jeudi, décembre 07, 2006

Pérégrinations mentales

J'ai toujours pensé que le cerveau était un muscle. Et que de par ce fait l’on devait s'en approcher comme tel. J'ai toujours eu une bonne discipline d'entraînement de cervelle.

La traduction, c'est un peu comme mon cardio, elle affine, peaufine, donne de l'endurance, améliore les performances quotidiennes. Le blogue c'est un peu comme faire quelques poids, c’est un exercice qui peut parfaitement s'insérer dans un entraînement mental. Ma grossesse et ses suites ont bien ralenti mon rythme de fond. Cette étape de vie qui me force à reconsidérer mon corps fait dévier ma course initiale.

Depuis cet été, j'ai commencé un entraînement physique plutôt poussé pour remuscler ma carcasse, affiner, sculpter, redessiner. L'énergie que j'y consume par-dessus la fatigue maternelle entraîne un certain manque intellectuel. Ce qui me peine dès que j'en prends conscience. À mesure que le corps s'améliore, la tête me chatouille. Les idées me gratouillent. Petit à petit, je retrouve mes routines d'antan...

Muscles en tout genre

Mon amie Kay m'a envoyé ce passage que j'inscris en cette mémoire:

"Elle traduit de l'anglais au français, mais je la soupçonne parfois de fouiller dans quelque vieux grimoire pour y trouver des recettes d'envoûtements ou inventer de nouvelles langues mortes. Il faut bien que je m'y connaisse un peu en cabale, me répond-elle quand je lis à mon tour par-dessus son épaule. Sans un soupçon de sorcellerie, les traductions ne seraient que des trahisons." Adieu, Betty Crocker - Francois Gravel

Des phrases si justes que je déguste avec enchantement. Une petit passage qui m'éclaire le coeur et la tête. La magie des mots, le pouvoir des pensées, dans l'invisible réside le meilleur de l'humanité. Dans l'invisible, je m'évade..

Dans l'invisible...

mercredi, décembre 06, 2006

Coté flux virtuel

J'ai eu vent que mon fil Rss était cassé depuis un certain "vol de nuit". Manifestement le flux a mal pris la chaleur nocturne et depuis ne veut plus rien savoir de l'actualité de ce petit coin de Toile! Étrange. Comme je suis nulle en Rss et que je n'y connais pas grand chose, y aurait-il une âme charitable dans les parages pour m'entretenir de ce trouble???

waterleaffeuillepoisson

À ceux qui s'y connaissent...

Au royaume de décembre...

Winter-Beach-IMy-street

Avec fracas l'hiver est arrivé. Il a déposé ses armes verglacées. Tout de suite nous nous sommes inclinés. Il s'est approprié nos propriétés. En une toute petite journée il nous a encerclé de ses forces givrées. Maintenant il nous tient fermement au creux de ses volontés. Le roi Hiver, sa reine de glace et son second, Sieur Frissons prennent leurs aises...

Après la tempête (galop bruyant de la diligence royale), une bibite de saison sort de sa tanière pour rendre service à Yolande. La bibite mécanique déblaie son entrée de cette première grosse bordée puis repart se cacher. En allant chercher le courrier à la "boite à malle", je rencontre une jeep modifiée pour affronter les ardeurs des mois à venir...

Bibite-d'hiver-IIMail-Box-Stop

Chez nous, l'homme déneige manuellement, il casse même sa pelle toute neuve ce faisant. Il n'est pas très content. Il jure un coup. Résigné, il s'en achète une autre d'occasion chez un marchand du dimanche (qui tient office dans son jardin enneigé devant sa maison).

Les nuits frôlent les -20. Le matin se cache derrière le givre des fenêtres. Notre univers appartient désormais au royaume hivernal, c'est le début de son règne annuel...

Le roi Hiver, sa reine de glace et son second, Sieur Frissons

mardi, décembre 05, 2006

...

