mercredi, mars 10, 2010

Aller aux fraises sur un lac figé

10 comments
Aller aux fraises sur un lac figé d'hiver.

Le soleil brille de plein feux depuis plusieurs jours. Au village, les bancs de neige font une cure d'amaigrissement. Mais le Sud de la France en prend pour son grade!

Perpignan est sous la neige et ici, l'hiver ne fait plus le poids devant un printemps qui le pousse vigoureusement. Je vois l'asphalte de la route devant chez moi. En mars, c'est bien rare, presque bizarre...

Enfin, l'hiver tient encore la barre du temps. La fin de semaine dernière, j'ai vu passer un "quatre roues" sur le lac gelé et j'y ai aperçu quelques personnes s'y promener.

L'on ira voir la fin de semaine prochaine si l'on trouve le courage d'y faire quelques pas. L'hiver aura quand même été assez vigoureux pour emprisonner le lac d'une épaisse couche de glace...

Et dans mon désert blanc, même si le printemps me titille le sang, je sens encore bien l'hiver chaque matin que j'ouvre ma porte d'entrée! Mais avec chaque vibration de printemps, je pense à ma Mère-Grand qui n'est plus. Son langage coloré et sa chaleur humaine me manquent terriblement.

Voilà bien longtemps que je n'ai pas choisi une expression à décortiquer. Ceci me manque aussi. Avant que je ne me plonge en une traduction qui explore le cosmos et les étoiles, je fais ici d'une pierre deux coups. Une pensée pour ma mère-grand et une expression qu'elle utilisait de temps en temps. Une expression qui me fait irrémédiablement penser aux beaux jours à venir...

EXPRESSION via Expressio.fr
« Aller aux fraises »

SIGNIFICATION
Chercher un lieu écarté propice à la fornication. Errer sans but, se promener en musardant

ORIGINE
Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de faire ça dans un fraisier sauvage, mais ce n'est certainement pas l'endroit le plus confortable pour cette agréable pratique. Alors pourquoi notre expression, qui est attesté en 1915, selon Gaston Esnault, a-t-elle le premier sens proposé ? On peut y voir deux raisons :

La première est que les fraises des bois se méritent un peu ; localiser un fraisier bien garni n'est pas forcément aisé (sauf à connaître déjà quelques emplacements privilégiés) ; il faut errer dans les sous-bois avant de dénicher ce qu'on cherche. Alors, par plaisanterie, la recherche d'un endroit propice pour se faire une ventrée de fraises à été assimilée à celle d'un autre endroit au moins aussi propice pour y faire des choses strictement interdites hors mariage. Et puis la découverte de cet objet de désir gourmand qu'est la fraise des bois qu'on va se faire un plaisir de consommer peut aussi faire penser à ces autres objets du désir bien dissimulés que sont les parties génitales, et à la 'consommation' qu'on associe à l'acte sexuel. D'ailleurs, rien n'interdit d'imaginer un couple partant en disant avec sincérité "nous allons aux fraises" et, la météo, le sang chaud et l'isolement du sous-bois aidant, ayant au moins temporairement décidé de passer à une autre activité.

Quelques esprits chagrins vont me dire qu'on aurait alors tout aussi bien pu dire "aller aux champignons" ou bien "aller aux mûres", entre autres. Oui, mais il ne faut pas oublier que la fraise est rouge, couleur à rapprocher de celle rose foncé du gland (pas celui du chêne !) ou du clitoris. D'ailleurs, selon Wartburg, le mot 'fraise' a eu clairement des emplois érotiques pour désigner le bout des seins ou le vagin. Et, pour confirmer la chose, il suffit de savoir qu'avant la nôtre, l'expression s'employait au singulier ("aller à la fraise").

Quant au deuxième sens, il vient de l'analogie avec le chercheur de fraises des bois (ou de mûres ou de champignons...) qui a une trajectoire erratique, tout occupé qu'il est de passer d'un point à un autre sans suivre un tracé bien précis, pour repérer les endroits bien garnis.

EXEMPLE
« Peu après le Dionigi est là avec son pas pesant. La Linda rougit, mais le Dionigi rit calmement. "Ah ah, tu es allé aux fraises" et à la Linda "il me semblait, il y a un moment, en haut, sentir un parfum de mutellina (...)" » Giovanni Orelli - L'année de l'avalanche - 1991

10 commentaires:

Venise a dit…

Hou là là, c'est encore froid et enneigé par chez vous ! Le pays bleu.

J'entendais dire que le fleuve prend de l'avance et est "anormalement" dégelé. Il a hâte au printemps le fleuve, hâte de se défiger, de s'ébrouer.

Ici, tout près, le lac d'argent est marbré neige et eau foncé. Et aujourd'hui, je voyais quelqu'un s'y promener en 4 X 4. Je me suis sincèrement demandé jusqu'à quel point il tenait à la vie.

Rouge a dit…

Ah que j'aime ton écriture et que j'aime cette expression charmante !

Jane a dit…

Et bien, je suis aller aux fraises aujourd'hui alors :)

Beo a dit…

Je ne connaissais pas du tout cette expression, huhu!

Candy Froggie a dit…

je suis bien jalouse de ton printemps du coup (mon dieu je ne suis pas venue sur ton bloug depuis des lustres, ça me donne des vibrato dans la voix, enfin le typing!!! ;-)

j'ai fait mon overdose, je ne supporte plus le froid!!!

Etolane a dit…

Venise, de moins en moins froid mais toujours enneigé, l'on vit dans les montagnes! ;) Car à Québec, qui n'est pas si loin mais dans la plaine, il ne reste plus grande neige et le fleuve a perdu ses glaces! Ici le lac est encore solide, habituellement il calme à la mi-mai. Mais cette année, il risque de nous étonner. Le tien câle quand habituellement?

Rouge, merci, cela me fait plaisir de le savoir. Je tiens cette expression de ma mère grand et je dois avouer que lorsque j'étais petite, elle me rendait souvent sceptique! :lol:

Jane, j'espère qu'elles étaient bien mûres! ;)

Beo, c'est une expression qui doit devenir pas mal archaïque mais que je trouve bien cute...

Candy, ah! Ben pour une fois que c'est notre tour! :lol: Tu ne peux imaginer combien de fois via la Web j'ai vu arriver le printemps ailleurs et pris mon mal en patience! Je comprends bien cette envie! ;) Vous avez l'air d'avoir un hiver pas cool en France en tout cas. Vous avez eu bien froid? Cela achève pas? Contente de te voir passer la Miss! :D Zoubi ensoleillés.

Blandine a dit…

Pour moi aller aux fraises c'est avoir un pantalon trop court (comme un feu de plancher) j'ignorai cette version de l'expression !

assurance medicale a dit…

j'adore tes expression, les images et la facon que tu parle de Mzelle soleil

Calamity a dit…

Hello ! Une petite question : comment fais-tu pour savoir à partir de quel moment le lac est suffisamment gelé pour s'y aventurer à pied ? (épaisseur de la glace) Et bien sûr à partir de quel moment il ne l'est plus ?

Etolane a dit…

Coucou Calamity, humm, bonne question, je te dirais principalement à l'épaisseur de la glace je dirais! Quand t'es pas capable de faire un trou avec ton pied, généralement elle est assez épaisse pour s'y balader! ;)

Assurance médicale, j'avoue que ton pseudo m'intrigue, merci pour ce signe de vie que j'apprécie...

Blandine, ben tu vois moi c'est aller aux grenouilles quand le pantalon est trop court! :lol: