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mardi, janvier 25, 2005
dimanche, janvier 23, 2005
À la recherche d’un futur
J’ai des cris plein la tête. J’ai quitté ma patrie à jamais. Le temps n’a pas guéri mes plaies qui chaque nuit saignent d’horreurs. Chaque soir, cette même crainte de retrouver ce même cauchemar qui m’habite depuis mon départ à la hâte. Même en plein jour, si je ferme les yeux très fort, je peux encore sentir l’odeur de mon enfance qui brûle entre quatre murs décrépis. J’entends encore les cris de ma mère, les suppliques de mon père et chaque coup de machette meurtrier résonne encore à mes oreilles. J’ai la mémoire en sang.
J’ai quitté un pays de soleil après m’être sauvée, cachée au creux de la chance. J’ai finalement atterri en un immense camp, où l’on nous a parqués comme un énorme troupeau de bétail affamé. Un jour, par ce qui me sembla le plus grand des hasards, alors que j’étais noyée dans un océan de réfugiés aux frontières de nulle part, d’énormes hélicoptères vinrent pécher les plus jeunes de la horde. Prise dans un filet invisible, ils m’ont emporté dans le ventre de leur douce humanité. Je n’ai pas résisté, j’avais faim, j’avais mal et j’étais submergée d’une puissante rage intérieure. Une rage de vivre inébranlable qui suintait par chaque pore de ma peau révoltée. Je voulais vivre pour les miens qui n’étaient plus, vivre pour défier ce mal qui s’était déployés sur nous. Je voulais lutter pour ne rien oublier. Les machines des blancs m’ont emportée en leur univers qui est devenu mien. Étrange monde de glace et de froid où la chaleur des gens pâles réchauffait mon petit cœur gelé. Je venais d’avoir seize ans.
J’avais été violée, mutilée, cassée et pourtant j’étais encore là, seule, le cœur battant dans mes veines. Mon sang palpitant en mes pensées rongées de culpabilité irraisonnée. Une famille me prit dans son nid, elle s’occupa de moi comme d’un petit oiseau blessé, doucement, je recommençai à vivre…
Mais tout cela eut lieu il y a si longtemps! Presque deux décennies se sont écoulées depuis le génocide de ma famille biologique. Les jours, les mois, les années ont passé. J’ai réappris à fonctionner, à communiquer, à aimer. Je me suis reconstruit un foyer. Ce fut un long et périlleux processus. J’ai dû prendre en main les rennes de ma vie, découvrir des gens, des coutumes, des couleurs si différentes des souvenirs de mon enfance ruinée. Je me suis instruite, j’ai évolué, mais jamais je n’ai réussi à pardonner.
Jamais je n’ai jamais réussi à effacer le souvenir de cette autre vie au creux de mes nuits agitées de souffrances. Comme un fantôme du passé venu tourmenter chacun de mes sommeils, ces mauvais songes me hantent sans que je ne puisse jamais les attraper et les détruire. Des songes qui s’amalgament en une seule entité de haine et de souffrance, comme un fantôme sanguinolent, grotesque, qui me mange l’inconscient. Je le connais si bien désormais que j’ai presque l’impression qu’il habite un peu de mon âme, un peu de ma chair. Je sais très bien qu’il se nourrit de moi, de ma tête, de mon cœur, de mes pleurs. Il vit de mes morts, comme un mauvais sort, il m’empêche d’oublier. C’est peut-être aussi ce que j’avais désiré durant ce vol si lointain, ne jamais oublier ces atrocités vécues…
Ce que je n’avais pas réalisé, c’est que les souvenirs que j’aimerais aujourd’hui posséder sont les sourires de ma mère, les rires de ma petite sœur, les regards étoilés de mes frères, la douceur des gestes de mon père. Hors, tout cela, je l’ai oublié. Je le sais. Je ne reconnais plus que cette feinte odeur d’un bonheur déchiqueté. Et toujours, ces cauchemars au cœur de mes nuits, cauchemars remplis de cette détresse dépassée qui ne veut plus me lâcher. Même après m’être mariée l’été dernier, le fantôme honni est resté ancré au fond de mes songes. Même son amour inconditionnel n’y a rien changé. Chaque nuit ces mêmes sueurs, chaque nuit ces mêmes peurs. Et, depuis neuf mois cette vie nouvelle qui grandit en mon ventre éclaté. Petit être de chair et d’espoir.
Ce matin, les premières contractions me retournent les entrailles. Sept heures à hurler, à halluciner les esprits des ancêtres. Sept heures à pleurer, évacuer ma douleur intime en une souffrance ultime. Sept heures à pousser. Pousser la vie, crier la mort. En une ultime giclée de sang écarlate, une petite tête s’est dessinée. Petite chose portant en ses veines un petit peu de chacun des miens, fruit de tous les combats de mon existence, petit miracle entre mes mains. Ses premiers cris ont effacé chacune de mes douleurs comme par magie. Mon esprit s’est enfin calmé.
C’est un garçon me dit-on. Je hurle de joie incandescente, je crois que je viens de le tuer, ce fantôme du passé, reflet d’un malheur périmé, le voici effacé. Je le sais. C’est avec la promesse d’un futur que j’aurai fini par l’écraser. Ce soir, mon bébé dort à mes cotés. Au plus profond de mon cœur cicatrisé, je réalise que je suis définitivement transformée. Pour la première fois depuis des années, ma nuit sera belle car je peux à nouveau rêver d’avenir et de bonheur partagé.
