mercredi, février 25, 2015

Mardi matin. - 35 (sans facteur vent) à 6:30 am.

Il doit bien y avoir quelqu'un, quelque part, qui compte combien de matins à -30 et des poussières on collectionne depuis que 2015 a commencé!

Une belle collection de matins arctiques qui s'additionnent...

Autour de la table du petit déjeuner, on délire un peu.

Le froid étant ce sujet d'actualité cuisant. Cet hiver déchire sa mère! Me vient alors l'idée de tester le cri matinal.

La Miss accorde si bien son rugissement au mien qu'elle en flabergaste son père. J'explique:

- Parait que c'est bon d'aller crier au dessus d'une colline! 
 - Ça fait revenir le chaud? 

Me niaise l'homme en croquant dans sa tartine...

Le second cri où j'y insère la douleur faciale laisse en plan l'enfance, incapable de canaliser une telle intensité primale. Elle s' exclame:

- Ouf, je me rends pas là moi! 

Ce qui me rassure et me fait sourire à la fois. Nobody wants to go out there. Bref, par -35 de grand matin, on délire dans la cuisine...

Et vous, comment gérez-vous le frette qui se répète?

Hululer de frette...

samedi, février 21, 2015

Inscrite durant la semaine sur la liste d'attente pour une conférence des Creative Mornings, je reçois un billet numérique le jeudi soir.

Vendredi, de très bon matin, je prends la route en direction du quartier général du Carnaval de Québec.

Une route longue et jonchée de trafic matinal. Une route où je dois gérer maintes émotions.

Dont celle, effrayante, de manquer de lave glace, sur l'autoroute. Quiconque en connait les affres me comprendra facilement. Ahhhhh....

Étant déjà subtilement à la bourre, m'arrêter est hors de question. Je raisonne l'émotion qui me panique les pensées à mesure que mon pare-brise s’obstrue. Gérer l'émotion laisse la place à une idée que je trouve absolument géniale sur le moment.

Profiter du ralentissent routier pour ouvrir ma fenêtre et asperger mon pare-brise avec la bouteille d'eau en mon sac. Yes, Ça marche! Bon, c'est artisanal et plutôt original mais cela dépanne. J'arrive enfin à destination. Saine et sauve.

Il fait un froid sibérien et je trouve marrant l'idée d'aller jeter un œil dans les coulisses du Carnaval. De plus, la conférence du jour est animé par David Desjardins. Connaissant l'énergumène, elle ne peut être qu'intéressante...

En prenant un chaï offert par Monsieur T, je papote avec un copain et en salue un autre. Je m'amuse de voir un étrange Narval (aperçu durant le défilé du Carnaval). Et c'est parti!

S'inspirer les idées matinales

Le thème du jour, dirigé par David Desjardins, porte sur le climat anxiogène de nos sociétés modernes.

Il explore ainsi le thème de la peur. Celle qui se transforme en anxiété. De ces peurs qui forment les multiples angoisses de nos sociétés modernes. Des peurs souvent irraisonnées, générées par l'émotion qui oublie de réfléchir.

Pour illustrer sa pensée, il propose l'image d'un parc rempli d'enfants et de parents branchés, un beau jour d'été. Arrive un inconnu louche dans le décor. Instinctivement, comme des chiens de prairies, les parents se mettent à renifler l'inconnu. Embarque la peur. Invisible. Collective. Les adultes ne perdent pas de temps à imaginer le pire. Des forces invisibles conspirent pour leur inspirer cette peur instinctive qu'ils ressentent.

Bombardés d'actualités toujours plus catastrophiques les unes que les autres, nous sommes programmés à cultiver les peurs. Des peurs souvent irrationnelles...

En effet, il est bien rare qu'un inconnu kidnappe un enfant, en plein jour, dans un parc. Mais si les circonstances s'y prêtent alors la peur se faufile. Et le parent frémit. Réagit. Sans réfléchir.

Ce qui me rappelle à l'esprit un documentaire vu dernièrement. Il y était question de la peur de prendre l'avion déclenchée par l'effondrement tragique du World Trade Center. Ironiquement, en cette vague de peur, moins de gens ont pris l'avion pour privilégier la voiture et l'on remarqué une augmentation des accidents routiers!

