fait parfois tourner en bourrique, je ne peux me résoudre à la disputer ou à la brusquer en de tels moments! Alors je pratique mes patiences en silence. Ces derniers jours elle a plus souvent fait la moue qu'autre chose et c'est avec diligence que je me suis pliée en quatre pour la faire sourire...

Sa plaie commence à cicatriser, elle a pris l’habitude d’aller tous les jours à l’hôpital pour changer son pansement. Elle chantonne sur la route et se fait toute sage. Elle ne pleure plus lorsque vient le temps de changer son bandage. Elle en connaît toutes les étapes et ce matin, pour la première fois, elle a osé regarder (presque avec curiosité) l’infirmière appliquer l’onguent sur sa brûlure. La peau se refait peu à peu, les douleurs s'estompent, il ne manque plus que le coude guérisse que l’on puisse lui enlever son pansement. Bientôt elle pourra profiter des beaux jours pour barboter à sa guise. Désormais son changement de pansement se remplace aux deux jours. Elle finit son traitement d’antibiotiques demain. Tout commence par rentrer dans l'ordre si ce n'est le fait que je suis légèrement "désénergisée"! C'est un petit prix à payer pour le bonheur de la voir bien aller. Il y a peu de mots qui peuvent exprimer le soulagement que je ressens présentement. Nous sommes presque sortis du bois ou de l’auberge, c’est selon le coté de l’atlantique duquel l’on se place. De tout coeur, je tiens à remercier toutes celles qui ont pris la peine de déposer en cette virtualité un petit mot de soutien ou un message d'encouragement.

Nous avons fait une croix sur le festival de Tadoussac, enfin principalement moi. Juan m’a proposé d’y aller seule avec mes amis mais je ne me sentais pas le cœur d’agir ainsi. Plus j'y pensais et plus cela m'était inconcevable. Miss Dee est donc partie à l'aventure sans moi. Pas de café bohème pour Etolane devenue maman! Malgré toute ma raison, un fond de déception se languit entre deux pensées sereines. Durant tout l’hiver, le festival de Tadoue fut la carotte qui m’a fait plusieurs fois avancer dans mes sombres moments de solitudes maternelles. Depuis février, je visualise la carotte lorsque me vient l’envie de glisser. Lorsque j’ai l’impression de ne plus exister, lorsqu’être mère prend toute la place et que je me bats pour trouver un équilibre à cette équation. Et puis d’un coup, alors que je m’apprêtais à me mettre cette belle carotte sous la dent, le destin l’a lancé dans le St-Laurent sans que je ne puisse rien croquer. Dur, dur pour ma pomme des bois en manque d'action! Ainsi va la vie. Ce n’est qu’un petit sacrifice de plus dans ma parentitude, c’en est un peu devenu une habitude. Mais est-ce vraiment se sacrifier que d’abandonner des petits bouts de soi pour le bien-être de l’enfant? D’année en année, elle aura de moins en moins besoin de moi et je pourrais de nouveau raccrocher ces petits bouts d’individualité éparpillés à ma peau de femme.

En attendant, l’on retrouve une routine estivale tandis que je me remets de mes émotions passées. Je m’implique dans l’association pour la préservation du lac en tenant à jour le site web et en écrivant régulièrement des billets à ce propos. Je prépare un dossier épineux sur l’impact des embarcations à moteur sur le lac afin d’écrire un article qui risque de m’attirer quelques foudres locales. Je sais que j’aborde un sujet tabou au village mais il m’est impossible de me taire. J’espère ne pas trop mettre en péril ma paix sociale. L’homme s’en inquiète un petit peu, mais c'est plus fort que moi, les abrutis m'indiffèrent et la santé de ce magnifique plan d'eau hante mes pensées. De plus, l’heure est trop grave pour ne rien faire, pour ne rien dire, pour se cacher la tête dans le sable. Il est fort probable qu'un autre épisode d'algues bleues refasse surface d'ici l'automne, le lac a besoin de toutes nos défenses humaines. Il m'appelle, je l'ai dans la tête, je l'entends en mon coeur, il vibre dans mon sang, je suis envoutée...