J’ai des cris plein la tête. J’ai quitté ma patrie à jamais. Le temps n’a pas guéri mes plaies qui chaque nuit saignent d’horreurs. Chaque soir, cette même crainte de retrouver ce même cauchemar qui m’habite depuis mon départ à la hâte. Même en plein jour, si je ferme les yeux très fort, je peux encore sentir l’odeur de mon enfance qui brûle entre quatre murs décrépis. J’entends encore les cris de ma mère, les suppliques de mon père et chaque coup de machette meurtrier résonne encore à mes oreilles. J’ai la mémoire en sang.
J’ai quitté un pays de soleil après m’être sauvée, cachée au creux de la chance. J’ai finalement atterri en un immense camp, où l’on nous a parqués comme un énorme troupeau de bétail affamé. Un jour, par ce qui me sembla le plus grand des hasards, alors que j’étais noyée dans un océan de réfugiés aux frontières de nulle part, d’énormes hélicoptères vinrent pécher les plus jeunes de la horde. Prise dans un filet invisible, ils m’ont emporté dans le ventre de leur douce humanité. Je n’ai pas résisté, j’avais faim, j’avais mal et j’étais submergée d’une puissante rage intérieure. Une rage de vivre inébranlable qui suintait par chaque pore de ma peau révoltée. Je voulais vivre pour les miens qui n’étaient plus, vivre pour défier ce mal qui s’était déployés sur nous. Je voulais lutter pour ne rien oublier. Les machines des blancs m’ont emportée en leur univers qui est devenu mien. Étrange monde de glace et de froid où la chaleur des gens pâles réchauffait mon petit cœur gelé. Je venais d’avoir seize ans.
J’avais été violée, mutilée, cassée et pourtant j’étais encore là, seule, le cœur battant dans mes veines. Mon sang palpitant en mes pensées rongées de culpabilité irraisonnée. Une famille me prit dans son nid, elle s’occupa de moi comme d’un petit oiseau blessé, doucement, je recommençai à vivre…
Mais tout cela eut lieu il y a si longtemps! Presque deux décennies se sont écoulées depuis le génocide de ma famille biologique. Les jours, les mois, les années ont passé. J’ai réappris à fonctionner, à communiquer, à aimer. Je me suis reconstruit un foyer. Ce fut un long et périlleux processus. J’ai dû prendre en main les rennes de ma vie, découvrir des gens, des coutumes, des couleurs si différentes des souvenirs de mon enfance ruinée. Je me suis instruite, j’ai évolué, mais jamais je n’ai réussi à pardonner.
Jamais je n’ai jamais réussi à effacer le souvenir de cette autre vie au creux de mes nuits agitées de souffrances. Comme un fantôme du passé venu tourmenter chacun de mes sommeils, ces mauvais songes me hantent sans que je ne puisse jamais les attraper et les détruire. Des songes qui s’amalgament en une seule entité de haine et de souffrance, comme un fantôme sanguinolent, grotesque, qui me mange l’inconscient. Je le connais si bien désormais que j’ai presque l’impression qu’il habite un peu de mon âme, un peu de ma chair. Je sais très bien qu’il se nourrit de moi, de ma tête, de mon cœur, de mes pleurs. Il vit de mes morts, comme un mauvais sort, il m’empêche d’oublier. C’est peut-être aussi ce que j’avais désiré durant ce vol si lointain, ne jamais oublier ces atrocités vécues…
Ce que je n’avais pas réalisé, c’est que les souvenirs que j’aimerais aujourd’hui posséder sont les sourires de ma mère, les rires de ma petite sœur, les regards étoilés de mes frères, la douceur des gestes de mon père. Hors, tout cela, je l’ai oublié. Je le sais. Je ne reconnais plus que cette feinte odeur d’un bonheur déchiqueté. Et toujours, ces cauchemars au cœur de mes nuits, cauchemars remplis de cette détresse dépassée qui ne veut plus me lâcher. Même après m’être mariée l’été dernier, le fantôme honni est resté ancré au fond de mes songes. Même son amour inconditionnel n’y a rien changé. Chaque nuit ces mêmes sueurs, chaque nuit ces mêmes peurs. Et, depuis neuf mois cette vie nouvelle qui grandit en mon ventre éclaté. Petit être de chair et d’espoir.
Ce matin, les premières contractions me retournent les entrailles. Sept heures à hurler, à halluciner les esprits des ancêtres. Sept heures à pleurer, évacuer ma douleur intime en une souffrance ultime. Sept heures à pousser. Pousser la vie, crier la mort. En une ultime giclée de sang écarlate, une petite tête s’est dessinée. Petite chose portant en ses veines un petit peu de chacun des miens, fruit de tous les combats de mon existence, petit miracle entre mes mains. Ses premiers cris ont effacé chacune de mes douleurs comme par magie. Mon esprit s’est enfin calmé.
C’est un garçon me dit-on. Je hurle de joie incandescente, je crois que je viens de le tuer, ce fantôme du passé, reflet d’un malheur périmé, le voici effacé. Je le sais. C’est avec la promesse d’un futur que j’aurai fini par l’écraser. Ce soir, mon bébé dort à mes cotés. Au plus profond de mon cœur cicatrisé, je réalise que je suis définitivement transformée. Pour la première fois depuis des années, ma nuit sera belle car je peux à nouveau rêver d’avenir et de bonheur partagé.
