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mardi, août 03, 2010

Brève plâtrée

Dans la voiture, M'zelle Soleil nous explique les perceptions du monde qui est le sien:

- Tous les gens qui me voient, ils font "iiiiiiiiihhhhhhhh" et après ils font "Ooooohhhhh"...
- À oui, comment ça?
- Ils font "iiiiiiiiiiiihhhh" t'as un gros plâtre! Et "ooooohhhhh" il est beau ton plâtre! Et moi je pense dans ma tête tu le veux si il est si beau!


L'on ne peut s'empêcher d'éclater de rire devant la pertinence de sa réponse. Quatre ans et demi et toute sa tête la guêpe! Au bout de cinq semaines plâtrées, je comprends trop bien cette sensation humaine qu'elle nous décrit innocemment. Je la partage en silence. La pomme ne tombe jamais bien loin de l'arbre dit le dicton...

Brève plâtrée

J-2 (souvenirs des premières heures de l'épreuve parentale)

Je compte les heures jusqu'à ce que M'zelle Soleil déplâtre. Encore deux jours si tout est beau. Il y a cinq semaines, lorsque j'ai compris l'importance de sa fracture, il était trois heures du matin. Il fallait attendre huit heures pour aller la faire plâtrer. De retour à la maison à quatre heures. J'ai encouragé Juan à se coucher. M'zelle Soleil s'était endormie sur le chemin du retour et nous n'avons eu qu'à la poser dans son lit.

Je suis restée seule, éveillée dans le jour levant, les nerfs en pelote j'ai pleuré. Dans le silence de ma brousse, j'ai pleuré comme une madeleine durant trois heures. J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. J'ai pleuré l'été que l'on ne connaitrait pas (et qui s'est révélé le plus beau depuis cinquante ans!), j'ai pleuré la douleur de voir mon enfant blessé. J'ai pleuré la sourde inquiétude qui subitement s'installait en mon coeur. J'ai pleuré ma peine toute maternelle en réfléchissant à cette responsabilité qu'il m'incombait. La responsabilité de lui faire la vie douce comme elle le mérite. J'ai pleuré et j'ai pensé. Le jour s'est levé dans le gazouillement des oiseaux et je pleurais toujours. J'ai réveillé Juan à sept heures en pleurant (des idées plein la tête pour améliorer son sort enfantin). J'ai arrêté de pleurer lorsqu'il a fallu la réveiller pour repartir à l'hôpital. Je n'ai plus pleuré depuis.

Depuis je bataille. Je bataille cette colère noire que je ressens vis à vis de l'arrogante voisine. Je bataille mon amertume (et ignorance) des trampolines. Je bataille la douleur de voir souffrir mon enfant puis la douleur de la voir diminuée. Je bataille l'inquiétude latente qui me ronge de l'intérieur. Je bataille mes humeurs obscures pour lui rosir la vie malgré tout. Si souvent, dans l'invisible de mes sentiments, mon cœur de maman se fend. La mère louve en mon sang hurle à la lune. Et je collectionne les insomnies...

Puis je me raisonne, avec maturité, je me force à voir plus loin que cette peine qui m'étouffe de l'intérieur. Je réalise notre force face à l'adversité. L'on bataille les trois à notre façon mais l'on fait front. M'zelle Soleil prend le tout avec une philosophie qui la grandit. Elle sait désormais écrire même si elle ne sait pas tout à fait lire. Si son petit corps a un peu ramolli, son esprit s'est acéré. Il s'est affiné à l'ombre de cet immobile été.

Et si l'on croit les prévisions, elle sera bientôt guérie, remise sur pieds. Réparée. Je pourrai de nouveau apprécier cette sensation précieuse qu'est la bonne santé de son enfant. La voir marcher, courir, sauter. Et peut-être me reposer un peu les idées et dormir...

J-2 (souvenirs des premières heures)

lundi, juillet 12, 2010

Interlude de Festival

Alors que j'essaie de me libérer du charme de Yann Perreau, j'essaie aussi d'étirer le temps pour arriver à tout faire à la fois. Couvrir le Festival d'été c'est un peu comme courir un marathon! C'est une super expérience mais les journées sont pleines et les nuits sont courtes...