Que serait l’image du Québec sans la pureté de ses lacs? Laisser mourir les lacs sans s'en préocupper est presque un crime à mes yeux. Comment peut-on dormir sur ses deux oreilles à coté d'un lac en danger? Malheureusement les lacs font tant partie de la réalité collective que plusieurs en ont oubliés leur fragilité pour ne plus voir qu’un terrain de jeux où s’éclater en toute insouciance! Pourtant si nous voulons préserver la nature, il faut commencer par la respecter et prendre conscience de l’impact de nos modes de vie sur notre environnement, c’est, à mon avis, le premier pas d’une très longue marche…

Petons

Mi-Juin

jeudi, juin 14, 2007

Blessure d’enfant (suite)

Sous le soleil de cette autre belle journée, un semblant de retour à la normale qui fait du bien. Après être passée à la clinique aux petites heures du matin, Juan a repris sa routine de bureau, Lily encore patraque reprend du mieux. Elle a dormi dans son lit la nuit dernière sans se réveiller. Même si nous avons dû la réveiller à trois heures du matin pour lui administrer malgré elle sa dose d’antibiotique, elle ne semble plus faire de fièvre. Elle redevient la petite fille que nous avons appris à connaître. Un soulagement palpable s’installe dans notre maisonnée.

C’est dans la nuit de lundi à mardi que nous avons vécu le pire. Avant le coucher, la trouvant brûlante (j’avais eu la subtile impression de la voir décliner durant la fin de l’aprés-midi), sans surprise, je découvre que sa fièvre est à 38.3. Nous lui donnons une nouvelle dose d’analgésique. Tout de suite, je sens les griffes de l’inquiétude étreindre ma force vitale. J’appelle Info Santé, l’infirmière de service me conseille de surveiller la fièvre. Si cela stagne, attendre le lendemain pour consulter le docteur comme il était prévu de la faire. Si la fièvre monte, retourner d’urgence à l’hôpital. Cela dit, le fait qu’elle fasse de la fièvre est mauvais signe, je le sais au plus profond de mon cœur.

Nous avons des amis à dîner et la conversation du soir tourne autour de la brûlure. L’enfant se réveille sur le coup de dix heures. Elle est brûlante, blanche comme la lune, nous reprenons sa température : 39.5. Nous décidons de partir à l’hôpital sur le champ. J’appelle la réceptionniste du petit hôpital de brousse où Lily est soignée, histoire d’être sure qu’il y a un docteur de garde! La réceptionniste me dit de l’emmener de suite pour consultation. Nos amis repartent en ville. Kay me prend chaleureusement dans ses bras, sensible à ce souci qui pèse lourd sur mon visage. En vingt minutes, nous sommes à l’hôpital. En cinq minutes, une infirmière nous rencontre. De peines et de misères, elle prend la température de l’enfant, nous voilà rendu à 40. Lily-Soleil semble s’éteindre à petit feu, elle est livide. L’infirmière lui administre un autre analgésique. Nous restons dans la salle de consultations tandis que Michelle l’infirmière part chercher le docteur. Juan essaie d’alléger l’atmosphère en faisant la conversation. Je ne suis guère bavarde. Il explique à l’enfant bouillant :

- Tu vois ma Lily, là, Maman elle a le cœur dans les talons, juste là dans le talon.

L’enfant fronce un sourcil, il poursuit :

- Pis son estomac, il est dans sa gorge…

J’avale mon tourment pour sourire faiblement. Je sors l’un des sablés que j’ai confectionné le soir même pour lui changer les idées. Le docteur arrive sur ses entrefaites. Il trouve le sablé appétissant. C’est un jeune homme d’allure sympathique, fin vingtaine, pas mal de sa personne. Il examine l’enfant, semble préoccupé, nous lui expliquons la situation. Je fais mention de la dizaine de piqûres de moustiques qu’elle a sur le corps et qui sont entrées en éruption durant les dernières heures. Je sens monter les larmes que je retiens péniblement. L'enfant hurle lorsque s'approchent les infirmières. Le docteur constate que son petit bras est brûlant. Il faut enlever le pansement. Je sens la réticence de Juan qui se contrôle. Changer le pansement implique qu’il la tienne à nouveau tout en subissant cette vive douleur qui la fait se tortiller comme un asticot hystérique. Je savais que nous devrions passer de nouveau par là. Nous en avions parlé durant le trajet mais l’homme ne pouvait imaginer lui faire subir cette autre torture. Le moment fatidique arrive. Je voudrais que sa douleur soit mienne.

Elle hurle de douleur criant « Maman » comme si elle se noyait sous mes yeux. Les larmes inondent mon visage qui reste calme tandis que je me plonge mes yeux dans les siens pour lui expliquer que nous devons la soigner même si cela fait très très très mal. Le moment est terrible. Il déchire nos deux cœurs de parents qui s’émiettent misérablement. L’homme s’énerve un peu contre les infirmières. Je discute avec le gentil docteur (pas laid de surcroît) les joues pleines de larmes, j’ai le cœur dans les talons et l’estomac dans la gorge. Même si la plaie est belle, il est évident qu’il y a infection pour que la fièvre soit si forte et ce genre d'infection est très dangereux, cela va tout de suite dans le sang. Le docteur décide de la mettre immédiatement sous traitement intra-veineux. Nous changeons de salle. Quatre infirmières entourent l’homme et l’enfant. L’une d’elle se tourne vers moi et me demande comment cela va. Je suis si blême qu’elle m’encourage à aller prendre l’air quelques minutes, puisque je ne peux rien faire de plus, autant essayer de reprendre des forces…

