jeudi, mars 17, 2005

Le bonheur, quel qu'il soit, apporte air, lumière et liberté de mouvement. « Friedrich Nietzsche

C'est dans le choix que nous faisons de nos pensées que réside notre liberté.
Fox Emmet

Les peuples n'ont jamais que le degré de liberté que leur audace conquiert sur la peur. Stendhal

mercredi, mars 16, 2005

Extrait de Poésie humaine:

"Qu’importe la couleur de sa peau, lorsqu’un homme pleure, ses larmes sont toujours salées. Qu’importe sa culture, lorsqu'une femme saigne, son sang est toujours rouge et de quelque origine qu’il soit, lorsqu’un enfant s’amuse, son rire a toujours la même saveur. Pourquoi haïr ces différences qui n’existent que dans l’ignorance?"

Snow-Creature

Grève générale, la situation semble s’envenimer. Grosse manifestation à Montréal. Même mon programme est en gréve aujourd'hui! J’écoute parler le ministre, cela ne me rassure point. À suivre…

Ma cabane continue de se faire ensevelir sous des couches de neige bien fraîches. Le ciel se conjugue douloureusement avec le paysage. Les températures remontent et les flocons tombent toujours. Autre grosse journée de travail. Jongler entre traduction, rédaction et écriture sans se brûler le cerveau. Un petit texte sur le racisme à pondre pour lecture demain soir. Un thème qui me tient à cœur et que j’espère ne pas charcuter! D'autres travaux "à clancher" en silence. Le petit écran en couleur donne des nouvelles du front étudiant. Dans ma bulle crayeuse, j’ouvre grand les yeux…

lundi, mars 14, 2005

Réveil de conscience

GrévisteTambour-de-grève

Depuis quelques jours le campus est en ébullition. La grève est à nos portes, les unes après les autres les assos étudiantes organisent des assemblées générales pour déterminer qui se mettra en grève. Depuis quelques jours, je regarde les choses aller plus amusée que consciente. À environ de 5 semaines de mon diplôme, je regarde les évènements se multiplier sans vraiment m’impliquer. La cause est des plus justes, je suis moi-même touchée, première sur le front des victimes, coupée par la nouvelle réforme décriée. Je suis heureuse de finir cette année et il est plus facile de ne pas tant m’en préoccuper. J’appuie moralement la révolte qui gronde sans rien faire d’autre que de prendre en photos quelques actions dispersées. Puis, ce matin, la grève est arrivée dans ma petite bulle d’égoïsme…

Après un examen en matinée, j’entends couler les rumeurs d’une assemblée générale de l’association de traduction. Pour la première fois, je me pose sérieusement la question : « Est-ce que je veux la grève oui ou non??? » Mon premier réflexe n’est pas favorable, je discute avec des gens à droite, à gauche et si tout le monde se rejoint sur l’injustice de la réforme, peu se prononcent en faveur d’une décision qui risquerait de bouleverser nos vies. Personne n’a envie de se voir prolonger une session qui se doit d’être finale. Pour ces mêmes raisons, je penche pour dire « non » à cette grève étudiante.

Dans le fond de mon cerveau, je me souviens des deux grèves différentes que j’ai déjà traversées depuis que j’ai commencé ce programme de traduction. Première année: grève des professeurs qui nous paralysa durant plusieurs semaines. Je me souviens de mon écœurement à savoir que ceux-ci étaient payés même s’ils faisaient grève alors que je devais payer des cours que l’on ne me donnait pas. Des cours que je n’ai jamais eu puisque lorsque repris la session « in extremis » les profs ont condensé la matière pour ne pas avoir à prolonger la session. Je me souviens m’être dit que le service à la clientèle n’était vraiment pas excellent! Puis les mois ont passé et j’ai continué de cheminer sur cette route d’instruction. La deuxième année se passa sans anicroches ( si l’on oublie le fait que Juan se cassa le cou à la rentrée. 1 an de convalescence et beaucoup de chance). La troisième année nous eûmes droit à la grève des chargés de cours. « Refelemele comme en 40 » comme ce fut le cas avec les profs, cela dura quelques semaines et cela s’arrêta juste avant que l’on ne perde la session. Les cours furent condensés, encore une fois l’on en eut pas vraiment pour notre argent, mais bon j’étais depuis habituée aux vicissitudes de l’université! Mon écœurement fut moindre d’autant plus que leur combat comportait certaines vérités qu’il me plaisait de voir défendues. Les mois passèrent. Septembre dernier me rendit verte de rage un long moment aprés que j'eus compris cette nouvelle réforme venue me croquer la pomme, mais le quotidien me rattrapa et l’envie de finir emporta tout sur son passage…

