mardi, septembre 18, 2007

Oh! Med!

5 comments
Oh! Med!

Petits-petons

Il y a deux semaines, M’zelle Soleil m’offre sa première phrase complète : « Maman, il est où mon papa? » me demande-t-elle en émergeant de sa sieste. Je reste une seconde bouche bée devant son articulation si claire. Je lui réponds tout en la câlinant. Petit instant de bonheur maternel. Elle ne m'a rien formulé d'aussi articulé depuis mais cette petite phrase s'est ancrée en ma mémoire.

Samedi dernier, Juan me fait remarquer qu’elle dit « merde » à tout va. J’ai peine à le croire. Elle dit bizarre, elle dit bisou, quotidiennement elle incorpore de nouveaux mots dans son vocabulaire en pleine ébullition mais, voyons donc, elle ne dit pas merde! Quelques heures plus tard, je la vois faire tomber par inadvertance ce qu’elle tient entre les mains, elle s’exclame alors d'une petite voix outrée:

- Oh non! Med!

Je manque de m’étouffer de surprise, l’homme se fend la poire en lui tournant le dos. Moi qui ait toujours pensé que les enfants étaient les miroir des adultes qui les entouraient, je viens de me prendre l’un de ces reflets bien aiguisé dans la face! Sur le coup, je renie l’évidence et donne le chapeau à Juan.

- Ah! Ben là, c’est toi qui le dis à toutes les deux minutes!!!

Il acquiesce peu fier, conscient de son utilisation courante de ce petit terme d’adulte si facilement employable. Un petit terme que l’on profère sans y faire attention mais qui écorche l’oreille polie lorsqu'il émerge de la bouche d’un enfant innocent! Shoot! Juan en profite pour me faire partager la faute :

- Ben là, tu le dis aussi, peut être pas autant que moi mais tu le dis souvent!

Je fronce du nez. Hum! Il me semble que j’essaie plutôt de dire « merdouille » en compagnie de l’enfant ce qui dans le fond ne change pas grand chose à la racine du problème. D’un commun accord devant le fait accompli, nous décidons d’utiliser « Zut ou Shoot! »devant l’enfant qui absorbe tous nos mots et gestes. Nous prenons note. Le poids de la « parentitude » commence à se faire sentir sur nos épaules naïves. Quelques heures plus tard, j’échappe un liquide sur la nappe :

- Oh! Non, merde…

Fu…, je me dis dans ma tête, il a raison! Je vois l’enfant dans mon champ de vision et je réalise qu’en effet, j’emploie aussi ce terme dans ces contextes qui m’énervent. J’inscris un grosse note mentale à ce sujet et je me reprends maladroitement. Peu de temps après c’est au tour de l’homme de s’énerver sur une broutille en utilisant ce petit mot désormais sous haute surveillance parentale. Je lui envoie un regard noir, il se reprend en rigolant jaune.

Durant tout ce temps de remise question pour les adultes que nous sommes, l’enfant semble se foutre joyeusement de nous, pour un oui, pour un non, elle n’en finit plus de s’exclamer des « Oh! Non ! Med! » bien placés. Nous voilà bien loti! Nous rions sous cape (car il est bien difficile de ne pas s’en amuser un peu) tout en faisant notre possible pour feinter l’ignorance (car c’est un comportement que l’on ne peut glorifier vu que nous allons essayer de l’atténuer au quotidien).

Au fur et à mesure que les mois passent, nous apprenons à mieux maitriser ce nouvel état parental, c'est toute une aventure (et nous n'en avons qu'une, j'ai un tout nouveau respect pour ceux qui sont chefs de familles nombreuses!)! Être parent c'est quand même tout un programme! Un programme sans guide établi qui s'apprend sur le vif, suivant toutes sortes de paramètres différents selon les foyers, selon les enfants. Nous acceptons de nous mouler désormais à cet état qui nous était étranger il n'y a pas si longtemps de cela! Nous y nous y plions même avec passion, bien décidés à essayer de "l'élever le mieux possible dans le meilleur des mondes", la route est longue, nous en sommes conscients, les embûches seront multiples, toujours il nous faudra faire front pour son bien, toujours il nous faudra être forts pour elle. Elle qui parle de plus en plus clairement et qui bientôt (c'est fou comment les enfants font accélérer le temps) nous expliquera la vie selon ses regards réfléchis. Petit brin de fille adoré qui se lance sur les voies de l'expression, qui se personnifie, qui s’affirme, qui prend sa place en notre trio familial. Elle enrichit notre couple des charmes de son existence, elle qui nous lie par le sang pour la vie. Elle qui fait de nous des parents.

Je médite en silence sur ce pouvoir que nous avons de façonner l’environnement qui voit grandir nos enfants. Ces petits bouts qui deviendront grands, ces enfants qui hériteront de notre présent comme mémoire humaine. Un présent que l'on construit de nos actions, de nos choix, de nos valeurs, de nos croyances, de nos morales.

Plus je la regarde grandir, plus je comprends, plus je ressens clairement toute cette responsabilité parentale qu’il m’incombe lorsqu’il est question de son rayonnement. Nous sommes ses premiers repères dans le grand schéma de ses jours. Nous sommes son passé, elle est notre avenir...

Incomber. v. tr. ind1789; « concerner » ; « s’abbatre sur » 1468 ; lat. incumbere « peser sur » INCOMBER À ; peser, retomber sur (qqn), être imposé à (qqn), en parlant d’une charge, d’une obligation. Les devoirs et les responsabilités qui lui incombent. La charge qui lui incombe est très lourde. IMPERS. C’est à vous qu’il incombe de faire cette démarche.

5 commentaires:

luciole a dit…

La puissance de cet amour et cette grande responsabilité qui l'accompagne ont en effet quelque chose d'extraordinaire ;-)

Je me demande parfois quel sera son premier mot. j'ai rit il y a quelques jours en imaginant que ce pourrait être " p'tain !" qu'il m'arrive si souvent de lâcher ;-))

Etolane a dit…

Oui c'est un amour qui déplace les montagnes! Je ne me souviens plus de sonp remier mot mais c'était surement miaou! :lol;: Je dirais que sa première phrase m'a fait plus d'effet que son premier mot qui s'est mélangé dans une soupe de baragouinage...

Anne a dit…

J'ai lu ton billet hier et en rentrant à la maison je fais tomber un truc.

"Oh zut !" s'écrie Cro-Mignonne.

Pourtant, elle aurait bien pu faire comme la tienne, par imprégnation !

Etolane a dit…

:lol: put-être seriez vous plus pilos que nous! Ou alors la mienne a une prédisposition aux gros mots! :lol: L'imprégnation, j'aime ce mot qui décrit bien cette sensation que je ressens...

Anne a dit…

Je crois surtout que la nounou est plus polie que nous ! :-D