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mardi, avril 05, 2005

Amazones...

Demain sortira dans le collectif l'Écrit Primal, la version papier de cette nouvelle qui me tient beaucoup à coeur. Fiction à saveur fantastique que je vais continuer d'explorer dans les mois à venir en espérant en être un jour satisfaite. En voici un extrait...

Extrait: Les caméras du monde entier avaient leur objectif rivé sur la ville de Québec. Plusieurs fois pas jour, la mairesse Brochain expliquait la situation dans des conférences de presse gigantesques, elle essayait tant bien que mal d’annoncer le déroulement d’une guerre qui semblait inévitable.

La présidente Guillette plaidait sa cause à l’ONU via satellite et s’efforçait en vain de raisonner avec le Général Busharat, chef des armées Islamistes Unies. Depuis plusieurs mois déjà la tension croissait entre les deux partis. Et pas plus de trois heures après la fin de l’ultimatum lancé envers la république du Québec, les forces armées Islamistes Unies avaient franchi la frontière canadienne par le Vermont. Une longue caravane d’hommes armés jusqu’aux dents, prêts à tout pour faire tomber le régime féministe en vigueur dans la République indépendante du Québec, fonçaient sur sa capitale nationale. Leur progression en direct sur chaque petit écran familial fascinait le monde entier. L’on ne parlait plus que de cela sur toutes les ondes du globe. Quelques pays d’Europe exprimaient l’idée d’envoyer des troupes pour soutenir le Québec dans sa cause. Les discussions s’étiraient, les débats jaillissaient de toute part et pour l’instant la Présidente Guillette était seule à défendre son petit pays menacé.

Lorsque les troupes Islamistes avaient traversé Montréal, ne laissant derrière eux qu’un paysage de souffrances et de désolations, la planète était restée bouche bée devant un tel massacre. Les Montréalais, si pacifiques de nature n’avaient pas voulu prendre au sérieux l’ultimatum de Busharat. L’on ne voulait croire à une invasion américaine. Malgré les menaces, la ville était restée calme et les habitants avaient continué de vaquer à leurs occupations sans déroger à leurs habitudes. Lorsqu’ils eurent réalisé l’ampleur de la situation, il était déjà trop tard!

La police métropolitaine fut anéantie avec une dizaine de missiles bien placés. En quelques heures, les pertes humaines considérables s’exposaient sur les écrans de tous les pays. Le monde moderne était en état de choc. Comment en était-on arrivés là? Comment le Nord, contrée toute puissance depuis des siècles, pouvait-il en arriver à se déchirer de l’intérieur?

Tournons un instant vers le passé pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de ce conflit imminent. Remontons à 80 ans plus tôt, là où toute cette histoire commença : Après le référendum de 2274 alors que le Québec se sépare sans heurts du Canada anglophone pour former une nouvelle nation autonome. Alors que de forts partis politiques musulmans sont en train d’islamiser les États-Unis. Alors que le Canada anglophone s’engage dans une optique de neutralité passive. Le Québec, se dégage du joug britannique qui l’a si souvent bridé dans son identité propre. Un nouveau courant féministe bouscule les mœurs explosés. Les dirigeants politiques se déclinent tous au féminin. Le pouvoir est principalement entre les mains des femmes depuis plusieurs décennies.

La nouvelle République du Québec est un petit pays d’hiver, d’eau et de bois. Un petit pays qui se construit toujours plus à contre courant de ses voisins américains. Durant cette transition, de l’autre coté de l’Atlantique, plusieurs pays européens se convertissent aussi à l’islam. La République du Québec connaît, quant à elle, une évolution des mœurs toute différente. Les femmes qui ont déjà acquis de belles victoires pour l’égalité des sexes ont peu à peu pris les rennes de toutes les sphères de la société. Les hommes ont pris l’habitude de rester à la maison ou de faire du sport sous toutes ses formes. Le Québec possède les meilleurs athlètes masculins au monde. Ils travaillent encore dans quelques réseaux privés et publics mais ont peu de poids visible sur la culture contemporaine.

Les femmes, après avoir brillées dans plusieurs domaines auparavant exclusivement masculins, ont réussi grâce à leur ténacité et leur travail acharné à conquérir les plus hautes positions sociales et économiques. C’est entre leurs mains que se façonne la nouvelle République. C’est donc sans surprise que lorsqu’il fut venu le moment d’élire le premier président de cette nouvelle République francophone, une femme gagna les premières élections présidentielles….

Mais revenons à nos écrans fixés sur ce présent où s’écrit une autre page d’Histoire québécoise. La présidente Guillette vient d’annoncer qu’elle a donné le feu vert aux ‘générales’ de l’Armée Indépendante. Les Amazones vont être lâchées sur les troupes de Busharat. Tout le monde est en état de choc. Personne n’a encore posé les yeux sur ces amazones étranges. Conçues en laboratoire, génétiquement modifiées, ces femelles clones ne sont encore jamais sorties des usines ultra secrètes dans lesquelles elle furent fécondées. Ces clones sont l’une des raisons de la fureur du général Busharat qui les considère avant tout comme des armes biologiques extrêmement dangereuses. Ses troupes ne sont plus qu’à quelques kilomètres des ponts de Québec. Voici les premières images qui se relaient à l’instant d’un bout à l’autre de la planète.

Les amazones nues prennent d'assaut les routes et les chemins. Indifférentes aux passants qui les observent, elles exultent une incroyable force surnaturelle. Par milliers, elles sortent des trois usines du centre ville, guidés par un radar interne, elles avancent uniformément, dans la même direction. D’apparence humaine, il est pourtant facile pour l’œil aiguisé de percevoir leurs mystérieuses incongruités. Avec la même cadence, elles se retrouvent rapidement devant le Pont Pierre-Laporte. Elles se rassemblent en rangs, les armes aux poings, le visage fermé, devant l’entrée du pont qui brille sous la canicule. De l’autre coté, les éclaireurs de Bushurat se pressent pour mieux voir…

jeudi, mars 04, 2004

Jeu des 7 mots...

Je m’amuse avec la langue à l’occasion de la Francofête. Envie de français et de légèreté. Envie de surréalisme. Envie de jouer avec les mots sans y réfléchir, juste jongler au vent pour le plaisir...

Je déride mes mots avec Robert. Suivant le principe bien connu d’écrire un petit texte à partir de mots divers. J’innove le mien, comme ça, pour rien... 7 mots pêchés au hasard, 7 mots volés à Robert qui se laisse gentiment faire...

1. Barbacane : (ar. ou persan) Au Moyen Âge, ouvrage avancé, percé de meurtrières. Ouverture verticale et étroite dans le mur d’une terrasse pour l’écoulement des eaux
2. Baobab : Arbre d’Afrique tropicale à tronc énorme et fruit charnu comestible
3. Coulpe : Péché. Loc. Battre sa coulpe : témoigner don repentir, s’avouer coupable (Faire son mea-culpa)
4. Francophobe : Hostile à la France et aux français.
5. Gnome : Petit génie laid et difforme qui, selon le Talmud et les kabbalistes, habite à l’intérieur de la terre dont il garde les trésors.
6. Ondoyer : Remuer, se mouvoir en s’élevant et s’abaissant alternativement. Baptiser par ondoiement : Ondoyer un nouveau né.
7. Schlitte : mot vosgien. Traîneau qui sert dans certaines régions montagneuses et boisées à descendre dans les vallées le bois abattu sur les hauteurs.

L'on se lance à l'eau du n'importe quoi avec élan tandis que glissent les mots sur la peau des songes...

Dans la forteresse maudite, l’homme emprisonné regarde au travers des barbacanes usées par le temps. Il étudie les allées et venues des gnomes en pleine frénésie. Il regarde passer les corps dénudés des hommes blancs avec indifférence. Il a pris l’habitude de voir les horribles gnomes dépecer ces corps inanimés avant de les entasser sur leurs schlittes ensanglantées...

L’homme à la peau d’ébène ne sait plus depuis combien de temps il est enfermé dans cette cellule humide. Il ne sait pas pourquoi on le garde en vie, pourquoi on le nourrit. Plus que tout, il désire quitter cet endroit infernal. Il se couche sur sa paillasse. Il ferme les yeux et libère son esprit pour l’envoyer aux pays des baobabs géants. Il les imagine ondoyer sur un ciel d’azur. Il sent la chaleur du soleil sur sa peau moite. Il sourit un court instant avant de rouvrir les yeux et de se retrouver face à la muraille crasseuse de sa geôle...

Il entend des pas et le grincement d'une clé dans la minuscule serrure toute rouillée. Un gnome entre avec un sac de vivres. C’est toujours le même, un être si laid qu’il lui a fallu plusieurs visites avant de pouvoir le regarder sans retenir une grimace écoeurée. Le gnome se nomme Tétrard et il n’ouvre la bouche que pour lui poser une seule et même question : "Est-ce en ce jour que tu battras ta coulpe"???

Généralement l’homme à la peau d’ébène ne répond rien. Il ne comprend rien à cette question saugrenue. À chaque fois qu'il essaie de demander plus d'explications, les gnomes le saignent sans pitié, alors il se tait maintenant et baisse la tête. Mais aujourd’hui, il décide soudainement de changer de tactique et répond: «Oui, c’est aujourd’hui que je bats ma couple!».

