vendredi, juin 25, 2010

Expression et discipline

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Expression et discipline

Alors que je discute avec une amie, elle me dit: "Tu sais, quatre ans c'est la période de discipline". Je soupire intérieurement. Il me semble que la discipline parentale existe en notre maison depuis déjà deux ans et je me dis que ce n'est certainement pas prêt d'arrêter...

Le lendemain, je discute avec une autre amie sur la plage qui me dit: "Ah! Tu sais, quatre ans, c'est l'âge de l'opposition. Enfin on dit que cela commence là parce-que je sais pas quand ça finit". Je déglutis.

En effet, ces temps-ci, la discipline enfantine est un sujet récurrent en notre mode adulte. C'est un sujet qui peut facilement semer la discorde entre les deux parents. Mais en notre maison, l'on a pour politique intérieure de faire front parental, de se serrer les coudes.
Si l'on veut survivre à l'épreuve, il faut se soutenir l'un l'autre. Ce n'est pas toujours évident. Communication, respect et compromis sont de rigueur. Heureusement que nous avons les mêmes valeurs.

Cela dit, généralement je suis le "bad cop" du commissariat parental. Parfois je demande grâce. Dans ces moments là, Juan accepte de se rigidifier davantage. L'on travaille à trouver le meilleur équilibre. C'est un défi quotidien car la Miss ne manque pas une seule faille parentale. Il est certain qu'elle sait manier l'opposition avec talent. Nous nous concertons régulièrement pour ne pas flancher devant ses volontés. La constance est certainement la meilleure arme dans cette bataille. Et l'une des plus complexes à manier. Rester ferme et calme à la fois est notre ambition de fond. Si l'on crie, l'on perd. C'est tout un exercice pour les nerfs. Cela travaille les patiences. Cela façonne le quotidien.

C'est d'autant plus difficile que pour rester crédible au regard sensible de l'enfant, il est nécessaire de se discipliner soi-même. Toujours faire ce que l'on dit. Ne jamais menacer si l'on n'est pas prêt à punir. Et une fois que l'on se durcit, il faut accepter les mots de colère qui disent: "Je t'aime plus, t'es méchant(e)!" et répondre avec affection à la résistance enfantine.

Comme j'apprécie sa répartie, je dois faire attention à ne pas lui offrir trop de latitudes. Sinon je sais bien que je risque de me faire ramasser au coin d'un carrefour. Pourtant, j'aime lui laisser un espace de liberté pour qu'elle puisse épanouir sa personnalité propre. Je pose cependant mes limites pour encadrer cet espace de liberté. Et je les déplace au fur et à mesure qu'elle grandit. En même temps que j'élève ma fille, je raisonne la rebelle au fond de mon sang. Est-ce que je m'élève ce faisant? La tolérance et l'ouverture restent les figures de proue de ma navigation maternelle. Et le respect de chacun est essentiel.

Pour la fête des pères, j'ai offert à Juan un cadeau invisible. De bon matin, juste avant qu'il ne se réveille, j'ai expliqué à ma Mini Miss que puisque c'était le jour des pères, pour lui faire plaisir, l'on devait dire "oui papa" toute la journée. Sans oublier que la moindre résistance à ce principe entrainerait une conséquence immédiate.

Je sais qu'elle encore assez petite pour que j'applique la philosophie Borg " Résistance is futile". Et comme je suis le "bad cop" de la maison. Elle sait que je ne menace jamais dans le vide. Pas tout à fait certaine de mon idée, elle grogne un peu en demandant le pourquoi du comment. Pour adoucir le tout je lui explique combien cela ferait plaisir à papa. Elle se plie à mon idée abstraite (que j'applique aussi à mon échelle féminine).

En ce qui concerne les punitions, même si elles sont rares, elles existent. L'on se fait un peu violence à chaque fois que l'on punit car c'est pour la bonne cause. L'envoyer au coin est encore de circonstance mais au fur et à mesure qu'elle grandit, les conséquences deviennent plus efficaces. Une conséquence étant le retrait d'un de ses plaisirs d'enfance.

