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vendredi, mars 14, 2025

Observer le monde qui tourne autour de moi. Me tenir debout devant l'adversité. Avec férocité et ténacité. 

Écarquiller les yeux devant ce mal qui semble prendre le dessus sur le bien. Observer des mensonges devenir des vérités à force d’être répétés. Regarder l’histoire se répéter avec stupéfaction. 

Je vis au Québec depuis 1988. Arrivée de France à l’âge de 14 ans, je me suis façonnée montréalaise. Puis, au fil du temps et de ma vie, je me suis sentie québécoise. Je suis devenue une hybride francophone. 

Mais depuis que Trump a décidé de faire la guerre économique au Canada, je réalise que je me sens plus canadienne que je n’en avais conscience. 

Je suis franco-canadienne, amie des Américains. Cependant, lorsque des amis nous trahissent, cela fait mal. Cela blesse l'âme et le cœur en profondeur. Cela bouscule les émotions. Cela provoque des réactions...

Si l’on a le privilège d’avoir une famille fonctionnelle, c’est là où l’on se réfugie, là où l’on panse ses plaies, entouré de personnes qui veulent notre bien. Là où l'on se sent en sécurité. 

La seule famille que je possède est celle que je me suis créée avec mon mari et ma fille. Elle  fonctionne. Elle me rassure et sécurise.

En cette nouvelle ère où Trump et Poutine copinent, je réalise que le Canada est aussi ma famille. Et je ne suis pas la seule à en prendre conscience! 

Les arpents de neige qui font le Canada sont peuplés de gens paisibles et fiers. Un peuple qui ne fait pas la guerre, mais qui se défend lorsqu'on l'attaque! Un peuple qui, aujourd'hui, résiste aux États-Unis et qui, par la force des choses, montre au monde entier un exemple à suivre. 

Se tenir debout avec le Canada, c'est résister aux mensonges, aux manipulations et conspirations qu'affectionnent les pensées trumpistes, c'est traverser ensemble les moments difficiles. C'est résister et ne pas capituler devant l'adversité!

Image créée avec IA


Debout avec le Canada

dimanche, juin 12, 2016


Comme plusieurs, j'ai été interpellée par cet article qui roule sa bosse sur les réseaux.

Hybride francophone en eaux québécoises

Je vis depuis bientôt trente ans au Québec et je suis québécoise depuis au moins vingt en mes idées! Canadienne officielle depuis mes vingt ans...

J'ai été montréalaise avant de sentir le Québec me rentrer dans l'âme et le coeur. Au fil du temps, je suis devenue cette hybride francophone plus américaine que française. Plus québécoise que canadienne...

Je suis hybride et j'en ai conscience. J'en retire le meilleur des deux mondes. Même si ma balance intérieure penche plus sérieusement du côté du Québec (et du continent américain) que de l'hexagone.

Le français n'est pas que cette langue que je materne, c'est ma patrie! Le Québec est ma mère adoptive et le Canada son mari. Je suis heureuse d'avoir vécu mon adolescence en leur maison!

Les français de souche ne reconnaissent plus la française que les québécois de souche entendent toujours. Il ne reste de France en moi que des racines lointaines en mon sang.

J'ai fait germer mon futur en une autre terre. Je vis depuis seize ans en ce petit village de lac où l'on a planté nos racines familiales. J'imagine que je vis en quelque sorte le fameux fanstame de "la cabane au Canada". Sauf que je vis au Québec...

Cela fait seize ans que je n'ai pas remis les pieds en France. Le jour où cela arrivera, je sais que je devrais traverser un certain choc culturel et émotionnel.

Alors j'irai me réfugier chez mes amis jurassiens et j'arroserai ces racines qui restent en mon sang. Car avant d'être française, j'étais jurassienne...

Les mystères éthniques de nos ADN

J'ai quitté ma maison, perdue dans les champs d'un petit village du bas Jura, non loin de Dole, pour atterrir avec ma mère, à quatorze ans, au vingtième étage d'une tour d'habitations en plein centre-ville. Concordia et Maisonneuve pour être exact. Ce fut une aventure humaine qui façonna mon adolescence...

Par la suite, je tombe sur cette vidéo qui me rappelle combien j'ai le goût de savoir ce que mon ADN dirait des origines de mon sang...


Un jour, par curiosité, je ferai un test génétique pour savoir quelles sont les ethnicités en mon sang. Avant d'immigrer à Montréal, j'étais juste française. Jurassienne d'origine.

Et puis, à force de vivre à Montréal, et de prendre des taxis où l'on me demandait si j'étais italienne ou espagnole, j'ai commencé par me poser des questions. Conversation typique de taxi en ma vingtaine:

- Hé Salut... Dis moi, tu serais pas espagnole? 
- Nope... 
- Italienne alors? 
- Heu non, je suis d'origine française. 
- Ah oui, t'es sure? 

À vingt-cinq ans, à force de vivre et revivre cette conversation sur le même thème, j'ai fini par en conclure que je n'avais pas la tête d'une française!

Nous sommes tous métissés...

Le Jura fut sous le joug des espagnols au Moyen-Âge, je suis pas mal certaine qu'il y a eu métissage génétique. Un jour, je saurais quelle métisse jurassienne je suis!

En fait, cela pourrait même être un test familial que l'on ferait en un cadre éducatif. Est-ce que quelqu'un s'y connait en test d'ADN?


À noter que mon amie Nadia m'informe que cette vidéo, partagée en ce billet, est une publicité, il faut la prendre avec un grain de sel. Les personnes sont des acteurs. Mais l'idée de fond est là...



Hybride francophone à la recherche de son métissage sanguin...

mercredi, mars 19, 2014

Quel pays dans le monde est dénué de racisme? À part ceux qui résident en nos utopies et idéaux?

En ce moment, au Québec, on se choque de voir un certain racisme ressortir des boules à mites.