L’électricité est revenue, mes amours aussi. L’hiver s’est bien installé avec une belle couverture de neige qui n’est pas prête de disparaître et des températures qui tournent autour de -10. De l’autre coté du lac, la construction de l’hôtel de glace se met en branle.

Depuis la coupure de courant, je n’ai toujours pas réussi à ouvrir l’ordinateur central! Je n’ai guère envie de retrouver son bruit de brontosaure enrhumé, guère envie de me replonger dans ses ondes électromagnétiques. Je pianote sur le portable à Juan. Ce petit chose n’est pas bruyant mais n’a pas la mémoire nécessaire pour le traitement de mes photos ou pour ouvrir une multitude de fenêtres à la fois, ce que je fais généralement lorsque je me balade en ligne…

Pour toutes sortes de raisons plus ou moins sensées, j’écarte les mots. Je ferme la bulle. Hermétique. Je laisse macérer. J’écris des trucs que je laisse croupir au fond d’un dossier. Je refuse d’allumer la grosse bête. Je bloque. Je coince. Je ronge un peu mon frein. Cela va me passer…

Mademoiselle Soleil par exemple se porte à merveille. Hier, première sortie en luge pour une promenade enneigée. Petit bibendum emprisonné dans son habit de neige, plutôt étonnée, elle pouvait à peine bouger mais gardait ses yeux grands ouverts, tant que cela glisse tout va bien pour elle. Dans l’eau bien froide du lac, des petites plaques de glaces se forment et se font bringuebaler par les vagues. Le lac rayonne de liberté, pas un seul humain sur sa surface pour le perturber.

Winter-Lake-IILily-d'hiver

La semaine dernière ou était-ce celle qui la précédait? Je ne sais plus. En tout cas, bébé sur les genoux, l'on joue avec un puzzle de bois. Les chats nous tournent autour comme à leur habitudes. L'un d'eux vient s'installer entre nous ce qui laisse Lily plutôt dubitative. Depuis quelques jours, je remarque qu'elle imite leur miaulement. Je regarde mon petit bout de fille et lui demande :

- Dis ma Liloo, comment il fait le chat?

Elle me regarde droit dans les yeux et me répond :

- Maaaoouuuu…

Mon cœur de mère apprentie fait un bond de bonheur. C’est notre premier échange question-réponse. Je la félicite et l’embrasse. Que je suis fière de mon bébé, non seulement elle comprend de plus en plus de choses mais son premier mot précis après papa et maman aura été : « Miaou »! La digne fille de sa mère! Toute la journée, je lui repose la question, patiemment elle me répond. Le soir je montre le truc à son père. Il me demande :

- Mais comment tu lui as appris ça?
- Heu, je crois pas lui avoir rien appris, elle savait déjà, j’ai juste été attentive en fait…

Depuis elle s’est un peu tannée de mon petit jeu et elle est passée à d’autres découvertes, d’autres compréhensions, d’autres interactions. Par exemple, si je lui demande :

- Est-ce qu’il y a du pipi dans ta couche?

J'essaie de lui inculquer subtilement ces notions qui la mèneront devant le pot, parce que je ne suis pas vraiment emballée à l'idée de changer des dizaines de couches ad vitam æternam. Non seulement c'est mauvais pour l'environnement et de plus ce n'est pas des plus ragoûtant! Donc, lorsque je lui pose cette question, Mademoiselle Soleil se tâte la couche pour me montrer qu’elle a compris ce que je lui dis sans jamais trop savoir quoi répondre. Il faut dire que coté conversation l'on est encore bien limité...

J'évolue dans un univers infantile ponctué d'onomatopées et de charabia coloré. Présentement, la nouvelle mode est de tendre la main à tout vent pour essayer d’attraper tout ce qu’elle voit et qui lui échappe. Mais, en ce moment, le plus comique de l'histoire est qu’elle appelle les chats « caca »!!! Ce qui peut quand même porter à confusion.

