mercredi, juin 13, 2018

Vivre, c'est aussi souffrir...

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Ne pas se fier aux apparences en notre monde connecté (qui se nourrit d'images partagées) semble de plus en plus pertinent. Tant d'humains se contentent des apparences pour exister. N'est-ce pas là un réel malheur?

N'est-ce pas la leçon donnée par Kate Spade et Anthony Bourdain durant cette semaine passée?

Toute vie humaine est confrontée à la souffrance, qu'elle soit mentale ou physique! Savoir souffrir, n'est-ce pas aussi savoir vivre?

Et pourtant, en nos trains de vie faciles et confortables, la souffrance se fait tare. C'est un échec qui inconforte et dérange. Plus la vie devient facile et plus souffrir est difficile. La solitude qui en résulte peut même en devenir mortelle...

Accepter de souffrir au quotidien

La semaine dernière. Je choisis de subir mon traitement dorsal au soleil. Là où les feuilles poussent et les oiseaux gazouillent. Quitte à souffrir le calvaire autant le faire au soleil! 

Si le cadre évoque la détente et la douceur, la réalité n'est rien d'autre qu'une autre torture physique à accepter en mon corps.

Depuis mai dernier, j'ai eu 45 traitements de chiro pour réparer ma colonne endommagée (par deux mauvais traitements d'une physio réputée).

On y ajoute au moins la moitié de massages thérapeutiques pour essayer de m'en sortir vivante. Des massages sans douceur mais nécessaire pour bien faire. Sans oublier une hystérectomie en octobre dernier!

Depuis janvier, je vais à la piscine trois fois par semaine afin de réeduquer mon dos cassé. Je souffre. Parfois je pleure. Mais je persévère. J'essaie de mettre toutes les chances de mon côté. C'est aussi raide que de grimper l'Everest. Rien n'est facile, tout est dans l'effort, l'acceptation de souffrir et la volonté de m'en sortir. 

Je gère les diverses douleurs en mon corps avec discipline et raison.

J'en développe de nouvelles philosophies humaines. Chaque jour, je cultive l'espoir de retrouver ma vie. L'espoir de pouvoir retravailler, l'espoir d'exister autrement que dans la douleur sévère.

Garder mon moral à flot est un défi constant. Je n'y arrive pas tout le temps. Mais jamais je ne lâche mon morceau. Toujours je force mes volontés. Je pousse et repousse mes limites. Par amour pour les miens, je m'accroche à ce qu'il me reste de vie.

Je progresse disent ceux qui me traitent. Je progresse lentement. J'avance. Je rechute. Cela peut en être désespérant. Tant d'efforts et de volontés misés sur une même idée. Celle de rester en vie malgré tout. Celle de ne pas laisser le malheur m'emporter l'âme et le coeur.

Tous ces traitements physiques s'incrivent en ma réhabilitation dorsale, ils n'ont rien d'un moment de détente. Au contraire, c'est toujours bien douloureux. Sans parler de l'après-coup!

C'est un passage obligé pour retrouver ma vie à moi. Celle où je suis femme professionnelle. Celle où je me sens exister.

Après chaque traitement dorsal, j'ai besoin d'au moins 24 heures, sinon 48 pour m'en remettre. Selon la gravité du jour. L'après-coup est toujours coriace. Il m'écrase comme une mouche contre un pare-brise. Les douleurs évoluent mais elles ne lâchent pas vraiment. C'est un constant périple. Un duel incessant entre ma tête et mon corps.

Mon dos n'est pas stabilisé. Je dois persévérer. Encore et encore.  Ne pas lâcher. Vivre mes jours en de fortes douleurs devient un mode de vie enrobé de résilience et de foi intérieure.

Progresser dans la douleur constante

L'état pitoyable de mon dos progresse. Les experts qui le soignent ont espoir que je m'en sorte (à force d'efforts et volontés). En espérant que le prochain examen en médecine nucléaire ne révèle pas de pathologie cachée...

Ils félicitent ma discipline, mon courage et ma persévérance. Ceci n'enlève rien à la difficulté de vivre chaque jour avec un dos qui ne fonctionne plus mais ça aide à avancer. Cela m'aide à poursuivre ce laborieux processus de transformer mes faiblesses physiques en forces de caractère.