Minuit sonne. Je sors dans la nuit chaude. Nous sommes les seuls patients. J’ai remarqué deux policiers à l’entrée. Ils sortent peu après moi avec deux femmes sur leurs talons. L’une d’elle semble avoir pas mal de problèmes. Ils me remarquent à peine sur mon banc. Je l’entends refuser d’aller en centre. Je ne sais pas trop ce qui lui est arrivé, je soupçonne une querelle conjugale. Grossière, elle se dispute avec l’un des policiers. Attentive, je me fais toute petite sur mon banc.

Elle : Je veux pas aller là, calvaire j’irai pâs! J’veux aller chez ma mère, emmène moé chez ma mère j’irais pas dans ton centre tabarnak!
Lui : Il est passé minuit et ta mère a 82 ans! Tu vas aller au centre j’te dis!
Elle : Non, j’veux pas. Ma mère a déjà vu pire, pis c’est elle qui a les enfants à soir!
Lui : Raison de plus, tu vas pas aller tous les réveiller, tu vas au centre jusqu’à demain matin!

La femme qui l’accompagne s’insère dans la conversation pour la convaincre d’accepter, elle propose de l’emmener. L’autre colère, sacre, tempère :

- Ouin, ben si j’y vas, je crisse mon camp à la première heure, avant que tout l’monde soit deboute! J’veux pas qu’on m'voie là! C’est-tu clair tabarnak de cristie de câlisse!!!

D’un coup, elle croise mon regard vide de jugements. J’ai le cœur dans les talons, l’estomac dans la gorge, je suis toute petite sur mon banc. Je respire les étoiles en priant le ciel, j’erre dans une douleur intérieure sans nom. Elle soutient mon regard qui ne baisse pas. Elle me demande si j’ai du feu. Le policier qui la tient par le bras me regarde gentiment en tournant la tête de gauche à droite pour que je ne lui réponde pas. La dame qui l’accompagne l’entraîne rapidement vers sa voiture. Les policiers remontent dans la leur. Je regarde tout ce petit monde disparaître de mon horizon. Il y a toutes sortes de misères humaines sur Terre, certaines sont physiques, d’autres sont morales. Aucun humain n’échappe à la souffrance. Je pense à mon brin de fille qui vit ce concept pour la première fois de sa petite vie. Mon cœur sombre. Un sanglot m’emporte. Le silence m’englobe. Je lance une dernière prière aux étoiles qui scintillent dans la noirceur de l’infiniment grand. Je respire profondément avant de reprendre le chemin de ma famille.

Dans la salle, l’enfant hurle, pleure, se débat. Elle est contente de me voir. Je lui souris, je prends sa petite main dans la mienne. Les infirmières ne trouvent pas de veine à piquer. Elles n’ont pas l’expérience d’un si petit corps. Elle ne savent plus à quel saint se vouer. L’homme a un regard d’aigle, il surveille la situation sans rien perdre des détails. La seule veine qu’elles trouvent est à coté d’une grosse artère. Elles hésitent. Il refuse de les laisser piquer là. C’est un cirque surréaliste. Finalement elles décident de reprendre sa température. Avec soulagement l’on constate qu’elle a un tout petit peu baissée. La grosse dose d’analgésique prise en arrivant commence à faire effet. Le docteur revient. Il est dépité. Il se résigne à lui administrer un antibiotique par voie orale. Juste cela, c'est du sport, l'enfant ne veut plus rien savoir des adultes qui l'entourent. Le docteur nous explique qu’il ne peut rien faire plus. Que si sa fièvre remonte encore, il faudra aller d’urgence à Québec où les hôpitaux ont plus de moyens. Nous rentrons à la maison avec notre trésor malade. Nous sommes complètement retournés. Sans se laisser abattre, nous nous serrons les coudes pour ramer plus fort dans la débacle de nos émotions. L’enfant s’endort pour se réveiller une heure plus tard. Elle vomit. Sa température stagne, nous la couchons avec nous. Allongée dans le lit, une main sur son petit dos, je ne peux trouver le sommeil. Il n’y a plus qu’elle dans mon univers qui tourne autour de sa peine. J’ai peur. J’ai mal. Je veux lui offrir le meilleur.

