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lundi, mars 23, 2020

Chroniques de Covid...


Deuxième semaine d'isolation volontaire en temps de pandémie. On s'y adapte.

Avec l'homme au télétravail et la puce sans école, nous nous organisons un horaire d'isolation pendant que monde se renferme sur lui-même.  Nous nous adaptons. Mon mari diabétique est à risque et j'ai vu assez d'hôpital en ces quatre dernières années pour n'avoir aucune envie de m'y retrouver de nouveau.

Ayant vu venir le trouble à l'horizon, nous étions préparés lorsque le monde s'est réveillé, enfermé en ses frontières. L'ironie d'avoir reçu nos passeports, périmés depuis deux ans, l'automne dernier ne m'échappe pas.

Mon homme est habitué à régulièrement télé-travailler, il s'y adapte bien. Nous en profitons pour instaurer des heures de bureau. Histoire de ne pas m'arracher les cheveux à le décoller de son écran!

Miss Soleil est déçue de la tournure des choses mais compréhensive. Elle qui excellait en son année, autant sur le plan académique que social, n'est pas heureuse de ne plus aller en classe. Elle s'en fait une raison qu'elle puise en l'amour profond qu'elle ressent pour ses parents. Elle me touche. Elle est cool. Elle préfére propager le message que le virus. Ce qu'elle fait, avec ses amis qui aimeraient bien la voir.

Quand le monde arrête de tourner

Elle avait plein de projets cool à vivre, dont un voyage scolaire à New-York avant de changer d'école. En tant que première ministre élue, elle participait à une initiative intéressante. Je chapeautais le projet depuis plusieurs semaines, pour la préparer avec sa coéquipière à cette expérience de niveau secondaire 5 alors qu'elle est en secondaire 2.

Je les ai fait travailler des heures et de heures afin qu'elles puissent comprendre et assurer cette simulation d'Assemblée qui aurait dû les emmener au Château Frontenac puis à Montréal. En notre trio familial, la puce avait le plus de projets, qui tombent à l'eau, en cours. Cela me peine pour elle.


Et je compte bien que l'on profite de cette parenthèse humaine pour vivre des moments qui resserrerons nos liens. Pour trouver des activités qui nous feront passer du temps ensemble. Pour créer des moments inédits en une période historique.

De mon coté, je travaillais fort pour revenir au monde qui tourne et mettre en place de nouveaux projets. Mais je n'en étais pas encore tout à fait là. Septembre était mon objectif de rentrée. Évidemment, je suis bien déçue de ne pouvoir poursuivre le fil de mes rééducations sociales en retournant en ville! Voilà trois ans que la maladie me confine. Je vais mieux. Et c'est maintenant le monde qui s'y met. À y perdre ce latin que je n'ai jamais appris!

Le coup de la fermeture des piscines a été mon plus gros coup personnel. Et la crainte de perdre la continuité de mes traitements médicaux. J'ai passé la semaine à voir comment j'allais m'arranger. Une nouvelle organisation de soins se met en place. 

Si mon chiro ne tombe pas malade,j'ai une chance de ne pas trop régresser. La clinique où je me fais traiter a mis en place de nouvelles mesures et ne traite plus que ses cas urgents. Ceux qui pourraient finir à l’hôpital sans traitement. Comme j'en fais partie, je peux continuer d'y aller. En faisant toujours très attention.

Mon osteo, revenue de voyage, est en quarantaine. Son remplaçant me prend en urgence aujourd'hui. Le seul écart que je dois faire en notre isolation volontaire est d'aller à la clinique, qui se situe à cinq kilomètres de ma maison.

Achever une rééducation physique de deux années en compagnie du Covid19 demande quelques réflexions et adaptation. Il me sera plus douloureux de continuer mes rééducations en  mode terrestre. Sans répit d'apesanteur. Mais quand il n'y a pas la possibilité de faire autrement, il fait faire avec! 