Lectures éparpillées
Je finis « La maison son au bord de la mer » d’Élisabeth Vonarburg. J’aime bien ce qu’elle fait et ce recueil de nouvelles ne m’a pas du tout déplu, j’ai particulièrement apprécié certains passages et adoré certaines histoires. Le fil de fond qui lie ce recueil en un monde futuriste est subtil, il m'a aspiré en quelques histoires contées. Ma nouvelle préférée restera « Dans la fosse » :
Extrait : « …Et je l’ai vue changer. Je l’ai sentie changer, aussi, cette impression de quelque chose qui échappe, qui se déplace et se recompose en glissant… Je la tenais encore pourtant, et la texture de sa peau, de ses muscles, la forme de ses hanches, tout a changé, et c’était un homme à califourchon sur moi, plus fort que moi qui me tenait cloué par terre et qui continuait à bouger, lentement, à me caresser et… »
Je délaisse le monde étrange de Baïblanca avec un soupir de regret. Pablo Neruda et sa "solitude lumineuse" m’aide à en sortir avant que je ne me replonge dans ce petit livre usagé des manifestes du surréalisme de Breton qui me retourne l’âme à l’envers pour mieux me remettre les idées à l’endroit…
Extrait de « L’Opium » de Pablo Neruda
« … Il y avait des rues entières consacrées à l’opium… Les fumeurs s’allongeaient sur des estrades basses… C’étaient les véritables centres religieux de l’Inde… Ils n’offraient aucun luxe, ni tapisseries ni coussins de soies… Tout n’y était que planches brutes, sans même un revêtement de peinture, pipes de bambou et oreillers de faïence chinoise… Il y flottait un air de dignité et d’austérité qui n’existait pas dans les temples… Les hommes assoupis ne faisaient ni mouvements ni bruit… Je fumai une première pipe… Rien… Rien qu’une fumée caligineuse, tiède et laiteuse… »
Extrait de « Manifestes du surréalisme » de André Breton.
« … C’est à très juste titre que Freud a fait porter sa critique sur le rêve. Il est inadmissible, en effet, que cette part considérable de l’activité psychique (puisque, au moins de la naissance de l’homme à sa mort, la pensée ne présente aucune solution de continuité, la somme des moments de rêve, au point de vue temps, à ne considérer même que le rêve pur, celui du sommeil, n’est pas inférieure à la somme des moments de réalité, bornons-nous à dire : des moments de veille) ait encore si peu retenu l’attention... »
Je finis « La maison son au bord de la mer » d’Élisabeth Vonarburg. J’aime bien ce qu’elle fait et ce recueil de nouvelles ne m’a pas du tout déplu, j’ai particulièrement apprécié certains passages et adoré certaines histoires. Le fil de fond qui lie ce recueil en un monde futuriste est subtil, il m'a aspiré en quelques histoires contées. Ma nouvelle préférée restera « Dans la fosse » :
Extrait : « …Et je l’ai vue changer. Je l’ai sentie changer, aussi, cette impression de quelque chose qui échappe, qui se déplace et se recompose en glissant… Je la tenais encore pourtant, et la texture de sa peau, de ses muscles, la forme de ses hanches, tout a changé, et c’était un homme à califourchon sur moi, plus fort que moi qui me tenait cloué par terre et qui continuait à bouger, lentement, à me caresser et… »
Je délaisse le monde étrange de Baïblanca avec un soupir de regret. Pablo Neruda et sa "solitude lumineuse" m’aide à en sortir avant que je ne me replonge dans ce petit livre usagé des manifestes du surréalisme de Breton qui me retourne l’âme à l’envers pour mieux me remettre les idées à l’endroit…
Extrait de « L’Opium » de Pablo Neruda
« … Il y avait des rues entières consacrées à l’opium… Les fumeurs s’allongeaient sur des estrades basses… C’étaient les véritables centres religieux de l’Inde… Ils n’offraient aucun luxe, ni tapisseries ni coussins de soies… Tout n’y était que planches brutes, sans même un revêtement de peinture, pipes de bambou et oreillers de faïence chinoise… Il y flottait un air de dignité et d’austérité qui n’existait pas dans les temples… Les hommes assoupis ne faisaient ni mouvements ni bruit… Je fumai une première pipe… Rien… Rien qu’une fumée caligineuse, tiède et laiteuse… »
Extrait de « Manifestes du surréalisme » de André Breton.
« … C’est à très juste titre que Freud a fait porter sa critique sur le rêve. Il est inadmissible, en effet, que cette part considérable de l’activité psychique (puisque, au moins de la naissance de l’homme à sa mort, la pensée ne présente aucune solution de continuité, la somme des moments de rêve, au point de vue temps, à ne considérer même que le rêve pur, celui du sommeil, n’est pas inférieure à la somme des moments de réalité, bornons-nous à dire : des moments de veille) ait encore si peu retenu l’attention... »
Le soleil vient de se lever, encore une belle journée…
Chanelle couchée à mes pieds, les chats qui la surplombent pour mieux la surveiller. L’homme qui dort à poings fermés. Le soleil qui brille sur mon désert d’hiver. Un paysage qui étincelle. Mes nuits sont tourmentées de personnes irréelles et de passé effacé. Je préfère me réveiller pour affronter une autre journée. Aujourd’hui j’ai promis à Juan de sortir de ma tanière, déjà l’envie se perd lorsque je regarde le givre qui recouvre mes fenêtres, mais une promesse est une promesse…
Chanelle couchée à mes pieds, les chats qui la surplombent pour mieux la surveiller. L’homme qui dort à poings fermés. Le soleil qui brille sur mon désert d’hiver. Un paysage qui étincelle. Mes nuits sont tourmentées de personnes irréelles et de passé effacé. Je préfère me réveiller pour affronter une autre journée. Aujourd’hui j’ai promis à Juan de sortir de ma tanière, déjà l’envie se perd lorsque je regarde le givre qui recouvre mes fenêtres, mais une promesse est une promesse…
samedi, janvier 22, 2005
Irrésistible…
Je trouve sur ce site une photographie de Larry Sultan qui me séduit et me ragaillardit l’humeur glacée. L’homme outré s’insurge. Délire de janvier, envie de nudité. Impossible de résister à la tentation. Coquine, je ne puis que sourire et savourer ma bêtise givrée…
Papotage frigorifié
Ce matin, point de rosée –31! Un jour il faudra que l’on m’explique ce calcul, parce-que je ne comprends pas comment il peut y avoir quelque rosée qu’il soit à cette température là! En bref, il fait ben d'trop frette!