Au petit matin, son état semble se stabiliser, elle n’est pas en forme mais elle se bat. Nous poursuivons le traitement antibiotique. En fin d’après-midi nous retournons pour une autre séance de torture. Changement de pansement. Les infirmières nous reconnaissent et sont d’une extrême gentillesse. Il n’y a pas à dire c’est peut-être un hôpital de brousse mais le service est excellent, humain, personnalisé. Nous attendons à peine. En une heure c’est fait. Lily-Soleil ne va pas bien mais son état semble s’améliorer. Nous rentrons un peu plus soulagés. Mercredi n’est pas facile, elle a mal, elle se plaint en touchant son bras et en disant de sa toute petite voix si mignonne : « aille, aille, aille ». Elle n’aime pas prendre ses médicaments, la pauvre petite puce n’en peut plus. La journée se passe sans autre anicroche. Tout doucement nous recommençons à respirer. Juan me dit :

- Je suis heureux d’être heureux, content d’être content, soulagé d’être soulagé.

je le comprends intimement. Au fil des jours, j’ai réalisé toute la banalité de l’accident, ensemble nous avons traversé l’épreuve, forts de ces sentiments qui nous lient en cette enfant chérie, nous combattons sans nous déchirer. Juan n’en revient pas des dégâts qu’aura pu causer une seule tasse de thé. Pour avoir vécu pareille expérience, je ne suis personnellement pas étonnée. Au passage, nous essayons de retirer le meilleur de nous même. Aprendre de l’épreuve pour avancer, pour évoluer. Je ne peux m’empêcher de ressentir une très grande compassion pour tous les parents qui ont un enfant atteint d’une maladie incurable et qui doivent incorporer ce cycle de soins à la texture de leur réalité. Il y a quelque chose d’absolument pas naturel à voir souffrir un enfant. Un enfant c’est la vie et l’innocence, c’est le rire et le bonheur, c’est les pleurs de colère ou de caprices. De mieux en mieux, nous comprenons toute la portée de notre « parentitude ». Tous les trois, nous avons pris, chacun à notre manière, un petit coup de vieux…

Aujourd’hui l’enfant est fatiguée, elle pleurniche plus qu’à son habitude mais reste gentille dans sa petite misère. Petit à petit elle reprend des couleurs. Nous devons nous rendre toutes les 24 heures à la clinique de l’hôpital pour lui faire son changement de pansement. L’infirmière qui la prend en charge est adorable, douce et dévouée. Elle tombe vite sous le charme de notre petit soleil dans la brume, elle n’en finit plus de s’extasier. Elle nous dit :

- Comment voulez-vous résister à un tel regard. Quelle jolie petite puce! Et elle est gentille en plus…

Elle poursuit en nous disant qu’elle nous trouve de bien bons parents. Je ne sais quoi dire devant cette gentillesse qu’elle nous témoigne. L’homme ne peut s’empêcher de répondre :

- Si on était meilleurs parents, elle ne se serait pas brûlée…

Elle sourit à sa répartie. Elle nous dit de ne pas nous faire, que c'est un accident tout à fait courant. Lily-Soleil reprend du poil de la bête, elle arrive même à lui faire une risette. L’infirmière nommée Karine fond comme neige au soleil. Nous la retrouverons de bonne heure demain matin pour un autre changement de pansement. Elle m’explique que d’ici la semaine prochaine, lorsque sa plaie ne suintera plus, nous pourrons envisager de changer le pansement aux deux jours. Malheureusement, elle sera privée de baignade pour plusieurs jours encore. Si tout va bien, d’ici deux ou trois semaines, elle devrait être totalement tirée d’affaire. D’ici là, nous ferons tout notre possible pour lui rendre la vie douce et agréable…

Blessure d’enfant (suite)

dimanche, juin 10, 2007

Blessure d'enfance


envoyé par Etolane

Samedi matin enrobé de chaleur, nous emmenons une portée de chatons à l’animalerie. Nous en profitons pour en donner un sur le champ à une dame accompagnée de son petit garçon. L'échange gratuit ne plait guère à la caissière qui reste cependant cordiale. Lily-Soleil chante dans la voiture. M'zelle dansait avant de marcher et la voilà qui chante avant de parler. Cet enfant me fait craquer! De retour au lac, première baignade rafraîchissante qui décolle la moiteur ambiante. Aller-retour de voisinage au fil des fillettes qui s’amusent comme des folles entre deux jets d’eau et des papillons qui butinent. L’été sonne à nos portes. Ding dong...

Dimanche matin, je range mon bureau en pagaille lorsque j’entends un cri strident qui me vrille le cœur. À deux mètre de moi Lily-Soleil est en détresse totale dans les bras de son père. Je la vois qui se convulsionne sous la douleur.