Selon David Desjardins, l'on vit dans une société anxieuse. Une société qui semble cultiver la volonté du risque zéro. Ne plus vouloir prendre de risques. Laisser la peur contrôler l'action. S'immobiliser. Car avancer dans la vie, c'est aussi apprendre à gérer les risques...

Gérer la peur du risque

La peur est un phénomène de survie qui se révèle utile en certaines situations mais le reste du temps elle est inutile sinon futile. Et comble d'horreur, elle paralyse!

Pourtant jamais l'on a vécu d'époque plus confortable. La vie n'a jamais été aussi simple et facile!

Comme je le crois aussi personnellement,  David Desjardins nous rappelle combien nous vivons aujourd'hui à une époque sécuritaire. Peut-être même la plus sécuritaire de notre histoire humaine...

Le monde est plus sûr qu'avant et pourtant les enfants d'aujourd'hui obtiennent à 14 ans l'autorisation de faire les choses que des enfants de 8 ans faisaient auparavant. En poursuivant cette volonté du risque zéro, on perd l'habitude de prendre des risques. Et cela nous nuit!

On perd l'habitude d'apprendre ce que le risque enseigne. Paradoxalement on vénère de plus en plus ceux qui prennent des risques et les sports extrêmes sont de plus en plus populaires...

Ah! la débilité humaine! Souvent je me dis que si la connerie humaine était mortelle, il y aurait hécatombe. Et si je pousse l'imaginaire en cette direction, je me demande comment évoluerait une humanité où la connerie est mortelle?

Par instinct de survie, l'humain apprendrait obligatoirement à contrôler ses conneries. Arriverait-on plus vite à un monde meilleur? Comme je m'y attendais, la pertinence de ce garçon me stimule les neurones.

Il explique combien il est bon de prendre des risques pour en apprendre les leçons, je souris intérieurement.  Selon ses sources, les pires délinquants sont des gens à qui on a jamais appris à prendre de risques...

Anecdote Alligator!

Mais s'il est bon de prendre des risques intelligents, prendre des risques imbéciles est bien con. Ce qui, d'un coup, me fait penser à la peur collective des alligators.

À chaque fois que je suis allée faire un tour en Floride, ou encore en Louisiane, j'ai creusé cette peur primitive du crocodile. Je suis passée au travers lorsque j'ai réalisé que la majorité des décès d'humains par alligators étaient causés par la connerie humaine. Cela m'a tant rassurée que j'ai complètement éradiqué cette peur niaiseuse de mon système...

Maintenant non seulement je n'ai plus peur mais je me régale du risque à chaque fois que je m'approche d'un alligator! Un risque raisonné et conscient. Jamais oh! grand jamais, je n'irai patauger bêtement en leur territoire. Mais explorer leurs contrées sur un aéroglisseur, j'adore!

Alligator croqué sur les rives du lac Trafford (dans les Everglades) lors d'une expédition avec Airboats et Alligators durant l'hiver 2013.

Je suis donc tout à fait d'accord avec le point matinal de David. Il faut être apte à prendre des risques qui peuvent nous faire avancer et reconnaître les risques que l'on peut prendre sans grand danger.

Il faut réfléchir et oser prendre du recul. Déterminer les peurs irraisonnées et les éradiquer. Penser autrement est l'une de mes activités favorites. Avec l'effort de se fracturer le crâne afin de se garder l'esprit ouvert. Et l'audace de sortir de sa zone de confort pour accrocher la magie de l'univers. Y'a pas, il m'éveille la cervelle de bon matin ce garçon!

Oser affronter le danger de nos émotions

David Desjardins évoque avec clarté ce climat anxiogène qui paralyse notre époque. Une époque avec peu de prises de risques, peu de projets fous.

Il termine cette conférence matinale en affirmant qu'il faut repenser l'échec. Ne pas croire que l'échec est une fin. Ne pas s'enliser dans l'échec. Encore une fois j'approuve le cours de ses réflexions.

Car l'échec n'est-il pas qu'échec si celui qui le vit n'en apprend rien? Dès qu'il surmonte, s’élève et apprend, l'échec s'efface. Malheureusement, on valorise trop peu les leçons de l'échec en notre société anxieuse.

