vendredi, avril 11, 2008

Invisible ciment

Qu’est-ce que l’amour? Tout au long de ma vie cette notion abstraite est venue hanter le cours de mes jours. L’Amour, tout le monde en parle, tout le monde en mange, tout le monde en veut, tout le monde le cherche. Mais qu’en est-il vraiment de cette denrée si précieuse?

L’amour véritable transcende les races et les différences, l’amour règne en maître au royaume de la magie humaine. Mais qu’est-ce que l’amour? Est-ce qu’il se cultive ou s’épuise? Doit-on toujours l’apprivoiser en son coeur? Pourquoi est-il si dangereux pour certains et si bienfaisant pour d’autres? Pourquoi est-il si bon avec certains et si malsain avec d’autres?

L’amour peut prendre bien des formes, habiter bien des gestes, il se fait fugace et stable à la fois. L’amour est à la source du paradis. La haine nourrit l’enfer. Mais il arrive que l’amour fasse autant souffrir que l’enfer alors que la haine sait apaiser des esprits tourmentés. Il arrive même l'amour puisse se transformer en haine (et vice-versa). Les voies de l'invisible sont insondables. Je sais que je ne suis qu'une fourmi devant l'universel. Mais il reste l'Amour auquel je m'accroche. L’amour qui est cuisiné à toutes les sauces, galvaudé par monts et par vaux. L'amour qui est partout et nulle part. Invisible, mystérieux, abstrait, il influence profondément les réalités qu’il touche. Depuis mon plus jeune âge l’amour me fascine, l’amour en son entier, l’amour comme entité.

L'amour se vit à différents degrés. Il est possible d'expérimenter l'amour tous les jours par petites doses, avec nos pairs, par le biais de bonnes actions. Mais l'on peut aussi cultiver des graines que l'on jardine à plein temps en son terreau personnel. Des graines qui grandissent et s'épanouissent. Grâce à mon homme et ma petite fille, je vis et j’étudie l’amour au quotidien. C’est une chance. En mon potager d'émotions, la récolte est bonne. L’enfant que j’ai mis au monde est un pur fruit de l'amour. Un amour que nous cultivons ensemble mais chacun à notre façon. Car si l’amour peut devenir arbre de vie il ne doit jamais être laissé à l’abandon. Il doit être au centre du paysage. D'ailleurs, si je devais dessiner ma vie intérieure comme une maison, je peindrais une domus qui possèderait en son atrium un arbre vénéré, l’arbre de l’amour qui scelle les briques de mon foyer.

La maison à atrium (source):
"La domus, construite en retrait par rapport à la rue, ne comporte pas de fenêtres donnant sur la rue : elle est fermée sur elle-même. La porte (janua) à deux battants (fores) mène, après un vestibule (vestibulum), vers l’atrium. L’atrium est la pièce principale de la maison : c’est une grande cour carrée autour de laquelle sont distribuées les autres pièces. Cette cour est en partie à ciel ouvert (au centre) et en partie recouverte d’un toit en pente. Le centre est occupé par un bassin carré, l’impluvium, qui recueille les eaux de pluie à travers le compluvium (l’ouverture dans le toit). La partie de l’atrium autour de l’impluvium forme quatre passages dallés sur lesquels s’ouvrent les différentes pièces d’habitation et de service. L’atrium sert à la fois de cuisine, la culina (la fumée s’échappe par le compluvium), de salle à manger, de chambre à coucher et aussi de sanctuaire avec l’autel familial (le laraire, dédié aux dieux Lares qui protègent la maison). Il permet également à la lumière d’entrer dans la domus. Plus tard des cloisons délimitent diverses pièces spécialisées munies de portes-fenêtres donnant sur l’atrium. Le tablinum derrière l’autel domestique est au départ la pièce réservée au maître de maison. Par la suite, il renferme les archives, les livres de comptes, les objets précieux, les masques funéraires des ancêtres (imagines)…Il donne sur un jardin potager (hortus)."

