mardi, mars 10, 2009

Chroniques d'enfances et de mamamitude..

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Chroniques d'enfance et de mamamitude...

Ici l’hiver acharné continue son petit bonhomme de chemin en encroûtant ma rue d’une épaisse couche de glace. Même si les journées se rapprochent du degré zéro, les nuits sont encore bien glaciales. Ce matin, les volutes de froid dessinaient l’atmosphère polaire...

En ma maison chaude Oedipe a fait une apparition si remarquée qu’il va me falloir enquêter davantage sur le sujet. Mon brin de fille prend des airs de compétition lorsqu’il est question de l’attention de son père. Elle le fait avec si peu de subtilité que je n’arrive même pas à m’en sentir offusquée (même si je commence à être sérieusement intriguée). Hier soir provoque mes idées : L’homme et l’enfant débarquent dans la cuisine. Ils n’ont pas encore enlevé leur manteau qu’elle se jette dans ses jambes, me regarde et s’exclame: « C’est mon mari, c’est mon namoureux!!! »

Picnik collage

En mon fort intérieur je ne peux m’empêcher de me dire « Ouais, c’est la fin de l’innocence pure! ». J'aspire une petite bouffée de nostalgie. Je m’accroupis, l’embrasse et la déshabille sans relever l’exclamation. Je réalise que grandir avec son enfant est une tâche ardue. À peine a-t-on l’impression d’apprivoiser une nouvelle routine, de maitriser une discipline que déjà il est passé à une l’étape suivante! L'enfant est en évolution constante. C'est aussi fascinant qu'effrayant. Je peux l'imaginer comme un train à vitesse rapide qui n'a qu'une seule destination: "Devenir grand". Et les parents forment ces rails sur lesquels file le train...

C’est ainsi que depuis quelques semaines, je me retrouve à lui expliquer de plus en plus de concepts humains. Le mensonge a aussi fait son apparition. Même s’il est encore transparent comme de l’eau de roche, il se fraie clairement un ruisseau dans le terreau d’enfance. Commence alors la ronde des sermons et explications. Après la discipline à manipuler, les sermons à formuler! Vraiment pas trippant! Commencer par tracer les définitions de ces frontières qui séparent le bien et le mal. Une sacré tâche en perspective! Une tâche que l’on ne peut accomplir que sous la pression de nos propres valeurs et perceptions.

Picnik collage

Par les temps qui courent j'aime bien consulter les pages du site Naître et grandir. J'y découvre des mines de compréhensions. J'y retrouve mes valeurs d'éducations et plusieurs exemples pour les mettre en application. Tout comme cette idée tranchante que j'ai sur le sujet des cris. L'enfant peut crier, c'est son droit (tant que cela ne devient pas insupportable), c'est dans sa nature d'apprentissage mais l'adulte référent ne peut hurler (c'est son tort) il doit toujours savoir se contrôler. Ne pas perdre son sang froid. Cela n'est pas facile tous les jours, oh que non! Le rôle de l'enfant est de chercher les limites de son environnement, ce faisant il marche souvent sur les patiences de ses parents. En ce qui me concerne, je fais mon possible pour rarement sortir de mes gonds. À chaque fois que je sens ma pression monter et mon ton s'envoler, je prends une note mentale de ma mise en échec (Arrête ton char la mère, calme tes nerfs, tu ne fais que mettre de l'huile sur un feu déjà brûlant). Je pense aussi que même lorsque l'on se sent à bout de souffle, dénigrer l'enfant c'est se tirer dans le pied, je veux croire aux miracles du renforcement positif.

En me renseignant là-bas sur le mensonge, j'apprends que ma p'tite bête est précoce, cela ne m’étonne point. J’avoue même en ressentir une certaine fierté. Une fierté qui croupit dans un puits sombre lorsque vient le temps de mettre la main à la pâte et d’expliquer les subtilités de la vie à ce petit bout d’humain en constante progression!