Hier, en allant à une réunion sur le campus, j’ai eu le temps de me geler l’intérieur des narines dans les quatre minutes passées dehors! Vitesse record de congélation humaine! Le souffle est vite coupé par la brûlure de l’air qui pénètre les poumons. Le froid devient presque solide, l’on nage dedans tout habillé! Parce-que franchement lorsque l’on ne peut plus respirer sans avoir le nez collé de l’intérieur, c’est qu'il fait sérieusement froid! Je sais, je chiale sur le froid, je suis dans ce creux d’hiver qui me noie…
En mode survie, en mode attente, je ne trouve pas en moi la force d’apprécier tel temps aussi ensoleillé soit-il. Je serre des dents. Je rêve d’ailleurs et de couleurs. Pour pouvoir être bien dehors, il faudrait que j’accepte de m’habiller comme le font les amoureux du froid. Parfois pour un tour de ski de fond, de patins ou d’hôtel de glace, je me plie et enfile ces épaisses couches qui me protégent pour affronter l’air méchant. Mais je vais quand même pas aller à l’université avec un look de motoneigiste!!!
Sur ce point j’ai vu cette semaine une vision qui m’a totalement renversée: Alors que j’étais emmitouflée dans la chaleur de la voiture et comme à l’habitude des derniers jours il faisait aux alentours de –30 avec facteur vent (et Dieu sait que sur le campus souffle le vent!). Je vois une jeune fille marcher dans la rue jambes nues! Oui, oui, jambes nues! Je faillis m’étouffer sur place, j' écarquillai les yeux et pointai à Juan le phénomène saugrenu:
- Regarde, elle, j’y crois pas! Elle est en jupe sans collants! C’est débile comment elle fait pour vivre! Je veux bien croire qu’elle a de hauts bas, mais quand même, elle a pas de collants!!!
L’on s’arrête au feu rouge, la fille nous dépasse d’un pas de marche bien rythmé. L’homme tout aussi surpris, bien que moins conscient de l’incroyable de la chose, n’ayant jamais eu l’occasion de se promener en jupe par temps frais. Mais là ce n’est plus de temps frais dont on parle, c’est de Pôle Nord! Je veux bien être « fashion oriented » mais là cela dépasse mes propres bornes! J’ai encore devant les yeux l’image de ses genoux découverts sur fond de neige et de fumées pétrifiées. L’homme complètement résigné depuis sa vision de dimanche dernier sur le lac gelé soupire et pour la énième fois depuis ce jour me répète la même phrase avec l’intonation locale bien maîtrisée :
- J’te dis les Québécois, c’est fait fort!
L’on se regarde interloqués et je peux encore voir en lui cette image qui le bouleversa dimanche. Nous étions sur le lac dans le soleil couchant, nous avancions d’un pas rapide en direction de notre chalet, lorsqu’une motoneige tirant une espèce de luge à chiens avec un petit bout de chou debout, s’agrippant de ses deux petites menottes à l’arrière du truc, fila devant nous à vive allure. L’on resta bouche bée devant la vision de ce petit bonhomme (5 ou 6 ans) accroché à l’arrière de cette drôle de caravane, fouetté par le vent, ballotté par la vitesse qui passa devant nous. Juan s’exclame :
- Mais t’as vu ça! C’est retardé! Mais s’il tombe le gamin, il était vraiment petit, pis t’as vu comme il était dans le vent, ça doit vraiment pas être chaud, mais ils sont fous! S’il tombe, il se tue!
- Oui c’était hallucinant, mais il avait un casque le "Ti' Cul", t’as pas vu son casque?
- Hein, non, j’étais trop choqué! C’est sûr avec un casque c’est moins pire mais quand même! Tu m’étonnes qu’ils sont fait fort les québécois de campagne. C’est formé jeune à l’hiver ces bêtes là! Il m’a franchement tué ce "petit cul"!
L’on reprend la route en silence, je l’entends marmonner devant moi et je ne peux m’empêcher d’en rire. Finalement, il aura été pas mal divertissant ce petit bonhomme qui filait dans le froid. Depuis cependant Juan a du mal à s’en remettre et plus rien ne l’étonne. Il faut dire qu’il y a toutes sortes de légendes locales sur les exploits des générations éteintes qui continuent de se mouvoir dans la mémoire hivernale…
Malheureusement mes racines ne se nourrissent pas de l’hiver local. Le coin de France qui me vit naître n’est pas étranger à l’hiver mais c’est du pipi de chat comparé à ce qui se vit ici les mois de janvier-février. Je crois que c’est mon seizième hiver ici, mon cinquième prés de Québec...
À Montréal il fait aussi froid mais il me semble que c’est un peu moins rude qu’ici (prés de Québec). Durant la dernière session, je me souviens avoir été amusée par une collègue de classe originaire de Trois Rivières qui m’expliqua en long et en large comment Québec était beaucoup plus nordique que sa campagne située à environ deux heures d’ici en allant vers le Sud. Sud qui reste une notion relative où que l’on soit au Québec en plein mois de janvier! Qui sait, la fille en jupe de l’autre jour venait peut-être du Grand Grand Nord???
Art caché derrière le mot hiver="Winter" de Amy Brown
Ce matin, point de rosée –31! Un jour il faudra que l’on m’explique ce calcul, parce-que je ne comprends pas comment il peut y avoir quelque rosée qu’il soit à cette température là! En bref, il fait ben d'trop frette!