Essayer de compenser le manque à gagner en piscine avec des marches hebdomadaires. Objectif en cours, accumuler 2000 pas par jour, en espérant ne pas perdre l'acquis de deux dures années de travail de rééducation physique. Sachant qu'il y a un an de cela, ma capacité de marche tournait autour de 200 pas avant que mon dos ne crie grâce.

S'adapter pour avancer est un art de vivre que nous pratiquons depuis bien des années. Être confinés en coin de lac offre plein d'air pur, de silence et d'espace où patienter. Nous avons conscience du privilège de vivre en nature et dans une province qui prend les mesures nécessaires pour essayer d'éviter l'hécatombe italienne.

L'attitude de chacun déterminera le bien de tous. Habituellement l'attitude de chacun n'a de répercussions que sur lui-même ou son cercle proche. Ce qui permet à chacun de développer son individualité à gogo.

Désormais l'attitude de chacun est un maillon important de la chaîne humaine qui gardera l'ordre social en place, ou le fera dangereusement tanguer...

En notre coin de brousse, l'on a appris à transformer la fatalité en force. L'on a appris à persévérer dans les difficultés. L'on a appris à s'adapter et à évoluer. J'ai appris à survivre en d'intolérables douleurs. J'ai appris à les traverser sans lâcher. J'ai appris à transformer le pire en force.

En ce monde qui se referme sur lui même, je me reconnecte. Je m'ouvre de nouveau. Revenir à la vie durant une quarantaine mondiale est très étrange. Bref, au Québec, ce n'est pas encore la fin du monde. Peut-être est-ce juste le début d'un nouveau. En notre coin de lac, c'est surtout l'hiver. Un p'tit -20 avec ça?

En notre organisation de maison, il y a une marche hebdomadaire. En coin de forêt ou sur le lac, selon les lumières ou les humeurs. Un copain voisin nous y rejoint parfois. On pratique la distanciation sociale, les hommes papotent à trois mètres de distance, et l'on avance. Un jour après l'autre...


En notre organisation de maison, il y a une sortie hebdomadaire à l'épicerie, durant les heures où personne n'y traîne. L'on désinfecte tout ce qui entre dans la maison. Qui se transforme en zone verte au fil des jours qui nous isolent. J'ai aussi décidé de revenir nourrir ce coin de Web chaque jour.

Cette semaine, la transmission communautaire débute au Québec, est-ce le début ou la fin? Nul le sait. À chacun d'en choisir l'attitude à développer en les prochains mois pour que le meilleur en ressorte plutôt que le pire.

Isolation volontaire en temps de pandémie

lundi, janvier 24, 2011

Hoch 'ebmey tIjon

Une vague de froid arctique déferle sur toute la province. Il fait aussi frette qu'ensoleillé. Ce qui n'est pas peu dire en nos contrées nordiques!

Avec des nuits à -30 et des journées à -40 dans le vent, c'est l'aventure hivernale dans toute sa beauté. Une beauté extra-lumineuse sur fond d'azur. Une beauté mordante qui ne pardonne pas l'insouciance. Le soleil brille. L'air est limpide. L'atmosphère se fige. Les sapins se recroquevillent et malgré le froid intense les oiseaux chantent.

C'est ces jours là où j'écoute avec amusement la fille de la météo qui explique qu'il n'y a pas de "tuque pas belle" et qu'il faut ABSOLUMENT bien d'habiller. Mais tant que l'on s'habille c'est pas si pire au soleil! Les rares jours où Hydro-Québec appelle à la modération et où des centaines de moteurs font grève...

Je les aime bien ces jours là, tous dans le même bain d'hiver. Ils sont un peu surréalistes. Ils sont bénis d'un ciel bleu où se reflète l'infini. Ils sont synonymes de lumière vive et d'air polaire. J'aime passer ces jours-ci à l'intérieur de mon cocon et ne sortir que quelques minutes à la fois pour me gaver la face de soleil...

Mais ce mois-ci n'est pas un mois comme les autres en notre maison. C'est un mois de rénovation intense qui doublera notre espace de vie. Un gros mois de petits stress quotidiens et de projets qui se concrétisent. Un mois à part qui nous sort de l'ordinaire pour l'améliorer. En investissant dans cette vieille maison de galets entre lac et forêt, c'est au futur que nous avons rêvé. Un futur qui se construit au présent.