Peut-être que ce choc est en lien avec un certain déni. Oui, c'est vrai, il y a du racisme au Québec, comme partout ailleurs dans le monde...

Selon le Larousse, le racisme est une idéologie fondée sur la croyance qu'il existe une hiérarchie entre les groupes humains, les « races ». Le racisme est le comportement inspiré par cette idéologie. C'est aussi "une attitude d'hostilité systématique à l'égard d'une catégorie déterminée de personnes : Racisme antijeunes."

De mon côté j'ai toujours pensé que le racisme était lié à la peur de l'étranger. La peur de la différence.  De incompréhension qui aiguise la peur.

Mais je ne crois pas que le racisme québécois soit basé sur la croyance qu'il existe une hiérarchie entre les groupes humains. Je pense plutôt qu'il se révèle dans une hostilité envers certains groupes. Ce qui me frappe personnellement c'est que ce racisme québécois semble plus souvent relié à la religion qu'à la couleur de la peau. Une religion en particulier qui inquiète par ses extrêmes. Est-ce du racisme ou de la peur?

À mon sens on oublie trop souvent de commenter combien le racisme québécois est peu féroce par rapport au racisme virulent qui sévit dans bien des pays civilisés. Et s'il est bon de le dénoncer il est aussi bon de mentionner qu'un étranger peut prendre racines au Québec et y être bien accepté. Ensuite vient la question de certaines attitudes. Celui qui prend pays doit aussi se résoudre à adopter les lois de ce pays. Ainsi va le monde. Mais mettre tout le monde dans le même sac est réducteur.

En tant que francophone, on peut aussi se rappeler qu'il suffit de remonter d'un gros siècle dans le temps pour se souvenir d'une époque où le francophone était considéré comme un citoyen de deuxième zone en son propre pays. Le racisme a eu tant de visages au cours des millénaires passés. Et quitte à remonter le temps qu'est-il donc arrivé à l'homme de Neandertal? Aurait-il été l'une des premières victimes du racisme humain?

Car le racisme est humain. Mais s'il fait partie de nos humanités depuis la nuit des temps il peut aussi être dépassé, transcendé. On est quand même rendu loin des hommes de Cro-Magnon! En le dépassant on acquiert alors une conscience nouvelle, de celles qui font évoluer l'humanité vers son meilleur.

J'ai grandi dans un milieu raciste. Mon enfance à été enrobée de ce subtil racisme qui fait partie du terroir de la France profonde. Puis j'ai vécu mon adolescence à Montréal et le côté multiculturel de la ville m'a ouvert l'esprit. Tant et si bien que les graines de racisme plantée en mon terreau d'enfance n'ont jamais germé. Merci Montréal.

Non seulement ces graines n'ont point germé mais d'autres ont été planté et elles ont bien poussé. Elles m'ont fait réaliser toute la richesse humaine que l'on peut récolter en apprenant de nos différences. Du coup, il est important à mes yeux d'avoir des amis de différentes nationalités et différentes couleurs de peau.  Ma vie me semblerait bien plate si elle ne devait se composer que d'une seule nuance culturelle...

En immigrant à l'âge de 14 ans j'ai aussi compris ce que c'était que d'être une étrangère. Plus d'un demi-siècle plus tard, je sais que je suis une hybride francophone. Les français fraîchement débarqués n'entendent plus que mes intonations québécoises et les québécois pur laine entendront toujours mes racines françaises. Sauf quand je me mets à sacrer comme un charretier! Ce qui est relativement rare à mon âge.

En grandissant, au fil de mon intégration, j'ai désiré n’incorporer que le meilleur du Québec tout en ne gardant que le meilleur de mes racines jurassiennes. Ceci a permis un bon ménage intérieur. Puis en devenant bilingue j'ai approfondi ma perception humaine. Avoir deux langues est toujours mieux qu'une! Mon immigration précoce a définitivement façonné la personne que je suis aujourd'hui.

Et j'ai appris que je serai toujours une minorité audible en mon pays adoptif. Mais cela ne m'empêche pas de m'y sentir chez moi et de m'y épanouir. J'ai aussi appris de cette expérience de vie que le racisme est une illusion. Une illusion humaine générée par l'ignorance et la fermeture d'esprit. Une illusion qui se nourrit de peur et de bêtise humaine. Une dangereuse illusion qui peut mener à la haine et la violence...

Malheureusement la bêtise humaine est loin d'être éradiquée sur Terre. Elle reste quand même minime au Québec. Elle existe certes. Mais elle ne nuit pas trop à l'évolution de la mentalité ambiante. Quant à la peur, elle a en effet grandi ces dernières années au Québec.

D’après mes expériences il règne au Québec une gentillesse de fond qui amenuise la bêtise humaine. Il règne au Québec une ouverture d'esprit qui en fait la grandeur humaine. Et j'ai espoir qui si une contrée peut arriver, un jour, à transcender le racisme, c'est bien elle...

Transcender le racisme...

jeudi, février 20, 2014

https://www.flickr.com/photos/etolane/146589266/in/set-72057594135089756
Penser à Paris en 1900 en suivant ce lien et penser à mon arrière-grand-mère Berthe. Elle avait 75 ans quand je suis née. Je n'ai jamais connu son mari Urbain. Mort avant ma naissance.

À 20 ans, mon arrière-grand-mère Berthe, née en 1898, s'est chicanée avec son père (en son petit village jurassien). Coup de tête mémorable où elle a pris ses cliques et ses claques pour Paris.

Une réaction peu commune à l'époque. Elle y est restée sept ans avant de revenir au pays, réconciliée, pour se marier, reprendre la ferme et faire plein enfants. Je ne sais pas si elle y a vécu heureuse mais je sais qu'elle y a vécu longtemps...