Hier, en allant à une réunion sur le campus, j’ai eu le temps de me geler l’intérieur des narines dans les quatre minutes passées dehors! Vitesse record de congélation humaine! Le souffle est vite coupé par la brûlure de l’air qui pénètre les poumons. Le froid devient presque solide, l’on nage dedans tout habillé! Parce-que franchement lorsque l’on ne peut plus respirer sans avoir le nez collé de l’intérieur, c’est qu'il fait sérieusement froid! Je sais, je chiale sur le froid, je suis dans ce creux d’hiver qui me noie…
En mode survie, en mode attente, je ne trouve pas en moi la force d’apprécier tel temps aussi ensoleillé soit-il. Je serre des dents. Je rêve d’ailleurs et de couleurs. Pour pouvoir être bien dehors, il faudrait que j’accepte de m’habiller comme le font les amoureux du froid. Parfois pour un tour de ski de fond, de patins ou d’hôtel de glace, je me plie et enfile ces épaisses couches qui me protégent pour affronter l’air méchant. Mais je vais quand même pas aller à l’université avec un look de motoneigiste!!!
Sur ce point j’ai vu cette semaine une vision qui m’a totalement renversée: Alors que j’étais emmitouflée dans la chaleur de la voiture et comme à l’habitude des derniers jours il faisait aux alentours de –30 avec facteur vent (et Dieu sait que sur le campus souffle le vent!). Je vois une jeune fille marcher dans la rue jambes nues! Oui, oui, jambes nues! Je faillis m’étouffer sur place, j' écarquillai les yeux et pointai à Juan le phénomène saugrenu:
- Regarde, elle, j’y crois pas! Elle est en jupe sans collants! C’est débile comment elle fait pour vivre! Je veux bien croire qu’elle a de hauts bas, mais quand même, elle a pas de collants!!!
L’on s’arrête au feu rouge, la fille nous dépasse d’un pas de marche bien rythmé. L’homme tout aussi surpris, bien que moins conscient de l’incroyable de la chose, n’ayant jamais eu l’occasion de se promener en jupe par temps frais. Mais là ce n’est plus de temps frais dont on parle, c’est de Pôle Nord! Je veux bien être « fashion oriented » mais là cela dépasse mes propres bornes! J’ai encore devant les yeux l’image de ses genoux découverts sur fond de neige et de fumées pétrifiées. L’homme complètement résigné depuis sa vision de dimanche dernier sur le lac gelé soupire et pour la énième fois depuis ce jour me répète la même phrase avec l’intonation locale bien maîtrisée :
- J’te dis les Québécois, c’est fait fort!
L’on se regarde interloqués et je peux encore voir en lui cette image qui le bouleversa dimanche. Nous étions sur le lac dans le soleil couchant, nous avancions d’un pas rapide en direction de notre chalet, lorsqu’une motoneige tirant une espèce de luge à chiens avec un petit bout de chou debout, s’agrippant de ses deux petites menottes à l’arrière du truc, fila devant nous à vive allure. L’on resta bouche bée devant la vision de ce petit bonhomme (5 ou 6 ans) accroché à l’arrière de cette drôle de caravane, fouetté par le vent, ballotté par la vitesse qui passa devant nous. Juan s’exclame :
- Mais t’as vu ça! C’est retardé! Mais s’il tombe le gamin, il était vraiment petit, pis t’as vu comme il était dans le vent, ça doit vraiment pas être chaud, mais ils sont fous! S’il tombe, il se tue!
- Oui c’était hallucinant, mais il avait un casque le "Ti' Cul", t’as pas vu son casque?
- Hein, non, j’étais trop choqué! C’est sûr avec un casque c’est moins pire mais quand même! Tu m’étonnes qu’ils sont fait fort les québécois de campagne. C’est formé jeune à l’hiver ces bêtes là! Il m’a franchement tué ce "petit cul"!
L’on reprend la route en silence, je l’entends marmonner devant moi et je ne peux m’empêcher d’en rire. Finalement, il aura été pas mal divertissant ce petit bonhomme qui filait dans le froid. Depuis cependant Juan a du mal à s’en remettre et plus rien ne l’étonne. Il faut dire qu’il y a toutes sortes de légendes locales sur les exploits des générations éteintes qui continuent de se mouvoir dans la mémoire hivernale…
Malheureusement mes racines ne se nourrissent pas de l’hiver local. Le coin de France qui me vit naître n’est pas étranger à l’hiver mais c’est du pipi de chat comparé à ce qui se vit ici les mois de janvier-février. Je crois que c’est mon seizième hiver ici, mon cinquième prés de Québec...
À Montréal il fait aussi froid mais il me semble que c’est un peu moins rude qu’ici (prés de Québec). Durant la dernière session, je me souviens avoir été amusée par une collègue de classe originaire de Trois Rivières qui m’expliqua en long et en large comment Québec était beaucoup plus nordique que sa campagne située à environ deux heures d’ici en allant vers le Sud. Sud qui reste une notion relative où que l’on soit au Québec en plein mois de janvier! Qui sait, la fille en jupe de l’autre jour venait peut-être du Grand Grand Nord???
