vendredi, janvier 22, 2010

D'enfance et d'humanité

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D'enfance et d'humanité


Grandir

Cette semaine, j'ai pris la peine et le temps d'expliquer le séisme en Haïti à M'zelle Soleil. En lui parlant avec des mots à la hauteur de ses compréhensions, j'ai tenu à lui expliquer ce qui s'était passé. Sans désirer la traumatiser aucunement, j'ai considéré qu'elle était assez grande et intelligente pour en comprendre le malheur. Je lui ai montré quelques photos, pas celles où l'on ne voyait que des morts et du sang mais celles où la destruction et la misère étaient évidente.

Évidement, j'en ai aussi profité pour relativiser quelques caprices et mettre en relief notre situation privilégiée. Car même si nous sommes loin de rouler sur l'or (on peut même dire que l'on tire le diable par la queue en ce début d'année), nous avons un toit, une voiture et de la nourriture dans le frigo. Sans compter un climat de vie émotionnel béni! Je pense qu'il est bon qu'elle puisse s'en rendre compte. Depuis ses trois ans, par-ci par là, je lui parle des enfants malheureux. Petit à petit, j'essaie de lui montrer qu'il n'y a pas que soi dans la vie.

L'enfance peut virer très égocentrique lorsque l'on est choyée, surtout lorsque l'on est enfant unique, alors il me semble bon d'étendre un peu sa bulle d'existence. J'ai vite remarqué que le sort des enfants la touchait énormément. Je lui ai parlé des orphelins et de ceux qui avaient perdu leur maison. Elle a ouvert grand ses yeux et ses oreilles. J'ai ainsi réalisé que cela nous permettait de dialoguer en profondeur sur les choses de la vie. Elle a beau n'avoir que quatre ans, elle a déjà toute une personnalité et sa réflexion n'en finit pas de se développer! Son désir de comprendre, d'assimiler, d'analyser l'information remplit de fierté mon coeur de mère.

Vendredi soir, je lui montre cette vidéo trouvée sur le Web. Cette chanson française qui regroupe plusieurs artistes pour venir en aide à Haïti fascine ma Mini Miss. Complètement subjuguée par les mots et la musique, elle l'écoute en boucle. La laissant faire, je l'observe avec attention. Au bout d'une dizaine d'écoutes, je la vois se mettre en boule dans le sofa, les yeux rouges...

- Ça va ma chouette?

- Hummm, pas très bien...

- Tu es triste?

- Oui c'est les enfants qui ont plus rien!

Je me rapproche et m'assoit à ses cotés. Je la prend dans mes bras. Une larme coule sur sa joue douce. Elle me dit:

- Maman, z'aime pas que la Terre a tremblé. Y faut donner à manger aux z'enfants qu'ont plus rien! C'est trop triste si tout est écrabouillé! Faut leur envoyer des céréales! Quand z'écoute cette chanson, cela me rend triste. Ze pense aux enfants...

Je la serre fort contre moi. Étonnée et fière à la fois de découvrir la force de son empathie et de sa compassion qui s'entremêlent à ses émotions enfantines...

- Tu sais, dès que je reçois mes chèques, je vais leur donner des sous...

- Aux enfants? Pour qu'ils aient à manzer!

- Oui, on le fera ensemble si tu veux?

- Oui, merci maman!

En mon âme je ne peux que remercier le ciel de m'avoir donné une si bonne petite fille. Oh! Elle possède aussi un bon caractère et une sacrée volonté qui parfois nous donne des frissons et des sueurs. Mais elle forme cette parentitude qui nous transforme. Sa présence en notre quotidien approfondit la dimension de nos émotions. Depuis sa naissance, elle fait grandir nos consciences...

Et c'est alors que j'ouvre le courrier pour découvrir des nouvelles de Milvia, cette petite fille qui vit au Guatemala et que l'on parraine depuis environ sept ans. J'avoue ne pas être la meilleure marraine au monde puisque j'ai bien du mal à entretenir une correspondance papier! Je prépare l'enveloppe à lui renvoyer tout en expliquant le principe à M'zelle Soleil qui me répond:

- Elle aussi elle était à la tremble???