Je l'ai toujours connu antique. Sa peau, tannée comme un parchemin ancien, me faisait un peu peur. J'aimais cependant son caractère coriace.

Ma grand-mère l'a récupérée sur ses très vieux jours. Et parfois, en ses délires, elle se prenait un trip où elle revivait ses années folles à Paris.

En ses très vieux jours elle oubliait toujours mon prénom mais que je délirais toute seule à l'écouter parler de ce monde d'antan.

Quand j'étais au primaire, elle refusait que ses enfants lui installent un WC digne de ce nom dans la salle de bain de sa petite maison à la campagne. Elle vivait paisiblement en ce petit village à l'orée de la forêt de Chaux. Non loin de la ferme qu'elle avait léguée à son fils...

Et elle ne voyait tout simplement pas l'intérêt de changer ses habitudes. Elle ne voyait pas le problème d'aller faire ses besoins dans le cabanon, conçu à cet effet, dehors. Elle trouvait le concept tout à fait fonctionnel. Merci. Ce qui avait tendance à profondément m'interloquer.

Chez elle, j'ai pratiqué, en toute impunité, le pipi sauvage. J'ai toujours préféré le champs fleuri à la cabane de bois version WC. Faire pipi entre deux marguerites est toujours plus plaisant que dans la sombre cabane nauséabonde!

Les dimanches de mon primaire, j'allais régulièrement la voir avec ma grand-mère. Et même si je m'y ennuyais ferme, entre deux pipis dans le champ, je me régalais de la traditionnelle brioche qui ornait sa table de cuisine.

Pendant que je savourais ma tranche de brioche, les adultes jasaient et je laissais voguer mon imagination. J'essayais de l'imaginer jeune, en ce monde si différent de celui où je vivais ma vie. En ce monde révolu où l'on allait encore à l'école en sabots. Pour passer le temps, je voyageais dans le temps, une bouchée de brioche à la fois...

À force de raisons et de dimanches dominicaux, Berthe a fini par flancher. Passé 85 ans, il faut avouer un certain confort à ne pas aller pisser dehors. Mais je me souviens encore de combien sa volonté de fer sur le sujet illuminait son corps tout entier. La rajeunissait.

Et voilà que je pense à ma fille, qui ne connaît des dimanches familiaux que des activités parentales, ma fille qui vit dans un monde si différent de celui où j'ai grandi. Non seulement géographiquement mais aussi technologiquement.

Que penserait Berthe de ce monde numérique à saveur américaine où grandit son arrière-arrière-petite-fille? De ce monde si étrange dans lequel je vis, de l'hybride que je suis devenue? Un monde où l'ordinateur a remplacé le facteur et où les téléphones ne servent plus guère à téléphoner mais à se connecter les uns aux autres.

Morte et enterrée, elle n'est plus depuis déjà longtemps, un demi siècle dans la terre. Mais je suis heureuse de l'avoir en ma mémoire. Heureuse de l'avoir connue. En ce jeudi matin gris de février, je me souviens.

Et alors que je finis de transcrire ces mots, par la fenêtre, un rayon de soleil perce le voile de nuages pour venir m'éclairer le visage, il me réchauffe la peau. Et je souris au ciel en pensant à elle...

#Throwbacktuesday. En mémoire...

lundi, mai 28, 2012


Petite, en France, je me souviens encore de ces diners de famille qui viraient en bataille dès que la conversation tournait autour de la politique. 

Gauche, droite. Cela parlait, cela parlait et cela s’engueulait…

Petite fille de 7 ans, je n’y comprenais rien. Comment des adultes supposément sensés pouvaient ainsi perdre les pédales pour une question de droite ou de gauche? 

Cela dépassait mes compréhensions autant que cela m’énervait.

À l’époque, déjà, sans m’en rendre compte, je rêvais de conversations pacifiques et profondes. Je rêvais de fins de dîners où tout le monde sortirait de table avec le sourire d’un bon dessert et du bon moment passé ensemble. 

Pas à ces au-revoir amers remplis de malaises, avec de la colère plein les yeux, et une gueule de cent pieds de long. Bonjour l'ambiance! Toute petite, la politique m'a rebutée pour l'effet qu'elle avait sur les adultes...

En ce temps là, en ma petite caboche révoltée, politique rimait avec non-harmonie. Je ne voulais rien savoir de la politique…

En grandissant, même si j’ai bien fini par comprendre le principe de droite et de gauche, je m’en suis toujours tenue éloignée. J’aimais la liberté avant tout et je voulais d'abord étudier le genre humain. Histoire de mieux comprendre cette race qui était mienne...

En vieillissant, j’ai décidé que l’équilibre était un mode de vie pertinent. Ni la droite ni la gauche ne sont jamais arrivés à me toucher. Le milieu, il est où le milieu? Gauche, droite. Noir, blanc. Et les zones grises alors?

Aussi j’ai décidé que je serais apolitique. Après tout, il y a bien des athées qui se respectent et que l’on respecte. Si je crois en certaines spiritualités mais pas en aucune politique, alors être apolitique me semble logique…

Des racines et des ailes

J’ai immigré au Québec, à Montréal, à l’âge de 14 ans.  En pleine adolescence. Ah! Que je t’ai aimée Montréal... 

Puis à mesure que j’ai pris racines en ces latitudes nordiques, à mesure que mon affection pour ce pays d’adoption a grandi, j’ai voulu connaitre le Québec. J’ai alors réalisé que le Québec, c’était bien plus que Montréal. Je suis partie.

Coté études,  j’ai décroché, j’ai voyagé, j’ai inspiré de grosses bouffées de liberté. J'ai suivi des chemins hors des sentiers battus. Je me suis mariée, j’ai réfléchi, j’ai raccroché. 

