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jeudi, août 07, 2008

Souvenirs de l Île de Miscou (zestes de bonheur)

My creation

Attendre neuf ans, patiemment, avant de revoir l'océan. Parcourir plus de 1500 kilomètres pour enfin découvrir un zeste de paradis, accrocher une bribe de rêve au réel. Une plage sauvage qui s'étend à perte de vue, un sable doux comme de la soie, quelques méduses, un soleil éclatant sur un horizon d'azur et mes amours au "firmaman" de mes émotions...

zeste de bonheur

samedi, août 02, 2008

Zeste d'enfance ensoleillée

Lily à Caraquet

Au camping à Caraquet, malgré une tente spacieuse, le confort était aussi minime que la vue était sublime. Tout d'abord perplexe, l'enfant se demande ce qu'on est en train de lui inventer. Une fois le concept assimilé, M'zelle Soleil fidèle à elle même fuit l'heure du coucher en quelques rigolades bien pensées. Après nous avoir fait courir à droite et à gauche, vient le temps des questions qui se déroulent à l'infini. Encore plus qu'à l'habitude, il est nécessaire de régulièrement expliquer le pourquoi du comment (et de répéter encore et toujours les mêmes rengaines).

- Maman pourpoi on dort dans la tente?
- Parce-qu'on est en camping.
- Mais pourpoi on est en camping?
- Parce-que c'est une expérience.
- Pourpoi c'est un espairence?
- Parce-qu'on est en vacances.
- Pourpoi on est en vacances?
- Parce-que papa va pas au bureau.
- Pourpoi papa va pas au bureau?
- .... parce-que c'est les vacances....
- Mais pou...
- Allez zou au lit...
- Mais maman quand que on va rencrer à la maison?
- Quand les travaux seront finis...
- Pourpoi y'a des cravaux dans ma maison...
- Liloo, zou, au lit, j'te dis...
- Mais maman pourpoi y'a pas d'écricité dans la tente?

Zeste ensoleillé

mardi, juillet 29, 2008

Chroniques acadiennes (premier épisode)

En ce mois de juillet, une fois passé le festival d’été, nous avons connu toutes sortes de contrastes, de l’hôtel « urbain deluxe » à l’auberge familiale, en passant par le camping pour se retrouver ensuite au vieux « manoir » oublié puis à l’hôtel quatre étoiles qui couronne le tout (merci les dieux de l'assurance qui nous logent à notre retour sans toit). M’zelle Soleil s’adapte à tous ces changements avec le comportement d’une pro. Difficile de croire qu’elle n’était guère sortie de son village (ou des jupes de sa mère) en ces deux années de vie. Peu sauvage, cette enfant lumineuse a fait la joie des acadiens. Elle ne nous a guère permis de passer inaperçus en nos multiples pérégrinations.

M’zelle Soleil est un véritable aimant à rencontres. L’on en finit plus de récolter des sourires. L'enfant fait pétiller les yeux des mamies (et des papis), elle fait causer les dames et même les messieurs, les gens aiment approcher cette filette qui chante et papote à tous les vents. Impossible de ne pas jaser avec ces inconnus qui s’extasient sur ses boucles chérubines. Des boucles qui fascinent ces français jaillis d’un autre temps. Même les anglos pourtant plus réservés ne résistent pas à son charme éclatant. Dans les deux langues, plusieurs me disent : « Oh qu’elle est jolie, on dirait Shirley Temple! Oh! She’s gorgeous! Look at her curls! Elle parle beaucoup! Elle n’a que deux ans et demi!!! Mon Dieu qu’elle est grande! What a sweetie! And she sings so well! ». Oui j’ai de la chance d’avoir une si belle enfant! Depuis sa naissance, je la couve d’un amour sans borne qui m’emporte la vie. Et je réalise qu’ils n’ont pas tout à fait tort, avec ses petites anglaises qui lui entourent son visage de porcelaine, elle ressemble en effet à cette actrice d’antan.

Il faut dire qu’en Acadie (Nouveau Brunswick), les jeunes ne courent pas les rues. Les vieux nous expliquent que la province se vide de son sang neuf au profit de la ruée vers l’Ouest. La majeure partie des jeunes veulent tenter leur chance en Alberta, à la recherche de ces trésors qui miroitent dans les reflets du pétrole. L’or noir qui fait tourner les têtes et ensorcelle les bourgeons d'âmes. Les villages se vident de leur jeunesse et les vieux se dodelinent sur leurs chaises berçantes en méditant sur le bon vieux temps.

Il ne reste que le tourisme pour sauver les meubles de cette sympathique province. Un tourisme qui parait-il s’essouffle un peu. Moi la touriste de passage, coupée du présent, déconnectée de la Toile infernale, sans écran d’où survoler les nouvelles de la planète, je découvre de mes yeux ces nouveaux paysages. Je me contente de feuilleter l’Acadie Nouvelle (ou le Telegraph si je suis en fief anglais) en sirotant mon café matinal. C’est une expérience dépaysante. J’y apprends les soucis de l’endroit. Les trucs de pêcheurs, les histoires d’agriculteurs, les soucis touristiques, les déboires du bilinguisme. Cela me donne un certain contenu dont je me sers lors de mes conversations avec l’habitant. À la pêche humaine, j’ai un petit ange bouclé en guise d'hameçon qui accroche les cœurs tandis que j’en creuse les esprits qui s’ouvrent à ma curiosité dévorante...

