jeudi, décembre 23, 2004

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Accents perdus…

Je lis chez Karl un billet qui me touche. Comme à mon habitude, je continue au fil des années, à étudier mon hybridité culturelle et depuis quelques mois, je me rends compte que je le suis (hybride) plus que jamais. Dans ce billet trés pertinent Karl fait mention des stigmates culturels….

De mon coté, il m’est aussi facile de reconnaître le français qui traîne dans le paysage local. Comme il le dit si bien : « Leurs gestes, leurs regards, leurs langages corporels avaient un accent de France. », c’est un accent qu’il se demande s’il possède encore. Si je me laisse aller, je pourrais répondre que je pencherais pour croire qu’il le posséde encore puisque même en ses lignes un certain accent d'ailleurs qu'ici reste perceptible à ma pomme aiguisée. Accents invisibles de l’être qui se manifestent entre les mots et les phrases choisies...

Cette dernière session, mon prof de linguistique, éminence grise de son domaine de langue étudiée sous tous les cotés, en relations régulières avec l’Académie (rien de moins) a abordé, en privé, mon coté hybride. En ayant parfaitement conscience de mes origines, aucun québécois pur laine ne s’y trompe vraiment, il me demande :

- Mais cela fait longtemps que tu es là?
- Plus de 15 ans, je suis arrivée à Montréal avec l’adolescence…
- Hmmm, je me disais que tu étais trés bien intégrée parce-que quand je t’ai vue, j'ai remarqué que tu avais les gestes et les manières d’ici mais ton accent s’entend encore bien dans le fond pourtant ton débit est en phase avec le nôtre…

La conversation a continué sur ce ton et lorsqu’elle se fut terminée, j’avoue avoir connu un bref instant de confusion interne. J’eus l’impression qu’il m’avait lue comme un livre ouvert et c’était bien la première fois que je me faisais analyser linguistiquement parlant! Alors si je n’ouvre pas la bouche, j’ai les accents d’une québécoise, et si je parle, je ne heurte pas les oreilles du passant local qui me comprend parfaitement mais reconnaîtra alors ma subtile différence…

Ce cours me permit toutes sortes de remises en question sur mon identité linguistique, une vraie richesse pour ma pomme je dois dire. Plusieurs choses s’éclaircirent et je compris un peu mieux ce que j’étais devenue. Il faut dire qu’après presque 5 ans à Québec-village, je dois avoir pris une nouvelle teinte. Il est temps que je retourne voir ma Mère Grand. Personnellement, je trouve que j’ai plus d’accent québécois qu'avant mais ce n’est pas l’avis des gens du village! Je me demande bien comment je vais pouvoir rentrer faire un tour de Mère patrie sans avoir envie de me sauver à toutes les deux minutes…

Après le dernier examen alors que je sors du cours et attends sur un banc des copains encore en train de rédiger. Je vois sortir l’une de ces françaises fraîchement débarquées qui a aussi suivi le cours et que j’avais remarqué au fil des semaines. Elle m’approche, je lui souris et embarque la conversation sur le cours et l’examen…

J’apprends qu’elle est parisienne, ici en échange, poursuivant un doctorat en linguistique, âgée d’à peu prés 25 ans, elle commence à me parler sans remarquer que je pourrais être une compatriote. Espiègle, je la fais causer, lui lance quelques indices, pour me rendre compte alors qu’elle commence à m’expliquer en long et en large comment c’est la France, qu’elle n’a aucune idée que je pourrais avoir la même nationalité qu’elle. C’est une expérience qui m’était déjà arrivée avec une amie de Miss Didine qui après avoir passée la soirée à me parler n’a réalisé mes origines que lorsque je lui ai dit vers minuit ( je croyais sincèrement qu'elle s'en était rendue compte toute seule, mais non!). Alors que dans tout bon « party » les premières rencontres locales vont d’abord me demander d’où je suis française!!!

Miss Lou et Quentin sortent de la salle, Miss Lou en profite pour papoter aussi avec la demoiselle parisienne et lorsque l’on se retrouve dehors, je lui explique qu’elle n’a jamais remarqué que je n’étais pas québécoise. Évidemment comme tout bonne québécoise d’origine Miss Lou est outrée...

- Ben voyons!
- J’te jure et je parlais super normalement, ça doit être une question de débit et d’attitude, d'intonations aussi, je peux pas croire. Il avait raison le prof, je suis plus comme eux et c'est visible! Même avec quelques indices gentiments tendus, elle a pas vraiment percuté! On dirait bien que je peux passer incognito si ça me tente sans me forcer pantoute! Tu vois c’est trop weird, toi tu reconnais la française à chaque fois que j’ouvre la bouche mais les français, eux, me reconnaissent plus!!!

1 commentaires:

Céline a dit…

Héhé, tiens-tiens, j'ai comme une impression de "déjà vécu"!! C'est exactement ça pour moi: pour ici, j'ai un accent français et pour la France, j'ai un accent québécois... c'est à s'y perdre parfois! :S