Je me suis ainsi retrouvée à l’université Laval de Québec. En couple. Lui dans un pavillon et moi dans un autre. Rendu là, je comprenais si bien le Québec que les touristes français ne me reconnaissaient plus. Ce qui avait le don d'interloquer mes amis québécois...

Rendu là, même si je resterai une minorité auditive à vie, je suis chez moi au Québec. Intégrée. En mon cœur, je suis québécoise. Avec des racines françaises certes, mais si bien implantée en ce terreau fertile qu’est le Québec que la France n'est plus qu'un souvenir lointain. Un souvenir d'enfance...

Avec le temps (un quart de siècle), je suis devenue québécoise en mon cœur sinon en mon sang. Vivant en un coin de brousse entre lac et forêt. Non loin de cette capitale nationale qui n’est pas sans me faire penser au village d’irréductibles gaulois…

En montréalaise que j’étais j’ai appris à aimer et à apprécier la ville de Québec. Et j’aime le Québec en son entier, ses grands espaces, sa nature sauvage, ses gens, son accent et son Histoire. 

Hybride, je suis devenue. Avec ma langue comme patrie. Comment ne pas tomber en amour avec ce bastion francophone qui m’a adopté et accepté en son sein? J'aime le Québec mais je n’aime toujours pas la politique…

À mes sens, une société éduquée est une société riche. Valorisons-nous la richesse intellectuelle à sa juste valeur? C'est une question qui me revient souvent en tête...

Étudier ne veut pas dire devenir riche pour tous mais étudier c'est s'endetter pour tous...

Mon homme n’est jamais vraiment sorti de l’université Laval. Après son Bacc, il a trouvé une job respectable sur le campus. Il s’y plait bien. Il n’a pas un salaire à tomber par terre mais il aime ce qu’il fait, il aime son environnement de travail, il s’y épanouit.

Pendant ce temps son artiste de femme, pigiste de son état, continue sa bohème intellectuelle. Écrire, piger, materner. Pas de quoi enthousiasmer ma banquière! Mais de quoi nourrir mes neurones...

En tant que couple, nous avons commencé notre vie « adulte » avec 30 000 dollars de dettes. 30 000 dollars de dettes et rien d’autre dans nos poches qu’un diplôme universitaire chacun.

Un diplôme qui ne nous rendra jamais riche. Mais une réelle dette à rembourser. 300$ par mois pendant des années et des années et des années. Ceci est une réalité qui semble peu comprise de ceux qui ne la vivent pas. Et je ne parlerai pas des taxes et impôts! Un tout autre sujet...

Alors revenons à nos moutons:  le prix de l’université. Prenons l'exemple d'un étudiant de classe moyenne qui travaille pendant ses études et qui s'endette tout à la fois.

Un étudiant normal qui vit en appartement et qui n'a pas des parents richissimes derrière lui. Un étudiant qui mange des pâtes (et parfois du pain sec). Un étudiant qui étudie et qui travaille pour arriver à boucler ses fins de mois. Un étudiant qui ne part pas dans le Sud quand vient Spring Break...

Car quoi qu'en disent les mauvaises langues, ces étudiants là font aussi la norme...

Pensons à ceux là, en un futur imparfait, ceux là qui devront payer quoi? 300$ par étudiant (le double d'aujourd'hui)  de remboursement mensuel pour avoir obtenu un simple bacc? Mettez les en couple. Ils n'auront pas de quoi s'en plaindre n'est-ce pas? Après tout, quand on a l'amour, on peut vivre d'eau fraîche...

Parce-que, vraiment, y'a pas de quoi se plaindre de commencer sa vie avec un tel handicap financier n'est-ce pas? Pas de quoi en faire un scandale...

Ouais... et bien moi, si je me mets dans les chaussures de ces étudiants futuristes et bien je les plains! Marcher dans leurs chaussures me fait mal. Et c'est sans parler des multiples exemples de diplômés américains qui croulent sous les dettes d'études jusqu'à s'étouffer...

L’idée de devoir vivre ma vie actuelle et de devoir rembourser le double de ce que l’on rembourse déjà pour avoir eu le privilège d’étudier me semble si exagéré que cela me révolte…

L’option d’un salaire à 35 000$ - 40 000$ - ou même 55 000$ par année pour une matière étudiée. Le tout avec un remboursement annuel de plus de 500$ (en couple) me semble si aberrant que la peau me hérisse et voilà que je suis rouge!

Qu’on ne vienne alors pas me parler de politique mais de réalité! Car c’est pour cette réalité là que se battent les étudiants en ce printemps d’érable qui fait les manchettes…

Parlez-moi de bon sens et d'ouverture d'esprit....

Ceci sans oublier de se rappeler que sortir de l'université avec un bagage intellectuel ne veut pas obligatoirement dire avoir un emploi qui apporte la richesse sur un plateau d'argent. Étudier, cela veut parfois juste dire obtenir un emploi où l'on peut se nourrir les neurones...

Coté techno: Les manifs dans mon salon...

Sous peu en ce petit coin de Web : Miss Soleil et nos casseroles…



Voir rouge...

mercredi, novembre 16, 2011

Libre plume...

Voici des jours que me pèse la culpabilité de ne pas écrire en ce petit coin de Web qui est mien.

Au final je gribouille en silence et je bloque...

Pourtant ce ne sont pas les idées qui manquent, l'inspiration bloguesque souvent me gratouille la couenne.

Mais le temps me presse les neurones, mes piges pros m’entraînent en d'autres mots et je bataille pour retrouver la santé. Mois après mois, je travaille à mieux aller.

Présentement je refuse de parler de ces douleurs qui m'handicapent les idées. Les obstacles font partie de la vie. Je les traverse et ensuite je partage.

La parentitude m'offre aussi beaucoup de réflexions mais l'énergie pour les compiler me manque. Et puis il y a les rénos qui nous aspirent la vie. Dieu merci elles achèvent enfin...