Mais avant de connaitre le meilleur il faut passer le pire. Et le pire est ce chantier qui m'empoussière! D'ailleurs, n'est-ce pas toute cette testostérone et le champ de bataille en mes murs qui me donne soudainement envie de parler klingon de bon matin? Kapla!


En ce lundi glacial, c'est le jour du gyprock. Un grand jour. Le jour où les murs prennent consistance et où les perceuses se font mélodie masculine. Mes oreilles vrillent. Aujourd'hui, ma concentration en prend pour son grade! Ma volonté ne suffit pas à la discipliner. Elle s'éparpille entre deux tweets. Je réalise d'ailleurs qu'il faut bien peu de concentration pour tweeter!

Aujourd'hui, à part jeter un oeil sur mes courriels, aller sur Twitter, faire un tour de Facebook, lire quelques articles à droite et à gauche, effleurer la fleur de peau d'Alexandre Jardin, niasouiller avec ma Flip et faire de la brume polaire avec de l'eau bouillante, il m'a été impossible d'aligner deux phrases cohérentes de suite! Alors que les perceuses font la fête et que je vois la poussière s'accumuler en temps réel sur les touches mon clavier, mon esprit fuit par toutes les pensées possibles. Et le klingon vient me titiller l'imagination...

Voilà bien des années que je n'avais pas pensé à parler klingon! Dans les années 90, l'idée me plaisait souvent mais le travail pour y arriver était aussi fou que l'idée! À cette époque là, il existait des dictionnaires pour en apprendre la langue guerrière mais le Net n'était encore qu'un concept flou.

Maintenant, en cette nouvelle ère numérique qui est nôtre, en quelques clics, je découvre le klingon à portée d'esprit. Pour oublier le chantier en ma maison, je me laisse glisser en une brèche spacio-temporelle. Du coup, l'envie de parler Vulcan me percute deux neurones! Je ne sais pas si c'est les perceuses qui me creusent la tête ou le froid qui m'emporte...

Enfin les ouvriers partent, ils ont bien travaillé, la poussière retombe. Demain, j'aurai tout le silence de ma brousse pour travailler en beauté. Heureuse de voir le jour s'achever pour que débute le suivant...

Hoch 'ebmey tIjon

samedi, mai 08, 2010

Caprices et colères de saison

Picnik collage

Lundi, en me promenant dans le village désert, j'ai pensé que j'avais manqué un memo du ciel. Il faut dire que par les temps qui courent le ciel est capricieux et bien souvent de mauvais poil.

Alors que je marchais, Chanelle à mes cotés, en silence dans une atmosphère semi tropicale j'ai réalisé que j'avais manqué le moment où les pôles s'étaient inversés, où j'avais changé de pays sans bouger de ma brousse. Enfin il faisait chaud et humide. Les collines verdissaient à vue d'oeil et l'hiver ne semblait plus être qu'un lointain mirage. Je me suis rapprochée de la plage où le lac folâtrait avec de grands vents. L'air était rafraichissait à souhait. Juste assez pour être parfait. J'ai regardé Chanelle se baigner avec un plaisir tout à fait canin. J'ai humé le silence et le calme.

La nature se réveille. Elle déboule et s'installe. En une semaine à peine les feuilles, d''un vert presque phosphorescent, m'éclairent le moral. À l'orée de ma forêt, je les regarde pousser. Si je me concentre très fort, je peux même les entendre. J'adore cette période de l'année. L'été est en chemin. J'aspire la nature retrouvée. Je souris aux quatre vents. Enfin un peu de couleurs en mon paysage...

Mardi, le ciel avait le caractère d'un enfant de deux ans mal luné! Il s'éclaircissait durant une heure pour nous ensoleiller avec bonne humeur mais l'heure d'après il s'encolérait avec vigueur. Il faisait alors une grosse crise sous la forme d'une averse subite et violente. Puis revenait un ciel bleu et quelques nuages cotonneux. Et puis la crise de nouveau et ainsi de suite. À la journée longue..