Je retiens un sourire pour lui expliquer qu'elle vit une autre sorte de pauvreté et que nous l'aidons d'une autre manière. Un jour, j'aimerai que nous allions, en famille, la visiter. Mais d'ici là, il faudra que je reçoive plus de chèques, plus souvent...

Ice Palace

L'acte de donner à autrui n'a aucun lien avec la fortune que l'on possède. Je suis toujours outrée lorsque j'entends les gens d'ici se lamenter de leur pauvreté. Et il arrive souvent que cela soit ceux qui ont plus que je ne possède mais qui refusent de s'en rendre compte! Étant moi-même dans cet état de fait malheureux, je me raisonne dès que je déprime trop profondément sur le sujet. J'ouvre grand les yeux et je regarde plus loin que mon nombril...

La pauvreté matérielle à l'échelle mondiale est tout à fait relative. Être pauvre ici, c'est ne pas avoir les moyens d'avoir ce qu'il y a de plus beau, de plus confortable, de plus hip ou chic. Être pauvre en Haïti (et dans bien d'autres pays) c'est n'avoir rien d'autre que sa peau sur le dos! En nos pays riches, l'on est tous capable de donner cinq, dix ou vingt dollars à ceux qui n'ont rien. Ne devrait-on d'ailleurs pas le faire sur une base régulière? L'avarice est l'une des conditions humaines qui me révolte le plus. Plutôt que de toujours penser à accumuler le matériel, ne devrait-on pas penser à le partager davantage?

10 commentaires:

Moukmouk a dit…

10 ou 20 ça aide... sauf que le FMI a déjà amorcé la pompe à fric, qui ramènera tous nos efforts vers les super-riches. Nos banques sont riches parce qu'ils sont pauvres, ou ils sont pauvres pour que nos banques soient super-riches.
Bien sûr que nous avons raisons de donner des sous, mais il faudrait surtout changer les lois qui les affament. http://pohenegamouk.free.fr/index.php?post/2010/01/21/Catastrophe-Naturelle

Etolane a dit…

C'est certain que le système en soi est véreux. Il profite toujours aux mêmes. Mais en fait je ne parle pas juste d'Haïti dans le fond, l'on a plein d'occasion de donner. Parrainer un enfant, donner à des assos caritatives, l'acte de donner se réveille durant les grosses catastrophes mais s'il était aussi éveillé à l'année longue, il me semble que cela pourrait changer bien des choses. Enfin je ne suis pas sure qu'il aille de concert avec le capitalisme par exemple...

La Belle a dit…

C'est vrai que la pauvreté, c'est relatif d'où est-ce qu'on vient. Lorsque des événements malheureux comme ceux-là se produisent, c'est là que nous réalisons la chance que nous avons d'avoir un toit, de la nouriture et autre...

Blandine a dit…

J'aime ta façon d'expliquer et d'impliquer ta fille.
C'est très humain et tu peux être fière d'elle.
J'implique aussi ma Zoulette a son niveau, à noël je donne ses anciens jouets à d'autres enfants. Elle ne maitrise pas encore mais je trouve cela important. Et je compte bien le lui enseigner souvent.

minutepapillon a dit…

J'ai aussi parrainé un enfant pour un temps lorsque je travaillais. Tu m'inspires. Je cogite. Je songe à reprendre le fil de la générosité pour tisser notre demain. Avec quel organisme t'es tu associée pour la parrainage? J'étais avec Plan.

elpadawan a dit…

J'aime beaucoup l'approche que tu as avec Mamzelle Soleil. J'ai récemment lu un article qui avait étudié la "générosité" des gens en fonction de leur revenus, qui constatait que les plus riches étaient les moins généreux, proportionnellement à leur moyens.

Shandara a dit…

De plus, quand on donne, ça nous revient multiplié par 10... après avoir parrainée une petite fille pendant deux trois ans, je n'ai pas pu continuer. Mais à mon retour ici, j'ai été étonnée de voir la générosité des gens envers moi, tout m'arrivait sans que je le demande. Maintenant que je suis bien installée, mes pensées se tournent à nouveau vers le parrainage qui m'avait tant apporté.

mutuelle smam a dit…

je trouve que c est une bonne chose de deja faire comprendre aux enfants le malheur qui touche chaque jour ce pays pauvre. cest par des drames pareilles qu on se rend compte de la chance que nous avons.