Le gnome écarquille les yeux de surprise, ce qui a pour effet de le rendre encore plus affreux. Il émet un grognement indistinct et disparaît rapidement derrière la porte qu’il cadenasse avec fracas. L’homme ouvre le sac de toile et croque avec appétit dans le pain moisi et les pommes brunes. À peine a-t-il fini de manger que Tétrard revient accompagné de sept autres gnomes armés de lances finement aiguisées.

- Suis-nous! Le roi est prêt à te voir...

L’homme entouré de gnomes descend l’étroit escalier en spirale, ils traversent un couloir décoré de crânes humains avant d’arriver à une vaste salle où siége le roi des gnomes francophobes.

- Toi, tu as été capturé par deux imbéciles, quelle est la langue dont tu te sers.
- Je parle français...
- Qui sont tes ancêtres?
- Des guerriers d’Afrique...
- Pourquoi parles-tu français. Es-tu français?
- Les français ont envahi mon pays et nous ont forcés à parler leur langue, mais je ne fais pas partie des leurs. Je fais partie des miens, les africains...

Le roi gnome grimace, gigote sur son trône immonde. Il se gratte une pustule et soupire bruyamment.

- C’est bon, tu es libre, mes sujets ont commis une méprise. Mes gardes te reconduiront aux frontières de notre territoire. Tu devras retrouver ton chemin seul. Cherche Goom, il te guidera loin de là...

L’homme sent la pointe d'une lance lui titiller les fesses. Il comprend que c’est le temps de s’esquiver en douceur. Il suit d’un pas obéissant les gardes armés. Il sort de la forteresse accompagné de son escorte. Il traverse la cour puante où s’entassent des dizaines de corps blancs comme neige. Puis ils s’engagent sur ce chemin de terre qui semble se perdre dans la forêt sombre. Les gnomes ricanent, l’homme sent une perle de sueur couler sur son front. Au fur et à mesure qu’ils progressent l’atmosphère se rafraîchit...

Les gnomes avancent en silence, l’un deux sursautant parfois lorsqu’un bruit insolite résonne dans les bois impénétrables. Ils marchent longtemps sur ce chemin de terre. À la nuit tombée, ils campent au bord d’un petit ruisseau. L’homme inquiet mais silencieux s’endort avec le petit matin pour se réveiller en pleine journée, seul. Les gnomes ont disparu, ils lui ont laissé une vieille sacoche de cuir percée. L’homme à la peau d’ébène l’ouvre pour y découvrir une carte enroulée sur elle-même et le tracé d’une route à suivre...


Lost World ~ John Alexander

mercredi, juin 18, 2003

Les Amazones, suite et fin...

... Les amazones, le visage noble, le sein haut et fier, se posent en silence devant l’ennemi. Leurs pubis nus et polis semblent narguer les hommes pudiques de l’autre coté du fleuve. Curieux, ils ne peuvent s’empêcher de lorgner les superbes guerrières, filles de la paix et de la liberté. La taille fine, le muscle fort, les cuisses sculptés dans la perfection génétique, les amazones se mettent à avancer imperceptiblement sur le pont. Leurs peaux de cuivre semblent absorber la chaleur étouffante. Elles scintillent sous le soleil de midi, elles exultent de force et de beauté combinée.

Du coté des troupes d’hommes agglutinés derrière leurs machines, la débandade bandante commence…

La chaleur étouffe ces hommes en uniformes, pas un souffle de vent pour les rafraîchir, et cette excitation qui gagne et gonfle les pantalons. Plusieurs commencent à se déshabiller, ensorcelés par la beauté incandescente des amazones. Certains semblent hypnotisés par les éclats du soleil sur les pubis dévoilés, hypnotisés par cette centaine de sexes nus qui s'offrent à leurs yeux, par ces triangles d’or qui s’étendent à l’infini sur le pont Pierre Laporte…

Les amazones, impassibles, sous le feu des regards masculins, avancent lentement, leurs milliers de mamelons pointés en direction des hommes pantelants de désirs. La majorité restent plantés là, bouche bée, le gourdin dégainé de leurs phallus tendus. Les amazones, d’un seul mouvement, avancent pas à pas, sabres levés…

Quelques hommes, ceux qui ne penchent du coté des femmes, ceux qui préfèrent aimer les hommes, ceux qui restent insensibles à cette armée de gazelles dénudées, essaient de mettre en place une offensive meurtrière contre ces femmes nucléaires qui se rapprochent pas à pas. C’est à ce moment précis, d’une seule action, toutes ensembles, que les amazones sourient à l’adversaire, le regard pétillant. Cela provoque un tollé général chez ces soldats, gorilles en chaleur, qui en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, se ruent sur leurs supérieurs et tous ceux qui ne sont point tombés sous le charme féminin dévastateur...

