mardi, mars 11, 2008

Revient le soleil

Après la tempête réapparait un soleil éclatant qui éclaire notre monde recouvert de neige. Je ne peux m'empêcher de regarder devant chez moi en me demandant combien de temps cela prendra pour que tout fonde!!! Reverrai-je un jour mon jardin de tournesols? M'zelle Soleil met de la couleur dans mon paysage tout de blanc revêtu...

Where-I-live Lily-au-soleil

Juan me dit: « Au moins on peut se sentir fier de traverser le pire des hivers! ». En effet nous avons battu tous les records connus. Nous sommes ensevelis sous un coriace hiver qui règne en maitre! En emmenant Juan chez le docteur, je découvre un dépôt à neige dissimulé au coin de la route. Le manège des camions à neige qui défilent sans arrêt pique ma curiosité. Je m'approche et j'accroche quelques images à ma mémoire hivernale.

Dépot à neige

L'homme est sous antibios, la petite combat le virus qui couraille dans la maison. Je me sens moi-même sous attaque microbiennes. Surtout lorsque j'ai la bouche ouverte et que M'zelle Soleil me tousse dans la face! Juan se transforme en une locomotive nocturne tant il ronfle fort. L'enfant toussote et m'appelle à l'aide. Mes nuits raccourcissent douloureusement. Je prends nos maux en patience.

J'apprends mes leçons de saison. "Acceptation" un mot qui prend toute une nouvelle dimension, un mot qui fait de l'écho dans mon cerveau. Dehors, l'hiver n'en finit pas de nous congeler le quotidien. Pourtant les rayons du soleil commencent à réchauffer les peaux grises. Les jours s'allongent. Il y a de l'espoir...

"Environnement Canada confirme un record d'accumulation de neige à Québec
QUEBEC — La ville de Québec a officiellement établi un nouveau record de neige tombée au cours d'un hiver. En date de dimanche, la région avait reçu 460,1 centimètres, éclipsant l'ancienne marque de 457,7 en 1965-66 selon ce qu'a confirmé lundi Environnement Canada. Le météorologue Pierre Lessard estime qu'à Québec, il y a maintenant de bonnes chances d'atteindre les 500 cm. De vendredi à dimanche, il est tombé 41,7 cm de neige à l'aéroport de Québec, lieu de mesure des précipitations. C'est presque autant que la moyenne de 49 cm que reçoit la capitale pour tout le mois de mars. Reste à voir à quoi ressemblera avril, mois pendant lequel il tombe en moyenne 17,6 cm. La tempête de samedi a aussi permis d'établir un nouveau record de force des vents pour un mois de mars. Les instruments ont enregistré des pointes de 122 km/h; le précédent record était de 111 km/h. Sur l'île d'Orléans, il y a eu, samedi, des rafales de 133 km/h."

Revient le soleil

Entre deux expressions...

Cette semaine, je choisis cette expression que je ne connaissais point mais qui m'a tapé dans l'oeil. Je la découvre et j'en profite pour faire un lien avec l'hiver qui me blanchit l'univers et mon expérience de blogosphère. Il me semble que je blogue depuis si longtemps que j'ai l'impression d'en avoir acquis une certaine expérience. J'essaie de ne pas trop penser à combien je suis vieille en cet univers!

Comme je suis une bestiole de festival, je ne peux résister à m'inscrire à cette seconde édition du festival de Romans. C'est un festival qui fait voter les lecteurs de blogosphère. D'habitude je ne demande rien à ceux qui me grignotent des yeux mais cette année l'hiver est sévère. Il m'enterre.

Aujourd'hui, j'y creuse cette tranchée de mots qui se tendent comme une main timide vers l'invisible. Si vous appréciez mon petit coin de Toile, faites un petit geste virtuel en ma direction. Cela me réchauffera surement l'âme en spleen d'hiver ensevelie dans une incroyable congère. Ainsi pourquoi ne pas cliquer par ici et votez pour ma pomme de givre? Une pomme d'Etolane coincée dans une boule de neige que je m'amuse à remuer en quelques mots partagés...

EXPRESSION via Expression.fr

« Blanchir sous le harnais »

SIGNIFICATION

Exercer longtemps le même métier. Acquérir une expérience reconnue dans un domaine.

ORIGINE

De nos jours, un harnais, c'est soit une partie de l'équipement d'un animal de travail, dont le cheval, soit un système de sangles porté par certains sportifs comme les alpinistes ou les parachutistes, ou bien servant à retenir une personne dans un véhicule (voiture de course, voilier...). Mais il y a longtemps, dès le XIIe siècle, le harnais désignait l'armure ou l'équipement d'un homme d'arme. Comme, à ces époques lointaines, il était fréquent que les gens pauvres s'engagent dans l'armée pour de très longues périodes afin de bénéficier d'une solde régulière, ils avaient largement le temps, s'ils échappaient à la mort sur les champs de bataille, d'acquérir une grande expérience de la vie militaire. Mais pourquoi 'blanchir' ? Cela vient du fait que ce verbe a également signifié "passer un long moment de sa vie dans une même occupation". Si les dictionnaires étymologiques ne nous donnent pas d'explication sur cette signification, on peut imaginer qu'elle vient du fait qu'un "long moment" peut être si long que les cheveux de la personne concernée ont le temps de blanchir. Le premier sens de l'expression était simplement "vieillir dans le métier des armes" puisqu'elle signifiait, mot à mot, "passer un long moment sous l'armure". Par extension, le métier est devenu quelconque et le vieillissement a été assimilé à l'acquisition d'expérience.

EXEMPLE

« On annonce par exception, dans la grand'ville, une œuvre nouvelle d'un vieux maître blanchi sous le harnais (...) Hélas! la musique de l'œuvre nouvelle est incolore... » Hector Berlioz - Les grotesques de la musique

Expressions...

dimanche, mars 09, 2008

Méchante tempête!

Quelques rayons de soleil se profilent sur le coup de midi. La tempête est terminée, la pire de la saison disent les médias. Murs effondrés, voitures enlisées sur l’autoroute, l'on ne compte plus les sorties de route. Des centaines de voitures prisonnières de dunes d'hiver un peu partout dans la province. Des coupures d’électricité, peu de blessés mais beaucoup de trouble, quelques dégâts matériels et de la débrouillardise humaine.

Les quantités de neige sont phénoménales, il y a des places où même les chasse-neige s'enlisent! Les policiers à motoneige se retrouvent en mauvaise situation. Cela fait jaser les voisins qui nous régalent d'anecdotes marrantes. Les conditions sont si critiques que les motoneiges sont le derniers recours pour porter secours. Les sorties d'autoroutes deviennent des culs de sacs où les gens doivent abandonner leurs autos. Non loin de chez nous, à une quinzaine de kilomètres en contrebas, une centaine d’automobilistes a été pris sur un tronçon qui mène à l'autoroute, cet endroit est un couloir de vent qui se transforme vite en enfer blanc. C'est une place où je n'aime pas m'aventurer lorsque se déchaine la nature. Les nouvelles en montrent les images, des dizaines de voitures submergées dans des bancs de neige immaculés.

Nous avons nous même perdu l’électricité dans la nuit. J’ai à peine dormi. Je me suis mise en mode de veille. J’ai écouté d’infernales rafales tourmenter la maison. Pour rien au monde je n’aurai mis un cheveu dehors! J'ai remercié le ciel de ma maison solide. Au fil des heures la maison s’est refroidie. Juan malade a dormi comme une masse. La petite, a senti qu'il se passait quelque chose, elle m’a un peu fait tourner en bourrique. J’ai fini par la ramener dans notre lit. Au petit matin la seule chaleur générée dans la maison était celle de notre cocon fait de couettes et d’oreillers! Un petit vent de panique me souffle. L’homme sort de sa torpeur fiévreuse, il semble aller mieux, il me fait revenir à la raison. Je m'endors une grosse heure durant. En milieu de matinée, tout est fini, la rue est ensevelie une nouvelle fois, rien de nouveau sous nos latitudes! Dehors, les souffleuses rugissent par dizaines. Le village revient à la vie mais le chasse neige n'est même pas encore passé dans notre coin de bois. Tout est blanc poudre. Juan découvre que le coffre de l’auto était mal fermé, résultat la batterie est à plat! Manquait juste cela! Rendu là, je suis hypra philosophe, rendu là, il enrage en silence. Il est facile de trouver de l’aide parmi les voisins qui voguent dans le même bateau. Les conversations amicales réchauffent les esprits. La voiture ronronne vite et l’on va faire ripaille au village d’à coté qui a gardé son courant malgré les tourments. L’on a changé d’heure, le temps m'échappe.

Le paysage devient surréaliste, à quelques jours du printemps, il prend un petit air lunaire. Les murs de neige n'en finissent plus de m'épater. En revenant de manger, l’on croise le camion d’Hydro, cette vision me remplit d’espoir. On va peut-être retrouver l’électricité à notre retour. À peine avons-nous le temps de papoter avec les voisins d'en face et de rentrer à la maison bien fraîche qu’enfin revient la chaleur électrique. Ouf! Soulagée je suis! Je couche la petite pour sa sieste, Juan s’en va déneiger. Il emprunte la souffleuse d’un voisin du bout de la rue pour passer au travers de ces accumulations d'hiver qui nous engloutissent. Il rentre parfois pour boire un verre d'eau, dégoulinant de sueur, il n'est pas de meilleure humeur. Je vois qu’il creuse un chemin pour aller à l’étage du bas, je lui demande comment ça va. Il me répond :

- Ostie d’pays d’c…! J’casse à la hache les couches pis je souffle. J’casse à la hache, je souffle, j’casse à la hache, je souffle… Ostie, qu’y’en a!!!! J'suis pus capable!

Méchante tempête!

samedi, mars 08, 2008

Entre deux tempêtes...