Invisible ciment

mercredi, avril 09, 2008

En un courant d’air…

Un petit coup de blues suivi d'une épouvantable migraine qui s'étale sur plusieurs jours m’avale toute entière. Shni, mon génie de ménage fait les gros yeux devant l'état du bordel de maison, je l’apostrophe alors qu’il virevolte autour de ma pomme céphalée : « Bon, ça va! Fais en pas un plat! C’est pas la fin du monde non plus! Mon mal de tête se dissipe en ce flot mensuel qui me fait femme! Je vais finir par passer au travers! Et puis vu ta nature, c’est pas comme si tu savais ce que c’est! Allez, zooo, fais d’l’air! ». La minuscule créature grimace et s’efface. Je soupire.

M’zelle Soleil est couchée, j’avale deux comprimés pour calmer mon crâne en souffrance. L’enfant dormira deux heures. J’utilise habituellement ce temps soit pour écrire, traiter mes images, répondre à mes courriels, faire un tour de Toile ou mettre à jour ce jardin virtuel. Mais voilà que je délaisse mes habitudes, je perds mes rythmes, je capitule devant cette fatigue qui m’emporte. Je choisis de me reposer la tête alors que mon enfant sommeille. J’ai des textes en suspens qui patientent dans le ventre de la bête. Je grogne. J’ouvre mes fenêtres pour laisser pénétrer ce nouvel air qui fait fondre les bancs de neige. Je respire profondément. Avril me caresse dans le sens du poil, il redonne espoir à ma peau grise. Le village s’éveille alors que s'écoulent les érables. Non loin de là, le lac profite de ses derniers silences.

Juan enrobe mes peines de tendres affections. M’zelle Soleil réchauffe mon cœur de sa féérie bambine. Nous profitons du changement de saison pour aller prendre l'air. Il fait encore bien frais en ce dimanche tranquille. J'attrape des images éparses dont celle de l'enfant qui profite de cette ballade à la plage pour se la couler douce (en compagnie de notre fidèle Chanelle)...

à-la-plage-d'avril

En courant d’air…

vendredi, avril 04, 2008

D'hier a aujourd'hui, un océan... et quelques ouragans...

J’avais un peu moins de quinze ans. J’étais à l’école en cours de religion ou morale, je sais plus trop, l’un de ces cours où l’on va une fois sur deux et que l’on n’écoute que d’une oreille lorsque l’on y est. Ce jour là pourtant fut différent. Le sujet du jour tournait autour de nos ambitions futures. Il y avait un tour de table, l’on devait être une quinzaine d’élèves. Chacun devait expliquer ce qu’il désirait dans son futur, une tâche pas toujours facile lorsque l’on n’a pas encore quinze ans…

Ma voisine de table était une camarade sans être une copine. Elle ne faisait pas partie de ma clique. Arrive son tour. Vu qu’elle est juste avant moi je prends la peine de faire attention à ce qui va sortir de ses lèvres. Et voilà qu’elle me sort la chose la plus inimaginable pour mes oreilles de jeune fille moderne. Elle explique : « Moi, je veux être mère au foyer. Je veux trouver un mari, avoir des enfants et m’en occuper à la maison ». Je me souviens être restée bouche bée, les yeux écarquillés, complètement sidérée. « Mais de quoi est-ce qu’elle parle? On est pas au Moyen Âge! C’est quoi cette ambition de mer…! » Je m’insurge en mon fort intérieur, je n’arrive tout simplement à enregistrer son désir. Moi je veux être archéologue, journaliste ou interprète! Je veux avoir 3 maisons, dix amants, pas d’enfant et plein d’argent! C'est quoi cette ambition anachronique? Arrive mon tour. Encore sous le choc, décontenancée sans savoir vraiment pourquoi, je fais ma clown de service et passe rapidement le relais à mon voisin. Je regarde ma voisine de table silencieuse, effacée, sereine. Je ne comprends pas. Comment ne peut-elle désirer qu'être femme au foyer??? Son désir fait naître en moi un malaise que je discerne sans arriver à y voir clair. Mon cerveau fait des tours dans le vide. Arrive la fin de cours, c’est plus fort que moi, j’ai besoin de comprendre, je l’arrête dans le couloir. Pour la première fois je lui adresse la parole, je la sens qui s’en étonne :

- Dis, machinetruc, c’est quoi ton trip? Je comprends pas, tu veux vraiment être mère à la maison? Mais pourquoi????

