jeudi, avril 02, 2020

Chroniques de confinement



Troisième semaine d'isolation volontaire en coin de brousse. La vie continue...

L'homme s'adapte au télétravail et l'on s'adapte tous à la situation. On réfléchit ensemble sur comment s'accorder au mieux. Quand l'un tape sur les nerfs de l'autre, on communique et on réajuste. Chacun fait des efforts pour trouver le meilleur équilibre et mettre en place un nouveau rythme de vie.

Miss Soleil nous raconte un rêve qu'elle a fait hier. Elle vivait le voyage de fin d'année à NY qu'ils auraient dû faire dans 3 semaines. Elle vivait ces émotions qu'ils ne vivront pas. Être à Times Square avec ses amis, s'amuser dans le bus, etc. Et puis de la tristesse de réaliser que cela n'arrivera jamais.

En son école de campagne, ils sont 90 secondaires sur quatre classes de deux niveaux. Cette année était la dernière en cette école où elle va depuis la maternelle. L'année prochaine, tous les élèves iront dans des écoles en ville. Ils vivent un peu les émotions des secondaire 5. C'étaient les finissants de cette école. Et j'attends toujours un signe de vie de la part de la directrice...



Classe virtuelle en progression

Même si cela me fatigue, faire la classe de brousse avec ce petit groupe de filles est ma contribution bénévole à leur cause. C'est leur offrir deux repères temporels, chaque semaine, qui leur rappellent leur quotidien scolaire. C'est leur offrir un temps de socialisation où se retrouver, c'est leur permettre de vivre ensemble une activité éducative. C'est m'excuser du tort que leur font les adultes insouciants que nous sommes.

Je suis autant choquée par la non continuité de l'éducation des jeunes durant cette crise que je suis frustrée de la non continuation des soins de santé.

En faisant quelques recherches sur les cours à distance avec Zoom, je comprends qu'un groupe de trois ou quatre élèves est le meilleur format pour un bon apprentissage. En notre petit groupe de secondaire 2, elles sont trois. Et elles n'ont guère envie d'être plus.

Elles m'expliquent que plus ce serait trop, elles ne travailleraient pas si bien, on aurait moins de temps, etc. J'avoue trouver cute cette complicité qu'elle tissent au travers cette expérience virtuelle. À date, en cette deuxième semaine de classe de brousse, l'on étudie les lundis et les jeudis après-midis.

Lundi, j'étais partie pour 1:30 de français. Mais elles ont si bien travaillé qu'au final cela a duré trois heures. Et elles étaient contentes. Cela m'a fait plaisir même si cela m'a brûlée en chemin. C'est pour la bonne cause. Celle du futur que l'on façonne.

La fatigue éprouvée m'a rappelée ces années universitaires où je donnais des cours de soutien scolaire aux enfants en difficulté, de cette même école, où allait la Miss jusqu’à la pandémie. Il y a trois directeurs de cela. Au début des années 2000...

L'un de ces élèves, auquel je me suis attachée (trois fois semaine, durant 7 ans) était un petit Asperger. En ses mauvais jours il pouvait m'aspirer un max d'énergie, j'étais vidée pour trois. Et je n'avais plus qu'à aller me coucher! Mais devenu grand, il est capable d'écrire un français qui me rend fière.

Avec l'école de brousse, je n'ai que des élèves motivées, mais j'avoue que trois à le fois pendant trois heures, ça vide. Déjà que mon énergie vitale est pas top shape! Les filles aussi étaient fatiguées. Mais en la puissance de leur jeunesse, elles étaient aussi stimulées et satisfaites. Prêtes pour en prendre plus!

Je les laisse en leur donnant un devoir à me rendre le jeudi midi. Le mardi soir, elles l'ont fait. J'hallucine un peu. J'en parle avec Miss Soleil qui m'explique que cela leur fait du bien d'avoir des devoirs à rendre, cela les fait se sentir moins perdues. Okay alors, ça vaut bien une fatigue de vieille mère...


Pandémie et rééducation physique ne font pas la paire

Me forcer à la marche quotidienne est une nouvelle torture physique. Sentir le mécontentement de mon dos qui ne comprend pas où est passée la piscine. Pourquoi tant de pesanteur? Pourquoi si peu traitements? Il n'est pas content.

Pour la première fois depuis trois ans, réussir à faire le tour de mon quartier. Puis accuser l'après-coup qui cimente les muscles contractés. En espérant qu'ils ne crispent pas assez pour me déplacer une vertèbre. Le plus gros stress que m'apporte cette pandémie est au niveau de la continuité de mes soins médicaux. Le chiro est de plus en plus difficile à joindre. C'était mon dernier ancrage en ce processus de rééducation physique, qui en prend pour son grade.

Comme la majorité de ceux qui étaient déjà malades avant le confinement, je me retrouve abandonnée à mon sort. Et c'est bien frustrant! Je m'adapte et je m'ajuste au maximum pour essayer de sauver les meubles. Pour ne pas régresser. Pour éviter de redonner de la force à ses douleurs physiques que je m'évertue à dépasser. J'y étais presque. Mais pas. Heureusement que je suis de nature autonome et rebelle. Je compte bien ne pas me laisser abattre par l'augmentation de certaines douleurs!


La sensation d'être un parent choyé

Après la fatigue de la classe. Recevoir notre salaire de parent le soir venu. La puce nous explique qu'elle a décidé de nous préparer le souper. Avec un petit mot doux et un dessert surprise. On se sent choyés et aimés...

Elle nous explique qu'elle ne voit pas ses journées passer tant elles sont remplies. Ce qui me fait penser que ma mission de maman est accomplie. Une mission quotidienne à laquelle je m'atelle...

Avec une pensée émue pour la tranche, un peu oubliée, des 13/17 ans qui ne pourront vivre ces expériences de vie qui façonnent le développement de soi. En leur souhaitant à tous qu'il en résulte un meilleur futur pour leurs vies adultes...

