mardi, juin 01, 2010

"Faut encore qu'on vive dans cette planète!"

7 comments
"Faut encore qu'on vive dans cette planète!"

L'année dernière, j'ai eu une bonne altercation avec un militaire sauvage sur la base qui se situe à une quinzaine de kilomètres de mon lac.

M'zelle Soleil avait trois ans et demi et je crois qu'elle a bien vu que je me mettais en situation de danger. Ce n'est pas dans mes habitudes. Je pense qu'elle en a été impressionnée en son petit monde d'enfance.

Elle a vite voulu comprendre ce qui venait de se passer. Je lui ai simplement expliqué. Depuis, ma Mini Miss ne rate pas une seule occasion de ramasser un déchet par terre... Dehors.

Autant il est difficile de lui faire ramasser quelque chose dans sa chambre, autant elle se jette sur le premier déchet qui traine dans la rue! Je dois admettre que ce comportement enfantin gonfle de fierté mon coeur de mère. Ceci me fait penser à cela...

Ce jour là, il a fait plus de trente degrés et la plage a connu sa première invasion humaine. À coté de nous, un petit groupe de jeunes détonnait dans le paysage familial en buvant du champagne à la bouteille et en fumant de l'herbe fraiche. Ils chantaient à l'unisson des raps cochons tout en se chamaillant gaiement. Ils s'éclaboussaient et faisaient des vagues de sable. Je les observais du coin de l'oeil. La Miss était subtilement fascinée par cette débandade de garçons. Ces jeunes d'à peine 20 ans n'étaient pas québécois. Ce qui rendait le tout encore plus rare. C'était une exception de plage. De ces exceptions qui font les règles. L'été, la plage est gardée et surveillée. Habituellement je m'en plains mais je dois avouer que ce jour là, en mon coeur de mère, pour la première fois j'en ai compris la raison adulte. Cette raison subite m'a fait frissonner l'âme...

Bref, vu que c'est rare, j'ai laissé ma Mini Miss contempler librement cette faune exotique. Elle vit assez dans un cocon douillet pour pouvoir apprendre que la vie n'est pas seulement un paradis de lac. J'en ai  aussi profité pour m'ouvrir l'esprit vieilli, pour me rappeler mes folies d'adolescences. "Jeunesse doit se passer" disait ma Mère-Grand. Et ces jeunes là ne devaient pas avoir la vie aussi facile qu'ils se la faisait en ce dimanche tropical. Je me suis donc contentée de les avoir à l'oeil et de jeter par ci, par là, quelques regards aiguisés de mère louve.

Lorsque les chamailleries se sont rapprochées de ma fillette, j'ai enlevé mes lunettes de soleil et j'ai engainé mon regard maternel. Un regard qui s'est chargé de menaces. Mais avant que je ne doive bouger d'un poil, l'un d'entre eux s'est exclamé avec un accent d'ailleurs qui a roulé jusqu'à mes oreilles: "Attention les gars y'a des enfants ici!".

De mon carré de sable, j'ai souri à celui-ci. Peu de temps après, ils sont partis d'eux-même, l'ambiance familiale de la plage étant suffisante pour les voir prendre la poudre d'escampette une fois rafraichis. Alors que la troupe se lève, je remarque cependant qu'ils laissent derrière eux leurs bouteilles de bière. C'est là que ma limite est dépassée. Je les interpelle:

- Hé les garçons!

L'un deux se retourne. J'enclenche:

- Je crois que vous oubliez quelque chose!

Et là, à mon agréable surprise, un premier s'excuse:

- Oh! Excusez m'dame on avait pas vu!

Alors que les autres ramassent...

Je souris tout en gardant un regard d'acier. Quand même un peu bouleversée intérieurement d'être la "madame" qui fait le gendarme de service. Quand je dis que je vieillis! La mamamitude, c'est beau et c'est doux mais cela ne fait pas rajeunir...

Enfin, tout est bien qui finit bien. Deux heures plus tard, l'on commence à servir de snack aux moustiques du soir. M'zelle Soleil et ma pomme ramassons notre bordel de sable. Enfin, surtout ma pomme car à part pour le bien public, M'zelle Soleil n'aime guère ramasser son bordel personnel. Je ratiboise donc toutes nos affaires dans la brouette de plage et l'on prend le départ. Quelques pas plus tard M'zelle Soleil s'insurge:

- Maman, maman, regarde, y'a des bouteilles et plein de déchets là!!!

