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vendredi, janvier 27, 2012

Jour de tempête,

Au cœur de l'hiver, les tempêtes sont comme des battements de saison. Ce matin, avant même que les premiers flocons ne tombent, l'école ferme ses portes. Miss Soleil relaxe.

Une bruine de neige commence à tomber. Une heure passe. La tempête lève avec des bourrasques qui font tourbillonner la neige qui s’affole.

La visibilité se réduit. L’atmosphère blanchit. La forêt gronde. Elle absorbe la tempête qui malmène le jour. Les cimes des sapins tanguent...

Sur le coup de midi, la tempête fait sa loi. Les paris sont ouverts. Combien de centimètres d'ici demain? Quinze, vingt, vingt-cinq, trente ou quarante?

Jour de tempête,

vendredi, décembre 11, 2009

L'hiver après la tempête...

Moins dix huit degrés dans le vent avec une prévision météo de -24 samedi matin! Après la tempête d'hier, l'hiver installe ses quartiers glacés...

Évidement une première tempête un dix décembre c'est du bonbon en boîte! On l'attendait de bon pied et tout le monde y était préparé sinon content (ou émerveillé pour les moins de 7 ans)...

J'ai suivi (amusée en ma solitude concentrée) via Twitter l'arrivée de cette tempête en temps réel. Les montréalais y ont gouté en premier. Puis ce fut notre fête! J'en ai donc profité pour accrocher, du fond de ma brousse, quelques bribes de sa poésie hivernale...

- sent venir la tempête dans l'air...

- un ciel chargé d'ivoire crache de la poudre de neige et les bourrasques qui balaient la forêt en font des tourbillons d'hiver.

- les flocons dans l'air ultra frette s'épaississent, ils absorbent l'horizon bousculé par les vents, la tempête est là...

- les murs craquent lorsqu'une puissante bourrasque frappe la maison, la neige devient un écran épais où se dessinent des spectres d'hiver...

- exception de jour de tempête, les enfants jouent et rient dans la nuit blanche. Vais en attraper quelques images... et me geler quelques extrémités.


- 24 hres plus tard. Regarde la forêt meringuée et la poudrerie qui continue de tomber, un bon 30cm en 24hres, cela transforme vite un paysage d'automne...

Une bonne tempête qui réjouit les enfants de la rue et qui remet les parents de service dans l'humeur de Noël! Rien de mieux qu'une bonne tempête de mi décembre pour penser au Père-Noël! Maintenant il va falloir se déniaiser pour accrocher les lumières au balcon et acheter un sapin! Déjà la moitié du village s'y est mis! M'zelle Soleil nous parle du fameux sapin à faire tous les jours! Et pendant ce temps, une petite avalanche de contrats se déverse sur ma tête (à mon plus grand plaisir). Respire. Expire. Sourit. Un bon coup à donner juste avant les vacances de Noël pour ensuite me noyer le coeur dans le simple bonheur des journées en famille...

En attendant ces journées bénies, j'écoute M'zelle Soleil chanter l'une de ses ritournelles qu'elle détourne à mon grand amusement de maman. À fredonner sur un air "d'un éléphant qui se balançait"...

"Une ziraffe qui se maquillait dans une salle, salle, salle de beauté. C'était vraiment oui vraiment oui vraiment amusant!"

Picnik collage

L'hiver aprés la tempête...

lundi, octobre 12, 2009

Vibrations d'octobre

Sous la lune, l'air se les gèle inexorablement. Les nuits se passent désormais sous zéro. Je monte le chauffage en grimaçant. Je sens s'immiscer l'hiver en mes jours. Comblant les envies gourmandes de mon homme, j'enfourne un quatre quart sur le coup de minuit. Une douce odeur sucrée embaume la maisonnée...

Dans la forêt, les feuilles se sont presque toutes envolées. Elles jonchent le sol et le colorent d'une dernière touche de saison. Souvent je m'arrête les idées pour les observer virevolter dans la fraicheur de l'air. Ces feuilles qui meurent m'emportent le cœur en quelques silencieuses mélancolies. Juan me sourit. Il me fait le pari qu'il refera encore quinze degrés avant que l'hiver ne nous avale. Je parie deux dollars qu'il se trompe!

Tandis que les heures s'écoulent vers une autre saison, j'écoute cette chanson en boucle. Je suis toujours étonnée de constater à quel point le clip de cette chanson représente une certaine expérience de ma vingtaine tourmentée. Malgré moi, sans raison particulière si ce n'est celle de l'émotion qui me chatouille les veines, je scotche sur cette mélodie. Juan lève la tête et me demande:

-Dis, c'est exprès la boucle?
- Mmmmm....
- Mouais, c'est un peu mélancolique à mon goût...
- Mmmmm, je sais....
- Ben tu changes quand tu veux.... Je sais que c'est le genre de truc qui colle, mais bon, tsé...
- Mmmmm, j'vais faire mon possible...


Sur une note plus amusante, je trippe plus que jamais sur cette mini caméra que j'ai reçue en service de presse. Ces derniers jours, j'ai la Flip dans la peau! La tester me procure une petite jouissance intérieure. Elle ne devrait pas avoir de mal à m'inspirer un article en cet autre espace où je travaille. J'en profite pour apprivoiser le petit logiciel qui l'accompagne. L'on imagine sans peine que l'automne, le lac, M'zelle Soleil, Juan et Chanelle sont mes premiers cobayes. Ceci amène ce qui suit...