Depuis quelques jours, je regarde se faire la grève sans trop y penser, sans vraiment m’en préoccupée. Ce matin, j’écoute parler les gens et pour la première fois me penche sérieusement sur le problème. J’entends quelqu’un dire : « De toute façon comme j’ai quasiment fini et que je suis de nature égoïste même si la cause est juste, je vais sûrement choisir la solution égoïste

Je descends les escaliers vers la cafétéria, cette petite phrase innocente se faufile entre mes idées, me bouscule les pensées, s’incruste jusque dans mon cœur. Je sens un malaise remonter le long de mes veines. Je sens que mon avis est subtilement en train de changer. Je rencontre d’autres gens qui finissent aussi en mai et toujours revient cette même réflexion, puisque l’on est si proche de la fin on va pas se faire chambouler la vie pour rien! Je regarde les étudiants en grève du coin de l’œil, je souris à leur marche passionnée accompagnée de chants et tambours. Un fille me demande :

- Et toi, tu vas voter quoi finalement?
- Ben tu sais, j’ai entendu ce matin quelqu’un parler de choisir la solution égoïste et comme je n’ai jamais aimé être égoïste, je crois que je risque de dire oui à la grève…

La notion d’égoïsme réveille quelques âmes qui opinent du chef en silence. Une jeune fille qui respire le cash à plein nez m’explique qu’elle ne votera pas « oui » car il est hors de question qu’elle prenne le risque de perdre sa session! Je lui demande : « Mais es-tu concernée par la réforme, est-ce que tu en touches? » Elle me répond vivement qu’elle n’en a pas besoin alors ce n'est pas vraiment ses oignons! Elle est d’accord avec le fait que ce n'est pas juste pour les autres mais bon!!!

C’est l’heure de l’assemblée, je retourne dans ce même amphi que je viens de quitter. L’ambiance concentrée de l’examen a laissé place à l’agitation de cette mesure exceptionnelle. Je m’assois sur une table et regarde la faune autour du moi. Une jeune étudiante au programme d’Histoire est sur le devant de la scène. Elle commence à nous expliquer ce que veut dire la grève en quelques mots calmes et posés: Depuis un an, plusieurs associations étudiantes font des pieds et des mains pour se faire entendre du gouvernement sans retenir l’attention, c’est pourquoi l’on en est arrivé là! Même si ce n’est pas la meilleure solution, toutes les autres ont échoué et c’est comme cela que s’est déclenché ce mouvement de grève générale. Sur le campus de Laval un étudiant sur trois est touché. Sur l’ensemble de la province, 85 000 étudiants ont déjà pris le pli de la gréve avec l’espoir que le nombre fera la force. Il paraît que cela coûterait plus cher au gouvernement de rallonger une session que d’annuler ces coupures injustes qui visent principalement les étudiants les plus pauvres. Elle explique que dans toute l’histoire du Québec, il y eut 7 grèves générales de la population étudiante et jamais l’on annula une session. Ce sont des paroles que l’on se dit pour se faire peur mais cela n'est sont encore jamais arrivé! Après la jeune fille calme posée, un étudiant à lunettes prend le devant de la scène et commence ainsi :

- Alors moi je suis en première année, je suis sur le régime des prêts-bourses et je suis contre la grève car je ne veux absolument pas perdre ma session! C'est clair que je ne prendrai pas le risque de perdre une session que j'ai payé…

Je sens mon sang bouillir doucement. Une petite voix s’exclame dans ma tête : « Quoi! tu es en pleine sur la ligne de front et tu as pas plus de couilles que ça pour défendre tes droits!!! » Il enchaîne :

- De toute façon au Québec, c’est là où on paye le moins cher alors pour ne pas perdre ma session, je suis prêt à me sacrifier pour me rendre au même point que les autres provinces!

