jeudi, novembre 25, 2010

Mettre le temps sur pause

10 comments
Mettre le temps sur pause...

Je vis au milieu de bébés. Parfois, lorsque je ne fais pas attention, je shoote dans un qui traine par terre. Bang! Je vis au milieu des bébés en plastique de ma fille...

Une petite fille ultra maternelle qui élève une tribu depuis quelques années déjà. Une tribu plastifiée, qui, je le sais, sera un jour abandonnée à son propre sort. Ce jour là, je suis sure que je les manquerais. J'imagine qu'il ne me reste plus beaucoup d'années à vivre au milieu de bébés qui ne sont pas les miens.

Ces bébés qui me rappellent que je n'en ai fait qu'un. Serrement de cœur. Corps meurtri. Raisons intérieures. J'observe mon bébé qui n'en est plus un. Je regarde ma fillette s'occuper de ses bébés. Je sais qu'un jour elle sera devenue trop grande pour les aimer. Jusqu'au jour où elle sera assez grande pour faire des bébés qui seront les siens. Ce jour là, elle sera femme et je serai grand-mère. Je serai heureuse de prendre son bébé contre mon coeur. Ce jour là, ma vie aura plus de passé que de futur en ses valises.

La naissance de mon bébé a bousculé ma perception du temps. Depuis elle, le temps n'a plus la même texture. Avec elle la vie s'accélère. Elle grandit. Je vieillis. Avec elle, mon futur prend chair. J'aurai 38 ans le premier janvier prochain. 38 ans. Si loin de la vingtaine, si près de la quarantaine. 38 ans. Un mari et un enfant. Une voiture et une hypothèque. Des piges. Et ces petits matins grognons où je shoote dans un bébé en plastique...

Mais, du haut de cette maturité acquise, je sais que je dois profiter de ce doux présent qui tisse ma vie adulte. Un présent rempli d'amour qui se partage. Un présent pas toujours rose mais jamais noir. Un présent qui glisse entre les doigts pour venir se loger dans les rides qui se dessinent au coin des yeux...

Alors, parfois, j'arrête le temps. Durant quelques secondes, je fais une pause. Je m'arrête et je regarde autour de moi les signes de cette enfance qui m'ensoleille. En silence, un petit sourire arrondit mes lèvres. Je regarde ces bébés égarés dans tous les coins de ma maison. J'en absorbe le bonheur qui les enrobe. J'arrête le temps un court instant. J'inspire. L'instant se fige. J'expire. Et je laisse glisser les soucis et les tourments pour mieux profiter de cette enfance qui m'élève.

10 commentaires:

Mamanbooh a dit…

Oh! Nous sommes presque nées le même jour et tes propos me touchent...

J'ai deux cocos et moi aussi, je trouve que ça passe trop vite alors qu'en maintenant, certaines journées sont trop longues.

"Cette enfance qui m'élève"... Wow! Quelle phrase. Merci!

La Belle a dit…

Si tu savais combien ça fait du bien de te lire aujourd'hui :-) Merci pour ces mots qui m'aident à y voir plus clair et surtout à profiter de la vie qu'il y a autour de moi. Tu me fais réaliser beaucoup de choses ces temps-ci !

Anne a dit…

Ta fille est magnifique!!!

Blandine a dit…

j'aime ta philosophie, si j'osais j'écrirai ta fillosophie de vie.
Merci pour ces mots.

M a dit…

Savourer le temps qui passe...si doux, si facile à s'y délecter et pourtant si facile de l'oublier dans le tourbillon de la vie! Mon coeur aussi se serre lorsque vient le temps de 'parler' d'un 4e bébé ou non. Je sais que rationnellement je suis en train de passer à autre chose. MAIS, la maternité, la douceur de la naissance me manquent déjà! Et cette nuit j'ai rêvé à un bébé....qui n'était pas le mien...

Venise a dit…

Quand je lis un texte dont la forme est aussi belle que le fond, moi aussi, je m'arrête et contemple.

Karocreations a dit…

Que c'est bien ecrit, comme toujours ! Je me demande toujours d' ou vient ta plume...Mais peu importe, elle est si agreable a lire...
A samedi, j'ai tellement hate!

karo

Anonyme a dit…

Moi je n’ai pas d’enfant mais à la fin je croie que la plus belle des réussites pour les parents s’est leurs enfants ; a la fin tous le reste est bien secondaire!
Et oui ta plume et très bel!
julio

Sophie Anne a dit…

Je suis un peu tard pour commenter, mais ne dit-on pas qu'il vaut mieux tard que jamais?

Comme la tienne, je sens ma vie pas toujours rose, mais jamais noire; je n'aurais pas été capable de la définir ainsi par moi même, mais ta façon de le faire me touche.

Merci!

Etolane a dit…

Sophie Anne, Et moi je suis tard pour répondre, alors tu vois, y'a pas de troubles! ;) C'est drôle lorsque l'homme a lu ce texte, c'est aussi cette phrase là qui l'a accroché. Merci de partager ces mots avec moi...

Merci Julio. :) Oui c'est aussi ce que j'entends dire et je crois qu'il s'y cache une grande vérité...

Karo, c'est gentil. Hummm... Ma plume me vient de la pratique des ans et du sang dans laquelle je la trempe :) À samedi pour le meilleur... ;)

Venise, merci de tes mots qui sont doux à mon coeur. Surtout sachant combien je respecte ton œil littéraire...

M, j'ai une amie qui est dans le même dilemme pour un quatrième et en discutant avec elle, j'ai réalisé que c'est le même deuil. Les mêmes étapes à passer. Même si j'avoue que je t'envie un peu ta tribu :)

Blandine et j'aime ton barbarisme qui résume bien ma situation :)

Anne, merci, c'est aussi une bien bonne petite fille, elle me remplit de fierté et d'espérances...

La Belle, merci de partager avec ces sensations qui me touchent beaucoup.

Mamanbooh, c'était aussi ma phrase préférée, je la cultive depuis longtemps, elle est tatouée en moi. Tu me fais penser à cette chanson des colocs qui dit" La vie c'est court mais c'est long par boutte ;)". Et je ne peux qu'acquiescer :)