Privés de lac pour cause de plâtre, le Festival tombe à point pour occuper M'zelle Soleil éclopée! Juan, qui a pris ses vacances pour m'aider à la tâche, s'occupe de notre Mini Miss avec brio. Le Festival bouscule sa routine habituelle mais vu que la routine de juillet est toute chamboulée avec ce tibia fracturé, au moins, cela lui change les idées et elle est contente. Je réalise sa force intérieure en même temps que je la vois affronter l'épreuve qui l'afflige. Nous formons son comité de soutien mais il reste que c'est elle qui est dans le plâtre de la cuisse aux orteils! Et la chaleur qui n'en finit plus de nous écraser est un autre défi à traverser. Un bon défi lorsque l'on habite si près d'un lac et que l'on ne peut s'y baigner. Souvent, je m'arrête et je note ces petites phrases qu'elle me dit et qui mettent bouche bée ou me font fondre.

De l'adaptation à son plâtre:

- J'essaie de me concentrer pour y arriver. J'essaie de me forcer...

Autre jour, autre heure, elle me regarde et s'exclame:

- Maman, heureusement que tu es là, je sais pas ce que je ferais sinon.

Elle se plaint peu mais sa patience est mise à rude épreuve. Du coup, elle perd plus vite patience! Nous lui avons loué une marchette pour enfant. Alors que j'étais plutôt sceptique sur la chose, elle m'impressionne en la manipulant avec dextérité pour se déplacer dans la maison et retrouver quelques bribes d'autonomie. Mais le plus dur, c'est surement la gratouille. La gratouille de plâtre qui n'est pas prête de s'atténuer...

C'est lorsque cela gratte et que cela démange que cela fait plus mal. Ne pouvant rien faire pour elle que la câliner, je lui propose d'en faire une chanson. Avec tout le Festival d'été que l'on mange ces jours-ci, ce n'est pas une inspiration que je suis allée bien chercher loin! Et puis, après tout mieux vaut chanter que crier! Comme elle trouve aussi l'idée bien à son goût, il ne lui faut que quelques secondes pour chanter sa petite misère. Une misère dont elle compose un refrain enfantin qui me fait sourire: "Grou-grou. La gratouille. Quand sa gratouille dans le plâtre, c'est bien désagréable.... Mais on peut pas rien y faire... Lalalalala... On peut juste faire un p'tit câlin magique... Quand ça gratte dans le plâtre..."

Interlude de Festival

mercredi, juillet 07, 2010

Départ de Chanelle et tibia fracturé

Depuis la naissance de ce blogue, rares sont les semaines où je poste si peu de billets! Mais la semaine dernière fut particulièrement éprouvante. Tout d'abord, il y a eu le rapide déclin de ma belle Chanelle. Fidèle chienne. L'accompagner jusqu'à sa fin fut une expérience bouleversante.

Et puis, alors que je reprenais mes émotions en main, M'zelle Soleil se fracture le tibia dans la trampoline de la petite voisine! Moi qui n'aime guère la voir sortir de mon périmètre de sécurité, voilà qui confirme mes angoisses maternelles. Grmphhhh...

Et c'est reparti pour une culbute d'émotions. Entre ces deux faits, le manque de Chanelle se mélange à la douleur de voir mon enfant peiner. J'enfile mon armure de force et courage et je m'attelle à la tâche. L'aider du mieux possible afin qu'elle puisse conserver son moral et sa joie de vivre.

Sa résilience dans cette épreuve m'épate. "Il fait beau être jeune!" comme disait ma Mère-Grand. Je laisse couler les mots en un brouillon d'aventure parentale qui macère présentement en un coin d'écran. J'y glisse mes émotions renversées...

Alors que l'on commence à traverser cet obstacle en famille, l'interdiction de lac se fait pesante. Une canicule qui bat les records des trente dernières années s'installe sur nos têtes. Amère canicule. Habiter si près d'un lac et ne pouvoir s'y baigner n'est pas drôle du tout! Alors on s'enferme dans la relative fraicheur de la maison, l'on fait un cocon de guérison. M'zelle Soleil démontre une belle bravoure. Son plâtre ultra fashion allège la lourde atmosphère. Et il déchire sa mère! En fibres de verre, il enjolive l'inconfort mais malheureusement il ne supporte pas l'eau. Quatre semaines plâtrées à l'horizon....