- Mais, qu’est-ce qu’il s’est passé???
- Elle a renversé la tasse de thé, je crois qu’elle s’est brûlée…

Ma cervelle se glace d’effroi, je la vois se cacher le visage dans le torse à son père, je la vois hurler de douleur et crier « bobo » entre deux pleurs. Je ne sais pas où elle s’est brûlée, je crains une seconde que le visage ne soit touché, la panique s’empare de moi comme un feu de brousse, je sens les sanglots s’embourber dans ma gorge nouée. Je m’approche, elle hurle dans les bras de son père. Il me dit :

- Je pense que c’est la main…

D’un même corps l’on se dirige à la salle de bain, la manche de son pyjama est mouillée, je sais immédiatement que c’est le bras. Je m’apprête à retrousser la manche sous l’œil interrogateur de Juan.

- Il faut enlever le tissu tout de suite sinon la peau va coller…

Je lève le tissu pour découvrir toute l’ampleur du dégât. Lily-Soleil se tortille dans les bras de Juan, elle hurle de douleur, et je vois les lambeaux de peaux, la chair à vif. C’est une vilaine brûlure. Je sens la panique m'irradier, je ne peux empêcher les larmes de couler. Ce qui calme les cris de l’enfant qui n’a pas l’habitude de me voir pleurer. J’avale mes larmes pour la prendre dans mes bras et la coller contre moi. Nous prenons la direction de l’hôpital sur le champ. Impossible de la mettre dans son siège à l’arrière. Je la prends avec moi à l’avant. La surprise de se retrouver là lui fait un peu oublier sa misère du moment. Québec est à 25 minutes, les hôpitaux de la ville sont toujours bondés, nous décidons de prendre la direction opposée, celle de la brousse pour le tout petit hôpital de St-Raymond à vingt minutes de chez nous.

Durant le trajet, courageuse, Lily-Soleil ne pleure guère, elle se colle contre ma poitrine tandis que je lui parle doucement, je prie le ciel pour que cela ne soit pas une brûlure du troisième degré. Mon inquiétude est palpable, elle voile toute mes pensées. J'ai le ventre qui se tord de peur. Juan reste calme malgré l'angoisse, cela me fait du bien. Un liquide jaunâtre s’écoule de la plaie sur mon bras. C’est poisseux. Je sens la panique qui remonte. Juan me parle de la lymphe, il m’explique que c’est un liquide qui coule lorsqu’il n’y a plus de peau. Ah! je savais pas cela. Savoir ce qui se passe m’aide à contrôler le feu de mes émotions. Mais regarder sa plaie me remplit d’effroi. Je fais mon possible pour garder mon calme et ne pas l’affoler. Je ressens une douleur viscérale à la voir souffrir. Juan s’en veut, il a tourné le dos deux secondes après avoir posé la tasse fumante sur la table, il l’a vu monter sur la chaise du coin de l’œil mais n’a pas réalisé le danger. Je n’étais pas attentive comme à mon habitude. Je sais pourtant les dangers domestiques mais à ce moment là, je ne faisais pas attention, je comptais sur lui. Il s’en veut. Je le comprends. Je ne lui en veux pas. C’est un accident. Un accident des plus banals si l’on en croit les statistiques. Je nous en veux un peu.

Je sais exactement ce qu’elle vit. Il y a quelques années de cela, alors que je me faisais un thé. La tasse m’a échappée des mains pour m’éclabousser la cuisse. La douleur fut poignante. J’ai à peine eu le temps de baisser mon jean que la peau était déjà venue avec. C’était pas mal dégueulasse, à peine moins pire que son bras par exemple! Je ne me souviens pas de ce liquide jaunâtre. Je me rappelle avoir eu bien mal plusieurs jours de suite, ceci n’est pas un bon souvenir. Dix ans plus tard, je n’en garde plus de trace physique. La cicatrice de cette tasse de thé est restée ancrée sur ma cuisse quelques années avant de s’effacer complètement. J’avais presque oublié cet incident qui me revient soudainement alors que je tiens mon enfant souffrant contre mon sein.

Nous arrivons à la « clinique, urgence, hôpital » qui dessert ce coin de région. Je sais que l’été il y a des jours sans médecin, la pénurie des médecins est bien réelle à St-Raymond! Dieu merci, aujourd’hui est un bon jour. Une dizaine de personnes attendent dans la petite salle. Tout est calme. Après avoir vu la brûlure de la petite, la réceptionniste nous informe que nous devrions passer vite. En effet, dix minutes plus tard, nous sommes dans une salle de soins. L’infirmière est très rassurante, il semble que cela soit en effet un accident bien banal. On n’est peut-être pas tant des parents indignes que cela! Elle estime la brûlure à un bon deuxième degré. Elle pose une compresse d’eau froide. Réflexe que nous aurions dû avoir mais qui nous a échappé dans la panique générale. J’ai quand même eu le bon réflexe de lui donner tout de suite une dose d’anti-douleur.

