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lundi, février 13, 2012

Avancer...

Depuis des jours la plume me titille et je ne l'écoute point. Du coup lorsque je veux écrire sans l'écouter elle me fait faux bond!

Alors je laisse aller. Je déserte et j'en profite pour écrire pour le travail plutôt que pour ma peau. Ainsi va la vie...

En ce mois de février 2012, je continue de batailler les séquelles de ma paralysie faciale. Un an plus tard c'est beaucoup mieux mais toujours trop présent à mes sens. La tête encore dedans, je trouve difficile d'en prendre du recul.

Ce que j'arrive à faire sans problème avec l'opération d'ovaire. Six mois plus tard, je me sens remise. Cette opération peut désormais se reléguer dans le tiroir des histoires anciennes. Bye! Mais ce n'est pas encore le cas de la paralysie de Bell...

Avec le temps, je réalise combien cette maladie m'a fait me replier sur moi-même. La douleur isole. Lorsqu'elle persiste elle creuse un fossé invisible entre soi et les autres. L'on se recroqueville en un cocon intérieur. L'on a plus envie d'en parler. L'on veut juste passer à autre chose. Mais comme il faut encore batailler, l'on bagarre en silence.

Même si visuellement la paralysie n'est plus visible à l'œil novice, les inflammations et névralgies faciales font partie du quotidien. Il faut apprendre à vivre avec. Les docteurs sont confiants, ils pensent que c'est une question de temps. Mois après mois, le nerf facial se régénère. Sacré nerf!

La secrétaire de la kiné qui accompagne le traitement se rappelle de la détresse de mes premiers mois et de ma détermination à retrouver mon visage. Elle m'explique que cela a du aider car selon elle le progrès est réel. Il parait que je peux en être fière. C'est vrai, je ne suis plus défigurée. Je ne fais plus peur aux enfants. Je ne me fais plus peur lorsque je croise un miroir. J'arrive à fonctionner, à materner, à travailler, à socialiser.

Je suis encore choquée par ce qui m'est arrivé et souvent tannée d'en batailler les séquelles mais je ne suis plus défigurée. Dieu merci. J'ai aussi conscience de préférer la douleur au handicap visuel. Perdre la mobilité de la moitié de mon visage a été pour le moins traumatisant.

Le docteur, que je vois souvent, me parle de gestion de douleurs. Je commence à en connaitre un rayon sur le sujet! J'analyse la douleur pour mieux la comprendre. Je l'étudie. Il est fier de moi. Malgré la ténacité des douleurs, je n'abuse pas des opiacés. Au contraire, j'ai souvent tendance à sous-consommer.

Avec lui je parle librement de ces douleurs faciales qui me minent. De leurs conséquences sur mon esprit. Même s'il est impuissant, il les comprends, il me comprend. L'on concocte alors des cocktails de médicaments qui feraient baver d'envie certains junkies.

Régulièrement, pour mieux analyser la douleur, j'arrête tout traitement et je regarde où en est mon cas. J'examine mon nerf facial. Ces étranges sensations qui me traversent la partie atteinte de mon visage.

Dans ces moments là, je dois faire attention de ne pas trop laisser remonter la douleur (et l'enflure) pour ne pas me faire sermonner par ma kiné qui me traite plusieurs fois par mois. Tout est dans la gestion et l'équilibre. Au fil des mois, je réduis les doses. C'est bon signe. Signe que petit à petit je guéris...

Lorsque cela va mieux, il faut obligatoirement aller de l'avant. Alors j'avance. Ainsi va la vie.

Avancer...

lundi, septembre 16, 2019


Février 2011, une paralysie faciale m’amène dans le monde des douloureux chroniques avec des séquelles neuropathiques permanentes. En tant que pigiste, s’arrêter est une hantise sans nom. Alors je m'accroche et je réussis même quelque bons coups.

J'apprends à gérer les douleurs physiques et je remplis d'outils mon expérience de vie. Je fais quelques burnouts en cours de route. Cela fait partie de l’apprentissage de vivre en douleurs persistantes. Je ralentis le rythme mais je ne lâche pas le morceau jusqu'à ce que...

Les épreuves de santé s’enchaînent mais ne se ressemblent pas

Été 2015, une tumeur dans le bras me fait traverser l'horreur. J'en traverse l'épreuve sans trop broncher. Je garde l'espoir de vite reprendre du service, même si ralenti.

Remise à l'hiver 2016, Miss Soleil revient de l’école avec une sévère commotion cérébrale. Ce qui me met sur le pied de guerre. Toute mon énergie vitale s'y concentre.

Avril 2016, mon utérus me déclare la guerre. C'est un autre parcours du combattant à affronter. J'en comprends que je ne gagnerai cette autre bataille qu'en m'en débarrassant.

Mais je ne sais pas encore qu'il faudra que je surmonte bien d'autres épreuves de santé avant de pouvoir y arriver. Je ne sais pas que je croiserai la mort en face...

Août 2016, mon genou explose. C'était une bombe à retardement. Je le savais. Le médecin aussi. Opérée en urgence. Six mois de guérison et rééducation sont requis pour remarcher normalement. je traverse et surmonte une autre fois.

Pendant ce temps, je découvre enfin un traitement pertinent pour soulager mes neuropathies permanentes, séquelles de la paralysie de Bell. C'est une réelle victoire sur six années de batailles. Je reprends l'espoir de pouvoir retravailler, presque normalement.

En fait, j'accumule les victoires sans jamais pouvoir les savourer, ou me reposer, puisque les guerres ne cessent point de se déclarer. Je sais que la prochaine étape est de faire enlever mon utérus devenu meurtrier. Je m'y prépare. Rendu là je ne compte plus tous mes allers et retours au bloc opératoire!

Printemps 2017, la physio qui me traite depuis deux ans pour mes neuropathies faciales, reçoit une formation sur le dos. Comme mes neuropathies faciales vont mieux, elle me persuade d'examiner celui-ci. Sachant très bien que je garde des séquelles d'un sévère accident qui me paralysa à l'âge de douze ans.

Elle y retrouve la D3 figée. Elle décide de la défiger. Je lui fais confiance. Elle en a abuse. Cette D3 figée l'était pour mon bien. Elle faisait partie des séquelles avec lesquelles j'avais appris à vivre.

Réactiver une sévère blessure

À douze ans, j'ai perdu la capacité de marcher. À 13 ans, j'ai appris de nouveau. À quatorze ans, j'ai repris ma vie, en marche, à Montréal.