La voilà qui me regarde en se demandant si c’est du lard ou du cochon. Je lui envoie une vague de gentillesse et un sourire tout en poussant davantage :

- Non mais, c’est vrai, j’avais jamais entendu une idée pareille! Tu veux pas avoir un métier, faire de l’argent, être indépendante, tu veux juste avoir des enfants???

Je la vois qui reprend confiance, elle s’ouvre et s’anime alors qu’elle m’expose son point de vue :

- Non, pas vraiment, je m'en fous un peu, je veux juste avoir plein d’enfants, au moins trois pour sûr! Pis je veux rester avec eux, m’occuper de la maison, passer du temps avec eux. Je veux être comme ma mère, j’aime bien comment elle est ma mère…
- Ta mère travaille pas?
- Non, elle s’occupe de mes frères et je trouve que c'est bien ce qu’elle fait pour nous. Alors je veux être comme elle quand je serais vieille!!!

La sonnerie qui annonce le retour en classe me fait lâcher le morceau. Je n’ai plus de cours ensuite. Je cours retrouver des copines. Au fond de moi je sais que je suis troublée mais je l’oublie consciemment. Ce trouble bizarre naît de toutes ces petites douleurs que je trimballe à l’intérieur, de ces petites douleurs qui ne m’empêcheront pas de vivre et m’amuser! Pourtant le soir venu, au creux de mon lit, revient le souvenir de cette fille et de son envie bizarre. Je me souviens qu’il me fallut des semaines pour ne plus y penser dans les silences de ma tête, pour arriver à étouffer ce malaise qui me prenait aux tripes lorsque j’essayais de comprendre ce qu'elle avait voulu exprimer. Elle me semblait à des années lumières de ma réalité. Je ne lui ai plus vraiment reparlé si ce n’est pour dire bonjour en coup de vent...

Vingt ans plus tard, ce moment d'antan me revient en mémoire avec une clarté mystérieuse. En fait il revient hanter mes mois glacés avec une vivacité exacerbée. Il fait des bonds dans ma mémoire pour se mêler à mon présent. Il me harcèle. Il devient comme un son de cloche dès que j'essaie de réfléchir. Ces dernières semaines, j’y pense plus qu’il n’est sain de le faire. J’y pense et finalement je comprends. Cela s’éclaircit dans ma tête. Dans le flou de mes inconsciences, une petite lumière s'allume. Petit à petit je réalise que toutes ces choses qui m’ont échappées ne m’échappent plus. Je réalise que celle dont j’ai oublié le visage mais pas l’envie sincère était la première fille de mon âge qui exprimait l’idée de maternité accomplie. Je ne sais même pas si j'en ai croisé d'autres depuis! Les vocations maternelles ne sont toujours pas à la mode occidentale.

En ces mois d'hiver intense, dans le creux de mes journées, je comprends enfin ce que je n'avais pas compris à l'époque. Je comprends désormais cet instinct que je possédais sans en avoir conscience. Pour moi qui suis issue d’une lignée de femmes fortes et indépendantes, de celles qui ont participé à la libération de mon sexe, le concept de la femme au foyer était si désuet que l’on y pensait même pas. C’était un échec pas un épanouissement. Ce n’était pas le genre de chose qui faisait rêver la famille. Pour moi petite fille de parents qui avaient divorcés avant même que je ne sache marcher, pour moi qui n’avait aucune notion paternelle et qui vivait dans une dynamique monoparentale, l’idée de la mère au foyer était complètement extraterrestre à mes fondations. Je n’arrivais même pas à en concevoir le fonctionnement. C’était une idée complètement étrangère à ma vie. Je me souviens de cette incompréhension intérieure qui me parcourait lorsque j’essayais d’imaginer une telle vie.

Vingt ans plus tard, me voilà rendue maman à la maison! Dieu que la vie est faite de toutes sortes de tours et détours qui s'enroulent et se déroulent sur ce fil d'existence qui est le nôtre! Vingt ans plus tard, cette incompréhension profonde a été remplacée par une compréhension quotidienne. Je trace mes jours en un monde inconnu. Je suis présentement ce à quoi je n'étais pas destinée. Peut-être est-ce cela la liberté? Ne pas se voir forcée de vivre selon les préceptes de ceux qui vous précèdent. Vivre simplement, comme on l'entend, selon ses propres volontés distinctes.