J'en profite aussi pour tester les différents services où télécharger ces vidéos. Je me rends vite compte que je préfère le rendu de Viméo à celui de Dailymotion qui transforme mon HD en vue brouillée! Pas entièrement satisfaite de la musique que j'ai choisie pour accompagner le vidéo ci-dessus, je suis définitivement plus heureuse de mon choix musical en ce qui concerne le petit film de "Micro-tempête" ci-dessous. À mon avis, ce petit vidéo qui termine ce billet est le plus réussi de mes essais à date. N'hésitez pas à m'en donner vos impressions! Je compte explorer encore un peu les capacités de cette petite merveille techno. C'est à suivre...

Et pendant ce temps qui passe, l'automne se décline en ces nuances qui nous enchantent...

les couleurs déclinent

Dimanche plein soleil, la journée commence dans le bleu du ciel. J'apprécie cette vive luminosité qui transperce les feuilles fragiles mais tenaces qui s'accrochent aux branches. Le jaune est à l'honneur. C'est toujours la dernière couleur à partir. Peu à peu, les arbres se dénudent et nourrissent ma subtile nostalgie.

S'achève une autre fin de semaine où Juan s'affaire dans ce qu'il reste de la tranchée qui entoura la maison. Il prend son courage à deux mains pour terminer ce chantier qui aspira notre été. Aidé de Mister Dan, il rebouche le "gouffre" qu'il creusa avec toute sa volonté et l'amitié de quelques amis (avant d'appliquer cette isolation et membrane qui protégeront les fondations de la maison pour une autre trentaine d'années). M'zelle Soleil s'ennuie de son père et même si je suis fière de ses prouesses masculines, je me languis de passer du temps avec lui.

Fin d'après-midi, l'air est ultra frais, subitement le vent se lève. À peine a-t-on le temps de comprendre le pourquoi du comment que le ciel se couvre dangereusement. L'air se glace tandis des rafales parcourent la forêt. Les arbres se trémoussent. Les feuilles tourbillonnent. L'air se rebelle. Durant une trentaine de minutes, nous assistons en direct à une micro-tempête qui bouscule méchamment l'atmosphère. M'zelle Soleil et ma pomme de maman contemplons le tout avec curiosité.

Des bourrasques d'hiver composées de "neige-grêle" emportent le temps qui devient un peu fou. M'zelle Soleil trépigne.Dans l'action qui se déroule sous nos yeux l'électricité tressaute et s'enfuit. Quelques branches craquent et s'effondrent. Puis, comme par magie, la mauvaise humeur du ciel s'efface. Rayonne alors le soleil pour une petite heure juste avant d'aller se coucher à l'horizon bleuté. Cependant, alors que tombe la nuit noire, le courant électrique tarde à revenir éclairer l'obscurité de nos maisonnées...

Vibrations d'octobre

dimanche, mars 09, 2008

Méchante tempête!

Quelques rayons de soleil se profilent sur le coup de midi. La tempête est terminée, la pire de la saison disent les médias. Murs effondrés, voitures enlisées sur l’autoroute, l'on ne compte plus les sorties de route. Des centaines de voitures prisonnières de dunes d'hiver un peu partout dans la province. Des coupures d’électricité, peu de blessés mais beaucoup de trouble, quelques dégâts matériels et de la débrouillardise humaine.

Les quantités de neige sont phénoménales, il y a des places où même les chasse-neige s'enlisent! Les policiers à motoneige se retrouvent en mauvaise situation. Cela fait jaser les voisins qui nous régalent d'anecdotes marrantes. Les conditions sont si critiques que les motoneiges sont le derniers recours pour porter secours. Les sorties d'autoroutes deviennent des culs de sacs où les gens doivent abandonner leurs autos. Non loin de chez nous, à une quinzaine de kilomètres en contrebas, une centaine d’automobilistes a été pris sur un tronçon qui mène à l'autoroute, cet endroit est un couloir de vent qui se transforme vite en enfer blanc. C'est une place où je n'aime pas m'aventurer lorsque se déchaine la nature. Les nouvelles en montrent les images, des dizaines de voitures submergées dans des bancs de neige immaculés.

Nous avons nous même perdu l’électricité dans la nuit. J’ai à peine dormi. Je me suis mise en mode de veille. J’ai écouté d’infernales rafales tourmenter la maison. Pour rien au monde je n’aurai mis un cheveu dehors! J'ai remercié le ciel de ma maison solide. Au fil des heures la maison s’est refroidie. Juan malade a dormi comme une masse. La petite, a senti qu'il se passait quelque chose, elle m’a un peu fait tourner en bourrique. J’ai fini par la ramener dans notre lit. Au petit matin la seule chaleur générée dans la maison était celle de notre cocon fait de couettes et d’oreillers! Un petit vent de panique me souffle. L’homme sort de sa torpeur fiévreuse, il semble aller mieux, il me fait revenir à la raison. Je m'endors une grosse heure durant. En milieu de matinée, tout est fini, la rue est ensevelie une nouvelle fois, rien de nouveau sous nos latitudes! Dehors, les souffleuses rugissent par dizaines. Le village revient à la vie mais le chasse neige n'est même pas encore passé dans notre coin de bois. Tout est blanc poudre. Juan découvre que le coffre de l’auto était mal fermé, résultat la batterie est à plat! Manquait juste cela! Rendu là, je suis hypra philosophe, rendu là, il enrage en silence. Il est facile de trouver de l’aide parmi les voisins qui voguent dans le même bateau. Les conversations amicales réchauffent les esprits. La voiture ronronne vite et l’on va faire ripaille au village d’à coté qui a gardé son courant malgré les tourments. L’on a changé d’heure, le temps m'échappe.

Le paysage devient surréaliste, à quelques jours du printemps, il prend un petit air lunaire. Les murs de neige n'en finissent plus de m'épater. En revenant de manger, l’on croise le camion d’Hydro, cette vision me remplit d’espoir. On va peut-être retrouver l’électricité à notre retour. À peine avons-nous le temps de papoter avec les voisins d'en face et de rentrer à la maison bien fraîche qu’enfin revient la chaleur électrique. Ouf! Soulagée je suis! Je couche la petite pour sa sieste, Juan s’en va déneiger. Il emprunte la souffleuse d’un voisin du bout de la rue pour passer au travers de ces accumulations d'hiver qui nous engloutissent. Il rentre parfois pour boire un verre d'eau, dégoulinant de sueur, il n'est pas de meilleure humeur. Je vois qu’il creuse un chemin pour aller à l’étage du bas, je lui demande comment ça va. Il me répond :

- Ostie d’pays d’c…! J’casse à la hache les couches pis je souffle. J’casse à la hache, je souffle, j’casse à la hache, je souffle… Ostie, qu’y’en a!!!! J'suis pus capable!

Méchante tempête!

mercredi, mars 05, 2008

Journée de tempête…

Moins 22 degrés dans des vents à décorner les boeufs, une visibilité réduite et toute une panoplie de précipitations pour agrémenter le jour. La matinée a commencé avec une épaisse poudrerie qui a évolué en une pluie verglaçante sur le coup de dix heures, ceci n'a pas duré, la pluie s'est rapidement transformée en un joyeux grésil. Plusieurs heures de ce régime ont passé pour que reviennent de gros flocons qui épaississent maintenant l’atmosphère en pleine révolte…

Les conditions sont si difficiles que toutes les écoles sont fermées. Même l’université a suspendu ses activités pour la journée. Juan est à la maison. À la douceur de notre cocon M’zelle Soleil est aux anges, c’est à peine si elle remarque le mauvais temps qui se déchaîne derrière les fenêtres. Il faut dire que si ce n'est de quelques violentes rafales pour remuer le paysage, tout est bien silencieux. Sauf lorsque j'ouvre la porte durant les heures de grésil pour laisser sortir Chanelle qui trépigne. La grêle qui remplit le jour crée un bruit inusité me fait lever l'oreille. La chienne fait dix mètres avant de revenir la queue basse devant la porte que j'ouvre de nouveau. Les rafales sont glaciales et l'atmosphère crépite. Un temps fou à ne pas mettre un chien dehors!

La musique de Pascale Picard fait oublier les rafales qui nous enferment. Nous en profitons pour faire un bon ménage de fond. J’en profite pour réorganiser le salon et faire virer le sapin de Noël! M’zelle Soleil est moins d’accord avec ce principe, elle minaude un peu. Mais bon, cela fait si longtemps que Noël est passé qu’elle sait pertinemment que le Père Noël fait dodo avec les lutins au Pôle Nord! En fait, personne n’est vraiment triste de voir s’éteindre les lumières colorées, enfin, si, Lily ressent une petite mélancolie qui passe vite au milieu de bordel monstre que je génère. L’homme soupire de soulagement. J’en appelle à Shni mon petit génie de ménage pour m’aider à la tâche. La minuscule créature me sourit du haut de l'étagère. Tout son petit être rayonne. Shni m'inspire un air de propre avant de disparaitre en un pouf de poussière. Après avoir viré le salon à l’envers, salon qui sert aussi de salle de jeu à l’enfant de maison, je me rends à l'évidence. Un brin résignée, c'est avec amour que je réorganise son coin enfantin. Je range et je trie ses choses. Je capitule devant le fait accompli. La salle de jeu a englouti une bonne partie de cette petite pièce qui héberge aussi mon coin bureau! De salon, il ne me reste que le coin sofa (où somnole un chat) devant la télévision! M'zelle Soleil assaisonne le décor d’une bonne dose de saveur familiale, j’en perds mon « design » initial! Je lui arrange un petit bureau à coté du mien, son coin évolue au même rythme qu’elle grandit. Un jour viendra où nous arriverons à rénover l'étage sous nos pieds, ce jour là, je retrouverai un salon à mon essence personnelle. En attendant, il abordera ce petit air de foire d'enfance...