Mardi de décembre

L'expression choisie de cette semaine est influencée par l'un de ces hasards qui n'en est pas un. Le destin n'est-il pas une suite de signes qui se déguisent en coïncidences? Ainsi, chaque jour, je reçois une expression différente dans mes courriels. Pourtant, j'ai pris l'habitude d'aller fureter les entrailles de ce site pour trouver l'expression qui allumera la petite lumière dont j’ai besoin pour faire mon choix. Aujourd'hui je reçois celle-ci. Justement je l'ai utilisée dans mon billet matinal! Il n’en faut pas plus pour faire scintiller cette petite lumière recherchée…

EXPRESSION
« Ronger son frein »

SIGNIFICATION
Contenir avec peine son impatience, son dépit, sa colère (faute de pouvoir l'exprimer).

ORIGINE
Voilà une expression qui peut sembler très étrange si on oublie qu'elle a plusieurs siècles et si on ne connait pas grand-chose aux chevaux. En effet, imaginez que vous ne puissiez exprimer votre colère. Alors quoi de mieux que de descendre de votre voiture, installer le cric, démonter une roue et vous mettre à ronger, au choix, un disque, une plaquette ou un tambour? Une chose est sûre, en vous occupant ainsi, vous devez certainement vous calmer. Et faire plaisir à votre dentiste...

Mais cette expression datant de la fin du XIVe siècle, ce n'est pas aux véhicules motorisés qu'il faut penser, mais à la plus belle conquête de l'homme : le cheval. En effet, le 'frein' n'est ici rien d'autre que le mors, cette pièce généralement métallique placée dans la bouche de l'animal et qui, reliée aux rênes, sert à le diriger. Or, que fait un cheval qui s'impatiente en attendant le retour de son maître : il ronge son frein, faute de choses plus intéressantes à faire. Dans cette métaphore, le 'frein' c'est ce qui bloque l'élan de celui qui aimerait bien exprimer ses sentiments. Et 'ronger' est associé à cette énergie contenue qui devient corrosive et mine l'intérieur.

COMPLEMENTS
Cette expression pouvait aussi vouloir dire "être condamné à l'ennui", mais elle est très peu utilisée avec ce sens. Pourtant, on peut imaginer que le pauvre cheval qui attend trompe son ennui en rongeant son frein.

Ronger son frein

samedi, décembre 02, 2006

Seule dans la tempête…

Juan devait aller chercher la petite chez ma mère en sortant du bureau et rentrer ensuite. C’était sans compter la première petite tempête de la saison. Nous sommes tellement prévoyants que nous n’avons pas encore de pneus neige sur l’auto! Comme la tempête à commencé méchamment avec une bonne accumulation de grésil, nous voilà bien mal pris...

Je regarde la rue devant chez moi et je vois apparaître une lourde croûte d’hiver aussi blanche que verglacante. L'on s'entend qu'il vaut mieux que Juan et le bébé passent la nuit en ville. À peine la décision prise, à peine le téléphone raccroché que l’électricité saute et plonge le village dans le noir…

Je cherche à tâtons une chandelle et un briquet. Le vent hulule dehors. La tempête fouette les arbres qui me protégent. J’ai un téléphone sans fil, plus d’électricité, plus de téléphone…

Je m’habille et je traverse la rue avec précaution pour ne pas glisser. Je cogne à la porte de Yolande, toute heureuse de me voir. Elle m’offre thé et gâteau. C’est la première fois que je rentre chez elle. C’est encombré, les "bébelles" débordent de partout, mais c’est propre et cela sent bon. Je lui emprunte son téléphone antique pour prévenir Juan de la coupure. Je pousse un chat pour m'assoir. Alors que je m’apprête à composer le numéro, j’ai un arrêt mental sur image. Mon cerveau zappe un petit coup. Le téléphone beige est à roulettes! Mon dieu, depuis combien de temps n’ai-je pas utilisé un tel appareil!?! Tellement habituée à « pitonner », je dois me concentrer pour retrouver les bons chiffres. Mon doigt dans le petit trou tourne la roue et fait jaillir le bruit caractéristique de la roulette qui se déroule. J'ai l'impression de faire un petit bond dans le passé.