Art caché derrière le mot hiver="Winter" de Amy Brown
vendredi, janvier 21, 2005
Dans mon congélateur,
Des paillettes de ciel lavande. Un soleil perçant pour éclairer des dunes de sucre glacé. Des jardins congelés où poussent des fleurs sanguines. Ma pomme givrée qui grelotte…
Des paillettes de ciel lavande. Un soleil perçant pour éclairer des dunes de sucre glacé. Des jardins congelés où poussent des fleurs sanguines. Ma pomme givrée qui grelotte…
mercredi, janvier 19, 2005
Au cœur de l’hiver
-35 avec facteur vent depuis deux jours, nous voilà bien arrimés au cœur de l’hiver. Les prochaines semaines sont les plus difficiles pour ma pomme chiffonnée, d’ailleurs c’est la période où les Québécois aisés partent faire un tour dans le Sud! Les retraités ne sont déjà plus des nôtres depuis plusieurs semaines. La plupart réchauffent leurs vieux jours au soleil de la Floride, habitude du troisième âge bien ancrée dans les mentalités. Pour les plus pauvres de notre riche société, pas le choix de passer au travers des rudesses de l'hiver sans rien d'exotique pour se changer les idées gelées…
Avec la rentrée universitaire, je n’ai pas encore eu le temps de mettre en mots rangés notre dernier dimanche où le temps relativement clément, du soleil et des températures autour de –15, nous donnèrent l’idée d’aller explorer l’hiver…
Je voulais, depuis quelques jours déjà, aller voir si l’hôtel de glace était fini. Je passe ma matinée penchée sur le sort de Goom et après avoir mangé, l’on finit par se décider à aller y faire un tour. Alors que l’on longe le lac, je vois de la vie qui s’anime sur sa croûte immaculée. L’on s’arrête au bord de la plage qui n’existe plus et l’on s’avance sur le lac. Quelques motoneiges tirent des luges d’enfants, quelques promeneurs bien emmitouflés se baladent. Juan me dit :
- Ben pourquoi on y irait pas à pied, au lieu d’y aller en char!
- À pieds! En traversant le lac!!!
Je fais la grimace, je regarde l’horizon blanc, ce désert polaire qui s’étend devant moi. Je le regarde me sourire tendrement, l’aventure m’attire et je finis par obtempérer:
- Ok, mais faut qu’on revienne avant la nuit, pis si on voit que c’est trop loin, on se retourne!
Il rigole et je vois l’éclat moqueur dans son regard d’émeraude:
- T’en fais pas ça va bien aller ma chérie, on va survivre! Je te promets!
- Mmmmmppfffffgrmmmpf ...
L’on commence à marcher. Une épaisse couche de neige croustillante recouvre la glace qui emprisonne le lac. Je m’amuse à prendre des dizaines de photos, il m’amuse avec des acrobaties qui me font craquer. Un « petit-cul » en raquettes nous suit comme un petit chien. La vue est superbe. Le ciel infini. C’est à peine plus fatiguant que de marcher sur du sable, surtout si l’on suit les traces des « skidoos » qui tassent la neige. Open Winter…
Nos pas font scrounch-scrounch-scrounch, j’en fais un petit film juste pour le bonheur d’attraper ce drôle de son. Il fait bien froid mais l’on est bien habillé, et je profite du plaisir futile d’être pieds nus dans mes bottes de Yeti tout en ayant le bout des orteils bien au chaud! C’est un sacré exercice et je râle un peu si j’y pense trop…
- Mais! On va être trop morts pour rentrer! Même si on se rend, on pourra peut-être pas revenir et on aura pas de char là-bas! Faudra quêter un lift! Pis si la nuit tombe, y va faire encore plus frette! Pis faudrait pas qu’on tombe dedans parce-que là on est foutu! Même si y’a quand même des gens par-ci par-là…
Il me prend dans ses bras et s’amuse de mes lamentations. Il m’encourage à le suivre et me pousse jusqu’à ce que j’admette comment l'on a du fun! La nature est impressionnante. Et c’est vrai que c’est superbe, un paysage limite lunaire, de l’espace à perte de vue, un monde d’une blancheur surréaliste, un froid pas trop agressif…
Un froid quand même bien pinçant qui me gèle les cuisses subtilement! Une quarantaine de minutes plus tard, l’on arrive en vue du site abritant l’hôtel de glace. Je suis « nickée »! Et je n’ai presque plus de mémoire numérique! Un autre dix minutes de montée et nous voilà arrivés!
-35 avec facteur vent depuis deux jours, nous voilà bien arrimés au cœur de l’hiver. Les prochaines semaines sont les plus difficiles pour ma pomme chiffonnée, d’ailleurs c’est la période où les Québécois aisés partent faire un tour dans le Sud! Les retraités ne sont déjà plus des nôtres depuis plusieurs semaines. La plupart réchauffent leurs vieux jours au soleil de la Floride, habitude du troisième âge bien ancrée dans les mentalités. Pour les plus pauvres de notre riche société, pas le choix de passer au travers des rudesses de l'hiver sans rien d'exotique pour se changer les idées gelées…
Avec la rentrée universitaire, je n’ai pas encore eu le temps de mettre en mots rangés notre dernier dimanche où le temps relativement clément, du soleil et des températures autour de –15, nous donnèrent l’idée d’aller explorer l’hiver…
Je voulais, depuis quelques jours déjà, aller voir si l’hôtel de glace était fini. Je passe ma matinée penchée sur le sort de Goom et après avoir mangé, l’on finit par se décider à aller y faire un tour. Alors que l’on longe le lac, je vois de la vie qui s’anime sur sa croûte immaculée. L’on s’arrête au bord de la plage qui n’existe plus et l’on s’avance sur le lac. Quelques motoneiges tirent des luges d’enfants, quelques promeneurs bien emmitouflés se baladent. Juan me dit :
- Ben pourquoi on y irait pas à pied, au lieu d’y aller en char!
- À pieds! En traversant le lac!!!
Je fais la grimace, je regarde l’horizon blanc, ce désert polaire qui s’étend devant moi. Je le regarde me sourire tendrement, l’aventure m’attire et je finis par obtempérer:
- Ok, mais faut qu’on revienne avant la nuit, pis si on voit que c’est trop loin, on se retourne!