En effet, un carré de sable est souillé! Des canettes de bière, un yaourt ensablé et quelques papiers trainent en vrac. Comme j'en ai déjà plein les mains, ma Mini Miss se penche et commence à ramasser avant même que je puisse y penser! Instant de mère comblée. Cela dit, en même temps, je pense à quel point ce n'est pas ce que le parent dit qui compte mais bien ce que le parent fait...

La preuve: nous ne sommes pas des maniaques de ménage. C'est notre sujet de chamaillerie préféré entre Juan et moi. Qui fait quoi. Avec quelques remous, l'on arrive au final à partager les tâches domestiques de façon équitable. Mais ce n'est jamais de gaieté de coeur que l'on se donne au ménage.

Il arrive aussi que le bordel prenne d'assaut la maison. Dans ces moments là, apparait même Shni, mon petit génie de ménage. Ceci étant, il est bien difficile de transformer notre Mini Miss en femme de ménage miniature. Et même si on lui répète les même trucs que l'on se répète en nous-même (sans toujours en démontrer la discipline), rien n'y fait! Et l'on peut même se transformer en perroquets robotisés, rien n'y fera! Alors l'on doit se botter les fesses tous ensemble, en famille. De plus en plus la demoiselle participe à l'effort collectif. Elle grandit. Comme il le faut bien en notre fonction parentale, l'on s'adultifie. Et la demoiselle possède maintenant un tableau de tâches domestiques avec récompenses à la clé...

Mais je m'égare en mes quatre murs alors que c'est la Terre qui importe. L'autre jour, en allant à la plage, M'zelle Soleil m'explique "qu'il ne faut pas que la Terre soit morte!". Ébahie, je l'écoute alors qu'elle m'explique "qu'il faut encore qu'on vive dans cette planète!". En regardant ce petit bout d'enfant, mon coeur se serre d'inquiétudes et je pense avec tristesse à la sagesse amérindienne qui commandait à tous de vivre sa vie en fonction des sept générations à venir...

7 commentaires:

Francois et fier de l'Être a dit…

C'est bien notre rôle de transmettre ce savoir.
Malheureusement on leur laisse un bien piétre héritage.
Bises

Sophie a dit…

Bravo M'zelle Soleil ! Et bravo à sa maman de si bien l'éduquer !

namfarang a dit…

n'as-tu pas eu peur que dessous les papiers et le yaourt ensablés, une mauvaise surprise "à la pointe piquante" puisse se cacher?

Bien Mamzelle Soleil, continue comme ça et perpétue ceci dans ta propre chambre :-P

julie70 a dit…

c'est deja chaud et ete chez vous pres de ton lac?

oh, on grandit, on le veut vite pour nos enfants et ensuite on le voudrait le retarder, ce temps quand on ne peut plus les avoir dans un cocon bien garde et douillette.

J'ai presque pas reconnu ton blog, pourtant ce n'est que l'aspect qui change, pas l'ecriture que j'adore.

Looange a dit…

Moi je n'ai malheureusement pas ton courage... mais je me serais levée pour ramasser les bouteilles :)

Je le fais dans la rue lorsque je marche... mon chum est découragé :) Je mets les papiers dans le bacs d'une maison ou dans mes poches :)

Blandine a dit…

Ton soleil est éblouissant de clairvoyance !!! Comme elle a raison...

Je me reconnais dans ton "intolérance", plusieurs fois je pars en confrontation avec les irrespectueux, et ce d'autant plus facilement que mon étoile à moi se trouve potentiellement en danger

Etolane a dit…

François, très bien dit! Meilleures pensées... :)

Sophie, merci, j'espère qu'en bout de ligne lorsqu'elle sera femme et adulte, j'aurai réussi à l'éduquer pour qu'elle soit bien dans sa vie...

Nam, non pas du tout. Tu penses à une seringue? Dans le sable de la plage du village? J'imagine que tout est possible mais j'en serai vraiment très étonnée. Bon ben maintenant, y'a plus qu'à essayer de la faire ramasser à la maison! ;)

Julie, disons que le temps à du mal à se placer, il faut chaud, puis froid, puis c'est le déluge, puis le soleil, les saisons délirent un peu... :-(

C'est toujours un grand plaisir que de te voir passer par mon petit jardin de Toile :)

Looange, je crois que l'important est d'essayer de faire ce que l'on peut à son échelle... Je suis sure que tu fais mieux que moi à d'autres endroits! ;)

Blandine, je peux imaginer, à Paris, je ne sais pas si je ne finirai pas par me faire battre! :( Mais il faut se serrer les coudes pour nos enfants qui passent après nous...