Je manque de m’étouffer : « Ben voyons, essaye surtout pas de protéger tes acquis le gros! ». Je sens mon sang bouillir dangereusement, je sens monter la révolte en même temps que ce malaise de me retrouver au milieu de ce troupeau d’individualistes pas capable de voir plus loin que le bout de leur nez, que les limites de leurs petits bulles d'existences paisibles. Je sens monter la nausée…

Une "vielle peau" dans l’assemblée appuie ce point et je manque d’exploser devant une telle sensation d’individualité. Je ronge mon frein et vais voter « oui » sans plus me poser de question. Ma conscience sociale s’est d’un coup réveillée et je ne ferais certainement pas partie de ce troupeau de moutons qui se laisserait ‘manger la laine sur le dos’ sans même se rebeller. J’ai le sang qui bouillonne comme un volcan prêt à rugir! D'étranges sensations me chauffent les neurones et je ne peux m’empêcher d’apostropher la "vieille peau" sur le chemin de ma sortie. Je regarde son petit sac à main, son air rangé et alors qu’elle m’empoisonne de son égoïsme fier, je rassemble toute mon énergie pour ne pas lui donner un coup de boules! Je n'en reviens pas de la violence de mes émotions. Elle me dit :

- De toute façon la grève ne changera rien!
- Et rien faire ne changera rien non plus et là au moins on en est sûr!

Oh! Lala que je suis en criss’ (colère noire)! Je sens jaillir en moi la révolte, je la sens qui m’emporte, je contemple la femme âgée d’un regard méprisant avant de me sauver pour ne pas exploser! Cette individualité de masse me choque profondément! Comment tout le monde peut-il être d’accord sur le fait que les coupures ne sont pas justes et ne pas ressentir le besoin d’agir. Et lorsque tu es touché de plein fouet, décider de ne pas agir, n’est-ce pas la solution la plus lâche possible? Et même si tu ne l’est pas, n’est-il pas possible que tu essayes de te mettre dans la peau de ton voisin de table juste deux petites minutes?

Je n’en reviens pas! Est-ce si difficile pour la majorité de ressentir une once de compassion, un zeste d’empathie! Est-ce si difficile de voir plus loin que le bout de son nez ? Parce-que si on y pense à long terme: moins l’éducation est accessible à tous et plus la société s’appauvrit intellectuellement! Pour le bien de tous, ne vaut-il pas mieux que les pauvres aient aussi le droit d’étudier si telle est leur volonté (sans s’endetter à l’os)? Comment peut-on hypothéquer l’avenir de cette portion de la population sans penser que dans le grand schéma des choses tout le monde y perdra de toute façon???

Je vais me cacher au fond de la bibliothèque histoire de calmer mes passions. J’appelle Maitre Gwido caché au fond de sa tanière urbaine. Je lui résume la situation, me défoule un peu sur une oreille amicale, je sens à peine baisser la pression de ma révolte éveillée. Il me dit : « Ben tsé, les étudiants en anthropo, socio et sciences-po, on leur apprend à réfléchir, alors c’est normal qu’ils aient une conscience sociale! »

Je macère sur cette idée qui n’est pas folle alors que je vais rejoindre Juan qui m’attend pour rentrer. En chemin, je rencontre Steph et Ève, évidemment la discussion tourne autour de la grève. Elles ont raté l’assemblée, je leur résume la situation, je suis pompée et elles rigolent de me voir si énervée! Elle reconnaissent la vieille peau que j’ai apostrophée pour une chiante de leur année. Elles m’expliquent que celle-ci a mari et enfants, elle vit dans un bungalow de banlieue et qu’elle se résume très bien à sa petite bulle! Voilà qui ne m’étonne pas pour un sou! Comble de malheur alors que je leur parle de mon dégoût de ce gars de première année qui vint expliquer à la ronde sa petite individualité, je le vois arriver droit sur nous, je m’exclame : « Mais c’est lui! » Il me sourit et me répond, fier comme un coq : « Oui, c’est moi le capitaliste! ». C’en est trop, j’éclate :

- Et bien laisse moi te dire que je trouve ce genre de discours honteux!