WinteryLily in the snow

Alors que nous connaissons la énième tempête de neige, tout le monde ressent clairement les spleens d’hiver. La province se paralyse sous l’assaut. J'entends rugir les rafales dans la forêt. Les routes sont pratiquement impraticables. C’est la pagaille. Au village, tout est calme. Juan a attrapé une cochonnerie, il est fiévreux et grognon. Il a une mine de déterré. À bout de force, il ronfle bruyamment. La petite est « gripette », mais cela n'affecte guère son moral. Je ne suis pas épargnée avec une bonne affliction intime, de celles que l’on ne parle pas sur la place publique (même si c’est d’une banalité pour toutes les femmes du monde), de celles qui irritent le moral. J’ai Tchernobyl dans le corps, c’est subtil mais cela travaille fort. Passons donc les détails pour introduire quelques grandes lignes.

Jeudi matin j’emmène M’zelle Soleil à son dernier cours de « natation ». Sa grand-mère l’y a inscrite au début de l’hiver. Huit cours à raison de un par semaine. M’zelle Soleil y participe avec sa grand-mère et tout se passe magnifiquement bien. Durant les cinq premiers cours, elle fait des progrès fulgurants, elle apprivoise l’eau tout aussi bien que ceux qui y vont depuis plusieurs mois. Je suis fière d’elle et de la relation qu’elle développe avec ma mère, une relation qui m’est des plus étonnantes. Ceci me réconcilie avec certains aspects de ma propre enfance. La relation avec ma propre mère est relativement complexe, difficile et souvent douloureuse. Mais je dois avouer qu’elle fait présentement une très bonne job de grand-mère. Lily adore sa mamie. Tout se passe à merveille. Je découvre une douceur inconnue chez ma mère. Une douceur que j’aurai aimé percevoir dans ma propre relation avec elle mais en désespoir de cause, la voir ainsi avec ma fille me fait du bien à l’âme. Donc Lily-Soleil va tous les jeudis passer la journée chez sa grand-mère et ses matinées à la piscine. Tout va bien dans le meilleur de mondes. Pourtant, sans paraît-il, aucune explication rationnelle, le sixième cours se passe mal. Lily-Soleil ne veut plus rien savoir de rien, fait une crise, refuse de suivre les consignes et passe le cours à pleurer. Voilà qui me trouble. Comment a-t-elle pu avoir une réaction si extrême d’une semaine à l’autre? Comment a-t-elle pu passer d’adorer le concept et de désirer performer à complètement refuser d’y assister?

Sa grand-mère n’y comprend rien, elle la soupçonne simplement de ne plus vouloir obéir à Rebecca, la jeune fille qui donne les cours. Je sais que mon petit bout de soleil est dans cette phase « d’infernal deux ans », de ce que les anglais appelle le « Terrible Two » et de ce que les français compare à une crise d’adolescence version petite enfance. Affirmation de soi, refus de l’autorité, opposition, indépendance d’esprit, tous les ingrédients d'un cocktail qui peut se révéler atomique pour les parents. Des ingrédients qui se mélangent à notre soupe quotidienne. Cependant M’zelle Soleil n’a rien de terrible ou d’infernal, elle fait peu de crises, elle est plutôt du genre résistance passive ou elle travaille à l’usure! Elle est enjouée et rigolote. Elle chante tout le temps. Elle ne nous fait pas de violente séance de pleurs. Il est vrai qu’elle est plus effrontée, qu’elle teste plus savamment les limites mais d’un autre coté elle comprend tout ce qu’on lui explique, elle communique. Je remarque que depuis un petit mois, elle éprouve plus de peurs qu’auparavant, elle est plus craintive, j’en prends bonne note.

C’est vrai qu’à partir de deux ans l’enfance commence sa longue route qui l’amènera vers l’état adulte. Le petit ange tombé du ciel devient personne humaine. La magie du nouveau né laisse place à autre chose. Quelque chose que je trouve beaucoup plus enrichissant sur le plan de la relation parent-enfant. Je n’ai définitivement plus l’impression de pouponner, maintenant j’élève, c’est une autre partie du jeu. Un jeu dont j’ai l’impression de comprendre les grandes règles. Mais une fois les règles comprises encore faut-il réussir à les appliquer sur une longue durée. C’est là, je crois, que réside la plus grosse difficulté de « l’Être parent ». Au quotidien, je n’ai pas de troubles à gérer ma petite dynamite bambine. L’enfant a des conditions de vie relativement privilégiées, elle vit peu de traumatismes, elle n’est pas pourrie gâtée mais reçoit énormément d’attention, elle est choyée. Elle est cette petite bouture de nous que je m’affaire à cultiver. J’ai conscience des sacrifices que je fais pour colorer de rose le cours de ses jours. En retour, elle teinte mes émotions de douceur. Je crois que je m’y oublie un peu, j’en perds quelques ambitions, ou alors je les mets en suspension pour me consacrer à ces années premières. Constance, c’est à mon avis la clé de l’expérience parentale. La constance. Ce n’est pas une denrée des plus répandues. C’est une attitude à travailler. Tout un programme…

En ce mois de mars qui tempête, la cerise sur le gâteau de Juan c’est lorsque la gardienne lui explique qu’ils sont si tannés de l’hiver, qu’ils doivent partir dix jours dans le Sud en avril, tout cela après lui avoir expliqué la semaine précédente comment elle ne pouvait plus prendre sa fille comme convenu puisque leurs finances étaient trop justes et qu’ils étaient trop pauvres! Elle devait faire plus d’argent. L’homme était vert. Parfois les gens ne font pas attention lorsqu'ils s’épanchent. Ils n'essaie pas de se mettre à la place de l'autre. Vu que nos moyens sont plus minimes que les leurs, il a eu du mal à ne pas trouver ses raisons bien futiles. Je le comprends même si de mon coté je prends la chose avec beaucoup plus de philosophie. Il faut dire que si j’avais un salaire notre niveau de vie matériel serait autre. Je suis donc plus ou moins responsable de notre situation. J'ai du mal à ne pas me sentir coupable de cette situation. J’ai choisi de rester avec ma fille, je dois en assumer les conséquences. Ma mère me dit : « Mais voyons Etolane, tu sais bien que c’est cela le modèle nord-américain, tu dois avoir la grosse maison, les deux voitures, le 4X4, la motoneige et les vacances dans le sud, si tu n’y arrives pas, tu es pauvre! » Ouais, je traduis dans ma tête, si tu y arrives pas tu passes pour un raté! Pffff! Je me tais pour ne pas entraîner la conversation dans des zones marécageuses mais je réalise que je ne me sens plus honteuse de ne pas adhérer à ce modèle là. J’ai vieilli. Je m’accepte mieux. Ce modèle matériel m’est contre nature! Il y a tant de degrés de richesse et de pauvreté dans le monde, comment ne pas y perdre le nord? Et l’esprit dans tous cela? Et la qualité humaine bordel!?! Je peux comprendre l'épanouissement personnel, je suis à 100% pour la liberté de choix. Je suis heureuse de vivre dans un société où la femme est libre de travailler à sa guise dans tous les domaines qui l'inspirent. Je n'ai pas non plus l'ambition de rester mère au foyer toute ma vie. Je n'ai pas fait des études juste pour le plaisir de chanter des comptines à longueur de journée! Ce choix que j'ai fait de rester avec ma fille comporte maints sacrifices personnels. C'est une étape de vie qui n'est pas finale. La traduction me semble si loin présentement. Il ne me reste que des bribes d'écriture pour maintenir mes neurones à flot. Malgré tout je n'arrive toujours pas à croire aux mirages matériels. Pourquoi toujours en vouloir plus? Est-on jamais satisfait en notre société de consommation? Elle se place où la qualité humaine entre la motoneige et le 4X4?

Elle se dissipe. C’est mon avis personnel, dans ce modèle précis, à moins d’avoir des rentrées faramineuses, la qualité humaine prend souvent le large. Alors arrive tout le tralala de mal-être qui fait perdre la boule aux âmes plus sensibles et qui fait avaler à une bonne partie de la population active toutes sortes de petites pilules magiques. Des petites pilules pour oublier que l’on existe plus qu’à travers le monde matériel. Individuelle tristesse. Tout cela ressemble trop au monde parfait d’Aldous Huxley. Nope, désolée, je n’y arrive pas. Le spleen d’hiver se paie la tête de nous tous ensevelis sous des montagnes de neige. Il ne m'épargne pas. Immatérielle, je m'évanouis dans l'air du temps. Le spleen poudreux d’hiver s’amuse de ma pomme. L’homme bouillonne. Il m’explique qu’il a perdu un certain respect pour la gardienne qui lui avait auparavant expliqué en long et en large comment elle se mettait partiellement à son compte pour profiter de ses enfants et passer plus de temps avec eux. Je soupire devant le spleen qui l’aspire. J'imagine que la gardienne a fini par céder à la pression sociale qui l'entoure. Je ne lui en veux pas. Je peux en comprendre les tourments. Je me demande si Lily ne ressent tout simplement pas ces mélancolies hivernales qui font partie des courants de la vie. Elle se fait plus de films de peur. Elle se tanne comme nous autres d’être encabanée, à sa manière, elle s’exprime.

