dimanche, janvier 09, 2005

En route pour le début de la fin…

Demain reprennent les cours, dernière session avant d’être officiellement traductrice de profession! Gulp! Mon relevé de notes est sorti, tout est beau, tout va bien, tout est sourires. 81 crédits sur 90 et joli mois de mai me libèrera de ce troupeau qui abrita le fil de mes semaines des premières années de ce nouveau millénaire. Mais pour ne pas mettre la charrue avant les bœufs, il est temps pour ma pomme d’aller se coucher comme une sage poupée afin d’arriver à me lever avec les poules congelées demain matin.

Fin de semaine cocon et cinémas. Vendredi soir après un très bon souper fait maison par les douces mains de Mister Gwido, conversations enrichissantes et échanges d’humanité, nous nous sommes retrouvés en un drôle de cinéma aussi peu commercial que possible pour une représentation (à l'heure où se lèvent les sorcières) de Ghost in the Shell II (Innocence) en version japonaise. Pas pire "pantoute", moi qui ne suis pas gaga de manga, j’ai survécu avec plaisir au visionnement de la chose sur grand écran, j'ai même eu l'impression de me plonger entièrement dans cette langue si étrange qui m'attire autant que je ne la comprends point! L’homme était heureux alors moi aussi je l’étais obligatoirement un peu, la meilleure épouse possible je désire devenir.

32 années à avaler, assimiler. Combattre le winter blues à coups de musiques et de torpeurs intimes. Samedi acrobaties et soupirs comblés pour une journée lovée au fond de notre chaleur conjugale. Dimanche famille avec Petite Clo et Raphi au ciné pour voir "les Incroyables" (version française pour ma puce d'adolescence), bonne grande soeur j’aimerais être et subsister. Pas si pire, j’ai survécu en riant malgré ma non-passion pour les films d’animations. Au creux de la nuit glaciale, l’on retrouve les quatre murs de notre cabane, Pimprenelle fait la folle entre cuisine et salon tandis qu’Hypérion surveille sa femelle, aussi goguenard que patient…

samedi, janvier 08, 2005

Il était une fois…

Un joli petit cercle polaire entre eau douce et froide glace, saupoudrée de neige scintillante, un petit trou où voir la terre même si cette fois là il était question de sable mou…

Iced-Lake-and-waterpool

Elle s’approche de l’eau qui miroite au soir couchant, sa petite machine argentée entre les doigts, elle s’approche de plus prés, des rêves macro givrés entre ses idées glacées, elle s’approche encore...

Scroouunch, smoooscchhhh, splooouuuufff, sa botte chaude et velue traverse la glace fragile en cet endroit précis. En un souffle coupé elle s’extirpe rapidement de l’eau gelée, le fond sablonneux n’est pas bien loin, horizon bleuté rives dorées. Juste un petit frisson de glace en un mini désert polaire. Destruction de cercle enneigé et la petite machine argentée entre ses mains étincèle dans la nuit qui approche sans crier gare….

Pied-coupableNiaiserie-bis

vendredi, janvier 07, 2005

Tsunami et réflexions éparses…

Comme tout le monde, je suis le développement de cet incroyable tsunami qui bouleversa la planète durant les fêtes. Comme tout le monde, je suis touchée, effarée, interloquée, estomaquée…

Je regarde les nouvelles, les multiples vidéos où l’eau emporte tout sur son passage. Régulièrement j’interpelle Juan pour lui dire de regarder mais celui-ci est vite blasé de voir toujours les mêmes images qui m’impressionnent autant à chaque fois que je les aperçois. Juan me dit :

- C’est fou comme cela te fascine toujours les actions naturelles de la planète…

Et c’est vrai je suis facinée! Bien-sur l’ampleur du malheur humain est intolérable mais ce tsunami filmé en vrai, live, me fascine incroyablement. Je frissonne et sens les larmes me monter aux yeux lorsque j’entends les histoires des survivants ou que je regarde des images d’enfer en plein paradis terrestre. Mais lorsque je vois la vague, c’est à la Terre que je pense et mon respect pour elle est immense. J’ai conscience qu’elle peut nous détruire en quelques mauvaises humeurs mais de voir comment quelques vagues peuvent apporter autant de destruction, cela me sidère. Dans mon imaginaire, j’ai toujours vu un tsunami tel que reproduit dans les films catastrophes, genre une vague gigantesque, grande comme un gratte-ciel, qui écrase tout sur son passage. Hors là, il semble qu’en réalité plus que la hauteur de la vague, c’est dans les tourbillons que se trouve toute la puissance de sa destruction. Ce n’est pas tant sa taille qui m’impressionne lorsque je vois ces images qui montrent ce déferlement d’eau moussante, ce sont les remous incroyables qu’elle semble abriter en ses eaux qui me mettent sur les fesses…