2011 n'aura pas été une année facile pour ma pomme et j'en ressens une certaine colère intérieure. Tant de souffrances en ce corps qui est le mien. Virus infernal, opération chirurgicale. Tant de batailles et de frustrations.

Je n'aime pas écrire dans la colère et la souffrance. Alors je me tais en attendant d'avaler (et de digérer) toutes ces émotions qui me font tourbillonner le sang.

Aujourd'hui, alors que je bataille un autre virus qui me frustre, je tombe sur ce texte et d'un coup une toute petite inspiration m'éveille quelques neurones. Alors je laisse couler. Même si je me sens rouillée. Je pense à ma copinaute Manon et je cadenasse l'insatisfaction de ne pas atteindre la perfection.

En fait, ce texte me parle tant qu'il fait jaillir ces mots de mon néant automnal.  Je me souviens alors de ce texte écrit il y a quelques années. Un billet où je m'indignais de voir le centre ville de Montréal s'angliciser assez pour oublier que le Québec est non seulement bilingue mais surtout français.

Après tout, le Québec n'est-il pas une bulle française qui flotte en un océan américain? Une Nouvelle France où s'épanouir la vie?

Il est vrai que c'est à Montréal que je suis devenue bilingue. Je lui en suis reconnaissante. À voguer entre deux cultures, à aller dans des partys où les deux langues se côtoyaient sans se juger, j'ai intégré l'anglais à mes pensées. J'aimais tant ce bilinguisme dans lequel je nageais. Jamais je n'ai eu la sensation que je pouvais y perdre ma langue maternelle.

Et puis je suis venue vivre du coté de Québec où règne le Français. Si certains disent que la ville de Québec est un village alors c'est certainement celui d'Asterix! Un village de gaulois récalcitrants qui refuse de se laisser envahir par les Romains...

En mon état d'hybride francophone, ma langue est mon pays et j'aime énormément la résistance québécoise qui me rappelle les gaulois de mon enfance.

Alors lorsque je vais à Montréal et que je découvre un centre-ville où le français fait cruellement défaut je sens gronder la révolte en mes racines. Et même si je suis parfaitement bilingue, je refuse de parler anglais par pure rébellion franco. Je ne me trouve pas cool mais tant pis. Gauloise je suis.

Aussi je suis fière de voir de plus en plus de montréalais francophones dénoncer l'anglicisation de la ville. Soudainement l'espoir renaît en ma peau et je sens m'envahir l'envie de sourire...

Libre plume...

mardi, juin 22, 2010

Hybride francophone

Par moment, ma fillette a un accent à couper au couteau. J'y fais à peine attention, mes oreilles ne s'y accrochent pas vraiment. Tant qu'elle a du vocabulaire et qu'elle sait structurer ses phrases, c'est tout ce qui m'importe.

Nous avons des amis qui font parler leurs enfants à la française, ceux-ci sont un peu choqués de la langue de ma fille. Et je trouve cela un peu choquant qu'il soit choqués!

Tout comme j'ai failli tomber par terre lorsque la mamie voisine m'a dit il y a quelques mois:

- Eh ben, elle a un bon accent!
- Ouais, on dirait bien...
- C'est dommage, vous qui parlez si bien!
- Heu...


Que répondre à ce genre de complexe linguistique si ce n'est rassurer? Expliquer qu'il n'est pas nécessaire de se dénigrer. J'apprécie la langue québécoise qui berce ma vie...

La langue d'ici peut être aussi belle que celle de Paris. Il suffit de la considérer pour en découvrir la richesse ancestrale. Et puis, en France, il y a encore quelques patois et accents chantants qui ne sont pas des sous-langues pour autant. Enfin je l'espère! Et je ne parlerais même pas du verlan ou des anglicismes à gogo qui animent les bouches de l'hexagone! À mes yeux, la langue québécoise possède une histoire et une résistance qui est fascinante. Elle n'est pas parfaite. C'est un fait. Mais la perfection n'est-elle pas illusion?

Ce qui paradoxal c'est que le français de passage ne me reconnait plus depuis des lunes. Tout français que je rencontre, fraichement débarqué, ne se rend pas compte que je suis de la même origine que lui. Il trouve qu'il me comprend plus facilement que les autres québécois mais il ne se demande pas pourquoi! Parfois, je ne prends pas la peine de lui expliquer ma vie et dans ces temps là, il prend toujours la peine de m'expliquer la France. Je suis une hybride de langue...

En ma brousse, la langue française est souvent corsée, on est très loin des pointes acérées du titi parisien. Ici, même si le français de passage ne me remarque guère, le québécois pur laine m'accorde facilement le titre de minorité auditive. Celui-ci peine à croire que ma langue est méconnaissable à l'oreille des français de France. Hybride je me sens. Non pas de sang ou de peau mais de langue.

À la radio, j'écoute ma voix qui s'articule. Mon oreille québécoise entend les tonalités du pays de mes ancêtres. Mes racines françaises la trouve polie comme les pierres de rivière qui couvrent ma maison de lac. Douce aux tympans, elle a perdu ses pointes depuis bien longtemps. Ici, elle s'enrobe de grands espaces et de liberté...

Cela fait plus de vingt ans que j'existe en cette province de langue française. Plus de vingt ans que je nage en cette goutte francophone qui se perd dans un océan d'anglais. Au fil des ans, je suis devenue une sorte d'oiseau exotique pour les français de là-bas. Et je serai toujours une plante exotique dans le terroir d'ici.

Le Québec est mon pays même si ce n'est pas vraiment un pays. Il m'a adoptée comme un parent adopte un enfant. Lorsque je suis arrivée ici, je sortais à peine de l'enfance. J'avais 14 ans. Montréal a été ma terre d'accueil . En ce coin de lac, je m'enracine l'esprit.