Pour ma famille, je m'accroche à la vie et je persévère. Grâce à l'amélioration notables de mes neuropathies faciales, pour la première fois depuis sept ans ans, je peux laisser couler les larmes sans craindre le paroxysme. A force de retenir mes larmes, des années durant, j'en avais presque oublié le principe!

Le cas de mon dos reste bien complexe, plus facile de le foutre en l'air que de le réparer m'expliquent les spécialistes. J'ai la maudite physio qui m'a foutu en l'air sur le coeur. Comme une nausée de fond qui m'écoeure en profondeur.

Chaque jour est une lutte pour m'éloigner de la mort et pour me rapprocher de la vie. Chaque jour, je dois grimper mon bout d'Everest invisible. Pour me rapprocher du sommet, j'accepte de #souffrirenbeauté.

J'utilise ce qui est beau en mes heures pour nourrir mes volontés. J'accepte ce que je ne peux changer afin de trouver les forces nécessaires pour avancer dans ces difficultés qui font ma normalité.

Transformer le malheur en force intérieure

Mois après mois, je tombe et je me relève en une infernale chorégraphie.

J'encaisse, j'endure, je cogite. J'avale mes tristesses. Je refuse d'aigrir. J'accepte de grandir dans la douleur.

Jamais je ne capitule. La mère en mon sang est une guerrière qui me pousse vers l'avant.

Alors que ces personnalités publiques se passent la corde au cou, je comprends combien l'on vit en une société axée sur les poursuites du bonheur. Des bonheurs futiles qui font l'apparence d'une vie réussie?

Mais la vie, ce n'est pas juste du bonheur à poursuivre. La vie, c'est aussi de la souffrance à apprivoiser...

On peut cultiver l'apparence du bonheur, au fil des plaisirs humains, sans jamais vraiment le récolter. On peut refuser toute souffrance avec virulence et en profiter pour s'affaiblir de l'intérieur.

De nos jours, souffrir était une tare que l'on doit vite cacher. Pour ne pas faire tâche. Pour ne pas déranger les fameuses apparences?

Alors que je me renforce le mental à coups d'adversité de santé, je sais combien la douleur humaine dérange le commun des mortels. Ceci m'interpelle de plus en plus.


Et si l'épreuve n'était que la vie en cours d'existence? Et si l'épreuve faisait cheminer l'âme pour le meilleur?

Et si celui qui n'a jamais affronté et traversé d'épreuve était celui qui manque l'opportunité de s'approfondir? Celui que l'on devrait prendre en pitié?

Celui qui reste à la surface des choses, celui qui vogue dans le vide de nos futilités terrestres. Celui qui existe sans jamais accepter de sortir de ses zones de conforts?

Ce qui est certain, c'est que si je finis par retrouver ma vie individuelle, plus rien ne pourra m'arrêter!

Si je me sors de cet autre cauchemar physique, je serais plus forte que je ne l'ai jamais été. Et mon caractère sera forgé d'acier! Aurais-je droit à un certain répit? Aurais-je le droit de revivre un coup? Je prie le ciel et tous ses saints de m'y aider. Tout en faisant tout ce que peux pour m'aider à mieux aller.

Ce que je sais déjà, c'est qu'il me faudra encore continuer de souffrir plusieurs mois. Il me faudra continuer de forcer pour avancer en ces diverses douleurs physiques que me fait vivre mon corps fragilisé.

Un traitement après l'autre, une séance de rééducation après l'autre. Un effort après l'autre...

2 commentaires:

Pierre B. a dit…

Votre témoignage me touche beaucoup!
Surtout ce passage:
"Et si l'épreuve n'était que la vie en cours d'existence? Et si l'épreuve faisait cheminer l'âme pour le meilleur?"
Je vais porter en moi, ces mots si éclairant!

"there is a crack in everything, that's how the light gets in"
(Leonard Cohen)

Pierre

Pierre B. a dit…

Bonjour à vous.
J'espère que vous allez beaucoup mieux et que la vie est bonne pour vous.
Je ne peux que vous souhaiter le meilleur.
Je m'ennuie de vos écrits et de vos magnifiques photos.
Pierre