C'est aujourd'hui la journée mondiale de l'environnement. En ce présent que j'habite je ne peux que tourner mon esprit en direction de ce lac qui me nourrit le quotidien.
Alors que les beaux jours s'installent , l'ambiance du lac se transforme perceptiblement. D'un lieu de nature pure, il devient terrain de jeu pour enfants gâtés. Car nous sommes tous extrêmement gâtés par cette nature qui nous entoure...
Comme je vis ce lac à l'année, j'en sais tout son potentiel naturel. Mais lorsqu'arrive l'été, c'est avec une petite pincée au coeur que j'observe le gâchis qui s'y opère. Sa population humaine triple. L'insouciance mêlée à l'inconscience donne un cocktail destructeur qu'il est difficile d'enrayer. Au sein de l'association pour sa préservation, nous travaillons fort à inverser la tendance, mais c'est loin d'être gagné.
Je m'inquiète souvent du sort de ce grand lac (si prisé). Qu'en sera-t-il pour les générations futures? J'espère que les dommages que l'on y cause ne seront pas irréversibles. Car les dommages que l'homme peut causer à un lac sont d'ordre catastrophique. Ainsi c'est avec stupeur que j'ai appris récemment que le lac St-Augustin (officiellement mort en périphérie de Québec) avait été classé "oligotrophe" durant les années quarante. Soixante ans pour tuer un lac en santé, c'est quand même quelque chose qui se note facilement...
Pour mieux accrocher la problématique commune des lacs au sud du Québec, il faut tout d'abord comprendre l'évolution de ces plans d'eau douce. Un lac évolue en trois stades. Il y a le stade oligotrophe, le stade mésotrophe et le stade eutrophe. Dans le cours normal des choses, il faut des millénaires pour qu'un lac traverse ces trois stades. Mais le lac St-Augustin, lui, est passé d'oligotrophe à eutrophe en un demi siècle. À chaque fois que j'y pense, je frissonne...
Les gens diront aisément que ce n'est pas si grave, que c'est un tout petit lac qui n'avait aucune chance entre l'autoroute, les agriculteurs et le déboisement de ses rives. Il était perdu d'avance. Bouffé tout cru par les mâchoires géantes du progrès. Mais quand même, cinquante ans d'exploitation humaine pour tuer un lac, c'est puissant...
Ne sommes nous pas d'ailleurs devenus un peu trop puissant pour notre propre bien?
Personnellement, je ne crois pas que nous arriverons à tuer la Terre. Nous sommes assez puissants pour bien la faire souffrir mais à moins de nous quereller violemment, nous sommes encore trop petits pour l'exploser complètement. Nous périrons bien avant elle. Ce n'est pas elle qui est en réel danger, c'est nous! Car nous sommes certainement capable de détruire assez notre environnement pour ne plus pouvoir y vivre décemment...
La Terre n'a pas besoin qu'on la sauve. La Terre a besoin qu'on la respecte. Mais ce qui serait vraiment important ce serait de sauver le futur de nos enfants en leur léguant un sain environnement...