Avant d'aller se coucher, Miss Soleil nous demande:

- Cela fait combien de temps qu'on est confinés maintenant? 
- Ben c'est notre troisième semaine... 
- Alors ça veut dire qu'on a pas le coronavirus? 

En effet, cela veut dire cela. Et quelqu'en soient les difficultés, l'on fera notre possible pour continuer sur cette lancée...

Troisième semaine d'isolation volontaire en coin de brousse

mardi, mars 31, 2020

Le mois dernier, j'ai été contacté par Neveo pour tester leur service de journal familial pendant deux mois.

Je voulais attendre de recevoir un premier exemplaire papier avant d'en partager mon avis.

Il y a déjà tant de choix de service pour faire des albums photos en nos univers numériques. Lequel utilisez-vous?

Je veux tester quelques services au futur car je trouve que j'ai vraiment trop de photos en mon nuage numérique et trop peu sur papier! Je vais recommencer à chercher les promotions...

Celui-ci cependant n'est pas comme les autres. Il s'agit d'abord d'un journal plutôt que d'un livre de photos et de la possibilité de service mensuel.

J'ai trouvé l'initiative intéressante pour ceux qui ont des familles avec qui rester en contact. À l'origine, Neveo a été conçu à destination des grands-parents afin de partager concrètement, chaque mois, des images de la vie familiale.

Si l'on a pas de grand-parents, on peut aussi l'utiliser comme journal de vie de famille. En faire des archives de quotidien qui pourraient ensuite se transmettre à de futurs petits enfants? On peut transformer le concept en exercice de mémoire familiale selon ses envies et ses besoins. On peut aussi l'envoyer à des amis ou d'autres membres de la famille. Bref, on fait comme on veut avec l'outil à disposition.

Le dernier jour du mois, Neveo fait la mise en page du journal, l'imprime et l'envoie à l'adresse indiquée. C'est une bonne idée pour garder un lien visuel avec la famille éloignée, les amis et même pour sa propre mémoire.

J'aime l'idée de la constance mensuelle qui force à trier et archiver ses photos sans pour autant les oublier en ces néants numériques qui consument nos heures.


J'ai donc téléchargé l'application Neveo que j'ai trouvé très facile à utiliser. Télécharger ses photos est un jeu d'enfant. L'on a ensuite l'option d'écrire une petite légende de 150 caractères (ou pas) par photo. Le journal peut contenir juqu'à 50 photos à la fois. C'est ultra simple et facile. Il n'y a pas d'options de créativité à mentionner mais le travail de mémoire est non négligeable?

Durant, ce dernier mois, j'ai régulièrement téléchargé des photos pour en créer une sorte de roman photos intime. J'avoue avoir pris plaisir à le faire. Et je suis bien curieuse d'en voir le résultat papier!

Faire un geste vers l'autre en tant de pandémie


Puis, j'ai reçu un courriel de la compagnie qui a décidé de lancer une action de soutien et de solidarité, en offrant à tous ceux qui liront ces lignes, la possibilité de profiter de deux mois gratuits en utilisant le code Promo SOUTIEN.

Cette initiative vise à encourager les liens en ce contexte hors norme, généré par la Covid19. N'hésitez pas à en profiter si l'envie vous prend, c'est pas parce-que l'on est confiné que l'on doit garder ses images enfermées en nos nuages numériques.

Si le service vous plait, vous pourrez continuer d'imprimer vos journaux mensuels pour environ 10$ par mois. Et si le produit ne vous plait pas, il vous suffit d'arrêter sans frais l'envoi de journal de papier. Il n'y a rien à perdre et tout à gagner! Sans oublier de mentionner que les journaux peuvent être envoyés dans plus de 100 pays...

De mon coté, je vais attendre de recevoir l'exemplaire de mars pour me décider et commencer celui d'avril. Je trouve très humaine et bienveillante le concept de base pensé par Neveo. J'apprécie aussi l’opportunité d'offrir deux mois gratuits à tous.

Je n'aime pas l'idée de faire de l'argent en temps de "minipocalypse", c'est pourquoi notre école de brousse est gratuite! L'idée est de servir de cette épreuve collectivité pour s'enrichir de l'intérieur plutôt que de l’extérieur...


Archiver ses photos en un journal de papier/ Neveo

vendredi, mars 27, 2020

Mon premier souvenir remonte au couffin. C'est le plus loin où remonte ma mémoire en cette vie.

C'est un souvenir précis. Celui d’être trimbalée dedans en auto. Couchée, à regarder par la fenêtre, pour n'y voir que le ciel et la cime des arbres.

Ce qui me frustrait profondément car je n'arrivais pas à capter où j'avais pu atterrir. Une fois que j'ai réussi à observer des bâtisses et des routes, j'ai pris des repères et mon esprit est passé à d'autres choses. Comme apprendre à marcher.

Je me souviens de ma volonté de marcher et de parler. La marche est venue plus vite que la parole. La légende dit que j'ai fait mes premiers pas à neuf mois.

En sortant du bureau du notaire où mes parents venaient de signer leur divorce. C'est en un long couloir que j'ai marché seule pour la première fois.

Apprendre à parler a été plus complexe. Je me souviens qu'avant de savoir parler, je pensais en émotion. Je voulais connaitre les mots qui expliquent ces émotions. Je me souviens de mes efforts pour apprendre les mots, pour les comprendre et pour les maîtriser. Mettre des émotions en mots a toujours été vital à mon esprit.

Je me souviens de mon apprentissage de la lecture. Au début, je ne pouvais lire mes Oui-Oui qu'à voix haute. Oh combien cela irritait ma mère! C'est dans la crainte de me recevoir une gifle de trop, durant mes fins de semaine avec elle, que je me suis forcée à lire dans ma tête.

Depuis mon entrée en maternelle, j'habitais la semaine chez ma grand-mère et j'étais avec ma mère les samedis et dimanches. J'étais au début de mon primaire lorsque les terreurs nocturnes ont commencé. Toujours, au moment de m'endormir, avec cette même sensation qui m'inondait l'être en son entier. J'ouvrais les yeux qui s’écarquillaient de peur tandis qu'un trou noir s'ouvrait au fond de ma chambre, j'hurlais. Ma grand-mère accourait.

Elle frôlait toujours le trou en arrivant à mon chevet, ce qui me faisait frissonner d'effroi. Je lui criais de faire attention au trou noir. Elle prenait ma main dans la sienne, elle me parlait et me rassurait. J'avais la sensation de perdre pied et de m'évanouir. Je me réveillais toujours à moitié fraîche, avec ma grand-mère, éreintée, qui avait passé la nuit à mon chevet. Et je ne me rappelais de rien. Sinon du trou noir.

Pourtant, il semblait que je ne dormais pas de la nuit, je parlais et je pleurais. Ma grand-mère était un peu traumatisée ces matins là. Mais je n'avais aucun souvenir de ne pas avoir dormi, aucun souvenir de rien...

Cela arrivait quelques fois par mois. Pas souvent. Mais trop souvent pour ne pas fatiguer ma grand-mère, qui n'avait pas encore cinquante ans. L'on m'avait emmenée voir un docteur qui avait expliqué que c’était une condition d'enfance, rare mais connue, et que cela disparaîtrait en grandissant.

Il est vrai que plus je grandissais et plus ces épisodes s’espaçaient dans le temps. Mais plus je grandissais et plus je voulais comprendre.

Ma grand-mère n'arrivait pas à m'expliquer ce qui m'arrivait lorsque je m'endormais sans dormir.

Elle me disait qu'elle ne comprenait pas les choses que je disais. J'avais toujours peur, je parlais beaucoup, je pleurais beaucoup plus que je ne le faisais à l'état éveillé. Elle blanchissait sa nuit à me rassurer.

J'avais de la peine lorsque je me réveillais avec elle, endormie assise au coin de mon lit. Je n'aimais pas lui gâcher ainsi ses nuits. Je voulais comprendre.

La dernière fois que j'ai eu un épisode de terreurs nocturnes, j'ai voulu me rappeler, j'ai résisté à cette sensation d’évanouissement. J'ai résisté assez pour voir des choses que je n'ai pas compris. Notamment une roue de type "dream catcher" que je n'ai reconnu que des années plus tard, en un autre continent, en allant danser dans des pow-wow.

Il y avait dans cette roue des images qui me faisaient ressentir une overdose d'émotions. Cette nuit là fut aussi difficile pour moi que pour ma mère-grand. Mais ce fut la dernière, celle qui m'a permis d'en prendre le contrôle. Après cette nuit bizarre, j'ai su comment résister à la sensation qui faisait partir l'épisode et puis j'ai grandi assez pour la contrôler. Pour ne plus la laisser m'emporter je ne sais où... 

Rendu là, je savais lire dans ma tête, j'avais migré vers la bibliothèque verte et les J'aime Lire. Rendu là, j'ai commencé à étudier les humains autour de moi. Ce qui irritait beaucoup ma mère. Elle n'aimait pas que je mette ses incohérences en mots. Mais comme je ne vivais avec elle que deux jours par semaine, c’était plus fort que moi. J'analysais tout pendant deux jours et j'y réfléchissais le restant de la semaine.

C'est comme cela que j'en étais arrivée à la conclusion que j'avais deux mères. La vraie et la fausse. J'avais décidé que les extraterrestres qui avaient kidnappé ma vraie mère ne lui permettait de venir me chercher que de temps en temps.

Chaque vendredi soir, je priais pour passer la fin de semaine avec la bonne. Il était clair en ma tête que celle qui me foutait deux baffes en arrivant dans sa maison pour me dire bonjour n'était pas une vraie mère! Celle qui était gentille quand j'arrivais la fin de semaine était la bonne.

Mais les extraterrestres ne la libérait pas souvent, juste assez pour me faire croire que c’était toujours la vraie puisque personne d'autre que moi ne s'en doutait. Puis j'ai grandi encore et j'ai réalisé que les extraterrestres qui kidnappent les mères étaient des histoires d'enfants. Je n'avais qu'une seule mère, c’était pas la joie, mais je devrais apprendre à vivre avec.

Cette réalisation ne m'a nullement donné envie de penser à ce père, qui m'avait manipulée à l'âge de 5 ans, pour que je fasse le choix de ne plus le revoir. Je me disais qu'un seul parent était assez à gérer, deux c’était trop! J'avais aussi décidé qu'il valait mieux apprendre à contre exemple que de suivre l'exemple de ma mère.

Une autre chose bien irritante à ses yeux. Plus j'apprenais à contre exemple et plus son irritation envers moi grandissait. Jusqu'à ce que je sois assez vieille pour ne plus désirer être le "punching ball" de ses émotions mal gérées.

Au fil des apprentissages et réflexions, je suis devenue la mère que je n'ai jamais eu. Étrangement, au fil de mon évolution humaine, la mère que je suis devenue a pu donner à la petite fille que j’étais les compréhensions dont elle avait besoin. En devenant la mère que je suis, j'ai consolé la petite fille que j'étais...

Grandir et comprendre...

jeudi, mars 26, 2020


Un tiers de la planète est en mode confinement, le reste n'a sûrement ni les moyens, ni les gouvernements pour confiner son monde.

En moins d'un mois, la vie de tous a été chamboulée par ce coronavirus sorti de Wuhan. Maintenant, tous les pays civilisés sont en pause. Tout le monde doit s'adapter à une nouvelle réalité qui fait couler les plans de chacun.

Cette pandémie fait déjà bien des victimes physiques et économiques. Elle transforme l'humanité une semaine après l'autre. Et si elle transformait le monde pour le mieux?

L'humanité façonne le monde et le virus transforme l'humanité. Mais nous gardons tous le contrôle de nos attitudes. Et c'est maintenant le temps d'en prendre conscience.

En ces temps confinés, ce ne sont plus les richesses matérielles qui comptent, ce sont plutôt les richesses humaines qui prennent le devant de la scène. Ceux qui savent s'adapter et contrôler leurs émotions seront bien mieux lotis que tous les autres...


