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mardi, octobre 17, 2017



En France,  Cantat à la une des Inrocks fait grand désordre. Tant que les femmes rugissent sur les réseaux sociaux avec  #balancetonporc. Un hashtag cru qui dénonce ces hommes malfamés qui harcèlent sans pitié.

À Hollywood, le scandale Weinstein fait réagir les femmes avec le hashtag #Metoo. Au Québec, c'est #moiaussi qui libère les paroles des femmes tannées de se faire harceler. Je me joins à l'effort solidaire en partageant quelques bribes de vécu.

Heureuse je suis que s'unissent les femmes du monde moderne. Heureuse je suis qu'enfin réagissent les femmes bafouées depuis des millénaires. Il est temps de remettre quelques pendules masculines à l'heure du jour!

Le pouvoir des mots, la force de la vérité...

Espérons que ceci n'est pas juste une autre de ces tendances passagères qui fait feu de paille numérique... avant de disparaître dans le néant de nos consciences collectives.

Il reste cependant une nuance entre l'agression et le harcèlement sexuel. Même si tout harcèlement agresse. J'ai vécu plusieurs expériences d'harcèlement mais je n'ai jamais été agressée.

Cependant, en 44 ans d'existence féminine, j'ai vécu assez de mauvaises expériences pour savoir ce qu'il en est d'être sexuellement harcelée. Assez pour comprendre que les sources de ces harcèlements sexuels sont la domination et le pouvoir.

J'ai aussi connu certaines femmes, pour qui c'était normal. Et qui m'ont incitée à en accepter la chose sans broncher. Ce qui n'est jamais arrivé. Jamais je n'ai pu accepter la domination masculine.

Avoir 20 ans et buller 
au soleil des Laurentides
Je vais te prendre comme une chienne!

#moiaussi comme toutes les filles de ce monde.

En différentes occasions, de moins en moins souvent en vieillissant.

Aujourd'hui, je pense que c'est impossible, car la mère est rendue trop féroce.

Jeune, fraîche comme une rose qui vient d'éclore, c'est en marchant dans la rue que j'ai pu entendre toutes sortes d'obscénités.

J'ai pu entendre les horreurs que certains hommes auraient aimé me faire vivre. J'en ai appris à cultiver l'indifférence et le pas rapide.

Le dégout ressenti en ces moments là a toujours été plus fort que la peur. D'autant plus que ceux-là se nourrissent de la peur qu'ils inspirent. Avoir peur, c'est les stimuler.

Harcelée derrière les portes closes...

Par exemple, j'ai eu un beau-père qui s'amusait à me pogner les seins pour me prouver son pouvoir sur ma vie. Il a fini par quitter ma mère pour cause d'homosexualité.

Son harcèlement sexuel n'était même pas sexuel. Mais l'est-il jamais vraiment dans le fond? N'est-ce pas plutôt une question de pouvoir mâle? Une manière de dénigrer les femmes, de les rendre inférieures, de les écraser pour mieux les dominer?

Parfois c'est sexuel. D'autres fois, c'est juste la soif du pouvoir sur autrui. Ou encore les deux mélangés... #metoo

Comme c'était mon beau-père et que ma mère en acceptait les abus, j'étais démunie. Il pouvait me claquer les fesses selon ses humeurs ou carrément me pogner un sein (ou même les deux) et squeezer. À volonté. Parfois jusqu'à ce que j'en hurle. Soi disant pour rire. Même si je n'en riais jamais. J'en hurlais souvent. Mais cela faisait rire ma mère.

À l'intime, ma mère a développé un malin plaisir à me voir souffrir. À me voir dénigrée ou rabaissée. Avec toujours un petit discours de circonstance afin de bien m'expliquer comment je le méritais. Sa jalousie envers moi a été plus forte que son instinct maternel. Avec elle, j'ai tout appris par contre exemple.

J'avais 15/16 ans quand ce beau-père me tripotait en toute liberté. C'était sa façon de me rabaisser et de me remettre à "ma place". Sous sa coupe masculine. Jusqu'à ce que je lui dise d'arrêter à moins de le frapper en retour (vers 18/20 ans). #balancetonporc

Assouvir les fantasmes du mâle de service?