Bouctouche-Sagouine

Pendant ce temps M’zelle Soleil grandit à vue d’œil, sa syntaxe est de plus en plus complexe. Elle aligne les mots avec brio, ferme parfois les yeux pour mieux se concentrer et arrache à sa jeune langue des phrases bien pensées. Ce voyage la stimule énormément tant qu’elle change assez pour que j’aie l’impression d’être partie avec un bambin et de revenir avec une petite fille. Tous les trois jours nous changeons d’endroit, et chaque lieu est une expérience différente pour l’enfant qui assimile avec une facilité déconcertante.

À St-John où nous débutons notre voyage après huit heures de route (d'une seule traite) pour deux nuits en un hôtel confortable, elle découvre l’ascenseur, la piscine et l’anglais. En quelques heures, elle commence à essayer de répéter quelques mots pour répondre à ceux qui lui parlent. À Bouctouche où nous restons trois nuits, elle découvre un lit de grande fille (un lit simple qui côtoie notre double), elle se fait une joie de délaisser son lit de voyage pour s’y étirer les nuits. En cette auberge familiale nichée en une ferme ancestrale au bord de l'eau, nous rencontrons nos premiers acadiens. Ma fille joue avec le enfants de la place, j’en profite pour faire la jasette avec leur gardienne. Une dame d’une soixantaine d’année qui me raconte des bribes de sa vie. À Caraquet, nous expérimentons le camping (l'un de mes appareils photo fait des siennes et prend en otages mes photos de la place, l'homme n'a pas encore pris la peine de les libérer). C'est un concept qui révolutionne les idées de l’enfant. Nous plantons notre tente gigantesque (gentiment prêté par l’amour de Vanou) au bord de la mer qui vient lécher le rivage d’une autre petite baie. J’avoue que j’ai certaines réserves sur le camping mais vu notre mince fortune, c’est le choix de circonstances pour équilibrer nos finances. Juan se démène pendant quatre heures pour installer notre logis. Le vent se met de la partie et l’homme tempête contre la Toile. Nous savions que cette tente n’était pas une partie de plaisir à monter, Juan confirme ce fait. Une fois la tente bien posée, nous expérimentons notre premier jour de pluie! La journée qui suit est des plus maussades. Durant ce voyage nous n’avons connu que trois jours de mauvais temps mais lorsque la première pluie nous frappe en ce premier jour de camping, ce n’est guère la joie!

Nous campons durant cinq jours en cet endroit qui m’interpelle un peu. M’zelle Soleil assimile un nouveau concept et je n’arrête pas de me gratouiller le crâne pour en comprendre les adeptes. Au cœur du camping, des retraités motorisés s’éclatent. Le premier soir alors que je me dirige vers les douches sommaires, je constate que ceux-ci sont tous bien installés dans leur gros « camions » devant la télé qui bleuit leur confort douillet. Pour nous, c’est une autre paire de manches. Sous la tente, heureusement spacieuse, nous n’avons que nos lits et quelques lanternes à piles. La deuxième nuit, nous faisons un feu. C’est un moment des plus agréables. L’enfant s’endort dans mes bras et j’hume son odeur de bonheur qui me nourrit l’esprit. Alors que passe minuit, je me décide enfin à prendre le chemin de la douche. Tout le camping est endormi, l’eau clapote et les étoiles brillent. C’est alors que je prends les pieds dans un trou invisible de la pelouse et tombe comme une branche morte. Foudroyée par la douleur qui explose en ma cheville, je « bouffe » ma serviette pour ne pas hurler. Juan accoure mais j’ai si mal que je ne peux articuler un seul mot, je me contente de mordre ma serviette et d’absorber la violence de cette douleur subite. Impossible de me relever. Je laisse passer dix minutes avant de pouvoir articuler « aille, ma cheville! ». La douleur est atroce. Je suis aussi blessée en mon amour propre. Voyons, c’est quoi l’idée de te tordre une cheville en plein « roadtrip »! Je sacre et je jure à demi mots. Je laisse faire l’idée de la douche et me retrouve immobile sur mon matelas pneumatique! L’homme s’inquiète, je minimise tant cet accident m’énerve. Même si j’ai incroyablement mal, je refuse l’hôpital en pleine nuit. Je prends l’un de ces médicaments anti inflammatoire qui traîne dans ma trousse de secours et je m’endors. Au réveil, la douleur est un peu moins puissante et je refuse encore l’hôpital malgré la volonté de Juan. Nous allons nous ravitailler à ce petit café qui est sûrement l’un des endroits les plus étonnants de Caraquet, un café tendance rempli de délicieuses gourmandises et une ambiance digne des quartiers branchés de Montréal! Je boitille et je grimace au fur et à mesure que je marche ma cheville enfle. J’admets que ce n’est pas bon signe et accepte d’aller consulter à ce petit hôpital niché au centre de la ville.

caraquet 029 caraquet 026

Justement nous trouvions que nous n’avions pas encore rencontré assez de locaux à Caraquet, rien de mieux que trois heures dans une salle d’attente médicale pour prendre le pouls de la population! Manifestement, il semblerait que le Nouveau Brunswick égale le Québec quant à son système de santé. Durant nos trois heures d’attente, l’on y rencontre Sylvie aussi cocasse que vocale, une ribambelle de mamies, deux bébés et leurs parents, un pêcheur et un vieux monsieur cultivé, tous acadiens de sang et de quotidien. Ceux-ci sont de nos conversations mais il y a aussi le couple de jeunes québécois qui ne se mélange pas à la faune autochtone et un couple de lesbiennes anglophones que j’avais repéré au camping où l’on réside. Les deux femmes dont je ne peux soupçonner l’ennui de santé sont en parfaites harmonies, malgré leur retrait du groupe, elles ne résistent pas aux charmes de ma fillette qui se fait un plaisir de les accoster. Pour ma part, je suis confinée à un fauteuil roulant qui me désespère un peu, la patte en l’air, ma cheville repose sa peine.