La petite fait sa sieste, l’homme travaille sur son portable, dehors la tempête faite rage. Notre maison de galets est une antre réconfortante qui nous protège des rigueurs de l’hiver. Un hiver intense qui se plait à nous enneiger la face! Cette année est ponctuée de records. Dans notre coin, c’est tout simplement hallucinant comment les maisons disparaissent derrière des blanches montagnes. Il y a tant de neige que la ville de Québec ne sait plus quoi en faire! Les dépôts à neige sont pleins à craquer. Aux nouvelles du mois dernier, un fait inusité, une avalanche dans l’un des dépôts a failli emporter quelques hommes! Il faut prendre des mesures d’urgence, la ville ne sait plus où donner de la tête.

Certains prédisent qu’il faudra arriver au mois d’août pour voir fondre toute trace d'hiver. Vu les quantités accumulées, je veux bien les croire! L’on ne compte plus les tempêtes qui nous ensevelissent, les semaines où il « neigeouille » durant des jours, Juan sacre de plus en plus, il a déjà cassé quatre pelles à la tâche! Que je sois dans ma chambre, dans la cuisine où à la salle de bain, tout ce que je vois dès que je jette un regard par mes fenêtres sont d'imposants monticules blancs! Et même si l’on arrive au terme de la saison, ce n’est pas encore fini, on a pas fini d'en manger. La preuve, le mois de mars démarre sur des chapeaux de roues…

"En général, le grésil se forme avec un système météorologique synoptique (une dépression) où de l'air doux surmonte une épaisse couche froide près du sol. La neige qui tombe dans la masse d'air au-dessus du point de congélation va fondre. Cependant, en repassant dans la couche froide, les gouttes regèlent en granules. On obtient alors des granules translucides qui rebondissent sur toute surface où ils tombent. Le grésil est généralement une période transitoire entre la neige et la pluie verglaçante. (source)"

Journée de tempête…

vendredi, février 16, 2007

En vrac sous la neige.

Après la tempête, le jour se lève sur un univers recouvert d’une épaisse couche de neige, près de quarante centimètres qui étouffent les bruits matinaux. Tout est immaculé, entre deux bourrasques folles, le soleil éclaire un paysage lunaire.

Papotages de voisinage entre deux bancs de neige, l’homme d’en face aide le mien pour pelleter notre entrée submergée d’hiver en poudre. Juan part au bureau avec une bonne heure de retard.

Non loin, des rires et des cris, les deux fillettes de la rue, en congé d’école ensevelie, jouent à se rouler dans ce petit paradis blanc, à culbuter sur les pentes douces, à descendre ces buttes gourmandes qui avalent les centimètres accumulés des entrées déneigées. Ma puce les regarde par la fenêtre et en mère indigne que je suis, je n’ai pas le courage de me dévêtir de mon pyjama pour enfiler mes trois couches ou transformer bébé en esquimau sur pattes. Ce matin, en mettant le nez dehors, le -30 caché dans le vent m’a vite refroidi les ardeurs et j’ai fui dans la chaleur de mon cocon. Et puis Lily est encore trop petite pour en profiter à son aise et je suis trop paresseuse pour l’y aider! Je préfère donc passer un coup d’aspirateur pour contrer la présence animale en notre foyer et lire quelques livres à un petit bout de chou conquis par des histoires d’abeilles qui butinent...

Sa vitalité m’entraîne l’humeur fatiguée par de trop courtes nuits et je souris à ses mimiques clownesques. De plus en plus fillette, elle m'enchante le coeur qui flanche devant son petit minois. Il me semble qu’elle grandit à la vitesse de la lumière. Elle comprend de plus en plus de choses. Elle n’en finit plus de babiller sur le cours de ses journées, essayant de plus en plus souvent d’articuler des mots entiers, de répéter ce que je lui raconte. Elle maîtrise de mieux en mieux les sons qu’elle accorde en ses longues tirades qui me laissent perplexe. Elle discute un téléphone sur la joue. Elle empile ses blocs avec dextérité. Elle monte et descend du sofa en quelques galipettes. Elle joue gentiment avec ce chat qui s’est épris d’elle. Chaque jour, elle appelle « Maman » des centaines de fois, pour l’aider à attraper quelque chose, pour me montrer ce qu’elle aimerait faire, pour se faire prendre, cajoler, rassurer, pour un oui, pour un non, c’est « Maman » à la rescousse! Plutôt casse-cou avec pas mal de suite dans les idées à mon goût, aussi rapide que l’éclair, elle se déguise en M’zelle Bordel ou Miss Connerie selon que j’ai le dos tourné ou occupé.

L’un de ses nouveaux trucs est de frotter. Enfin une activité tranquille et inoffensive! Il suffit que je lui donne un vieux chiffon et c’est parti que je te frotte le plancher ou la table du salon avec vigueur et concentration. Elle sait maintenant tenir un crayon entre trois doigts et commence à prendre conscience qu'elle peut gribouiller des pages blanches ou tout ce qui lui tombe sous la main. J’aime être témoin de tous ces petits gestes qui la font grandir. J’aime l’observer du coin de l’œil en lui faisant croire que je ne la regarde pas pour mieux épier ses petits jeux de plus en plus pensés.