Que dire lorsque, vers 22 ans, le père de deux de mes élèves de cours privés de français m'a demandé de ne plus mettre de petite culotte durant mes cours (en me proposant de me payer plus cher de l'heure pour son fantasme) puis d'essayer de m'enroler en des contrats de bruitages de films pornographiques?

De me demander de feinter la jouissance tandis qu'il essayait de me persuader de capituler en montant ses prix. Bien consciente de ses manipulations masculines, résister fut simple. Ma mère, ensuite, de m'expliquer combien j'étais bêtasse de refuser une telle offre! Une décision que je n'ai pourtant jamais regrettée.

Le plus ironique étant que je faisais parfois mes cours privés en mode commando, ni vu ni connu, par liberté personnelle. Tout comme j'aimais me promener nue en forêt, suivie à la trace par mes deux chats.

Avec lui cependant, j'étais certaine d'être toujours culottée et strictement habillée. Car ses regards cochons m'irritaient profondément. J'ai eu bien de la peine pour ses gamins et pour leur mère.

Hier, en attendant le chiro
qui me redresse le dos
Je ne connais, aucune mère, à part la mienne, qui engueule sa fille parce-qu'elle refuse d'entrer dans l'univers du porno. J'ai refusé et il n'a plus jamais amené ses enfants à mes cours.

Non seulement j'avais raté l'occasion de faire de l'argent facile mais en plus j'avais perdu un client!

Ma mère m'en a fait la leçon, à maintes reprises. Trop prude à son goût j'étais. Jusqu'à ce que je finisse par couper tout pont avec elle.

Les jeunes filles comme proies...

Au tout début de l'adolescence, en France, à maintes reprises, je me suis fait suivre dans la rue. Sans même que ceux qui me suivent ne s'en cachent.

Tout en me faisant dire toutes sortes d'obscénités. En tant que jeune fille, c'était une norme sociale avec laquelle il fallait apprendre à vivre. Une norme qui hérissait tous les poils de mon corps.

Arrivée à Montréal, à 14 ans bien tassé, je me suis fait suivre quelques fois aussi (au fil des années). Mais c'était du pipi de chat par rapport à ce que j'avais connu en France. J'en fus si soulagée. Il en découlait un nouveau sentiment de sécurité que j'appréciais.

Rendue à mon âge vénérable, plus personne n'oserait s'y frotter. Car qui s'y frotte s'y pique!

Mais j'ai conscience de devoir maintenant préparer ma fille à ne jamais accepter l'irrespect de son sexe. À ne jamais avoir peur des hommes. Car nous ne sommes pas un "sexe faible", nous sommes des femmes fortes qui méritent le respect!

#Moiaussi libère les paroles féminines...

samedi, janvier 29, 2011

Princesse givrée...

En mon pays, je ne suis pas une princesse. Juste une pauvre pigiste de brousse, artiste sauvage, bien mariée avec une gamine qui respire la joie de vivre.

Pourtant, si l'on compare mon sort aux femmes d'ailleurs dans le monde, je suis bien plus souvent une princesse qu'une esclave! Souvent j'en ai conscience. Souvent j'en réfléchis la chance. En mon pays d'hiver, il fait bon être femme...

Par exemple, en Afghanistan, les femmes vivent les pires traitement. Elles existent dans de grandes pauvretés (aussi matérielles qu'immatérielles). Elles sont emprisonnées pour les pires absurdités et ne connaissent aucune réelle justice.

Pour ces femmes là, il n'y a aucun doute, je suis une princesse qui vit une existence dorée! Une princesse libre qui peut dire et faire ce qui lui plait. Aimer, créer, penser dans la plus grande légalité. Vivre en un confort dont ces femmes d'ailleurs ignorent la saveur.

De bon matin givré, mes pensées féminines se tournent vers celles qui vivent l'enfer. Entre deux flocons qui virevoltent, je me rappelle à quel point je suis privilégiée. Et comment je ne suis pas la seule à l'être en mon coin de pays. Nos réalités québécoises sont aussi éloignées des leurs que la distance qui nous sépare...