Lily-Soleil retrouve sa curiosité entre deux instants de torture. Elle subit la souffrance physique avec bravoure. Cinq minutes plus tard une docteure arrive pour soigner et bander la plaie. Elle est très gentille, elle répond gentiment à toutes mes questions de maman bouleversée. Du bon service humain. Les docteurs se font rares en région mais ceux qui y sont semblent bien dévoués. On aurait bien besoin de plus de gens comme eux dans le système de santé branlant. Elle nous annonce qu’il faudra revenir tous les jours de la première semaine à l’hôpital pour changer le pansement et examiner la plaie. Elle ne peut mouiller son bandage pour les jours à venir. Pauvre petit puce privée du bonheur de jouer dans l’eau à l’arrivée de l’été. Heureusement, elle ne devrait plus en garder de trace d’ici quelques années!!! Et tant que l’infection est évitée, elle devrait n’en garder qu’un mauvais souvenir d’ici quelques semaines…

C’est un moyen choc pour les nouveaux parents que nous sommes. Juan est plutôt retourné, je suis toute émotionnée. Lily-Soleil le bras bandé retrouve, entre deux petites plaintes, sa joie de vivre et ses sourires. Elle arrive même à chantonner dans l’auto, bien installée dans son siège sur le chemin du retour. Je réalise à quel point la voir souffrir m’est insupportable. Je ne peux imaginer l’enfer que doivent vivre les parents d’enfants gravement malades.

Nous passons acheter un médicament à la pharmacie du coin. En chemin, l’on découvre que la rue principale est en fête. C’est la foire des trottoirs, un orchestre joue de la musique country, c’est très champêtre. Le "centre ville" de St-Raymond a été rénové voici quelques années, sa rue principale a un petit look western qui me charme à chaque fois. Nous décidons d'aller faire un tour de ce marché aux puces à ciel ouvert, histoire de nous changer les idées. À cheval sur les épaules de Juan, l’enfant en pyjama et bras pansé domine l’horizon. Je m’arrête à une table pleine d’habits d’enfants. Je lis que les ventes sont au profit d’une petite fille malade. Je reconnais des marques de France dans le vrac des vêtements en vente. J’en parle à la dame qui m’accoste, elle est française et locale, ce n’est pas courant! Je comprends vite que c’est la mère de la petite fille dont j’ai lu l’histoire sur le panneau qui décore cette table. Océane est handicapée cérébrale due à une erreur médicale à l’accouchement. Elle me raconte son histoire qui a bien vite fait de remettre en perspective notre bobo du jour. Elle me parle des nouveaux traitements onéreux qui se font à Montréal. Je lui offre toute ma sympathie. Je ne peux qu'admirer cette mère qui me touche. J’achète pour dix dollars d’habits. J’en ai d'ailleurs pour mon argent, des tee-shirts, des bodys, un pantalon, un sac plein! Je rentre à la maison pleine de gratitude. Lily-Soleil s’est fait une blessure d’enfance mais elle a un avenir prometteur devant elle. C'est une chance que nous ne pouvons ignorer. Plus que jamais je ressens ce vif devoir envers son existence, cette sensation intense de responsabilité parentale. Y’a pas à dire, devenir parent, c’est toute une aventure…

Espérons que la semaine à venir ne sera pas trop rude et que la plaie guérira sans problèmes. Je pense à cette petite Océane dont les parents se battent pour qu’elle ait une mince chance de grandir normalement. En furetant la toile, je découvre même son blogue que je parcoure des yeux, le cœur serré…

L’homme et l’enfant se reposent dans notre chambre. L’inquiétude me barbouille encore l'estomac. Je maîtrise les élans de mon coeur perturbé. J’écoute vivre les oiseaux dans les arbres, j’entends un chien aboyer au loin, j’absorbe le quotidien qui s’écoule tranquillement. Voilà un sacré dimanche que l’on ne risque pas d’oublier!!!

Blessure d'enfance

lundi, juin 04, 2007

Choubouloute

Il paraît que "Choubouloute" en Martiniquais soit un terme affectif que l'on donnerait aux petites filles, enfin d’après ce que j’en ai compris! En furetant deux minutes la Toile, je découvre que selon le dictionnaire du créole martiniquais de Raphaël Confiant "choubouloute" se traduit par "petite chérie". Dans la même lancée, je tombe sur une série de livres pour enfants qui illustre les aventures d'une petite choubouloute. C’est un drôle de mot choubouloute, un mot qui roule dans la bouche...