Je le regarde droit dans les yeux et me répète! Il prend la mouche et me dit :

- Je te juge pas, alors tu n’as pas le droit de juger!
- J’ai le droit de dire ce que je pense et je trouve que c’est une honte que de penser ainsi!
- Tu n’as pas le droit de me dire cela, je ne te traite pas de communiste!
- De un, je vois pas le rapport, de deux, tu te proclames capitaliste, tu craches sur tes acquis et j’ai tout à fait le droit de dire que je trouve que c’est honteux après ton discours de tout à l’heure!

Il prend peur, je le comprends, je me sens légèrement enragée! Je me retiens de l’agresser davantage en lui disant qu’en plus je le trouve lâche et que je me demande bien s’il a des couilles dans son pantalon! Je sens la furie me chauffer les veines. Je respire par les oreilles. Il rejoint le local en me lançant en regard sombre. Je sors dehors respirer l’air froid pour ne pas m’étouffer de révolte intérieure. Une seule notion résonne en mes neurones électrocutés: « Conscience sociale ». Je ne pense pas que cette notion ne se soit jamais dessinée avec autant de clarté en mes idées…

Histoire-de-grève

Une jolie fille fume une cigarette, je me tourne vers elle et gentiment lui demande son avis sur la chose. Elle me répond le discours habituel d’égoïsme ambiant. J’essaie de racheter un peu de mon karma en discutant calmement avec elle, je lui expose ces points qui me révoltent. J’entends les mêmes préjugés qui m’énervent. Ces mensonges qui veulent faire croire que les étudiants sur les prêts et bourses vivent comme des rois! Je n’en peux plus d’entendre ou de lire pareilles conneries. S’il y en a certains qui profitent du système, ce n’est pas la majorité et je suis bien placée pour savoir qu’avec 9000 $ par année, tu es bien loin sous le seuil de pauvreté! Je suis bien placée pour savoir que certains jours, il n’y a pas gros à manger! Je me colore la vie en rose avec mes petits moyens conjugués à une grosse dose d’espoir, une recherche de savoir. Je connais beaucoup de monde qui vivent de façon pas mal plus misérable que moi! Que dire du petit gars de Limoilou qui aurait le goût et les capacités d'étudier? Ou de l'adulte sur un retour d'études qui lâche tout pour s'instruire? Ne désirons nous pas une société instruite? Ne creusera-t-on pas avec cette réforme le fossé entre les riches et les pauvres? N'y aura-t-il plus que les riches qui pourront étudier? Avec surprise je l’entends me dire : « Tu sais, c’est pas con ce que tu dis, c’est vrai que je n’avais jamais pensé de cette façon et maintenant qu’on en parle, je me rends compte que je fais pas assez attention au tout ».

Je vois Juan arriver. Je la remercie de cette discussion civilisée et j’embarque dans l’auto, je suis encore chauffée à bloc! Juan rigole de me voir toute excitée. Il sourit devant l’éveil de cette conscience qu’il contemple avec douceur. Les kilomètres défilent alors que je m’exprime. L’on arrive dans le silence de notre village cossu. De retour dans ma bulle, je laisse mon clavier avaler ma révolte sourde…

dimanche, mars 13, 2005

samedi, mars 12, 2005

Sentiments flous

Lorsque l’on se cherche trop dans le regard des autres, l’on y perd des morceaux de son âme. Poser un regard juste sur soi-même est un exercice aussi périlleux que complexe. Un exercice qui demande la concentration de l'esprit en son entier (et des années de pratique acharnées). Ainsi, il est nécessaire de toujours faire bien attention à ne pas se laisser dévorer l'âme fragile par l'enthousiasme ou la haine d'autrui..

Avant toute autre chose, je voudrais m’éteindre avec une vision claire de ce que fut ma vie sur Terre...

Pêchés sur Flickr

Quelques gouttes d'encre, de rêve et d'espoir...