Le Festival d'été est au coin de la semaine. Lorsque M'zelle Soleil a réalisé qu'elle aurait son plâtre durant le festival, elle a pleuré longtemps. Inconsolable. Toute une déception à ses yeux d'enfant! Mais si l'on ne peut aller se baigner, l'on pourra certainement profiter au mieux de ce Festival d'été qui ne peut que mettre du baume sur nos peines...

Départ de Chanelle et tibia fracturé

mercredi, août 27, 2008

...

Horizon bleuté

Encore deux jours d’immobilisme à tirer. Mon attelle de plâtre fait désormais partie de mon quotidien invalide. J’apprends à vivre avec cet inconfort réel qui m’handicape les pas. Voilà quatre jours que je suis alitée. Confinée. M’zelle Soleil me manque mais je sais qu’elle ne s’ennuie pas de moi. Elle profite, par cette occasion, d’une escapade au royaume de Mamie où je la sais choyée. Alors qu’elle virevolte de ses petites ailes, impatiente de s'envoler, je prends mon mal en patience. Comme ma mère parraine une famille de réfugiés dont les parents ont commencé l’école cette semaine, elle se retrouve, un peu malgré elle, à garder les deux enfants Apo et Ana qui ne commenceront l’école que la semaine prochaine. M'zelle Soleil adore Apo et Ana qui lui rendent bien, elle les prépare au français d'une mignonne manière qui me touche l'âme. Pendant ce temps mon ado de sœur commence le Cegep, elle est amoureuse, elle bulle en son aquarium et s'occupe gentiment de ma fille qui l'aime avec dévotion. M’zelle Soleil rêve d’aller à l’école. Plusieurs fois par heure elle est capable de relancer le sujet :

- Moi quand ze vais être crande, ze vais aller à l’école. Hein Maman?
- Oui quand tu auras cinq ans.
- Moi z’ai cinq ans!
- Non tu as deux ans et demi.
- Non moi z’ai cinq ans et ze peux aller à l’école!

Ainsi nous faisons des rondes d’un même manège qui n'arrête pas de tourner. La coquine me fait doucement sourire lorsque je la surprends à souffler une bougie en chantant : « Bonne fête Lily, bonne fête Lily-Soleil, bonne fête Lily cinq ans. » Tout en levant ses cinq doigts bien écartés dans les airs pour mieux démontrer la force de ces cinq ans tant désirés. Cette enfant me bouleverse. De l'extérieur je souris mais à l’intérieur je soupire. Elle a autant hâte de grandir que je n’ai pas hâte de vieillir. Elle voudrait autant accélérer le temps que je voudrais le ralentir! Ainsi va la vie. Ainsi se construit le présent qui conjugue parents et enfants.

Voilà cinq jours que je ne l’avais pas vue. En nos trois ans d’existence commune (comptant le temps de gestation), c’est la première fois que je me sépare si longtemps d’elle. Ainsi va la vie. Pendant ce temps, Juan en profite pour refaire la céramique de la salle de bains. Il en arrache le pauvre. Comme son assistante de service est alitée, il progresse plus lentement. Vu que les évènements de la fin de semaine ont mis des bâtons dans la roue de rénovation, il doit poser ses carreaux après ses heures de bureau. Il est fort mon homme. De plus je dois avouer que je ne suis pas mécontente de le voir enfiler son mini short de travail! Comme nous n’avions pas encore complètement réemmenagé avant mon stupide accident, je n’avais pas encore fini de remplir tous les tiroirs et placards. Du coup ses habits habituels de travail ont disparu et il n’a pu mettre la main que sur un mini short de plage « Labbats blue» qui lui dévoile les cuisses et qui lui moule les fesses de manière fort charmante! Le regarder travailler dans son petit short bleu, les muscles bandés, la sueur au bout de la tempe, me rend tout chose. J’en mangerai bien de ce garçon! Ah! Cela tombe bien c’est le mien! Trop con que je ne puisse rien me mettre sous la dent en mon état présent! D’un coup l’absence de l’enfant prend une autre dimension. Petit à petit je me souviens comment nous étions avant, beaux, libres et insouciants. C'est une sensation confuse qui rejaillit de mes entrailles noyées en ma maternité consommée. L'individu qui se rappelle à lui-même. Étrange sensation. Hier soir, passent Phil et Alex qui viennent donner un peu de renfort moral à Juan. Phil met le doigt dans ma plaie. Alors que je constate les jours qui défilent sans ma fille, il me dit en pointant mon plâtre du menton: « Ben c'est sur, il fallait au moins cela pour que tu puisses t'en séparer!». Oui, bon, je sais, je suis collée à cet enfant qui m'émerveille.