Durant une absence de Juan et Lily partis manger (au Tim Horton en face), je discute longuement avec un pêcheur de l’Ile de Miscou qui a fait son certificat de mécanicien à Lévis (en face de Québec) et avec un homme âgé, cultivé et modeste. Aucun des deux ne résiste à mon charme et je me divertis à leur tirer les vers du nez en même temps que je nourris leurs curiosités. Je ne sais pas pourquoi le monsieur attend mais je sais que le pêcheur a un morceau de métal planté dans l’œil. Le pêcheur est aussi sympathique que rustre. Il s’ouvre à moi comme un livre que je savoure avec plaisir. Pas facile la vie de pêcheur mais celui-ci est heureux comme un chef. Il vit au bout de son île, avec sa femme qui tient un camping, il respire la liberté et l’Acadie. J'avoue perdre environ quinze pour cent de la discussion dans la profondeur de son accent. J'opine quand même et passe à autre chose lorsque survient la phrase mystère. Le genre de phrase que mon oreille n'arrive pas à déchiffrer malgré mon bon vouloir. Et puis il y a Sylvie qui est devenue comme une amie après deux heures d’attente, si gentille, elle reflète à elle seule toute la chaleur de ces gens d’ailleurs. Elle me raconte sa vie et je ne résiste pas à creuser un peu. Je creuse sans chercher à la brusquer juste avec l’envie de mieux comprendre son essence. Son humanité me touche, sa simplicité me repose. Elle a quarante ans et cinq enfants, deux petits d’un deuxième lit et trois grandes qu’elle a eu entre 18 et 22 ans. Le visage buriné, elle possède cependant un corps de rêve. Elle travaille fort, dans un milieu d’hommes, sur ces équipes qui font la maintenance des routes. Elle a vécu treize ans au Québec. Elle me fait rire lorsqu’elle raconte à sa voisine sa perception de Montréal et de ses cages à poules! Elle vibre d’une lumière qui transperce ses rides. Évidement, elle s’extasie sur mon brin de fille qui la fait fondre comme du bonbon. L’on se soutient mutuellement dans l’attente, alors que mon tour approche et que le temps file, je lui demande :

- Mais dis-moi, toi qui a vécu au Québec, c’est quoi qui fait différence entre un québécois et un acadien?

Elle fronce des sourcils, se demande ce que je cherche à comprendre. Je lui souris et l’encourage doucement. Elle finit par me dire :

- Hum, tout ce que je vois, c’est que les québécois sont plus "…" (je ne me souviens plus du terme exact, bourru serait un bon synonyme). Ici tu peux parler avec tout le monde, si tu demandes un renseignement, y’en a trois qui vont vouloir t’aider, personne va te laisser mal pris…

Elle poursuit en m’expliquant ce que j’avais déjà bien perçu, les Acadiens sont de nature bienveillante et extrêmement chaleureuse. Pour moi qui connais les nuances subtiles entre le français de France et le français du Québec, je peux concevoir avec elle une autre nuance qui me fascine tout autant que les boucles de Lily fascinent les passants de Caraquet. Ainsi le Français de France s’émerveille de la chaleur du peuple québécois tout autant que je suis en train de m’émerveiller de celle des acadiens. L’acadien trouve donc le québécois aussi renfrogné que le québécois peut trouver fermé le français du vieux pays! Ah! Jolie Sylvie que je me dis en silence, ne va jamais à Paris! Si tu savais comment il est dur là-bas de soutirer une information du spécimen local!

Enfin arrive mon tour, je roule donc jusqu’à la salle des rayons X. Ma cheville est prise sous tous les angles et je retrouve rapidement la docteure (qui en passant est une véritable beauté fatale). La jolie dame m’explique les variations des entorses en son accent chantant. Ainsi il y a quatre degrés à une entorse, la première est la foulure, la deuxième et la troisième sont douloureuses mais finissent par guérir et la quatrième est grave car c’est lorsque les ligaments qui déchirent emportent avec eux des morceaux d’os. Je suis chanceuse mes os soient bien en place (ils sont même très jolis me dit mon homme avec un sourire). J’ai une entorse qui oscille entre le troisième et deuxième degrés. Je dois bander ma cheville, marcher le moins possible (super pratique quand tu as encore deux jours de camping à traverser), prendre des anti douleurs et petit à petit je pourrais remarcher même si je risque d’en garder quelques séquelles en conservant une cheville fragile. Comme il fait un soleil magnifique et j’ai déjà perdu une bonne journée à l’hôpital, je convaincs Juan d’aller faire un tour de Miscou à 45 minutes de là. Le pêcheur m’a donné l’eau à la bouche, je veux aller voir son coin de pays…

Lameque caraquet 023

Nous voilà de nouveau sur la route. Nous nous perdons deux fois et en à peine deux heures nous arrivons enfin au bout du monde. Enfin comme dit Juan « Ce qu’il y a de bien avec le Nouveau Brunswick, c’est que t’as toutes sortes d’occasions de te sentir au bout du monde! ». Arrivés sur l’île, tannés de se perdre pour un rien, l’on décide d’accoster un « quatre roues » pour trouver le chemin d’une plage. Le couple souriant nous demande à quelle plage l’on veut se rendre. Je réponds :

- Bof, on s’en fout! D’après vous c’est laquelle la plus belle?
- La plus belle, certain, c’est celle où on se rend! C’est à deux minutes d’ici!
- Oh! On peut vous suivre?
- Ben oui, pas de troubles, v’nez vous en!