Mais qu'est-ce que le destin? Combien d'identités pouvont nous traverser en une seule vie? La vie n'est-elle pas composée (dans le meilleur des cas) que de passages et de carrefours, de réalisations et de constructions? Maintenant que je vieillis je découvre que la vie est faite de toutes sortes de nuances que je ne pouvais imaginer lorsque j’avais quinze ans. Une vie humaine à l'échelle terrestre c'est très court mais lorsqu'il faut la vivre sur sept ou huit décennies, une vie humaine peut paraitre bien longue à celui qui en porte la peau (surtout lorsque les hivers semblent interminables)...

D'hier a aujourd'hui, un océan...

jeudi, avril 03, 2008

Léthargie n.f -lithargie XIIIe ; bas lat. d'o. gr. lethargia. 1. État pathologique caractérisé par un sommeil profond et prolongé dans lequel les fonctions de la vie semblent suspendues - sommeil ; catalepsie. 1. mort (apparente), torpeur. Tomber en léthargie. Sortir de sa léthargie. Léthargie hypnotique - hypnose. 2 (1652) État d'abattement profond - apathie, atonie, prostration, torpeur. « Ces temps où la poésie dramatique était en complète léthargie. » (Henriot) CONTR. Activité, vitalité.

En direct de mon igloo: Séquelles hivernales. Pensées léthargiques. S'égrènent les jours de givre sur pilote automatique. Songes embrouillés. Percées de soleil. S'éveillent les érables gelés. Transformations lumineuses. Douceurs d'enfance sucrées. Un brin de fillette au cœur de mon quotidien. Les heures se figent dans l'attente de la grande fonte. Sur le coup de midi dégoulinent les gouttières. Lasse d'être lassée. Attraper un bouquin. Lui. Elle. Nous. Moi? Décalée. Évaporée. Juan dans mon lit. Une fournaise d'homme pour attiser des braises d'avenir. Robert à mes cotés. Abstractions réalisées. Idées fantomatiques. Troubles nocturnes. Fantasmagories. Batailler l'humeur glacée. Se noyer en musique. Envie de danser...


Les Rita Mitsouko - Ding Dang Dong

Idées lethargiques

lundi, mars 31, 2008

Commençons cette semaine grise avec une expression riche en nuances et vérité. Une expression ancienne qui reflète l'un de ces concepts en lesquels je crois fermement. Celle-ci me fait soudainement penser à une expression cousine "Il faut de tout pour faire un monde"...

EXPRESSION via Expressio.fr
« Des goûts et des couleurs, on ne dispute / discute pas »

SIGNIFICATION
Chacun peut légitimement avoir ses propres goûts, opinions et méthodes.

ORIGINE
Faut-il que tout le monde se comporte comme des moutons de Panurge ? Certainement pas ! Si c'est à cause des différences que des conflits entre personnes éclatent, c'est aussi grâce aux différences que les progrès existent, que l'Homme avance. Il faut donc les cultiver et accepter que l'autre ait des goûts ou des opinions différents des siens (sinon, les longues conversations autour d'un verre seraient bien tristes). Selon le Dictionnaire de Trévoux, cette expression existait au XVIIIe siècle sous la forme "il ne faut pas disputer des goûts" mais Larousse indique que la nôtre viendrait des scolatisques du Moyen-Âge et serait une traduction du latin médiéval "gustibus et coloribus non est disputandum". Selon Rey et Chantreau, le sens actuel n'est probablement pas le même que dans la version initiale où l'apparent libéralisme de l'expression serait trompeur. Si les goûts alimentaires de chacun sont effectivement si variables qu'il n'est pas la peine de se disputer à leur propos, le goût au sens de "valeurs esthétiques" est imposé par la société et le contexte culturel, et il est donc totalement inutile d'en discuter (au point de se disputer).

