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lundi, avril 26, 2010

Montréalisée...

Downtown Montreal

De retour de Montréal. Montréal où le plateau fourmillait de vie, où les feuilles verdissaient les arbres des rues et où la vue depuis notre chambre d'hôtel était superbe. Cette fin de semaine dernière, il faisait un temps magnifique à Montréal. Les terrasses étaient pleines, le soleil plombait la ville qui se donnait des airs d'été. Et M'zelle Soleil, les yeux grands ouverts, assimilait toute cette vie urbaine qui grouillait autour d'elle...

Poser nos sacs au coeur de la ville

Par la magie d'Hotwire, je nous dégote l'un de ces hôtels qui fait du bien au moral. Il n'y a rien comme un quatre étoiles à petit prix pour retrouver le sourire! Se lover dans une bulle de confort luxueux. Une bulle ouatée qui fait s'estomper les soucis de sa vie. S'alléger l'esprit. Apprécier la vie. Trois jours d'urbanité pour passer ensemble du temps de qualité. L'on savoure. M'zelle Soleil adore la piscine, l'ascenseur et son grand lit moelleux. Elle sautille comme une puce. Sa joie pure me nourrit de l'intérieur. Elle me rappelle à ces sensations d'enfance que j'oublie au coin de mon adultitude.

De notre chambre, au 33ième étage, la vue est géniale. Le centre-ville s'étale à nos pieds, à l'horizon se perdent des montagnes, le fleuve nous fait de l'oeil et le Mont-Royal bourgeonne. Debout sur le rebord de la fenêtre, les mains contre la vitre, M'zelle Soleil examine la ville à ses pieds. Elle s'exclame gaiement: "Maman, regarde y'a des personnages en bas!". Je souris. Petits comme des fourmis, les "personnages citadins" vaquent à leur vie entre deux sirènes et une multitude de lumières...

......

L'on retrouve Ves, mon amie depuis l'adolescence, marraine de ma puce. Elle gardera notre mini Miss lors de notre sortie de couple. Spécialement pour l'occasion, elle a organisé une soirée avec l'une de ses amies et sa fillette du même âge que la mienne. Au programme: maquillage, vernis à ongles et film de princesses. M'zelle Soleil est plus ou moins satisfaite de cet état de fait mais comme elle adore Ves (qui la traite comme une petite reine), je ne suis guère inquiète. Je suis en confiance et me sens bien chanceuse de pouvoir autant l'être.

Comme à chaque fois que je retourne en ville, il ne me faut guère de temps pour me "remontréaliser". Ves aidant, les repères urbains reviennent vite. Mais je garde ma zénitude de lac au coin de mes idées calmes. Je n'ai pas vraiment le goût de revivre ici mais je suis contente d'y retrouver une partie de ma peau. Me promener sur Mont-Royal en compagnie de ma puce me met le temps qui passe dans la face. M'zelle Soleil adore l'expérience nouvelle. Et il fait si bon que l'on ne peut qu'être heureux! Je réalise que la douceur du présent efface les douleurs du passé...

Arrive le temps de laisser M'zelle Soleil entre bonnes mains pour s'octroyer l'un de ces rares moments de couple. L'un de ces moments précieux que l'on compte sur les doigts d'une main depuis que l'on est parents. Lorsque l'on se retrouve seuls pour profiter de l'air du temps, il y a toujours cet étrange instant où l'on se regarde un peu perdus sans elle. Et puis l'on se sourit. L'on se prend la main. L'on se retrouve. Et l'on prend le temps de nous. L'on s'arrête un moment sur la montagne qui vibre d'humanité. Juan aime découvrir Montréal. Quant à moi, c'est toujours un peu comme revenir à la maison.

"S'encharlotter" une soirée

L'on se gare à quelques pas de la salle de concert. L'on est en avance. L'on se promène avant de rentrer dans la salle. En première partie se produit un groupe californien inconnu à mon bataillon. L'atmosphère musicale est agréable. L'on se bécote. Amoureux. Dix ans de mariage et la flamme brule encore...

Arrive Charlotte. C'est son deuxième soir à Montréal et j'ai tendance à croire qu'elle n'en sera que moins gênée. Alors qu'elle entame sa première chanson, je ne peux m'empêcher de la trouver de pareille qu'à la télé! Elle dégage cette même vibration si particulière. Forte et fragile à la fois. Timide et fonceuse. Je lui trouve plus d'assurance que je ne l'avais imaginé. Juan m'en fait aussi la remarque. Il faut dire que je l'ai un peu trainé dans mon sillon de Charlotte. Mais finalement il est content d'être là. Il s'attendait au pire. Il est surpris. De mon coté, je la trouve parfaite, éthérée, intemporelle. Je l'absorbe.