Inspirer, accepter, s'adapter

Il y a deux mois, j'étais étiquetée "malchanceuse" en ce monde pressé qui n'en finissait pas de s'éclater entre ses performances et ses divertissements. La maladie m'avait arrêté en vol. Je vivais au ralenti par rapport au reste de mes pairs. Je n'étais plus grand chose au yeux de la société. Pourtant, je travaillais fort à transformer ma fatalité en force.

Maintenant que la vie de tous est sur pause, je me sens toujours en décalage mais voilà que la roue a tourné. Je ne fais plus partie des malchanceuses puisque mon mari peut télé-travailler et que l'on est confiné en un endroit empli d'espace. J'ai même la chance de pouvoir continuer d'être traitée par mon chiro!

Je suis heureuse de passer du temps avec ma fille et mon mari. Je pense que cette expérience nous rapprochera en notre cellule familiale. Et toute cette frénésie d'actualité tend à me stimuler. J'ai beaucoup de peine pour les familles qui sont touchées par les tragédies causées par ce virus. Et je prie pour que le monde s'en trouve transformé pour le meilleur plutôt que le pire.

Je ne me sens ni anxieuse, ni angoissée par le fait que le monde soit mis sur pause. Au contraire, je trouve cela plutôt reposant. D'un coup, je n'ai plus à gérer toutes ses émotions de tristesse à voir le monde tourner sans moi. Vivre en un monde en pause fait que ma vie me semble moins ralentie.

Je ne sous-estime pas ce virus qui fait la loi du jour, je le crains. Je sais qu'il pourrait nous faire du tort. Je le respecte. J'en accepte sa réalité et l'on se protège. Accepter ce qui est, aide à s'y adapter.


Accepter l'inconfort et persévérer

Passer d'une rééducation physique en piscine à une rééducation terrestre n'est pas simple. Mon dos n'est pas du tout satisfait de la situation. Il se rebelle et me le fait bien sentir. Mais tant que le chiro peut me replacer, je suis prête à m'adapter, rendu là, souffrir physiquemet est un art de vivre... 

Il y a un mois, ma courbe de progression physique n'arrêtait pas de grimper. Ce n'est plus le cas. Mais tant qu'elle ne dégringole pas, ça va. Tant que je suis debout, c'est correct. Tant que je ne régresse pas, je prends sur moi et m'adapte.

Il y a trois ans, ma vie a été mise sur pause, contre mon gré. Regarder le monde tourner fut une énorme souffrance à gérer. Perdre le fil de ma carrière et tous mes repères, pour me retrouver avec les invalides de ce monde, fut une souffrance sans nom. De ces souffrances mentales qui s'ajoutent à d'infernales douleurs physiques.

Il n'y a pas de vie sans épreuves. En ces états difficiles à vivre, regarder tout ce que l'on a perdu. Tout ce que l'on perd. Tout ce que l'on perdra est destructif. Humain certes, mais destructif. Lorsque les repères du quotidien disparaissent, il est nécessaire de s'accrocher à ce qu'il nous reste.

Regarder ce que l'on a aide à gérer les tristesses de ce que l'on perd. Lorsque ma vie s'est mise sur pause contre mon gré, j'ai pleuré ce que je perdais et j'ai regardé ce qu'il me restait. Ainsi j'ai trouvé la force d'avancer dans l'obscurité, la volonté de persévérer dans la douleur et l'incertitude.


Alors que je passe au travers les photos capturées en notre sortie d'hier, je réalise qu'une des raisons pourquoi j'aime tant les croquer en l'air est parce-que ce sont des actions et des mouvements que j'ai perdu. Je ne possède plus la capacité de sauter, de tomber, de gambader, de courir...

Mais j'ai retrouvé la capacité de marcher et de rire. Même si je continue à vivre avec toutes sortes de maux à gérer, je ne lâche pas, je persévère...

Nager à contre-courant...

mercredi, mars 25, 2020

Deuxième semaine d'isolation volontaire 



Le monde se referme sur lui même alors que la covid19 parcoure la planète et met l'humanité sur pause.

Mon homme est entré en mode télétravail sans souci. L'on construit un quotidien familial en cette nouvelle réalité. Adapter ma rééducation physique est douloureuse. Je l'accepte. Tant que mon chiro garde le fort, je choisis d'en poursuivre le cours malgré les difficultés ajoutées.

En faisait le choix de nous organiser un horaire quotidien, la vie continue. Et la vie confinée en coin de lac congelé offre beaucoup d'espace et d'air frais...


Chaque jour à la même heure, l'on sort dehors. Selon la lumière du jour, l'on va coté lac ou coté bois.

Nos voisins amis, confinés eux aussi dans le quartier, nous rejoignent dehors. L'on socialise tout en respectant les règles de distanciation sociale. Miss Soleil veille et surveille. On garde nos trois mètres de distance en tout temps.

Même si nos voisins sont aussi confinés en coin de brousse, ils ne désinfectent pas encore leurs courses. Ce que nous faisons. Même s'ils risquent eux aussi d'adopter cette méthode (si j'en crois mon petit doigt).

Même si nous sommes dans le même village, nous faisons tout de même attention, personne n'entre dans les maisons des uns ou des autres. Chacun chez soi, sauf pour la sortie du jour...


Imaginer une école virtuelle de brousse

Cette semaine est née l'école de brousse virtuelle en temps de pandémie. Sachant j'ai les capacités de la mettre en place, je décide de m'y lancer. Même si ma santé n'est pas encore optimale, je suis capable d'aider à nourrir des jeunes neurones. Puisque je me dois de contribuer à la cause, à ma petite échelle et selon mes capacités.


Le Français est plus que ma langue, c'est ma patrie. C'est en transmettant ma passion aux plus jeunes que je me sens patriotique. S'il est vrai qu'il faut penser aux plus vieux en ce temps hors norme, il ne faut pas non plus oublier les jeunes...