Lorsque cette physio a manipulé cette D3. Elle y est va trop fort. Bien trop fort. Deux séances de suite. Sans jamais accepter d'en prendre la responsabilité.

C'est le chiro, un mois plus tard, qui m'a sauvée, en me récupérant à moitié morte, et en acceptant d'en réparer les dégâts

Avec ses manipulations en profondeur, la physio a permis à mon dos d'exploser. Et ma vie avec! Ma colonne s'est courbée à 17 degrés entre la D4 et la D8. Ce qui n'est pas une coïncidence, juste la suite malheureuse de ces manipulations peu conscientes de sa part.

Rendu là, mon corps n'a plus su comment fonctionner. Ma colonne a pris feu. Elle s'est enflammée comme un feu de paille. J'ai vu la mort arriver. Comme une lionne enragée, je lui ai résisté.

A peine capable de bouger sans me mettre à vomir et convulser, je suis devenue invalide. Je ne pouvais plus ni m’asseoir sur une chaise, ni marcher plus de 2 minutes sans que je ne me mette à vomir et convulser.

J'ai vu la mort veiller. L'on a pas mal conversé. Il a fallu environ six mois pour arriver à me remettre la colonne assez droite pour que j'arrête de vomir et de convulser. Pour que la mort commence à s'éloigner. Six mois d'enfer pour enfin arriver à un état où m'enlever l'utérus était possible. Cet utérus toujours aussi meurtrier en son coin de chair.

Octobre 2017, je repasse sur le billard pour mon utérus foutu. Rendu là, je perds la notion des mois, je perds la notion du temps, et je perds ces amis pour qui je ne suis plus divertissante. Pour qui je deviens déprimante. J'en encaisse méchancetés, abandons et déceptions. J'en apprends bien des leçons.

Janvier 2018, je commence un début de rééducation dorsal en piscine. C'est mon Everest personnel, je commence à grimper. Les séances, pré infiltrations de cortisone, ne sont rien d'autre que de la torture physique mais je me l'inflige en connaissance de cause.

Tout en attendant, impatiemment, The rendez-vous avec le spécialiste qui me prescrira des injections pour désenflammer ma colonne, devenue instable dans la foulée. Quatorze injections sur une durée de neuf mois.

Bref, depuis août 2016, je n'ai pas arrêté de traverser des épreuves de santé. Je suis tombée. je me suis relevée. Je suis tombée. J'ai rebondi. Je suis tombée, j'ai rampé, j'ai sangloté. Je suis tombée. Sans répit, j'ai souffert à en effleurer la mort. Mais toujours je me suis relevée.

Un peu plus forte, un peu plus sage, un peu plus droite à chaque fois.

Devenir invalide et se battre pour rester en vie

Toutes ces épreuves de santé conjuguées m'ont emprisonnée le corps et parfois même l'esprit. Durant des années,je ne suis sortie de ma chambre que pour des rendez-vous médicaux, des traitements et de la rééducation. Isolée. Résiliente. Déterminée.

Entourée de mon mari, ma fille et de quelques amis. Sans aucune famille extérieure pour nous aider, pour nous soulager. Par instinct de survie, nous nous sommes repliés sur ce noyau familial que nous construisons. Pour mieux lutter, nous avons affronté ensemble.

Je me suis accrochée à la vie par amour pour mon homme et ma fille. J'ai refusé de lâcher prise. J'ai affronté. J'ai ramé comme un galérien en pleine tempête. J'ai dépassé mes limites et j'ai surpassé mes forces en continu. J'ai souffert comme peu de mots peuvent l'exprimer. J'ai souffert comme peu d'oreilles peuvent l'entendre.

La mère en mon sang a tenu la femme en marche. En cette rééducation qui est devenu travail à temps plein, s'inscrivent mes devoirs maternels. Même à moitié vivante, je suis restée entièrement mère. J'en ai puisé des forces insoupçonnées. J'en ai compris toute la puissance intérieure...


Revenir de là où certains ne reviennent pas

Été 2019, je recommence à me sentir un peu mieux. un peu moins ravagée par ma colonne enflammée. En mon chemin de rééducation, doivent maintenant s'incorporer de nouvelles activités.

En plus de mes routines d’exercices physiques et de mes routines maternelles, je dois progressivement introduire des routines sociales. Avec l'objectif ultime de pouvoir retravailler. L’ultime désir de retrouver ma place dans le monde des valides malgré mes handicaps invisibles à l'oeil nu.

L'été 2019 est celui de la renaissance. Je commence par aller côtoyer ce lac qui participe à mes équilibres intérieurs. Je force et je force encore. Je retrouve le plaisir d'y chasser ses couchers de soleil. Je me force à les apprécier malgré les maux en ma peau.

Je reviens un peu plus sur Instagram. Une amie nous offre la possibilité d'aller voir un spectacle en ville. Ma puce me fait prendre la route pour un concours de chant en région. Mon homme nous organise une sortie  romantique en ville. Je travaille fort pour apprécier ces moments malgré les douleurs physiques à gérer.

En juillet, une quatrième ronde d'injections dorsales me remettent à terre. Mais dès que les douleurs me le permettent, je reprends le fil de ces rééducations qui me ramènent à la vie, qui conjurent le malheur, qui cultivent l'espoir.

À force de gagner des batailles, je gagne du terrain. Entre injections, médications, méditations, traitements de chiro et d'osteo, je poursuis mes efforts avec volonté et persévérance.


Blogueuse vétérante toujours en vie

Septembre 2019, le temps est revenu pour Etolane de reprendre vie. J'en cogite les idées durant l'été. Instagram décide de m'en faire une page définie, que je découvre un mois plus tard. Je me prends au jeu. Je nourris la bestiole numérique. J'y réfléchis davantage. Puis je me dis qu'à partir de cent abonnés, il n'est plus question de reculer. À partir de cent abonnés, je retourne sur Blogger!

Un autre mois passe et les abonnés atteignent la centaine. Si une centaine de personnes s'abonnent à cette page Facebook, sensée représenter mon identité de blogueuse, je ne peux l'ignorer. Sachant combien je me suis déconnectée pour mieux avancer.

Je ne peux ignorer le soutien subtil. Et l'intérêt? Ce qui est particulier est que ce chiffre est atteint juste au bon moment en mon contexte de rééducation. J'ai atteint ce niveau de rémission qui me permet d'envisager plus de liberté personnelle. Revenir de loin prend du temps. Revenir de si loin est mêlant. Par où reprendre les fils? Par ici, par là ou là-bas?