Parfois je fantasme d'un autre monde où un escadron de femmes effrontées irait libérer ces femmes affligées. Évidement il faudrait mettre pas mal d'hommes en prison et en jeter la clé! Mais en étant aidées intellectuellement, ces femmes seraient alors en mesure d'élever les futures générations masculines à vivre en paix dans un climat d'égalité et de respect. Enfin ceci n'est que l'insignifiant fantasme d'une princesse au coin de son lac!

En Afghanistan, là où d'après les dires, les femmes sont dans la pire mouise. Les hommes d'ici s'y battent. Là-bas, de jeunes canadiens vont mourir ou revenir avec des morceaux en moins. Mais cela ne change pas grand chose à la réalité des femmes. D'ailleurs qui s'en soucie vraiment? La guerre des hommes est plus souvent vaine qu'efficace. Et malheureusement les amazones justicières n'existent que dans l'imaginaire collectif...

L'autre jour, je croise chez la coiffeuse deux soldats prêts à repartir pour l'Afghanistan. Évidement je ne peux m'empêcher de m'ouvrir la trappe et de creuser un peu le sujet. De leur demander ce qu'il font là-bas. Malgré le secret militaire qu'ils portent tous sous leurs cheveux raz, il est facile de percevoir qu'il n'y font pas grand chose pour les femmes! Ceux-ci sont sympathiques. Eux-mêmes ne savent pas vraiment à quoi ils servent là-bas. C'est leur travail. Je les observe, dans la fleur de l'âge, et je me dis que prendre le risque qu'ils y perdent leur vie est bien dommage.

Parait que c'est au nom de la liberté qu'ils vont faire la guerre. La nôtre, la leur. "Foutaises!" aurait dit ma grand-mère. En effet, je doute fort que cela soit le cas. Ils vont faire la guerre pour l'argent et le pouvoir. D'ailleurs à part lorsque les américains ont libéré l'Europe du joug des nazis, combien de fois les hommes se sont faits la guerre au profit de la liberté? Si l'on est franc, en toile de fond guerrière, il y a toujours l'argent et le pouvoir enrobés de violence et de haine. Et quoi qu'il arrive, c'est toujours les femmes qui payent le plus cher tribu.

Princesse givrée...

dimanche, janvier 14, 2007

Brouhaha mental

Des journées ensoleillées succèdent à plusieurs jours de neige. Chez nous, l’hiver s’accroche à quelques nuits bien froides. Hier l'on frôlait les -20, presque un bonheur de saison. Un petit mètre de neige glacée recouvre le paysage malgré les températures douces des dernières semaines. Ailleurs l’hiver se perd. Ici, entre monts dénudés et lac givré, il résiste.

Petit passage à vide pour ma pomme. Même si j’avais bien dit : « Elle ne passera pas par moi! ». Elle est passée quand même la maudite!!! Sans être virulente, elle a fait rejaillir de bien mauvais souvenirs de cette année passée à essayer de survivre à ma peau. Je m’en sors indemne mais essoufflée. Si l’on reste objectif, je suis en bien meilleure forme que je l’étais à pareille date l’année dernière. Je n’ai pas encore retrouvé toute ma séduction mais ma santé est en bonne voie de guérison.

Juan me dit :

- Tu es dans un creux de vague ma chérie. Tu as besoin de te stimuler les neurones. Un bébé ça apporte plein de choses mais cela ne stimule pas les neurones…

Je grommelle. Les jours passent et je me rends compte de la sagesse de ses paroles. Cela m’énerve. Emportée par ce tourbillon de sensation qui éclairent cette autre transition, je me débats le coeur. Avec la naissance de l’enfant, la naissance du parent qu'il faut éduquer. Je me laisse ballotter dans d’étranges vagues émotionnelles. Il va falloir que je me détache un peu de l’enfant. Cette simple pensée me bloque toute entière. J’ai le cœur épanoui et la cervelle en marmelade. Je n’aurais jamais pu imaginé à quel point il est déstabilisant de devenir parent. À quel point cela peut renverser un quotidien...

Écrire a toujours fait partie de ma vie. Je me souviens encore à quel point le concept de "rédaction" appris au primaire a révolutionné ma vie. Si je remonte encore plus loin, je me souviens de ces frustrations épuisantes de ne pas savoir parler. Je me souviens être minuscule, à peine capable de voir par dessus la table de la cuisine, écouter s’exprimer les adultes, comprendre les mots, essayer de les répéter pour n’entendre que des charabias incompréhensibles et voir les lueurs d’interrogations dans le regards de ceux qui m’élevaient. Je me souviens de mes rages intérieures à vouloir mettre la vie en mots. Je me souviens de cette première question qui hanta ma peau d'enfant.