Extrait du site Naître et Grandir: "L’enfant qui dit des mensonges: La plupart du temps, les enfants ne « mentent » pas : ils camouflent, enjolivent ou transforment la vérité. Dans le cas d’un jeune enfant, une imagination active est même plutôt un « signe de bonne santé émotionnelle », écrit le pédiatre américain T. Berry Brazelton. Le tout-petit adore raconter des histoires et se rendre intéressant. Très souvent, il avoue lui-même, avec son plus beau sourire, qu’il est en train de « raconter une histoire »! Ce n’est qu’après 4 ans qu’il devient conscient que raconter une histoire peut poser des problèmes. En attendant, expliquez-lui que ce n’est pas bien et faites preuve de tolérance."

Picnik collage

Dés les premier signe d’utilisation mensongère abusive, je sévis. Je lui explique le concept de ce qu’elle pratique en l’éclairant sur le sujet. J’insère en sa petite cervelle des petites graines de raison. Je lui démontre un point important, une maman attentive sait toujours repérer le mensonge qui couve! Lorsque je rentre dans sa chambre qu'elle a transformé en un bordel monstre alors qu'elle devait sagement dormir et qu'elle tient mordicus à me faire croire qu'elle dort comme un ange, je pousse ma chansonnette tannante! Elle n’est point satisfaite de mes explications et il se peut que la sauce tourne au vinaigre. Vexée d’être mise à nue, elle se rebelle. Elle se retrouve au pied du mur, me regarde avec colère et s’écrie « Moi ze veux pas regarder ma vérité! » Impertinente, elle me cherche les nerfs ou elle me boude avec passion. Je tiens bon. Je refuse de lui laisser croire qu’elle peut me faire gober la lune et Jupiter! Nous traversons une nouvelle étape. L'on arrivera bien vite dans la cour des grands. L’on dit adieu aux biberons et bambineries. La doudou aussi est en sursis. Il faut dire qu’elle tombe en lambeaux. J’ai commencé le processus de séparation, cet été elle disparaîtra sans aucune magie.

Mais que l’été semble loin! Et que M’Zelle Soleil s’en ennuie carrément. Tant et si bien que j’ai accepté qu’elle enfile son maillot de bain sous ses habits lors de notre dernière escapade à l’hôtel de glace! Elle construit des rengaines d’été à chaque journée qui passe. Elle a bien assimilé ses saisons et l’été semble obnubiler le cours de ses pensées. Le lac aussi est à la mode de chez nous, l’été et se baigner dans le lac, nos oreilles commencent à chauffer! Alors qu’un superbe coucher de soleil se profile à l’horizon, je lui dis :

- Regarde Liloo, comme le ciel est beau avec toutes ses couleurs….
- Oui, y’a beaucoup de couleurs, on pourrait aller à l’été ça veut dire! Oui l’été, l’été, ze veux me baigner dans le lac et mettre mon maillot de bain, ouuiiiiiii…
- Heu, ben c’est juste un coucher de soleil, l’été est pas encore arrivé! Il faut d’abord que toute la neige fonde…

Froncement de sourcil perplexe. L’enfant regarde les montagnes de neige par la fenêtre. L'on partage un regard complice. Autant elle peut m'illuminer le cœur autant elle sait faire grincer mes nerfs sous sa douce torture enfantine. « Mais non! Moi ze voulais! Ze VOULAIS! T’es pas zentille! Ouin ouin ouuuinnnin » Pour désarmer ses bombes capricieuses, lorsque je suis en force mentale, j’actionne ses rigolades. Au cœur d’une pleurnicherie, elle résiste difficilement à la remarque surréalistement comique. Jeanne qui rit, Jeanne qui pleure. Jeanne qui peut rire aussi vite qu’elle pleure. Jeanne que j’aime plus fort que ma vie.

Ses jeux deviennent de plus en plus élaborées. Son imaginaire se construit sous nos yeux. Elle développe toutes sortes d’histoires abracadabrantes. Un soir elle me raconte avec conviction « Mon bébé est sorti de mon ventre et les amis de la garderie, ils étaient là pour m’aider à pousser! » « Oui bien sur ma fille! » Elle s’invente toutes sortes d'histoires qui emmènent ses poupées dans des aventures inspirées des caractéristiques de son quotidien. En ces jeux d’enfants se révèle toute la latitude des ses compréhensions.