Au Québec, de nombreuses mesures ont été prises pour lutter contre l’épidémie. De nombreuses mesures sont mises en place pour aider financièrement les adultes et pour protéger les aînés. Mais qu'en est-il des jeunes?

Depuis la fermeture des écoles, c'est silence radio. Il est question que tous les étudiants passent automatiquement leur année. Il est question de mettre en place un système de pistes éducatives. Mais pour l'instant, il n'y a rien à l'horizon pour occuper les jeunes et nourrir leur intellect, et comme j'offre déjà ce service à ma fille...

Naturellement est donc venue l'idée de mettre en place une école de brousse afin de contrer l'école buissonnière forcée par cette réalité hors norme. Cette initiative donne à ma puce l'occasion de socialiser avec ses amies tout en mettant en place de nouveaux repères.

Hier, j'ai eu les autorisations parentales. L'une des élèves a une mère infirmière sur le terrain. Faire preuve de solidarité en période de crise, n'est-ce pas créer des chaines humaines composées de multiples maillons?

Chaque maillon est un humain qui aide l'autre à son échelle.

Nous avons testé notre salle de classe via Zoom, cette application de l'heure qui fait fureur. Il parait qu'en Europe, la mode des apéro-zoom fait de plus en plus d'adeptes!

Aussi nous fondons une école Zoom en deux temps, trois mouvements...

Notre école de brousse possède présentement deux classes virtuelles. Une de niveau secondaire 2 dont je serai en charge. Une de niveau primaire que Miss Soleil prendra en charge, sous ma supervision.

En temps de confinement, l'école ouvrira virtuellement les lundis et jeudis après-midi pour les secondaires. Les mardis et vendredis après-midi pour les primaires. Il est possible qu'il nous reste quelques places pour de futurs élèves. À suivre...


L'école de brousse versus l'école buissonnière

mardi, mars 24, 2020

Chroniques de Covid



Le premier ministre Legault annonce que nous entrons en mode de confinement. Durant son point de presse journalier, il demande de la solidarité et du courage. Il compte sur la bonne foi et la collaboration de la population québécoise. Le Québec est officiellement en pause jusqu'à Pâques.

Chaque geste compte. Chacun doit respecter les consignes d'isolement collectif. Il explique à la population que pour vivre en paix, tout le monde doit faire son effort individuel afin de garder la paix sociale.

J'ai espoir que l'on en est capable. L'optimisme québécois persévère en ces arc-en-ciels qui fleurissent aux femetres pour symboliser le slogan de l'heure, #çavabienaller

En 2020, l'esprit de collectivité revient en force. Un esprit qui semble renaître de ses cendres. Un esprit qui tombe à point vu que la transmission communautaire est mondiale.

Depuis des semaines, je suis la progression du Covid19 dans le monde. Ultra informée, j'ai poussé ma famille à se préparer dès la semaine de relâche. Sachant que celle-ci sonnerait le glas de notre insouciance collective.

Nous avons commencé à nous organiser en vue de ce que je nommais "la grande quarantaine" bien avant que le Québec se soucie du virus.

Début mars, je m'amusais à bousculer les esprits en parlant de ce concept tout en désinfectant tout sur mon passage. Et je prenais soin de m’imprégner de cette facilité de vie quotidienne que tous prenait pour acquis.


Durant le mois de janvier, Miss Soleil a eu l'Influenza, cela l'a mis à terre. Elle a voulu retourner trop vite à l'école. Elle s'est épuisée. Elle est retombée malade avec une sinusite aiguë qui l'a de nouveau arrêtée juste avant la relâche.

Nous avons débuté l'année avec gastro pour ma pomme et virus locaux pour la puce. Entre nos divers rendez-vous médicaux, nous en avons donc profité pour récupérer quelques masques. Au cas ou...

Le/la Covid est parmi nous

Dès que les écoles et universités ont été fermées, nous nous sommes volontairement mis en isolation. Nous nous sommes organisé avec nos médicaments. Nous avons fait des provisions raisonnables, avant la folie du papier toilette...

La semaine dernière, nous avons mis en place une routine de base pour harmoniser nos relations à l'intérieur de la maison. En cette organisation, nous avions prévu d'aller à l'épicerie aux dix jours pour les produits frais.Je suis de service. Je n'ai pas de barbe pour laisser passer l'air sous un masque et je suis habituée à ne pas me toucher le visage en des lieux publics.

J'apprends, en y allant une dernière fois, que le service en ligne est désormais accessible en notre coin de brousse. Et en plus, ils livrent! Nous n'irons plus au IGA, désormais nous commanderons en ligne, les quelques produits frais dont l'on pourrait avoir besoin.


L'atmosphère dans le magasin est étrange.  Décalée. Il y règne un mélange de calme plat et d'actions en toile de fond.

Il y a plus d'employés que de clients. Entre ceux qui remplissent les étagères et ceux qui remplissent les caddies des commandes virtuelles, c'est comme une petite armée qui travaillent sans répit.

La farine est arrivée. Il n'y a plus de pénurie de papier toilette. Juste les oeufs manquent, j'imagine que c'est provisoire. Je ne pense pas que l'on manquera de faim au Québec!

On risque de manquer de lits d’hôpital avant de manquer de nourriture. Espérons que le Québec ne suivra ni la voie de l'Europe, ni celle des États-Unis. La fermeture des frontières me rassure.

On désinfecte toutes nos courses. Merci lingettes Clorox! Et je mets mes vêtements à la laveuse en rentrant. Les semaines à venir seront difficiles, dangereuses. Elles sortiront le Québec de ses zones de confort.

S'adapter pour continuer d'évoluer

J'entends parler ceux qui ne se croient pas à risque et qui se sentent atteints en leur liberté. Si j'étais à leur place, je ne sous-estimerais pas tant ce virus.

Mais que sait de la maladie celui qui vit en bonne santé et qui la prend pour acquise? Celui qui ne sait pas ce qu'il en est de réellement souffrir physiquement?