Après avoir passé des semaines à essayer de mettre en mots ma pensée, je finis par être satisfaite, je me lance et je demande à ma grand-mère:

- Dis pourquoi on est sur Terre?

Ma Mère-Grand de froncer les sourcils et de me répondre :

- Heu, tu demanderas à ta mère ce soir.

Reposer la même question à ma mère pour l'observer, toute aussi médusée, se dépatouiller sans succès avec ma colle et finalement me répondre.

- Tu demanderas à ta maîtresse demain.

De commencer à douter d’avoir réussi à formuler le fond de ma pensée correctement. Pourtant les mots étaient clairs. Je décide de ne pas trop m’en faire avant d’avoir vu la maîtresse. Le lendemain, j’arrive à l'avoir pour moi toute seule. Je prends mon courage de fillette à deux mains et je lui pose cette question qui m’agace. Je la vois chercher ses mots. Ne pas trop comprendre. Comme mon vocabulaire est limité, après tout je ne suis qu’en maternelle, j’ai de la difficulté à approfondir mon idée. Je lui dis que j’ai demandé la même chose à ma famille qui ne m’a pas répondu et m’a dirigée vers elle. Je voudrais juste savoir pourquoi l'on est sur la Terre. Pourquoi je suis sur Terre? Elle ne sait quoi me répondre. Je me dis que finalement les adultes ils n’en savent pas tant que cela! J’essaie au fil des mois de peaufiner ma question, de la reposer à maintes occasions avant de me résigner devant l’ignorance des adultes qui m’entourent…

Maintenant que Lily-Soleil est née, fécondée en ma chair, mise au monde par ma peau. Je me demande si c’est pour cela que l’on est sur Terre. Mais plus je tourne et retourne le sujet, plus j’ai l’impression que ce n’est qu’une facette de ma vie. La reproduction est une partie importante de notre espèce mais cela ne peut être tout ce à quoi l’on se résume! Je dois donc continuer cette quête à la source de mon humanité. Mais pour cela, je dois me détacher un peu de l’enfant. Cette solution ne coule pas de source en mon cœur.

Lorsque l’on est femme et que l’on devient mère, c’est toute notre identité qui évolue. Selon les bagages que l’on transporte avec soi, les réactions s'enclenchent. En accord avec mon passé, je me sens le devoir et la responsabilité d’être le plus présente possible dans la vie de ma fille. C’est une réaction viscérale qui défie la raison. Lorsqu’en moi jaillissent des besoins personnels, je les refrène, car s’ils impliquent l’éloignement de l’enfant, je me sens si coupable de les ressentir que je préfère les renier. C’est une émotion qui défie la raison.

Mais la raison doit arriver à s’entendre avec le cœur pour trouver un nouvel équilibre d'existence. Nous sommes des créatures de passions et d’émotions. Des créatures émotionnelles dotées d’une cervelle capable d’engendrer des merveilles. Mais il y a encore des jours où je me demande bien quel est le but de nos existences…

Brouhaha mental

mercredi, janvier 03, 2007

Conjuguer la femme et la mère n'est pas une mince affaire! Depuis la sortie de cet essai, un nouveau débat prend forme...

Extrait via cet article: "Le point de vue de Nathalie Collard sur...

Le féminisme: « Le féminisme aborde rarement la maternité. Lorsqu'il le fait, c'est pour parler d’avortement et du droit à disposer de son corps. Je crois qu'il est grand temps de se questionner sur notre rôle de femme et de mère, et de cesser de percevoir la maternité comme un piège. La maternité vient avec des responsabilités et un retrait de la vie active. Les premiers mois, c’est la maman qui s’occupe du bébé, que l'on soit féministe ou pas. Il est faux de croire que la journée suivant l'accouchement, on peut retourner travailler et continuer sa vie comme si de rien n’était. C'est certain que mettre son enfant trop tôt en garderie entraîne des impacts négatifs. Pourtant, on refuse de regarder cette réalité en face et d’envisager des solutions. Le sacrifice même pour la mère de rester avec son enfant durant la première année ? et pour le papa les six mois suivants ? apparaît insurmontable. Si nous ne sommes pas prêts à cela, alors n’ayons pas d’enfant !