Et nous voilà à suivre ces gens dans des petits sentiers pour déboucher sur une vue imprenable. Pour découvrir l’une de ces plages qui habitent mes rêves. Une longue plage sauvage, avec un sable doux et des coquillages, une plage qui s’étend d’un horizon à l’autre. Là, je tombe direct en amour! J'oublie l'aigreur de mon entorse. Mon coup de cœur est ici, mon cœur bat la cadence à Miscou! Je me traîne sur la plage. Je maudis cette entorse qui m’handicape. L’on se promet de revenir le lendemain…

Ile Miscou

Chroniques acadiennes

lundi, juillet 28, 2008

En nomades nous vivons...

My creation

Je reviens d’Acadie après un voyage de 3000 kilomètres. Nous n’avons pu réintégrer nos quartiers car d’importants travaux occupent le ventre de notre maison. J’ai quand même retrouvé mon lac que je contemple avec bonheur sous cette pluie qui m’accueille. Logés avec grand confort, nous ne sommes point malheureux même si j’ai la cheville douloureuse (souvenir d’une méchante entorse faite à Caraquet). D’où je loge, je peux voir notre petit village de bord de lac. J'aperçois ces quelques maisons qui s’incrustent au creux d'une colline boisée. Faire 3000 kilomètres pour mieux se rendre compte de sa félicité. Bénir le destin qui nous permet de vivre là, en un petit paradis terrestre.

Aller en Acadie, sillonner un pays fantôme qui se joue des morts et qui hante de ses couleurs chatoyantes les habitations de ces milliers de francophones oubliés du temps. Des milliers de francophones qui parlent une langue d’antan. Une langue qui chatouille mes oreilles et qui éveille mes racines lointaines, une langue qui me conte une tragique histoire de survivance…

L’Acadie n’existe plus depuis des lustres, désormais c’est le Nouveau Brunswick qui occupe ce territoire couvert de forêts si vastes que l’on pourrait presque les imaginer vierges. Faire 300 kilomètres de forêt entre deux bourgades isolées et croiser sur sa route une biche et son petit. Vivre à trois une aventure amoureusement familiale. L’Acadie est une image qui se ballade dans l’esprit, un pays qui vibre dans la mémoire collective et qui se découvre au creux des bouches de ses descendants bien vivants.

L’Acadie m’est rentrée danse cœur au contact de ses gens. L’Acadie n’est plus une patrie mais c’est encore une gigantesque fratrie qui s’imagine comme une forêt enchantée où je me suis abandonnée l’esprit. Les jours à venir écouleront mes mots et photos de cette Acadie que j’ai apprivoisée tout au long de notre petit périple…

En acadie

En nomades...

dimanche, janvier 14, 2007

Brouhaha mental

Des journées ensoleillées succèdent à plusieurs jours de neige. Chez nous, l’hiver s’accroche à quelques nuits bien froides. Hier l'on frôlait les -20, presque un bonheur de saison. Un petit mètre de neige glacée recouvre le paysage malgré les températures douces des dernières semaines. Ailleurs l’hiver se perd. Ici, entre monts dénudés et lac givré, il résiste.

Petit passage à vide pour ma pomme. Même si j’avais bien dit : « Elle ne passera pas par moi! ». Elle est passée quand même la maudite!!! Sans être virulente, elle a fait rejaillir de bien mauvais souvenirs de cette année passée à essayer de survivre à ma peau. Je m’en sors indemne mais essoufflée. Si l’on reste objectif, je suis en bien meilleure forme que je l’étais à pareille date l’année dernière. Je n’ai pas encore retrouvé toute ma séduction mais ma santé est en bonne voie de guérison.

Juan me dit :

- Tu es dans un creux de vague ma chérie. Tu as besoin de te stimuler les neurones. Un bébé ça apporte plein de choses mais cela ne stimule pas les neurones…

Je grommelle. Les jours passent et je me rends compte de la sagesse de ses paroles. Cela m’énerve. Emportée par ce tourbillon de sensation qui éclairent cette autre transition, je me débats le coeur. Avec la naissance de l’enfant, la naissance du parent qu'il faut éduquer. Je me laisse ballotter dans d’étranges vagues émotionnelles. Il va falloir que je me détache un peu de l’enfant. Cette simple pensée me bloque toute entière. J’ai le cœur épanoui et la cervelle en marmelade. Je n’aurais jamais pu imaginé à quel point il est déstabilisant de devenir parent. À quel point cela peut renverser un quotidien...

Écrire a toujours fait partie de ma vie. Je me souviens encore à quel point le concept de "rédaction" appris au primaire a révolutionné ma vie. Si je remonte encore plus loin, je me souviens de ces frustrations épuisantes de ne pas savoir parler. Je me souviens être minuscule, à peine capable de voir par dessus la table de la cuisine, écouter s’exprimer les adultes, comprendre les mots, essayer de les répéter pour n’entendre que des charabias incompréhensibles et voir les lueurs d’interrogations dans le regards de ceux qui m’élevaient. Je me souviens de mes rages intérieures à vouloir mettre la vie en mots. Je me souviens de cette première question qui hanta ma peau d'enfant.

Après avoir passé des semaines à essayer de mettre en mots ma pensée, je finis par être satisfaite, je me lance et je demande à ma grand-mère:

- Dis pourquoi on est sur Terre?

Ma Mère-Grand de froncer les sourcils et de me répondre :

- Heu, tu demanderas à ta mère ce soir.

Reposer la même question à ma mère pour l'observer, toute aussi médusée, se dépatouiller sans succès avec ma colle et finalement me répondre.