J’ai mis quelques jours à comprendre le phénomène, je me disais en voyant les premières images : « Mais comment tant d’adultes ont pu se noyer avec une vague si peu haute? » Ce que je n’avais pas réalisé sur le coup c’est à quel point elle possédait une puissance intérieure, qui dû se sentir plus que se voir et qui eut l’air de tout balayer sur son passage. J’écoute l’histoire d’un québécois rescapé qui dit que lorsqu’il s’est retrouvé à se battre pour sa vie, ne sachant pas vraiment ce qui se passait, il s’est demandé si c’était la fin du monde, si l’île coulait ou si toute la planète pouvait être inondée en même temps! C’est vrai que lorsque l’on est en plein dans l’action on doit s’imaginer toutes sortes de scénarios bizarres pour essayer de s’expliquer ce qui se passe...

Ce que je trouve aussi très troublant c’est comment dans une si belle journée, sur ces plages merveilleuses de sable blanc et d’eau turquoise la mort peut frapper sans une ombre, sans un signe, comme un souffle de vent qui emporte des fourmis sans résistances. Pourtant je le sais bien que la mort n’a pas besoin d’ombre pour se manifester. Le 24 août 2002, alors qu’il faisait une journée merveilleuse, Juan s’est cassé le cou et en quelques heures, je me suis retrouvée, les jambes encore pleines de sable, la peau brûlante de soleil, au service des soins intensifs à angoisser sombrement pour mon homme gravement blessé. Déjà là, j’avais trouvé le contraste entre le moment paradisiaque et le drame très frappant! J’imagine que c’est un peu le même principe pour ces gens qui sont passés de prendre la vie relax au soleil à nager en plein cauchemar en l’espace de quelques heures seulement…

Tant de morts et de destructions à la fois! C’est à peine croyable! Et je suis sure que l’on ne sait pas tout et que les prochaines semaines seront bien difficiles pour ces populations touchées! Il faudra certainement une génération pour oublier un tel cauchemar et réparer de si grandes pertes. Dés que mes moyens augmenteront je prendrais certainement un autre enfant en parrainage, je pensais à l’Afrique pour le prochain, mais l’Asie sera certainement sur ma liste aussi. Idéalement j’aimerais avoir assez d’argent pour parrainer une dizaine d’enfants dans le monde. Et je vais aussi donner un peu pour aider ces pauvres gens qui ont tout perdu. Il va s’en dire que comme tout le monde, l’envie d’aider est bien présente…

Je suis pas mal sure que la Terre peut nous écraser comme des pauvres limaces si elle décidait un jour qu’elle en avait assez de nous voir parasiter sa surface. Évidemment y’a plein de raisons scientifiques à toute catastrophe naturelle, mais j’ai quand même tendance à croire qu’il y a aussi autre chose que des explications scientifiques à la vie, mais ceci n’implique que moi! Ce que je réalise cependant avec ce drame, c'est que la race humaine a aussi un instinct de survie très fort et je me demande jusqu'à quel point toute cette solidarité n’est pas provoquée par cet étrange sentiment. Tout comme chaque personne a un instinct de survie, la race en soi doit bien en avoir un aussi!

