jeudi, juin 28, 2007

Lilounette au camp nautique

En ce moment, dès que j'ai un peu de temps, je travaille bénévolement pour le compte l'association de préservation du lac. Je rédige, je fais des entrevues, je prends des photos, j'enquête en vue de futurs articles, je tiens le site à jour, je vais à quelques réunions municipales. Ainsi, dans le cadre du programe de révégétalisation des berges, j'ai assité cette semaine, en compagnie de mon petit soleil, à une activité toute écologique et enfantine.

Une matinée dédiée à l'environnement, Lily-Soleil a adoré son expérience de camp au milieu des grands. Cela n'a pris de temps pour qu'elle se mette une jolie animatrice dans la poche. Pas timide pour deux sous, elle a socialisé à qui mieux mieux, elle a charmé quelques garçons (de quoi faire frémir son père!) et a couru après tous les ballons. J'ai pour cette occasion spéciale concoté un petit "billet-photo" pour le site de l'association que je partage ici bas:

Lorsque les enfants mettent la main à la pâte..

Mercredi le 27 juin s’est tenue une activité de revégétalisation à l'intention des enfants du Club Nautique St-Louis. Cette activité organisée par l’association comportait plusieurs volets. Elle s'est déroulée dans la bonne humeur, l'apprentissage et la compréhension...

My creation

Tout d’abord ces graines d'adultes ont sagement regardé une présentation des phénomènes divers qui entrainent la prolifération des algues bleues dans les plans d'eau. Ensuite Lynda, (notre présidente) a approfondi le sujet en expliquant aux enfants présents les principes et bienfaits de la renaturalisation des rives du lac. Puis, Jean François (notre technicien en milieu naturel) a enseigné aux enfants la meilleure façon de planter les différentes espèces végétales.

My creation

Après avoir assimilé toutes ces informations nouvelles, cette petite troupe s'est rassemblée sur la pelouse du Club Nautique pour mettre en terre les plantes. Les plus grands creusèrent des trous à l'aide d'un appareil adapté et les plus jeunes s'amusèrent à chercher les trous préalablement creusés pour y déposer leurs plants. Comme l’on ne peut pas utiliser d’engrais ou de fertilisant, une fois le trou creusé, l’on dépose simplement une pincée de poudre de champignons qui permettra à la plante de bien prendre racine, puis l’on enfonce le plant dans la terre, l'on tasse un petit peu et le tour est joué! Ensuite il suffira d'arroser régulièrement le tout et la nature se chargera du reste...

My creation

Une fois ce travail terminé, après une petite collation, les enfants ont dessiné, selon des thèmes choisis, leurs sentiments sur le sujet. Plusieurs ont ensuite pu discuter de leurs impressions avec Lynda, Michelle (notre directrice générale) et les animateurs du Club. Grâce à cette activité ludique et éducative, les enfants ont pu mieux comprendre leur environnement et apprendre ces petits gestes qui aident à préserver le lac à leurs pieds.

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Lorsque les enfants mettent la main à la pâte...

On est de son enfance comme on est d'un pays.
Antoine de Saint-Exupéry

Le génie, c'est l'enfance retrouvée à volonté.
Charles Baudelaire

Pour connaître toute la mélancolie d'une ville, il faut y avoir été enfant.
Walter Benjamin

enfance

mercredi, juin 27, 2007

Minute sourire

Un matin pas comme les autres j'ai retrouvé en ma machine une petite coquine...

Passer mon soleil à la machine...

Minute sourire

mardi, juin 26, 2007

Dans le noir, elles scintillent.

Passé minuit, je m’écroule dans mon lit les yeux fermés. J’entends l’homme qui tape sur les murs.

- Juan, éteins la lumière tu fais quoi?
- Y’a plein de bibites, ça m’écoeure
- Humm, allez, c’est pas grave, dans le noir on s’en fout, éteins…

Bang, clap, bang, il continue son manège. Je commence à grogner plus fort et finir par ouvrir un œil :

- Y’en a pas tant que ça, c’est juste quelques papillons de nuit! Allez éteins…

Il grommelle et finit par capituler. Je plonge dans la douceur du sommeil. Je suis à deux doigts de l’oubli lorsqu’il me remue la peau :

- Etolane...
- Mmmmm…
- Etolane…
- MMMMMmmmmm
- Etol, regarde….
- Humm, quoi encore, je dors!
- Non mais vraiment regarde le plafond…

J’ouvre un œil, je ne vois rien, il commence à m’aiguiser les nerfs avec ses niaiseries.

- Etolane…
- Hummm, quoi, je dors, j’suis fatiguée, j’en peux plus!!!
- Non mais vraiment faut que tu vois ça. Regarde le plafond j’te dis.

J’obtempère en espérant qu’il finira par me laisser dormir. J’ouvre un œil tanné pour apercevoir une sorte d’étincelle suivi d’un bruit de statique. Surprise, j’ouvre l’autre oeil. Les deux yeux bien ouverts dans le noir, je manque de sursauter lorsque d’un coup le plafond s’illumine de petites lumières brillantes qui virevoltent dans l'obscurité. Bzzzz. Me voilà de nouveau éveillée!!!

- Oh!
- T’as vu?
- Ouais, intense…
- Quand je te disais qu’il y avait plein de bibites!!!

Les lueurs clignotent tout en donnant l’impression d’être parcourues d’étranges impulsions électriques. J’écarquille les yeux pour constater qu’une douzaine de lucioles font la fête au plafond. Se passe alors quelques minutes surréalistes qui oscillent entre rêve et réel. Légèrement déstabilisée, je ne peux m’empêcher de les contempler. C'est bizarre, féerique, saisissant, hallucinant, déroutant. Juan me dit :

- Sur le coup, j’ai pas trop compris ce que c’était, pendant quelques secondes, je me suis presque cru dans un de tes trucs à la Star-Trek, comme si j’avais changé de galaxie!