- Tu demanderas à ta maîtresse demain.

De commencer à douter d’avoir réussi à formuler le fond de ma pensée correctement. Pourtant les mots étaient clairs. Je décide de ne pas trop m’en faire avant d’avoir vu la maîtresse. Le lendemain, j’arrive à l'avoir pour moi toute seule. Je prends mon courage de fillette à deux mains et je lui pose cette question qui m’agace. Je la vois chercher ses mots. Ne pas trop comprendre. Comme mon vocabulaire est limité, après tout je ne suis qu’en maternelle, j’ai de la difficulté à approfondir mon idée. Je lui dis que j’ai demandé la même chose à ma famille qui ne m’a pas répondu et m’a dirigée vers elle. Je voudrais juste savoir pourquoi l'on est sur la Terre. Pourquoi je suis sur Terre? Elle ne sait quoi me répondre. Je me dis que finalement les adultes ils n’en savent pas tant que cela! J’essaie au fil des mois de peaufiner ma question, de la reposer à maintes occasions avant de me résigner devant l’ignorance des adultes qui m’entourent…

Maintenant que Lily-Soleil est née, fécondée en ma chair, mise au monde par ma peau. Je me demande si c’est pour cela que l’on est sur Terre. Mais plus je tourne et retourne le sujet, plus j’ai l’impression que ce n’est qu’une facette de ma vie. La reproduction est une partie importante de notre espèce mais cela ne peut être tout ce à quoi l’on se résume! Je dois donc continuer cette quête à la source de mon humanité. Mais pour cela, je dois me détacher un peu de l’enfant. Cette solution ne coule pas de source en mon cœur.

Lorsque l’on est femme et que l’on devient mère, c’est toute notre identité qui évolue. Selon les bagages que l’on transporte avec soi, les réactions s'enclenchent. En accord avec mon passé, je me sens le devoir et la responsabilité d’être le plus présente possible dans la vie de ma fille. C’est une réaction viscérale qui défie la raison. Lorsqu’en moi jaillissent des besoins personnels, je les refrène, car s’ils impliquent l’éloignement de l’enfant, je me sens si coupable de les ressentir que je préfère les renier. C’est une émotion qui défie la raison.

Mais la raison doit arriver à s’entendre avec le cœur pour trouver un nouvel équilibre d'existence. Nous sommes des créatures de passions et d’émotions. Des créatures émotionnelles dotées d’une cervelle capable d’engendrer des merveilles. Mais il y a encore des jours où je me demande bien quel est le but de nos existences…

Brouhaha mental

jeudi, décembre 14, 2006

Ainsi va la vie...

Je feuillette le nouveau Elle-Quebec. Élisapie y est en couverture comment résister? En m'y plongeant les idées, je me remémore ces autres facettes de ma vie...

Depuis ce jour gris où je l’ai rencontrée pour une entrevue (à l’occasion de la sortie du premier disque de Taima), Élisapie est restée ancrée dans mes sens. Je l’ai vue et entrevue plusieurs fois en concert. À chaque fois que je l’ai croisée sa gentillesse m’a touchée. J’ai même un court instant pensé appeler mon bébé de son prénom, si différent des autres. J’ai admiré sa grâce sauvage de gazelle polaire. Sans le savoir, elle m’a un peu envoutée…

La dernière fois que je l’ai croisée, c’était ce soir là (pour un autre article), après une petite jasette, elle frotta amicalement mon bedon bourgeonnant. Lorsqu’elle eut tâtonné mon énorme ventre (je me suis dit que cela ne pouvait que porter chance au bébé), elle m’a demandé comment nous allions l’appeler, j'ai mentionné Lily, elle m’a sourit tout en me confiant que Lili était son prénom favori. Je m’en souviens comme si c’était hier. Et pourtant il me semble aussi que c’était il y a une éternité…

En regardant ses photos, elle me semble changée sans que je n’arrive à mettre le doigt sur ce qui me donne cette subtile impression. Je dévore l’article pour m’arrêter net. Élisapie a eu cette année un bébé avec son conjoint le comédien Patrice Robitaille! En mai dernier, elle est devenue mère d’une petite Lili-Alacie. Presque émue je suis, bienheureuse pour elle, en silence, du bout de mon coeur, je lui souffle une pensée de bonheur. Félicitations Élisapie...

Pour mieux s'imprégner du grand Nord et de ses réalités. Visionnez en ligne son film "Si le temps le permet", par ici...

Ainsi va la vie...

vendredi, novembre 10, 2006

Retour dans le passé.
Un jour qui grave la mémoire


Il y a un an de cela, mon corps déformé par la vie menaçait de s’effondrer. Il y a un an de cela, une fine couche de neige recouvrait la rue devant chez moi. À peine le jour levé, ce 10 novembre 2005, j'ai perdu mes eaux, c'était une expérience bizarre. L'on ne s'est pas trop affolé. Nous étions prêts. Accompagnée de mon homme, chaussée de mes bottes de yeti, je suis allée chercher ma délivrance et rencontrer l'enfant caché en mon énorme ventre.

Lorsque je suis arrivée à la maternité, j’étais dans un tourbillon de sensations percutantes que je ne savais pas interpréter. Des vagues de contractions me fouettaient à toutes les deux minutes, j’étais en transe. En transe existentielle, le corps gonflé d’un petit bébé prêt à jaillir de mes entrailles.