Une fois mon téléphone fait, je reste une petite heure à papoter avec Yolande. J'en profite pour découvrir son mari Roger, être énigmatique qui l’a mariée à 73 ans après 50 ans de vie commune. Un vieil homme taciturne, si calme que le contraste qu'il dégage avec la personnalité exubérante et bavarde de Yolande m’amuse et m'intrigue. J’arrive à lui faire décrocher trois phrases en lui parlant du temps qu’il fait. Il est gentil mais d’une discrétion qui le fait presque disparaître parmi les meubles. Yolande me parle du lac d’antan, me sort des papiers, certains anciens, certains récents m’offrant ainsi des connaissances plus qu’intéressantes, vitales. Je finis mon thé et ma part de tarte au sucre. Yolande me prête une grosse torche électrique. Je rentre en mon antre…

Le choc du silence. Pas une onde électromagnétique pour le déranger. De fortes rafales de grésil se fracassent contre mes fenêtres. Si ce n’est des éléments qui se déchaînent dehors, à l’intérieur le silence est total. Une bougie sur la table éclaire la pénombre. La torche que m’a prêtée Yolande est super pratique. Je n’ai peur que de mes démons intérieurs. C’est dans ces instants sans repères qu’ils sont le plus prêts à jaillir pour torturer l’esprit fragilisé. Ma torche à la main, je les attends de pied ferme. Je m’assieds à la table. J’éteins la torche. J’écoute la tempête…

L’horizon grogne de rage. Les vents tournoient autour de la montagne, ils s’abattent sur nous en de violentes bourrasques. Je soupire. Mes amours me manquent terriblement. Je réfrène mon imagination et ses scénarios d’Armaggedon. Juste le soupçon de ce que serait la vie sans eux me bouleverse. Ils font battre mon cœur. À la lumière vacillante de la bougie, je réalise à quel point l’amour que je ressens pour mon homme et mon enfant est puissant. Seule dans la tempête, je comprends clairement à quel point ils me sont chers. Qu’il y a-t-il de plus important dans la vie que les gens que l’on aime? Qu’il doit être triste de passer une vie sans aimer. Dans l’opacité de la nuit tourmentée, je ne vois rien d’autre que les lueurs de mon cœur.

Lorsque tout ce qui nous distrait de l’essentiel s’éteint, il ne reste plus que la brillance de l’amour dans nos cœurs. Cet amour qui guérit tout ce qu’il touche. Ou pour certains malheureux la noirceur de la haine. La haine qui détruit tout sur son passage.

Une accalmie approfondit le silence. L’absence de mes proches dans cet étrange vide me serre les entrailles. Les chats m’entourent de leur calme olympien. Chanelle me suit comme une ombre. Ils me rassurent. Sans eux, je serais sûrement moins vaillante et je serais peut-être allée me réfugier chez Vivi sur la rue d’en face. Les mêmes conditions en compagnie de Juan sont douces de romantisme. Mais ce soir c’est seule que je subis les événements…

Il faut toujours faire bien attention à ce que l’on souhaite car l’univers parfois écoute attentivement. J’avais souhaité un peu de solitude, me voilà bien servie!!! Je pense à la chaleur du corps aimé, à ses bras tendres, à la vitalité pleine d’espérance de bébé. Mon cœur est un océan d’amour où je me noie. Je regarde danser la flamme de la bougie dans le noir. Il flotte dans l’air une saveur de simplicité oubliée…

Que serions nous sans les commodités modernes? Serions nous plus humains, moins frivoles? Est-ce que l’humain est frivole, de nature superficielle? Ou est-ce une conséquence de notre société actuelle?