Je reste bouche bée sur mon oreiller. Malgré toute cette étrangeté, une lourde fatigue m’emporte inexorablement. Je glisse, je flotte, je m'endors…

Scintiller dans le noir.

lundi, juin 25, 2007

De fil en aiguille...

Une longue fin de semaine où profiter du temps qui passe. Une longue fin de semaine qui célébre la fête nationale sous les feux en tout genre et les concerts de plein air. Une longue fin de semaine où oublier les soucis du train-train quotidien...

Un vendredi après midi de jasette et de gourmandises avec Miss Dee. Un après-midi soupape pour la maman à la maison que je suis. Cela fait tellement du bien que j’en croquerai presque ma copine. Sous le soleil de cette magnifique journée, nous nous profitons d’une terrasse sur Cartier pour faire jouir nos papilles en chœur. Nous sommes deux gourmandes en liberté. Nous restons sages et jolies, nous savourons quelques délices raffinés sans nous goinfrer. À nos cotés, un groupe de personnes à l’aube de la cinquantaine papote. J’accroche des bribes de conversations que je partage avec la Miss. Cela discute du fameux « Secret » qui a tant fait parler de lui les dernières semaines, je dis :

- N’empêche que avec ce secret il n’y a rien de nouveau sous les tropiques, c’est juste ma théorie de souhaiter le cœur pur, c’est universel, sauf qu’en plus je suis même pas sure qu’il y a l’angle du cœur pur parce-qu’ils disent que tu peux souhaiter de l’argent et ça c’est pas très pur!

Miss Dee rigole de ma pomme. Elle connaît ma théorie de « souhaiter le cœur pur », la première fois que nous en avons discuté, c’était il y a déjà quelques années! Elle n’y croit pas trop, elle a toujours ce petit sourire amusé lorsque confrontée à mon « ésotérie ». Cependant au fil des années, je pense l’avoir assez étonnée pour qu’elle y croit un tout petit peu plus, n’est-ce pas Miss Dee qui se faufile par ici en silence?

Pendant que l’on papote, une superbe voiture me passe sous le nez. La discussion prend un virage antique.

- Hé, Dee, t’as vu le char?

Elle finit par l’apercevoir au loin alors que je dégaine mon appareil photo. C’est une vieille auto noire, reluisante sous le soleil, superbe, ancienne.

- J’sais pas toi mais moi c’est sur ces chars là que je trippe fort. Les super « mustangs » de l’année je trouve ça bof, ça me fait pas vibrer mais une voiture de l’ancien temps, je sais pas, cela me fait rêver.

La Miss s’accorde avec cet état d’esprit et la conversation roule en cette direction lorsqu’elle me fait subtilement remarquer :

- Regarde Etolane, un souhait qui se réalise…

Je tourne la tête et manque de sauter de joie sur ma chaise! Juste là, devant moi, à deux mètres, vient de se garer la géniale voiture. J’attrape mon appareil et j'en profite pour lui faire la fête. Cette voiture ne passe pas inaperçue, elle détourne le regard des passants qui ralentissent leur pas. Tandis que je la mitraille, une dame d’un certain âge me demande :

- Savez vous ce que c’est comme voiture?
- Heu non, pas du tout, et vous?
- Non plus…
- En fait, je la trouve juste très belle…
- Moi aussi, me répond l’inconnue qui reprend sa course.

Je reviens m’asseoir aux cotés de mon amie, l’on se demande quelle peut en être l’origine. Elle me dit :

- Cela me fait penser au film, là tu sais en noir et blanc avec des touches de couleurs…
- Sin City?
- Ouais, lui, pas toi?
- Si aussi. Cela m’évoque aussi l’atmosphère des incorruptibles.
- Ou encore, tu sais, la série vieille en France…
- Les Brigades du Tigre?
- Oui, elle, ma mère a joué dedans d’ailleurs?
- Oh! Elle faisait quoi?
- Juste figurante, elle lisait une revue dans un café…
- Et tu l’as vue?
- Oui, ma mère était super fière de son expérience, on avait la cassette chez nous…

L’on continue de discuter de tout et de rien, de profiter du soleil sur nos têtes, de se demander quelle peut bien être la marque de cette incroyable voiture lorsque l’on voit sortir de l’immeuble d'en face le propriétaire dudit "char". La Miss me pousse et je me précipite pour arrrêter mon élan devant l'homme supris. Il s’apprête à embarquer derrière son volant. Je lui demande avec un sourire :

- Dîtes, c’est quoi la marque?

Il me lance avant de s’engouffrer dans l’habitable :

- C’est une Citroën 1950….

Citroen 1950

L’après-midi poursuit sa route amicale. L’on se retrouve avec nos hommes et l’enfant pour souper au cœur de leur antre urbaine. L’on tombe vite sous le charme de notre petite frimousse qui se fait un plaisir de nous divertir. Notre petit clown est en grande forme. L’on rentre en nos pénates avec la nuit tombée…

Le lendemain, veille de la St-Jean, nous sommes invités à un party d’après-midi chez une amie. Nous décidons d’attendre la fin de la sieste de Lily pour partir en vadrouille. L’on sait que l’on arrivera bien en retard mais au moins l’enfant pourra en profiter. Nous arrivons en fin d’après-midi au bord du grand fleuve, de l'autre coté de la capitale nationale, nous nous baladons dans le quartier cossu où réside Rosa et sa tribu. Nous avons raté le méchoui mais il reste encore quelques miettes à grignoter et l’ambiance est très agréable. Lily-Soleil ne perd pas de temps pour se faire une petite copine. Hélo a 11 ans et fond littéralement devant mon p'tit Soleil qui rayonne...