Il était neuf heures du matin. J’ai accepté l’épidurale, chose que je regrette aujourd’hui. Je suis certaine que sans épidurale, j’aurais accouché en quelques heures, à moins que je n’aie pas tenu le choc! Dans le fond je ne le saurais jamais. Donc je me prends l’épidurale dans la face. Comme une locomotive qui t’aplatit sur ses rails. En quelques minutes, mon état de transe se transforme en un état végétal. Je suis devenue larve. Je suis même sure que je bave un peu tellement je suis paf, trop paf! Ce que je n’avais pas compris c’est que l’épidurale arrête les contactions, il faut donc les repartir chimiquement. L’une de mes veines, prise en otage, contrôle désormais mon état physique. À partir de ce moment là, l’excitation est retombée comme un soufflé raté. Il faut désormais attendre…

L’attente fut torturante. Interdiction de boire et cette soif intense qui me nargue, se joue de moi, m’emporte dans un désert aride où se dessèchent mes lèvres. Les minutes passent et je sens mon corps rebelle faire des siennes. Il m’emporte dans une série de convulsions des plus désagréables pour ne pas dire effrayantes! L’on se rend compte que la dose d’épidurale est trop forte. Je ne sens plus rien, inerte, je m’évapore. Juan, à mes cotés, est un phare dans la tempête qui emporte le moindre de mes sens. Je m'accroche. Les heures passent…

Une infirmière, avec de la jugeotte, pense que ma vessie trop pleine empêche mon col de se dilater, et hop, une petite sonde pour résoudre le problème. Dans ces moments là, on est heureuse d’être rendue végétale! L’infirmière avait raison, à partir de là, mon col se dilate à vue d’œil. Ouf! Je suis heureuse de ne pas avoir à le regarder en face ce maudit col! Je commence à ressentir une forte pression dans les hanches. Je comprends que le moment approche. L’épidurale n’est plus vraiment effective. Il paraît que je ne dois rien sentir. Ils veulent forcer la dose, je refuse. Non merci, je préfère sentir la douleur, vivre l’instant, plutôt qu’être perdue dans un coma éveillé! Je commence à avoir peur. Avec la douleur débarque la peur…

Je sens l’angoisse m’envahir au fur et à mesure que la pression dans mes hanches augmente. J’écoute battre le cœur du bébé. J’ai peur du moment où je devrai pousser. D’abord comment on pousse??? Je ne sais pas pousser moi, j’ai jamais poussé moi!!! Comme on dit ici : « J’ai la chienne. » Une douce infirmière qui m’a rencontrée durant mon suivi de grossesse est de garde. Son travail est mon cas. Elle voit mon âme chavirer et arrive à ma rescousse avec des mots doux et une voix posée qui m’enjoint de rêver. Elle m’entraîne dans une visualisation futuriste qui calme mon épouvante. Elle me pousse à imaginer le meilleur des mondes pour moi et mon enfant. Je m’imagine, bien dans mon corps, fine, libre, sur une plage des Caraïbes, je vois la mer turquoise, je sens le souffle des cocotiers, je regarde les petits pas de ma fille sur le sable. Je me baisse pour ramasser des coquillages avec elle, tout est doux, non loin, Juan nous observe, souriant…

Je me calme juste à temps pour entreprendre le contrôle de mes poussées. Le moment crucial est arrivé. La douleur est particulière, aussi forte que méconnue, je pousse. C’est affreusement dur, incroyablement sportif. Une autre infirmière m’explique l’Art de la chose :

- Tu prends trois grosses respirations, tu pousses pas, tu gardes ta respiration et puis tu pousses un gros coup quand tu relâches ton souffle, là tu pousses de toutes tes forces…

Cela me prend deux-trois fois pour comprendre le rythme, j'assimile le truc et je me concentre à cette périlleuse tâche. Je pousse comme une malade mentale. Je pousse avec l'appui de toutes les forces de ma volonté (car mon corps est réellement dans un état pitoyable). Je comprends bien que c’est là le moment clé, que si je ne pousse pas assez fort, le bébé remontera et alors s’en suivra un dangereux va et vient entre l’endroit où il est coincé et la porte de sortie!

Lorsque je sens la contraction, je pousse comme une folle. Je deviens dingue de pousser. Je ne ressens plus rien d’autre que cette infernale pression dans mon bas-ventre. Des sensations étranges se révérbèrent dans mon bassin torturé. Le bébé se fraye un chemin en mon corps. Centrée sur l'effort. J’entends battre le cœur de l’enfant. Là se cache l’essence de toute ma volonté. Son coeur ralentit à peine quand je pousse. J’ai l’impression de tanguer entre plusieurs dimensions, je pousse encore plus fort. Je me déchire l'être. Un peu plus tôt, l’infirmière m’a dit que cela pouvait durer des heures! Que nenni! Je vais certainement pas avoir la force que cela dure des heures! C’est terriblement éreintant. Chaque contraction me laisse sur le pavé. Je donne tout ce que j’ai de ma vie à chaque poussée, je grogne comme une sauvage, je pousse…

Au bout d’une dizaine de poussées de forcenée, j’entends l’infirmière qui dit :

- Ça y est, je vois la tête!

Ah! Ben il était temps, je me dis intérieurement, parce que c’est vraiment crevant ce truc! Je vais y laisser ma peau!!! Il est sept heures du soir. Ma chair explose, mes os grincent, il y cette pression du bassin qui me vrille toute entière, elle me bouscule le bas ventre, c'est littéralement intolérable! Je vois Juan qui regarde, je le vois s’émouvoir, il me soutient, m’encourage, il m'aime. L’infirmière me demande :

- La tête sort, tu veux toucher la tête?

Mon cerveau manque de déraper, je réplique plus vite que ma pensée :

- Non, je veux juste qu’il sorte!!!!

