mardi, septembre 11, 2007

Sans elle

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Sans elle

Le jour se lève, sombre, pluvieux, lourd. Il s'accorde avec mon humeur. Tristounette, je regarde l’homme emmener l’enfant. Elle me sourit, elle me dit d'un ton serein:

- Babye Maman...

Je l'embrasse. J’ai le cœur dans mes baskets (enfin mes tongs). L’homme s’en amuse un peu. Il refuse de prendre au sérieux ma mélancolie maternelle. L’enfant ne s’en rend pas compte, je donne le change pour ne pas l’entraîner dans cette dérive intérieure. Deux jours par semaine chez la gardienne à trois rues, c’est pas la fin du monde… Sauf pour la mère qui se désespère de voir s’éloigner de ses jupons son petit bijou de fille. Les enfants grandissent si vite! L’homme, lui, a l’habitude de vivre ses jours de semaine sans elle. La mère, elle, ronge son frein devant cette nouvelle routine à apprivoiser. Et c’est sans compter les fils de la vie "adulte" qu’il faut retisser alors que cela fait presque deux ans que l’on se concentre sur l’enfant. L’homme essaie de me consoler :

- Mais voyons, c’est bizarre ton affaire, c’est toi qui te sent toute abandonnée. T’as une tête de déterrée alors qu’elle a super du fun à jouer avec les enfants! Regarde comme elle a l’air contente de sa journée…
- Oui, je sais, je sais…

Je sais toutes ces raisons qui font que j’accepte cette solution. Mais il y a de ces sentiments troubles que personne d’autre que soi ne peut vraiment comprendre. Je me réveille l'intellect avec bonheur mais j'ai l'émotionnel en peine. Je n’aime pas l’idée qu’une autre l’éduque à ma place, je n’aime pas l’idée de perdre le contrôle de ses jours, je n’aime pas l’idée de m’en séparer. Je n’aime pas ce vide que je peux ressentir, cette culpabilité que je peux éprouver, je n’aime pas cette sensation floue qui me liquéfie les entrailles. Je combats vigoureusement une migraine et nausée de fond. Pourtant j’aime bien l’idée qu’elle se change les idées au contact d’autres enfants, j’aime la voir grandir et évoluer, et j’aime bien sa gardienne qui me paraît douce et compétente. L'homme m'explique combien il est fier de sa fille si expressive, de ce petit bout de chou aussi sociable qu'aimable. Il me dit que j'y suis pour beaucoup, il me dit que je dois aussi penser un peu à moi maintenant...

Moi qui travaille principalement à la maison, qui n’ai pas de bureau où aller me changer les idées, pas de collègues pour me faire oublier ce malaise (ou m’irriter les nerfs). Je n’ai que ma triste pomme devant la froide machine. Ma pomme et ma discipline rouillée devant cette machine que je dois de nouveau maîtriser, où je dois aligner les heures sans être dérangée par un petit bout qui cherche à divertir mon attention. Cette machine est mon outil de travail, seule devant l'univers, je dois retrouver les rennes de cette vie "active" que j’ai mis de coté pour me gaver de sa présence, pour rester avec elle, pour la voir grandir, pour la découvrir semaine après semaine. Mon attention cherche ce petit bout de nous dans les recoins de la maison, mon regard s'accroche à un jouet égaré, à l'une de ses chaussures qui traîne, je crois l’entendre dans la chambre mais ce n’est que mon cœur qui me joue de mauvais tours…

2 commentaires:

luciole a dit…

pfff, comme je me retrouve dans ces mots, maux, là. Ma merveille n'a que huit mois et je traîne depuis plusieurs mois déjà pour trouver une "nounou" pour deux jours par semaines. Je me plains parfois d'avoir une vie sociale réduite, mais je n'arrive pas à la lâcher encore. Pourtant oui, comme elle aime et comme elle avance dès que nous sortons de notre tête à tête, comme elle est plus forte et plus sereine que moi dans ces instants là, et c'est tant mieux que je ne lui refile pas mes émotions toutes torturées de mes paradoxes.
Mais heureusement pour elles, les papas sont là pour les pousser dehors avec bonheur et légèreté, le reste est notre affaire et doit le rester, n'est ce pas ...

Etolane a dit…

Coucou Luciole, oui, il y a de ces choses qui doivent rester en nous, qui sont du coeur de l'intime...

j'ai trainé près de 18 mois sur le sujet. Mais d'un autre coté, il faut avouer qu'au bout de 18 mois de vie sociale réduite, l'on prend le risque de s'étouffer soi-même. C'est vrai que Juan est là pour équilibrer mes émotions extrêmes sur le sujet! ;)

D'un autre coté, je la vois s'épanouir et je serais prête à tout sacrifice pour son bien-être, encore un sentiment extrême! Dans les extrêmes, on peut cependant y trouver ses équilibres...

Merci de ce sensible commentaire qui me fait du bien dans cette mamamitude encore nouvelle...