La génération X, celle dont je fais partie, est éloquente : nous étions certaines de pouvoir tout réaliser ? des études poussées, une brillante carrière, une vie de couple épanouie hors mariage... Jamais personne ne nous a dit que le fait d'avoir des enfants impliquerait un arrêt de travail temporaire, une perte de repères. Nous éprouvons toutes les misères du monde à réconcilier notre vie de femme autonome et notre maternité. Il existe actuellement une compétition malsaine entre les femmes qui travaillent et celles qui font le choix de rester à la maison pour s'occuper de leurs enfants. Les secondes sont souvent méprisées par les premières. Tant mieux si ces femmes peuvent se le permettre ! S’il y a un échec dans le féminisme, il se situe à ce niveau, bien plus que dans le phénomène de l’hypersexualisation des fillettes.

Tout ce que l'on fait maintenant, c’est de rassurer notre employeur et notre entourage en leur disant : “Je n’ai pas changé parce que j’ai eu des enfants”. Sur le plan physique, on va se dépêcher de retrouver sa taille. C'est comme si c’était une tare d’avoir des enfants. »"

Conjuguer la femme et la mère

Brouillon mental

Premiers mots de 2007. Retour devant la machine infernale. Avec bonheur, je me suis éloignée de la bête informatique. Laissant rejaillir à la surface de mes souvenirs ces années d’existence sans la Toile invisible pour nous emporter les heures. J’ai dévoré quelques livres. Et surtout, je me suis baignée dans cette lumière amoureuse qui s’allume tendrement lorsque nous sommes ensemble. Cela faisait si longtemps que je n’avais pas passé autant de temps avec lui...

Son emploi à l’université ne lui offre pour l’instant qu’un simple salaire, pas de congés payés, pas de congés maladie, pas d’assurances, juste l’occasion de faire ses preuves. Huit jours fériés par année et au bout de deux à trois ans, l’opportunité de décrocher une permanence avec congés payés et ribambelle de conditions sociales. En attendant, il pointe au bureau et travaille sans relâche. De mon coté, j’apprivoise mon rôle de mère au quotidien et plusieurs soirs par semaine alors qu’il rentre du bureau et prend le relais parental, je vais fouetter ce corps ingrat qui m’a si lâchement laissé tomber en le torturant vigoureusement dans une salle d’entraînement uniquement peuplée de femelles en sueurs.

Nous ne nous voyons plus que les fins de semaines. En bientôt sept ans de cohabitation, c’est la première fois que nous nous voyons si peu. Nous en sommes conscients, nous en discutons régulièrement. Le secret de la réussite présente de notre couple tient dans cette communication fluide qui nous balance. Car comme dans tout couple, parfois les regards grincent, parfois les portes claquent, parfois les mots piquent. Les courants des humeurs qui nous parcourent s’entrechoquent, s’emboîtent, s’adaptent et puis s’harmonisent. En sa compagnie, chacune de mes émotions est valide, nul besoin de les cacher, nul besoin de faire semblant, avec lui, je suis entière. Malgré cela, il nous aura fallu deux trois jours pour retrouver nos repères, deux trois jours pour rééquilibrer ce quotidien qui d’habitude nous fait défaut. Comme toujours le pouvoir de communiquer le fond de nos pensées nous a sauvé du pire pour nous guider vers ces voies de compréhensions mutuelles essentielles à notre bonne entente. Nous sommes sortis chez des amis, nous avons reçu la famille, nous nous sommes reposés, nous sommes partis pour de longues ballades sur le lac, dans la poudreuse qui scintillait de mille feux sous un soleil polaire. Même le temps s’est accordé avec les beautés de l’hiver pour nous offrir une symbolique bordée de neige le 26 décembre. De la neige douce, aérienne, qui s'est offerte à de merveilleuses journées, bien froides mais si ensoleillées!