Méditer sur le sujet. Avec toujours le même feeling qui revient. Retourner à la source. Reprendre le blogue à la base de mon existence numérique. J'estime être physiquement remise à environ 55%. Juste assez pour me redonner la capacité d'envisager de nouveau une discipline d'écriture quotidienne.

En ce dur et long chemin de rééducation physique, de rémissions et de de douleurs chroniques, bloguer est une autre de ces étapes de rétablissement qui me rappelle à ma vie...


Revenir de très très très loin...

jeudi, novembre 07, 2013



Cette dernière année a été l'une de mes plus difficiles en terme de blogueries. Ces derniers mois, écrire ici m'est devenu plus difficile que coutume.

J'ai ouvert ce blogue l'année qui a suivi un événement traumatique en mon cœur. En août 2002, mon homme, alors âgé de 22 ans, a (mal) sauté dans le lac. Il s'est cassé le cou le bougre!

En allant rejoindre ma petite sœur de 9 ans, il a mal évalué le niveau d'eau dans lequel il sautait et il a abusé de son élan. Résultat il s'est explosé la tête dans le sable. Lorsqu'il m'a appelé pour le rejoindre, plongée dans un livre, je n'avais pas vraiment fait attention à ce qu'il faisait, je n'avais aucune conscience de ce qu'il allait nous arriver.

Son ton m'a alerté. Je l'ai rejoint dans moins d'un mètre d'eau douce. Il m'a alors chuchoté "Je ne sens plus ni mes mains ni mes jambes."

D'un coup le ciel s'est subitement rapproché de ma tête! En un quart de seconde j'ai revécu mes douze/treize ans. En cours de gym, en un saut malheureux, j'ai raté le tapis et je me suis explosée la tête sur le ciment. Une prof paniquée m'a donné une claque pour m'aider à reprendre conscience puis elle m'a fait marcher jusqu'à l'infirmerie.

Six heures plus tard, je ne marchais plus. Bilan de ce saut raté, un traumatisme crânien, un hématome au cerveau, des cervicales fêlées, une perte d'équilibre de plus de 3 mois et une perte de mobilité. Un an plus tard, j'apprenais à remarcher. À quinze ans, j'étais passée au travers. Je pouvais courir comme une gazelle...

Se prendre un coup de ciel sur la tête

Mais là, à cet instant, mariée depuis deux ans, à prendre mon homme dans mes bras, je ne pouvais y croire. Tandis que je le berçais avec tout mon amour dans l'eau, mon expérience de paralysie me revenait en tsunami mental. En le rassurant et en priant le ciel de ne pas l'handicaper à vie, je me forçais à respirer.


Ainsi sont passées de précieuses minutes. Il a commencé à ressentir ses pieds. J'ai continué de le bercer dans l'eau. Ma petite sœur s'est approchée. Il l'a rassurée. Minimisant au maximum le tout. Se disant qu'il avait dû se fouler une cervicale.

Il étudiait à l'université et faisait du travail manuel l'été, ce qui le rendait agréablement musclé. Une quinzaine de minutes plus tard, il est sorti de l'eau en marchant. Il s'est allongé sur le sable, bien blanc. Peu à peu ses sensations sont revenues. Inquiète, je lui propose quand même de rentrer à la maison.

L'on marche les 500 mètres qui séparent la plage de la maison. Dans la petite côte en chemin, je le grille sur ses symptômes. Il minimise. Arrivé à la maison, je le vois raide comme un balai et blanc comme un c... Je le force à aller à l'hôpital.

Une heure plus tard, il a passé toute une série de radios. Je vois alors le personnel médical défiler les uns après les autres dans la petite salle qui contient ses radios. L'un deux finit par venir nous voir. Il lui dit:

- Là, surtout, tu ne bouges plus! Tu as le cou cassé. On va te transporter d'urgence à l'Enfant Jésus à Québec. Il faut t'opérer rapidement!

Et là, le ciel me tombe vraiment sur la tête! Une massue me frappe en plein cœur. Alors qu'ils l'emportent en civière. Je reste foudroyée sur ma chaise. Passe un docteur, je lui dis:

- Mais je comprends pas. Il est pas mort. Il marche. Comment il peut avoir le cou cassé?!?!
- Il est très chanceux madame, mais son cas est très grave...
- Docteur, je pense que je me sens pas bien. Vous avez pas quelque chose à me donner? Je crois pas que je pourrais conduire dans cet état.

Il appelle une infirmière qui constate mon état d'anxiété croissant. En gros, je capote ben raide! Elle me donne un calmant. Je rentre chez moi. Branle bas de combat. Deux heures plus tard, je le retrouve à l'hôpital. Aux soins intensifs. Harnaché sur une civière. Il lui est interdit de bouger d'un poil avant de se faire opérer.

Sa cervicale est explosée. Je ne me souviens plus de laquelle, C3 ou C4. Elle s'est fragmentée dans sa chute, les morceaux ont rebondit contre sa moelle épinière sans l'endommager. Son cou musclé et le fait qu'il soit tombé dans du sable l'aura sûrement aidé. Et la main de Dieu...

Il faut l'opérer. À court terme, s'il n'est pas réparé c'est la quadriplégie assurée. Au programme une opération de huit heures avec deux chirurgiens. Il faut lui enlever tous les morceaux de sa cervicale explosée, lui enlever un petit morceau de hanche pour la tailler en forme de cervicale, puis lui replacer celle-ci dans le cou avant de sceller le tout avec une plaque de titane.

L'opération doit avoir lieu le lendemain. Je passe une première nuit blanche à son chevet. Le fait que mon homme soit diabétique de type un depuis ses quinze ans est l'un de ces petits détails à mentionner. Physiquement, cela complique un peu la chose. Mentalement, cela ajoute au poids qui s'abat sur ses épaules.

Le lendemain, en fin d'après-midi, le chirurgien vient nous voir. Il lui demande s'il se sent capable de passer une autre nuit sans pouvoir bouger, harnaché à son lit. Il lui dit:

- Honnêtement, je me sens fatigué, c'est une grosse opération et je préfère pouvoir la commencer de bon matin, bien reposé.

Sa franchise nous touche. Juan avale et acquiesce. Lui aussi préfère le chirurgien en pleine forme! Et c'est parti pour une autre nuit blanche sur mon inconfortable chaise. Une autre nuit dans l'ombre du pire à espérer le meilleur.

Comme l'on s'en doute, plus d'une décennie plus tard, l'opération fut un succès.

De nos jours, la médecine fait de petits miracles. Elle a réparé mon homme avec brio. Il n'en garde aucune séquelle. Neuf mois plus tard, il était comme neuf!