Lorsque le ciel colère...

Et jeudi, le ciel nous en a pondu une belle! Sous la forme d'une micro tornade, il est venu brasser le lac et ses collines verdissantes avec force et puissance. Les arbres se sont couchés devant sa colère. Alors que je travaille, j'entends le vent se lever et gronder. Je m'approche de la fenêtre. Hypnotisée.Le vent tourne autour de la maison. À l'arrière de la maison, j'entend un brouhaha immense. Étrange. Je regarde souffler le vent avec une petite inquiétude.

Je refuse d'être comme ces héroïnes de série B qui sentent le danger mais vont quand même voir ce qui se passe quitte à se jeter tout droit dans la gueule du loup. Je retiens ma curiosité et je reste clouée devant ma fenêtre en m'assurant que le mur du fond de la maison est encore entier. L'électricité tressaute et meurt. Les vents se calment subitement pour laisser place à une averse bruyante. J'ose enfin m'approcher du fond de la maison. Je regarde par la fenêtre de ma chambre. Interloquée, il me faut plus de trois secondes pour arriver à fermer la bouche.

Choquée, sans prendre la peine de mettre un manteau, je sors sous la pluie battante. Et, je constate l'ampleur des dégâts. Deux arbres sont bel et bien tombés. Je réalise alors qu'ils sont passés si proche de la maison, qu'à quelques mètres près, j'y perdais ma chambre! Dans ces moments là, l'on ne peut que remercier le ciel, aussi colérique qu'il soit, de nous avoir épargner. Du coup, l'on n'est même plus fâché que le froid revienne et qu'on se les gèle. Trop content d'avoir encore un toit sur la tête...

Caprices et colères de saison

lundi, septembre 21, 2009

Arrive l'automne...

Feuille d'automne

Voici l'été qui se meurt en cette journée autre ensoleillée. Le temps est ultra doux. Sur le coup de midi, l'air est aussi moelleux que de la guimauve. Mais les jours raccourcissement cruellement. La lumière change. Elle s'adoucit. L'été qui ne nous aura pas gâté s'estompe. La nature s'éclate. Le grand lac repose ses esprits tourmentés d'humanité. Paisible, sauvage, immuable, il me ressource. Son immensité limpide me baume l'être tout entier. Autour de nous, la nouvelle lumière rend toutes les feuilles translucides. La forêt s'illumine. Demain arrive l'automne...

Déjà la forêt se mordore. Mes quelques tomates mûrissent. Mes tournesols fanent. Ma fille grandit. Les nuits sont bien fraîches même si les jours qui se succèdent sont d'une beauté inouïe. Le soleil est au rendez-vous. Il fait meilleur qu'en juillet. Ironie des saisons qui délirent. Une constante reste. Avec l'automne débute toujours ce spectacle de la nature dont on ne se lasse pas...

Automnal

Cet été, nous avons investi dans notre futur en sacrifiant des petits bouts de présent. La vie est un chemin plein d'épines! Ainsi nous avons passé l'été dans toutes sortes de travaux. Des travaux d'allure titanesques que nous n'avions point prévu mais auxquels nous avons dû nous résoudre pour le bien de la maison. Un jour, elle sera habitable de bas en haut...

Creuser une tranchée de plus de deux mètres de profondeur pour arriver aux fondations de la maison. Isoler tout le corps extérieur. Creuser encore. Changer le drain. Poser une couche d'isolant puis une membrane imperméable. Murer une porte condamnée. Reboucher la tranchée. L'homme a trimé et trime encore. Dieu merci plusieurs de nos amis nous ont aidé à entrevoir la lumière au bout du tunnel! Par intervalles d'émotions, j'ai subtilement déprimé. Je suis devenue experte en biscuits maison pour hommes en sueur. Le seul point agréable de l'histoire: je me régale de la fermeté retrouvé des biceps de Juan.