En ces jeux d'enfants, ses colères, ses pitreries, ses actions et réactions, je comprends combien elle est sensible à son environnement immédiat. Un environnement qui la façonne sans qu'elle n'en aie aucune conscience. Un environnement dont j'ai le contrôle et la responsabilité présente. Un fait dont j'ai cruellement conscience...

Je réalise aussi une certaine ingratitude enfantine que l’on ne peut prendre personnelle. Je la réalise lorsqu’elle chantonne dans son bain « Z’aime beaucoup papa, z’aime un petit peu maman! Que z’aime beaucoup papa, que z’aime un petit peu maman! » À moins que cela ne soit encore Œdipe qui fasse des siennes? Comme lorsqu’elle dit à son bébé : « C’est lui mon prince, c’est son papa, c’est son trésor. » Mais dans quelle marmite est-ce que je suis tombée?

Et puis il y a ces moments où elle me regarde avec tant d’amour et de confiance que mon cœur se cristallise en mille morceaux. Fatiguée, je me repose un instant sur mon lit. Elle arrive, charmante, avec un grand sourire. Elle me demande :

- Pourquoi elle est partie au ciel ta mémère?
- Parce-qu’elle était vieille et malade ma puce…
- T’es criste hein maman?
- Oui elle me manque beaucoup.

Elle se colle contre moi, me serre dans ses bras, me fait un bisou tout doux avant de se relever pour me dire d’un ton déterminé :

- Demain, tu vas voir ta mémère elle va revenir…
- Heu, je crois pas ma puce…
- Si, tu vas voir elle va revenir, elle va pu être vieille, elle va pu être malade, elle va pu être mort! Elle va s’escuzer d’être partie au ciel et elle va s’occuper de toi! Elle s'occupait bien de toi hein?

Derrière sa silhouette de fillette je vois se profiler le visage de Juan. Il capte mon regard ému. Il me chuchote tendrement à l’oreille : « Les enfants sont magiques… »

4 commentaires:

Looange a dit…

Je vais dire comme toi ça sent le Oedipe à plein nez :) J'ai hâte de voir si Bianca va aussi passer par la

Beo a dit…

C'est bien vrai que les enfants sont magiques avec beaucoup des ingrédients qu'on a nous même semés!

C'est pas pour rien qu'elle te sers ta grand-mère comme pour te rassurer: c'est tellement cute!

Précoce ou pas, je trouve qu'elle traverse les différentes étapes fort sereinement et oui ça brasse la cage des parents quand même ;)

Anonyme a dit…

Peu importe le sens, ces mots d'enfants sont toujours craquants! Avec trois filles, j'ai vu Oedipe "hanté" ma maison plus souvent qu'à mon tour! Mais on les aime tant ces petits trésors, ces anges (cornus?)!

Oedipe passe et ensuite, la plus belle des relations mère-fille s'offre à vous! Sautez dedans! C'est tellement merveilleux!!

Je vais ajouter ton blogue au mien. J'aime vraiment beaucoup tes textes!

Au plaisir

Nathalie,auteur de
Mère de sportive
www.meredesportive.com

Etolane a dit…

Looange, oui et plus je lis sur le sujet, plus je frissonne! :lol: J'ai aussi hâte de savoir si tu passeras par là! ;)

Beo, oui un petit cela brasse la cage des grands... C'est une bonne petite fille qui nous guide sur le chemin de la parentitude. Un chemin parsemé d'embuches et de cactus! :lol:

Merci Mère sportive. Bienvenue en mon jardin de Toile. Trois filles! Alors tu dois connaitre Oedipe sur le bout des doigts! ;) Est-ce que les hostilités durent longtemps? J'essaie de ne pas en faire de cas mais parfois je serre un peu des dents! Au plaisir de mots partagés :)