Mais revenons-en à la piscine. Son prochain cours tombe durant la semaine de relâche, Clo décide de l’emmener à son cours. Et c’est reparti la tragédie. M’zelle Soleil ne veut rien savoir. Elle pleure et refuse toute coopération. De retour à la maison, je la grille sur le sujet, je crois comprendre qu’elle ne veut plus obéir à la dame. Elle perçoit mon mécontentement et fait mine basse. C’est pourtant un charme chez sa gardienne. Une petite fille si bien élevée d’après Manon. J’y perds ma boussole maternelle. Je décide donc d’aller avec elle pour son dernier cours. Mon petit brin de fille fait moins la maligne lorsque je lui explique que je vais aller avec elle, je la vois qui soupèse la situation. Comme je dois aussi aller chez le docteur, je ferai d’une pierre deux coups. Me voilà donc dans la piscine avec une demie douzaine d’enfants accompagnés de leur maman qui connaissent tous ma fille. Je fais connaissance de Rebecca. M’zelle Soleil essaie de refuser les consignes, mais on refuse pas aussi facilement avec la mère qui vous élève et qui y met du zèle! Je me transforme en un mélange de fermeté douce et je la force à suivre les consignes. J’y applique toute ma discipline. Elle s’y plie avec quelques grimaces mais sans comédie. Je la félicite, elle se détend un peu même si elle reste scotchée à ma peau comme une petite sangsue. Je discute avec Rebecca qui m’explique qu’elle ne comprend pas ce retournement de situation, qu’elle était si excellente à ses premiers cours et que d’un coup, le blocage complet! Comme Lily est plus détendue, Rebecca essaie de la prendre pour effectuer un exercice, c’est la panique, l’enfant se crispe et s’apprête à rugir. Je reprends mon petit lionceau en main et je la fais nager à la place de la jeune femme. Je soupçonne ma fille d’avoir une petite dent de lait contre la dame! Une jeune femme presque gênée de la réaction de l’enfant et qui ose à peine l’approcher.

La bulle d’innocence commence à se fissurer au contact des autres. Mon petit bébé deviendra fille. J’en déduis que Rebecca sûrement par inadvertance s’est mis ma puce à dos. L’enfant a eu un coup de spleen. La jeune femme n’y est pour rien, elle fait sa job comme il faut. Mais je suppose que si Lily était si bonne durant les premiers cours, elle ne l’aura pas ménagée, elle l’aura peut-être poussée une fois de trop. Lily n’a peut-être même pas compris ce qu’elle ressentait. Elle s’est juste figée tandis que la fissure faisait craqueler sa petite bulle. C’est la vie. En ma qualité de mère je ne peux empêcher l’innocence de se fissurer. Je peux juste surveiller le processus. Être présente.

Winter Spleen

Ouais c’est pas le tout de pondre un bébé encore faut-il élever la personne qui éclot de l’œuf! Élever l’enfant selon un modèle qui nous sied. Je crains de ne pas élever ma fille dans un modèle courant. Je ne pense pas avoir envie de l’élever selon ce modèle qui consomme et exploite la planète. J’ai le cœur et la tête qui font des heures supplémentaires à réfléchir à leurs fonctions maternelles. Déchirée entre multiples sentiments, je réfléchis. Alors que la neige engloutit tout le paysage, je me laisse accrocher par quelques spleens personnels. Je les combats dans le banc de neige devant chez moi.

Mais j’en reviens à la piscine où nous suivons le dernier cours sans anicroches. M’zelle Soleil accepte de coopérer. Je me vois passer dans un cerceau en plastique avec Lily, rendu là je ne me sens plus à un dévouement prés! Rendu là l’enfant est décontractée. Je la sens même contente d’être là. Elle commence à me montrer ce qu’elle sait faire, je suis fière de la voir patauger sans peur. Je constate qu’en effet lorsqu’elle le décide elle surpasse le niveau de quelques uns de ses camarades! Arrive le temps de recevoir le carnet qui atteste de la participation aux cours et qui donne le droit de passage au niveau suivant. Rebecca m’explique que Lily était bonne et même si elle a passé tous les niveaux, sa performance lors des trois derniers cours ne lui permet pas de passer du stade de tortue au stade de grenouille! Je retiens un certain cynisme. Yep! La vie est ainsi faite. Lily s’en fout comme de l’an quarante, elle est juste contente de recevoir un autocollant et d’être une tortue! Elle a bien raison, elle aura tout le temps de devenir grenouille. Je la félicite. Elle a appris à nager comme un petit chien, à faire la planche, à avancer en battant des pieds, à mettre la tête sous l’eau, c’est assez pour ma satisfaction maternelle! Elle est désormais plus à l’aise dans l’eau et je continuerai personnellement son éducation aquatique cet été. À moins que je ne l’inscrive aux cours du village qui se déroulent quelques matinées par semaine en bord de plage. Ce qui lui permettrait de socialiser et moi de m’isoler pour travailler tranquille. Je pourrais m’installer non loin et reprendre mes habitudes d’écriture sur le sable. C’est à voir.

Je la dépose chez sa grand-mère qui a peine à croire qu’elle n’a pas pleuré de la matinée. Comme je l’ai déjà mentionné, elle ne me fait guère de comédie. Ma mère depuis sa naissance refuse de la discipliner, à elle de s’arranger avec! Comme elle n’a pas à l’élever, cela ne m’inquiète guère, si ma fille décide de faire tourner en bourrique sa mamie, ce n’est pas vraiment mon problème. Au contraire, je trouve cela presque mignon, c’est comme dans les contes où les grand-mères gâteaux sont des havres de plaisir pour les enfants qui doivent filer le reste du temps. Ma grand-mère éteinte s’est retrouvée dans une position où elle a du aussi m’élever mais elle n’en a pas moins été bien gâteau avec ma pomme et c’est sûrement ce qui m’a sauvé le cœur. Cela dit si ma fille passe deux jours de suite chez ma mère, inutile de dire comment je dois serrer la vis au retour! Cela fait partie du jeu j’imagine…

L’autre jour, je suis présente lorsque Lily prend une douche avec ma petite sœur sous le regard gaga de ma mère. L’enfant commence à pousser les limites, s’amuse à ouvrir et fermer les portes, fait la coquine. Au bout de dix minutes, je lui dis que cela suffit. Comme je suis sur place ma mère est dans l’obligation de respecter ma volonté. Elle demande à Lily d’arrêter. La demoiselle éclate alors en pleurs. Je lève les yeux au plafond. L’enfant se réfugie dans les bras de sa tantine qui la console. La grand-mère essaie de la consoler mais l’enfant s’exclame : « Tu m’as fait de la peine Mamie! Ouuuoooiiinnnnn ». J’en reste bouche bée, c’est une première pour moi, je savais pas qu’elle connaissait ce mot et encore moins le concept qui se cachait derrière. Cet enfant me sidère! Je fais mon possible pour ne pas sourire. Je vais voir ailleurs si j’y suis. S’en suit le moment de manger. Je la récupère au vol, elle essaie de se désister mais fermement je l’attrape. Ma mère s’exclame « Alors toi tu peux la disputer et cela ne lui fait pas de peine! ». En effet, avec moi, elle sait les limites à ne pas dépasser et ne s’avise pas d’essayer. J’ai parfois l’impression de jouer à la police mais je me vois dans l’obligation d’utiliser une certaine autorité. Je suis sa mère, depuis sa naissance je me dévoue à son développement, il faut bien que je réussisse quelque part! Je m’en fous d’avoir une maison plus petite que mon « standing », (je m’en fous un peu moins de ne pas aller dans le sud par exemple!), tout ce qui compte c’est que je sois en phase dans ma relation avec ma fille. Et présentement cela roule…

Entre-chien-et-Loup-III

Je constate que le modèle américain n’a pas de guide parental. S’il va de soi pour toutes les choses matérielles que l’on doit posséder. Être un parent compétent n’est pas aussi évident. Les petits monstres sont partout! L’enfant roi règne et se désagrège. La mode est aux émissions qui proposent des doses de réalité parentale dans un monde où les enfants font la loi. Je regarde ces émissions pour mieux comprendre comment ne pas me retrouver dans une telle situation. Au secours! Pas facile d’être un parent compétent de nos jours! Il faut y travailler dur, c’est un emploi du cœur et de l’esprit qui ne rapporte rien d’autre que de la paix et l’harmonie. Des valeurs totalement abstraites. J’ai eu personnellement une enfance comblée sur le plan matériel, je n’ai jamais manqué de rien et j’ai souvent eu plus que la norme. Cependant j’ai connue une enfance émotionnellement rock and roll. Je m’en suis sortie avec quelques séquelles invisibles. Enfin, si l’on devait voir toutes les cicatrices qui se cachent sous nos peaux à l’œil nu combien d’entre nous auraient l’air de frankeinstein? Dans le monde des abstractions humaines l’influence d’un parent est puissante…

Mais je m’égare. Je pose M’zelle Soleil pour sa sieste chez ma mère, je vais faire mes deux heures d’entraînement. Puis je vais chez le docteur faire examiner ce problème intime qui n’est pas grave mais qui demande médication. Au bout de deux heures d’attente à la clinique ma patience commence à s’amenuiser sérieusement. J’en viens à discuter avec mes deux voisines, l’on partage quelques spleens. L’une capitule et finit par s’en aller, égoïstement, je ne peux m’empêcher de penser que cela me fera passer plus rapidement. Dans le coin où je suis, il ne reste plus qu’une dame dans la cinquantaine qui est là depuis aussi longtemps que moi. L’on papote comme des poules dans une basse cour. Elle potine sur les docteurs de la clinique, je m’emporte sur les absurdités humaines! Rendu à sacrer après les milliards que dépense Bush à la guerre, je me dis qu’il est temps de fermer mon clapet. Je divertis la dame qui me dorlote la pomme. Finalement notre tour arrive. La dame est toute contente, c’est son docteur préféré, de celui qu’elle adore et qu’elle m’a raconté les potins, qu’elle a défendu avec verve lorsqu’il m’a un peu énervé à perdre du temps pour aller acheter des chocolats qu’il a offert à une tribu d’enfants. Lorsqu’elle sort de son bureau, elle m’offre un sourire plein de chaleur tout en me tapotant l’épaule. J’entre dans le bureau subtilement sur les nerfs. Déjà que je suis ne suis pas là pour jouer aux billes mais plutôt pour mettre les pieds dans les étriers, je suis un chouïa agacée! Le fameux docteur a une bonne tête, un certain charme. Si je me mets les pieds dans les chaussures de la dame que j’ai rencontrée, je perçois son charme qui au premier abord pourrait m’échapper. Je me fais douce-acide. Nous passons au travers l’expérience physique. Il me prescrit le remède miracle et je peux enfin aller récupérer l’homme et l’enfant!