Mardi, tombe la neige, l’air s’étant radouci, je prends mon courage à deux mains pour sortir dehors mon bout de fille. Toute heureuse, elle laisse fondre la neige sur ses joues rosies de froid. Ses petits pas crissent sur le sol qui se ouate. L’on voit passer le bus scolaire. Depuis que Raphy la petite voisine va à l’école, le bus scolaire repasse à heures régulières dans la rue. Deux autres fillettes l’utilisent aussi, petites filles de notre ancienne voisine de l’autre bout de la rue. Lily-Soleil connaît le bus scolaire (il faut dire que c'est l'un des seuls véhicules qui passe devant chez nous!). Elle le regarde déjà avec curiosité, un jour elle trépignera d’envie d’y monter et bientôt je l’accompagnerai devant le pas de ma porte pour la voir monter dans le ventre de la grosse bête jaune. Devenir parent accélère le temps qui nous file entre les doigts!


envoyé par Etolane


L’on continue de profiter de l’ambiance feutrée de cette journée de douce tempête. Pas de vents dans les couloirs de ma forêt, juste la neige qui n’en finit plus de tomber. Chanelle blanchit avec les minutes qui s’écoulent. Soudain, l’on voit approcher deux fillettes. Lily-Soleil très intriguée se dirige vers l’enfance qui l’appelle. Rencontres entre deux flocons. Petit meeting de morceaux de futur insouciants. Raphy, 6 ans et Patty, 9 ans papotent. Lily-Soleil se met de la partie. Patty se prend d’affection pour Chanelle qui n’en peut plus de se faire si bien flatter. J’attrape l’instant qui passe du coin de mon objectif…

J’ai des flashs de ma vie de parent qui jaillissent sous les secondes qui défilent. Je reprends en main le temps et avant que la nuit ne tombe, je rentre ma progéniture en mon cocon. Bienheureuse de sa sortie sociale, Lily-Soleil vaque à son quotidien sage. Quotidien construit de découvertes, de merveilles et de compréhensions nouvelles ponctué de l’intarissable « Maman»! Petit mot qui veut tout dire à la fois et qui m’attache les pieds sur terre.

Toute la nuit qui sépare mardi de mercedi, la neige n’en finit plus de tomber. Dans le silence onctueux du soir couché, je regarde le paysage se recouvrir de milliers de paillettes qui scintillent en une calme mélodie. Une fois le bébé endormi, l’on dîne en amoureux, simplement, tendrement. Le joli bouquet bleuté livré par un petit monsieur dans la matinée m’entraîne dans des sourires silencieux. Rien qu'un jour comme un autre même si plus attentif que les autres. Une douceur parallèle au bonheur...

Revient le jour et le silence enneigé d'après la tempête, l’homme part au bureau après avoir extraits des passages de vie dans ce désert. Lily-Soleil s'endort, en pyjama sous mon manteau d’hiver, je sors croquer des morceaux d’hiver. Passe la charrue qui en quelques secondes recouvre l’entrée d’un amas de neige bien épais plus gros que ce que la tempête avait laissé durant la nuit. J’entends hurler l’homme dans ma tête : « Maudite marde, maudite charrue! ». Je ne peux m’empêcher de rire sous ma cape, c'est ironiquement drôle. Nous sommes les seuls des sept familles qui vivent sur la rue à l’année à ne pas avoir de service de déneigement. Juan déneige à l’ancienne, à la pelle. Parfois, il rugit et vocifère tout autant qu’il pellette! S’il avait vu ce que je viens de voir, je crois bien qu’il aurait manquer de s’étrangler ou d’étrangler le chauffeur innocent! Comme je suis de l’une de ces femelles qui ne pellette pas, je peux me permettre de faire preuve d’une grande patience lorsque jaillissent les colères de l’homme et sa pelle. Je gèle un peu sur place, je me fraie un chemin par dessus le banc de neige compacte afin de regagner mes pénates bien chaudes.

L’après-midi m’apporte sur un plateau d’argent un tourbillon de petites filles. Raphy et Patty débarquent sur mon balcon. Elles n’ont pas d’école à cause de la tempête et se cherchent de quoi s’occuper les heures. Lily-Soleil ouvre de grands yeux étonnés. Rares sont les enfants qui pénètrent son antre. Voyant ici l’occasion d’offrir à ma fille unique couvée dans mes jupes solitaires un peu de vie sociale, j’invite les filles à entrer et à prendre leurs aises. Elles se départissent de leur carcan d’hiver pour se trémousser dans leurs habits d’intérieur. Un tourbillon de fillettes vient de prendre d’assaut ma maison. Je me laisse porter par la vague. Patty, la plus vieille me demande la permission d’appeler sa grand-mère qui réside à cent mètres. Je lui tends le téléphone.

- Allo Mamie?
- …
- Je suis chez Lily-Soleil…
- ….
- Je suis venue avec Raphy, on voulait jouer avec Chanelle et la maman de Lily-Soleil nous a dit qu’on pouvait jouer un coup avec Lily-Soleil.