David Desjardins croit que le climat social actuel, rempli de peurs irraisonnées, nous empêche d'imaginer le monde autrement. Selon lui, l'audace paie. Non pas l'audace folle mais l'audace raisonnée. Raisonner le risque, calculer intelligemment les avantages et inconvénients pour évoluer différemment.

J'acquiesce mentalement à ses propos. Il est tellement facile de se créer un problème imaginaire. Un problème imaginaire qui devient plus grand que l'obstacle imposé par le réel. Il est si facile de se laisser emporter par l'émotion ressentie plutôt que de se sortir la tête de l'émotion éphémère pour aller dans le sens de sa raison.

Apprivoiser le risque en apprivoisant l'émotion. Ce qui, à mon sens, revient à dire que la gestion des émotions est à la source de l'apprentissage conscient de la prise de risque!  Voilà ce que je retiens de cette conférence au cœur des ateliers de Bonhomme.



Bref, La pertinence de David Desjardins de bon matin, ça fait du bien. Ça nourrit délicieusement le mental englué...

Un vendredi matin inspiré avec David Desjardins dans les ateliers de Bonhomme!

samedi, février 14, 2015


Alors que les grands froids sévissent, semaine après semaine, l'avenue Cartier de Québec nous réchauffe l'ambiance givrée avec ses étranges lanternes.

Le parcours Lumière sur l'art met en place 34 luminaires géants qui illustrent les œuvres d'Alfred Pellan et de Fernand Leduc. Ainsi l'art moderne du Musée national des beaux-arts du Québec sort dans la rue pour illuminer les idées des passants.

Cette exposition, hors du commun, s'inspire des œuvres qui sont actuellement présentées au Musée. Cette initiative artistique offre au grand public l'occasion d'observer l'art autrement. Et ça marche!

En se promenant sur l'avenue Cartier, en pleine nuit, par - 35 degrés, on s'égare le regard dans les formes et couleurs qui tapissent ces étranges abat-jour et... on oublie un peu l'air glacé qui nous mord la peau.

L'esprit s'égaie. Le coeur s'échauffe. C'est la magie de l'art en pleine action!

Du chemin Sainte-Foy à la Grande allée, on se laisse porter par cette merveilleuse atmosphère surréaliste que dégagent ces gigantesques luminaires. Bref, Pellan et Leduc en plein air, c'est cool...

J'étais venue y faire un tour en plein jour, subjuguée, je m'étais jurée de revenir de nuit.


L'occasion s'est présentée lorsque l'homme m'a proposé une sortie sur Cartier pour la Saint-Valentin.

Même par -1000, enfin -35 pour être franche. Un énième -35 qui donne facilement un ressenti de - 1000! Le froid mordant croque chaque millimètre de peau exposée. Il traverse les couches et vient caresser l'échine qui grelotte. C'est l'hiver extrême. Par -35 degrés sous la lune, j'hulule. Je me lance en un safari photos sauvage en condition extrême.

Surtout quand t'as eu l'idée saugrenue de sortir en jupe et collant! Aussi longue soit la jupe, aussi poilues soient les bottes, il y a de ces courants d'air qui se faufilent. Ce qui selon l'homme amusé, fait de moi une gazelle de 20 ans, qui gambade dans la rue. Il y a de la Saint-Valentin dans l'air...

Quand la passion fait bouillonner l'esprit, cela réchauffe le sang qui se découvre des trésors de courage pour capturer l'inspiration de ces étranges lanternes nocturnes... géants abat-jour qui transforment l'atmosphère polaire.

L'art qui les décore m'élève les pensées qui ne désirent plus que les croquer! Moins charmée par Leduc, je confesse un faible manifeste pour Pellan. Magnifiques sont ses lanternes...

Un élan silencieux me donne l'envie subite d'aller me replonger les idées en son exposition. J'ai accompagné au musée la classe de la Miss, l'année dernière, et je suis tombée sous le charme de cet artiste québécois.

Je craque pour le surréalisme fantasmagorique de Pellan. Je rêve éveillée. Ses lumières m'illuminent les sens congelés.


Et c'est ainsi que je me congèle les fesses et manque de perdre quelques doigts, pour le seul plaisir d'accrocher ces images éphémères en ma mémoire numérique.

Des images, qui dans l'intimité, me rappellent une douce soirée amoureuse. Une soirée de parents libres comme l'air... un air coloré ultra frette qui fait de la nuit une aventure...