Je pense à la vie d’antan. La vie sans ordinateur, sans frigo ni radiateur, sans téléphone ni machine à laver. La vie sans électricité. Durant des millénaires l’humanité a vécu et évolué sans le miracle électrique. En moins de 100 ans le monde à fait un gigantesque bond technologique et nous a fait perdre une bonne partie de notre savoir ancestral, de ce savoir humain récolté tout au long des siècles passés. Serions-nous désormais capable de nous débrouiller à l’ancienne? Je sais, que personnellement, je ne la trouverais pas facile du tout! En si peu de temps nous avons oublié tellement des façons de l’ancien temps, qu’en sera-t-il dans un autre 50 ans? Le rythme du changement n’en finit plus de s’accélérer mais qu’en serait-il si tout s’arrêtait d’un coup? Le chaos assuré…

Nous sommes si privilégiés et pourtant si peu satisfait de nos sorts. Qui n’en veut jamais plus? Toujours consommer, exploiter, polluer, toujours en désirer davantage. Plongés dans un tourbillon de futilités qui nous éloigne si souvent de l’essentiel. Puissant, le vent reprend des forces, je l’entends gronder au loin. Je l’entends bousculer la forêt. Il encercle mes quatre murs. Je suis bien petite devant les fureurs de la nature. Le village plongé dans l'obscurité est bien minuscule sous les assauts de la Terre…

Je vais me coucher. Quatre chats dans mon lit ronronnent en chœur, simple bonheur, douce chaleur. J’écoute tournoyer la tempête dehors. Un sommeil serein se dessine derrière mes paupières closes. D’un coup, l’électricité revient. J’ouvre les yeux. Je suis presque déçue (enfin pas trop quand même!) de retrouver mes repères confortables. Je commençais à apprivoiser et à apprécier cette atmosphère dénuée d’électricité.

La tempête s’affaiblit. Il ne neige plus. Je sors dehors. La rue est recouverte d’une épaisse couche de neige vierge. J’y trace des pas. Il fait froid. Tout est d’un blanc immaculé. Rien ne bouge. Le lampadaire m’éclaire. Le tempo (garage temporaire) s’est pris une petite raclée. Sans chaussette dans la neige, je sens le froid s’insinuer en moi, je rentre. Trois minutes plus tard, le téléphone sonne. Sa voix est au bout de la ligne…

Seule dans la tempête…

Nuit blanches

Il y a les nuits où l'on fait le party, où l'on s'amuse sous les étoiles, où l'on lutte contre le sommeil par pur plaisir. Et il y a des nuits qui s’agitent contre soi, des nuits qui chassent le sommeil de leurs émotions branlantes, des nuits qui noircissent le tableau de la vie. Puis il y a ces autres nuits, heureusement de plus en plus rares, agitées par les détresses inexpliquées d’un bébé.

La nuit dernière, nous nous couchons à une heure raisonnable, la fatigue nous emporte vite. Soudain je suis réveillée par des brusques papouilles sur mon nez, j’émerge difficilement de la profondeur de mes songes pour découvrir Mademoiselle Soleil coincée entre nous deux.

- Juan, Juan…
- Hummmm….
- Le bébé est dans le lit?
- Hummm ???


Il ouvre un œil vitreux. La petite bien réveillée gazouille. Je lui demande :

- Mais tu l’as ramené dans le lit?
- Heu, ben je sais pas, je me rappelle plus…
- Mais quelle heure il est?
- Deux heures et demie…
- Faut la ramener dans son lit…

Il se lève et entraîne le bébé récalcitrant vers sa chambre. Il revient dans le silence, l’on se rendort à la vitesse de l’éclair. Une demi-heure plus tard, des cris nous appellent. Je grogne. Il y retourne. Il revient. Quinze minutes plus tard, de nouveaux cris, il grogne, j’y vais. Je reviens. Une heure plus tard, rebelote, bébé veut revenir dans le lit, il y retourne. Ainsi de suite trois ou quatre fois de suite, le petit matin nous trouve dans un piteux état.