La petite était ravie de passer du temps avec nous deux. Les trois, ensemble. Si jolie à voir grandir, elle a commencé l’année avec un moral nullement affecté par ce premier rhume attrapé à Noël ou par cette petite larme qui lui gela un minuscule bout de peau exposée à l'hiver retrouvé. Sans trop comprendre le principe des fêtes, ses grands yeux bleus ont brillé à mesure que les jouets lui pleuvaient entre les mains. Petite boule de sourire, de plus en plus rigolote, de plus en plus coquine. Les premiers jours, Juan a dû subir le « papa-scotchage » qui consiste à ce qu’elle le colle avec tant d’ardeur et de volonté qu’il ne peut faire deux pas sans l’avoir accrochée à une jambe. Elle ne semble pas souffrir de ce problème avec ma pomme qu’elle voit à satiété. Au bout d’une semaine ensemble, ce symptôme à saveur « Œdipienne » semblait être passé. Il rejaillira sûrement au cours des prochaines semaines. C’est le revers de la médaille du père qui fait de son mieux pour s’occuper de sa toute petite fille tout en continuant le dur labeur de sa vie professionnelle. Au détour d’une conversation, l’on remarque comment les circonstances de la vie rendent la paternité si empreinte d’absences.

Pour Lily-Soleil qui adore son père, les heures en sa présence sont trop courtes, trop rares, elle en veut plus. Il le sent, je le vois, elle l’exprime. C’est ainsi. Presque étrange pour moi qui n'ai pas de souvenirs paternels. Je trouve que Juan est bien présent dans la vie de son enfant. Cela me cicatrise de l’intérieur. Je n’ai pas grandi avec le manque paternel, mais j’ai connu ce manque maternel qui m'a construite. Je suis issue d'une famille dysfonctionnelle. Au fond, tout ce que je désire c'est savourer le bon fonctionnement de cette jeune famille que nous construisons au fil des années qui s'effacent. Je suis le fruit insouciant du mariage éclair de deux adolescents en rut. Ma mère, une femme de sa génération avec des ambitions d’indépendance exacerbées a mené sa vie tambour battant. Élevée dans les jupons de ma grand-mère, je voyais tourbillonner ma mère, jeune, belle, libre et je sentais cet insaisissable manque me grignoter le fond du ventre. Ainsi était ma vie. Désormais, je dois confronter ce traumatisme d’enfance en acceptant en mon cœur que je ne peux passer chaque seconde de mes jours avec Lily même si j'en ressens le devoir. Que je dois aussi vivre une vie qui est mienne. C’est une réalité qui me déchire. Je suis capable de l’envoyer passer une journée ou une nuit chez ma mère car c’est sa grand-mère et qu'à travers elle, j’y retrouve peut-être ce que je n’ai pas connu.

L’idée de la gardienne me fout à l’envers. Je bloque sec. Depuis des semaines, Juan essaie de planter des graines de raisons dans ma petite tête pour me décoller de ces puissantes émotions internes, je le laisse faire, je les laisse germer. J’apprivoise sans joie l’idée de la garderie. Viscéralement, je veux la garder encore un temps près de moi. Je veux continuer d'apprendre à la connaitre. Je me rebelle. Est-ce si grave de laisser mon individualité de coté pour encadrer ses jeunes jours? Est-ce si grave si notre pouvoir d'achat est faible? Parfois je ne fais que la regarder grandir et le temps s'arrête. Je fonds de bonheur. Je suis là où je dois être. Je me sens riche. Je la guide. Chaque jour davantage, j'aime être sa maman...

Je sais que le jour viendra où elle ira à l’école. J’ai d’ailleurs laissé tomber le fantasme de lui faire l’école à la maison, car soyons franche, j’aime quand même bien l’idée d’avoir une vie indépendante de mon rôle de mère et si j'avais dû être institutrice, j'aurais passé ces portes qui se sont ouvertes maintes fois vers cette voie alors que je piétinais le chemin de mes destinées. Je sais que pour reprendre les rennes d’une certaine individualité, je dois laisser d’autres personnes s’occuper de mon enfant vu que je n’ai pas les huit bras, quatre bouches et trois cerveaux qui me permettraient de tout faire à la fois. J'ai du mal à accepter cette idée...