Je fredonne et je danse. Sympathique même si toujours timide, elle remercie les gens d'être là. Elle partage quelques gouttes de sa vie. Lorsqu'elle interprète une chanson de son père, quelques frissons me parcourent l'échine. L'espace de quelques minutes, j'ai l'impression que Serge l'habite toute entière. Elle le canalise d'une manière si intime qu'elle me bouleverse. Ma carte mémoire est vite pleine et c'est en ma mémoire organique que je capte ces instants émouvants.



À l'écouter prendre possession des mots de son père, j'ai envie d'en entendre davantage. L'envie subite de la voir faire un album de chansons tirées du répertoire de son paternel me traverse les idées musicales. Le concert s'achève. Charlotte s'éclipse mais revient vite sous la clameur du public. Elle enchaine avec le chat du café des artistes de Ferland. J'adore cette version live qu'elle présente. Je m'éclate au milieu de personnes immobiles. Et, lorsque pour clore le tout, avec une étonnante énergie, elle embarque sur "couleur café", je me laisse complètement emporter. Résultat, je sors de la salle complètement encharlottée...

Heureuse d'avoir assisté à sa deuxième représentation montréalaise. J'apprends que le premier soir fut plus timide, accompagné de quelques blancs de mémoire. Elle était hyper gênée semble-t-il. Pour ma part, je retiens de ce concert la sensation d'avoir eu le meilleur de Charlotte. Juan est aussi sous le charme. Lui qui venait à reculons a apprécié sa soirée...

Charlotte à Montreal

Mais il est bientôt temps de rentrer se coucher. L'on récupère M'zelle Soleil qui a aussi passé une bonne soirée. De retour dans notre chambre en hauteur, la puce tombe de sommeil. L'on attend qu'elle s'endorme pour mieux se coller. Les draps sont soyeux. La nuit est sensuelle. Les lumières urbaines illuminent l'horizon nocturne qui s'étire par la fenêtre. M'zelle Soleil ronfle doucement.

Reprendre le chemin du lac

Une dernière excursion à la piscine pour M'zelle Soleil suivi d'une petite balade dans le Mile-End en compagnie de nos amis. Un détour par Laurier coté Outremont pour trouver des macarons du Point G. Gourmande, je salive devant les choix colorés. La température nous fait la fête. Les rues sont envahies par la fourmilière humaine qui s'active. Montréal se dore la pilule au soleil.

L'on termine notre escapade urbaine avec la visite d'une copine virtuelle qui se révèle tout aussi charmante au réel. Et puis l'on reprend la route. Un coucher de soleil romantique accompagne nos kilomètres qui défilent. En chemin, M'zelle Soleil décide de pratiquer son écriture. Elle écrit son nom avec fierté. Une fierté que je partage en mon sang de maman. Elle s'amuse à écrire des" texxes" et s'imagine à l'école. Je souris au coin de ma fenêtre. Pas tout à fait "décharlotée", je regarde les arbres se dénuder. Plus l'on se rapproche de la maison et moins les arbres verdissent. Je sais bien qu'il n'y aura pas de feuilles aux branches de ma brousse! La nuit tombe sur la route qui nous ramène chez nous.

Reposés et régénérés, l'on retrouve nos pénates silencieuses. Prêts pour continuer la construction de cette micro famille que nous formons. Au coin de mon bureau virtuel, une pile invisible m'attend. Concentrée, je passerai les prochains jours à pianoter, les yeux rivés sur l'écran et le nez dans la Toile.

Montréalisée...

mercredi, octobre 25, 2006

Escapade montréalaise

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Juan part en conférence pour deux jours à HEC Montréal dans le cadre de son travail, il me demande de l’accompagner en ville. Sur le coup je ne suis pas trop chaude…

- Mais, et le bébé…
- On peut la laisser chez ta mère. Ça va te faire du bien de sortir un peu de ta routine maternelle. Et puis tu choisis l’hôtel…
- Downtown?
- Si tu veux…


Une subite envie surgit dans ma tête. L’envie de me perdre en pleine ville, quelque part dans les hauteurs urbaines. La promesse de passer une soirée en amoureux loin de notre quotidien. Comment résister ?