Je lui parle de mon cauchemar fait à l'aube. Quelqu'un de mal intentionné kidnappait mon enfant et je me transformais en une véritable furie: Je suis la piste du coupable avec une perception surnaturelle toute maternelle. Je le trouve. Je l'accule, de force, contre un mur et j'exige de savoir où il a caché mon enfant, j'ai des pulsions meutrières qui me parcourent l'être. L'angoisse me tient par le sang. Je siffle de colère: "Si tu as touché à un seul cheveu de ma fille. Je te la coupe, je ne te laisse pas mourir, je la fais griller et je te la fais manger petit bout par petit bout!!!". Les brumes du sommeil se dissipent et je me réveille avec un bien mauvais goût sur le coeur. Ce ne fut vraiment pas la meilleure nuit de ma vie! Juan fait la grimace. Il n'aime guère que je fasse ce genre de rêves. Il me dit :

- N'empêche, je ne comprends pas comment je l’ai ramené dans le lit.
- Je ne l’ai pas entendu pleurer, c’est juste quand elle était dans le lit qu’elle m’a réveillée, avant cela je dormais comme un loir…
- Oui, j’suis pas sur que j’ai pas eu un moment somnambule, ça m'est déjà arrivé quand j'étais jeune…
- Et tu serais allé chercher le bébé pour la ramener entre nous? C'est bizarre...
- Ben, on dirait bien, c’est vraiment flou…

Ce qui est clair c’est qu’entre ses dents qui la travaillent et son père qui la ramène dans le lit par on ne sait pas quelle opération du St-Esprit, la petite maligne en a perdu le goût de dormir tranquillement! La journée suivante se révèle plutôt mouvementée sans pourtant être impossible à surmonter. Je résiste à la sieste pour mettre à jour le site de l’asso. Le soir venu la petite a repris ses repères et s’endort comme un ange passé sept heures.

L’homme travaille. Mon esprit rebelle sème la pagaille dans mes idées. L’insomnie traître me guette au coin de la nuit. Elle attend le moment propice pour sortir ses griffes. L’homme se couche. Dame Insomnie me rejoint subrepticement. Je me débats. Il est déjà bien tard. Non. Je ne jouerai pas à ces petits jeux nocturnes. Fuir l'insomnie. Je l’attaque en quelques mots. La raison se joint à ma bataille, je tire et me retire…

Nuit blanches

vendredi, décembre 01, 2006

Courants d'air

Hier, l’atmosphère tiède et brumeuse enveloppait tout le paysage. Il a plu des cordes toute la journée. La température a caressé les quinze degrés! Il ne s’était rien vu d’aussi chaud à cette époque de l'année depuis 1957. Tandis qu’à l’Ouest un air arctique et de fortes précipitations de neige ont déstabilisé les populations, ici c’est une ambiance londonienne qui vient accompagner nos heures tranquilles.

Entre deux confidences l’homme me dit : « Ce temps qui ne tourne pas rond, j’aime pas ça. ». Je ressens le même malaise, même si, égoïstement, je n’arrive pas à me plaindre de ce temps si doux. Je me doute cependant que lorsque ma fille sera femme, le climat sera sur toutes les lèvres. Dans quel temps élèvera-t-elle ses enfants? Je ne peux m’empêcher d’être inquiète…

Aujourd’hui, la journée, voilée par un ciel blanchâtre, vibre de promesses de neige. Bien-sûr que l'on aura un Noël blanc! Il y a toujours quelques âmes pour s'angoisser sur le sujet, mais on n’est pas rendu à un tel point de dérèglements climatiques quand même! La chaine météo annonce la première tempête de l’hiver, près de trente centimètres sont attendus d’ici demain soir.