Lily-So-and-Hélo-II Lily-So-and-Hélo-III

Des airs de salsa emplissent l’atmosphère fraîche. Je me force à me sortir la tête de ma bulle maternelle. Rosa est d’origine péruvienne et les invités forment un joyeux melting pot, cela parle espagnol, anglais, français, québécois. Cela se mélange et cela danse. Les enfants s’amusent dans le pré. Les adultes se laissent aller à la joie de vivre. Certains discutent un verre à la main, d'autres jouent comme des gamins. Avec le soir tombe une fine pluie qui en fait fuir quelques uns et qui fait rentrer les autres dans la maison. Alors que la nuit s'installe, Rosa nous entraîne chez l’un de ses amis qui fait un gros feu de St-Jean sur une grève du St-Laurent. Lily-Soleil qui n’a pas l’habitude de veiller si tard ouvre grand ses yeux curieux. Elle combat la fatigue pour ne rien manquer de l'ambiance festive. Lorsque les feux d’artifices crèvent la nuit, elle ne sait pas trop sur quel pied danser. Elle se colle alors contre l’épaule de Juan pour ne plus en bouger. Nous rentrons à l’heure où sortent les sorcières.

La suite de cette longue fin de semaine se déroule entre lac et forêt. Qu’il est bon de passer du temps ensemble. Qu’il est bon de se câliner lorsque la petite fait sagement sa sieste. Qu’il est bon de tisser au présent l’étoffe de notre futur.

Nous en profitons pour remettre en ordre la maison, pour passer du temps avec notre brin de fille qui n’en finit plus de grandir. Nous apprécions de notre mieux ces instants précieux qui font la vie douce...

De fil en aiguille...

L'expression de la semaine se dédouble pour le plaisir de la langue qui s'effile...

EXPRESSION
Le fil d'Ariane.

SIGNIFICATION
Une ligne directrice, un fil conducteur.

ORIGINE

"L'expression "le fil d'Ariane" trouve son origine dans la mythologie grecque. Pasiphaé, mère d'Ariane et reine de Crête, avait engendré un monstre, le Minotaure, suite à ses amours contre nature avec le taureau d'Apollon. Son époux, le roi Minos, demanda au célèbre ingénieur et architecte Dédale de construire un bâtiment capable de retenir prisonnier le Minotaure. Dédale construisit un labyrinthe si compliqué que quiconque y entrait ne pouvait plus en ressortir. Minos, roi de Crète, devait faire une offrande de 7 jeunes garçons et de 7 jeunes filles au Minotaure enfermé dans le labyrinthe, et ce, tous les 9 ans. Ariane, la fille du roi, confia à Thésée dont elle était amoureuse, une pelote de fil qu’il devrait dérouler pour pouvoir trouver le chemin du retour. Grâce à ce fil, Thésée pu tuer le monstre et retrouver son chemin. Aujourd’hui, un "fil d'Ariane" est une ligne directrice, une conduite à tenir pour atteindre un objectif." L'expression "le fil d'Ariane" caractérise, en référence à cette légende, le moyen qui permet de se diriger au milieu des difficultés, de raisonner. (source: ici et )

Il est aussi intéressant de constater que cette expression est entrée dans le langage informatique par ce biais ci:

Fil d'Ariane n. m.
Synonyme(s): chemin de navigation n. m. piste de navigation n. f.

Définition:
Outil d'aide à la navigation constitué d'une suite de liens hiérarchiques, chacun représentant une subdivision de la carte du site, qui donne à l'internaute un aperçu du chemin parcouru et lui permet de repérer facilement sa position dans l'arborescence du site Web visité.

Note(s): Le fil d'Ariane, généralement situé dans le haut d'une page Web, sert d'indicateur visuel de la page courante, du parcours de l'internaute et de leur relation contextuelle avec la structure arborescente du site. Généré dynamiquement, il indique à l'internaute où il se situe relativement à la carte du site et lui permet grâce aux mots cliquables qui le composent de retourner facilement dans les pages visitées. Ainsi, s'affiche, au fil des pages visitées, le chemin parcouru, comme les miettes de pain ou les cailloux semés par Hansel ou le petit Poucet.

L'expression fil d'Ariane fait référence à la légende du Minotaure, dans laquelle Ariane confie à Thésée une pelote de fil afin qu'il parvienne à retrouver son chemin dans le labyrinthe conçu par Dédale. Cette expression reprend l'idée du chemin retrouvé (dans le labyrinthe que représente parfois Internet), non plus, ici, grâce à des miettes de pain ou à des cailloux, mais grâce à une pelote de fil. (source oqlf)
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EXPRESSION
De fil en aiguille.

SIGNIFICATION
Progressivement.

ORIGINE
"De fil en aiguille est une expression apparue au XIIIe siècle et signifie que l'on passe d'une chose à une autre de manière progressive. Si la traduction latine "ab acia et acu" fait bien référence au domaine de la couture, l'expression a été influencée par le "fil" en tant que "courant d'eau ou de liquide", qui symbolise un mouvement fluide. "De fil en aiguille" signifie que l'on passe d'un sujet de conversation ou d'une occupation à une autre progressivement."
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La langue française recèle d'expressions qui tourne autour d'un fil comme on peut le constater par là...

sur un fil...

dimanche, juin 24, 2007

En coup de vent. Bonne St-Jean...