À noter: L'application mobile interactive d'Alfred Pellan du MNBAQ que je découvre et télécharge gratuitement...

Quand l'art moderne réchauffe l'hiver et emporte l'esprit...

vendredi, février 13, 2015

Pendant que l'on mange ensemble, sur l'heure du midi, Miss Soleil me dit:

- Maman, j'ai lu un livre à l'école où ils parlaient du plaisir de faire l'amour et du désir... 
- Ah oui? 
- Oui, pis tu sais quoi les garçons, ils peuvent mettre un plastique sur leur pénis, ça s'appelle un préjesaispasquoi... 
- Un préservatif? 
 - Oui c'est ça! Et dans le livre, ils disaient que le préservatif enlevait pas le plaisir. 
 - Ah! Mais heu... C'était quoi ce livre? 
- C'est un livre sur le corps qui parle aussi de sexualité mais madame Sophie, elle dit que c'est pas grave parce-qu'on apprend... 
- Elle a pas tort. Alors tu as appris quoi? 
- J'ai appris qu'à la puberté, on avait envie de faire l'amour parce-que ça donnait du plaisir... 

S' en suit notre première discussion sur la contraception et le non besoin de faire l'amour avant 18 ans. Je m'attendais pas à ça en ce midi de vendredi 13 à -30!

L'occasion de parler hormones, vagin, pénis et de répondre à ces questions qui ont un peu tendance à retourner la cervelle parentale...

- Oh! Ce qui veut dire qu'un jour je vais devoir t'acheter des préservatifs! 
- Pourquoi? C'est pas le garçon qui le met... 
- Heu si, mais je voudrais pas que tu te retrouves mal prise s'il a oublié d'en acheter! 

Il paraît que lorsque l'enfant est capable de poser une question alors il est capable d'assimiler la réponse. J'applique ces théories pour répondre à toutes ces questions qui gravitent autour de la sexualité sans ajouter trop d'information.

Et c'est ainsi que je me retrouve à parler contraception et préservatifs sans jamais avoir parlé pénétration! Ce qui ne saurait tarder...

Pour l'instant, la Miss sait que faire l'amour c'est se coller les fesses et le cœur (fruit d'une discussion épique, avec père et mère, en une piscine tropicale un hiver en Floride). Elle sait que faire l'amour participe au principe de faire des bébés.

Une fois que la Miss aura cogité à savoir ce que peut faire un garçon avec un pénis recouvert de plastique, d'autres questions devraient fuser!

Sur l'heure du midi...

jeudi, février 05, 2015


En cette journée qui célèbre le fameux Nutella, je pourrais amuser la galerie avec ce couple français qui s'est fait refuser de nommer leur fille Nutella...

Mais ce serait sans compter  l'aventure qui est arrivée dimanche dernier à Miss Soleil. Personnellement, je ne trippe pas tant sur le Nutella, ce qui n'est pas le cas de l'homme et l'enfant...

Ce dernier dimanche, jour de fête de l'homme, père et fille vont faire les courses au IGA. Depuis plusieurs semaines, mes problèmes de santé nous serrent la ceinture et c'est avec un budget précis que l'on fait l'épicerie.

Ce jour là, Miss Soleil qui, habituellement déteste aller au IGA, décide de changer d'attitude et de se prendre au jeu du budget. Armée de son carnet où sont notées les courses, elle compte écrire le prix de chaque article au fur et à mesure que se remplit le caddie.

Épatée par son initiative, son père la suit docilement en son trip dominical. Ainsi, en une température polaire, ils partent faire les courses ...

Arrivés à la caisse, le budget est respecté mais il faut virer le Nutella. C'est un non essentiel. La Miss, d'elle-même, sans rechigner, afin d'accomplir la mission du jour, dit au-revoir à son pot de Nutella.

Mais alors qu'ils traversent le stationnement, homme et enfant entendent une inconnue les interpeller. Ils se retournent et la puce, bouche bée, voit revenir son Nutella. Une dame, souriante, lui tend le pot laissé à la caisse en leur disant: "Cela me fait plaisir, c'est pour donner au suivant!" 

Sous le choc, homme et enfant restent interloqués en plein milieu du stationnement (jusqu’à ce que klaxonne une voiture qui veut passer). Manifestement la belle attitude de l'enfant n'est pas passée inaperçue...