Je regarde toute cette aide et je trouve cela très bien, c’est plein d’espoir et de compassion, c’est merveilleux en soi, mais je me demande aussi pourquoi il faut de tels drames pour qu’elle se manifeste en si grandes proportions. Il y a des gens pauvres et malheureux à l’année, d’ailleurs le Sri-Lanka est, je crois, l’un des pays les plus pauvres au monde. Tout cet argent que les pays riches ont réussi à accumuler en si peu de temps, pourquoi n’en vois-t-on pas la couleur lorsqu’il faut aider les Africains en proie avec de terribles problèmes de sida, les tchétchènes persécutés depuis plusieurs années et tous ces autres drames humains qui se jouent quotidiennement sur Terre? Pourquoi ne pas essayer d’aider autrui lorsque les choses ne prennent pas une telle ampleur catastrophique? Je l’avoue c’est quelque-chose qui me révolte un peu…

Je trouve cela merveilleux de voir comment une telle catastrophe peut faire rejaillir le meilleur de l’humain et en même temps, je trouve cela un peu malheureux aussi! Ne peut-on être meilleur sans de telles horreurs? C’est évidemment mieux que la guerre qui fait souvent rejaillir le pire des être humains, mais pourquoi ne pas avoir autant de conscience humaine à tous les jours que la planète nous offre? Et je vais arrêter là ce flot de mots engendrés par des maux impossibles à résoudre pour la pauvre pomme givrée que je suis au fond de ma cabane boisée…

...Processing...
Un pied à l'eau...

Beaucoup de personnes cherchent à se représenter l'infini. Imaginez deux glaces ayant les mêmes formes et dimensions, posées en face l'une de l'autre : l'infini est le reflet qu'elles se renvoient.
Francis Picabia

L'homme est de glace aux trésors qu'il possède ;
Il est de feu pour tout ce qu'il n'a pas.
Abbé Aubert

Il n'y a de défaites que celles que l'on a tout seul, devant sa glace, dans sa conscience.
Gustave Flaubert

jeudi, janvier 06, 2005

Matin givré et souvenirs urbains

Le soleil se lève sur une autre journée polaire, plus de – 25 au baromètre! Lorsque que cela dépasse –20, d’une façon générale, j’ai tendance à hiberner en attendant des jours plus cléments. Hier, tout le temps que dura la journée, le ciel était pur, l’air clair comme de l’eau de source et le soleil brillait de plein feux sans une once de chaleur pour nous réchauffer. De la lumière à gogo mais de l’air aussi gelé que croustillant.

Je me tournevers le réconfort de la musique pour tenir le choc de ma réalité polaire. Paolo Conte m’apporte quelques gouttes de chaleur musicale. Je souris avec le soleil qui se lève et je trouve la force pour regarder en face cette autre journée de réalité congelée. Terminer mon contrat de traduction, me préparer à ma dernière session, ne pas perdre Goom dans le dédale de mes horizons, retrouver mes fils de Toile…

Je repense avec bonheur à ces quelques jours à Montréal où l’on effleura zéro jusqu’à le dépasser avec le début de l’année, un vrai cadeau du ciel pour ma fête. Quel bonheur que de se promener dans les rues sans avoir les os frigorifiés! C’est un peu inquiétant pour la planète, reflet de la mère bleue qui se réchauffe?

Alors que je repense à ces doux moments passés dans la grande ville, j’en profite pour faire un petit clin d’œil à Danny, qui nous traita comme des rois plutôt deux fois qu’une! Alors que d’une petite voix douce, les yeux charmants, il me susurrait à l’oreille : «Allez laisse toi aller, c’est les fêtes… » ce qui me permit de me goinfrer joyeusement de ce festin si tendrement offert. Merci Danny de ces mets raffinés pour régaler notre timide palais en ce début d'année...

Une bouteille de Veuve Clicquot pour me faire voir minuit avec des étincelles dans les yeux. Juste assez pour m’amuser sans en être traumatisée, un goût délicat juste parfait pour mes cheveux blancs déprimés! D'ailleurs c'est ce qui me permit de continuer la nuit tout en dansant, insouciante, au fil des moments nocturnes qui défilèrent aux cotés de Ves en beauté. L’anecdote rigolote de la soirée se présenta lorsqu’un voisin perdu se présenta à nos corps ondulants. Pour le titiller, on l’aguiche un peu en s’embrassant gentiment devant sa mine abasourdie, une petite mine aussi saoule que réjouite alors que nous nous éclatons avec un rien de niaiserie féminine. Le bougre enchanté en profita pour ramener ses amis aussi sympas qu’imbibés et c’est sans autres commotions que deux fins de party se mélangèrent en une fin de nuit où se rencontrérent des voisins anonymes et heureux…