Feu-de-St-Jean-II

Occupée, en vadrouille à droite et à gauche, fatiguée, absorbée par les jours d'été, les amis, la "familia", je perds le fil de mes mots dans les méandres du quotidien qui se doit d'être vécu. Il est parfois bon de s'éloigner un peu de la machine virtuelle pour mieux s'imprégner de la texture des heures qui s'effacent inexorablement. De retour en ligne demain...

En coup de vent

mardi, juin 19, 2007

...

L’homme parcoure le site de l’association du lac du lac et s’exclame :

- Ben dis donc, t’en fais des choses, des fois je me rends pas compte…

En effet, je fais toutes sortes de choses non rémunérées. La présidente de l’association est très reconnaissante de mon bénévolat qu’elle qualifie de contribution inestimable. J’offre aussi mes photos au service de la Corporation du bassin versant de ma région qui s’en sert pour illustrer les pamphlets, les réunions, les documents qui concernent la bonne santé du lac. Je les donne à la bonne cause, il ne pourrait en être autrement. Souvent l’on me dit : « Tu devrais essayer de plus vendre ce que tu fais, tu pourrais te faire des sous ». Je n’y arrive pas. Je n’arrive pas à voir ainsi la vie. Je suis payée en « humanitude », tout au long de mon existence, je désire m’enrichir de l’intérieur afin d’en emmener le plus possible à ma mort. C’est ainsi que je vois la vie…

M'enfin, revenons à nos moutons d'eau. L’association du lac a mis en marche un programme de revégétalisation des berges, la semaine dernière, j’ai donc assisté à une séance sur le terrain afin de faire un petit reportage pour le profit du site de l’asso, une petite sortie qui s'est révélée très instructive. En voici les grandes lignes et quelques images:

(...) Plusieurs végétaux ont été plantés afin de filtrer l’eau qui dévale de la montagne et d'enrayer l’érosion des berges qui nuit à la bonne santé de notre plan d'eau. Mr L. possède sur son rivage un quai fait de béton comme l’on peut en voir beaucoup le long du lac...

Ces avancées de béton dans le lac ont un effet pervers car leur présence réchauffe insidieusement ses rives. Ce phénomène de réchauffement contribue à la prolifération des algues bleues. Ces quais sont indestructibles, il est très difficile de les enlever mais l'on peut quand même contrer leur processus d'infiltration et de réchauffement du lac.

Pour ce faire, il existe une solution toute simple qui consiste à révégétaliser la base des murets à proximité de la plage pour ainsi diminuer les infiltrations nuisibles et aider à ce que le béton ne se réchauffe pas trop. Pour éviter que le béton n'absorbe énormément de chaleur, l’on peut aussi faire pousser de la vigne vierge en pots, cette vigne en grandissant recouvrira la surface et isolera le béton des rayons du soleil.

Une bonne révégétalisation de la bande riveraine commence à la ligne des hautes eaux et s’étend vers la résidence sur 10 ou 15 mètres, selon la pente du terrain. Ceci forme alors un bouclier végétal qui protége le plan d'eau. Les plants appropriés pour la bande riveraine n’ont besoin d’aucun engrais ni entretien.

Bellesberges-II

Plusieurs espèces ont donc été plantées en cette magnifique journée:

- chèvrefeuille
- myrique baumier
- rudbeckie
- saule arctique nain
- spirée à large feuille
- vigne vierge

My creation

J'en profite pour remercier de leur hospitalité Mr. et Madame L. qui nous ont gentiment accueillis en leur demeure et qui ont ainsi donné le bon exemple sur ce qu'il est possible de faire pour améliorer la qualité de l'eau sans pour autant affecter leur superbe vue. Participer à la renaturalisation des rives est très important, c'est un tout petit geste qui s'inscrit dans une grande cause.

Helena-II Helena-I
Helena Bellesberges

...

Sur le vif,

La matinée est radieuse, je joue avec Lily-Soleil sur la pelouse, j’entends sonner le téléphone, je laisse aller le répondeur. Une heure plus tard, nous rentrons à la maison, j’écoute le message. Un collègue traducteur est en détresse, allons bon!!! J’installe l’enfant dans sa chaise et lui prépare à manger tout en retournant l’appel de cet illustre inconnu. Au bout du fil, un homme stressé me répond qu’il m’envoie de suite un document pour que l'on puissse en discuter! Shoot! Dans quoi est-ce que je viens de m’embarquer?!?

Lily gigote sur sa chaise, je lui tartine quelques craquelins pour la faire patienter tandis que je me rue sur l’ordi pour ouvrir son document. À peine l’ordinateur a-t-il ouvert la page que le téléphone sonne. Je réponds. L’homme est en panique. J’ai le cerveau qui démarre au quart de tour tandis que je lui parle calmement. Une poussée d’adrénaline me fait carburer les neurones. Je jette un œil rapide sur la traduction à faire, sans trop savoir, je pressens que son truc, c’est pas du gâteau. Je pense plus vite que mon ombre. En quelques secondes, je me remets les pendules à l’heure, je réalise que cet homme doit être en lien avec une dame qui avait utilisé mes services durant l’été de ma grossesse (il y a donc deux ans). L’été, les traducteurs de la boite partent en vacances, c’est là que je fais surface, par une sorte de miracle inexplicable, il a dû me retrouver sur sa liste de dépannage! Me voilà prise d’un coup dans son tourbillon du jour. Je sais que je ne peux refuser sa requête. Je me rappelle vivement que je compte bien reprendre du « turbin » à l’automne et que d’ici là, il faut que j’attrape les perches que m’apporte le destin, histoire de me dérouiller la cervelle et de me retremper les pieds dans ce métier de fou. Depuis peu, j'accepte donc par ci par là, les petits contrats qui tapent à ma porte. Alors que je lui parle et que je réflèchis, je sens la pression monter et traverser le combiné. J’ai beau essayé de lui expliquer que j’ai un bambin dans mes jupes laquelle pleurniche dans mon dos, il s’en tape joyeusement le coquillon! Il est dans le jus jusqu'au gosier et ma problématique maternelle lui passe carrément au dessus de la tête! D’un coup, je réalise avec vigueur pourquoi j’ai décidé de ne pas traduire pour m’occuper de ma fille! Je me dépatouille pas mal de la situation et je raccroche avec un délai d’une grosse heure pour près de 300 mots.