En passant le pas de la porte, la puce s'exclame:

- Maman, c'est vrai, tu as raison, la bonne attitude c'est payant!

 Elle me raconte ensuite ce qui vient de leur arriver. Elle m'explique que ce pot de Nutella goûtera sûrement meilleur que les autres car il détient de la gentillesse humaine et que cette dame sera dans son coeur à chaque fois qu'elle croquera dans sa tartine de Nutella!

De mon coté, je pense que je résisterai pas à tester cette étrange recette de gâteau en tasse (le mugcake pour les initiés)!

Quand gentillesse et Nutella se combinent....

Lire cet article de bon matin intitulé "Attention à ce que vous dites à vos enfants".  Une inspiration passe, je la capte en ces quelques lignes partagées...


Avec ses neuf ans, je découvre le plaisir de converser avec Miss Soleil. Notre relation n'est plus un monologue, c'est maintenant un vrai dialogue. J'aime me frotter l'esprit à ses diverses perceptions d'enfance. Cela m'aide à accepter le temps qui n'en finit plus de la faire grandir.

Je le confesse, en mon éducation parentale, je la pousse souvent à réfléchir. Parfois contre son gré. Principalement quand vient le temps de discipliner un comportement ou une attitude désagréable!

Le reste du temps, j'apprécie discuter avec elle, entendre ses réflexions, échanger des idées, explorer l'humanité qui nous lie. Cela me baume le cœur.

Je suis souvent étonnée de combien les enfants ont la capacité de nous apprendre plein de choses. Quand on s'y ouvre l'esprit...

On discute de tout et de rien. À son échelle d'enfance. De sujets légers ou lourds. Rien n'est vraiment tabou. Dernièrement, on a eu toute une conversation sur l'inconnu de la mort et la spiritualité, tout simplement. Sans drame, ni chichi. Ce fut l'occasion de parler du principe du corps et de l'esprit.

Je respecte son esprit comme mon égal et je crois qu'elle le perçoit. Son esprit est mon égal mais pas son expérience. Ce qui fait de moi le gendarme. Ce qu'elle comprend aussi.

On passe beaucoup de temps ensemble. Elle me raconte beaucoup de choses. J'en sais beaucoup de sa vie, de ses relations, de ses émotions. Cela me rassure et me met en confiance. Je connais les aventures de ses jours d'école. Je découvre sa perception du monde et celle qu'elle a de nous. Car elle sait aussi nous remettre sur le droit chemin quand on déraille...

Et plus que jamais, j'ai conscience de mon pouvoir parental. Un pouvoir que j'interprète comme une responsabilité. Et l'opportunité de devenir meilleure. Car je sais, d'expérience, combien un parent a le pouvoir d'influencer négativement la vie d'un enfant et de faire dérailler le cours de ses émotions...

Que dites-vous à vos enfants?

lundi, février 02, 2015


Depuis les vacances de Noël, Miss Soleil pratique le concept de "grasse matinée" les jours de congé. Un changement percutant en son évolution d'enfance. Une enfance qui mute en pré-adolescence. Il s'en dégage une nouvelle maturité que j'apprécie et quelques élans qui me font penser que les hormones doivent commencer à s'activer.

Je n'ai pas la sensation d'être de ceux qui ne voient pas évoluer l'enfance. Il faut avouer que je l'observe tant qu'il serait hypocrite ce ma part de ne pas en remarquer les différentes étapes. J'en ressens cette subtile nostalgie de voir s'effacer l'innocence. J'en ressens cette subtile émotion de me sentir vieillir à ses côtés.

Car à chaque évolution d'enfance, le parent se doit d'évoluer aussi. Il doit s'adapter sans cesse, s'il ne veut pas perdre le fil...

S'en suit divers coups de vieux ou accents de maturité qui participent à la sagesse adulte. C'est sûrement pour cela que la sagesse populaire passe son temps à dire qu'il faut profiter de chaque moment avec ses enfants, de chaque étape qui passe et s'efface.

J'applique ce principe pour tisser cette relation qui fera le lien qui nous restera lorsqu'elle sera adulte. Un lien que je souhaite sain et solide. Un lien sur lequel je médite depuis qu'elle s'est logée en mon ventre.