Mais cette année là m'a quelque peu traumatisée...

Aller de l'avant...

À l'époque, je finissais un bacc en traduction. J'étais présidente de l'association littéraire à Ulaval. Je couvrais du culturel (et un peu de techno) pour le journal de l'université.

J'étais moralement épuisée. Je me sentais en PTSD. Dans la foulée, je suis tombée dans la blogosphère un jour de fièvre...

J'ai ouvert ce blogue en avril 2003 avec l'envie de cultiver le positif de la vie. Avec comme seule censure éditoriale celle de mettre l'emphase sur le bon côté de la vie. Cela lui a donné une direction plutôt douce et légère. C'était mon jardin de mots apaisants, celui où je venais y planter mes sourires. Cela n'a jamais été l'endroit où y planter mes pleurs...


Au fil du temps, c'est devenu mon jardin de vie mais c'est toujours resté un espace éclairé, jamais un espace d'ombres. Je l'aime ainsi.

Parler d'un ennui de santé qui se déroule et s'efface dans le temps ne m'a jamais été difficile durant ces dix dernières années. Mais jamais, je ne m'étais retrouvée à affronter une situation où l'ombre de la santé s'installe au quotidien.

Durant l'année passée, un problème de santé récurrent m'a régulièrement coupé l'inspiration bloguesque à la source. La paralysie de Bell atypique que j'ai eu en 2011 a laissé derrière elle une douleur faciale chronique que je dois apprivoiser. Elle n'aura pas ma peau mais c'est une grosse pilule à avaler.

Et c'est un sujet qu'il ne m'inspire pas d'écrire ici! Ainsi est né cet autre blogue. Un blogue d'écriture thérapeutique intitulé "Chroniques de douleur". Et cela semble marcher. Le fait d'écrire ailleurs me libère. Il me permet de retrouver le plaisir d'écrire ici...

Au Québec, cette semaine est dédiée à la douleur chronique. Du 3 au 9 novembre c'est la semaine québecoise de la douleur chronique.

Je décide de sortir du placard. Je fais aujourd'hui partie du mystérieux clan de la douleur chronique. Mon nerf facial a été sérieusement endommagé. J'ai ai développé des complications névralgiques de type post herpétiques. Mon trijumeau me fait la guerre! J'ai la complication rare de la maladie rare. Typique de ma part. Faudrait peut-être que je mette à jouer au loto!


Ceci dit, j'ai pour objectif de transformer cette faiblesse en force afin d'en éclairer l'ombre quotidienne. Je vais donc me couper les blogueries personnelles en deux. Ainsi va la vie...

Sortir du placard de la douleur chronique...

samedi, octobre 21, 2017

En février 2011, j'ai eu une paralysie de Bell atypique.

Atypique de par ses violentes neuropathies. Qui se sont ensuite installées en ma vie. Et sont devenues une invisible maladie chronique. 

Depuis l'été 2015, une collection de problèmes de santé aspirent mes jours, de la tumeur de bras à l'hystérectomie. 

En passant par ces neuropathies permanentes et une colonne vertébrale bien tordue. Un tout enrobé de puissantes douleurs physiques en tout genre.

Assez pour y perdre la tête... et une multitude "d'amis". Heureusement, j'arrive à garder ma tête mais malheureusement pas tous mes "amis"...

Enfin, je me dis aussi que cela en devient un filtre social naturel. Il finit par n'en rester que les meilleurs. Cela blesse un coup et puis cela cicatrise avec la leçon apprise.

Le défi étant de ne pas y perdre la foi en ma race...


Un tout d'ennuis de santé complexe qui, si je dois en expliquer tous les détails en profondeur, fait souvent fuir les gens ou les fait s'exclamer "Pauvre toi!". À répétition. Avant de les voir prendre leurs jambes à leur cou. Je génère l'impuissance parait-il...

Je ne suis toujours pas sûre de ce qui est pire à supporter, les maux physiques ou les réactions humaines face à ceux-ci. Comme si le fait d'être si malade faisait de moi une sorte de lépreuse. Qui ne mérite plus aucun respect...

Je ne suis pas "pauvre" d'avoir un corps qui me trahit la vie. Je ne suis pas non plus contagieuse! Je suis juste humaine. Une simple humaine qui essaie de survivre à son corps. Un jour à la fois.

Fatigues et déceptions...

Je choisis d'affronter chaque épreuve avec l'idée que cela puisse m'enrichir l'esprit. Rien n'est facile en la vie mais tout reste possible right?

Tant que l'on s'accroche a ses valeurs intérieures, à l'amour des siens et aux doux moments de la vie. Tout est possible à celui qui est patient?

Choisir de s'enrichir l'esprit en l'épreuve me parait la seule façon d'en ressortir plus forte. Moralement, je ne suis pas plus pauvre qu'un bien portant mais que je suis fatiguée!

Financièrement par exemple, je suis en effet fauchée comme les blés. Mais j'essaie de ne pas m'identifier l'être à mon compte en banque, cela me permet de garder mon moral à flot. 

Il n'est pas vraiment nécessaire de me souhaiter du courage en mes malheurs de santé. Je crois que le courage n'est que l'effet secondaire de la volonté et je possède une volonté de fer. Butée comme une mule! Qui apprécie les prières et cultive sa foi pour estomper ses peurs.

Depuis le temps que je rame, si j'avais dû couler, ou capituler, ce serait déjà fait cent fois! Du courage, j'en possède en un nombre infini qui me dépasse. De la patience serait plus d'actualité.

Patienter des jours meilleurs

Je dois maintenant cultiver bien des patiences. Avec l'espoir de retrouver, un jour meilleur, assez de forces vitales pour me réaliser de nouveau.

La patience de persévérer envers et contre tout. Mon tempérament guerrier refuse de se laisser victimiser par ses circonstances corporelles. Car je suis plus que mon corps...

Même lorsque bien fatiguée de lutter, je me rebelle en refusant toute pitié. Je pense que la pitié est nuisible. Elle dégrade l'être en son entier.

J'apprécie énormément la compréhension, la compassion ou la bienveillance mais de la pitié, non merci, je m'en passe!


Pas de pitié pour mes croissants! 

En chemin, je m'attire les foudres de ces âmes bien pensantes qui m'expliquent que je dois me cacher pour souffrir, me plaindre davantage de mon sort ou encore faire semblant d'être en forme. Heu. Non! 

J'en réalise, dans la foulée, que ce n'est pas parce-que je suis malade comme une chienne que l'on doit me traiter comme une chienne! Et pourtant, en l'année que je viens de passer, jamais je n'ai été aussi jugée, vilipendée, désertée.