EXEMPLE
« Il faut disputer des goûts et des couleurs. D'abord parce que toute dispute se réduit à cette espèce, et qu'il faut que l'on dispute. » Paul Valéry - Rhumbs

« Veux-tu mettre un habit neuf à une vieille sentence ? tu n'en as pas besoin pour dire que du goût et des couleurs il n'en faut pas disputer. » Alfred de Musset - Fantasio

Des goûts et des couleurs

vendredi, mars 28, 2008

Si vous voulez être libre de vos émotions il faut avoir la connaissance réelle, immédiate de vos émotions.
Arnaud Desjardins

Les femmes sont mieux adaptées que l'homme à la douleur. Elles vivent d'émotions, ne pensent qu'aux émotions.
Oscar Wilde

Toutes les grandes découvertes sont faites par ceux qui laissent leurs émotions devancer leurs idées.
C. H. Parkhurst

..... émotions

jeudi, mars 27, 2008

Zeste temporel

Il neige au soleil! Alors que d’un coté de ma vue un ciel bleu se dessine et m'offre une belle lumière ensoleillée, de l’autre coté de l’horizon, un ciel grisou fait tomber de gros flocons. Devant ma maison les deux extrêmes se conjuguent en irréelle d’atmosphère…

Depuis quelques temps j’ai la sensation étrangement claire de voir le temps s'écouler à travers mon brin de fille. J’en parle avec mon homme entre deux oreillers:

- C’est bizarre, quand je regarde Lily, j’ai l’impression de voir un sablier…

Il me répond alors le plus sérieusement du monde:

- Ah! Moi j’ai plutôt l’impression de voir une hypothèque!
- Hein? Comment cela?
- Ben je la vois comme un investissement sur vingt ans!!!

Zeste temporel

Pâques polaire

Polar Easter

Fêter Pâques par -15 degrés et sous 5 mètres de neige, c’est tout un programme! Cacher des oeufs dans une cabane de neige. Greloter dans la nuit éclairée d'une lumineuse pleine lune. Mon ado de Clo m'aide à la tâche. Les lapins que nous sommes nous gelons les doigts à creuser des trous dans la neige. Nous y installons des nids colorés. Nous y déposons des jouets et des confiseries. Chut! Les histoires de lapins des neiges sont secrètes, les enfants ne doivent rien soupçonner. Les étoiles sont glaciales. L’atmosphère est congelée. Je me transforme en glaçon.

Ma Clo de sœur pour qui j’ai tant de fois fait travailler l’imaginaire durant sa petite enfance, prend le relais pour motiver mon âme blasée. Alors que je grognasse et peste sur ce froid arctique me fait frissonner sur place, Clo m’explique combien tout cela est important pour la petite. Je souris en pensant à ces moments précieux où je m'appliquai à édulcorer les réalités de ma petite soeur. Une petite soeur devenue tantine qui me rappelle à la raison du coeur. M’zelle Soleil roupille dans la chaleur de notre cocon, elle ne semble se douter de rien. Pourtant la demoiselle en question est un vrai détective sur pattes! Elle absorbe avec attention chacune de nos conversations, elle s’exclame « Moua? Moua? » à chaque fois qu’elle entends dire « la petite », elle remarque tous les détails de son quotidien. Je nous sens sur écoute…

Mon petit poussin devient fillette. Elle bavarde à bâtons rompus. Elle n’en finit plus de construire ces longues phrases qui m’impressionnent. Attentive, je suis à l’écoute. Je me dévoue à l'épanouissement de ce petit bout de nous. Avec elle, je deviens louve. Durant cette occasion pascale, elle se bâfre de chocolat en compagnie de sa tante et de son paternel. Moitié parce-que j’ai l’envie de fondre plus vite que le banc de neige devant ma fenêtre et l’autre moitié marquée par un manque d’appétit relié à une petite maladie que j’ai du mal à éradiquer, c’est à peine si je mange trois chocolats. Je me contente de les observer se gaver les babines qui dégoulinent. Ils font naître des sourires amusés en mon horizon de fatigues antibiotiques. Douceur familiale...

L’hiver s’éternise en une symphonie monotone. Paysages monochromes. Juan se remet de son amygdalite. Il reprend du poil de la bête virile. M’zelle Soleil attrape le virus qui passe. Elle se transforme en une joyeuse fontaine de morve. La voilà elle aussi sous antibiotiques. Les chats se la coulent douce. Chanelle a un coup de blues. Juan profite du début de cette longue fin de semaine pour me faire grand plaisir en rénovant le plancher du salon. Exit le vieux tapis détesté et bienvenue à une nouvelle atmosphère chaleureuse. Pour ce faire, il travaille de ses bras musclés et nous passons un quarante huit heures juste les deux, comme avant d'être parents, cela nous fait un bien fou. Et toujours la neige accompagne le cours des jours...