Je réalise que c’est la première fois que Lily-Soleil est représentée comme une petite personne. Une petite personne avec des amis qui lui rendent visite. Flashs de futur parental. Ça donne quand même un coup de vieux "l'Être parent"! Je suis bien la maman de Lily-Soleil. Je n’ai ni prénom, ni autre occupation que celle-ci, dans le regard de ses fillettes qui me sourient, je ne suis rien d’autre qu’une maman comme les autres. Okay, une maman cool quand même! D’ailleurs je sens Patty enquêter mon cas. Je sais qu'elle m'a vue exister durant des années alors que je vivais en ce chalet près de sa grand-mère. Je la vois essayer de percer mes mystères, c'est mignon comme tout. Raphy entraîne Patty dans la chambre de Lily qui les suit en trottinant. Elles s’extasient sur ses peluches et les fées qui décorent ses murs, la collection de boules de neige y passe, Lily-Soleil s’insère dans la petite troupe sans problème.

Une heure plus tard, se dessine les prémisses d’un petit mal de tête, Lily-Soleil fatigue. En deux coups de cuillère à pot, je retourne à la rue mes petits voisines et je couche l’enfant épuisée. Malgré l’emprise du cocon de l’hiver qui nous enferme un peu dans notre petite bulle, Lily-Soleil n'est pas du tout sauvage, plutôt extravertie sur les bords, curieuse et confiante, à peine timide, elle approche et se laisse approcher sans crainte. Je suis heureuse de constater que même si elle ne connaît pas la garderie, elle n’en est pas moins sociable dès que l’occasion se présente. Le jour tire à sa fin. Lorsque la nuit sera tombée, mon homme rentrera de la ville pour se heurter au mur de neige devant l’entrée, je l’entends déjà invectiver l’hiver…

Vrac sous la neige.

samedi, décembre 02, 2006

Seule dans la tempête…

Juan devait aller chercher la petite chez ma mère en sortant du bureau et rentrer ensuite. C’était sans compter la première petite tempête de la saison. Nous sommes tellement prévoyants que nous n’avons pas encore de pneus neige sur l’auto! Comme la tempête à commencé méchamment avec une bonne accumulation de grésil, nous voilà bien mal pris...

Je regarde la rue devant chez moi et je vois apparaître une lourde croûte d’hiver aussi blanche que verglacante. L'on s'entend qu'il vaut mieux que Juan et le bébé passent la nuit en ville. À peine la décision prise, à peine le téléphone raccroché que l’électricité saute et plonge le village dans le noir…

Je cherche à tâtons une chandelle et un briquet. Le vent hulule dehors. La tempête fouette les arbres qui me protégent. J’ai un téléphone sans fil, plus d’électricité, plus de téléphone…

Je m’habille et je traverse la rue avec précaution pour ne pas glisser. Je cogne à la porte de Yolande, toute heureuse de me voir. Elle m’offre thé et gâteau. C’est la première fois que je rentre chez elle. C’est encombré, les "bébelles" débordent de partout, mais c’est propre et cela sent bon. Je lui emprunte son téléphone antique pour prévenir Juan de la coupure. Je pousse un chat pour m'assoir. Alors que je m’apprête à composer le numéro, j’ai un arrêt mental sur image. Mon cerveau zappe un petit coup. Le téléphone beige est à roulettes! Mon dieu, depuis combien de temps n’ai-je pas utilisé un tel appareil!?! Tellement habituée à « pitonner », je dois me concentrer pour retrouver les bons chiffres. Mon doigt dans le petit trou tourne la roue et fait jaillir le bruit caractéristique de la roulette qui se déroule. J'ai l'impression de faire un petit bond dans le passé.

Une fois mon téléphone fait, je reste une petite heure à papoter avec Yolande. J'en profite pour découvrir son mari Roger, être énigmatique qui l’a mariée à 73 ans après 50 ans de vie commune. Un vieil homme taciturne, si calme que le contraste qu'il dégage avec la personnalité exubérante et bavarde de Yolande m’amuse et m'intrigue. J’arrive à lui faire décrocher trois phrases en lui parlant du temps qu’il fait. Il est gentil mais d’une discrétion qui le fait presque disparaître parmi les meubles. Yolande me parle du lac d’antan, me sort des papiers, certains anciens, certains récents m’offrant ainsi des connaissances plus qu’intéressantes, vitales. Je finis mon thé et ma part de tarte au sucre. Yolande me prête une grosse torche électrique. Je rentre en mon antre…

Le choc du silence. Pas une onde électromagnétique pour le déranger. De fortes rafales de grésil se fracassent contre mes fenêtres. Si ce n’est des éléments qui se déchaînent dehors, à l’intérieur le silence est total. Une bougie sur la table éclaire la pénombre. La torche que m’a prêtée Yolande est super pratique. Je n’ai peur que de mes démons intérieurs. C’est dans ces instants sans repères qu’ils sont le plus prêts à jaillir pour torturer l’esprit fragilisé. Ma torche à la main, je les attends de pied ferme. Je m’assieds à la table. J’éteins la torche. J’écoute la tempête…

L’horizon grogne de rage. Les vents tournoient autour de la montagne, ils s’abattent sur nous en de violentes bourrasques. Je soupire. Mes amours me manquent terriblement. Je réfrène mon imagination et ses scénarios d’Armaggedon. Juste le soupçon de ce que serait la vie sans eux me bouleverse. Ils font battre mon cœur. À la lumière vacillante de la bougie, je réalise à quel point l’amour que je ressens pour mon homme et mon enfant est puissant. Seule dans la tempête, je comprends clairement à quel point ils me sont chers. Qu’il y a-t-il de plus important dans la vie que les gens que l’on aime? Qu’il doit être triste de passer une vie sans aimer. Dans l’opacité de la nuit tourmentée, je ne vois rien d’autre que les lueurs de mon cœur.