Encore deux ou trois fins de semaine et cela devrait être terminé. D'ici que l'hiver ne s'installe l'on devrait être passé au travers. Il aura fallu bien du courage à Juan pour y arriver. Étant moi-même plutôt princesse, les histoires de tranchée, de cisailler le granit à coups de scie, de bétonner ou de me frotter aux vers de terre ne m'enchantent aucunement. Alors je fais des biscuits maison qui ravissent les papilles des bagnards. Juan me manque. D'humeur chagrine, je fais du ménage en solitaire et je m'occupe de mon brin de fille qui jacasse à tout vent et qui m'ensoleille le cœur...

La saison passe et s'efface. Ainsi, l'on aura redonné quelques décennies à cette maison en "pierres de rivière" que nous retapons du toit aux fondations. Un étage est rénové, un autre est à nu. Une maison âgée d'un petit demi-siècle. Presque une antiquité à l'échelle de la forêt qui l'entoure. Un jour viendra où l'on sera fiers d'avoir revampé ces quatre murs qui nous abritent les saisons.

Au quotidien, j'apprivoise un nouveau rythme d'existence. M'zelle Soleil va quatre jours à la garderie. Je prends plaisir à travailler de nouveau. Cela fait beaucoup de bien à mes neurones qui se dérouillent enfin. Cependant, par moments, ma fille me manque intensément. Être maman est un état douloureusement précieux. Difficile de lâcher prise avec ces "années bébé". Années que je laisse derrière moi. Années qui s'archivent en notre mémoire familiale.

Ces années de mamamitude passionnée qui ont façonné la forme présente de mon être. Mais pour la mère comme pour l'enfant, une nouvelle autonomie se dessine. Ce faisant, je redécouvre la femme qui végète en ma chair. Et je lui fais prendre l'air frais de cette nouvelle saison qui nous emporte le cours de nos vies...

Before and after...

Brins de saison

mercredi, octobre 10, 2007

Mega chantier d’Action de Grâce


Cette fin de semaine de l’action de grâce restera dans nos mémoires. Un fin de semaine entière à refaire le plancher de la cuisine. Cela faisait seize mois que j’attendais cela. Depuis le moment où nous avons emménagé en cette maison. Maison d’une cinquantaine d’années avec une saveur toute kitch puisque le décor intérieur n'a guère changé depuis son époque glorieuse des années 70! Tout un étage à rénover que nous avons accommodé en Rétro-Loft, une version particulière de la chambre d’ami. Cet étage avec une décoration qui n’a pas évolué depuis au moins trente ans, preuve à l’appui des témoignages enthousiaste d’un proche voisin, ancien ami d’enfance de la famille qui s'abrita en ces murs durant quelques décennies. Celui-ci semble être transporté en une machine à remonter le temps à chaque fois qu’il y pénètre. D’ailleurs la majorité de nos amis ont cette même impression! Bref, la cuisine…

L’étage que nous habitons est assez vaste pour nous trois, deux chambres, un salon, une grande cuisine et une salle de bain de taille agréable. De grandes fenêtres, une rue des plus tranquilles à l’orée de la forêt, un potentiel de petit nid coquet. En y emménageant nous avons repeint le salon, notre chambre et la salle de bain. Juan a refait le plancher de la chambre de M’zelle Soleil. C’est tout ce que nos moyens nous permettaient, le reste devait attendre. Notamment le plancher de la cuisine, ce prélart antique qui n’avait l’air de rien et qui me détournait l'estomac. Après seize mois à vivre dessus, sur cette horreur, ce vieux plancher dégeu qui s’effritait, qui se désagrégeait, qui n’avait jamais l’air propre et me foutait le moral à terre, ma patience fut enfin récompensée par un superbe plancher de céramique tout neuf…