Montreal-nuitArtificial-Sun

mardi, janvier 04, 2005

Bonne Année 2005

Cette entrée de mots est un remerciements amical, à vous tous qui m’avez laissé un petit mot de fête et de bonne année alors que ma virtualité s’effaçait dans mon ancienne urbanité. Merci à vous d’avoir donné signe de vie, merci pour ces gouttes d'humanité attrapées au fil de la Toile et merci pour vos voeux chaleureux…

J'aurais aimé envoyer des cartes de voeux, marquer aussi le coup en quelques mots mais la maudite bactérie a avalé mon temps des fêtes, désormais guérie, je pleurniche un peu de n'avoir pu faire ce que j'avais envie et c'est avec une larme de dépit que je réponds publiquement plutôt que personnellement (pour l'instant) ...


Tous mes meilleurs vœux pour la nouvelle année qui je l’espère regorgera de joie, d’accomplissement personnel et de bonheur partagé.

Mes pensées les plus douces à vous qui passez par là, une nouvelle année pour ce petit coin de mots qui j’espère survivra aux tempêtes des jours et de l’esprit…

Bonne année à tous (connus, inconnus, lecteur de passage), pourvu que notre humanité trouve des chemins de paix et de compréhensions et une pensée spéciale pour tous les malheureux que le tsunami a laissé derrière lui…

Lost in the City,
Back into my woods…


Aprés quelques jours d’oubli dans la grande ville, nous voilà de retour sur notre colline enneigée. Comme nous le faisons depuis plusieurs années, nous sommes descendus sur Montréal pour passer le nouvel an avec mon amie très chère Ves (avec qui j’entame une dix-septième année d’amitié)…

Passer le cap de ma trente deuxième année avec elle fut un délice. Ves passera le sien le 13 avril. En mon cœur, c’est une sœur avant tout. Comme d’habitude lorsque je vais à Montréal, en deux temps trois mouvements, je retrouve ces vieux repères de cette vie que je ne vis plus et en l’espace de quelques jours, comme un fantôme qui voyage, je flotte dans les limbes du temps. Je retrouve mes habitudes urbaines oubliées. Subtilement je change de peau, je laisse, quelques instant, celle que j’ai aujourd’hui de coté, je déconnecte de toute virtualité, je me laisse glisser dans mes douces et amères Montréalités…

Certaines personnes vont à la campagne pour débrancher, comme toujours à contre courant, il n’y a rien comme une bonne mégalopole pour déconnecter ma pomme! Le bonheur de m’immerger dans une réalité de gens dans ma tranche d’âge, souvent artistes, souvent différents, toujours accueillants…

Alors que je savoure le dernier jour de mon inconscience citadine, Ves me demande au détour d’une conversation :

- Mais quand tu vas rentrer, cela va te prendre combien de temps pour résumer la fin de semaine et la nouvelle année sur le blog?
- Heu, je sais pas trop, disons que mots et photos, environ quatre heures peut-être! Si je raconte en plusieurs textes nos moments passés, ça dépend de ce qui va sortir, au moins trois heures, les photos ça peut être long…


Ves écarquille les yeux et s’exclame :

- Mais c’est pire qu’avoir un chien que tu dois promener 3 fois par jour!

J’éclate de rire devant le parallèle qui n’est pas si fou ! En effet Ves qui avait pour les fêtes la garde de Chico ( l’amour canin de Ro’ partie fêter à New-York) était complètement gaga devant la petite chose sur quatre pattes. Myself, i’m more of a cat person and i have to admit that i only love Chanelle! J’observais leur petite routine sans pouvoir m’empêcher de trouver qu’avoir un petit chien de même, c’est quand même bien de la job! La remarque innocente de Ves permit à mon esprit d’imaginer une sorte d’animal domestique virtuel que je nourrirais de mon sang, de mes mots, de ma réalité et de mes divagations imaginaires, un truc qui doit manger régulièrement, un étrange parallèle qui marqua ma tête de linotte avec les premiers jours de 2005…

De retour en mes pénates, je reprends ma routine campagnarde, un peu rouillée des excès de la nouvelle année, des photos plein mes dossiers, l’esprit calmé et plein de mails et de travail à rattraper! C’était vraiment un bon début d’année 2005 empli d’amitié, de bombance, de partage et de rires, un zeste d’urbanité et mon homme fasciné par la grande ville illuminée…

Dancing-QueenMagnetic-skull-IIChampagneAround-3pmNew-Year's-partyVes-in-the-Kitchen

jeudi, décembre 30, 2004

Je revisite cette histoire déjà gribouillée une nouvelle fois pour la polir et la maîtriser davantage. Goom redémarre ainsi, en cette période des fêtes, un autre tour de manége imaginaire...