Je sais que je suis à risque. Que mon homme l'est aussi. Chaque matin, une ribambelle de maux se réveillent avec moi. Et je me demande si ce mystérieux virus ne pourrait pas se cacher là dedans. C'est stressant.

J'en contrôle les émotions le temps qu'agissent les médicaments qui font ma routine quotidienne. En me disant que si je devais l'attraper alors mon régiment de médicaments agiraient différemment et que je le sentirais en milieu de journée.

Chaque matin, je contrôle mon cerveau pour l’empêcher de mal penser. Le fait que la société québécoise prenne le virus au sérieux me rassure. Au fil des médicaments qui œuvrent et contrôlent les douleurs diverses, je me relaxe et je m'adapte.

Hier, j'apprends que mon ostéo de replacement est lui aussi en quarantaine. Je prie pour que mon chiro tienne la route et qu'il puisse continuer de pratiquer en sa clinique. Garder une continuité de soins et de rééducation physique est ma crainte et mon défi.

Il ne reste plus que le chiro comme prise de risque mais elle est nécessaire. Sans ses services, je pourrais retrouver de mes invalidités physiques plus vite que je n'ai travaillé à les retrouver.

Je vais le revoir demain. Il n'y a plus que les cas d'urgence dont je fais partie qui sont traités. La clinique est ultra propre. Elle fait son possible pour nous protéger. Je porte quand un masque et des lunettes pour y aller. Je me protège. Nous nous adaptons à la routine de confinement en coin de lac congelé.

Nous avons aussi décidé de sortir chaque jour de la maison, à la même heure. C'est une nouvelle discipline familiale que l'on instaure. Soit pour faire un tour de forêt, soit pour marcher sur le lac gelé.

Nous ne voyons plus personne depuis une bonne semaine déjà, si ce n'est notre ami voisin qui, parfois, nous accompagne durant nos marches, tout en gardant en tête les règles de distanciation sociale. Lui aussi est en mode d'isolation volontaire et de télétravail.


Lutter contre le virus en se nourrissant les cervelles

Malgré le manque de consignes pour les élèves en secondaire, Miss Soleil décide de travailler un peu chaque jour, pour ne pas trop rouiller en ses matières.

La culture faisant partie de mon éducation de base, je pense qu'elle pourra continuer de nourrir sa cervelle malgré l'isolement. C'est toujours un plaisir que de lui transmettre mes connaissances.

Dans la foulée, un idée me vient, possiblement plantée par Christie qui se demande comment se rendre utile.

Je réalise que j'ai les capacités d'aider quelques enfants en leurs leçons. Durant mes études universitaires, je vivais en donnant des cours de français aux élèves en difficulté du village.

Vu que je donne déjà de ce service à ma propre fille, je pourrai en donner un peu à d'autres. Cela soulagerait quelques parents et cela me donnerait l'occasion de nourrir quelques jeunes cervelles.

Le Français est plus que ma langue, c'est ma patrie. C'est en en transmettant la passion aux plus jeunes que je me sens patriotique. Une liste d'élèves se profile à l'horizon. Je commence à organiser une mini classe virtuelle avec quelques amies de Miss Soleil et d'autres plus petits.

Je me dis que cela leur donnera aussi l'occasion de retrouver quelques repères de socialisation. La semaine prochaine, l'on en commencera le cycle...

S'adapter aux nouvelles réalités...

lundi, mars 23, 2020

Chroniques de Covid...


Deuxième semaine d'isolation volontaire en temps de pandémie. On s'y adapte.

Avec l'homme au télétravail et la puce sans école, nous nous organisons un horaire d'isolation pendant que monde se renferme sur lui-même.  Nous nous adaptons. Mon mari diabétique est à risque et j'ai vu assez d'hôpital en ces quatre dernières années pour n'avoir aucune envie de m'y retrouver de nouveau.

Ayant vu venir le trouble à l'horizon, nous étions préparés lorsque le monde s'est réveillé, enfermé en ses frontières. L'ironie d'avoir reçu nos passeports, périmés depuis deux ans, l'automne dernier ne m'échappe pas.

Mon homme est habitué à régulièrement télé-travailler, il s'y adapte bien. Nous en profitons pour instaurer des heures de bureau. Histoire de ne pas m'arracher les cheveux à le décoller de son écran!

Miss Soleil est déçue de la tournure des choses mais compréhensive. Elle qui excellait en son année, autant sur le plan académique que social, n'est pas heureuse de ne plus aller en classe. Elle s'en fait une raison qu'elle puise en l'amour profond qu'elle ressent pour ses parents. Elle me touche. Elle est cool. Elle préfére propager le message que le virus. Ce qu'elle fait, avec ses amis qui aimeraient bien la voir.

Quand le monde arrête de tourner

Elle avait plein de projets cool à vivre, dont un voyage scolaire à New-York avant de changer d'école. En tant que première ministre élue, elle participait à une initiative intéressante. Je chapeautais le projet depuis plusieurs semaines, pour la préparer avec sa coéquipière à cette expérience de niveau secondaire 5 alors qu'elle est en secondaire 2.

Je les ai fait travailler des heures et de heures afin qu'elles puissent comprendre et assurer cette simulation d'Assemblée qui aurait dû les emmener au Château Frontenac puis à Montréal. En notre trio familial, la puce avait le plus de projets, qui tombent à l'eau, en cours. Cela me peine pour elle.


Et je compte bien que l'on profite de cette parenthèse humaine pour vivre des moments qui resserrerons nos liens. Pour trouver des activités qui nous feront passer du temps ensemble. Pour créer des moments inédits en une période historique.

De mon coté, je travaillais fort pour revenir au monde qui tourne et mettre en place de nouveaux projets. Mais je n'en étais pas encore tout à fait là. Septembre était mon objectif de rentrée. Évidemment, je suis bien déçue de ne pouvoir poursuivre le fil de mes rééducations sociales en retournant en ville! Voilà trois ans que la maladie me confine. Je vais mieux. Et c'est maintenant le monde qui s'y met. À y perdre ce latin que je n'ai jamais appris!