En 2017, il ne fait pas bon être malade. Et pire encore si l'on est pas malade en des normes établies C'est ce que j'en apprends de ma dernière année. Être malade fait rejaillir les lâchetés modernes.

Égoïsme versus empathie. De quel côté penche la balance humaine? 

Est-ce les conséquences de l'individualisme moderne ou les effets pervers d'une société de loisirs?

Est-ce les conséquences invisibles de cette révolution numérique qui invente l'ego portrait?

Une révolution numérique qui centre l'ego individuel et décentre l'humanité en son entier?

L'égoïsme semble prendre le pas sur l'empathie. La norme se conforte en ses impuissances tout en cultivant ses petits plaisirs. Un monde bien froid s'en dégage. Un monde sans coeur? 

Égoïsme versus empathie. Où est-ce que la balance penche? C'est une question que je me suis souvent posée en ces temps si pressés pour la norme humaine.

Une norme privilégiée, qui n'a jamais vécu de façon aussi confortable, de toute son histoire humaine, mais qui n'en finit plus de se pleurnicher. Dérisoire ou pathétique?

Alors que le monde se presse, je fatigue. C'est le temps de reprendre mes disciplines de méditation...

Fatigues à méditer...

samedi, mars 26, 2011

L'expression de la semaine est l'une de celles qu'utilisait souvent ma grand-mère disparue le 22 avril 2006 à l'âge de 73 ans. C'est d'ailleurs en son honneur que j'ai commencé cette habitude de partager ici des expressions choisies...

Ma grand-mère a sauvé mon coeur de la déchéance en se faisant gardienne de mon enfance. Elle a connu un destin difficile qui lui a usé la vie prématurément. Mais elle a aussi insufflé en mon existence un bien précieux: l'amour parental. De cela, je lui en serai toujours reconnaissante. J'espère bien que de là où elle est, elle peut apercevoir la mère que je suis aujourd'hui.

En sa langue riche et colorée, issue du terroir, elle possédait une intelligence qui n'était pas liée aux études mais au bon sens. Elle était capable de tenir d'étonnantes conversation en employant tellement d'expressions que j'en restais bouche bée. Fascinée...

L'on dit que le temps panse les blessures de l'absence. Pourtant, malgré le temps qui passe, son absence reste bien tangible à mon sang. Je fais mon possible pour transmettre sa mémoire à Miss Soleil. Dans le silence de mon coeur,  je lui parle de mes jours. Parfois je l'entends même me répondre et souvent je sens son affection m'enrober l’âme.

Ainsi il est inutile d'expliquer combien les dernières semaines ont été bien pénibles à ma peau et ce serait mentir que de dire que je ne me suis pas fait beaucoup de bile (ou de mouron c'est selon) en combattant ce maudit virus qui causa ma paralysie de Bell...

EXPRESSION via Expressio.fr
« Se faire de la bile »

SIGNIFICATION
Se faire du souci

ORIGINE
Qu'est-ce que la bile ? C'est ce liquide visqueux et amer sécrété par le foie, qui participe à la digestion et s'écoule depuis la vésicule biliaire vers le duodénum par le canal cholédoque. La théorie antique des quatre humeurs, formalisée en grec par Hippocrate, nous apprend que la bile noire correspond à la mélancolie, la tristesse, le souci, alors que la bile jaune était associée à la colère[1] C'est donc cette "bile noire", prétendument sécrétée par la rate, qui était supposée être la cause de nos soucis. Bien que la théorie des humeurs ait finalement été abandonnée au cours du XVIIIe siècle, il nous en est resté cette expression et ce sens figuré de 'bile', à rapprocher du 'mauvais sang'.

[1] Avec cette bile-là, la colérique, on dispose de plusieurs expressions comme "déverser sa bile (sur quelqu'un)" ou bien "avoir la bile enflammée".

EXEMPLE
« C'était un excellent garçon, sobre et adroit, mais avec une de ces figures mélancoliques où le regard, trop fixe, signifie qu'on se fait pour un rien de la bile, même des idées noires.» Marcel Proust - À la recherche du temps perdu

Expression choisie et pensées...

lundi, septembre 05, 2016

 Je suis bilingue depuis plus de la moitié de cette vie en mon corps.

J'ai un diplôme (bacc) universitaire de traduction. Mais ceci est un détail...

Je parle en anglais. J'écoute des films et des séries en anglais. Je lis en anglais. J'ai des amis avec qui je relationne en anglais. Je pense en anglais...

Mais jamais je n'écris en anglais. Jamais je ne me donne ce droit. Par pudeur ou par peur de trahir ma langue maternelle chérie? Je ne sais pas trop mais je crains que cela ne soit bien niaiseux. Comme toutes ces barrières que l'on façonne en nos cervelles qui s'emmêlent les émotions.

En fait, à bien y penser, ce n'est pas tout à fait vrai, puisque je communique régulièrement, en anglais, par écrit, avec différents relationnistes dans le cadre de mes piges! Hummm...

La bataille entre l'anglais et le français est un fantôme qui rôde dans le psyché québécois. Peut-être fait-il aussi partie de mon blocage inconscient?

À moins que cela ne soit la crainte d'écrire tout croche et de faire plein de fautes. De m'exprimer comme une casserole qui discute avec une vache espagnole!

Mais en ces questionnements complexes, la petite phrase qui revient le plus souvent est celle là: "Est-ce qu'écrire en anglais est trahir ma patrie? Trahir cette langue qui est mon pays? Ou est-ce juste exploiter mes potentiels?"

En cette réflexion interne que j'explore avec les premiers signes d'automne, je décide, aujourd'hui, de faire de mon blogue antique, un blogue bilingue.

Et BANG, voilà qui est fait! Comme si de rien n'était.  Cela n'a même pas fait mal. C'est juste une fenêtre qui s'ouvre...

J'ai toujours associé l'acte de bloguer avec une nouvelle forme de communication moderne, de type télépathique. Quasi magique. Virtuellement vraie.

J'ai toujours été fascinée par cette nouvelle façon de "relationner". D'esprit à esprit. En réfléchissant avant de s'exprimer. En prenant la peine de cultiver ses idées partagées. Sans les superficialités de notre monde matérialiste pour qui n'existe que le visible...

Comme a dit Buddha, il y a bien longtemps: "Dans la vie, la seule constance est le changement". En cet esprit de pensées, s'adapter le quotidien et s'assouplir l'esprit me semble la seule façon de vieillir en restant sain d'esprit.