Lily-Soleil est fatiguée et ne rechigne pas à dormir. Dieu merci! Je me plonge dans le maudit document pour vite réaliser que je suis un schouia dans le « caca »! Me voilà les pinceaux empêtrés dans le monde de la haute finance, cela ne rigole plus la mère! Je sens mon estomac se nouer, me voilà partie à mille lieues de ma réalité. Moi qui ne gagne pas un sou depuis des mois, moi qui suis privée de tout pouvoir d’achat, moi qui contribue à l’état de pauvreté de ma famille afin de respecter mes valeurs intérieures, me voilà la cervelle dans un petit coin de pouvoir et de gros sous. Un texte spécialisé complexe qui me fait battre le cœur à 100 à l’heure. Ma fille, il va falloir performer! Dieu merci, autre petit miracle, j’ai accès à Termium qui me sauve la vie pendant que j’essaie de comprendre ce que je suis en train de lire! On parle là de créances subordonnées et prioritaires, de montants énormes de liquidités et d’opérations de financements étranges qui me laissent pantoise. Vais-je m’en sortir? J’ai la cervelle en compote, je me sens faiblir. C’est alors que la professionnelle en ma peau prend les rennes de la situation, après tout c’est un peu comme faire du vélo, cela revient plus vite qu’on ne se l’imagine et j’ai toujours tendance à être excitée par un bon défi intellectuel! Et puis, il y a ce coté espionnage qui me revient et me stimule l’esprit, le traducteur peut parfois se retrouver au cœur des grands secrets, en coulisses, il épie. Le secret professionnel du traducteur peut peser lourd dans une balance de pouvoirs…

Bref, ça c’est le coté romantique qui me fait supporter la folie du métier. Parce-que la réalité du traducteur est souvent celle-ci : Le texte envoyé devrait être traduit dans la seconde où il est reçu!!! Une grosse heure plus tard, j’ai la cervelle toute triturée mais j’ai fini en avance. J’avais super bien ficelé mon affaire finalement. Je n’ai plus qu’à envoyer ma petite facture qui, si l’on en considère le taux horaire, est plus que satisfaisante. Ce qui m’entraîne les idées vers ce choix de vie que j’ai fait. En marge de la norme, je persiste et je signe. Certaines études démontrent qu'une mère au foyer vaut plus de 130 000 $. Tu m'étonnes Paul! Personnellement, je me contenterai de 100 000 $ vu que je ne suis pas une fée du logis et que mes talents de cuisinière sont dérisoires. Utopie quand tu nous tiens! Au réel, il y a le gouvernement Harper qui me verse 100 $ par mois! Même si j'essaie de ne pas y penser trop souvent je réalise que si je mettais autant d’énergie à traduire que je n’en mets à élever ma fille au quotidien je pourrais être pas mal plus à l’aise matériellement que je ne le suis aujourd'hui! Je n’aurais pas à manger des pissenlits pour arriver à boucler les fins de mois. Je n’aurais plus à me priver, je pourrais voyager, envisager ces choses qui me font envie et les choses dont j'ai besoin. Je ne verrais guère ma fille mais mon portefeuille serait sacrément bien rempli! Paradoxes de vie…

Les vieux disaient dans mon jeune temps :

- L’on a la vie que l’on se fait ma fille…
- C’est un fait grand-mère, présentement la mienne semble surtout composée d’amour et d’eau fraîche, d'air pur, de culture, d’art et de rêves…
- Etolane quand descendras-tu de tes nuages ?

Sur le vif,

lundi, juin 18, 2007

Lac-de-juin

Une nouvelle semaine débute avec une autre magnifique journée. Maintenant que Lily-Soleil est en voie de guérison, je retrouve ces habitudes virtuelles qui disciplinent mes mots. Durant ces derniers jours, j’ai tourné toutes mes attentions vers la petite afin d’adoucir le plus possible ses douleurs. Nous nous sommes soudés autour de l'enfant blessée. Comble de joie, elle a profité de l’épreuve pour percer une molaire! Plus capricieuse qu'à son habitude, elle nous a doucement enroulés autour de son petit doigt. Nous savons qu'il ne sera pas drôle de redresser la discipline parentale une fois sa santé complétement retrouvée. Même si elle me fait parfois tourner en bourrique, je ne peux me résoudre à la disputer ou à la brusquer en de tels moments! Alors je pratique mes patiences en silence. Ces derniers jours elle a plus souvent fait la moue qu'autre chose et c'est avec diligence que je me suis pliée en quatre pour la faire sourire...

Sa plaie commence à cicatriser, elle a pris l’habitude d’aller tous les jours à l’hôpital pour changer son pansement. Elle chantonne sur la route et se fait toute sage. Elle ne pleure plus lorsque vient le temps de changer son bandage. Elle en connaît toutes les étapes et ce matin, pour la première fois, elle a osé regarder (presque avec curiosité) l’infirmière appliquer l’onguent sur sa brûlure. La peau se refait peu à peu, les douleurs s'estompent, il ne manque plus que le coude guérisse que l’on puisse lui enlever son pansement. Bientôt elle pourra profiter des beaux jours pour barboter à sa guise. Désormais son changement de pansement se remplace aux deux jours. Elle finit son traitement d’antibiotiques demain. Tout commence par rentrer dans l'ordre si ce n'est le fait que je suis légèrement "désénergisée"! C'est un petit prix à payer pour le bonheur de la voir bien aller. Il y a peu de mots qui peuvent exprimer le soulagement que je ressens présentement. Nous sommes presque sortis du bois ou de l’auberge, c’est selon le coté de l’atlantique duquel l’on se place. De tout coeur, je tiens à remercier toutes celles qui ont pris la peine de déposer en cette virtualité un petit mot de soutien ou un message d'encouragement.