Le coup de la fermeture des piscines a été mon plus gros coup personnel. Et la crainte de perdre la continuité de mes traitements médicaux. J'ai passé la semaine à voir comment j'allais m'arranger. Une nouvelle organisation de soins se met en place. 

Si mon chiro ne tombe pas malade,j'ai une chance de ne pas trop régresser. La clinique où je me fais traiter a mis en place de nouvelles mesures et ne traite plus que ses cas urgents. Ceux qui pourraient finir à l’hôpital sans traitement. Comme j'en fais partie, je peux continuer d'y aller. En faisant toujours très attention.

Mon osteo, revenue de voyage, est en quarantaine. Son remplaçant me prend en urgence aujourd'hui. Le seul écart que je dois faire en notre isolation volontaire est d'aller à la clinique, qui se situe à cinq kilomètres de ma maison.

Achever une rééducation physique de deux années en compagnie du Covid19 demande quelques réflexions et adaptation. Il me sera plus douloureux de continuer mes rééducations en  mode terrestre. Sans répit d'apesanteur. Mais quand il n'y a pas la possibilité de faire autrement, il fait faire avec! 

Essayer de compenser le manque à gagner en piscine avec des marches hebdomadaires. Objectif en cours, accumuler 2000 pas par jour, en espérant ne pas perdre l'acquis de deux dures années de travail de rééducation physique. Sachant qu'il y a un an de cela, ma capacité de marche tournait autour de 200 pas avant que mon dos ne crie grâce.

S'adapter pour avancer est un art de vivre que nous pratiquons depuis bien des années. Être confinés en coin de lac offre plein d'air pur, de silence et d'espace où patienter. Nous avons conscience du privilège de vivre en nature et dans une province qui prend les mesures nécessaires pour essayer d'éviter l'hécatombe italienne.

L'attitude de chacun déterminera le bien de tous. Habituellement l'attitude de chacun n'a de répercussions que sur lui-même ou son cercle proche. Ce qui permet à chacun de développer son individualité à gogo.

Désormais l'attitude de chacun est un maillon important de la chaîne humaine qui gardera l'ordre social en place, ou le fera dangereusement tanguer...

En notre coin de brousse, l'on a appris à transformer la fatalité en force. L'on a appris à persévérer dans les difficultés. L'on a appris à s'adapter et à évoluer. J'ai appris à survivre en d'intolérables douleurs. J'ai appris à les traverser sans lâcher. J'ai appris à transformer le pire en force.

En ce monde qui se referme sur lui même, je me reconnecte. Je m'ouvre de nouveau. Revenir à la vie durant une quarantaine mondiale est très étrange. Bref, au Québec, ce n'est pas encore la fin du monde. Peut-être est-ce juste le début d'un nouveau. En notre coin de lac, c'est surtout l'hiver. Un p'tit -20 avec ça?

En notre organisation de maison, il y a une marche hebdomadaire. En coin de forêt ou sur le lac, selon les lumières ou les humeurs. Un copain voisin nous y rejoint parfois. On pratique la distanciation sociale, les hommes papotent à trois mètres de distance, et l'on avance. Un jour après l'autre...


En notre organisation de maison, il y a une sortie hebdomadaire à l'épicerie, durant les heures où personne n'y traîne. L'on désinfecte tout ce qui entre dans la maison. Qui se transforme en zone verte au fil des jours qui nous isolent. J'ai aussi décidé de revenir nourrir ce coin de Web chaque jour.

Cette semaine, la transmission communautaire débute au Québec, est-ce le début ou la fin? Nul le sait. À chacun d'en choisir l'attitude à développer en les prochains mois pour que le meilleur en ressorte plutôt que le pire.

Isolation volontaire en temps de pandémie

vendredi, mars 20, 2020

Début Mars 2020


Out of the blue, via Instagram, je reçois une invitation à collaborer avec une application pour faire des journaux photos.

J'accepte de la tester durant deux mois et d'en partager mes impressions. Ce qui me donne une bonne raison de trier ces photos en mes mémoires numériques. Et en retrouver le plaisir. Un plaisir qui renaît de ses cendres...



Back to life 

Il y a bientôt trois ans de cela, une physio recommandée par l'hôpital, m'a sévèrement abîmé le dos. Alors qu'elle était supposée traiter mes neuropathies faciales pas me foutre en l'air!

Après avoir gagné ma confiance, elle en a abusé en me traitant comme un cobaye. Elle m'a bien invalidée.

Histoire d'ajouter à la collection de problèmes de santé que je venais affronter ou que j'étais en train de traverser...

Multiples problèmes de santé que j'ai tous surmonté. Les uns après les autres. Sans répit ni pitié. Mais le pire de tous aura été provoqué par ces manipulations de physio qui bien failli me détruire.

Mon dos fut cassé de nouveau. J'ai senti la vie s'écoulé hors de moi, comme une invisible hémorragie. Pour survivre à l'horreur des symptômes physiques en mon corps, mon esprit a appris à se désincarner.

Pendant des mois, j'ai vécu en des douleurs physiques si sévères que j'ai eu l'impression de devenir un automate. La sensation d'apprendre à donner l'impression d'être vivante tout en forçant la vie à persévérer en mon sang.

En ces situations bien effrayantes, il est important, le plus possible, de continuer d'être soi même si on ne le ressent plus. Se forcer à se rappeler ce qui fait notre identité.

Même si on ne se sent plus vraiment soi. Pendant des mois, j'ai utilisé les quelques gouttes d'énergie en ma peau pour continuer de prendre des photos.

Même lorsque tout goût ou envie était absorbé par ma colonne vertébrale en feu. J'ai forcé cette habitude ancrée en moi à ne pas disparaître

Pour l'amour des miens, j'ai forcé la vie à persévérer en mon sang. Et je me suis torturée le corps afin de le renforcer.

Il aura fallu quatorze d'infiltrations, sur une année, pour venir à bout de l'inflammation provoquée par ces manipulations qui m'ont tordu le dos.