Un plancher de céramique qui aura mis un bordel monstre dans la maison, qui nous aura envoyé dormir deux nuits dans le Rétro-Loft, qui aura mis l’homme dans tous ses états pour finalement émerger de ses mains en un produit fini très satisfaisant. Durant cette fin de semaine Juan a travaillé comme un bœuf, il a enlevé le vieux plancher de m…, non sans effort, chaque carreau se faisait difficile, il a sué comme un esclave. Pour la première fois de ma vie, je me suis consciemment soumise pour participer à l’effort en me transformant en une assistante dévouée. Étant d’un naturel cruche dans tout ce qui concerne les travaux manuels, j’ai compensé ce travers en lui offrant une soumission totale : « Oui Juan ». Il n’a pas abusé de ma docilité. Il s’est contenté d’en savourer la facilité. Durant trois jours j’ai donc acquiescé, obéi et il m’a écouté sans jamais me contrarier. Vu comment il travaillait fort, il méritait bien un peu de soumission féminine. Il faut dire que je le trouve bien sexy dans l’effort, lorsque la sueur lui dégouline sur le visage, lorsque les muscles bandés, il utilise tout son corps pour écharper ce maudit plancher à m… C’est plus fort que moi, je craque. Le mâle en puissance fait se trémousser la femelle conquise. Ah! Que la chair est faible! Et que mon homme est sexy lorsqu’il se met à l’ouvrage. Bon, j’ai quand même du forcer mon mental à cette totale soumission. Une soumission qui était presque divertissante pour l’homme en pleine bataille. Je l’ai encouragé lorsque je l’ai vu faiblir, je l’ai rassuré lorsque je l’ai vu douter, je l’ai conforté lorsque je l’ai senti souffrir. Je lui ai rappelé les heures où manger. Je l’ai épaulé de mon mieux. Je me suis même tapée le « Home dépôt », le magasin le moins drôle au monde…

Reno-Depot

- Etolane, tu me passes le marteau là
- Oui Juan.
- Etolane j’ai plus de vis, tu descends m’en chercher à la Coop?
- Oui, Juan, tout de suite.
- Etolane, faut que tu ailles me chercher la scie à découper la céramique. Pis aussi changer le coulis?
- Oui, Juan.

La petite en « vacances » chez sa mère-grand, nous nous sommes retrouvés seuls durant autre jours et trois nuits pour la première fois depuis sa naissance. Nous avions cependant l’esprit tellement implanté dans le plancher que nous n’avons pas eu le temps de nous lamenter. Même si au troisième jour un certain baby blues se faisait ressentir en nos pensées. Quatre jours à refaire le plancher avec à chaque jour son lot d’épreuves. Juan a trimé, j’ai plié et j'ai assisté à la moindre de ses demandes.

- Etolane, on va faire les lignes prends un bout…

Une heure à faire des lignes sur le plancher remis à neuf pour y aligner tous ces trucs que je cherche même pas à comprendre car en ce contexte-ci être cruche ne me dérange pas du tout. Trois jours à faire le ménage derrière lui, autour de lui, devant lui. Mes efforts furent définitivement plus intérieurs que physiques, même si quelques courbatures se firent sentir dès le troisième jour où je me sentis moins cruche que la veille. Une envie soudaine qui me met au commande de l’application finale du coulis, une tâche qui fait travailler les bras mais qui est presque plaisante finalement. Si l’on oublie que c’est plus corrosif que l’on y prend garde et que l’on se retrouve le lendemain avec tous les deux les mains bien sensibles.

Le cinquième jour l’on peut enfin profiter d’un nouveau plancher en céramique bien propre. Fatigués mais heureux. J’y décore un coin de cette plante tropicale dénichée au « Home Depot » car même si je médis sur ce magasin trop masculin à mon goût, ce magasin qui m’ennuie viscéralement, à chaque fois que j'ouvre l'oeil j’y déniche quand même une trouvaille. Trouvaille qui se fait généralement du coté des plantes. Cette fois après deux voyages, j’y découvre une superbe plante exotique à moins de 10$, une trouvaille parfaite pour le nouveau plancher que je n’hésite pas à ramener en notre cuisine régénérée!

