lundi, juillet 04, 2011

Santé et humanitudes...

3 comments
Filent les jours qui tissent les heures...


Les jours défilent et me glissent entre les neurones. L'été s'installe au lac. Le village s'anime et la plage se bonde. Les bateaux font des vagues sur l'eau. L'été fait battre le coeur du village. Les vacanciers ouvrent les chalets qui se mettent à vibrer. Cela sent les vacances et la crème solaire. Pas vraiment de vacances pour ma pomme mais quand même un peu de crème solaire! La chaleur prend d'assaut les collines. Le soleil nous rend la vie plus belle...

Peu à peu, je récupère une énergie aspirée par la maladie hivernale. Je retrouve l'usage de mes muscles qui se dénouent. Que cela soit durant un cours de Pilates ou une répétition de côtes à monter. Je reviens de loin. Parfois je m'épuise et je rage un coup. Je me repose de force plus que de gré. La moitié de ma face s'enflamme. Je collectionne les anti-inflammatoires. Les sensations deviennent douleurs. J'avale une pilule qui vaut de l'or sur le marché noir. J'en dose le répit. Je prends mon mal en patience et puis j'attends que cela passe. Ensuite je reprends le roulement du quotidien qui nous entraine les heures: mamamitude, piges, couple, maison, amis, lac, et ainsi va la vie qui va ah!

J'en suis à mon sixième mois depuis ce matin pas cool où je me suis réveillée avec une moitié de visage paralysé. Certains jours, je bataille avec force les suites de cette attaque virale qui m'a mise sur le carreau. Je poursuis ma remontée vers la lumière. Je m'éloigne des ténèbres. Il y a les jours sans et les jours avec. Souvent je médite sur la santé physique et mentale, sur ses richesses et ses bienfaits. J'espère arriver à ne plus ressentir les douleurs, la fatigue, l'angoisse. Lorsque le visage est attaqué, c'est tout l'être qui frémit. Je cultive la santé qui revient tout en continuant la bataille qui guérit.

Mais est-ce que la vie n'est pas une bataille pour tous? Un chemin périlleux avec des clairières parsemées. Des paisibles clairières qui se nichent entre ces chemins humains ponctués d'obstacles à affronter. N'est-ce pas pour cela qu'il est important d'accrocher les bonheurs de la vie? D'en apprécier le positif pour ne pas se laisser glisser sur une pente négative. De ces pentes existentielles qui n'ont qu'une direction, le fond. Celui que l'on ne veut pas toucher.

Comme je préfère l'escalade à la dégringolade, je prends soin de percevoir les beautés de la vie. Pour m'en nourrir l'esprit. Pour m'en remonter le moral. Je tricote mes émotions en couleurs pour en faire des foulards d'espoirs. Une maille à l'endroit. Une maille à l'envers. Entremêler les sentiments pour mieux les démêler. Avancer. Évoluer. Rêver.

Durant cette épopée, j'ai un suivi médical qui me fait visiter régulièrement le docteur. J'ai la chance d'avoir un docteur de famille. Une denrée rare au Québec. Celui-ci m'a "adoptée" il y a de cela une grosse année. Mais il est si surchargé qu'à part les suivis et les grossesses, il ne voit aucun patient grippé ou enrhumé! Comme mon cas est plus complexe qu'un rhume, je bénéficie d'un suivi qui se déroule sur plusieurs mois...

Dans la salle d'attente qui se vide à mesure que la nuit embrasse le jour, je me plonge entre les pages de mon livre. Je sais que je suis la dernière à passer. Du coin de l'œil je vois marcher une femme. Elle fait les cent pas.

Entre mes pages, les lignes déroulent des vies fictives. Un reniflement qui revient, un soupir qui s'approfondit. Je lève la tête. Je croise les yeux rougis de la femme qui fait les cent pas.

Je perçois sa souffrance sans la comprendre. Son angoisse est palpable. Je lui rends un regard doux. Inutile de l'embarrasser davantage, je retourne entre les lignes de mon livre...

Il reste une demi douzaine de personnes dans la salle d'attente. Des corps réfugiés dans la nuit et une âme en peine. La femme se mouche. Les larmes coulent. Les regards s'entrecroisent.

Je relève la tête et tombe droit dans les yeux interrogatifs d'une dame sagement assise. Je hausse les sourcils puis baisse les yeux. J'essaie de lire mais la détresse de cette femme me déconcentre. J'échange un regard avec un homme aux tempes grises assis derrière moi. Il me dit en jetant un regard vers la femme: "Ça a pas l'air de filer..." J'acquiesce en silence. Je me détache de mon livre et j'observe la salle sans mot dire.

Le docteur appelle l'homme aux tempes grises. Il se lève. Il s'avance puis se ravise à mi-chemin pour laisser sa place à la femme en larmes. Un autre regard qui s'échange. Je lui souris. Il me sourit aussi.

De ses yeux clairs se dégage une bonté humaine que j'apprécie. Une compassion naturelle envers la douleur d'autrui. Une pulsion qui fait de nous des êtres civilisés, responsables?

Je regarde par la fenêtre. Il fait nuit noire. Je me dis qu'il brille de la lumière humaine en cette salle presque vide. Cela me rassure. C'est le tour de l'homme aux tempes grises. Je tourne la tête et la dame sagement assise me dit:

- C'est bien ce qu'il a fait, moi, j'aurais fait pareil, je lui aurais aussi donné ma place!
- Oui, je réponds, c'est beau de voir que la compassion humaine existe encore. Il faudrait plus de compassion et moins d'argent pour faire tourner le monde...

3 commentaires:

mum a dit…

et des larmes me viennent aux yeux en te lisant...c'est beau ce que tu dis et tellement vrai..un peu plus de compassion et d'amour pour échapper à ce monde souvent fait de furie et de violences ...lorsque l'homme retrouve en lui ses capacités d'attention à l'autre,le monde s'emplit de soleil...bonne récupération pour toi et continue avec courage ton ascension vers la guérison totale...je t'embrasse affectueusement....

Anonyme a dit…

moi aussi Etolane, merci encore merci de nous peindre cette humanité là car aujourd'hui encore je me pose tant de questions, ce que je vois ici aussi de l'autre côté de "notre" atlantique, m'effraie de plus en plus souvent.
J'en ai aussi les larmes aux yeux, émue de voir et sentir à travers vos lignes qu'il existe encore de l'espoir qui se conjugue au genre humain.
mes prières vous accompagnent toujours dans votre combat de chaque jour, c'est tout ce que je "peux faire".
amitiés, d'outre atlantique
Brigitte

Looange a dit…

Ça met un baume au coeur ta petite histoire du monsieur aux tempes grises. Y en a pas souvent !!!