Nous avons fait une croix sur le festival de Tadoussac, enfin principalement moi. Juan m’a proposé d’y aller seule avec mes amis mais je ne me sentais pas le cœur d’agir ainsi. Plus j'y pensais et plus cela m'était inconcevable. Miss Dee est donc partie à l'aventure sans moi. Pas de café bohème pour Etolane devenue maman! Malgré toute ma raison, un fond de déception se languit entre deux pensées sereines. Durant tout l’hiver, le festival de Tadoue fut la carotte qui m’a fait plusieurs fois avancer dans mes sombres moments de solitudes maternelles. Depuis février, je visualise la carotte lorsque me vient l’envie de glisser. Lorsque j’ai l’impression de ne plus exister, lorsqu’être mère prend toute la place et que je me bats pour trouver un équilibre à cette équation. Et puis d’un coup, alors que je m’apprêtais à me mettre cette belle carotte sous la dent, le destin l’a lancé dans le St-Laurent sans que je ne puisse rien croquer. Dur, dur pour ma pomme des bois en manque d'action! Ainsi va la vie. Ce n’est qu’un petit sacrifice de plus dans ma parentitude, c’en est un peu devenu une habitude. Mais est-ce vraiment se sacrifier que d’abandonner des petits bouts de soi pour le bien-être de l’enfant? D’année en année, elle aura de moins en moins besoin de moi et je pourrais de nouveau raccrocher ces petits bouts d’individualité éparpillés à ma peau de femme.

En attendant, l’on retrouve une routine estivale tandis que je me remets de mes émotions passées. Je m’implique dans l’association pour la préservation du lac en tenant à jour le site web et en écrivant régulièrement des billets à ce propos. Je prépare un dossier épineux sur l’impact des embarcations à moteur sur le lac afin d’écrire un article qui risque de m’attirer quelques foudres locales. Je sais que j’aborde un sujet tabou au village mais il m’est impossible de me taire. J’espère ne pas trop mettre en péril ma paix sociale. L’homme s’en inquiète un petit peu, mais c'est plus fort que moi, les abrutis m'indiffèrent et la santé de ce magnifique plan d'eau hante mes pensées. De plus, l’heure est trop grave pour ne rien faire, pour ne rien dire, pour se cacher la tête dans le sable. Il est fort probable qu'un autre épisode d'algues bleues refasse surface d'ici l'automne, le lac a besoin de toutes nos défenses humaines. Il m'appelle, je l'ai dans la tête, je l'entends en mon coeur, il vibre dans mon sang, je suis envoutée...

Que serait l’image du Québec sans la pureté de ses lacs? Laisser mourir les lacs sans s'en préocupper est presque un crime à mes yeux. Comment peut-on dormir sur ses deux oreilles à coté d'un lac en danger? Malheureusement les lacs font tant partie de la réalité collective que plusieurs en ont oubliés leur fragilité pour ne plus voir qu’un terrain de jeux où s’éclater en toute insouciance! Pourtant si nous voulons préserver la nature, il faut commencer par la respecter et prendre conscience de l’impact de nos modes de vie sur notre environnement, c’est, à mon avis, le premier pas d’une très longue marche…

Petons

Mi-Juin

jeudi, juin 14, 2007

Blessure d’enfant (suite)

Sous le soleil de cette autre belle journée, un semblant de retour à la normale qui fait du bien. Après être passée à la clinique aux petites heures du matin, Juan a repris sa routine de bureau, Lily encore patraque reprend du mieux. Elle a dormi dans son lit la nuit dernière sans se réveiller. Même si nous avons dû la réveiller à trois heures du matin pour lui administrer malgré elle sa dose d’antibiotique, elle ne semble plus faire de fièvre. Elle redevient la petite fille que nous avons appris à connaître. Un soulagement palpable s’installe dans notre maisonnée.

C’est dans la nuit de lundi à mardi que nous avons vécu le pire. Avant le coucher, la trouvant brûlante (j’avais eu la subtile impression de la voir décliner durant la fin de l’aprés-midi), sans surprise, je découvre que sa fièvre est à 38.3. Nous lui donnons une nouvelle dose d’analgésique. Tout de suite, je sens les griffes de l’inquiétude étreindre ma force vitale. J’appelle Info Santé, l’infirmière de service me conseille de surveiller la fièvre. Si cela stagne, attendre le lendemain pour consulter le docteur comme il était prévu de la faire. Si la fièvre monte, retourner d’urgence à l’hôpital. Cela dit, le fait qu’elle fasse de la fièvre est mauvais signe, je le sais au plus profond de mon cœur.