J’envisage malgré tout avec cette nouvelle année l’option de la laisser quelques heures par semaine en garderie familiale. C’est à reculons que j’envisage cette option, poussée dans le dos par mon homme qui, je le sais, ne veut que le meilleur pour ma pomme. Mais encore faut-il trouver LA garderie! Je suis en paix avec l’idée qu’elle passe une journée par semaine chez sa grand-mère, je suis heureuse qu’elle ait ainsi l’occasion de développer une relation approfondie avec l’un de ses grands-parents. Mais sa grand-mère n'est pas toujours disponible alors il faut aussi avoir un plan B. Je comprends le principe.

Pour faire preuve de bonne foi ou est-ce les graines de l'homme plantées dans mon cerveau? Le fait est que je n’ai pas tourné la tête lorsque j’ai vu sur les babillards des commerces du village voisin les cartes pour la promotion d’une garderie familiale à trois rues de chez moi. J'ai pris l'un de ces cartes dans ma poche. Malgré mon estomac serré en des nœuds bien raides, ce matin, j’ai appelé et laissé un message pour avoir plus d’informations. Rien qu'écrire ceci m’inonde d’angoisses sombres. Je suis bloquée à la gorge. C’est une évidence. Plus je passe de temps avec ma fille, plus il m'est difficile de m'en détacher. Elle m'accroche le coeur. J'aime tant ces moments privilégiés que nous passons ensemble.Du coin de l'oeil, j’observe de loin le débat qui entoure ce livre (que je n'ai pas lu par crainte de m'y perdre!) qui me conforte dans mon « blocage ». Je me sais incapable de l’envoyer en garderie avant ses 18 mois. Je sais cependant qu’elle va bientôt avoir besoin de socialiser avec d’autres enfants, c’est l'unique point qui fait pencher ma balance. Je ne tiens pas à l'enfermer dans un vase clos en ma seule compagnie. Elle aura 14 mois dans quelques jours…

Si je pouvais me contenter de n’être qu’une mère au foyer, je serais au paradis des femmes comblées. Mais je ne me rends compte que je ne peux désirer n’être qu’une mère pour le restant de ma vie. J’ai aussi besoin d’exister en tant que femme, en tant que personne individuelle. Même si je m'en écarte souvent, je vis dans une société enrobée de consommations, une société basée sur des règles individualistes. Il est difficile de renier le monde qui m'entoure. Je réalise la profondeur des dilemmes qui affligent la "femme-mère". De nos jours, les femmes sont libres d'être ce qu'elles désirent être. Nos mères ont repoussé les limites permises, elles se sont battues pour l'égalité des sexes et c'est pour le mieux! Les réalités féminines se sont, au fil des générations, doucement transformées de façon à laisser éclore les individualités. Maintenant, chacune d'entre nous doit trouver son propre équilibre au sein de ces nouvelles libertés. En cet équilibre se cachent bien des défis...

Faire un enfant a changé bien des choses dans ma vie, dans mon esprit, dans mon corps et dans mon cœur mais mon âme est restée intacte. Et mon âme se nourrit de mots et de langues, elle en a besoin tout comme l'humain a besoin d’air pour respirer. Il est temps avec cette nouvelle année de retrouver le chemin des mots disciplinés et de discipliner les émotions embrouillées…

Brouillon mental

mercredi, novembre 01, 2006

Femme et maman

Tôt ce matin, le soleil fait scintiller la fine couche de gel qui recouvre la cime du sapin ornant la pelouse encore verte. Ce même soleil fait fondre les dernières taches de neige qui s’accrochent à la nature assoupie. Il chasse la buée de mes fenêtres. Il réchauffe cette première journée de novembre qui annonce l’arrivée imminente de la saison prochaine…

Lily-Soleil fêtera bientôt sa première année d'existence. J’ai les sentiments remués par cette épuisante année, par ces douze longs mois qui viennent de passer. Les sentiments mitigés, entre le bonheur d’être maman et la rudesse de ma déchéance physique. Physique que je retrouve lentement mais sûrement. Encore bien des efforts à suer pour mieux m'assumer. Regarder les bons cotés. Seins plus fermes, ventre moins mou, cuisse moins grasse, chair moins pendante, paire de fesses moins proéminente. Lâcher prise. Je suis femme dans le soleil levant…

Femme...