Dreaming...

vendredi, mars 11, 2005

Déconnectée…

After-the-stormAt-the-end-of-my-street

Ce matin, Juan regarde flotter les flocons par la fenêtre, les vitres sont bien givrées, il se demande quelle peut bien être la température aujourd’hui et allume la télévision. Depuis des jours, cela tourne autour de –20. De quoi prendre un avion pour le Sud sur le champ! Ah! Si seulement nous avions quelques sous pour fuir cet hiver qui s’acharne sur nos jours! Cet hiver capricieux, qui à l’aube d’un printemps, décide ne nous geler le sang. Je suis proche de déclarer forfait! En phase avec la nature, mon corps souhaiterait hiberner jusqu’au retour de la verdure! Juan allume la télévision. Mais l’écran couvert de neige fonctionne étrangement. Il m’appelle :

-Dis Etol, ça marches-tu la TV dans la chambre?

Je rampe sur le lit pour tourner l’antique roulette et l’écran s’allume sur un écran noir bredouillant des spasmes d’images. Je change de chaîne et ne voit plus que des parasites bruyants et tordus.

- Nope, ça marche pas ici! T’as bien envoyé le chèque pour l’abonnement?

Je le rejoins dans la cuisine. Mal réveillé, il me répond :

- Oui, je suis certain, c’est parti y’a au moins 15 jours!
- Ah! Alors si on est pas coupé, y’a peut-être eu une panne d’électricité! Parfois ça fait sauter le câble!
- Pourtant tout marche correctement! Je suis en train de faire le café!

Je décroche le téléphone à coté de moi. Un silence pénétrant me répond. Plus de tonalité dans mon combiné! À cet instant présent, je commence à paniquer légèrement :

- Mais!!! Comment ça! Y’a plus de téléphone! Comment ça y’a plus de téléphone?!? Y’a jamais plus de téléphone!!! Oh! My God!

Juan me regarde pas vraiment bouleversé. J’allume son portable. Il me dit :

- Ben si y’a plus de téléphone, comme ça passe par la ligne, y’a sûrement plus d’Internet non plus!
- Ben, on a pas le câble?
- Non, on est DSL, ça passe par la ligne téléphonique!
- Ben là! On est complètement déconnecté! Pas de tv, pas de téléphone, pas d’Internet! Si ça se trouve la planète a explosé et on le sait même pas!

Il me regarde en souriant.

- Ben, au moins on a toujours l’électricité!
- True! Mais c’est ce qui est le plus étrange! D’habitude c’est des coupures d’électricité pas de téléphone et de câble! Tu veux pas aller demander au voisin, si c’est pareil pour lui?

Il tergiverse deux minutes, mais bon mari qu’il est, il finit par braver le froid pinçant pour rassurer son épouse irritée. Il revient dix minutes plus tard et confirme que toute la rue semble dans la même situation! C’est étrange de se retrouver sans téléphone dans ce monde moderne auquel nous ne faisons plus attention! Ce n’est pas aussi stressant que de se retrouver sans électricité, mais cela reste quand même perturbant…

Juan plus dépité qu’autre chose de ne pas savoir la température extérieure se prépare à partir en ville. Au moment où il sort dehors, Mademoiselle Chanelle apparaît sur le perron! Elle rigole en me montrant ses petites dents de devant, cela faisait au moins quatre jours que je ne l’avais pas vue! Chanelle entre, Juan s’en va…

J’essaie d’oublier que je suis déconnectée mais le mystère de la chose n’arrête pas de me hanter. Troublée, je n’arrive guère à me concentrer. J’en profite pour lire ce livre que je voulais finir. J’entends frapper à la porte. Vivi, maîtresse officielle de Chanelle vient voir si sa chienne est là. Elle s’assure que j’ai bien enregistré que j’en avais la garde légale pour toute la fin de semaine car la petite famille part en voyage. Comme elle habite sur la rue d’en face, j’en profite pour me renseigner sur cette situation de câble et téléphone absents:

- Pis, t’as-tu le câble chez toi?
- Non, ni câble ni téléphone! C’est à cause de l’autre bizarre à l’autre bout du village!
- Le bizarre?
- Oui, tu sais la maison au coin de la rue du carrefour avant la côte! Celui qui a toujours des trucs à vendre devant chez lui!
- Oh! Lui! La maison qu’a l’air toujours en semi-construction. Celui qui a son propre tracteur pour déneiger son entrée!
- Ouais, celui qui se construit ses cabanons maison! Ben imagine-toi que l’un de ses cabanons a pris feu!
- Non!!!
- Ouais, pis je comprends pas pourquoi mais cela a fait sauter tout le truc, y’a 10 camions de Bell devant chez lui, personne sait trop bien comment cela s’est passé! Mais il a fait sauter toute la patente!
- Hein!?! J’en reviens pas, tout ça à cause de l’autre weirdo qui a fait flamber son cabanon???
- Oui, on est 3000 mille touchés! Nous autres et le village en bas!
- Ben voyons! C’est débile! Y savent-tu quand ça va repartir?
- Non, mais je te dis c’est plein de camions de Bell, je suis passée devant avant de venir, pis c’était la grosse foire!