Goom (Épisode un)

Au fond d’une forêt dense, aussi sauvage qu’ignorée des hommes, vivait un ogre noble. Goom avait des pieds aussi longs que trois péniches, massif, gentil, différent, il était ce que les autres ne sont pas. Au cœur de sa forêt sacrée, les arbres majestueux étaient des villages animés, aussi gigantesques que des gratte-ciel naturels, leurs troncs servaient de maisons pour les familles du pays d’Ogronum. Parfois Goom se souvenait avec douceur du temps où il vivait encore avec les siens. Désormais, bien caché à la frontière de la contrée des gnomes maudits, sa maison posée au bord de la rivière damnée, il habitait là où aucun ogre n’osait aller…

Depuis quelques siècles déjà il vivait une existence de reclus, il existait principalement grâce à ses souvenirs chéris. Il subsistait avec peine, sans y réfléchir, ne sachant quoi attendre de sa vie, il flottait au gré des jours améliorant son domaine de mille petites choses sans importances. Souvent lorsque la lune devenait mauve et qu’il entendait chanter les grenouilles venimeuses, il se repassait en boucle ces instants qui, malgré lui, déterminèrent cette existence solitaire.

Tout s’était déclaré si vite, en quelques lunes seulement toute sa vie avait été bouleversée, ruinée, déchirée par cette soudaine sensation qu’il ne comprenait guère. Il se rappelait pourtant très bien de ce matin si différent où il se réveilla pour ne plus jamais être le même….

C’était le lendemain d’un énorme banquet qui avait fait vibrer la forêt durant toute la nuit. Il se souvenait encore très bien de sa dernière bouchée. Imbibé de liqueur d’abeille, il avait erré jusqu’aux baraquements des garde-manger et sans s’en rendre compte, il avait croqué cette petite Kaelle qu’il connaissait si bien. Cette petite Kaelle, pas très belle, lui avait laissé un drôle de goût aigre sur le palais. Un goût amer, désagréable, définitif! Un goût qui lui avait envahi toute la bouche comme une étrange maladie. Avec le temps passé, il avait réalisé que c’était certainement ce soir là qu’il avait perdu le goût de la chair humaine. Pire encore, c’est certainement à partir de ce soir là que celle-ci avait commencé à le dégoûter profondément. Après avoir jeté les restes de la petite dans la fosse à poubelles, il était retourné se coucher sans se douter de ce qui l’attendrait le lendemain.

Ce matin là, il se leva plus tard qu’à son habitude et prit le chemin des cuisines pour surveiller le bon travail de ses apprentis. Il ne se sentait guère en forme. En passant devant les garde-manger, l’odeur des enfants frais et en santé lui donnèrent la nausée. C’est la mine bleuâtre qu’il rencontra son frère Tsum sur le pas de l’énorme salle à manger. Pratiquement tous les Ogres et Ogresses de la région étaient déjà partis pour l’autre dimension. La fête allait se dérouler sur plusieurs lunes et il était nécessaire de chasser chaque jour de la chair fraîche. Des bambins, des têtes blondes, brunes, rousses, tout était bon à manger. L’on ramenait aussi quelques adultes mâles pour la reproduction et des femelles pour renouveler l’élevage car celles-ci étaient réputées pour leur chair savoureuse et juteuse. Elles étaient abondamment cuisinées durant les périodes de fêtes.

Normalement Goom vivait ces périodes fastes dans une sorte de transe joyeuse mais ce matin là après avoir discuté un peu avec son frère, il ne se sentait pas à son aise, il décida de retourner se coucher jusqu’au retour des habitants du village.