Je vais chercher l’homme en premier, comme il est passé sept heures, nous décidons d’aller manger à la pyramide non loin de son bureau. Nous arrivons sur le parking complètement plein, tournons un peu en rond pour finalement repérer une femme qui s’apprête à partir, nous la suivons discrètement et attendons. Elle prend tout son temps. Arrive une voiture en face. J’ai un fort pressentiment. Je dis à Juan.

- Fais attention, elle, elle veut te voler ta place…

Il n’y croit pas trop, il me dit que c’est certain qu’elle nous voit et qu’il est évident que nous sommes là les premiers. À peine a-t-il fini de parler que la voiture en question s’engage si vite dans la place qui se libère qu’il en reste sur le c….!

- Tu vois j’tavais dit!!!
- Ben oui…

Je sors de mes gonds en même temps que je sors de l’auto. En flèche. Là c’est trop. Ma coupe commence à déborder. J’invective la dame furieusement tout en essayant de rester un tant soi peu cordiale :

- Oh!oh!Whoooo! Non mais oh! Cela fait dix minutes que l’on est là à attendre, l’on a klaxonné et fait des appels de phares, vous ne pouvez pas nous avoir pas vu!!! Non mais oh! Minute! Y’a quand même une limite de savoir vivre à respecter me semble!!!

La dame sent ma colère vibrer. Elle fait un pas en arrière et d’une petite voix me dit :

- Heu, je vais me reculer alors!
- Oui, c’est une bonne idée! Ne me dites quand même pas que vous nous avez pas vus!!!!

Elle fait mine de ne pas m’entendre et rembarque dans son char. Je suis presque surprise de la puissance de mes nerfs. Je m’exclame en rentrant dans l’auto : « Whooo, je crois que cela fait des années que j’ai pas engueulé quelqu’un de même!!! ». L’homme acquiesce en silence. Je respire profondément.

Le lendemain se lève avec le soleil qui fait une rare apparition entre deux tempêtes. Le temps est doux. Nous sortons faire un tour de banquise avec Lily-Soleil. Manque de bol, la corde de la luge est gelée dans une mare de glace! La petite est à pieds et je ne suis pas disposée à la porter. Nous partons pour une marche santé. Les murs de neige sont bien hauts. Quelques congères se forment, subtil signe de printemps, l’air ne pince pas la peau qui respire enfin. Je réalise à quel point l’hiver nous enferme. J’en profite pour faire à l’enfant une leçon des saisons. Elle sait bien que nous sommes en hiver mais ne sait pas exprimer les autres saisons même si elle en possède le souvenir. Nous arrivons proche du lac. Elle me dit :

- Le lac maman?
- Non pas encore, il faut attendre le printemps. Là c’est encore l’hiver. Mais il est où le lac Lily?
- Zou la neize!!!
- Oui, c’est ça ma puce, pis là tu vois y’a trop de neige on peut même pas s’approcher, il faut attendre que la neige fonde…

Winter Girl

Nous rentrons à la maison, M'zelle est fatiguée, je me sens un petit peu ragaillardie. La petite me demande :

- Pourquoi dodo maman?
- Pour te reposer…
- Pas fatiguée!
- Mais oui, tu te frottes tes petits yeux…
- Oh!

Depuis la veille elle toussote un petit peu. Elle se couche sans problème, elle s’endort sagement mais se réveille une petite heure plus tard en toussotant et en se plaignant de sa gorge. Elle me dit :

- J’atchoum maman
- Oui tu tousses, t’as du attraper une petite grippette. Tu l’as attrapé où don’ cette petite grippe?
- Ben deyors!!!

De plus en plus elle me répond dans le contexte, de plus en plus nous conversons, c’est une bonne sensation. M’zelle Soleil se définit joliment. Elle me fait du bien. Elle me permet de m’accomplir dans ce rôle de maman. Un rôle que j’apprécie pleinement pour l'avoir attendu durant de longues années…

Entre deux tempêtes...

mercredi, mars 05, 2008

Journée de tempête…

Moins 22 degrés dans des vents à décorner les boeufs, une visibilité réduite et toute une panoplie de précipitations pour agrémenter le jour. La matinée a commencé avec une épaisse poudrerie qui a évolué en une pluie verglaçante sur le coup de dix heures, ceci n'a pas duré, la pluie s'est rapidement transformée en un joyeux grésil. Plusieurs heures de ce régime ont passé pour que reviennent de gros flocons qui épaississent maintenant l’atmosphère en pleine révolte…

Les conditions sont si difficiles que toutes les écoles sont fermées. Même l’université a suspendu ses activités pour la journée. Juan est à la maison. À la douceur de notre cocon M’zelle Soleil est aux anges, c’est à peine si elle remarque le mauvais temps qui se déchaîne derrière les fenêtres. Il faut dire que si ce n'est de quelques violentes rafales pour remuer le paysage, tout est bien silencieux. Sauf lorsque j'ouvre la porte durant les heures de grésil pour laisser sortir Chanelle qui trépigne. La grêle qui remplit le jour crée un bruit inusité me fait lever l'oreille. La chienne fait dix mètres avant de revenir la queue basse devant la porte que j'ouvre de nouveau. Les rafales sont glaciales et l'atmosphère crépite. Un temps fou à ne pas mettre un chien dehors!

La musique de Pascale Picard fait oublier les rafales qui nous enferment. Nous en profitons pour faire un bon ménage de fond. J’en profite pour réorganiser le salon et faire virer le sapin de Noël! M’zelle Soleil est moins d’accord avec ce principe, elle minaude un peu. Mais bon, cela fait si longtemps que Noël est passé qu’elle sait pertinemment que le Père Noël fait dodo avec les lutins au Pôle Nord! En fait, personne n’est vraiment triste de voir s’éteindre les lumières colorées, enfin, si, Lily ressent une petite mélancolie qui passe vite au milieu de bordel monstre que je génère. L’homme soupire de soulagement. J’en appelle à Shni mon petit génie de ménage pour m’aider à la tâche. La minuscule créature me sourit du haut de l'étagère. Tout son petit être rayonne. Shni m'inspire un air de propre avant de disparaitre en un pouf de poussière. Après avoir viré le salon à l’envers, salon qui sert aussi de salle de jeu à l’enfant de maison, je me rends à l'évidence. Un brin résignée, c'est avec amour que je réorganise son coin enfantin. Je range et je trie ses choses. Je capitule devant le fait accompli. La salle de jeu a englouti une bonne partie de cette petite pièce qui héberge aussi mon coin bureau! De salon, il ne me reste que le coin sofa (où somnole un chat) devant la télévision! M'zelle Soleil assaisonne le décor d’une bonne dose de saveur familiale, j’en perds mon « design » initial! Je lui arrange un petit bureau à coté du mien, son coin évolue au même rythme qu’elle grandit. Un jour viendra où nous arriverons à rénover l'étage sous nos pieds, ce jour là, je retrouverai un salon à mon essence personnelle. En attendant, il abordera ce petit air de foire d'enfance...

La petite fait sa sieste, l’homme travaille sur son portable, dehors la tempête faite rage. Notre maison de galets est une antre réconfortante qui nous protège des rigueurs de l’hiver. Un hiver intense qui se plait à nous enneiger la face! Cette année est ponctuée de records. Dans notre coin, c’est tout simplement hallucinant comment les maisons disparaissent derrière des blanches montagnes. Il y a tant de neige que la ville de Québec ne sait plus quoi en faire! Les dépôts à neige sont pleins à craquer. Aux nouvelles du mois dernier, un fait inusité, une avalanche dans l’un des dépôts a failli emporter quelques hommes! Il faut prendre des mesures d’urgence, la ville ne sait plus où donner de la tête.

Certains prédisent qu’il faudra arriver au mois d’août pour voir fondre toute trace d'hiver. Vu les quantités accumulées, je veux bien les croire! L’on ne compte plus les tempêtes qui nous ensevelissent, les semaines où il « neigeouille » durant des jours, Juan sacre de plus en plus, il a déjà cassé quatre pelles à la tâche! Que je sois dans ma chambre, dans la cuisine où à la salle de bain, tout ce que je vois dès que je jette un regard par mes fenêtres sont d'imposants monticules blancs! Et même si l’on arrive au terme de la saison, ce n’est pas encore fini, on a pas fini d'en manger. La preuve, le mois de mars démarre sur des chapeaux de roues…

"En général, le grésil se forme avec un système météorologique synoptique (une dépression) où de l'air doux surmonte une épaisse couche froide près du sol. La neige qui tombe dans la masse d'air au-dessus du point de congélation va fondre. Cependant, en repassant dans la couche froide, les gouttes regèlent en granules. On obtient alors des granules translucides qui rebondissent sur toute surface où ils tombent. Le grésil est généralement une période transitoire entre la neige et la pluie verglaçante. (source)"

Journée de tempête…

mardi, mars 04, 2008

Zestes de vie

Hotel de glaceHotel de glace

Le couple que nous étions est devenu une cellule familiale. Nous sommes désormais rodés à cette dynamique parentale qui nous entraine les jours. Nous avons adopté un nouveau style de vie. Le temps n’est plus réparti de la même façon. Les fins de semaines sont maintenant l’occasion de nous retrouver tous les trois, de faire une activité avec l'enfant, les fins de semaines passent toujours à la vitesse de la lumière. Nos instants de couple, plus rares, sont plus précieux qu’auparavant. Nos moments ensemble, tous les trois, sont bourrés de simples bonheurs. Toutes ces sensations familiales me sont nouvelles, je n'avais jamais rien connu de tel.