Ma choubouloute de maison est de plus en plus bavarde, elle collectionne les nouveaux mots au fur et à mesure des semaines qui passent Elle grandit si vite! Elle se fait de plus en plus autonome. Elle affirme ses envies qu'elle mime très clairement et je me demande un peu ce qui m'attend lorsqu'elle les formulera de vive voix! La saison des caprices est proche. Du haut de ses dix huit mois elle s'active à me faire tourner autour de son petit doigt. Je résiste doucement. J'espère que nos confrontations à venir ne seront pas trop douloureuses. Elle commence à me dire de petits "nonononon", bien grognons par ci par là. Elle qui est tout le portrait de son père, ressemble comme deux gouttes d'eau à sa mère lorsqu'elle fait la moue. Je suis ravie de cette ironie qui se délecte de moi! L'homme découvre par bribes de fin de semaine les pourtours de son petit caractère qui se forge.

Moins patient que ma pomme, il s'arrache un cheveu tout en se demandant sur quel pied danser devant son petit ange qui se transforme en l'espace d'une minute rebelle en un petit diable de salon. Il écarquille les yeux devant ce petit monstre sur pattes. Il hausse la voix, et comme par magie, le petit monstre redevient en deux secondes et demie sa petite merveille de fillette. L'on pénètre ce que les anglais appelle le "Terrible Two", l'infernal deux ans. Une grandiose période qui se décline de multiples façons (La crise du Non, la crise hollywoodienne, la crise molle, la petite révolte, la statue hurlante etc.) Pour l'instant elle nous épargne, ses crises sont minimales, nous tenons fermement notre bout mais jusqu'où nous tiendra-t-elle tête? Entre son père et sa mère qui n'en ont jamais fait qu'à leur tête, elle a de qui tenir. L’autre jour, pour la première fois elle a refusé de porter la robe que je lui proposais pour s’en choisir une autre plus à son goût! Elle m’a laissé bouche bée sur le plancher, si petite et déjà si volontaire...

Ma chouboulote de maison parle couramment le « Miaou ». Elle vit en une communauté féline dont elle s’imprègne l'enfance. Elle continue d'aimer les livres, ce qui a tendance à m’amuser tout en me comblant de bonheur. Elle lit même ceux sans images. Ce comportement me fascine. Elle me pique ceux qui traînent sur une table. Elle se pose, se concentre, ouvre une page au hasard, et de son petit doigt suit les lignes qui s’étirent tout en babillant à tout vent. Elle se raconte des histoires que je ne comprends pas. Des histoires passionnantes aux multiples intonations qui s’écoutent comme une chanson bambine. Subjuguée, je l’observe tendrement tout en ayant l’impression de rêver éveillée…

Lilounette

Note: "Terrible Two". Un petit vidéo savoureux...

Choubouloute

jeudi, mai 24, 2007

Maman à plein temps.

Parfois au creux de mes journées, je me dis que j’aurai bien envie d’écrire et de m’épanouir les neurones. Une autre fois, l’envie de traduire et de me rappeler ce qu’est un pouvoir d’achat me traverse la chair. Et puis je la regarde me sourire, j’entends ce « Maman » terme multifonctionnel qui m’appelle et plus rien d’autre ne compte…

« Maman », ça y est j’ai inséré le terme en mon identité. Elle dit « Maman ! » et j’apparais comme par magie. Je suis là pour consoler, donner, aider, ramasser, porter, éduquer. Je suis un mot à multiples fonctions! Parfois, je sature et que j’aimerai bien me souvenir que j’ai un prénom. Et puis son rire m’entraîne et je m'oublie...

La mère en moi s’active, cogite. Elle a 18 mois, elle baragouine beaucoup mais parle peu à mon goût. Le « Maman » télépathique rendant trop bien service. Je lis que les enfants qui marchent tôt parlent plus tard et vice-versa. Elle possède une douzaine de mots à son vocabulaire. Elle a développé un langage onomatopéique très coloré. Cependant je soupçonne mon dévouement de ne pas l’encourager à parler plus clairement. Je médite sur le sujet et décide d’appuyer sur la pédale du langage. Plus de niaisages…

Je l’encourage à être autonome en lui apprenant à s’habiller et se déshabiller, en la laissant expérimenter ce qui lui passe par la tête, en essayant de ne pas répondre à chacune de ses demandes. Ce dernier point est le plus ténu. J’estime qu’en étant à la maison mon emploi est son bien-être, or ce faisant me voilà un peu sa bonne! Il faut que je révise un peu le sujet. L’homme me réprimande un peu et trouve que je ne pense à assez à moi. Pffff! Leur bien-être est mon bonheur...

Je dois me surveiller si je ne veux pas en faire une enfant capricieuse. Pour l’instant, j’ai encore l’impression d’équilibres. Même si je vis selon son rythme, elle sait mes limites et ne les dépasse pas. Elle est bien dans sa peau, vive et agréable à vivre. Pourvu que cela dure! Eve, enceinte jusqu’aux dents la trouve toujours de bonne humeur, elle n’est pas la seule à nous le faire remarquer. Partout où on la trimballe, elle attire les gens qui viennent lui faire des risettes et n’en finissent plus de nous dire combien elle est souriante.

