jeudi, novembre 06, 2008

Battre le briquet

9 comments
Cette semaine je découvre une expression qui avait toujours échappée à ma compréhension. Évidement avec la comptine traditionnelle, je m'étais toujours plus ou moins demandée le rapport de ce que je croyais être le dernier couplet! Dans ma tête de linotte, la comptine s'arrête à "on bat le criquet". C'est que j'ai pas mal chanté cette célèbre ritournelle durant les trois dernières années. Aussi en même temps que s'éclaire cette expression en ma conscience, j'en découvre la fin de cette chanson! Et je tombe un peu des nues...

EXPRESSION via Expressio.fr
« Battre le briquet »

SIGNIFICATION
Heurter la pierre à briquet pour en tirer une étincelle. Faire la cour à une femme. Avoir des relations sexuelles. Se cogner les jambes en marchant.

ORIGINE

Vous avez tous été enfants et avez presque tous probablement eu l'occasion d'apprendre et chanter "au clair de la lune", chanson enfantine par excellence. Mais avez-vous remarqué que, sous ses dehors très sages, il s'agit en fait d'une chanson paillarde ? Certes, nettement moins explicite que "le père Dupanloup" ou "allons à Messine", mais...

Le premier sens de battre le briquet est parfaitement naturel. Le briquet ne pouvait qu'être équipé d'une pierre à briquet, pierre qu'il fallait battre ou gratter pour provoquer une étincelle susceptible d'allumer un feu. Le second, qui date du XVIIIe siècle, est une métaphore qui découle du premier sens, puisqu'un homme qui fait sa cour et déclare ses sentiments ne peut "qu'enflammer" la jeune et naïve donzelle qui ne ne demande qu'à le croire, aussi facilement que l'étincelle du briquet allume l'amadou. Et le troisième découle du second, puisqu'une fois que la donzelle est tombée dans les rets du beau parleur, le couple passe au lit pour y accomplir l'inévitable rituel d'accouplement. Enfin, le dernier vient de la comparaison entre le cognement régulier des jambes pendant la marche avec la manière ancienne de battre le briquet, comme si les genoux ou les chevilles qui s'entrechoquent allaient provoquer une étincelle. Venons-en maintenant à notre chanson enfantine:

Au clair de la lune, mon ami Pierrot
Prête-moi ta plume, pour écrire un mot.
Ma chandelle est morte, je n'ai plus de feu.
Ouvre-moi ta porte, pour l'amour de Dieu.

Au clair de la lune, Pierrot répondit :
- « Je n'ai pas de plume, je suis dans mon lit.
Va chez la voisine, je crois qu'elle y est
Car dans sa cuisine, on bat le briquet. »

Au clair de la lune, l'aimable lubin
Frappe chez la brune, elle répond soudain
- « Qui frappe de la sorte ? », il dit à son tour
- « Ouvrez votre porte pour le Dieu d'Amour »

Au clair de la lune, on n'y voit qu'un peu
On chercha la plume, on chercha du feu
En cherchant d'la sorte je n'sais c'qu'on trouva
Mais je sais qu'la porte sur eux se ferma.

Il est très probable que, dans la version originale, on parlait de 'lume' (la lumière nécessaire pour pouvoir voir quand la chandelle est éteinte) et non de 'plume', même si, pour écrire, il fallait bien une plume. Mais, sachant que le 'lubin' (troisième strophe) désignait un moine dépravé, sachant qu'on évoque ici une 'chandelle' dans un état désastreux et qu'il suffit d'aller chez la voisine qui bat volontiers le briquet pour s'enfermer avec elle et rallumer le feu, croyez-vous toujours que cette chanson, si pleine de sous-entendus, est si innocente que ça ?

9 commentaires:

minutepapillon a dit…

Ah ben mince alors! Je trouve de plus que beaucoup de chansons enfantines manquent de sens. J'ai l'idée d'un papillon à ce sujet quand j'en aurais le temps

Junko a dit…

Alors déjà la semaine dernière, quelqu'un m'apprenait le sens caché des contes entendus dans mon enfance (Le petit chaperon rouge, par exemple).

Maintenant, je découvre grâce à texte que les chansons enfantines sont tout aussi peu sages.

Décidément, de nombreux mythes s'émiettent en ce moment...
(Cela dit, je trouve "Au clair de la lune" plus rigolote avec ce sens là).

Beo a dit…

Moi aussi, je la trouve plus rigolote et un poil plus logique.

Mais bon; quand on est tout petits: on gobe les comptines comme elles viennent!

Et puis: ces comptines; étaient-elles vraiment destinées à avoir une vie perpétuelle dans le temps?

Je dis ça dans le sens que si j'invente une chanson pour mon gamin qui est tout petit. Si je l'agrémente à mon goût, vu qu'il ne comprends que la douceur de la mélodie et ma voix.

J'aime toujours ta chronique sur les expressions de la semaine mais celle-ci; je la trouve exceptionnelle!

Moukmouk a dit…

On prend conscience de la période extrêmement puritaine qu'on vient de passer. Les chambres fermées n'ont pas trois siècles...

Etolane a dit…

Minute papillon, c'est vrai que parfois les comptines enfantines paraissent un peu surréalistes! Souvent je m'étais demandé le rapport de battre le briquet au clair de la lune! J'aurai jamais imaginé que cela pouvait être cochon! :lol:

Junko, oh, c'est quoi le sous entendu du petit chaperon rouge? Tant que c'est pas à nuance pédophile, je suis prête à tout accepter! Cela dit moi aussi je trouve maintenant "au clair de la lune" plus marrante, bien drôle même...

Merci Beo, cela va difficile de la chanter avec la même innocence d'esprit et je me sens vraiment pas prête à éclairer la lanterne de LIly-Soleil! :lol: Moi je vois une certaine tradition linguistique dans ces comptines qui traversent les sciences, je trouve cela émouvant de savoir que des enfants la chantait il y a deux cent ans. Sur Wikipedia, il y a une version numérique d'au clair de la lune de 1860! ET aussi plusieurs autre version des derniers couplets...

Moukmouk, oui on dirait que dans l'histoire humaine, il y a des vagues puritaines qui régulièrement viennent balayer les communs des mortels...

Anonyme a dit…

je vous invite à écouter Au clair de la lune interprêté par notre quintette a cappella "Les Musiciens de Surface" sur le site http://www.jamendo.com/fr/album/3907
et à visiter notre site http://www.musiciensdesurface.be

musiciensdesurface@skynet.be a dit…

Vous pouvez entendre cette chanson interprétée par notre quintette A Cappella "Les Musiciens de Surface" sur le site http://www.jamendo.com/fr/album/3907 et nous suivre sur notre site http://www.musiciensdesurface.be

Jean-Marc Liotier a dit…

Intéressante explication des sens métaphoriques du battage de briquet... Je n'écouterai plus de la même manière mes enfants chanter "Au Clair de la Lune"...

CEPOG a dit…

J'ai toujours pensé que "battre le briquet" était une image qui, vu la similitude du geste, qualifiait la masturbation féminine.

Il me semblait que mettre en "relation" un pauvre moine dont la "chandelle" n'a plus de feu et une aimable voisine qui, seule dans sa cuisine "battait le briquet" était une manière de faire d'une pierre deux coup (Si j'ose dire).