Aujourd'hui c'est pédago et elle roupille à volonté. En ces temps de repos où continuent de se construire ces dizaines de connections neurologiques qui la façonnent, jour après jour, mois après mois, année après année. Jusqu'à ce qu'elle ait terminé de grandir. Adulte. Autonome. C'est le but ultime de la parentalité.

Notre responsabilité parentale étant de la guider à maturité avec le plus d'outils intérieurs et le moins de traumatismes. J'espère qu'elle aura alors en sa possession une bonne neuroplasticité et que celle-ci lui permettra d'exploiter au maximum ses potentiels humains. Sans trop s'y casser la tête...

Pendant ce temps, j'affronte une autre semaine, le visage coupé en deux, à reprogrammer le cours de mes neurones pour essayer de tirer le meilleur de cette nouvelle réalité. Alors que j'écris ces mots émerge la Miss. Elle me câline et me dit:

-Oulala, j'ai rêvé à une vie sans mes parents et ouf, en me réveillant je me suis dis que les parents c'est essentiel à la vie!

 Ça s' invente pas! Ça se vit... et ça s'écrit...

Observer les évolutions d'enfance...

mardi, janvier 13, 2015


Cri matinal de l'homme: 

- Aaaaaahhhh! Encore -30 à matin! Sans facteur vent! 

La mère s'exclame:

- Liloo, tu oublieras pas de mettre ton pantalon de neige pour revenir du bus! 

Et la puce de répondre:

- Okay, hier on était pas obligés pourtant! P'têt que le temps voulait nous donner un petit loose avant de reprendre la routine? 

Routine polaire en pleine action. L'homme sort faire chauffer le char. Il revient et me dit:

- J'en reviens pas, y'a des oiseaux qui gazouillent! 
- Je sais, j'te dis c'est fascinant!

Brève polaire...

Quand, sous la douche, ma cervelle se fait une caricature mentale, ça donne ça en sortant...

"Après les fêtes, tout le monde sait que les divinités, fatiguées, prennent leur congé. Il ne reste plus grand monde à l’accueil du ciel et il est entendu qu'à cette saison, il faut s'armer de patience pour atteindre la porte d'entrée.

Cabu et sa bande sont dans la file. Mano, qui va et vient à sa guise, est venu tenir compagnie à son père et ses compères. Il est content de les revoir. C'est la fête dans la file. Devant ce joyeux bordel et les circonstances exceptionnelles du jour, deux employés divins s'organisent pour faire attendre la bande en une salle à part.

Les heures passent. Cabu, trop content de bavarder sans fin avec Mano décide de laisser passer tous les autres avant lui. Les voilà seuls dans la salle d'attente.

Sur la chaise en face de Cabu et Mano, en pleine conversation, apparaît alors Shérif Kouachi. En moins d'une minute, Shérif réalise qu'il n'y a pas de vierges qui l'attend. Merde, rien n'est ce qu'on lui avait promis ne l'attend ici! 

Il réalise d'un coup de masse tout le mensonge de sa vie. Terrassé par cette subite lucidité, il s'écroule en loque, sanglotant sur sa chaise.

Cabu le regarde, de cet air malicieux qui nous manquera, et il se lève. Il pose une main sur l'épaule du garçon effondré et de l'autre lui tend un carnet de note et un crayon en lui disant:

- Allez, dessine, tu vas voir, ça va te faire drôlement du bien!

Mano Solo regarde la scène, un sourire en coin, tout en fredonnant l'un de ses airs sur lequel on aimerait bien danser."



Caricature mentale...

dimanche, janvier 11, 2015

Regarder la nouvelle chanson de Tryo sur YouTube avec Miss Soleil qui me demande:

- Mais pourquoi on les as tués encore?
- Parce-qu'ils faisaient des dessins...
- Mais c'est pas rapport!?! C'est n'importe quoi.
- Je sais...
- Des dessins, c'est pas pour de vrai C'est juste pour s'amuser! Ils sont tous morts en même temps? C'est quoi la barbarie maman? Y'a plus de journal, y'a plus de Charlie? Charlie Hebdo aussi il est mort? Qu'est-ce qu'elle a fait la France? Ça veut dire que Charlie il vit encore?


Une forte émotion m'enserre la gorge, j'étouffe un sanglot tandis que mes yeux se mouillent. La Miss est partie dans un flot de questions toutes plus pertinentes les unes que les autres.