Nous partons jeudi matin. Entre deux atmosphères pluvieuses, Montréal la belle nous accueille sous le soleil. Le panorama du centre ville se diffuse dans une brume argentée. Une douce lumière fugace nous souhaite la bienvenue. Cela faisait presque deux ans que je n’étais pas revenue. La dernière fois, c’était pour le nouvel an d’avant que je ne tombe enceinte. Il me semble que c’était dans une autre existence. Pourtant, en parcourant du regard les rues connues, j’ai l’impression d’être partie hier. La poulette en moi s'ébroue les nerfs.

Je dépose Juan à HEC et je pars en quête de la chambre parfaite. J’ouvre mes chakras d’aventurière et me faufile en pleine jungle urbaine. Je sais que Juan n’a jamais vraiment mis les pieds au centre ville. Je sais exactement ce que je cherche. Après quelques essais infructueux, je trouve enfin la chambre parfaite à prix réduit. Une suite au dernier étage d’une ancienne tour d’appartement. Un trois étoiles bien propre qui nous offre un petit coin de ciel…

J’y médite avec joie durant quelques heures avant d’aller chercher Juan à la nuit tombée. Il tombe des nues lorsqu’il découvre mon exploit, logis spacieux avec vue qui scintille. Il s’exclame :

- Whaou, c’est comme dans les films, comme dans un rêve…

Je souris. Je me souviens de mes premiers émois urbains. Il est si excité qu’on le croirait sur des ressorts. L’ambiance est électrique. Elle nous porte en une session amoureuse sexuellement mémorable. C’est presque une lune de miel en raccourci. Après une douche rapide, l’on file se perdre dans les lumières citadines. Qu’il est bon de se retrouver en couple, comme avant. L’on finit la soirée avec un cinéma. L’on se couche fort tard…

Le lendemain, j’arpente la ville en solitaire, bienheureuse, puis j’appelle mon amie Ves. Nous décidons de nous retrouver pour une bouffe nocturne. J’attrape Juan en milieu d’après-midi et nous allons siroter un thé au Santropol en attendant que Vesna ne sorte du travail. Qu’il est bon de revoir ma douce amie. Une fois que nous avons récupéré Keisuke, nous nous décidons pour un petit restau coréen à l’autre bout de la ville. En chemin nous traversons le Mont Royal sous la neige! Toute la journée il a fait un temps de mer… mais là le ciel se fait la totale en crachant sur nos figures de gros flocons bien collants qui blanchissent l’horizon.

Nous arrivons sur Queen Mary sans encombres. C’est dans un petit restau bien caché, connus de quelques initiés, que nous guident nos amis. Une cuisine typique d’un ailleurs exotique, c’est particulier de savourer sa viande entre deux feuilles de laitue. L’on y mange toutes sortes de choses étranges. Keisuke se régale. Juan est anges. Vesna pétille. Nous avions prévus de rentrer le soir même mais nos amis nous invitent à passer la nuit en leur compagnie. Nous finissons par décider de rester. La soirée est bonne. Cela fait du bien de se retrouver. Nous campons au milieu du salon.

Le lendemain, je me réveille tôt. Je laisse Juan faire la grasse matinée, c’est une occasion rare de ne pas se lever avec les poules, avec un bébé pressant les fesses den ses parents. Nous partons en début d’après-midi, non sans avoir succombé à une orgie de bagels.

J’ai, depuis mon réveil, un pincement tenace qui me serre le cœur. J’ai besoin de serrer mon bébé dans mes bras. Ma puce me manque viscéralement. C’est un sentiment puissant qui me vrille les entrailles. Un sentiment qui me surprend par sa force magnétique. Comme un aimant, il me pousse vers sa petite bouille d’ange.

Je la retrouve en fin d’après-midi pas traumatisée pour deux sous. Aux petits soins de sa grand-mère et de sa tante, je ne suis pas sure qu’elle aie beaucoup eu le temps de s’ennuyer de nous. Je suis un peu dépitée mais heureuse de la voir si souriante. Nous rentrons en notre petite maison de galets dans la nuit tranquille. L’escapade est terminée, de retour en ma brousse, je reprends tendrement ma routine maternelle…

Escapade montréalaise

lundi, octobre 23, 2006

Québécité et tolérances

J’entre dans un magasin du coté ouest (anglophone) la rue Ste-Catherine à Montréal. Il est presque neuf heures (l’heure de la fermeture). J’entends soupirer les femelles en grappe autour du comptoir. Une vendeuse se détache du petit groupe et m’accoste en anglais. Je lui réponds en français. Elle poursuit en anglais, je poursuis en français. Je vois Juan sourciller mais ne rien dire. J’appuie la conversation en français, elle bafouille et commence à un peu perdre les pédales. Elle essaie de m’expliquer que son français est rudimentaire...