Etolane a dit…

La Belle, oui c'est bien relatif... ET nous sommes chanceux de vivre dans une société riche comme la nôtre, ce n'est pas le cas de tous...

Blandine, je pense que le parent apprend d'abord par l'exemple, ensuite les mots accompagnent celui-ci. C'est surement le grand défi d'un parent je trouve, être l'exemple de ces mots... Montrer une image humaine cohérente à l'enfant qui se forme à ses cotés! ;)

Minute, je suis avec Vision Mondiale, Milvia grandit en périphérie de nos vies. Lorsque j'ai commencé à la parrainer elle avait 5 ans. L'on reçoit une photo par année en plus de comptes rendus et de petits trucs à lui envoyer mais je n'écris guère de lettre de papier alors je me sens toujours marraine indigne... Mais je sais aussi que grâce à l'effort que l'on fait car il faut avouer que certains mois c'est un effort au niveau des finances, un petit effort cela dit... Je sais qu'elle est prise en charge en un programme qui l'aidera à se sortir de sa pauvreté. En mon idéal, chaque famille des pays riche devrait parrainer un petit des pays pauvres mais ce n'est qu'un idéal... Cependant je ne peux que t'encourager à recommencer! ;)

El, tout à fait c'est aussi et ce que je constate la générosité des riches fait souvent pitié par rapport à celle de ceux qui sont plus pauvres... Comme si posséder plus te faisait y être plus accroché...

Shandara, je m'en souviens, n'est-ce pas dans la période où j'avais aussi parlé de Milvia, il me semble que l'on en avait discuté un peu. C'est que nous sommes rendues de vieilles connaissances virtuelles! :lol: Avec ce qui s'est passé en Haïti, j'imagine que Vision Mondiale installera un programme là-bas. Si tu recommences redonne moi en des news! ;)

Mutuelle maman, exact et je pense que les enfants ont l'intelligence de l'assimiler car c'est une réalité qu'ils devront confronter pour sur une fois devenus adultes...

vieuxbandit a dit…

Le père du Coco et moi avons commencé notre relation le 8 septembre... 2001. Une semaine après, voyant un magazine qui traînait et qui montrait ce qui restait des tours jumelles, mon Coco de 4 ans a dit "La ville a explosé". Je trouvais qu'il avait très bien résumé. C'est fou.

La pauvreté, je ne crois pas justement que ce soit une affaire de peau sur le dos. Enfin pas uniquement. Au sens où le bonheur (au sens simple de la joie, mais pas au sens matérialiste!) et la communauté sont souvent plus présents et solides dans des endroits où notre instinct d'occidental nous ferait dire "ils n'ont rien". Ici tout près (bon, à 150 km d'ici, mais à deux secondes de mon ancien appartement), il y a une pauvreté habillée, qui pourtant est souvent pire dans son quotidien (ce qui bien sûr n'enlève absolument rien de l'horreur du drame haïtien, ni des autres, mais j'ai vachement sursauté de lire "qu'être pauvre ici, c'est ne pas avoir les moyens d'avoir ce qu'il y a de plus beau", et je ne suis pas d'accord!): c'est la pauvreté des ressources (comment s'en sortir quand on n'a même pas les mots pour exprimer ce qu'on ressent? Comment demander de l'aide quand toutes les portes se sont toujours fermées devant soi? Comment briser une pauvreté transmise et apprise par plusieurs générations?).

Et l'avarice, quand il s'agit de nos voisins, est la norme. Oui on donne au Club des petits-déjeuners. Pis? Vous pensez que ça suffit? Je pourrais raconter des histoires d'horreur sur la vie dans Hochelaga-Maisonneuve, mais ce serait des histoires banales, des histoires du quotidien. Pas de tremblement, juste un glissement, long et constant. Celui qui fait que la puce de 12 ans fait le trottoir pour aider sa mère à boucler ses fins de mois, qui fait que celle de 5 ans a mal au ventre après avoir mangé *toute* une rôtie. Et on (collectivement, et je ne me pense pas au-dessus de cette collectivité) l'ignore absolument, tous les jours, chaque année. On préfère le faire. La pauvreté, la vraie, celle qui hypothèque un cerveau d'à peine quelques années par malnutrition, elle existe au Québec. Par milliers de foyers.