Une larme coule. Puis un ruisseau. L'enfant me regarde d'un air étonné. Je luis souris et j'essaie de lui répondre en retenant ces sanglots qui me nouent la voix.

Aujourd'hui avec Miss Soleil, on chante. On apprend par cœur la nouvelle toune de Tryo que l'on écoute en boucle!

En fredonnant: "On va rire et écrire Charlie... Au milieu du vacarme, du djihad et des armes, il reste la culture, l'humour et la nature..." 


Question d'enfance et chanson triste...


J'ai marché à l'âge de neuf mois. L'histoire dit que le jour où j'ai marché pour vrai, c'était dans le couloir du notaire, le jour où mes parents allaient signer leurs papiers de divorce. L'histoire dit que ceux-là étaient fiers comme des coqs de me voir marcher.

La dernière fierté parentale, sinon l'unique, qu'ils auront partagé. L'histoire dit que je suis sortie du notaire en marchant toute seule. Avec le recul, je trouve ça pas mal symbolique.

J'ai passé tout mon primaire avec l'étiquette "enfant de divorcés" étampée sur mon front. Dans la petite école de village que je fréquentais, j'étais la seule en ce cas, la petite société qu'est une cour d'enfants, me l'a vite appris. J'ai même appris qu'elle devait être lumineuse et clignotante vu comment on la voyait de loin! La première fois qu'une de mes copines m'a dit:

- Je peux plus jouer avec toi. 
- Pourquoi? 
- Mes parents veulent pas que je joue avec toi. 
- Pourquoi? 
- Parce-que tu es une enfant de divorcés. 

Je me souviens avoir été profondément choquée. Je devais avoir six ou sept ans. En quoi est-ce que cela changeait qui j'étais? J'étais moi, parents divorcés ou pas, j'étais aussi humaine qu'eux. En quoi est-ce que cela faisait de moi un monstre?

Puis je me suis habituée à mon sort. Fuck les gens. Ma mère me disait souvent que si j'étais la seule, un jour, ce seraient le cas de plein d'enfants. Je ne trouvais pas ça particulièrement rassurant. À la fin de mon primaire, avant de m'engager trop loin en une relation amicale, je n'oubliais pas de mentionner: "Tu sais, je suis une enfant de divorcés".

Il a fallu que j'arrive en secondaire pour trouver d'autres enfants dans mon cas. Mais rendu là, j'avais appris à ne plus en faire de cas. Depuis les temps ont tant changé qu'on en a même oublié l'expression de l'époque. Être un enfant de divorcés n'est plus une étiquette à coller.

Cette expérience m'a appris très tôt à quel point toute forme d'étiquetage humain est ridicule. On est humain avant tout, les étiquettes c'est pour l'épicerie pas pour les gens!

Cette expérience m'a appris beaucoup de choses humainement. Elle a certainement sculpté l'adulte que je suis de multiples façons. Elle m'a dévoilée très tôt les laideurs humaines. Elle m'a forcée à en chercher les beautés.

Depuis que je suis maman, j'observe ma fille grandir. Entre père et mère. C'est un peu comme regarder un film hollywoodien pour la petite fille que j'ai, un jour, été. Souvent elle me parle entre deux pensées. Elle s'étonne, elle s'émeut, elle sourit. Elle me chuchote entre deux pensées: "Alors c'est ça avoir deux parents? C'est quand même bizarre tu trouves pas?" Parfois elle est blessée et laisse couler une larme.

Je suis toujours la défenderesse de la veuve et de l'orphelin. Ce qui fait que je peux ressentir une sorte de compassion pour les frères tueurs de Charlie Hedbo malgré l'horreur inexcusable de leurs actes.

Un trait de caractère qui peut prodigieusement énerver ma puce qui trouve que j'excuse trop les travers des enfants qui la tannent à l'école:

- Oh! Maman! T'es plate! Tu trouves toujours que c'est pas de leur faute parce-que leur vie est plus dure que la mienne! C'est pas juste! 
- Mais Liloo, il faut penser plus loin que le bout de son nez! Je te dis pas que t'es obligée d'être amie avec quelqu'un qui t'énerve! Pas du tout. Je te demande juste de penser à comment est leur vie et d'avoir un peu de compréhension  plutôt que de les critiquer! C'est tout! 