L’enfant rythme mes cadences personnelles. J'essaie de trouver un équilibre intérieur mais pour l'instant dans la balance de ma vie, c'est la maman qui gagne. La femme cachée sous ma peau prend du recul, elle se fait plus légère, elle s'entraine, elle essaie de se faufiler dans les trous maternels pour affirmer son existence. Elle s'installe de nouvelles routines. Elle combat le spleen. Les fins de semaines sont aussi l’occasion de voir des amis, de se faire une bouffe, de prendre le pouls d'autres quotidiens. M’Zelle Soleil aime bien lorsque l’on reçoit les amis qu'elle charme avec brio, elle en fait toujours une fête mais ce qu’elle préfère par dessus tout c’est lorsque son ado de tante vient passer quelques jours à la maison.

Nous avons passé la fin de semaine dernière en compagnie de mon ado de sœur. Elle est presque femme ma toute petite sœur qui n’était guère plus grande de Lily il n'y a de cela pas si longtemps! Lily-Soleil adore sa tante qui parle "l’Évangile". Clo a quinze ans et tout ce qui sort de sa bouche vaut de l’or pour Lily. Tout comme lorsque Clo était petite fille, elle me regardait avec des grands yeux emplis de pure affection, ma petite puce de maison est en pleine adoration devant sa tante si cool. C’est craquant de les voir toutes les deux. Cela m’émeut. C’est le cycle des générations en pleine action.

Cette fin de semaine, accompagnée de Clo, nous sommes allés voir Persépolis au cinéma. C’est vraiment un très bon film d’animation. Même si je suis pas une adepte du genre je ne me suis aucunement ennuyée. Je n’ai pas rit avec la salle qui s'est esclaffée à plusieurs reprises. Je n’arrive pas à rire des déboires de la femme muselée sous une doctrine voilée qui l’enferme en un vase clos! C’était un petit film de grande qualité empreint d’une belle humanité. J’ai été touchée de plein cœur mais je n'ai pas été amusée. J’ai beaucoup aimé découvrir cette perspective de l’Iran, cette vision si libre et féminine d’un pays qui m’irrite plus qu’il ne m’attire. La grand-mère en cette histoire m’a un peu retournée le cœur. J’ai pleuré avec l’arrivée du générique. Ma propre mère-Grand me manque tant. Je l'ai un peu retrouvée entre deux réflexions. J'ai ressenti la peine de Marjane qui a fait le choix de sa liberté. J’ai essuyé mes larmes dans le noir avant que ne se rallume la salle. Je suis sortie de là un peu chamboulée mais j’ai adoré l’expérience qui m'a remué les sens.


Extrait de
Persépolis


Je ne peux que lever mon chapeau à Marjane Satrapi qui est l'héroïne vivante de ce film animé, elle est de ces femmes que j’admire profondément, de ces femmes qui me font sentir fière d’être femme...

De retour en nos pénates, le lendemain, nous avons emmené Clo et la petite voisine Rafifi faire un tour de palais d'hiver. M'Zelle Soleil adore la glissade longue de soixante dix pieds et toute faite de glace. Une glissade qui alterne ses couleurs à la nuit tombée et qui fait le bonheur des petits et des grands. Je profite de nos excursions familiales pour travailler à mes photos givrées. J'accroche différentes atmosphères de glace. M'zelle Soleil est rendue une habituée de la place. Elle se doit d'aller au moins une fois aux toilettes lorsque nous y allons nous promener. Non, non, les toilettes ne sont pas faites en glace! Mais elles sont bien cachées en un bâtiment mobile, recouvert de neige, qui sert aussi de vestiaire pour les clients du soir qui profitent du spa ou du sauna. M'zelle Soleil en profite pour faire son petit show bambin et faire rougir quelques passants venus se soulager dans une douce chaleur. Elle est assez marrante pour récolter des sourires à la pelle! Je la laisse se débrouiller avec son père tandis que j'apprécie l'ambiance particulière qui se dégage de cet étonnant palais.

L'on se rejoint autour de la glissade. Juan ne sature pas aussi facilement que les autres années. Il se laisse porter par la magie environnante. Il reste encore un gros mois de vie à cet endroit surréaliste. Nous arrivons au bout de la saison. Clo suit la course des fillettes qui s'amusent de bon coeur. On les regarde s'éclater et Juan s'exclame:

- C'est fou comment le bonheur des enfants peut faire le bonheur des adultes!
- Yep, c'est une sensation pas mal puissante mais faut dire que c'est quand même une place féérique...

Glissade de glaceGlissade de glace

Zestes de vie

lundi, mars 03, 2008

Tourbillon mental

Cette année l’hiver est sévère, il nous enterre sous d'innombrables couches de neige, il affirme sa puissance. Les prévisions de la semaine à venir? Aujourd'hui un zeste de pluie verglaçante, mercredi une tempête! Hier, Juan a déneigé le toit. Résultat, je ne vois plus par mes fenêtres que des bancs de neige! La maison est engloutie sous l’hiver en poudre qui nous blanchit. Si la saison m’enlève en un désert d’une blancheur immaculé, il n’en parvient pas moins à me faire suer. Heureusement qu’il y a ce palais de glace pour m’émerveiller les sens engourdis…

Je déteste l’idée de vivre dans la peur. Pourtant il arrive que la peur s'insère en mon coeur et me fasse tourner en bourrique givrée. Ainsi j’avais dans l’idée de commencer ma dernière chronique d'enfance avec ce vidéo que j’avais préalablement mis en ligne. Mais ce petit commentaire posé peu de temps après m’a autant énervée qu’inquiétée : « Est cute ta petite princesse, fait juste attention au P… Qui sircule sur le net stp. »


Là je vais voir sur le compte du bonhomme, un bonhomme bien flou en son profil et j'en viens à me demander si ce n'est pas les pé… en personne qui laissent ce genre de commentaire? Je ne crois pas qu’il vient ce genre de pensées aux gens dotés d’un esprit sain. Tout cela me trouble. Déjà que l'hiver me donne une petite allergie informatique, voilà de quoi me faire tanguer les émotions! Mon esprit commence à rouler, rouler, rouler…

La mère poule en moi se réveille, elle continue de me faire tourbillonner les idées. D’un coté il y a cette volonté personnelle de défier la peur et de l’autre il y a la peur qui chuchote ses menaces de danger. Cela m’énerve profondément. J’aime me laisser inspirer par mon petit bout de fille, j’aime aussi l’idée de documenter sa petite enfance, cultiver de mes mots ces instants précieux. J’aime l’idée de partager sa lumière. Il y a tant de noirceurs humaines qui s'étalent en toute impunité, pourquoi ne pas cultiver nos lumières pour mieux contrer les désespoirs de notre espèce?

Pour en avoir eu des échos, je sais que M’zelle Soleil éclaire le cœur de plusieurs lecteurs qui s’attachent à elle et qui ne lui souhaite que du bien. Je ne vois pas en quoi ceci pourrait être condamnable. Au contraire je trouve cela plutôt émouvant. Mais il y a la peur qui fait voir les ombres, des ombres pour assombrir mes pensées claires. En mon fort intérieur, je refuse de m’empêcher de vivre comme j’en ai envie simplement parce-qu’il existe des esprits pervers sur Terre. De plus, la plupart des recherches qui aboutissent chez moi sont des plus inoffensives. Elles me font régulièrement sourire et jamais frissonner. Quelques exemples types :

- Ils se rencontrèrent un peu par hasard, au détour d'un message égaré comme on jette une bouteille à la mer.
- Dans les couloirs de neige pour essayer d’attraper quelques images gelées.
- Mon esprit est saturé j'ai besoin d'air
- Écriture personnelle sur l'amour

Il y a parfois quelques égarés de ce genre mais ceux-ci sont très rares. C’est aussi pour ne pas nourrir les moteurs de recherches de ceux qui n'ont rien à faire chez moi que je m’arrange consciemment pour ne pas utiliser (ou le moins possible) certains termes plus crus ou tendancieux qui pourraient porter à confusion et mener quelques prédateurs en ma direction. On n'est jamais à l'abri mais l'on peut quand même faire attention. De même lorsque je m’érotise les mots, je m’arrange pour que ne point vulgariser afin de ne pas attirer des individus indésirables en cet endroit où j'utilise ma vie comme laboratoire. Même s'il m'arrive d'être plus laxiste de temps à autres, avec les années, je me suis instaurée une certaine censure en ce qui concerne certains termes ou tournures. C’est une façon de me protéger.

Ma maîtrise des mots me permet une bonne liberté d'action et je n’ai pas l’impression de mettre ma bulle quotidienne en danger. Je cultive le flou lorsqu’il s’agit de données personnelles pour cette même raison. Je suis tout à fait consciente des dangers de la Toile. Je suis plus lucide que naïve. Je vais parfois me promener dans des quartiers malfamés. Je ne suis pas non plus une poule blanche. Mais pour ce qui est de mon jardin virtuel, j’apprécie une certaine sécurité. Je pense que ma formule est efficace puisque qu’après plusieurs années d’existence virtuelle je ne me suis jamais sentie réellement menacée. J’y ai plutôt fait de belles rencontres et j'y trouve une beauté humaine qui me touche l’âme en peine.

Cependant avec M’zelle Soleil qui grandit, la mère poule qui s’installe dans ma tête questionne ma formule de base. Mon esprit roule, cahute, bloque, débloque. J’en viens à me demander si je ne devrais pas arrêter tout net d’écrire autour de ma fille, arrêter de la partager publiquement, arrêter de me laisser charmer par son image. Je tourne en rond de glace. Il y a l’essence de moi-même qui se chamaille avec l’angle maternel de ma pomme. Les deux poulettes se bataillent en ma tête. L’équilibre se rompt et je bloque mes mots! L’angoisse se faufile par la brèche. La volonté de ne pas céder à la peur l’emporte. L'amour est un sacré carburant, petit à petit le brouillon du dernier billet publié se travaille en mes coulisses de Toile. Une nouvelle chronique prend forme et je chasse la peur pour laisser passer quelques rayons de lumière par la fenêtre de mes mots illustrés. Mon esprit, par exemple, n'en finit plus de cogiter...