Elle regarde sa montre avec insistance. J’erre nonchalamment entre les rayons de vêtements soigneusement présentés. Elle me suit comme un petit chien perdu. Elle me répète, en anglais, que le magasin ferme dans 10 minutes. Je lui réponds d’un ton sec, en anglais, que je le sais. Elle ne sait plus trop quoi dire. Comme je n’avais pas l’intention d’essayer ou même d’acheter, je sors tranquillement du magasin cinq minutes avant l’heure de fermeture.

Une fois sur le trottoir, troublée, je prends une grande bouffée de pollution pour chasser l’énervement qui m'inonde. Le brouhaha urbain avale mon humeur. La soirée se poursuit sans tracas, avec bonheur, pourtant une petite graine (de lys) s’est plantée dans ma cervelle…

Le lendemain je discute avec Juan :

- Tsé quoi, l’autre soir, c’est la première fois que j’ai refusé de switcher à l’anglais. J'avais jamais refusé de ma vie de parler en anglais. Mais elle m’a énervée à ne pas être capable de parler français! Dans ma tête j’avais comme un écho qui résonnait et qui disait : « T’es au Québec ma Tabarnak, parle donc français d’abord! ».

Il me répond surpris :

- C’est pas parce-qu’elle était un peu conne? Quand je t’ai vue aller je pensais que tu ne voulais pas lui parler en français parce qu’elle était chiante. Je pensais pas c’était pas que c'était politique!

- Ouais, ben c’est sur qu’elle était énervante et que cela a pas aidé! Un facteur qui en amène un autre! Mais quand je me suis retrouvée sur le trottoir, je me suis choquée moi-même par la violence de mes pensées! C’est depuis que j’habite en brousse, en périphérie de Québec village, bastion de la défense linguistique. Parce-que, c'est weird mais, je le sais que je suis dans l’Ouest de la ville, en terrain anglophone, je sais que Montréal est bilingue, je sais que si ce n’était pas le cas, je ne le serais pas non plus. Montréal m’a rendue bilingue! Et c’est mon bilinguisme qui me fait gagner une croute. M'enfin la fille elle était pas pentoute bilingue! En fait, j’avais jamais ressenti ce genre d’émotions genre patriotiques avant, j’crois bien, que je me québécise…

Ces émotions guérrières m'ont étonnées, trop intolérantes à mon goût, elles me furent désagréables, aussi étrangères que puissantes. L'émotion qui bute l'esprit. Je crois qu'il est temps que je retourne plus souvent en ville, pratiquer mes tolérances...

Le lendemain, pendant que Juan est en conférence, je retourne me perdre dans le coeur urbain de Montréal. Je retourne dans le magasin anglophone. Une charmante vendeuse haïtienne au français chantant m' accompagne. Je finis par découvrir le parfait pantalon noir. J'en ressors les poches vides. Je marche entre les gouttes de pluie. Seule, entière, à savourer l'anonymat, à profiter de cette liberté de femme, avec délice, le temps de quelques heures, je me plonge dans l'excès citadin. Je me laisse porter par les vitrines aux mille tentations, aux promesses invisibles.

En marge des lumières, dans les recoins obscurs, je vois plus de mendiants que dans mon souvenir. Après une longue marche, une errance littéraire (en anglais) au "bookstore Chapter" et un savoureux café à la citrouille au Starbucks, je garde ma monnaie pour retrouver une femme au teint buriné qui m'a marquée l'esprit. Une amérindienne imbibée de désespoir mais rayonnante d'un soleil intérieur. Une fleur fanée dans la grisaille locale.

Je la retrouve, sans mal, au coin de Peel et lui offre quelques pièces. Son sourire illumine l'instant. Elle me souhaite des "Good Day et God be with you" à la pelle. Je me retiens de lui parler. Jeune, je me souviens vivement de ces discussions cosmiques que j'avais avec les junkies de cette rue. Je me retiens de la prendre en photo. Je ne veux pas perturner le bien-être de cette minute partagée. Je lui souris, le regard plein de chaleur, je me tais. L'instant se dissout dans le passé. Je poursuis mon escapade solitaire.

Québécité