En ces séquelles de Paralysie de Bell avec lesquels je dois apprendre à vivre viennent toutes sortes d'apprentissages et de réflexions. C'est enrichissant pour qui veut grandir. En ce processus particulier, se dessine une reconstruction de soi, en compagnie de ces séquelles invisibles...

Cette reconstruction passe aussi par retrouver un groove d'écriture. Mon groove. Pour ce faire, j'ai décidé d'utiliser mon blogue. En ce sens, c'est logique puisqu'il évolue au fil des pérégrinations de mes neurones. Année après année. Décennie après décennie?

En espérant que mon anglais écrit ne soit pas trop mauvais au yeux de ceux pour qui c'est la langue maternelle...

Mais attention, pas bilingue dans le sens traduit l'un de l'autre. Non, non, non, bilingue dans le sens que, parfois je pense en anglais, et ces fois là, ce brouillon d'écriture public sera ouvert à toutes inspirations. Qu'importe sa langue...

Je pratique déjà ce principe en mes réseaux sociaux. Particulièrement en voyage de presse en milieu anglophone. Car j'aime en profiter pour m'immerger les neurones en cette seconde langue qui est mienne.

Mais une barrière frôle encore mes idées. À l'Université, lorsque l'on devient un professionnel de la traduction, un expert de cet art de la langue peu compris et apprécié, alors l'on sait que toujours l'on traduira la langue d'arrivée en sa langue maternelle.

Ainsi se doit d'être l'éthique moral de tout traducteur digne de ce nom qui se respecte...


Bon, même durant mon bacc, j'ai plus exploré la voie du journalisme que celle de la traduction. Je dois confesser pouvoir trouver cet art un peu trop mathématique et stérile à mon goût. Enfin, tout dépend du sujet en cause. Si le sujet m'inspire, je me donne à fond. Sinon je refuse tout net.

J'aime traduire, en fait, j'adore ça. Mais j'aime traduire plus pour le plaisir de mes neurones que pour le bien-être de mon portefeuille. So i'm a picky translator...

J'aime garder mon esprit bilingue. Toujours mon coeur bat en français mais mes neurones travaillent en deux langues.

Alors, après treize ans à bloquer en français. Sur un même coup de tête que celui qui m'a fait ouvrir ce blogue en avril 2003, je décide aujourd'hui d'écrire en l'une ou l'autre de ces deux langues.

En suivant la même politique de fond qui nourrit ce petit espace virtuel, celui d'en faire un brouillon d'écriture où y discipliner ma plume en suivant le cours des humeurs de ma vie!



How she growsnunder the lake sunsets. Season after season. She becomes taller and wiser as life makes her grow up. A little more year after year. As i watch her grow in front of my eyes. I Lear about life.

There i am. Her mother. The spirit guide that shows her ways to think and see the world. Often outside of the box. As i work to let her be a free thinker in a peacefull childhood.

There we are, a lake family, living in a tiny village in some green montains. Not so far from a big city. A great place to grow up. Surrounded by nature and its seasons.

There we grow that invisible love that roots us, all together, as a home. As the microcospic family that we are, with a big lake at its epicenter...

How we grow...

dimanche, septembre 04, 2016


Avant que je sois paraplégique à 12 ans durant un an. Avant mon adolescence et début de vingtaine montréalaise (à saveur jetset glamour Westmount Outremont Plateau Laurentides). Avant mon mariage avec un jeune étudiant de vingt ans.

Bien avant mon diplôme universitaire à ULaval (en traduction) et mon vécu en journalisme et littérature. Bien avant la paralysie de Bell et ses séquelles en ma vie.

Des lunes et des lunes avant ma "mamamitude" emportée, j'ai vécu une enfance hors norme sur la plus grande ferme d'un petit village jurassien de plus de mille âmes, au coeur des années 70.

Mes parents ont divorcé lorsque j'avais neuf mois. Ils avaient respectivement 20 et 21 ans. Ils sont restés mariés 18 mois.

Père et mère, jeunes mariés...

De mes 18 mois à mes 11 ans, j'ai vécu en "pensionnat" à la ferme, chez mes grands-parents maternels. J'étais une princesse déchue en mon royaume animal.

Je grandissais là du lundi au vendredi/samedi suivant les sorties nocturnes de ma mère. C'était ma normalité enfantine. Je ne connaissais pas d'autre vie que ma routine...

Ainsi en cette réalité, ma grand-mère est devenue ma mère, mon jeune oncle est devenu mon grand frère. Ma mère est devenue une tante plus ou moins sympathique. Mon père a disparu du décor et mon grand-père alcoolique n'était pas un cadeau.

Son idée de temps de qualité avec moi était de m'emmener sur le pont du Doubs, au village, et de lancer mon chien à l'eau. Alors que je criais, pleurais et suppliais le ciel et tous les anges de donner à mon chien la force de nager jusqu'à la rive, mon cher pépère était crampé. Et certainement bourré.

Je revenais à la ferme en reniflant mes sanglots, mon chien trempé, grelottant, serré contre mon petit cœur en furie. Il se faisait engueuler par ma mère-grand et il ne me parlait plus durant quelques semaines. Ce qui me donnait une relative paix.

Pendant ce temps, Vincent, polonais de son état, était employé à vie à la ferme. Il y vivait depuis des lustres. C'était mon vrai grand-père. Le seul mâle qui me choyait et me protégeait des folies adultes.

Chaque jour de la semaine, il venait me chercher à l'école en vélo, toujours avec un carré de chocolat au lait. Mes amis, envieux du morceau de chocolat, pensaient que c'était lui mon vrai grand-père et je ne faisais rien pour les détromper. Déjà que j'étais l'unique enfant de divorcés dans toute l'école...

Vincent avait été prisonnier de combat. Il en avait la mémoire marquée au fer rouge. C'était un réfugié de la deuxième guerre. Je ne pense pas qu'il ait jamais eu ses papiers officiels. Il avait atteri là en se sauvant de l'horreur des nazis en son pays. Il avait appris le français à la ferme. Son traumatisme de guerre était profond.

Une fois par année sa famille polonaise venait le visiter et toujours il m'insérait en son annuelle photo de famille. J'étais toute fière, en mon habit du dimanche, qu'il veuille de moi en cette photo là!

À chaque année, cela me faisait du bien au coeur. Même si je ne comprenais rien à leur charabia polonais, quand ils débarquaient quelques jours à la ferme, je me sentais aimée et acceptée en leur bulle familiale...