Lorsque la première vague d’amazones déferlent de l'autre coté du pont, toute résistance masculine s’est évanouie. À genoux et souvent à poil, ces pauvres bougres attendent les guerrières. En quelques minutes à peine, tout est fini. Les amazones désarment et ligotent ces hommes ignorants, la langue pendue vers elle. Certaines d’entres-elles, plus clémentes, ayant un gène de compassion inséré dans leurs cocktails génétiques, acceptent de se faire laper l’entrejambe, tandis que d’autres à vocation d’infirmières, s’affairent à apaiser avec fougue, la folie sexuelle qui s’est emparé des esprits faibles et menacent de leur faire exploser le cerveau…

Les seules victimes de cette bataille mémorable racontée dans toutes les langues, de cette bataille qui marqua la fin de l’hégémonie masculine dans le monde, furent ces dizaines de fœtus avortés, fruits du labeur des infirmières sensibles. La maternité étant interdite à toute amazone élevée en laboratoire…

lundi, avril 28, 2003

Péché Salé

Il regarde par la fenêtre, devant lui s’étend l’océan qui fulmine contre les rochers escarpés. Un ciel sombre, orageux, pèse sur cet hôtel égaré au milieu des landes….

Elle regarde le plafond, il est jaune pinson vieilli, inondé d’une mer de minuscules pétales bleues. Elle se perd dans cet étrange ciel étoilé qui semble voguer au dessus de son corps dénudé. Le lit est un navire, il est le vaisseau de ses divagations, son quatre mats qui se balance au rythme de ses pensées. Son regard fuit l’homme adossé à la fenêtre, elle se replonge dans sa galaxie intérieure.

Le silence s’installe entre eux et s’accorde avec l’atmosphère brumeuse qui semble noyer ce petit hôtel surplombant l’immense falaise aiguisée par le temps et ses marées….

Elle se décide à regarder cet homme qui l’obsède et la hante. Même après l’amour, il reste cet inconnu qui s’échappe, étranger à sa vie comme un rescapé échoué à ses pieds un soir de tempête.
- À quoi tu penses ?

La question, surgissant du silence flotte dans l’air, elle se promène entre eux, elle s’envole, elle s’évade, et s’évapore dans le temps.
Il se retourne, il la regarde longuement, intensément.
- À toi….
- Vraiment ! Tu penses à moi ?
- Oui, il se tait quelques secondes, respire profondément. Oui! je pense à toi. J’imagine ton corps nu, superbe, là-bas, en bas, je l’imagine sanglant, déchiqueté, fouetté par les vagues énormes qui le poussent et le repoussent contre les couteaux tranchants de la roche aiguisée….

Elle lève la tête de son oreiller, surprise, interloquée, elle hoquète un « comment » qui s’étrangle dans sa gorge.
- Pardon ? Tu peux répéter là, j’ai pas bien compris…

Il s’approche d’elle lentement, son visage semble être sculpté dans un marbre dur et froid. Une lueur phosphorescente, énigmatique, illumine ses pupilles dilatés, il se rapproche…
- Tu m’as bien entendu, je viens de te confier le fond de ma pensée, tu as entendu l’idée exacte qui me trottait dans l’esprit au moment de ta question, tu…
- Mais, t’es un malade ! Tu peux, tu peux pas me dire un truc pareil et tu…
- Je quoi ? Je peux pas te dire un truc pareil après la baise fantastique que l’on vient de se payer ? Ou je peux pas te dire un truc pareil et te laisser quitter cette chambre ?

Il sourit. Mue d’un réflexe primal, elle se précipite vers la porte. Trop tard, il l’attrape par les cheveux, il enserre son cou fragile de ses mains larges et rudes.

Trop tard, elle sent déjà s’enfuir cette vie qu’elle aime tant. Une obscurité commence à l’envahir toute entière, elle l’avale imperceptiblement. Elle s’affaisse mollement sur le tapis. Son âme décolle. Elle flotte rapidement vers d’autres lumières, d’autres instants. Elle vole vers cette lueur, là bas, au loin, qui l’appelle…

Doucement, il prend son corps délicat dans ses bras. Il ouvre les deux battants de l’immense fenêtre, et d’un long mouvement, il la lance par la fenêtre ouverte...
Il suit du regard ce corps qui plonge, il le regarde se fracasser, au loin, contre les rochers. Il l’observe quelques minutes jusqu'à ce qu’il soit emporté par l’écume des vagues. Il ferme la fenêtre tendrement. Il sourit au reflet de son image dans la vitre embuée de cette lointaine chambre d’hôtel.

Mars 2003