lundi, janvier 10, 2011

D'enfance et de glace...

D'enfance et de glace...

Alors que débute cette année 2011, l'hiver se fait bien clément. Il se fait doux comme un agneau avec 6 degrés à Montréal le premier janvier. Surprenant. Aussi agréable que déstabilisant.

En mon coin de brousse, l'hiver est tranquille. Tout en silence. Sans tempête ni froidure. Il y  a juste assez de neige pour peindre de blanc le paysage. Juste assez de froid pour ne pas trop s'en plaindre. Alors qu'ailleurs le temps fait son méchant, ici l'hiver est paisible.

Au creux de la forêt endormie, l'hiver se contente d'emprisonner le grand lac en ses glaces. Et l'on marche sur sa surface comme si c'était un désert polaire. M'zelle Soleil me demande: "Mais maman, les poissons sous la glace, ils font quoi, ils dorment?"

Ma mini Miss grandit si vite. Elle questionne et apprend. Elle observe et assimile. Elle suit nos pas et trace son chemin d'enfance. Une enfance choyée presque dorée. Une enfance que l'on s'applique à chérir et à discipliner. Une enfance à guider. Je remarque à quel point ses réflexions évoluent. Avoir cinq ans c'est être grand! J'essaie d'inscrire en ma mémoire ses remarques d'enfance qui s'effacent dans le temps. Ces petites phrases qui font jaillir en mes pensées un sourire amusé ou interloqué. J'aime tant attraper ces instants d'enfance qui papillonnent au gré des heures...

- Maman, y sont où les bouleaux d'automne?
- Heuuu....


Trois secondes d'incompréhension avant de percuter:

- Ah! Les rouleaux de printemps sont dans le four!

L'enfance est tissée d'éphémère. C'est une bulle fragile qui flotte momentanément. La bulle de ma fille m'hypnotise autant qu'elle me responsabilise. J'étudie les différentes étapes de son évolution. Ces étapes qui se succèdent. L'enfance n'en finit pas de grandir jusqu'à ce qu'elle devienne ce souvenir qui nous modèle l'intérieur. L'enfance de ma fille réveille les souvenirs de la mienne. Sa pureté m’élève l'âme et je m’imprègne de ses vérités.

Parfois j'ai l'impression que ses neurones n'en finissent plus de se connecter. J'en suis un peu éblouie. C'est comme regarder un feu d’artifice. Sa volonté m'effraie un peu. Sa soif d'apprendre me ravit. Elle veut lire et écrire. Petit à petit je lui apprends. Je veille à respecter son rythme (ou plutôt, certains jours de fatigue, je m'acharne à suivre son rythme)...

Par les temps qui courent, elle aime me raconter des histoires abracadabrantes, des petites histoires emplies d'innocence qui me bousculent l'imaginaire adulte. Par exemple, elle a en tête ce scénario loufoque qu'elle me raconte avec moult détails: elle m’explique comment elle est née avec un bébé dans le ventre...

Ainsi sans le savoir, j'avais dans le ventre un bébé qui avait aussi un bébé dans le ventre! La logique voulant qu'elle a beaucoup de bébés à s'occuper maintenant car elle a commencé très jeune! Sans compter cette histoire surréaliste qu'elle développe au fil des mois avec comme toile de fond le concept des magasins à maris. Malheureusement, il y a pénurie. Aux dernières nouvelles, tous les magasins à maris étaient vides. Même à Montréal, il n'y a plus un seul mari à vendre!

Mais il y a aussi des histoires empreintes de ces réalités qu'elle absorbe au détour des conversations adultes. Ainsi elle m'explique avec beaucoup de sérieux et une voix pleine d'émotion: "Maman, j'ai entendu chez ma gardienne l'histoire d'un bébé qui est né mort! C'est vraiment plate hein? Il a même pas passé sa vie!". Elle se révolte ensuite contre cette cruelle injustice. La discussion qui s'en suit nous fait parler de ces choses dont l'on parle peu. Et puis il y toujours la question qui tue:

- Maman, quand je serais grande tu seras morte?
- Heu, ben je crois pas, je serai vieille...
- Tu seras juste vieille?
- Oui, je ne devrais pas mourir avant que tu sois vieille...

Tandis qu'elle accroche le temps à ses perceptions enfantines, sa conscience du monde s’exacerbe. Sa personnalité se détermine. Et pendant ce temps qui nous construit, mon individualité reprend forme. La mère que je suis aujourd'hui s’intègre à la femme qui retrouve ses repères. Notre trio familial s'imprime dans la texture des saisons qui défilent. Un nouvel équilibre se dessine. La vie suit son libre cours et je lui en suis intimement reconnaissante...

D'hiver et de lac...

5 commentaires:

Céline a dit…

Elle est donc ben cute ta M'zelle Soleil et drôle avec son "magasins à maris"! (dont j'ignorais l'existence!! hihi!)... Haa, les enfants et leurs grandes questions... j'adore!
... et finalement alors, ils font quoi les poissons sous la glace??!!! ;P

Etolane a dit…

À ce que je comprends les magasins à maris, ça fonctionne pas toujours bien ;) Je dirais que les poissons se reposent, ils somnolent en attendant le printemps :)

Céline a dit…

Hihi! Merci pour la réponse! ;)
Et les maris, ils ont une garantie? :D

Minute Papillon du matin d'automne a dit…

Elle n'a pas vraiment tord cela dit concernant les bébés. J'ai toujours été fasciné à l'idée que les petites filles avaient déjà leurs ovules là en dormance alors même qu'elles étaient dans le ventre de leur mère. Des moitiés de bébés potientiels qui sont en nous depuis le commencement...

Etolane a dit…

Céline, ouf déjà il faut arriver à un trouver un! ;)

Minute, je n'y avais pas pensé mais tu n'as pas tort! C'est pas si fou comme chemin de pensée, merci de me le montrer! :)