Nous avons des amis à dîner et la conversation du soir tourne autour de la brûlure. L’enfant se réveille sur le coup de dix heures. Elle est brûlante, blanche comme la lune, nous reprenons sa température : 39.5. Nous décidons de partir à l’hôpital sur le champ. J’appelle la réceptionniste du petit hôpital de brousse où Lily est soignée, histoire d’être sure qu’il y a un docteur de garde! La réceptionniste me dit de l’emmener de suite pour consultation. Nos amis repartent en ville. Kay me prend chaleureusement dans ses bras, sensible à ce souci qui pèse lourd sur mon visage. En vingt minutes, nous sommes à l’hôpital. En cinq minutes, une infirmière nous rencontre. De peines et de misères, elle prend la température de l’enfant, nous voilà rendu à 40. Lily-Soleil semble s’éteindre à petit feu, elle est livide. L’infirmière lui administre un autre analgésique. Nous restons dans la salle de consultations tandis que Michelle l’infirmière part chercher le docteur. Juan essaie d’alléger l’atmosphère en faisant la conversation. Je ne suis guère bavarde. Il explique à l’enfant bouillant :

- Tu vois ma Lily, là, Maman elle a le cœur dans les talons, juste là dans le talon.

L’enfant fronce un sourcil, il poursuit :

- Pis son estomac, il est dans sa gorge…

J’avale mon tourment pour sourire faiblement. Je sors l’un des sablés que j’ai confectionné le soir même pour lui changer les idées. Le docteur arrive sur ses entrefaites. Il trouve le sablé appétissant. C’est un jeune homme d’allure sympathique, fin vingtaine, pas mal de sa personne. Il examine l’enfant, semble préoccupé, nous lui expliquons la situation. Je fais mention de la dizaine de piqûres de moustiques qu’elle a sur le corps et qui sont entrées en éruption durant les dernières heures. Je sens monter les larmes que je retiens péniblement. L'enfant hurle lorsque s'approchent les infirmières. Le docteur constate que son petit bras est brûlant. Il faut enlever le pansement. Je sens la réticence de Juan qui se contrôle. Changer le pansement implique qu’il la tienne à nouveau tout en subissant cette vive douleur qui la fait se tortiller comme un asticot hystérique. Je savais que nous devrions passer de nouveau par là. Nous en avions parlé durant le trajet mais l’homme ne pouvait imaginer lui faire subir cette autre torture. Le moment fatidique arrive. Je voudrais que sa douleur soit mienne.

Elle hurle de douleur criant « Maman » comme si elle se noyait sous mes yeux. Les larmes inondent mon visage qui reste calme tandis que je me plonge mes yeux dans les siens pour lui expliquer que nous devons la soigner même si cela fait très très très mal. Le moment est terrible. Il déchire nos deux cœurs de parents qui s’émiettent misérablement. L’homme s’énerve un peu contre les infirmières. Je discute avec le gentil docteur (pas laid de surcroît) les joues pleines de larmes, j’ai le cœur dans les talons et l’estomac dans la gorge. Même si la plaie est belle, il est évident qu’il y a infection pour que la fièvre soit si forte et ce genre d'infection est très dangereux, cela va tout de suite dans le sang. Le docteur décide de la mettre immédiatement sous traitement intra-veineux. Nous changeons de salle. Quatre infirmières entourent l’homme et l’enfant. L’une d’elle se tourne vers moi et me demande comment cela va. Je suis si blême qu’elle m’encourage à aller prendre l’air quelques minutes, puisque je ne peux rien faire de plus, autant essayer de reprendre des forces…

Minuit sonne. Je sors dans la nuit chaude. Nous sommes les seuls patients. J’ai remarqué deux policiers à l’entrée. Ils sortent peu après moi avec deux femmes sur leurs talons. L’une d’elle semble avoir pas mal de problèmes. Ils me remarquent à peine sur mon banc. Je l’entends refuser d’aller en centre. Je ne sais pas trop ce qui lui est arrivé, je soupçonne une querelle conjugale. Grossière, elle se dispute avec l’un des policiers. Attentive, je me fais toute petite sur mon banc.

Elle : Je veux pas aller là, calvaire j’irai pâs! J’veux aller chez ma mère, emmène moé chez ma mère j’irais pas dans ton centre tabarnak!
Lui : Il est passé minuit et ta mère a 82 ans! Tu vas aller au centre j’te dis!
Elle : Non, j’veux pas. Ma mère a déjà vu pire, pis c’est elle qui a les enfants à soir!
Lui : Raison de plus, tu vas pas aller tous les réveiller, tu vas au centre jusqu’à demain matin!

La femme qui l’accompagne s’insère dans la conversation pour la convaincre d’accepter, elle propose de l’emmener. L’autre colère, sacre, tempère :

- Ouin, ben si j’y vas, je crisse mon camp à la première heure, avant que tout l’monde soit deboute! J’veux pas qu’on m'voie là! C’est-tu clair tabarnak de cristie de câlisse!!!

D’un coup, elle croise mon regard vide de jugements. J’ai le cœur dans les talons, l’estomac dans la gorge, je suis toute petite sur mon banc. Je respire les étoiles en priant le ciel, j’erre dans une douleur intérieure sans nom. Elle soutient mon regard qui ne baisse pas. Elle me demande si j’ai du feu. Le policier qui la tient par le bras me regarde gentiment en tournant la tête de gauche à droite pour que je ne lui réponde pas. La dame qui l’accompagne l’entraîne rapidement vers sa voiture. Les policiers remontent dans la leur. Je regarde tout ce petit monde disparaître de mon horizon. Il y a toutes sortes de misères humaines sur Terre, certaines sont physiques, d’autres sont morales. Aucun humain n’échappe à la souffrance. Je pense à mon brin de fille qui vit ce concept pour la première fois de sa petite vie. Mon cœur sombre. Un sanglot m’emporte. Le silence m’englobe. Je lance une dernière prière aux étoiles qui scintillent dans la noirceur de l’infiniment grand. Je respire profondément avant de reprendre le chemin de ma famille.