Tourbillon mental

jeudi, février 28, 2008

Chroniques d'enfance et de parentitude

Lily à l'hotel de glaceEn famille

Les enfants s’imprègnent de ce que nous sommes. Je suis convaincue qu’il ne peut y avoir de faux semblants dans la relation qui se crée entre le parent et l'enfant. Lorsque j’étais petite je me souviens à quel point je remarquais particulièrement ces adultes de l’école : « Faites ce que je dis et non ce que je fais », je trouvais cela tellement lamentable, il ne m’en fallait pas plus pour que je ressente l’envie de refuser tout ce qu’ils pouvaient essayer de me dire! Lorsque je n’étais pas encore adulte, j’avais tendance à penser que le monde des adultes était lamentable, ce qui ne m’aidait pas à entrer dans leur ronde. Maintenant que je suis adulte, je préfère faire plutôt que dire. Il ne sert à rien de paraître, tout est dans l'être.

En vieillissant j’ai appris à me taire. Juan, lui a appris à répondre. Juan était un enfant couvé à l’os, un enfant bien plus soumis que moi qui poussait comme une herbe folle, c’était un enfant qui ne détestait pas le monde des adultes et qui avait hâte d’y entrer pour s’affranchir de l’influence pesante de ses parents. Maintenant nous voilà parents, nous sommes de l’autre coté du miroir, nous avons un enfant à élever, ensemble. Nous ressentons tous les deux la lourde responsabilité que cela implique. La route est longue jusqu’à ce que l’enfant devienne adulte, nous n’en sommes qu’au début du chemin. Maintenant que M’Zelle Soleil parle, l’on est entré dans une nouvelle phase d’apprentissage parental. Pour l’instant cela roule doucement. Ce n’est pas toujours évident mais ce n’est jamais désespérant. Nous maîtrisons les élans rebelles de notre rejeton avec amour et attention. L’enfant grandit sagement. Je me raffermis subtilement. Nous faisons front. Pas de crises pour se coucher, pas de caprices à toutes les trois minutes, Lily-Soleil a une capacité d’obéir qu’elle apprend à gérer. Tout comme nous apprenons à gérer l’entité parentale que nous formons...

Lily-cuisine-IILily-cuisine-ILily-cuisine

La chose qui me saute le plus aux yeux est combien elle absorbe tout ce que nous sommes. J’imagine que le fait qu’elle est de notre sang n’y est pas pour rien! Elle imite, elle répète, elle mimique. Elle a de ces tons qui me sont comme des reflets de moi-même. Les chiens ne font pas des chats disait ma grand-mère! Elle est capable de m’imiter comme un vrai petit clone, elle me met alors ma personnalité dans la face! Je ne suis plus unique. J’ai désormais une petite bouture qui pousse à mes cotés. C’est toute une expérience! C’est un défi que j’accepte de relever. Essayer de bien cultiver cette petite plante de femme. Depuis quelques semaines elle a l’art de répondre à des petites choses avec une insolence toute innocente! En quelques jours, cela en devient si flagrant que je ne peux m’empêcher de dire à Juan :

- Hum, je savais pas que l’insolence était génétique!!!
- Ah! tu as remarqué toi aussi! me répond-t-il sur le champ
- Yep…
- Ouais, va falloir qu’on fasse de quoi car c’est une attitude que j’ai du mal à supporter! D’ailleurs heureusement que je t’ai eu sur le tard parce que j’aurai pas été capable!
- Hé ho! Je suis pas si pire! Pis j’avoue, je peux pas m’empêcher de trouver cela quand même cute!!!
- Hum, cela ne m’étonne pas…

Les jours qui suivent me font prendre les choses en mains, je ne laisse plus passer cette attitude sulfureuse. Je pose une limite qu’elle comprend vite. Je ne laisse plus passer aucun affront. Et puis bon, il ne faut pas non plus trop niaiser la mère, je reste maître de la situation, il est encore un peu tôt pour que l’élève surpasse le maître. Mais je m’attends à qu’elle me surpasse une fois adulte. N’est-ce pas là l’objectif premier lorsque l’on devient parent. Espérer que l’enfant soit meilleur que nous? Espérer que l’enfant atteigne le meilleur de lui-même? Accepter les leçons que l'enfant a à nous apprendre pour qu'il accepte celles que l'on doit lui inculquer. Cela dit, j’ai savamment appris à contrôler mes insolences avec l’âge. J’essaie désormais d’utiliser cette attitude à bon escient. Je la transforme en endurance. Je sais aussi combien mes insolences étaient à l’égal de mes souffrances. Si j’en crois mon expérience, moindres seront ses souffrances, plus légères seront ses insolences. J’y vois le poids de mes responsabilités. Je conçois que le chemin parental est long et semé d’embûches, mais il y a aussi de belles clairières où l’on peut pique-niquer en paix. Il y a tous ces petits bonheurs du quotidien qui me nourrissent l’esprit, qui m’apaisent le coeur. À chaque fois qu'elle me dit de sa petite voix douce « Ze t'aime maman », je fonds comme de la tire d'érable au soleil. Je reste plus dubitative lorsqu'il lui prend l'idée de m'appeler par mon prénom! Elle s'imprègne de nous comme je m'imprègne d'elle. Elle ne peut se passer de nous et je ne pourrais plus me passer d'elle...

Lily soleil potine

Nous réalisons à quel point elle s’imprègne de ce que nous sommes. Je crois que que c’est par l’exemple que l’on doit prêcher notre bonne parole. Dans la relation parentale l’exemple tient lieu de langage. Les paroles ne sont là que pour aider à la communication, pour éclaircir les incompréhensions, pour partager les émotions et pour divertir l’ennui des trop longs silences. Mais c’est de nos exemples qu’elle apprendra le plus. C’est de ce que nous sommes qu’elle tirera ses propres leçons. C’est là que se situe tout notre challenge. Trop souvent j’ai eu l’impression d’apprendre par contre-exemple. Les adultes qui côtoyaient mon enfance avaient une fâcheuse tendance à "dysfonctionner". D’ailleurs c’était plus ou moins la norme, peut-être était-ce l’époque. Les années 70-80 étaient quand même un peu folles. L'humanité en pleine mutation technologique était un peu déboussolée. Enfin les années 2000 sont aussi pas mal tarées.

Pourtant je veux croire que le bon sens est universel et intemporel. Le bon sens devrait nous être enseigné plus clairement. Parfois j’ai l’impression que le bon sens n'est pas toujours inné au genre humain. Il est plus développé chez certains mais cela reste un apprentissage en soi. Le bon sens est essentiel à l'éducation d'un enfant. Pouvoir développer avec mon enfant une saine relation qui traverserait les épreuves du temps, construire une relation enrichissante, fait partie de mon bon sens personnel. C’est à cela que je travaille en ma position de parent. C’est une tâche que je soupçonne des plus difficiles…

Alors je fais mon possible pour savourer ces années bonbons avec mon enfant délice. Je savoure chacun de ces petits moments complices, de ces petits moments d’échanges et d’affection, j’essaie de créer un véritable lien qui tissera une corde solide. Je prends soin d’apprécier les qualités de mon brin de fille, de les valoriser tout en ne détournant pas le regard devant ses défauts qui finiront par s’installer tout comme pour chaque humain. (Bon, elle a quand même peu de défauts, pour l’instant, c’est un véritable petit ange.)

Depuis quelques jours le « pake » (parce-que) est à la mode de chez nous. M'zelle Soleil se lance dans de longues tirades, prend de grandes respirations inspirées et explique :

- Heu, c’est pake, blablablablabla…

« Pake » par ci, « pake » par là, c’est un mot qu’elle consomme sans modération! Cela faisait déjà quelques semaines que le « poupoi » (pourquoi) faisait partie de ses conversations, il ne manquait plus que le parce-que à cette danse de notre langue qui la materne. Elle s'affirme et s'individualise. Elle commence à raisonner. Elle devient si autonome qu’elle me remet régulièrement à ma place. Je ne compte plus le nombre de « Non, c'est mouaaaa....» que je peux entendre en une simple journée! Ce n'est pas le genre d'enfant qui se laisse étouffer, c'est plutôt le genre qui revendique son indépendance au fur et à mesure qu'elle l'acquiert! Le genre qui semble désirer acquérir le plus d'indépendances possibles!

Je remarque, avec une certaine satisfaction, qu'elle est polie, elle dit « maissi » bien joliment, c'est craquant! Elle sait bien placer ses « steuplait » même si je la serine régulièrement, elle semble facilement comprendre le principe de « padon ». Je regarde l'homme d'un œil noir lorsqu'il sacre. Elle voit mon regard silencieux et se dépêche de répéter le mot dont elle sent l'interdit. De mon coté, j'essaie d'avaler le plus possible mes « Fu.. » pour lesquels j'ai une petite prédilection.

Mon brin de fille est quasiment propre, elle porte de ces couches qui font fonction de culottes mais elle va régulièrement aux toilettes, toute seule ou accompagnée. Souvent je lui mets des culottes de toile pour transiter tranquillement vers une vie sans couches. Lorsqu’elle sait qu’elle n’a pas la protection de la couche, elle fait de la résistance. Je la vois qui se papouille le minou, qui se dandine sur place. Je lui demande :

- Tu veux aller faire pipi?
- Non! pas faire pipi!!!