Lorsque tout ce qui nous distrait de l’essentiel s’éteint, il ne reste plus que la brillance de l’amour dans nos cœurs. Cet amour qui guérit tout ce qu’il touche. Ou pour certains malheureux la noirceur de la haine. La haine qui détruit tout sur son passage.

Une accalmie approfondit le silence. L’absence de mes proches dans cet étrange vide me serre les entrailles. Les chats m’entourent de leur calme olympien. Chanelle me suit comme une ombre. Ils me rassurent. Sans eux, je serais sûrement moins vaillante et je serais peut-être allée me réfugier chez Vivi sur la rue d’en face. Les mêmes conditions en compagnie de Juan sont douces de romantisme. Mais ce soir c’est seule que je subis les événements…

Il faut toujours faire bien attention à ce que l’on souhaite car l’univers parfois écoute attentivement. J’avais souhaité un peu de solitude, me voilà bien servie!!! Je pense à la chaleur du corps aimé, à ses bras tendres, à la vitalité pleine d’espérance de bébé. Mon cœur est un océan d’amour où je me noie. Je regarde danser la flamme de la bougie dans le noir. Il flotte dans l’air une saveur de simplicité oubliée…

Que serions nous sans les commodités modernes? Serions nous plus humains, moins frivoles? Est-ce que l’humain est frivole, de nature superficielle? Ou est-ce une conséquence de notre société actuelle?

Je pense à la vie d’antan. La vie sans ordinateur, sans frigo ni radiateur, sans téléphone ni machine à laver. La vie sans électricité. Durant des millénaires l’humanité a vécu et évolué sans le miracle électrique. En moins de 100 ans le monde à fait un gigantesque bond technologique et nous a fait perdre une bonne partie de notre savoir ancestral, de ce savoir humain récolté tout au long des siècles passés. Serions-nous désormais capable de nous débrouiller à l’ancienne? Je sais, que personnellement, je ne la trouverais pas facile du tout! En si peu de temps nous avons oublié tellement des façons de l’ancien temps, qu’en sera-t-il dans un autre 50 ans? Le rythme du changement n’en finit plus de s’accélérer mais qu’en serait-il si tout s’arrêtait d’un coup? Le chaos assuré…

Nous sommes si privilégiés et pourtant si peu satisfait de nos sorts. Qui n’en veut jamais plus? Toujours consommer, exploiter, polluer, toujours en désirer davantage. Plongés dans un tourbillon de futilités qui nous éloigne si souvent de l’essentiel. Puissant, le vent reprend des forces, je l’entends gronder au loin. Je l’entends bousculer la forêt. Il encercle mes quatre murs. Je suis bien petite devant les fureurs de la nature. Le village plongé dans l'obscurité est bien minuscule sous les assauts de la Terre…

Je vais me coucher. Quatre chats dans mon lit ronronnent en chœur, simple bonheur, douce chaleur. J’écoute tournoyer la tempête dehors. Un sommeil serein se dessine derrière mes paupières closes. D’un coup, l’électricité revient. J’ouvre les yeux. Je suis presque déçue (enfin pas trop quand même!) de retrouver mes repères confortables. Je commençais à apprivoiser et à apprécier cette atmosphère dénuée d’électricité.

La tempête s’affaiblit. Il ne neige plus. Je sors dehors. La rue est recouverte d’une épaisse couche de neige vierge. J’y trace des pas. Il fait froid. Tout est d’un blanc immaculé. Rien ne bouge. Le lampadaire m’éclaire. Le tempo (garage temporaire) s’est pris une petite raclée. Sans chaussette dans la neige, je sens le froid s’insinuer en moi, je rentre. Trois minutes plus tard, le téléphone sonne. Sa voix est au bout de la ligne…

Seule dans la tempête…

lundi, décembre 15, 2003

Dans l’œil de la tempête blanche…

Nous prenons la route ce matin, conscients de la difficulté mais inconscients des frissons que celle-ci nous donnera. Ces frissons d’hiver qui font palpiter les veines d’émotions et de danger mélangés qui se combinent en trajet irréel pour les sens chamboulés par l'hiver qui attaque…

Première constatation au bout d’une dizaine de kilomètres. Je m'exclame:

- Dis, tu trouves pas que c’est désert ? Me semble qu’on a voit personne sur la route ! Faut dire, je comprends vu comment c’est mauvais, on se croirait dans un désert de neige…

- C’est vrai, à part une police et deux autos prés du village, on a vu personne ! Faut dire, c’est à peine si je distingue la route, tout est blanc du ciel à la route! Ajoute Juan concentré sur sa conduite d'escargot...