J'ai grandi en m'intégrant à la société qui m'hébergeait. J'ai laissé de coté tout ce qui me déplaisait de ma terre patrie et j'ai comblé le vide avec tout ce qui me plaisait de ma terre d'adoption. En ce coin de province tranquille, j'ai planté les graines de ma famille. Et c'est pour cela que cela ne me dérange pas du tout que ma fille ait un accent bien de chez elle...

Hybride francophone

lundi, février 05, 2007

Doit-on tolérer l’intolérable?

C’est la question que je me pose en cette polémique qui fait rage autour des accommodements raisonnables. Doit-on pousser l’idée de la tolérance jusqu’à tolérer les intolérants?

Je crois au multiculturalisme tout en me demandant soudainement s’il ne faut pas poser certaines limites. Le multiculturalisme doit se fondre dans une subtile intégration cohérente pour la société en son entier. Une intégration qui repose sur l’adaptation de fond que doit effectuer le nouvel immigré qui décide refaire sa vie en nos contrées. En tant qu’immigrée, je sais bien qu’il est impossible d’expatrier la mentalité du pays qui m’a vu naître en ma réalité présente. Et c'est tant mieux! Si ce n'était pas le cas, à quoi bon immigrer? Mon origine n’est pas « pure laine » mais je tisse la toile de ma vie en ce pays qui m’a adoptée et je suis fière de m'y sentir intégrée. Le secret de la facilité de mon expérience personnelle se trouve évidemment dans le fait d’avoir pu immigrer à un âge où il est facile de s’adapter. À l’aube de l’adolescence, l’on est encore à se construire, l’on se cherche, l’on se découvre, l’on se forme, tout est possible…

Avant de devenir canadienne, j’ai d’abord été montréalaise, ce fut la première étape de mon intégration. À 20 ans, j’ai été déclarée citoyenne. J’ai profité d’un passeport canadien pour voyager, j’ai commencé à mieux comprendre ma peau. Je suis devenue hybride...

C’est durant mon processus d’intégration montréalais que j’ai découvert les richesses du multiculturalisme. Je me suis toujours baignée dans ses eaux avec bonheur. Découvrir les saveurs, les essences d’autres communautés m’a ouvert grand l’esprit et a effacé toute trace de racisme que mes aînés auraient pu inconsciemment essayer de m’inculquer. Parce-qu’il ne faut pas charrier, si l’on considère le Québec raciste que dire de la France? De toutes façons est-ce que le racisme ne fait pas partie de ce lot de bêtises qui affaiblit l’humanité? Un lot qui recèle les dizaines de défauts (l’avarice, la méchanceté, la cupidité, la jalousie, l’égoïsme, l’ignorance, l’indifférence, la violence etc.) que trimballe l'humanité sur son dos. Le Québec n’est pas le paradis sur Terre et si l’humain était capable de perfection cela se saurait!!! Nous sommes tous des êtres imparfaits. Cependant vivre au sein d’une société capable d’accepter, d’apprécier et de respecter les différences d'autrui est, à mon avis, une sacrée chance…

Cependant, ce n'est qu'une décennie après mon arrivée (en choisissant d’aller vivre dans le bois) que j'ai découvert le coeur du Québec, que je l'ai entendu battre sous ma peau. À l’époque mes amis québécois étaient plus montréalais que québécois, lorsque nous allions tous ensemble dans des chalets, je ne voyais que des grands espaces, des lacs et de la forêt! En quittant Montréal, j’ai découvert la « québécitude ». Une nouvelle étape dans l’évolution de mon identité d’immigrée. Je n’ai pas vraiment trouvé ce passage difficile puisque j’étais déjà bien habituée aux us et coutumes de ma terre d’adoption. En m’installant les jours dans un petit village (bordé d’un grand lac) aux alentours de la vieille capitale, j’ai enclenché la phase terminale de cette intégration qui me fait québécoise de cœur sinon de sang! Je n'ai pas l'accent pointu, j'ai le parlé et la culture mixés d'influences diverses, malgré le fait que je me place dans une certaine minorité auditive, je me fonds avec plaisir dans la masse bigarée...

Tout au long de mon parcours qui se déroule sur deux décennies, il est vrai que j’ai parfois vu ou ressenti quelques bribes de racisme modéré, rien d'insupportable, de la bêtise qui glisse sans heurts. Je n'ai jamais souffert d'intolérance. Il faut avouer qu’en étant blanche, pas trop laide et francophone, il m'a toujours été facile de désamorcer les grenades désobligeantes. J'aime vivre ici et je ne regrette pas l'hexagone. Il y a, ici, une liberté d’exister et une qualité de vie qui m’enracinent. Vivre et laisser vivre. Il se dégage de ce principe un subtil équilibre fondé sur des règles invisibles. Chaque liberté s’arrête aux frontières de celles qu’elle rencontre. Malheureusement ces frontières abstraites, subjectives, impossibles à clairement définir, où s'entremêlent perceptions, passions et traditions, incitent aux discordes. Il y a de l'huile sur le feu! En principe je suis tout à fait pour les accommodements raisonnables mais en pratique il semble qu’il faille poser certaines limites. Ne doit-on pas raisonner le raisonnable pour ne pas tomber dans la déraison qui entraîne la dérision comme c’est le cas à Herouxville?

Subsiste le fond de ma question doit-on tolérer les idées de ceux qui sont intolérants? Doit-on tolérer chez les autres ce qui est intolérable chez nous? Si les autres sont chez eux, la question ne se pose pas vraiment. Mais si chez eux c’est chez nous maintenant? Si c'est ici, terre de tolérances où l'on vit et l'on laisse vivre, doit-on faire des courbettes si basses qu’elles nous font glisser et tomber sur les fesses? Ou ne doivent-ils pas plutôt apprendre les coutumes de leur pays d'accueil, les respecter, les assimiler à leur culture, les diluer dans ces traditions qu'ils importent en leurs bagages émotionnels pour se reconstruire une meilleure vie? La tolérance et l’intégration font généralement bon ménage mais comme dans tout couple, rien ne va sans équilibre…

Atteindre l’équilibre lorsque l’on est humain, c’est tout un défi. Pourtant je crois fermement que la société québécoise est assez bien équilibrée pour être à la hauteur de relever un tel défi. À suivre…

Doit-on tolérer l’intolérable?

vendredi, septembre 29, 2006

Féminine Hybride...