Dans la salle, l’enfant hurle, pleure, se débat. Elle est contente de me voir. Je lui souris, je prends sa petite main dans la mienne. Les infirmières ne trouvent pas de veine à piquer. Elles n’ont pas l’expérience d’un si petit corps. Elle ne savent plus à quel saint se vouer. L’homme a un regard d’aigle, il surveille la situation sans rien perdre des détails. La seule veine qu’elles trouvent est à coté d’une grosse artère. Elles hésitent. Il refuse de les laisser piquer là. C’est un cirque surréaliste. Finalement elles décident de reprendre sa température. Avec soulagement l’on constate qu’elle a un tout petit peu baissée. La grosse dose d’analgésique prise en arrivant commence à faire effet. Le docteur revient. Il est dépité. Il se résigne à lui administrer un antibiotique par voie orale. Juste cela, c'est du sport, l'enfant ne veut plus rien savoir des adultes qui l'entourent. Le docteur nous explique qu’il ne peut rien faire plus. Que si sa fièvre remonte encore, il faudra aller d’urgence à Québec où les hôpitaux ont plus de moyens. Nous rentrons à la maison avec notre trésor malade. Nous sommes complètement retournés. Sans se laisser abattre, nous nous serrons les coudes pour ramer plus fort dans la débacle de nos émotions. L’enfant s’endort pour se réveiller une heure plus tard. Elle vomit. Sa température stagne, nous la couchons avec nous. Allongée dans le lit, une main sur son petit dos, je ne peux trouver le sommeil. Il n’y a plus qu’elle dans mon univers qui tourne autour de sa peine. J’ai peur. J’ai mal. Je veux lui offrir le meilleur.

Au petit matin, son état semble se stabiliser, elle n’est pas en forme mais elle se bat. Nous poursuivons le traitement antibiotique. En fin d’après-midi nous retournons pour une autre séance de torture. Changement de pansement. Les infirmières nous reconnaissent et sont d’une extrême gentillesse. Il n’y a pas à dire c’est peut-être un hôpital de brousse mais le service est excellent, humain, personnalisé. Nous attendons à peine. En une heure c’est fait. Lily-Soleil ne va pas bien mais son état semble s’améliorer. Nous rentrons un peu plus soulagés. Mercredi n’est pas facile, elle a mal, elle se plaint en touchant son bras et en disant de sa toute petite voix si mignonne : « aille, aille, aille ». Elle n’aime pas prendre ses médicaments, la pauvre petite puce n’en peut plus. La journée se passe sans autre anicroche. Tout doucement nous recommençons à respirer. Juan me dit :

- Je suis heureux d’être heureux, content d’être content, soulagé d’être soulagé.

je le comprends intimement. Au fil des jours, j’ai réalisé toute la banalité de l’accident, ensemble nous avons traversé l’épreuve, forts de ces sentiments qui nous lient en cette enfant chérie, nous combattons sans nous déchirer. Juan n’en revient pas des dégâts qu’aura pu causer une seule tasse de thé. Pour avoir vécu pareille expérience, je ne suis personnellement pas étonnée. Au passage, nous essayons de retirer le meilleur de nous même. Aprendre de l’épreuve pour avancer, pour évoluer. Je ne peux m’empêcher de ressentir une très grande compassion pour tous les parents qui ont un enfant atteint d’une maladie incurable et qui doivent incorporer ce cycle de soins à la texture de leur réalité. Il y a quelque chose d’absolument pas naturel à voir souffrir un enfant. Un enfant c’est la vie et l’innocence, c’est le rire et le bonheur, c’est les pleurs de colère ou de caprices. De mieux en mieux, nous comprenons toute la portée de notre « parentitude ». Tous les trois, nous avons pris, chacun à notre manière, un petit coup de vieux…

Aujourd’hui l’enfant est fatiguée, elle pleurniche plus qu’à son habitude mais reste gentille dans sa petite misère. Petit à petit elle reprend des couleurs. Nous devons nous rendre toutes les 24 heures à la clinique de l’hôpital pour lui faire son changement de pansement. L’infirmière qui la prend en charge est adorable, douce et dévouée. Elle tombe vite sous le charme de notre petit soleil dans la brume, elle n’en finit plus de s’extasier. Elle nous dit :

- Comment voulez-vous résister à un tel regard. Quelle jolie petite puce! Et elle est gentille en plus…

Elle poursuit en nous disant qu’elle nous trouve de bien bons parents. Je ne sais quoi dire devant cette gentillesse qu’elle nous témoigne. L’homme ne peut s’empêcher de répondre :

- Si on était meilleurs parents, elle ne se serait pas brûlée…

Elle sourit à sa répartie. Elle nous dit de ne pas nous faire, que c'est un accident tout à fait courant. Lily-Soleil reprend du poil de la bête, elle arrive même à lui faire une risette. L’infirmière nommée Karine fond comme neige au soleil. Nous la retrouverons de bonne heure demain matin pour un autre changement de pansement. Elle m’explique que d’ici la semaine prochaine, lorsque sa plaie ne suintera plus, nous pourrons envisager de changer le pansement aux deux jours. Malheureusement, elle sera privée de baignade pour plusieurs jours encore. Si tout va bien, d’ici deux ou trois semaines, elle devrait être totalement tirée d’affaire. D’ici là, nous ferons tout notre possible pour lui rendre la vie douce et agréable…

Blessure d’enfant (suite)

mardi, juin 12, 2007

Blessures du coeur, votre trace est amère ! Promptes à vous ouvrir, lentes à vous fermer.
Alfred de Musset

Le temps, la patience adoucissent les plus cruelles blessures. On peut tout supporter.
Juliusz Slowacki

Pauvres gens ceux qui n'ont pas de patience ! Quelle blessure s'est jamais guérie autrement que par degrés ?
William Shakespeare

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