L’on avance péniblement dans la tempête, un essuie-glace, celui de Juan décide de partir en vrille. L’aventure embarque à mesure que la voiture ralentit sa course dans le désert blanc et poudreux qui tourbillonne et avale tout ce que le regard cherche à percevoir…

L’adrénaline se fond dans le sang qui se glace à chaque tournant. Quatre yeux cherchent désespérément la route qui s’évapore dans le nuage de flocons qui nous emporte en une autre dimension…

Une dimension où la visibilité est si réduite que l’on y voit rien d’autre que du blanc, envahissant, omniprésent. Un "4 roues" et des tracteurs s’activent à déneiger les entrées, des voitures embourbées ou ensevelies sous ce tapis blanc qui se dépose subtilement et fait disparaître tout ce qu’il touche. Des lumières de Noël qui brillent, scintillent et éclairent les sapins qui s’affaissent sous les amas de neige, les maisons qui disparaissent dans la brume…

Pause avant de prendre l’autoroute qui mène à la ville. L'on sort de la voiture et l’on respire à grande bouffées cette vie qui semble prête à s’envoler en un coup de volant avec les roues qui patinent, s’enlisent, dérivent en cet univers si blanc…

L’énorme machinerie qui compose l’armada d’engins « déneigeurs » sillonnent les voies de communications. Elle semble pourtant en perte de vitesse. L’on a vu qu’un de ces monstres en une heure. Ce qui laisse présager que l’armada est sous violente attaque !!!

Cela sent le danger à plein nez, mais dans la sécurité de la voiture armée de ses valeureux pneus d’hiver tous neufs, cela sent l’aventure à pleines veines…

L’on prend l’autoroute noyés dans le nuage virevoltant des flocons en folie. Vitesse de pointe 50km/h ! L’on comprend au bout de quelques kilomètres l'intensité de cette aventure qui fait palpiter le cœur et serrer les fesses. Un énorme camion passe en trombe et durant vingt longues secondes, l’univers disparaît en un monde de coton et de poudre. L’essuie glace est près de la mort, la visibilité est nulle et nos regards se perdent à chercher la route évanouie en ce gigantesque spasme d’hiver…

A bout d’une toute petite heure à grincer des dents apparaît le panneau de la sortie Duplessis. L’on se prépare à échapper à l’enfer de neige. L’on commence à distinguer des panneaux puis un énorme camion bouchee la voie, embourbé dans une montagne de poudre, il bloque irrémidiablement la sortie. L’on se résigne à aller à la prochaine, trois longs kilomètres nous en séparent…

Arrive enfin la sortie Henri IV, une voiture loin devant s’engage sur la voie, l’espoir au cœur, l’on se faufile entre deux bancs de neige. L’on glisse sur un manteau de neige pour se retrouver une centaine de mètres plus loin, bloqué par un autre camion "pogné" en début de côte. Une dizaine de voitures sont arrêtées elles aussi, l’on fait la queue, l’on respire un peu mieux durant cette pause inopinée, les minutes défilent…

Soudain une voiture en début de queue commence à effectuer une manœuvre pour se retourner, une autre suit, puis une troisième… Médusée, je dis :

- Mais là on va aller à contre sens sur la voie unique qui conduit à l’autoroute ! Remarque suffit que les autres le fassent pour qu’on suive! Pis c’est ceux de devant qui sont en première ligne…

- Mais si on retourne jusqu'à l’autoroute, ça marche pas, on sera aussi à contre-sens, remarque l’homme concentré…


Juan est tout rire, tout sourire, en plein trip d’aventure. Notre tour arrive et nous voilà dans cette file de voitures qui remonte à contre sens la voie d’autoroute. Plusieurs gros 4X4 sont de la partie et tracent dans la neige un chemin facile à suivre. L’on rencontre quelques voitures qui arrivent de face et se poussent sur les cotés…

Un gros 4X4 en début de file se fraye un passage à travers la montagne de poudre qui s’essouffle sous ses énormes roues. Ce gros "char" nous conduit telle une caravane en un désert d’hiver, l'on se retrouve sur la route parallèle qui rejoint l’autoroute dans le bon sens !

Nous revoilà donc sur l’autoroute mais dans la direction qui nous ramène chez nous ! Recommence alors le dur périple dans l’enfer blanc de la tempête qui s'énerve au dessus de nous…

20 minutes plus tard l’on finit par arriver en vue de Ste-Foy. L’on s’arrête pour manger et changer le maudit essuie-glace qui est mort en chemin !!!

Après d’autres minuscules aventures dans la ville enneigée, l’on achève nos achats des fêtes. C’est parti pour l’hostéo dans la nuit où scintille mille lumières sous la blanche neige qui continue de tomber !

Une ambiance féerique transforme le paysage quotidien et fait oublier la rudesse de l’hiver qui s’acharne…

Avec l’hostéo, le corps retrouve toute son importance et ma fragilité est exposée au grand jour. Le regard perçant de la gentille dame me rappelle tous ces moments passés à retrouver mes pas ! Je suis toute « poquée » comme une vieille tôle désolée, l’arthrose comme la rouille enraye cette mécanique qui est mienne…

Les massages qui détendent les muscles noués. L’aveu des années passées à oublier l’état de la machine. Les douces paroles qui expliquent qu’il faut écouter le corps avant qu’il ne décide de s’arrêter pour expliquer ses souffrances reniées…

Mais cela est une autre histoire, d’autres jours, d’autres mots, d'autres phrases…



La tempête de chez Magellan...