En moins de vingt quatre heures la température est passée de + 15 à -10 avec facteur vent. Le froid s’accroche, je le vois onduler entre les troncs dénudés. Je tourne la tête vers la fenêtre, quelques flocons malingres débarquent en éclaireurs. Le vent se lève et souffle sur les sapins qui frissonnent. La course des flocons s’accélère, des feuilles mortes se mêlent aux bourrasques timides. Au fil des minutes qui s’écoulent l’air blanchit, les flocons s’épaississent, la nuit tombe. Et c'est parti…

Courants d'air

Larmes d'automne achevé...

Frost teeth

Dents de glace

jeudi, novembre 30, 2006

Cette expression de la semaine m'évoque aussi, par extension, s'en prendre plein la gue... ou se faire casser la gue... D'une façon générale, cette expression évoque une sensation désagréable.

Je ne suis jamais allée à Limoges, mais j'ai un oncle qui y a pas mal forniqué durant ses belles années. Il y a même laissé germer une petite graine d'artiste bourré de talent, Jules mon cousin caché qui n'a que quelques mois de différence avec ma pomme, cousin inconnu mais reconnu que je découvre par correspondance et qu'il me plairait un jour d'embrasser. Pour moi, la ville de Limoges évoque un certain goût de souffre et de mystère...

EXPRESSION
« Se faire limoger »

SIGNIFICATION
Pour un officier, se faire relever de son commandement. Par extension, pour une personne ayant des responsabilités, être mis en disgrâce ou être frappé d'une sanction disciplinaire (mise à la retraite, révocation, licenciement...)

ORIGINE
Beaucoup de gens savent que le verbe 'limoger' est issu du nom de la ville de Limoges.Mais cette origine est-elle justifiée et quelle est la véritable histoire du limogeage ?

Au début de la guerre de 14-18, le général Joffre (Lien externe) doit résoudre une crise importante dans le haut commandement de l'armée française. Il écarte alors de nombreux hauts gradés de leur poste. C'est de cette disgrâce que naît le verbe 'limoger'.

Le 15 août 1914, Joffre reçoit du ministre de la guerre Messimy un télégramme lui indiquant que, désormais, les officiers généraux pourront être mis à la retraite d'office sur simple rapport motivé du commandant en chef. Ayant jugé que de trop nombreux généraux et hauts gradés, brillants en temps de paix, étaient des incapables au front, Joffre décide le 27 août que ces généraux faillibles doivent se retirer dans une localité de la 12e région qui, alors, englobe loin du front les département de la Charente, la Corrèze, la Creuse, la Dordogne et la Haute-Vienne, et dans laquelle se trouve Limoges, entre autres. Au moment où débute la bataille de la Marne, début septembre, 58 officiers sont d'abord renvoyés à l'arrière. Au total, en décembre, 40% des hauts gradés sont ainsi écartés de leur poste.

Selon certaines sources, tous ces officiers auraient été envoyés à Limoges, justifiant ainsi la naissance de ce qui était à l'époque un néologisme. Mais selon d'autres sources, il paraît que sur les 150 à 200 officiers ainsi éliminés, il y en aurait finalement moins d'une vingtaine qui auraient été réellement tenus de séjourner dans la 12e région, et pas obligatoirement à Limoges même. Et comme cette zone géographique contient plusieurs autres villes importantes, les officiers auraient donc très bien pu se faire plutôt angoulemer, briver, guereter, tuller ou même magnac-lavaler. Dans ce cas, c'est un peu abusivement que 'limoger' serait né en 1916.