Dans le creux de la vague, dans l’un de ces moments où l’on en voit plus le bout, je vais voir mes courriels . Je reçois des nouvelles de Micah et Iza qui sont rendus à New-York. Je regarde leurs photos. Ils sont si beaux et l’on est tous crottés! Je me transforme en gélatine visqueuse d’envie, je suinte de jalousie, l’homme sait les mots qui me ramène à la raison. Dans une autre vie, j’en suis sûre, c’était un moine bouddhiste! Mais ce qui me torture c’est de savoir que nous avons consciemment fait le choix de nous retrouver dans ce méga chantier.

Nous avions soupesé dans notre balance New-York avec Micah et Iza versus nouveau plancher de cuisine? Vu l’horreur du plancher, l’on a pas soupesé trop longtemps. Il y a des raisons auxquelles l’on ne peut que se rendre! Cependant alors que là juste là, j’en ai par dessus la tête de la céramique, du bordel, du ménage à la chaîne, du « oui-oui maître», je tombe sur des photos ensoleillés de la grosse pomme toute enrobée d’un exotisme qui me fait baver de dépaysement! Mon esprit grelotte un coup avant de se reprendre en main! L’homme me réchauffe le cœur et c’est reparti pour un tour de manivelle, tire la bobinette chera! L’on commence à être pas mal épuisés. Le chantier prend forme. Le chantier redonne espoir en un avenir meilleur.

Action de Grâce version céramique de cuisine

Alors que le chantier est presque terminé, l’on est heureux de retrouver notre chipette qui grandit à la vitesse de la lumière. Elle parle, de plus en plus elle parle. En découvrant le fruit de nos efforts, elle s'exclame: « Oh! C'est bô!!! ». Elle répète ce nouveau mot sur une base régulière en nous montrant du doigt le plancher refait.. Elle comprend, elle analyse, elle m’allège l’esprit. Elle dit «voui, vi (oui oui)» maintenant. Ce n'est donc plus ma petite poupée qui dit non, non, non! Nous nous installons pour dormir en bas, c'est étrange d’investir cet espace en suspension. M’zelle Soleil trouve l’aventure à son goût. L'on se souvient avec émotions de ses premiers mois où elle dormait dans la même chambre que nous. L'enfant roupille et l’on finit nos choses aux petites heures de la nuit.

Le cinquième jour, l’on se réveille avec une nouvelle impression de cuisine. Je suis pas mal fière de mon homme qui est pas mal satisfait de ses efforts. Exténués mais contents du résultat nous sommes. Prochaine étape, les vieux tapis du salon et de notre chambre mais cela sera du pipi de chat comparé à ce que l’on vient de traverser en cette belle fin de semaine de l'Action de Grâce où il est de bon ton de remercier l'univers de ses bontés. J'en profite pour remercier le ciel ombrageux de cette unité harmonieuse que nous formons. Pendant ce temps la saison revêt ses habits d’Halloween. Elle étire ses couleurs et m’entraîne en une féerie automnale qui n’en finit plus de m’enivrer la vision. Je me saoule de couleurs champêtres. Je n'en perds pas un regard.

Création automnaleHumeurs d'automne

La semaine est déjà bien entamée, je ne l'ai pas vu passer! La petite est grippée. Il reste encore quelques petits détails à terminer, je retrouve mes repères avec ce petit bonheur de voir mon intérieur transformé. Dehors, le temps se ternit et une monotonie d'entre deux saisons s'installe. Bientôt toutes les feuilles seront tombées. Je n'en ai cure, j'ai les yeux plein de couleurs et ce plancher neuf fait briller mes humeurs d'intérieurs...

Mega chantier d’Action de Grâce

mercredi, mars 29, 2006

Ma cabane au Canada

Là où j’ai vécu, là où je vis, là où je ne vivrai plus. À l'été qui s'en vient, nous déménagerons à cinq pas de là, plus près de la forêt dans une petite maison aux étranges murs de pierres tirées des eaux d'une source inconnue.

Ma-cabane-rosée

Toujours imaginer en rose ces dimensions d'espérances
aux rythmes du jour fugace.

Ma cabane au Canada