Avec ce mois glacé qui se poursuit sur sa lancée blanche, nous approchons notre sixième mois d’exil arctique, c'est un hiver des plus coriaces! Le lac n'est plus qu'un désert blanc presque oublié des mémoires givrées. D'après ce que les experts en disent c'est l'un de ces hivers qui n'arrivent qu'une fois par siècle! Dans la salle d'attente de la clinique où nous prenons notre mal en patience, j'attrape des bribes de conversations voisines. M'Zelle Soleil charme tout ce qui bouge, je rencontre un bébé Isaac et son papa Patrick. Je remarque que ma fille peut faire fondre la plus endurcie des vieilles filles! La nouvelle passion de Lily est de savoir le prénom de tous ceux qu'elle croise et rencontre! Ceci engendre bien des sourires! Je sers souvent d'agent de liaison! Elle s'enquiert du nom puis elle répète le son qu'elle fait ensuite rouler entre ses lèvres mielleuses pour le plus grand plaisir de ses interlocuteurs. Lorsqu'on lui demande le sien elle répond: «Lily Zoyeille», je fais la traduction et je ne compte plus (depuis sa naissance) le nombre de ceux qui s'extasient sur sa sonorité. Je suis contente que son prénom particulier reçoive un si bel accueil. Il faut dire, qu'à date, vu comment elle rayonne, elle le porte à merveille. Un vieux monsieur qui l'entend papoter depuis un moment vient la saluer, il me dit «Quelle beau p'tit bout, une belle personnalité, elle n'est vraiment pas terne! C'est bien.». Surprise, je fais un sourire en acquiesçant de la tête. Je me dis qu'avec un nom pareil ce serait malheureux pour elle d'être terne! À deux chaises de ma pomme, j'entends s'exclamer une dame âgée aussi ridée qu'un parchemin ancien: « Ah Non! J’ai jamais vu un hiver pareil!!! J’ai jamais vu cela de toute ma vie!!! ». Yep, c'est un sacré hiver, de celui qui alimentera les futures légendes...

Mais la question que je me pose en ce moment est celle-ci: Est-ce que la balance des saisons finira enfin par se trouver un équilibre au dessus de zéro? J'ai besoin d'un bol d'air frais. Je suis en manque d'herbe verte. J'ai l'été comme fantasme! Si seulement on pouvait atteindre un gros dix degrés, cela suffirait pour que je ressente le besoin de sortir de mon hibernation présente. L'hiver est une saison morte disent certains. J'aurai donc l'impression de renaitre. Je sortirai en vitesse me faire bronzer la pomme à l’air libre. J'installerai ma chaise longue sur un mont de neige fondante et j'ouvrirai un livre. Les boucles libres, un crayon à la main, je scribouillerai mes idées sur papier. Je porterai une jupe pour sentir l'air glisser entre mes cuisses. Rêves et chimères. Pour l’instant, il faudra bien se contenter de ce -10 degrés qui a vu naitre un autre matin de cette semaine frigide…

Pâques polaire

vendredi, mars 21, 2008

"Donner au suivant"

De mon coin de brousse, j'ai aperçu cette petite vague virtuelle, surfant sur des élans de générosité, qui parcoure la blogosphère. Intellex a écrit un bien beau billet sur le sujet...

Ceci m’a inspirée une idée glacée. Grâce à ma fonction particulière d'ambassadrice d'hiver, il me reste encore quelques certificats cadeaux (d’une valeur de 25$) qui donnent droit à une entrée et une boisson gratuite pour l’hôtel de glace. Plusieurs de mes amis en ont déjà profité. Sans compter le super troc que j'ai fait avec Vanou! De jolies boucles d'oreilles irisées contre un certificat glacé.

