Entre automne et pleine lune...
Lorsque M'zelle Soleil était plus petite, je lui chantais une chanson le soir pour boucler sa routine après sa lecture quotidienne. Et puis lorsqu'elle a eu quatre ans, je me suis dit qu'elle devenait grande et qu'elle pouvait passer à autre chose.
Lorsque j'étais enfant, je vivais chez ma Mère-Grand qui, tous les soirs, me faisait faire une prière. Je n'adorais pas le concept tous les soirs mais je réalise avec le recul que cela a éveillé ma spiritualité personnelle. Cela me permettait d'entrer en contact avec un univers invisible et abstrait. Je n'en comprenais pas grand chose mais sans le savoir j'ouvrais une porte spirituelle.
En vieillissant, j'ai essayé de comprendre cet étrange pouvoir que la religion possédait sur l'humanité. Je suis catholique de tradition mais ma foi est universelle. Je crois que la religion est une sorte de porte. Et autant il y a de nuances humaines, autant il y a de portes invisibles.
Je n'apprécie pas l'idée que chaque religion possède LA vérité. Si l'on regarde la planète en son entier cela ne fait pas de sens. Je crois que chaque religion possède une vérité, et que le défi humain est d'arriver à en tolérer les nuances. Peut-être que le concept de vérité est si vaste et profond qu'il ne peut s'exprimer en une seule version?
Si tous les humains étaient semblables en taille, forme et couleur alors peut-être est-ce que je pourrais envisager la possibilité d'une vérité unique. Mais comme l'humanité est répartie en différentes nuances et différences, je ne peux croire que cela soit si simple. C'est pour cela que j'ai du mal à me plier à une seule religion. J'aime l'idée de respecter toutes les religions. Mais je ne peux donner mon âme à une seule. Ainsi, je crois en Jésus et Marie, les anges mais je crois aussi au Grand Esprit et en Bouddha. Peut-être que si j'en connaissais mieux l'histoire je pourrais croire en Allah ou les étranges déités hindouistes? Après tout, n'est-ce pas croire qui fait ouvrir la porte de l'invisible? Je crois que la foi est plus importante que la forme. Je pense même que parfois la forme peut intoxiquer la foi.
Depuis des jours, j'essaie désespérément de rassembler mes mots pour écrire des textes simples et légers, ceux-ci me fuient. Je n'arrive pas à écrire sur ces activités qui seraient si facile à lire; la cueillette des pommes à l'île d'Orléans. Le tour d'hélico surprise au dessus de Charlevoix (que Juan m'a offert pour nos dix ans de mariage). Nos balades de lac automnales en famille. Mes éclats de rires. J'ai beau essayer, cela ne sort pas.
Lorsque vient le temps d'écrire mes piges, je dois me concentrer très fort, y mettre toute ma volonté pour accrocher ces sujets technos qui beurrent mes épinards. Présentement mon coeur semble vouloir faire des mots ce qu'il lui plait, n'en déplaise à mon esprit! Alors, ce matin, premier
jour d'automne, je ne résiste plus, je le laisse aller, glisser, s'écouler en ces phrases qui le libèrent. Peut-être ensuite me laissera-t-il reprendre le contrôle comme je le désire?
Durant ma vingtaine, j'ai traversé une sombre étape existentielle et c'est lorsque j'ai réalisé que je ne savais plus du tout prier que j'ai compris combien j'étais en danger intérieur. Au fil des années, sans m'en rendre compte, j'avais oublié comment faire. Cela m'a profondément troublée. Cela a permis une suite de déclics qui m'ont aidé à me sortir de l'obscurité. J'ai ensuite retrouvé des chemins plus lumineux.
Depuis, je prie sur une base régulière, sous différents formats, selon ma propre spiritualité. Parfois, des témoins de Jéhovah m'appellent et dans ma solitude de lac, cela me fait presque plaisir. Toujours je discute gentiment avec eux en essayant de leur expliquer que leur spiritualité est définitivement trop carrée pour ma tête et mon coeur. Elle ne peut me correspondre. Parfois, je crois même que je les perturbe un peu avec mes idées bien ficelées.
L'avantage d'un témoin de Jéhovah au téléphone c'est que l'on peut discuter spiritualité sans se sentir menacé. À la base, ils ne veulent parler que de ça! J'avoue, j'en profite un peu. Après tout, ce n'est pas comme si la spiritualité était le sujet de conversation privilégié entre voisins et amis! Avec les Témoins, je finis toujours sur le même constat, la même idée coulée en mon sang. Je te respecte même si tu n'es pas comme moi alors respecte moi aussi pour ce que je suis. Telle n'est pas la véritable essence chrétienne? Je crois qu'il faut "être" plutôt que "dire". Et là se trouve le véritable défi...
Bref, lorsque ma fille a eu quatre ans, j'ai pensé qu'il ne lui ferait pas de mal d'apprendre à prier. Tout comme j'avais pensé qu'il ne lui ferait pas de mal d'être baptisée. Car même si nous ne pratiquons pas selon les normes établies de la religion catholique, je n'en renie pas la spiritualité de fond. Ainsi mes chansons ont été remplacées par un "Je vous salue Marie" suivi d'une discussion perso suivie d'un "Notre père" bouclé par un mantra bouddhiste.
Même si elle n'adore pas le principe tous les soirs (ce que je comprends parfaitement), cela nous permet d'avoir des discussions plus profondes qu'à l'habitude. C'est loin d'être inutile. Tous les soirs, entre le "Je vous salue Marie" et le "Notre père", l'on fait un bisou à ma Mère-Grand qui n'est plus. C'est une façon de penser à elle tous les jours et de l'insérer en la mémoire de mon enfant qui ne l'aura jamais connu de son vivant. C'est aussi une façon de la garder en vie dans mon coeur. Maintenant que
Chanelle n'est plus, nous en profitons pour lui faire une caresse en pensée. Et depuis qu'Henri le chat n'est plus, par la volonté de M'zelle Soleil, nous lui envoyons une pensée à lui aussi. Et puis l'on demande de la force, de la santé ou d'aider les autres. C'est selon l'humeur du soir.
Ensuite je demande à M'zelle Soleil si elle veut ajouter ses propres idées et souvent elle le fait avec une intelligence qui me fascine. Par exemple, hier soir, elle a simplement demandé "des contrats pour sa maman, moins d'hypoglycémies pour son papa et qu'elle puisse être toujours contente dans sa vie". Un flot de tendresse m'a inondé le cœur en entendant ses mots. Certains soirs, elle fait la moue et ne veut rien dire. Quoi qu'elle décide, je la respecte. Je pense que cette routine évoluera de nouveau vers ses 6-7 ans où elle sera assez grande pour prier selon ses besoins. Ainsi va...
Selon Bouddha, une famille est un espace de vie où des esprits vivent les uns avec les autres. Si ces esprits font preuve d'amour et de tout ce qui s'en suit, le monde pourra fleurir comme un magnifique jardin. Mais si ces esprits se désharmonisent alors un ouragan d'émotions détruira le terreau fertile et engendrera le chaos...