Du coté de l’Hexagone, la blogosphère parisienne est en pleine effervescence politique. Cela fricote, cela se bécote, cela critique, cela s'explique, y'en a vraiment pour toutes les sauces virtuelles! Il y a aussi cette vague de « coming out » en tout genre. Ce qui me donne une idée folle de « coming out » pas rapport inspirée par les cogitations de l’homme de maison.

Juan m’explique :

- Tsé quoi? À chaque fois que je fais le plein, j’ai un peu mauvaise conscience ! Je pense à Lily-Soleil et je me demande comment je réagirai si un jour elle me demande : « Dis Papa, quand t’étais jeune pourquoi tu utilisais de l'essence même si tu savais que le pétrole c’était mauvais pour la planète ! Pis maintenant regarde la merde dans laquelle on est!!!»…
- Hum, pas cool comme réflexion. Pourtant on a une petite auto considérée super économe!
- Ouais, mais ça me fout les boules tout ce gaspillage! C'est sur que le Monde abuse! Si elle me pose un truc dans le genre, comment est-ce que je vais pouvoir lui répondre sans avoir l’air d’un gros con !!!
- Ouais, pas facile ! Mais on peut toujours se dire que notre prochain char sera hybride ! C’est un premier pas dans la bonne direction, on peut pas vraiment faire plus présentement…

Lily-Soleil-II

Il acquiesce, un petit peu soulagé malgré son front plissé signe de ces soucis qui l'agitent. Cependant j'aime qu'il se pose ce genre de questions et je suis tout à fait son raisonnement. Du coup, c’est officiel, je fais ici « mon coming out automobile » : Notre prochaine voiture sera hybride !!! Tout comme ma pomme des bois! Juan a un faible pour la Toyota Prius. Enfin d'ici à ce que l'on ait les moyens d'une nouvelle auto, il devrait y a voir bien plus de modèles hybrides sur le marché...

Pour boucler cette boucle d'idées, une parenthèse "politico-whatever": si je devais voter (ce que je pourrais faire si l'idée me venait de d'inscrire ma poire au consulat, 20 ans plus tard!) et bien je voterais Ségolène ! Na !!! Juste parce-que c’est une femme. Oui Madame !!! La droite, la gauche, j'm'en tape! J'veux d'l'a femme! Y’en a marre des mâles mal famés, des vieux croûtons ratatinés ou des têtes à claques fiers comme des coqs pour régner à l’Élysée ! Un peu de fraîcheur féminine ne devrait pas faire de mal à la France. Enfin à savoir si les légions de machos pourraient supporter l'affront d'une femme au pouvoir, c'est à voir...

Féminine Hybride

jeudi, décembre 23, 2004

Accents perdus…

Je lis chez Karl un billet qui me touche. Comme à mon habitude, je continue au fil des années, à étudier mon hybridité culturelle et depuis quelques mois, je me rends compte que je le suis (hybride) plus que jamais. Dans ce billet trés pertinent Karl fait mention des stigmates culturels….

De mon coté, il m’est aussi facile de reconnaître le français qui traîne dans le paysage local. Comme il le dit si bien : « Leurs gestes, leurs regards, leurs langages corporels avaient un accent de France. », c’est un accent qu’il se demande s’il possède encore. Si je me laisse aller, je pourrais répondre que je pencherais pour croire qu’il le posséde encore puisque même en ses lignes un certain accent d'ailleurs qu'ici reste perceptible à ma pomme aiguisée. Accents invisibles de l’être qui se manifestent entre les mots et les phrases choisies...

Cette dernière session, mon prof de linguistique, éminence grise de son domaine de langue étudiée sous tous les cotés, en relations régulières avec l’Académie (rien de moins) a abordé, en privé, mon coté hybride. En ayant parfaitement conscience de mes origines, aucun québécois pur laine ne s’y trompe vraiment, il me demande :

- Mais cela fait longtemps que tu es là?
- Plus de 15 ans, je suis arrivée à Montréal avec l’adolescence…
- Hmmm, je me disais que tu étais trés bien intégrée parce-que quand je t’ai vue, j'ai remarqué que tu avais les gestes et les manières d’ici mais ton accent s’entend encore bien dans le fond pourtant ton débit est en phase avec le nôtre…

La conversation a continué sur ce ton et lorsqu’elle se fut terminée, j’avoue avoir connu un bref instant de confusion interne. J’eus l’impression qu’il m’avait lue comme un livre ouvert et c’était bien la première fois que je me faisais analyser linguistiquement parlant! Alors si je n’ouvre pas la bouche, j’ai les accents d’une québécoise, et si je parle, je ne heurte pas les oreilles du passant local qui me comprend parfaitement mais reconnaîtra alors ma subtile différence…

Ce cours me permit toutes sortes de remises en question sur mon identité linguistique, une vraie richesse pour ma pomme je dois dire. Plusieurs choses s’éclaircirent et je compris un peu mieux ce que j’étais devenue. Il faut dire qu’après presque 5 ans à Québec-village, je dois avoir pris une nouvelle teinte. Il est temps que je retourne voir ma Mère Grand. Personnellement, je trouve que j’ai plus d’accent québécois qu'avant mais ce n’est pas l’avis des gens du village! Je me demande bien comment je vais pouvoir rentrer faire un tour de Mère patrie sans avoir envie de me sauver à toutes les deux minutes…