Une autre contraction m’emporte, je pousse, je sue, j’enrage, j’ai peur, j’ai mal, je force de toute mon âme. Je m’écrase contre l’oreiller, en nage, essoufflée, ravagée par l’effort. J’entends dire que ça y est presque. Je ratroupe les miettes de mon courage. J’attends la sensation maintenant familière de la contraction qui soulève la chair et je pousse, je n’ai plus grand chose dans le corps mais je pousse malgré tout…

Plongée dans une brume douloureuse, j'entends cette phrase qui me déconcerte :

- Maintenant dis au revoir à tes organes génitaux tel que tu les connais!!!

Je me demande si je rêve, mais qu'est-ce qu'elle me dit l'autre?!? Je n'ai pas le temps de me poser toutes sortes de questions, mon ventre durcit encore, une autre contraction se fait sentir. À moitié démente, je force une autre poussée avec tout ce qu'il me reste d'énergie. Je n'en peux plus. J’entends un splash, une sensation toute aquatique m’inonde l’être, j’ai l’impression d’accoucher d’un poisson! Hein?!? Je sens que c'est passé, elle est sortie, c’est fini! Je soupire de soulagement, je n’entends plus rien. Inquiète, je veux savoir comment va le bébé. Du coin de l'oeil, je vois Juan essuyer une larme sur sa joue. L’on pose contre mon sein une toute petite chose qui me regarde de ses grands yeux, calmement. Je fonds, simplement. Elle est là…

L’une des assistantes du docteur relève la tête, une traînée de sang colore sa joue. Mon sang sur sa joue. J’ai un peu honte. Je voudrais m’excuser mais je n’ai plus la force de parler, de bouger. Juan prend le bébé contre sa peau, il berce notre nouveau né tandis que je me fais recoudre. J’avais même pas réalisé que j’étais ainsi ouverte! J’en avais pourtant eu si peur de cette coupure! Je n’ai même pas senti le scalpel m’ouvrir, dans la douleur se noie la douleur. Encore une expérience féminine des plus inintéressantes à vivre! Enfin comme il vaut mieux être bien raccommodée, je serre des dents et plonge mon regard dans celui de Juan, aux anges…

Je ne sais pas encore que je suis en train d’attraper la mort, que d’ici quelque jours, j’entrerai dans un cauchemar physique qui durera des mois. Je ne sais pas encore à quel point l’année à venir sera difficile, et c’est tant mieux…

Finalement ce qui me faisait le plus peur ne m'aura pas fait mourir et ce que je n'imaginais même pas a failli me tuer! Il aura fallu plusieurs mois pour que je puisse reconnaître mes parties intimes mais rien n'est foutu, tout finit par se replacer et contre toutes attentes, ce ne fut pas cela qui fut le plus traumatisant! Quelques jours plus tard, j'ai demandé à Juan si j'avais rêvé la remarque du docteur. Il m'a répondu que non, elle a bien dit cette phrase bizarre juste avant de me couper! Il m'a dit que c'était le seul moment où il avait détourné les yeux! Il m'a aussi expliqué comment voir son bébé venir au monde fut le moment le plus magique de sa vie...

Aujourd’hui je vais mieux, je reprends peu à peu possession de mon corps. Je suis moins malade, moins faible, toujours un peu fragile. La fin de semaine dernière, je vais rendre un film loué et la caissière, nommée Doris, me dit :

- Tu as l’air mieux, je suis contente…
- Ah! Oui, merci, je reprends de la vie…
- Ma pauvre, tu as vraiment eu une grossesse épouvantable et après c’était même pire, tu faisais vraiment pitié!!!
- Oui, je sais, ça a été vraiment dur…

Elle m’explique, avec chaleur, comment elle a vu la grossesse me passer sur le corps dévasté, comme elle a eu mal pour moi. Je ressors de là, un peu déstabilisée, pas vraiment étonnée, alors comme cela je n’étais pas la seule à me faire pitié!!! Mais je vais mieux…

Dans mon malheur, je me compte chanceuse d'avoir une petite fille en bonne santé, éveillée, dégourdie, volontaire, qui dit maman et papa, qui bavarde, qui explore, qui éclaire la vie de sa petite bouille lunaire. Rien que pour cela, je serais prête à tout recommencer. Car c'est vraiment un petit rayon de soleil qui m’illumine le cœur. De la plus pure magie humaine...

Parfois je la regarde et je retiens mon amour de la croquer, de la dévorer de baisers. Je la vois évoluer, progresser, je ressens sa personnalité qui se dessine et je suis submergée d’une tendresse incroyablement douce et puissante. Je souhaite lui donner le meilleur de moi-même et c’est pour cela que je plie sans casser, pour cela que je me relève à chaque fois que je tombe, lorsque la détresse m'écrase, c'est pour cela que j’avance. Chaque jour, j'avance un peu plus sur le chemin du bien-être et de la guérison…

Retour dans le passé.

mardi, juillet 12, 2005

Une maison vivante

Mon ventre est une maison. Une maison de chair et de sang qui abrite un minuscule soleil. Une petite lumière qui m’étincelle…

Lorsque j’avais 20 ans, je trouvais que mon corps était une prison. Prison de mon âme qui ne pouvait s’envoler à sa guise et devait rester attachée à cette dimension corporelle qui m’ennuyait. Je me lamentais de devoir contempler l’univers à travers ses barreaux trop visibles…

Au cours de ma vie, mon corps m’a valu mille maux. Accidenté à l’adolescence, il a refusé de marcher durant une année. Maître des petites misères qui ne tuent point mais qui rendent l’existence délicate, il m’a rarement fait de cadeaux.