Je sais, je lui en demande beaucoup. Mais je lui en offre beaucoup et j'estime que cela compense. L'enfance que j'ai eu a façonné l'adulte que je suis et l'adulte que je suis façonne l'enfance qu'elle vit.

L'humanité est un long cycle qui tourne dans la roue du temps...

Les étiquettes, c'est pour la nourriture, pas pour les humains!

Relayer une nouvelle sur Twitter et la voir s'enflammer. 1098 retweets plus tard, se dire que l'on a touché une corde sensible. Mes appareils mobiles en ont vibrés comme des fous!


"Je suis Charlie" dans la mesure où je respecte la liberté de tous de s'exprimer librement. Et encore plus celle de dessiner librement. Si on commence à fusiller tous ceux avec un humour qui nous dérange on est pas rendu!

Je désire vivre mon présent tout en élevant le futur (ma fille) en un monde où chacun peut rire et dessiner comme il l'entend. Je n'approuve pas nécessairement l'humour corrosif de l'hebdo mais je lui reconnais absolument le droit d'exister. Et c'est ce qui me fait Charlie. Mon amour passionnel pour la liberté d'expression.

Mais y'a un truc que je ne comprends pas. Si selon certains fanatiques, il est interdit de représenter Mahomet en image (et encore moins caricaturé) dans la religion musulmane, est-ce que cette règle ne doit alors pas s'appliquer qu'à ceux qui pratiquent cette même religion?

Si un musulman transgresse cette loi divine alors il blasphème. C'est un fait. Je le comprends. Je le respecte. Mais si un chrétien, un bouddhiste, un juif, un hindou ou un athée le fait, blasphème-t-il vraiment? Ne faut-il pas croire pour blasphémer? En quoi les lois musulmanes s'appliquent aux non-musulmans? Je ne comprends pas.

Toutes les grandes religions ont des branches extrémistes mais, que je sache, en 2015, un chrétien fondamental vivant au cœur  de la Bible Belt des États-Unis ne brûlera pas, sur un bûcher de la place publique, le New-Yorkais égaré qui possède une vierge Marie psychédélique tatouée sur un bras et le diable tatoué sur l'autre?

La question qui se pose alors est à savoir si le blasphème s'applique aux non-croyants? Ce faisant on se retrouve au coeur même du débat de la liberté d'expression qui fait rage. N'a-t-on encore passé le cap des religions dictatures? Combien d'humains devront mourir pour qu'on finisse par y arriver? Devrons-nous en vivre une troisième guerre mondiale?

Enfin, j'imagine que vouloir raisonner avec un intégriste, c'est comme se taper la tête contre un mur!

#JeSuisCharlie Le fait que ce hashtag soit devenu le plus populaire de l’histoire avec 3 655 056 tweets me rassure.


J'ai expliqué, sommairement, à Miss Soleil la situation Charlie Hebdo. Elle m'a alors posé des questions sur les méchants qui ont fait ça. Comment devient-on si méchant?

J'ai alors essayé d'imaginer la souffrance intérieure de ces deux orphelins. Élevés par une France où il est compliqué d'être. Pour en arriver là, la souffrance intérieure doit être puissante, viscérale. Ne réside-t-il pas un monstre dans chaque humain? Tout comme il réside un héros en chacun de nous? Ensuite vient l'intelligence, malheureusement inégale selon les humains. Et l'utilisation de cette intelligence à bon ou à mauvais escient.

Je ne peux m'empêcher de penser que les fondamentalistes religieux ont le sacré don de rattrouper ces humains, en grande souffrance intérieure, pour mieux nourrir leur folie humaine.

Au final, tout comme je partage la tristesse (et la révolte) de ces gens tués au combat de la liberté d'expression, je suis capable de ressentir une certaine compassion pour ces pauvres garcons qui ne connaissaient plus de la vie que l'étroitesse d'esprit et la haine.

Je ne crois pas à la haine. Ce qui ne veut pas dire que je suis incapable de la ressentir... je suis humaine. Mais je refuse de lui laisser la liberté de me transformer de l'intérieur. Car toute haine ne peut que transformer l'humain qui la ressent en sa pire version.

Cette semaine, on vient, encore une fois, d'en avoir la preuve sanglante.

Je suis Charlie parce-que je me questionne...