Aujourd’hui je me réveille avec un poids dans le cœur. J’ai mal, j’suis pognée, j’suis tannée, cela commence à me gratouiller la chair dans le plâtre, j’suis ben tannée et tout aussi pognée! Dehors le soleil brille de plein feux, la journée est glorieuse, cela me fout le bourdon. Heureusement, aujourd'hui je vois ma fille. Depuis deux jours, nous nous étions organisées avec mon amie Dee afin qu’elle aille chercher ma fille chez ma mère, pour ensuite venir me chercher, pour ensuite aller voir Equinoxe son cheval chéri. Juste au moment où mon moral se crashe entre deux branches d’arbres, du renfort est en chemin. Je me pousse les fesses qui s'ankylosent lorsque je les vois arriver en milieu de matinée. Prendre ma fille dans mes bras me remonte le moral d'un coup. M’zelle Soleil ouvre grand les yeux sur mon plâtre. C’est un "mega" pansement qui lui inspire un respect immédiat : « Maman ça va ton bobo? Tu t’es fait un gros bobo? Ça va maman???» Je la rassure en même temps que j’hume son odeur de sucre d'orge. Le velouté de sa peau est une caresse sur mes émotions à vif. Mon enfant. Ma chair et mon sang. Aimer son enfant est un acte si profond qu’il dépasse tout le reste. Elle m’enrobe de son affection. Nous montons dans l’auto. Ou plutôt je me traîne jusqu’à la voiture avec l’aide de Dee. Les maudites marches de la maison prennent une toute autre dimension depuis cinq jours. M’zelle Soleil qui porte si bien son nom éclaire nos esprits de son innocente luminescence. J'avale orgueil et douleur. J'apprécie la relation que ma fille développe avec mon amie, le tout est un bonheur à mon cœur. En chemin l’enfant me demande :

- Maman pourpoi tu t’es fait un gros bobo?
- Parce-que je suis tombée ma puce?
- Encore?!?

Dee ne peut s’empêcher de pouffer pendant que je marmonne :

- Oui, bon ben je sais, c’est pas comme si je l’avais fait exprès!
- Mais maman pourrpoi tu t’es fait bobo?
- Parce-que je suis tombée, je me suis fait mal à la cheville…

Je prends sa petite jambe entre mes mains et lui montre l’endroit en question. Sa compréhension générale est bonne, je n’ai jamais besoin de lui expliquer longtemps quelque chose. Régulièrement elle palpe le quotidien de son intelligence. Une intelligence en pleine ébullition. C'est à mes yeux un processus presque magique. Par contre une fois qu’elle a compris le truc, elle est capable de le répéter des centaines de fois! C'est moins drôle pour le parent gavé des mêmes ritournelles! M’zelle Soleil adore aller à l’écurie. Équinoxe le cheval de Dee réside désormais sur un domaine à une quinzaine de kilomètres de mon lac. C’est un endroit lové dans la forêt avec autant d’espace que d’animaux. Il y a une petite chèvre qui se ballade l’air de rien. Ana l’ânesse qui fait son tour de quartier, des chiens, des chats et des dizaines de chevaux, pour la plupart dans des champs.

Aujourd’hui la journée était magnifique et c’était la première fois que je sortais de mon antre de puis cinq jours. Aujourd’hui les sourires de mon amie ont aiguillé mes pensées à la dérive. Comme une héroïne elle m’a amenée sous son aile mon petit Soleil et du coup, je n’ai pas sombré dans l’obscurité. J’ai plutôt passé une superbe matinée, assise sur une chaise la patte sur une autre à regarder briller la vie autour de moi. Une minuscule chèvre au coin de l’œil, l’ânesse derrière l’épaule et ma fille au coin du cœur, j'ai savouré de plein gré ces quelques heures envolées. Je me suis nourrie l'humeur de ma fille qui rayonne aussi fort que le soleil dans un ciel bleu. La vie est ainsi faite. Elle n'est pas parfaite mais elle est souvent belle. Encore deux jours d’immobilisme à tirer avant la prochaine visite à l’hôpital. Je suis aussi raisonnable que recommandé, je visualise même, par instants fugaces, les petits bouts de ma chair qui se recollent de l’intérieur. Je refuse de m'aplatir devant l'obstacle. Je suis blessée mais je ne me laisserai pas abattre…

Mon petit soleil

Passer l'obstacle

lundi, août 25, 2008

Peut-on se péter les deux chevilles en un mois?