Un début d’anorexie à 19 ans. Une fois descendue en dessous de la barre des 48 kilos, Dieu que je me sentais bien! Plus de besoins organiques. Légère comme une plume, en parfait contrôle de ma chair, je marchais sur le béton de Montréal prête à m'évaporer. Tous les regards se tournaient en ma direction. Pas encore assez maigre pour effrayer, juste assez mince pour faire sensation dans mes mini-jupes affriolantes. L’Autre prit vite peur. Il n’aimait pas voir saillir mes os qui lui heurtaient la peau, il n’aimait pas voir disparaître mes formes si alléchantes, il n’aimait pas ces hommes qui observaient de trop près mes jupettes ras les fesses! Il sut jouer de ma gourmandise et de mon amour pour retourner la balance avant que je ne dégringole trop bas.

Et puis, c’est vrai que j’en avais un peu marre de n’être qu’un corps qu’on désirait croquer. «Yo! Tête de bit…, j’ai un cerveau aussi, t’as le droit de lâcher mon cu…!» En quelques années, je fis si bien pencher la balance du coté des mes gourmandises retrouvées, que durant un temps l’on me remarqua moins. Mais je m’étais habituée à ces regards et l'Autre aussi, il ne voulait quand même pas perdre son trophée! Alors commença une incommensurable recherche d’un invisible équilibre alimentaire. Équilibre incertain entre corps et cerveau, entre matière et esprit. Comment bien vivre dans sa prison?

Durant quelques années, l’armistice, j’atteins un certain équilibre plus visible qu’intérieur. Toujours à me poser mille questions, toujours à me regarder de travers, jamais satisfaite d’une manière comme d’une autre devant ce fait de vivre dans cette prison de chair trop exigeante. Un séjour prolongé en région parisienne et voilà que je perds pieds! Plus de repères, un cœur piétiné, une identité détournée et toutes ses parisiennes maigrichonnes qui d’un seul coup me donnent une incroyable dalle. Au moins la vie à l’Américaine, ses gros popotins et ses gâteaux mauves, cela coupe la faim! Là-bas, à chaque coin de rue, une boulangerie-pâtisserie et toutes ses gâteries qui m’entournent le palais. Ma balance s’affole. Une rupture, une retraite au monastère par envie de silence et de tolérance, la bouffe monacale dégueulasse et les repas trop pieux eurent raison de mes émotions alimentaires. Un jeûne de circonstance sous le regard bienveillant des moines subjugués et je retrouvai le contrôle de ma ligne, prête à replonger de l’autre coté…

Ma rencontre avec Juan, un nouveau départ, un tout qui stabilisa ma descente. Son amour inconditionnel conjugué au plaisir qu’il sut donner à mon corps malmené me ramena à un certain équilibre. Nous nous mariâmes et nous explorâmes la dure réalité de l’extrême pauvreté. Un quotidien qui me heurta de plein fouet et déséquilibra une fois de plus cette balance intérieure trop fragile. En reconstruisant notre vie, je finis par reprendre les rennes de mon corps. Habituée désormais à vivre dans l’enceinte de ma prison. Prête à apprivoiser cette dimension avec l’aube de ma trentaine…

Quelques années passent et c’est là qu’une petite graine décide de prendre possession de mon corps. Graine d’Amour qui donne la vie. Mon corps devient un jardin! J'en perds le contrôle plusieurs semaines de suite. Comme si une tempête avait décidé de me labourer de ses étranges passions ! Je souffre sans mot dire, dors à la journée longue. Mais sans rechigner, j’accepte cette nouvelle mission. Je lâche prise. Petit à petit mon corps devient un foyer…

Autour de la petite graine qui s’épanouit, un igloo de chaleur prend forme. Mon bedon tout rond se transforme en une maison, sa maison. Une maison construite non pas de briques mais de fruits, de viandes et de légumes. Sans fumée ni spiritueux, enrobée de musiques et d’attentions.

Maintenant je prie pour que cette maison ne s’écroule pas sur sa minuscule tête. J’oublie la prison pour profiter de ces instants de création. Je prie pour que ce petit bout d’être ne ressente pas autant le besoin d’échapper à cette nouvelle dimension qui la forme. Dans l’enceinte torturée de mon corps, une porte sur l’infini s’est ouverte...

En attendant Lily-Soleil
Lilypie Baby Ticker

jeudi, mars 11, 2004

Une histoire abracadabrante qui se dessine entre deux phrases. Une histoire qui me plait et m’amuse. Je la laisse couler en souriant, fruit de plusieurs jours de réclusion... Si les chargés font la grève jusqu’à vendredi, elle devrait arriver vite à maturité...

Atelier d’écriture entouré d’Art, du fun et une histoire de série B digne d’un mauvais film d’horreur comme résultat. Je me fais mourir toute seule avec mes histoires qui naissent des ateliers d’écriture, y’a du sang, y’a du sexe et c’est généralement vraiment n’importe quoi! J’ai trop de mal à prendre au sérieux l’exercice collectif et je pars toujours en vrille, m’enfin...

Nous sommes allés récupérer des pellicules et en poser d’autres...
Nous sommes à l’ancienne, avec appareil photo manuel et pellicules à envoyer au magasin! Lorsque l’on a gouté au digital, c'est tout un fossé à traverser pour revenir à l'ancienne! Cette façon de voler les images au temps s’effacera sûrement...

J’aime toujours entendre le déclic de la photo emballée, je regrette toujours de ne pas voir ce qui vient de se prendre... Il faut se rappeler la patience. Puis vient la surprise de la photo développée, les plaisirs ou déceptions des photos retrouvées. Ces souvenirs qui traversent les années et entretiennent la mémoire...