Chaque soir, après mes devoirs en sa compagnie, autour d'un bol de chicorée au lait, dès que j'ai su lire et écrire, je lui ai fait l'école. Je lui perfectionnais son français sur un petit tableau noir dédié à cet effet (offert par ma mère-grand) en sa "chambre de bonne". #bonheurenboîte

Il est mort d'un cancer fulgurant quand j'avais 9/10 ans mais il reste ancré en mon cœur à jamais. La dernière année, il était persuadé que l'horreur de la guerre l'avait finalement rattrapé en son corps. Mais il mélangeait moins ses le/la un/une..

Ma pomme des champs entre 1974 et 1980

Lui, ma mère-grand et mon jeune oncle/grand frère, plus quelques animaux (sauvages ou semi domestiques), de part leur inconditionnel amour, ont sauvé mon coeur d'enfant et c'est grâce à eux si je suis qui je suis aujourd'hui...

#LaProtectiondeVincent
#LeRegardVigilantdeThérèse 
#LeRireAffectueuxdeGuy
#SundayGratitude

Une vie ou un roman en cours d'écriture?

lundi, juin 13, 2011

En ondes et musiques...

Ces derniers mois n'ont pas été une partie de plaisir. La paralysie de Bell est une vacherie dont je risque de me rappeler longtemps. Encore une fois, la maladie a testé mes forces. J'apprends. J'avance. je combats. Je ne suis pas encore sortie du tunnel mais j'en vois le bout. Encore quelques efforts et je devrais en être libérée...


Aussi, comme je n'ai guère eu de fun ces derniers temps, aller à CKRL pour une heure de radio a eu le don de me divertir les idées. J'aime bien faire de la radio, cela m'amuse et me stimule. Pour cette fois, je n'avais pas tant à y travailler qu'à y partager. D'la balle!

Étant l'invitée de l'émission, je n'avais qu'à surfer les ondes entre deux chansons. Et je l'avoue, j'ai eu bien du fun! Malheureusement l'enregistrement numérique ne semble pas avoir marché. Un pépin technique. J'en suis très déçue. J'aurais aimé en garder une trace tangible mais c'est ainsi!

Enfin, durant cette émission, j'ai eu l'occasion d'évoquer les débuts de ce blogue et d'en expliquer les raisons. J'ai aussi eu beaucoup de plaisir à partager ma liste musicale en ondes. En compagnie de Michel, nous avons discuté de blogue, de Web et de ce nouveau concept qu'est l'identité numérique. Le plus difficile étant encore de ne pouvoir explorer plus en profondeur ces sujets. Cela dit, ce fut un plaisir que de participer...

Cette émission de radio m'a aussi donné l'occasion de rencontrer Céline et son chum. Céline est une fidèle commentatrice depuis un moment déjà. Ce fut cool de traverser la frontière du virtuel pour papoter au réel. Je la remercie son initiative qui m'aura fait découvrir, une fois de plus, une personne tout droit jailli du monde numérique. Ce n'est pas ma première rencontre bloguesque mais encore une fois ce fut sympa. Nous avons papoté autour d'une pizza sur une terrasse et le mauvais temps ne nous a pas empêché de faire plus ample connaissance...

En 2003, le Web n'était pas considéré social. Lorsque j'ai commencé ce blogue, je n'avais aucune idée de combien il allait agrandir mes horizons humains. Comment il me permettrait de sympathiser avec toutes sortes de personnes intéressantes. En 2011, je pense qu'il est bien bon de pouvoir conjuguer le réel et le virtuel en une même réalité...

Ma sélection musicale pour L'émission la Capitale Blogue:

- AVE MUCHO de Misteur Valair (avec. Bran Van 3000) À chaque fois que j'écoute cette chanson, j'ai 22 ans et c'est la fête dans mon sang! C'est aussi l'une de mes tounes préférées pour faire du cardio. C'est une chanson qui a le don de me faire suer avec joie!

- St-Germain de Vanessa Paradis (Une nuit à Versailles) Ah Vanessa! C'est l'homme qui m'a dit : "Ben là, faut tu mettes Vanessa dans ta liste!" En effet, il fallait bien que je mette Vanessa dans ma liste! J'ai choisi cette chanson qui est inspirée de son propre amour maternel et qui rejoint tellement cet amour maternel que je cultive en mon coeur pour ma Miss Soleil.

- Richie Havens 1969 Woodstock - Freedom Cette chanson est à l'essence de mon être. Elle fait partie de mes sources. Et même si je n'étais pas née lorsqu'elle faisait vibrer les hippies à Woodstock, elle me fait vibrer depuis mes 17 ans! Elle représente exactement ce que je suis au fond de moi. Lorsque j'ai le blues, elle me rappelle à moi...

- Le bruit des bottes de Yan Perreau J'aime cette chanson pour la sensation de liberté sous-jacente qui s'en dégage. Pour sa poésie et son implication. Et aussi parce-que parfois je crois entendre le bruit des bottes dans les tumultes de nos sociétés et toujours mon poil s'hérisse.

- De cara a la pared de Lhasa de Sela Ah Lhasa... Que dire de plus que je n'ai pu écrire ici...

Et, pour finir la boucle musicale, cette version de la mauvaise réputation de Brassens interprétée par Sandra Nkaké. Une version que j'adore et que j''écoute toujours sans aucune modération.

En ondes...

mercredi, février 23, 2011

Crédit photo: Marie-Julie
Depuis le matin du 6 février dernier où je me suis réveillée avec la moitié du visage paralysé, je combats avec volonté ce virus qui attaque mon nerf facial. C'est une épreuve qui fait dérailler mon quotidien et me transforme de l’intérieur. Une épreuve que je traverserai avec bravoure malgré l'incroyable douleur physique qui m'agresse la tête et les complexités émotionnelles qui s'ensuivent.

Présentement alors que je suis dans ma troisième semaine de maladie, je vois tout de même une subtile amélioration. Hyper médicamentée, la douleur commence à être un peu mieux maîtrisée et disons que la mobilité de mon visage figé s'est améliorée d'environ 25%. Pas assez pour dire que mes traits sont de nouveau symétriques mais assez pour continuer de cultiver l'espoir qui m'anime le coeur.

Mais ce billet n'est pas pour parler de ce malheur que je combats avec la rage d'une lionne en cage. Ce billet est pour parler de ce nuage de grâce sur lequel j'ai vogué durant deux heures dimanche dernier....

Virus d'enfer...