Certains diront : « Ben voyons!!! Pas possible! » d’autres diront : « C’est possible mais rare... » et moi je dis : « C’est fait! ».

Il y a un mois je me suis faite une entorse de grade 3 à la cheville gauche. Alors que celle-ci commençait à reprendre du mieux voilà pas que je me pète la droite encore plus sérieusement que je m’étais pétée la gauche! Une recette infaillible pour devenir temporairement invalide...

Samedi en allant chez un copain à Québec, je rate une marche dans le jardin et vlan! je tombe comme une masse en hurlant comme une furie. Avant même que je ne comprenne comment j’avais fait, j’étais à terre. En même temps que je suis tombée, j’ai entendu craquer et j’ai juste eu le temps de penser : « Oh! Non c’est l’autre! » Ensuite la douleur m’a irradié le cerveau avec une telle force que j’ai cru m’évanouir. Juan est accouru sans y croire. Hurlante, les larmes dégoulinantes sur ma face crispée, j’ai pu articuler : « Ma cheville, c’est l’autre! ». Et voilà ma cheville qui enfle de manière phénoménale. Pour avoir eu une expérience récente de ce genre, je sais que c’est grave et je sais aussi que cela a craqué, un bien mauvais signe pour la suite de l'évènement. Je ne veux pas y croire mais la douleur est malheureusement bien réelle…

Arrivée à l’hôpital, je souffre le martyre, j’attends comme il se doit, la patte en l’air, et je finis par passer les radios. C’est si douloureux que je sens remonter des larmes que j'avale de mon mieux. Je sais que je me suis blessée bien comme il faut! Je m'en veux sans pouvoir rien y faire. L’homme n’en revient pas. La petite est chez ma mère. Je voudrais d’un coup de baguette magique revenir trois heures en arrière et ne jamais descendre cette put... de marche. Mais ma baguette à remonter le temps me fait cruellement défaut! Je n'ai pas le choix d'accepter mon sort. Arrive enfin le docteur qui, sur un ton expéditif, me dit :

- Bon, ton ligament est complètement déchiré! Tu as tout arraché! Tu as un mois de plâtre et une semaine sans bouger, le pied surélevé. Je vais te faire un gros arrêt de travail, tu dois complètement arrêter toutes tes activités! Alors je le fais à qui ton arrêt de travail???
- Heu, c’est que je m’occupe de ma fille à la maison…
- Ah! Bon ben je t’envoie l’infirmière pour le plâtre! Je vais te donner de quoi pour la douleur. On se revoit dans une semaine et tu ne dois absolument pas t’appuyer dessus d'ici là!

Ceci clos la discussion! Et le voilà qui file aussi vite qu’il est arrivé! Ironiquement je me dis que cela serait pas mal surréaliste de donner mon arrêt de travail à M'zelle Soleil! Ah! Je sens que je vais finir par pondre un petit ouvrage sur les réalités d'éduquer son enfant à la maison et toutes les idées préconçues qui entourent ce sujet! Je repense à la docteure de Caraquet qui avait pris le temps de me montrer les radios et de m’expliquer en détails les différents degrés de ce genre de blessure. Heureusement d’ailleurs car grâce à cela je peux comprendre ce qui m’est arrivé et savoir la sévérité de mon cas! L’infirmière est plus gentille, lorsque je lui explique que j’ai encore un fond d’entorse à l’autre cheville, elle compatit. Elle me dit qu’il est rare de se péter ainsi les deux chevilles coup sur coup mais que c’est possible et que lorsque cela arrive, tu n’as plus qu’à pleurer sur ton sort!

Me voilà donc dans l’incapacité physique de m’occuper de ma fille et c’est ce qui me déchire le plus. M’zelle Soleil devra rester chez sa Mère-Grand plusieurs jours avant que je ne puisse retrouver un semblant de mobilité. Je n’ai donc plus qu’à prendre mon mal en patience en avalant ces médicaments qui me zombifient…

Peut-on se péter les deux chevilles en un mois?