Me répond-t-elle avec vigueur! Si elle continue son petit manège, je réitère ma question qui a inévitablement sa même réponse négative. Je sais que si je ne la force pas, il y aura dégâts. Alors je la force gentiment et l’accompagne sur le bol. L'effort ne rate jamais, elle se soulage toujours avec bonne humeur, je la félicite et c’est reparti pour un tour. Par contre, elle ne fait plus de grosses commissions dans ses couches et ceci est un vrai bonheur! Parfois elle demande et d’autres fois je la vois pousser et l’emmène illico sur le trône! Elle sait se déshabiller seule. Quand elle va seule faire ses besoins, je ne peux m’empêcher de lui demander :

- Est-ce que tu as besoin d’aide?
- Non, yé pas bechoin d’aide maman!


Ah! D’accord! Me dis-je en mon fort intérieur avec un petit serrement de coeur. La poulette de mère en mon sang frissonne. Je prends note. Je la laisse faire à sa guise. Elle se renculotte toujours comme un deux de pique mais elle est super fière de devenir grande. J'essaie d'accrocher en ma mémoire tous ces moments de petite enfance chérie.

Elle me fait sourire lorsqu’elle s’exclame « Oh! My God! » d’un ton ultra surpris. Les enfants s’imprègnent définitivement de ceux qui les pondent. Elle n’est pas nous. Elle est un petit être indépendant qui devra se construire sur plusieurs décennies. Elle n’est pas nous mais Dieu qu’elle vient de nous! Elle nous reflète comme un miroir d’être, elle s’imprègne de nos eaux comme une éponge à la mer et à travers ses jours nous nous immortalisons un tout petit peu.

Lorsqu’elle se réveille de ses siestes, c’est le temps des câlineries, curieuse comme je suis, je ne résiste jamais à creuser le sujet qui m’intrigue « As-tu rêvé? ». Pour l’instant je ne récolte rien de pertinent mais je sais qu’il s’y cache des trésors. Cependant elle me dit maintenant que son bébé rêve quand il dort! Elle fait souvent des cauchemars, elle ne sait pas encore les exprimer. C'est un grand morceau de fille. Souvent l'on s'étonne de sa taille, les gens disent qu'elle a l'air d'avoir au moins trois ans. Lorsque je rétorque qu'elle en a à peine deux, c'est toujours la même surprise. C'est vrai qu'elle pousse comme un champignon mignon...

Lily Zoue...

L’autre jour alors qu’elle se réveille dans mes bras, elle me chuchote des mots tendres au creux du cou, elle s’enrobe de nos silences. Elle se colle contre mes seins, je lui fais des petits bisous, elle me serre de ses petites mains potelées puis, soudain, elle me lance comme un cri du cœur.

- Maman, ze veux zanter!
- Tu veux chanter?
- Mouuuiiiii…
- Mais tu peux chanter quand tu veux…
- Nooonnn…
- Tu peux pas chanter quand tu veux?
- Nonnnn… Ze veux chanter maman!
- Heu, alors on t’achètera un micro
- Non, pas micro, ze veux zanter…
- Tu veux chanter quoi?
- Ze peux pas zanter!
- Pourquoi tu peux pas chanter?
- Y’a plus de place!!!
- Y’a plus de place pour chanter?
- Non, y’a plus de place pou moi.

À ce moment de la conversation que je commence à trouver surréaliste j’essaie désespérément de comprendre son problème qui m’échappe. J’ai beau creuser le sujet, je n’arrive pas à mettre le doigt sur la chose. Tout ce que j’apprends c’est qu’elle veut chanter mais qu’elle n’a plus la place!!! Un mystère que je ne résoudrais pas cette semaine! J’en parle à son père alors qu’elle est couchée. Je lui dis :

- Pis qu’est-ce que tu veux que je lui réponde! Je sais même pas si elle a une voix! Elle commence à peine à parler, comment on peut savoir si elle a une voix! Je peux pas lui mentir! Enfin si elle a pas de voix pis qu’elle veut chanter, il lui faudra être un bon auteur-compositeur!!!

Juan est mort de rire. Il me voit m’emporter, m’inquiéter, il s’amuse de mes instincts maternels qui bouillonnent. Le lendemain midi, il me dit :

- Tu sais la première phrase qu’elle m’a sortie en se levant ce matin?
- Heu non…
- Je veux chanter papa!!!
- Ah! Tu vois…

Deux jours passent et elle me sort de but en blanc « Maman Etolane ze veux zouer de la guitarrrr ». Bon! Je me dis qu’il va falloir que j’incorpore davantage la musique à nos activités. Il va définitivement falloir que je me plie à chanter ces chansons niaiseuses qui ne font rire qu’elle. Il n’y a en a qu’une que j’affectionne vraiment. Celle qui parle d'un petit bateau sur une rivière qui tombe à l’eau! Les autres, à grosses doses, me lobotomisent facilement le cerveau!

Depuis quelques jours, je lui apprends de nouvelles chansons. Je reste pas mal classique pour l'instant. Je commence à lui montrer les émissions de télévisions pour enfants, de celles qui passent de grand matin, j'accepte de la laisser regarder " les bonshommes" comme on les appelle. Je me les tape souvent avec elle! J'ai les neurones coincés à un carrefour de marionnettes! De façon générale, je lui refuse encore l’ordinateur. Enfin je lui ai quand même téléchargé un jeu de Dora, au moins c'est éducatif mais c'est juste à l'essai alors je lui offre au compte goutte! C'est fou comment l'écran l'absorbe, cela me trouble. Je sais que je ne pourrai pas tenir encore longtemps.

Présentement je lui propose un livre et cela marche encore. Nous nous plongeons dans les pages en cartons et nous discutons des images que l'on découvre. Ce sont de bons moments passés ensemble. Ce sont des petites briques à notre fondation. En ce moment, ce qui me fait craquer, c’est de l’entendre fredonner cette chanson de Brassens à ses poupées. Une chanson que son père lui chante régulièrement depuis le temps où elle était dans mon ventre. La première chanson qu’il lui a chanté lorsqu’elle est sortie de mon ventre. Une chanson qui vit désormais en elle…

Lily zoue de la musiqueAnnées délices

M'zelle Soleil sait de mieux en mieux ce qu'elle aime et n'aime pas, elle le vocalise de plus en plus souvent. Elle commence aussi à exprimer quelques peurs. Plus souvent elle se colle à nos jambes en murmurant d’une toute petite voix: « Z’ai peur… ». Son père est magique, il dissipe ses frayeurs d’un coup de charme masculin. Pour moi c’est plus difficile, faut que j’explique, que je câline et que j’explique toujours et encore. Ce qui est drôle c’est lorsque je la vois ensuite expliquer à son bébé qu’il ne doit pas avoir peur, présentement sa plus grande hantise se trouve dans les motoneiges.

Tout a commencé le jour où l’on prenait une soupe au Tim Hortons et qu’a débarqué un homme de sa motoneige garée dehors. D’un coup, j’entends un cri strident et je vois ma fillette courir vers son père comme si elle avait le diable aux trousses! Durant une demie seconde, je manque presque de défaillir tant son émotion me transperce. Je lève aussitôt mon regard pour apercevoir tout de noir vêtu, un beau spécimen mâle flamboyant sous son casque aussi noir que les ténèbres. Lily-Soleil le regarde et elle hurle. À travers ses yeux, je comprends sa peur, à travers ses yeux, le bonhomme peut presque avoir l’air d’un démon tout droit sorti de l’enfer. C’est fragile les yeux d’un petit enfant! L’homme enlève son casque. C'est un joli garçon dans la vingtaine qui me sourit. Et commence mon explication de comment le « monsieur est gentil, qu’il est en habit de motoneige, qu’il ne faut pas avoir peur, que c’est juste un gentil garçon, c'est juste parce-qu'il fait de la motoneige mais c'est un garçon tout comme les autres ». Le pauvre est embêté de faire ainsi frissonner l’enfant qui se terre dans les bras de son père. Il essaie de s’approcher pour lui parler mais elle se cache le nez au creux de l’épaule de Juan en frémissant.

L’on va manger notre soupe chacun de notre coté. Elle nous explique comment elle a peur, nous lui expliquons qu’il ne faut pas avoir peur. Le garçon se rhabille pour partir, elle manque de hurler de nouveau. Nous lui expliquons le principe alors qu'elle l'observe partir sur sa motoneige, pas rassurée pour deux sous mais essayant d’accepter le fait que cette bête là n’est pas méchante!

Depuis ce premier épisode de terreur, chaque motoneige ou motoneigiste qu’elle rencontre ne lui inspire absolument pas confiance. Elle se recule le plus loin possible de la chose ou de la personne. Une expression de terreur se dessine sur son visage, elle fait de son mieux pour ne pas hurler mais fait bien pitié à voir! Ce n’est pas la petite fille qui se fera embarquer de sitôt sur une motoneige!

Quelques semaines plus tard, l’homme me raconte le tour qu’il lui a joué pendant qu’ils faisaient les courses. Elle ne l’écoute qu’à moitié et cela l’énerve, plutôt que de la disputer, il voit arriver un groupe de motoneigistes à l’horizon. Il ne lui dit rien, il ne la prévient pas, il lui demande de le suivre et la voit filer en sens inverse tout droit sur les gens qui viennent à peine d’enlever leur casque. Il me dit que dès qu’elle les a vus, elle a crié de peur pour revenir à toute vitesse entre ses pattes!

- Mais quand même tu aurais pu lui éviter la terreur!!!
- Ben quoi, elle n’en faisait qu’à sa tête, ça l’a maté un coup! Elle voulait rien écouter! Je te dis qu'après ça elle filait toute seule! Elle était calmée!