Tout a commencé lorsque j'ai raté l'occasion d'acheter des billets à temps pour le concert de Vanessa Paradis le 20 février à Montréal. J'apprécie Vanessa Paradis pour plusieurs raisons. J'aime sa voix qui me touche l'âme et son essence humaine éveille le meilleur en mon coeur. Aussi j'étais verte de constater que les billets pour le dernier concert de sa tournée acoustique s'étaient envolés comme des petits pains chauds! Tout le mois de janvier, j'ai pleurniché sur le sujet alors que la poussière des rénos s'accumulait en ma maison.

Et, ce dimanche maudit où un méchant virus m'a dérobé la moitié du visage, Juan avait prévu une soirée en amoureux. Ces soirées sont rares car Dieu sait combien me détacher  de ma fillette ne m'est point naturel. Aussi il avait tout organisé, faire garder ma puce, un souper au resto, un ciné. Ce que je ne savais pas par exemple c'est que la soirée était dédiée à me faire une surprise qui allait révolutionner mes idées empoussiérées.

Cependant, ce matin là, le malheur a frappé à ma porte et c'est sur un lit d’hôpital que je me suis retrouvée en soirée. Perfusée, électrogrammée, ultra angoissée. Mon homme à mon chevet. L'impression que ma vie me filait entre les doigts en même temps que ce coté de mon visage refusait de bouger et que la douleur aiguë emportait ma peau crispée. Dans l'attente du taco qui allait me dire si c'était mon cerveau qui prenait le bord ou un virus qui m'emportait, les larmes n'en finissaient plus de couler. Et c'est à ce moment là que Juan m'a dit:

- Tu sais, en fait la soirée que j'avais organisée était pour te faire une surprise. Je voulais te la donner, cachée dans ta serviette au resto mais je vais te le dire maintenant. C'était mon cadeau de Saint-Valentin. J'ai trouvé deux billets pour Vanessa!

Malgré la douleur et le stress du moment, cette nouvelle a eu le don de me relever l'esprit, le don de faire sourire ce coté du visage qui fonctionnait encore. Il m'a donné un but dans le temps. Il m'a démontré l'amour que Juan éprouve pour ma pomme après 10 ans de mariage.

D'humeur presque romantique, je suis allée au taco, le coeur un peu plus léger. Dans mon malheur, j'ai eu le bonheur d'apprendre que mon cerveau était encore en santé et que ce qui m'arrivait se nommait une paralysie de Bell. Avec du temps et du courage, j'avais une chance de m'en sortir...

Et puis alors que je combattais l'horreur jour après jour, l'envie d'aller voir le concert avec mon amie Marie-Julie s'est précisée. Je sais que mon homme n'est pas le plus fan de Vanessa, pour m'en persuader je l'ai gavé de Vanessa tandis qu'il soupirait en silence. Et c'est alors que je lui ai demandé:

- Dis, cela t’embêterait que j'aille au concert avec Marie-Ju??? Tu sais comment elle aime autant Vanessa que moi. Je pense qu'on aurait vraiment du fun toutes les deux...

Presque soulagé, mon homme s'est empressé d’acquiescer! Et Marie-Ju qui avait aussi raté l'occasion d'avoir des billets a vite accepté de m'accompagner (malgré l'état de mon visage). Pour arriver à me rendre à ce concert, j'ai bataillé mon corps avec vivacité et persévérance.

Un brin de paradis...

Le jour dit, alors que l'on s'apprête à partir en trio familial pour Montréal, j'ai déposé mon orgueil féminin au fond de mon âme. Avec un look de pirate pour le moins particulier, j'ai affronté ma réalité. Mon look a charmé Marie-Ju qui a voulu le mémoriser numériquement. Comme Marie-Ju est chère à mon coeur et qu'elle arrive à faire de moi ce que personne d'autre ne peut faire, je l'ai laissée faire. Après tout, il n'y a rien qui m'énerve plus que la lâcheté alors autant assumer ce qui m'arrive.

Et c'est ainsi que dimanche soir, 15 jours précisément après cette nuit d’hôpital qui m'a transportée en un petit enfer, je suis allée faire un tour de Paradis avec mon amie précieuse. Nos places étaient loin sur le balcon mais nous étions heureuses d'y être. Ensemble. L'on surplombait la scène comme sur un nuage. Et c'est de là que la magie a opéré...

Une luciole de féerie est apparue devant nous. Avec magnificence, elle nous a transportées dans un univers d'amour qu'elle irradiait d'une incroyable sensualité. Une sensualité ondulante pleine de charme et de pureté. Sur scène, elle s'est révélée la grâce incarnée. Aguicheuse de  bonheur, enrobée de cette gentillesse qui me transperce l'âme, elle semblait illuminée de l'intérieur. Quasi divine. Durant deux heures, Vanessa avait des airs de Paradis. Elle a donné une performance sans faille. Frôlant la perfection, elle a effacé toutes mes douleurs. Elle m'a reconnectée avec mon bonheur intérieur. Cette fille est une fée.

Grâce à elle, j'ai trouvé la force de poursuivre ce combat qui fait mon quotidien de février. Elle a même planté quelques graines dans l'invisible de ce jardin où je cultive mes espoirs. Pour cela, je l'aime davantage et dans cet invisible qui nous lie, je lui en suis éternellement reconnaissante.

Généreuse, radieuse, que personne ne vienne me dire qu'elle n'a pas de voix. Celui qui ose  ce blasphème devra affronter la lionne sous ma peau! Car sa voix est empreinte d'une justesse et d'une pureté digne des anges! Gainsbourg avait tort. Vanessa ce n'est pas l'enfer. Vanessa c'est le bonheur...


Pour finir en beauté cette soirée alors que Marie-Ju me quitte pour prendre son métro, je prends le chemin de mon hôtel à deux pas et voilà pas que ma copinaute Marie-Pierre me saute dans les bras! Non sans manquer de me faire une crise cardiaque. Ma vision périphérique n'étant pas des meilleures, elle est apparue dans mon champ de vision comme une surprenante gazelle! L'on papote du concert, excitées comme des puces, lorsqu'un homme nous accoste de loin et nous demande:

- Vanessa Paradis?

En choeur l'on répond:

- Oooouuuuiiiiiiii...

Et c'est alors qu'il nous lance, à chacune, quelque chose que l'on attrape par réflexe sans trop comprendre. À peine a-t-on le temps de se rendre compte que c'est deux t-shirts du concert qu'il a déjà disparu! L'on reste surprises, médusées, bouche bée. Acceptant la magie de l'instant, l'on se serre une dernière fois dans nos bras avant de reprendre le chemin de nos vies...


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Un brin de Paradis dans un virus d'enfer