Cette année, j’ai même poussé ma générosité jusqu'à offrir notre nuit gratuite en une suite (qui coûte la peau des fesses) à des amis qui en rêvaient depuis des années. Kay et Alex adorent les activités hivernales. Kay m’avait maintes fois soufflée à l’oreille combien elle aimerait connaître l’expérience d’une nuit à l’hôtel de glace. Cette année, elle quitte la région pour se rapprocher de son coin natal. Enceinte de quelques mois, sa vie va se transformer radicalement dans les prochaines saisons. Je me suis dit que cela ferait un joli cadeau d’adieu. L’homme a grogné un peu même s’il a approuvé ma démarche. C’est vrai que c’est un peu le sacrifice d’une soirée romantique mais le plaisir de donner reste bien agréable. Le plaisir de donner et de voir la joie briller dans les pupilles d'autrui. Une sensation douce pour combattre la morosité ambiante...

Kay et Alex y sont allés durant une douce nuit pailletée de flocons moelleux. Ils ont adoré leur expérience. Ils en ont bien profité. J’étais heureuse de les voir rayonner de bonheur. L’hôtel de glace est une expérience féérique. C’est autre façon d’expérimenter la rude saison. Alors en ce temps de Pâques qui ressemble à Noël, j’offre deux visites gratuites à qui voudra profiter de l’hôtel de glace. Vu la saison que l'on a, ce palace d'hiver est encore en très bon état, il ne devrait pas fermer ses portes avant début avril. Alors si cela vous dit, faites moi signe, je suis juste de l'autre coté de l'écran…

details-de-chambre Ice-Hotel

"Donner au suivant"

Noël a volé le printemps!

Hier, toute la journée, la neige est tombée, épaisse, lourde, elle s’est accrochée aux branches qui se sont mises à ployer sous sa blancheur immaculée. À chaque fois que j'ai regardé par mes deux fenêtres non ensevelies, j’ai ce curieux refrain qui me vient en tête : « Oh! Douce nuit, Sainte nuit… lallalala, lalalalala ». Un curieux refrain enrobée d'une subtile saveur acerbe...

C’est une émotion temporellement décalée que je ressens à chaque fois que je regarde par ma fenêtre qui m’offre un magnifique paysage de Noël, un paysage superbe, mieux que toutes les cartes postales que je n’aie jamais vues! C’était si beau hier, comme dans une boule de Noël! Pourtant j’ai été incapable d’en accrocher des images en mon appareil numérique. La force de l’inspiration m’a manquée douloureusement. Durant la nuit gelée, les vents ont soufflé de fortes bourrasques qui ont dispersé, en des nuages blancs, toute cette neige posée sur la forêt. Ce matin, c’est toujours autant Noël, c’est juste un peu moins joli. Je combats le spleen de saison qui m'avale l'esprit. Une douce mélancolie m'envahit le coeur.

Même le froid refuse de quitter la partie, un froid qui s’accroche au paysage blanchit. Ce matin lorsque j'ouvre la porte pour le chien, un souffle glacé pénètre ma cuisine. L'atmosphère est arctique. Pâques est au coin de la semaine et tout ce qui nous entoure est englouti en un univers polaire! Il faudra faire des nids dans la cabane creusée là où se situait notre pelouse. Notre terrain est inaccessible. Je ne peux me résoudre à faire les nids à l’intérieur mais il sera sûrement nécessaire que je m’y plie. La météo annonce encore de la neige…

Sous-le-soleil-II Ma-pelouse-de-mars

Noël a volé le printemps!

mardi, mars 18, 2008

Brève de couple

Laisser la petite chez sa grand-mère et filer à l'anglaise profiter du soleil qui brille dans le ciel bleu. Marcher à deux dans la vieille ville, main dans la main, harmoniser nos pas, laisser battre nos coeurs à l'unisson. Profiter du temps qui passe. Une petite heure de liberté. Ensemble. J'éprouve une certaine culpabilité à me détacher ainsi de l'enfant. Elle me manque. Je partage avec lui mon désarroi. Il me dit :

- Etolane, il y avant un "nous" avant et il y aura un "nous" après…
- Tu crois?
- Oui.
- Alors c’est sûr, tu as raison, il faut aussi un "nous" pendant…

Brève de couple

Croquine d'hiver

En attendant que le lac ne se libère de sa prison de glace, M'zelle Soleil me fait fondre l'humeur en croquant à pleines babines dans la saison blanche...

Coquine d'hiver

Croquine d'hiver