Il rigole et je vois l’éclat moqueur dans son regard d’émeraude:
- T’en fais pas ça va bien aller ma chérie, on va survivre! Je te promets!
- Mmmmmppfffffgrmmmpf ...
L’on commence à marcher. Une épaisse couche de neige croustillante recouvre la glace qui emprisonne le lac. Je m’amuse à prendre des dizaines de photos, il m’amuse avec des acrobaties qui me font craquer. Un « petit-cul » en raquettes nous suit comme un petit chien. La vue est superbe. Le ciel infini. C’est à peine plus fatiguant que de marcher sur du sable, surtout si l’on suit les traces des « skidoos » qui tassent la neige. Open Winter…
Nos pas font scrounch-scrounch-scrounch, j’en fais un petit film juste pour le bonheur d’attraper ce drôle de son. Il fait bien froid mais l’on est bien habillé, et je profite du plaisir futile d’être pieds nus dans mes bottes de Yeti tout en ayant le bout des orteils bien au chaud! C’est un sacré exercice et je râle un peu si j’y pense trop…
- Mais! On va être trop morts pour rentrer! Même si on se rend, on pourra peut-être pas revenir et on aura pas de char là-bas! Faudra quêter un lift! Pis si la nuit tombe, y va faire encore plus frette! Pis faudrait pas qu’on tombe dedans parce-que là on est foutu! Même si y’a quand même des gens par-ci par-là…
Il me prend dans ses bras et s’amuse de mes lamentations. Il m’encourage à le suivre et me pousse jusqu’à ce que j’admette comment l'on a du fun! La nature est impressionnante. Et c’est vrai que c’est superbe, un paysage limite lunaire, de l’espace à perte de vue, un monde d’une blancheur surréaliste, un froid pas trop agressif…
Un froid quand même bien pinçant qui me gèle les cuisses subtilement! Une quarantaine de minutes plus tard, l’on arrive en vue du site abritant l’hôtel de glace. Je suis « nickée »! Et je n’ai presque plus de mémoire numérique! Un autre dix minutes de montée et nous voilà arrivés!
L’hôtel de glace sous les yeux, j’oublie ma fatigue et fait un petit tri numérique le temps que Juan aille nous chercher des passes pour entrer sur le site. Je suis tellement fascinée, que je me sens flotter dans le temps arrêté. L’œil numérique enclenché, je me faufile entre quelques touristes sans personne pour me remarquer. La construction n’est pas complètement achevée, les travailleurs du froids travaillent à poser les dernières touches de l’endroit. J’attends l’homme dans la cour intérieure tout en observant cet étrange palace de glace…
C'est si joli que j’oublie le froid qui ne m'affecte plus! Je l’apprivoise avec ce plaisir que me donnent mes yeux ivres de givre. Paysage enchanté de monde de fée, je souris aux anges polaires. Je me fonds dans l'atmosphère irréelle. L’homme me retrouve à l’entrée du château d’hiver :
- Mais j’ai ta passe comment t'as fait pour entrer?!?
- Je sais pas trop, j’étais si subjuguée que je suis devenue invisible, j’ai du me « symbioser » avec la place!
Il fronce les sourcils sans comprendre, je l’entraîne à l’intérieur….
Comment expliquer ce que je ressens lorsque je suis en ses entrailles de glaces, je ne puis y arriver avant d’y être retournée plusieurs fois!!! Cette année, l’on s’y prend tôt, et je compte bien y retourner faire des tours d'idées et des safaris d’images. J’aimerais écrire un texte assise là…
Cette année, il est un peu plus grand, un peu plus grandiose que l’année dernière. Les chambres sont moins monacales, mieux pensées, plus jolies. Mais aussi belles soient-elles, je préfère encore dormir dans la chaleur de ma cabane de l’autre coté du lac!!! L'art y est encore plus présent avec une petite gallerie dédiée à cet effet. Il y a même une petite cour intérieure avec deux énormes bains tourbillons fumants et un sauna qui sent bon le cédre chaud…
Juan découvre le sauna, ouvre sa porte et me pousse à l’intérieur. Du bonheur à l’état pur! C'est chaud sans être étouffant. Nos pores se dilatent d’un coup et nos peaux hurlent de délice, un vrai petit vice. L’on se regarde en riant, profitant pleinement du moment jusqu'à ne plus tenir. L’on retrouve réchauffés le congélateur de notre réalité glacée…
Le soleil est bientôt prêt à se coucher, sa lumière dorée illumine la place qui scintille si joliment. L’on ne perd pas trop de temps et l’on reprend courageusement le chemin de la maison. L’on trouve une « track » de motoneige parfaite pour marcher sans trop peiner. D’un pas rapide, sans s’attarder, l’on retraverse le lac pour arriver de l’autre coté avec le soleil disparu à l’horizon qui s'assombrit rapidement.
C'est si joli que j’oublie le froid qui ne m'affecte plus! Je l’apprivoise avec ce plaisir que me donnent mes yeux ivres de givre. Paysage enchanté de monde de fée, je souris aux anges polaires. Je me fonds dans l'atmosphère irréelle. L’homme me retrouve à l’entrée du château d’hiver :
- Mais j’ai ta passe comment t'as fait pour entrer?!?
- Je sais pas trop, j’étais si subjuguée que je suis devenue invisible, j’ai du me « symbioser » avec la place!
Il fronce les sourcils sans comprendre, je l’entraîne à l’intérieur….