Au soir tombé, lorsque Goom sortit de sa chambre pour rejoindre sa famille sur la place où se tenait un autre banquet gigantesque, l’odeur des dizaines de corps en pleine cuisson, la vue des gigots marinés lui devint vite insoutenable. Il commença à vomir sans pouvoir se retenir, à pleurer, à frissonner. Tous les Ogres du village le regardaient, bouche bée, ne sachant que faire devant une telle situation. Les énormes pieds de Goom semblaient danser et martelaient le sol en une cadence effrayée, il suffoquait de tout son être et personne n’osait l’aider. Il se releva un instant, péniblement il arriva à se tenir debout, mais en un incroyable hoquet qui fit frémir les feuilles et les plantes, il s’effondra sur un plateau d’enfants prêts pour le four qu’il broya en une énorme purée dans sa chute inconsciente.

Ses frères le portèrent jusqu’à la cabane éloignée qu’ils possédaient prés de la rivière damnée et retournèrent festoyer. Le jour d’après, le village commençait déjà à oublier l’esclandre étrange de Goom. Les Ogres possèdent une mémoire incroyablement courte. L’instinct les guide plus que la pensée et en quelques jours seulement Goom s’effaça simplement de la mémoire collective au grand soulagement de ses plus proches parents, très inquiets de voir diminuer le respect de leur lignée pour les générations à venir.

Ainsi vient la neige après le feu, et même les dragons ont une fin.
J. R. R. Tolkien

Dans le style le plus simple, que la phrase soit vierge, on veut une neige fraîche où personne n'a encore marché.
Jacques Chardonne

Peut-il y avoir sur terre un endroit où les choses sont à l'envers, où les arbres poussent vers le bas tandis que la pluie, la grêle et la neige tombent vers le haut? L'idée folle selon laquelle la terre est ronde est la source de cette légende imbécile.
Lactantius Firmianus

mercredi, décembre 29, 2004

Le "frette"

Ce matin, je suis tombée sur ce petit texte léger et coloré d’intonations locales qui m’a mis du baume au cœur tout en me faisant gentiment rigoler, et puis dans le fond, c’est aussi ce que je pense si j'y réféchis un peu, le frette c'est pas si terrible! Même si je l’oublie aussi lorsque je congèle de la tête aux pieds et que je bronze seulement derrière mes fenêtres...

Extrait: "Nous, on n'a pas besoin de bombe atomique pour nous protéger, une vague de froid, ça vaut bien des armes de destruction massive. Je vous le dis, le frette, c'est la paix. La sainte paix." ...texte de Stéphane Laporte...

L’homme, la machine et la coccinelle

Alors que l’on pensa se faciliter la vie, le jour prit des saveurs citronnées et le tout se complique. Depuis que l’homme a ramené sa nouvelle bête à la maison, celle-ci accumule les caprices, avant même de commencer à travailler elle refuse d’obtempérer! Premier retour au magasin quelques heures après achat, arrivés devant le technicien tout marche normalement, l’on avale notre frustration et l’on repart. A peine rentrés en nos pénates, le même problème revient et ne part plus, le truc se met en hibernation (mode veille prolongée) et refuse de fonctionner!!! L’homme fruste et blanchit! Après plusieurs téléphones, une seule évidence, il faut la retourner une deuxième fois en moins de 24 heures! Manifestement il a du tomber sur un citron! En lisant les politiques de garantie, il y’a même une option pour les cas de ce genre! L’homme est « en criss’ » comme on dit par ici, il fulmine et je ne peux qu’opiner devant cette malchance qui l’accable. Meilleure chance la prochaine fois!!! À suivre…

Une minie tempête a laissé derrière elle un petit vingt centimètres de neige légère comme l’air. Chanelle qui vient me visiter jusqu’à en découcher semble vouloir se faire adopter. Elle fait vibrer mes cordes sensibles sans que je ne puisse y résister. L’on sort toutes les deux dans le « frette » et la voilà qui s’amuse comme une folle tandis que je gèle sur place! C’est très joli et il y aurait sûrement de superbes photos à faire mais un simple dix minutes exposée aux vents du lac et cela refroidit toutes mes envies. Je grelotte et retourne me terrer en ma tanière chaude et confortable. Cette bactérie qui m’a aspiré la vie la semaine dernière semble m’avoir laissée sans résistance contre les –20 qui sévissent tout autour de la maison. Une coccinelle se promène au soleil de mon salon, je l’observe avec tendresse et me glisse doucement dans le silence de cet instant rare avant de reprendre courage pour une sortie dans la neige qui scintille de mille feux au soleil de midi.

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