Je grommelle en réprimant la mère poule en moi qui menace de l’étrangler. Les papas sont définitivement moins sensibles que les mamans. Un papa cela joue plus facilement avec la flamme qu’une maman! Enfin comme son papa est quasi parfait, je ne l’étrangle pas et je me contente de grommeler dans mon coin. Je regarde les motoneigistes avec son angle de petite fille apeurée et je les vois définitivement plus féroces qu’avant! Faut dire qu’à la base, je ne suis pas une groupie de motoneiges. Mes aversions envers le concept sont plutôt écolos mais d’une façon générale jamais je n’ai été attirée par ces machines trop bruyantes. Les chiens ne font pas des chats disaient ma mère-grand…

J’ai toujours l’impression que le temps s’accélère à ses cotés. Je crois que c’est parce-qu’elle change si rapidement. Depuis sa naissance, chaque mois amène quelque chose de nouveau qui la fait évoluer. Le fait qu’elle soit en constant changement me donne l’impression que le temps passe plus rapidement. À peine a-t-on le temps de s’habituer à quelque chose que, pouf, on est déjà passé à un autre stade d’enfance! Je suis bienheureuse qu'elle traverse avec charme ses phases d'éveil mais j'ai tant aimé la période "des 18 mois".

J'ai adoré participer à cette minuscule enfance d'où éclot le bambin. C'est une période à saveur de miel qui est ancrée au meilleur des mes émotions. Mais c'est déjà une période révolue. Elle est aujourd'hui plus fillette que bambinette. Avec le langage qui s’installe et se maitrise l’on passe encore à une vitesse supérieure. M'zelle Soleil grandit et je vieillis.

Les années délices semblent passer bien vite. J'espère que l'adolescence ne nous sera pas trop rude! Je suis sure que d'ici là bien des clairières de douceur nous attendent. Avec les enfants, le bonheur est un concept en constante évolution. Il faut savoir lâcher prise tout en gardant bien la barre de notre bateau. Lâcher prise. Un concept qui ne plait guère à la mère poule qui caquète dans ma tête! Un concept qui réveille mes indépendances. Un concept qui s'articule avec l'idée d'un petit frère ou d'une petite soeur. Et cette articulation familiale fait fuir mes indépendances en attente d'épanouissement personnel. Je flotte entre deux états d'âmes. Avec le temps qui s'accélère j’ai l’impression de mûrir à vitesse grand V! Ouf, cela me fait un peu peur, je ne veux pas flétrir trop vite!!!

Grâce à ces concoctions d'écriture et d'images que je mijote en ma cuisine virtuelle, j'accroche des capsules d'enfance au temps qui défile...

Lily chou

Chroniques de petite enfance

mercredi, février 27, 2008

Trucs de Toile

La nuit passée a saupoudré la forêt de neige fraiche. Avec l'après-midi qui prend possession du jour une fine poudre d'hiver se bat avec des rayons de soleil. Lorsqu'il pleut et qu'il fait soleil, l'on peut découvrir un arc-en-ciel, mais que peut-on découvrir lorsque la neige côtoie le soleil?

Il y a de cela quelques temps, j'ai reçu la tag qui roule dans la blogosphère de Maman Gourmande, alors pourquoi ne pas y répondre aujourd'hui? M'zelle Soleil fait sagement sa sieste et j'ai autant d'énergie mentale qu'une tortue à la course. J'ai aussi en attente des centaines de photos de l'hôtel de glace, à trier, à ranger, à triturer...

Le soleil retourne dans sa planque d'ivoire et la poudre de neige se transforme en jolis flocons qui flottent dans l'air frais. Cette année, l'hiver ne nous aura pas fait faux bond! Voici donc une façon comme une autre de contrer mon ennui de saison tandis que je combats une petite affliction physique qui me suce mes dernières énergies. En attendant que passe la fatigue, voici un billet qui ne me demandera pas grande concentration. Pour m'amuser un peu du concept, je prends l'angle de mes tics virtuels, mes trucs de toile. Ceci donne un billet ultra léger qui dévoile quelques-unes de ces habitudes artificielles qui me possèdent...

Voici les règlements de la tag:

1- Mettre le lien de la personne qui vous tag 2- Mettre les réglements de la tag sur votre blog 3- Mentionner six choses/habitudes/tics non importants sur vous-même 4- Tagguer six personnes à la fin de votre billet en mettant leurs liens 5- Aller avertir directement sur leurs blogs les personnes taguées

1. Depuis plusieurs mois (si ce n'est années), je ne peux m'empêcher d'aller régulièrement avaler les conneries de Perez Hilton. À grosses doses, ce site est dangereux pour la santé mentale, il peut provoquer des sensations aussi futiles qu'inutiles! Alors j'essaie de me limiter dans ce tic de Toile qui m'habite (comme des millions d'autres si j'en crois sa popularité). J'essaie régulièrement d'arrêter, je fais des pauses, je n'y vais plus durant quelques semaines et plouf, je finis toujours par replonger! Perez, c'est mon péché virtuel!

2. Depuis plusieurs années, je regarde Big Brother, cette année je suis tombée sur des chaines YouTube consacrées à cette émission qui me fait penser à une sorte de laboratoire où l'on peut étudier certains comportements humains. Sur YouTube, l'on peut retrouver au quotidien des extraits du "Live Feed" payant qui suit à la seconde les participants. C'est une marmite diabolique, (en plus cette année c'est piquant de sexe) du véritable voyeurisme! Mais c'est si croustillant que même Juan est capable d'y jeter un oeil! Avec le creux de l'hiver, je suis tombée un peu dedans mais là je m'en sors, je me restreins. À grosses doses, c'est quand même un peu trop écœurant...

3. J'aime bien découvrir de nouveaux sites en farfouillant la blogosphère à droite et à gauche, je suis ouverte pas mal à tout, rien ne me surprend, (ceci me permet aussi de nourrir MediaTic) mais parfois je perds mes repères, j'oublie mes liens en cours de route et cela m'énerve... La blogosphère est devenue si gargantuesque qu'il est impossible de ne pas s'y perdre. Cependant en ces temps d'hibernation je ne peux m'empêcher de trouver toute cette virtualité bien abstraite. Je me demande bien où tout cela nous entraine, humainement parlant. Est-ce le début d'une nouvelle ére?

Comme c'est un billet ultra léger, je déroge à la règle de six pour appliquer celle de trois. Trois habitudes pour passer le relais à trois blogueuses que je connais depuis des lustres virtuelles: Candy, Beo et Dr Caso ...

Trucs de Toile

lundi, février 25, 2008

En mutation

Plumes-glacées

Ma "mamamitude" me permet de me distancer de la machine, que j’avais si bien apprivoisée, comme je n’aurai pu l’imaginer. Je me déconnecte les idées. En prenant du recul, je macère sur le fait que l’ordinateur est désormais bien incrusté en nos vies quotidiennes. Je repense à mes vingt ans, à cette époque passée, libre de technologies virtuelles. Je remarque que de plus en plus de gens sont branchés à la machine. Je me rebelle. Plutôt que d’écrire un courriel, je prends mon téléphone et je passe un coup de fil.

Je réalise à quel point, depuis quelques années, je n’utilise plus le téléphone, l’ordinateur est devenu l’élément de communication central, c’est un vortex puissant. En reprenant contact avec la voix de l’autre, je retrouve une certaine chaleur humaine qui fait du bien à mon moral enterré dans le banc de neige devant ma porte. Du coup, je passe une série de téléphone plutôt que de me « ploguer » sur l’écran pour échanger virtuellement. L’hiver m’enserre de sa couverture glacée. Ma tanière est confortable, j’y suis bien tranquille. Je me réfugie sous mes draps. Je sens mes envies d’ermite remonter à la surface de ma couette. Je travaille à mes peines. Je travaille à ma pomme. Je travaille à des concoctions d’écriture que je laisse mijoter à petit feu.

Ice-Hotel-Atmosphere

J’hiberne à plein régime. Je développe cette petite allergie informatique qui m'étonne. Plus j’hiberne et plus la machine s’éloigne de mes jours. Je laisse faire la nature. Je me concentre sur ma petite puce de maison qui me fait tourner le cœur. Je m’enrobe de mes solitudes. Je jette un œil par mes fenêtres de givre, j'y vois de la lumière.

Enterrée dans mon banc de neige je mue en silence. L’homme en prend conscience, il m’en fait part, j’acquiesce entre deux grimaces. Il m’entoure de son amour. Il transforme mes grimaces en sourires. L’on se love en un doux cocon tissé d’attentions. Je me libère de mes toxines en m’entraînant le corps avec diligence. Mes muscles, de plus en plus durs, sculptent ma chair. Je souffre de devenir belle. Il me le chuchote à l’oreille. Je me décomplexe. Je fais monter les désirs de l’homme qui remarque un petit air de printemps dans un rayon de soleil. Je lève la tête vers le ciel. Je crois bien qu’il a raison. Mon hibernation devrait bientôt tirer à sa fin. Déjà le banc de neige s’amincit subtilement, il s’érode sous les promesses d’une nouvelle saison. Une nouvelle saison qui fera fondre le banc de neige où je me réside…

Macro-Ice

"La peau d'un lézard est constituée, comme chez les mammifères, d'un derme et d'un épiderme. Cependant, la peau des reptiles ne se régénère pas continuellement comme celle des mammifères. Le lézard mue pour restaurer sa peau et pour grandir, car il ne peut grandir dans une peau qui devient trop petite. La mue commence souvent par le corps et finit par la tête ou la queue. Il ne faut jamais tirer sur les lambeaux de peau pour accélérer la mue, car cela peut entraîner des lésions au lézard. L'idéal est de laisser la nature faire. (source)"

En mutation

jeudi, février 21, 2008

Brève lunaire

Hier nuit, la lune s’est éclipsée dans l’ombre de la Terre. L'atmosphère était glacée. Malgré quelques frémissements obscurs, je n'y ai pas vu de loup-garou sur le point de me croquer. En une étrange clarté la lune s'est cachée la bouille pleine. Sur fond d'étoiles j'ai admiré son petit manège. Elle m’a alors chuchoté « Va aimer ». Troublée, je l'ai écoutée. Comme une chatte énamourée, j’ai passé le message à Juan, il était enchanté.

Brève