Tant et si bien que l’autre jour, au dépanneur du coin, alors que je feuillette des magazines (que je n’ai plus les moyens d’acheter) et que M’zelle Soleil s’amuse à accueillir chaque personne avec un signe de la main et un sourire. La dame derrière la caisse papote allégrement sur le fait qu’elle n’en revient pas combien cet enfant est charmante. Mentalement, je grogne en silence: « Oui, je sais, je sais, c’est un petit rayon de soleil mais pourrais-je lire deux potins tranquille deux minutes ? ». Une bouffée d'impatience s'échappe de ma peau, entre deux lignes volées, je ne peux m’empêcher de rétorquer un peu sèchement : « Cela doit être parce-que je me dévoue à son bonheur! » Merci. Bonjour. Fin de la conversation. Je parcoure encore quelques pages avant d’enlever ma jolie qui sourit à la ronde. Parfois, je fatigue...

Cette semaine, pas de journée de gardienne pour cause de jour férié. Son apprentissage de la garderie n'est pas violent! Un jour à la fois, par ci par là dans le mois, c'est suffisant. Je n'aime pas l'idée de devoir m'habituer à ne pas l'avoir avec moi. Je sais que tout ce temps que je passe avec elle est précieux. Je ne m'en plains pas. J'espère que je ne me trompe pas, que je lui apporte tout ce dont elle a besoin, que je sers à quelque chose d'utile. Je sais que tout ce temps passé avec elle est presque un luxe par nos temps modernes. Un luxe qui m’entraîne dans la simplicité « involontaire » parce-que, honnêtement, je ne suis pas sure que si j’avais un pouvoir d’achat je serai aussi ascétique sur le plan de mes envies de consommation. Enfin vu que mon choix de vie ne me porte pas dans cette direction, y penser ne sert à rien! Peut-être un peu malgré moi, j’apprécie cette simplicité loin des artifices. Je l’apprécie assez pour l’apprivoiser et m’y sentir à l’aise. Je réprime mes insatisfactions personnelles, mes frustrations matérielles, la culpabilité d’appauvrir mon foyer, pour me donner entièrement à ce devoir que je ressens, ce besoin d’être auprès d’elle. Je réalise aussi que moins j’ai d’argent, moins j’en ai envie (si je ne pense pas aux réparations de l’auto et à l’étage d’en dessous à rénover!). Moins j’ai d’argent dans mes poches et plus j’ai l’impression de ne vivre que des vraies choses. C’est étrange. J’en connais tant des gens plein aux as qui plus ils en ont, plus ils en veulent! Et plus ils sonnent creux de l’intérieur...

Il faut dire que M’zelle Soleil me comble de mille bonheurs qui me donnent l’impression de vivre dans une inestimable richesse maternelle. Chacun de ses sourires confiants, de ses baisers baveux qu’elle m’offre généreusement m’enrichit l’esprit. Ses petites mains qui serrent mon cou affectueusement me remplissent le coeur de chaleur. Son regard me bouleverse et ses mimiques me renversent l'être. Jour après jour, elle se personnalise, elle émerge de la coquille du bébé pour devenir une toute petite fille. Jour après jour, je m'émerveille...

Alors que je lui explique toutes sortes de choses et l’incite à dire les mots qui les désignent. Elle préfère souvent mimer ses désirs. Elle me fait signe qu’elle veut boire, je lui demande de répéter le mot : « eau ». Elle me regarde d’un drôle d’air et ne me réponds rien :

- Dis eau Lily, dis le mot…

Elle me regarde sérieusement et d’une toute petite voix timide me dit :

- Mmmoooooo

Okay la mère! J’éclate de rire. Bien répliqué ma fille! Je ne veux pas non plus la brusquer dans le rythme de ses apprentissages, je lève un peu la pédale de ma passion. Malgré tout, elle parle un petit peu plus chaque jour, comprend tout ce que je lui raconte et répète de plus en plus après moi. Tout comme lorsqu’elle était bébé ses rires cristallins m’évoquaient des chants d'oiseaux de paradis, sa petite voix toute neuve m’enchante l’ouie.

Il fait bon être sa maman à temps plein. L’hiver prochain, je devrai m’en séparer un peu, passer le flambeau à une autre quelques jours par semaine, histoire que l’on évite la banqueroute et que mon mari ne meurt pas de soucis! Cependant, présentement, l’élever dans ce cocon tissé de la douceur de mon cœur est ma seule priorité et c'est ainsi…

Maman à plein temps.