À son réveil, en découvrant son cadeau d'attitude, Juan est aux anges. Je donne l'exemple. Et, en bout de journée, il faut avouer que la Miss aura trouvé sa journée un plus rude que prévue. Le "oui papa" n'est pas toujours facile à sa vie. Elle qui aime bien pimenter notre quotidien de quelques "nons" bien pensés a gentiment avalé ses rebellions. Avec tout l'amour qu'elle porte à son paternel, elle s'est pliée à cet exercice maternel. J'étais fière d'elle. Et l'on était bien content de prendre des vacances des "non, je veux pas...", des "mais, moi je veux...", des "moi, j'aime pas..." des "c'est parce-que je veux..." et autres techniques de protestation enfantine.

En ce dimanche de claire obéissance, dès que monte la tergiversation, il suffit que je fronce les sourcils et lui lance un regard perçant en chuchotant "oui papa" pour que s'efface l'opposition, et que d'une petite voix contrite elle réponde: "oui papa.". Je n'oublie pas de montrer l'exemple en acquiesçant à toutes les requêtes de mon homme. Comme celles-ci sont raisonnables, cela ne m'est pas si difficile. Sur le coup de midi, alors que M'zelle Soleil a bien compris le principe du jour, elle me demande d'un air sérieux:

- Mais maman, c'est quand le jour des petites filles?

J'éclate de rire et je ne peux que répondre:

- Mais voyons ma puce, c'est tous les jours...

Avec une moue insatisfaite, elle marmonne que si c'est la fête des papas et la fête des mamans, il devrait bien y avoir une fête des petites filles! Je rigole en mon chignon. Et j'y réfléchis. Peut-être bien qu'il devrait y avoir un jour de petite fille après tout. Si en tant que parent, l'on doit appliquer des conséquences, l'on doit aussi donner des récompenses. Je note son idée en silence.

Et puis, en fin de journée, alors que l'on se dirige vers un petit resto africain pour célébrer ce jour des pères, M'zelle Soleil nous explique qu'elle n'aime pas oublier les choses qu'elle a en tête. Elle décide de nous expliquer en une longue phrase tout ce qu'elle pense de la vie. Je comprends alors que cela la fâche intérieurement lorsqu'elle oublie les choses qu'elle aimerait dire. C'est intéressant de découvrir le fond de sa pensée.

Je l'écoute avec attention, toujours fascinée par le développement de ses idées qui définissent déjà sa personnalité propre. Un jour, peut-être pas si lointain, je sais qu'elle m'expliquera la vie. Et ce jour là, je l'écouterai car je suis certaine que ses propos m'enrichiront les idées.

Alors je me pratique déjà, j'écoute ma petite puce qui parle plus vite que son ombre. Je dois me concentrer pour en suivre le fil. Mes oreilles vibrent mais elles commencent à s'habituer à ce début accéléré d'enfance qui veut tout comprendre et expliquer...

6 commentaires:

Beo a dit…

C'est tellement tout ça la vie!

La Belle a dit…

Ah la discipline...

J'ai beaucoup de difficulté à ne pas élevé ma voix. Par contre tu me donnes envie d'essayer pour voir sa réaction à mon fils !

Rouge a dit…

Elle est étourdissante hihi.

Bon courage pour l'avenir *rires sadiques d'une maman qui en a une pas piquée des vers non plus*

Une femme libre a dit…

Elle est impressionnante et elle ira loin. Son discours est très mature pour son âge. Je comprends qu'il soit difficile de lui résister.

Anonyme a dit…

je ne comprend pas que vous rouliez sans que votre fille soit attaché. Elle semble grande, vous devriez la la mettre dans un banc d'appoint avec la ceinture de l'auto. Je m'excuse de ce commentaire, c'est une déformation professionnelle. Le slogan: attachez-le à la vie! Bonne journée!

Etolane a dit…

Anonyme, en fait elle est attachée dans son siège mais en effet, il lui arrive de faire glisser ses bretelles sur ses épaules comme c'est le cas ici! ;) Mais nous l'attachons dans son siège dès que l'on roule. Même si parfois, elle nous passe une sous le nez...

Une femme libre, oui, elle m'épate sur une base régulière...

La Belle, en fait c'est le ton ferme et clair qui marche le mieux mais c'est aussi le plus difficile pour le parent. :( Allez on se serre les coudes parentaux...

Rouge, merci :) J'accroche ma tuque...

Beo, eh oui! ;)