Après le dernier examen alors que je sors du cours et attends sur un banc des copains encore en train de rédiger. Je vois sortir l’une de ces françaises fraîchement débarquées qui a aussi suivi le cours et que j’avais remarqué au fil des semaines. Elle m’approche, je lui souris et embarque la conversation sur le cours et l’examen…

J’apprends qu’elle est parisienne, ici en échange, poursuivant un doctorat en linguistique, âgée d’à peu prés 25 ans, elle commence à me parler sans remarquer que je pourrais être une compatriote. Espiègle, je la fais causer, lui lance quelques indices, pour me rendre compte alors qu’elle commence à m’expliquer en long et en large comment c’est la France, qu’elle n’a aucune idée que je pourrais avoir la même nationalité qu’elle. C’est une expérience qui m’était déjà arrivée avec une amie de Miss Didine qui après avoir passée la soirée à me parler n’a réalisé mes origines que lorsque je lui ai dit vers minuit ( je croyais sincèrement qu'elle s'en était rendue compte toute seule, mais non!). Alors que dans tout bon « party » les premières rencontres locales vont d’abord me demander d’où je suis française!!!

Miss Lou et Quentin sortent de la salle, Miss Lou en profite pour papoter aussi avec la demoiselle parisienne et lorsque l’on se retrouve dehors, je lui explique qu’elle n’a jamais remarqué que je n’étais pas québécoise. Évidemment comme tout bonne québécoise d’origine Miss Lou est outrée...

- Ben voyons!
- J’te jure et je parlais super normalement, ça doit être une question de débit et d’attitude, d'intonations aussi, je peux pas croire. Il avait raison le prof, je suis plus comme eux et c'est visible! Même avec quelques indices gentiments tendus, elle a pas vraiment percuté! On dirait bien que je peux passer incognito si ça me tente sans me forcer pantoute! Tu vois c’est trop weird, toi tu reconnais la française à chaque fois que j’ouvre la bouche mais les français, eux, me reconnaissent plus!!!

mardi, août 12, 2003

HYBRIDE

Adj. et subst. m., 1596, empr. au latin hybrida, sang mêlé, parfois (h)ibrida, hybris (nomin.) refait sur hybrida; la graphie plus usuelle hybrida est due sans doute à un faux rapprochement avec le grec.

ÉTUDE SÉMANTIQUE/Definitions:

1. (Couramment). Composé d'éléments disparates. On n'a pu trouver qu'une solution hybride (Dictionnaire Larousse).

2. (Biologie). Se dit d'un animal ou d'une plante provenant de deux sujets d'espèces différentes (Hulsius, 1596).

3. (Linguistique). Formé d'éléments empruntés à deux langues différentes. (Vaugelas, 1647); souvent, le radical d'un mot hybride provient d'une langue et le préfixe ou le suffixe d'une autre, par exemple télévision (grec et latin), bicyclette (latin et grec).

4. (Poétique). Qui participe de formes, de traditions, de styles différents. Cet ouvrage explore la structure hybride du roman de N. Scott Momaday, le métissage des styles narratifs, de l'histoire, des mythes et des cultures navajo, pueblo, kiowa, anglo-saxonne et mexicaine . (Notice de presse de l'ouvrage dirigé par B. Rigal-Cellard. - N. Scott Momaday. House made of Dawn.- Paris : Ellipse, 1999).

5. texte hybride : Document qui utilise concurremment plusieurs moyens d'expression et de communication. Parole écrite et verbale, icône, gestualité, musique. La désignation de texte hybride selon Marguerite Duras.

hybride (subst.) : Texte composite. Ex. l'ouvrage Hybride romanesque, fictions (éd. Jean Bessière, Paris: PUF, 1988).

Le théâtre, encore plus l'opéra sont des genres hybrides. L'essai est un genre hybride qui tient du roman et de la dissertation philosophique (Larousse, Dictionnaire du français contemporain, 1966).

- hybridité culturelle
- hybridité générique

Et vous?

Je suis une hybride, formée en deux temps par deux cultures, j’existe entre deux mondes parallèles…

Je sais très bien que je ne serais jamais totalement québécoise. Je peux maîtriser à merveille le langage, adopter les façons de faire et connaître les traditions sur le bout des doigts, en mon sang coule ma différence culturelle…

Mes racines s’enfouissent profondément de l’autre coté de l’océan et les branches de l’arbre qui crée mon existence abritent des oiseaux d’ici...

Là-bas, là où mes racines prennent terre, je suis si étrangère. Etrangère à cette façon de penser qui si souvent m’échappe. Etrangère à ces normes qui régissent les quotidiens de Lille à Marseille. Malgré toutes la gammes de nuances que l’on trouve entre ces deux points, jamais je n’y retrouve la mienne. Trop américaine tout en restant francophone à la moelle, j'intrigue ou je choque ! Il y a bien quelques frissons patriotiques aux cotés de ma Mère-grand dans mon village natal, mais c’est si rare…

Hybride de deux mondes qui s’entrechoquent, j’existe comme tant d’autres de mon espèces sur cette planète…

J’ai choisi ce continent pour maison et pour y vivre, un homme de là bas ! Une façon inconsciente de trouver un équilibre à mon identité éclatée ?

Plus jeune, j’aimais croire que j’étais citoyenne du monde, mais le monde est trop grand et je suis si petite ! Alors je réalise, je suis citoyenne du français, mon pays c’est ma langue

Sous toutes couleurs, à travers ces multiples variations que le français engendre au fil du temps, je l’aime envers et contre tout. Jusqu'à ma mort et ensuite, tout comme je l’aimais déjà avant…

Et je ferme ces lignes avant qu’elles ne s’envolent trop haut pour être claires et visibles…

(les commentaires ne sont plus!) Un mot? Par ici...

Ou alors là, plus bas...