Se faire limoger

mercredi, novembre 29, 2006

Jour de fatigue,

Autumn-Underwater

Juste fatiguée dans l’hiver qui prend sa place derrière mes fenêtres, le givre qui s’agrippe à mon paysage m’ennuie, le gris du ciel aussi. Des nuits trop courtes me laissent sur le carrelage du jour. Fourbue. Trop de cardio combiné à cette série de poids qui sculpte le corps et fatigue la peau, un entraînement féroce qui me laisse sur les rotules. Pas envie de faire des siestes d’après-midi. Tenir la fatigue à bout de bras pour errer dans ce jour de pluie. Je baye aux corneilles. Un enfant qui fait ses dents, qui demande de l’attention constamment, qui pousse son parent vers des vallées d’épuisements. Des montagnes de tendresse, des prairies de sourires et la patience dans les talons. Des soucis financiers comme tant d'autres. Les fêtes au coin du mois prochain. Juste fatiguée…

Juste envie de laisser couler les mots, de les laisser s’échapper de la prison de ma tête. Marre d’écrire tout le temps dans ma tête. Mais lorsque vient le temps de les laisser glisser, le temps est si empressé que ma pomme se fait « écrapoutiller » par ses minutes expéditives. Impossible de structurer quoi que ce soit. Juste laisser les mots asborber le quotidien, en attendant…

Paresses de ménage, regarder le lavage effronté s’égarer aux quatre coins de mon horizon. Shni, le petit génie, empoussière son spleen dans un coin. Ce soir, je reste à la maison, ce soir, je passe du temps avec mon homme. Aller faire des courses à trois. Laver et coucher la petite. Fermer les ordis. Se retrouver ensemble dans une bulle, confortables, se reposer devant un film, tranquilles, puis espérer une nuit sans insomnies capricieuses. Se lever en forme le lendemain…

Hier, je rentre du Gym avec le soir déjà bien avancé, je trouve mon homme dépitée par sa furie de fille :

- Mais elle ne m'a fait que des conneries, j’te jure elle m’a vidée!

Je rigole, compréhensive, je ne peux m’empêcher de sourire.

- Ouais, je sais, elle fait ses dents, puis on dirait qu’elle est dans une sorte de transition où elle comprend de plus en plus de choses, du coup elle est comme montée sur des ressorts! Elle teste ses limites. Heureusement qu’elle fait pas trop mal ses siestes!!! C'est une phase...

La maison est sens dessus-dessous. Pendant que l’on ramasse le bordel de notre petit Soleil, il m’explique ses déboires paternels qui me divertissent énormément. J'apprécie ces échanges noctures. Je me marre un peu de voir comment en trois heures, il s’est fait complètement aspirer par Lily coquine. La maison ressemble un peu plus à quelque chose. Il se remet à travailler sur ses contrats en attente et je regarde un peu de télé, vannée. L’heure du crime sonne, je le pousse vers la chambre. Minuit c’est déjà trop tard pour se coucher. J’entre dans la chambre et je l’entends me dire dans mon dos :

- Oh! Pis j’ai oublié de te dire, la cerise sur le gâteau! Elle a pissé dans le lit!
- Quoi!?!?!?!
- Ben oui, pendant que je la changeais pour le bain, elle a filé dans le coin, s’est assise m’a regardé a fait « aaahhhhh » et j’ai vu appraitre une grosse flaque de pipi!!!
- Mais, mais, tu l’as laissé faire!
- Ben, en fait, elle a été pas mal plus vite que moi! J'ai pas pu faire grand chose!

Je tâte le drap trempé. Je respire un grand coup pour ne pas m'énerver.

- Mais!!! Et t’as laissé ça de même!
- Ben rendu là j’en pouvais plus, pis c’est juste du pipi de bébé, je l’ai couchée et je t’ai attendue...

Le super pipi a traversé le matelas. J’en reviens juste pas. Je le force à retourner le matelas, pas le choix, on va pas remettre des draps propre sur un matelas humide!!! Ça a beau être du pipi de bébé, je suis légèrement écoeurée! Une demi-heure plus tard, on finit par se coucher au sec et dans des draps propres. Cependant lorsque l'on a un homme dans son lit, cela ne veut pas dire que le sommeil est gagné…

Candlelight

Jour de fatigue