Comment expliquer ce que je ressens lorsque je suis en ses entrailles de glaces, je ne puis y arriver avant d’y être retournée plusieurs fois!!! Cette année, l’on s’y prend tôt, et je compte bien y retourner faire des tours d'idées et des safaris d’images. J’aimerais écrire un texte assise là…
Cette année, il est un peu plus grand, un peu plus grandiose que l’année dernière. Les chambres sont moins monacales, mieux pensées, plus jolies. Mais aussi belles soient-elles, je préfère encore dormir dans la chaleur de ma cabane de l’autre coté du lac!!! L'art y est encore plus présent avec une petite gallerie dédiée à cet effet. Il y a même une petite cour intérieure avec deux énormes bains tourbillons fumants et un sauna qui sent bon le cédre chaud…
Juan découvre le sauna, ouvre sa porte et me pousse à l’intérieur. Du bonheur à l’état pur! C'est chaud sans être étouffant. Nos pores se dilatent d’un coup et nos peaux hurlent de délice, un vrai petit vice. L’on se regarde en riant, profitant pleinement du moment jusqu'à ne plus tenir. L’on retrouve réchauffés le congélateur de notre réalité glacée…
Le soleil est bientôt prêt à se coucher, sa lumière dorée illumine la place qui scintille si joliment. L’on ne perd pas trop de temps et l’on reprend courageusement le chemin de la maison. L’on trouve une « track » de motoneige parfaite pour marcher sans trop peiner. D’un pas rapide, sans s’attarder, l’on retraverse le lac pour arriver de l’autre coté avec le soleil disparu à l’horizon qui s'assombrit rapidement.
Un superbe après-midi qui s’achève en beauté sur l’étendue pétrifiée du lac désert. J’ai les cuisses congelées et je crois bien que la première strate de chair est aussi dure que de la pierre alors que les muscles sont incroyablement échauffés. L’homme a la peau du visage toute fripée, les joues rosées, l’on retrouve en vitesse la chaleur de notre foyer. Épuisés et heureux, l’on laisse notre peau décongeler doucement. J’ai des milliers de sensations qui me pincent la peau et dans la tête des images sublimes d’univers glacé…
Je postai mes photos sur mon compte Flickr, sur ce photoblog sans nom, devenu accessoire de ce monde de phrases et qui m’emporte parfois loin des mots! Et, ce matin dans ma boite aux lettres, quelques mots de membres enthousiastes qui m’apprennent que mon set de l’Hôtel de glace a été mentionné dans le blog de Flickr. Surprise, je perds mon souffle deux minutes, un peu de chaleur se répand dans mon cœur givré.
Je postai mes photos sur mon compte Flickr, sur ce photoblog sans nom, devenu accessoire de ce monde de phrases et qui m’emporte parfois loin des mots! Et, ce matin dans ma boite aux lettres, quelques mots de membres enthousiastes qui m’apprennent que mon set de l’Hôtel de glace a été mentionné dans le blog de Flickr. Surprise, je perds mon souffle deux minutes, un peu de chaleur se répand dans mon cœur givré.
Ainsi je réalise que les photos de cet étrange palais de glace laissent peu de monde indifférent. Je suis contente de voir qu’il n’y a pas que moi que cela fascine. Je prévois une autre visite sous peu. J’ai bien envie d’aller chasser quelques photos nocturnes, et puisque je ne peux aller dans le Sud, j’irai simplement me perdre au cœur de l’hiver bien installé!
mardi, janvier 18, 2005
La douleur des images...
Via Riverbend, je découvre le blog de cet auteur irakien, alors que je parcours ses pages, je m'arrête devant ces photos emplies de violences et de souffrances. Je clique dessus et j'y crois à peine lorsque je découvre qu'elles me mènent tout droit au monde de Flickr. Y'a vraiment de tout pour faire un monde dans cet univers qui met la planète en images. Des images qui me font mal. Des images qui témoignent tout comme cela fut le cas avec le tsunami, bien que là ce n'est pas de nature agressive qu'il est question mais d'humanité révoltée. Tout cela dans une société de voyeurs insatiables, dont je crains de faire partie...
*Soupir* Si l'on ne pouvait regarder que les bons moments de nos existences, est-ce que la vie deviendrait pour autant un paradis terrestre?
Via Riverbend, je découvre le blog de cet auteur irakien, alors que je parcours ses pages, je m'arrête devant ces photos emplies de violences et de souffrances. Je clique dessus et j'y crois à peine lorsque je découvre qu'elles me mènent tout droit au monde de Flickr. Y'a vraiment de tout pour faire un monde dans cet univers qui met la planète en images. Des images qui me font mal. Des images qui témoignent tout comme cela fut le cas avec le tsunami, bien que là ce n'est pas de nature agressive qu'il est question mais d'humanité révoltée. Tout cela dans une société de voyeurs insatiables, dont je crains de faire partie...
*Soupir* Si l'on ne pouvait regarder que les bons moments de nos existences, est-ce que la vie deviendrait pour autant un paradis terrestre?
L'imaginaire et le réel sont deux lieux de la vie.
Jacques Lacan
La littérature fait directement appel à l'imagination : lire, c'est une façon de faire fonctionner son imaginaire particulier.
Jerzy Kosinski
Tout porte à croire qu'il existe un point de l'esprit d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et l'avenir, le haut et le bas, le communicable et l'incommunicable cesseront d'être perçus contradictoirement.
André Breton
Jacques Lacan
La littérature fait directement appel à l'imagination : lire, c'est une façon de faire fonctionner son imaginaire particulier.
Jerzy Kosinski
Tout porte à croire qu'il existe un point de l'esprit d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et l'avenir, le haut et le bas, le communicable et l'incommunicable cesseront d'être perçus contradictoirement.
André Breton