Au fil des traitements de chiro et d'osteo, pour me garder la colonne alignée, pour décrisper la chair éprouvée de douleur, j'ai commencé à retrouver des capacités physiques...


Traverser les épreuves...

L'automne dernier, j'ai commencé à sentir une sève revenir en mon tronc. Avec cette sève revenait la vie, celle qui fait que l'on existe...

Depuis, mois après mois, je poursuis mes rééducations et les améliorations se concrétisent. La sève nourrit le tronc qui revient à la vie.

Encore quelques mois de torture physique et je devrais finir par gagner cette foutue guerre.

Tant que le coronavirus ne vient pas trop foutre le chaos en mon chemin de rétablissement. Que cela soit à travers moi ou lui, mon diabétique de mari chéri...

Update #covid19: plus de piscine = souci de régression physique. Chiro encore en service. Ostéo complications. On lâche pas, on s'adapte et on reste chez soi.

Avant le Covid, j'allais de mieux en mieux


J'écoute le point de presse de Gouverneur Cuomo qui essaie d'expliquer à sa population l'importance de protéger les vieux, je hausse un sourcil perplexe. Invoquer l'importance de la collectivité à une population plus sensible à son individualisme qu'à son prochain me semble voué à l'échec.

Sachant que l'expérience italienne prouve que les plus vieux tombent les premiers et qu'ensuite arrivent la vague des "jeunes" qui tombent aussi au champ de cette invisible bataille. Ils n'en mourront peut-être pas mais ils risquent d'en vivre les pires jours de leur existence! Y sont-ils préparés?

Est-ce-qu'il ne serait pas plus efficace en nos sociétés modernes d'expliquer combien chacun est à risque? Qu'il doit sauver sa peau pour préserver la santé de sa collectivité? Est-il nécessaire de répéter qu'aucun pays ne possède l'infrastructure hospitalière pour affronter un tsunami de Covid?

Le pire est à venir

Je refuse de considérer aucun des chiffres officielles chinois, désolé mais j'ai pour parti de ne pas écouter les Pinocchio de ce monde! La Chine a caché trop de choses, dont ses problèmes de crématorium. Ce qui n'est pas le cas des Italiens...

Pourquoi doit-on tous #resterchezsoi? Car personne ne veut se retrouver là. Ni les vieux, ni les autres ne veulent se retrouver en cette situation.

Je préfère mille fois être confinée que de me retrouver en cette position où veille la mort, prête à t'attraper. Croire que juste les plus vieux seront touchés, c'est encore se mettre la tête dans le sable...

Prenons exemple sur l'Italie, ne suivons pas son exemple. Patience et résilience sont désormais nos meilleures amies.

Le monde doit maintenant apprendre l’abnégation et la compassion comme cela ne lui est pas arrivé depuis plusieurs générations. Au final, c'est peut-être pour le mieux.


Grandir dans l'épreuve collective

Toute épreuve est l'occasion d'évoluer. Même si douloureuse, elle renforce et élève celui qui accepte d'en relever le défi.

Chaque épreuve est l'occasion d'approfondir son humanité et de la transformer selon ses valeurs et convictions.

Lorsque vient le temps de traverser un épreuve de vie, les valeurs humaines se révèlent d'excellents repères pour se guider dans l'obscurité des difficultés à traverser.

Si ces valeurs sont bonnes, elles mènent vers la lumière au fond du tunnel. Si elles sont mauvaises, elle perdent l'être qui s'y perd.

C'est dur mais ce n'est pas encore la fin du monde. Cela pourrait le devenir selon nos attitudes et actions à venir.

Évidement c'est dur d'évoluer. C'est dur de changer. C'est dur de sacrifier ses désirs et ses envies! Mais c'est pas la fin du monde. Juste le début d'un nouveau?


Lorsque vient le temps de surmonter des épreuves humaines, les valeurs intérieures deviennent source de force. Alors que les artifices des façades humaines font la pauvreté d'une âme.


Tant que l'on a un toit sur la tête, de la nourriture dans ses placards, des gens à aimer et une santé à entretenir, on fait partie des privilégiés. Et c'est déjà plus facile de s'adapter...

Bye bye égoïsme




Je ne peux pas m'empêcher de noter l'ironie actuelle qui fait passer le monde moderne d'une ère individualiste où le soi est roi à un monde d'abnégation pour le bien commun. Fascinant! 


Sachant que lorsque la collectivité est en danger, c'est aussi en la préservant que l'on sauvera l'individu. Chacun possède maintenant la responsabilité de tous. Les prochaines semaines seront déterminantes pour beaucoup de pays, le nôtre compris.

Au Québec, à voir les mesures prises, je cultive l'espoir qu'on échappe au pire. Regarder aller la France est source de bien des froncements de sourcils. Regarder souffrir l'Italie serre le coeur. Regarder les États-Unis aller fait trembler... .

Reste chez toi, sauve le monde...

jeudi, mars 19, 2020


Depuis fin janvier, j'ai cette étrange sensation d'être assise sur le toit d'un train qui va tout droit dans un énorme mur. Seuls ceux sur le toit peuvent en apercevoir la forme sombre et menaçante.

Le train est bondé de voyageurs qui apprécient le paysage en s'éclatant. Sans ce soucier de ce qui pourrait arriver.

Si tu es sur le toit du train et que tu essaies de discuter avec un passager qui a entrouvert sa fenêtre, c'est peine perdue. Soit il t'ignore, soit il te rit au nez. Inutile d'insister. Tu remontes gentiment sur ton toit. Et tu te prépares au choc à venir.

Puis le train se met à ralentir, le conducteur aperçoit le mur en son horizon. Il essaie alors de ralentir sa course mais les passagers sont très mécontents et pas particulièrement d'accord.

Ils ne regardent toujours que le paysage de leurs fenêtres. Bientôt le train frappera le mur. Et la catastrophe à venir dépendra juste de sa vitesse...

Chaque gouvernement conduit un train qui va dans le mur. Espérons que le nôtre saura ralentir à temps. Et que ses passagers se conscientiseront...

Brève de Covid...