Vivi repart chez elle. Je reste seule avec le chien et les chats. Rassurée de savoir l’origine du problème, impatiente de le voir réglé! Au bout de quelques heures, le câble renait sur les écrans de ma cabane ensevelie sous des montagnes d’hiver. Un soupçon de normalité retrouvé. Je finis ce livre que je ne suis vraiment pas sure d’avoir aimé. Tourner autour des imperfections humaines m’ennuie. Si c’est pour farfouiller comment nous sommes tous à moitié tordus, pervertis et avides de mensonges, pas besoin de lire 300 pages pour m’en rappeler! Le désespoir, la perversité, l’infidélité, le cul, l’astiquage de nombril, toutes ces notions à la mode me saoulent dès que je dois les avaler par phrases entières couchées sur papier. Tant et si bien que j’en viens parfois à me dire que je suis tout à fait archaïque ou complètement hors série! Au moins, ce petit carnet de discipline et de vents me tient un peu à la page! Un aspect que je n’avais jamais réalisé jusque là. Ce qui peut paraître étonnant c’est que je peux être la première à choquer les oreilles prudes dans les discussions qui tournent autour de ces tons de société. Mais les explorer par l’écriture ne me tente pas pour trois milliards de sous! Je préfère encore m’enivrer avec une bonne dose de surréalisme, ou mieux encore, me perdre aux frontières de la quatrième dimension…

Les images défilent dans le petit écran de nouveau vivant. La tonalité du combiné, elle, se fait toujours attendre. Le génie du ménage me fait la grimace. Les mauvais anges se fendent la gueule. Je prends l’un des pains qui traînent sur ma planche de travail et l’envoie avec force dans la face démoniaque de celui qui se marre le plus. Il couine et répond avec la force d’une rafale de doutes enrobés de malaises qui me transpercent les émotions. Je lui tire la langue et réplique en permettant au petit génie rose de se glisser sur mon épaule nue. Je le caresse de ma joue et agrippe un chiffon sous le regard indifférent de Pimprenelle qui sommeille.

Urbania

Via Orangekaki, un test mixte visuellement divertissant qui pose ces deux questions:
Quel genre de gars êtes-vous? Quel genre de gars aimez-vous?

L'homme obtient un taux de 65% de "rositude", voici mon résultat:

profil

mercredi, mars 09, 2005

Touchée.

Quelques petits mots reçus par courriel qui me font un bien fou au cœur et à l'âme. Parfois un rien fait du bien. Soupçons de vérité qui m'embaument les idées. Quelques petits mots qui représentent tout ce qui vibre en mes veines: "Je vous encourage à écrire. Écrivez. Écrivez. Écrivez. Ne cessez pas d'écrire. Le livre (le roman) est au terme d'une lutte patiente, amoureuse, courageuse avec soi-même et avec les mots." Merci Marc.

Âme sensibles s’abstenir…

Via Lavomatic, une vidéo insoutenable sur le traitement des animaux et de leurs fourrures. Je n'ai que de la fausse fourrure pour me réchauffer et franchement ma conscience ne s'en porte pas plus mal!!!

Pensées éparpillées

Hier c’était la journée internationale de la femme et j’ai passé cette journée dans un état semi-conscient de remerciements intérieurs. Reconnaissante d’habiter dans un pays qui respecte et protége les droits de la femme. Un pays où la femme a autant de place que l’homme…

Évidemment tout n’est pas parfait, si cela l’était ce ne serait plus sur la Terre que nous habiterions mais au paradis! Et s’il y a parfois des paradis sur Terre, ils cohabitent joyeusement avec des enfers en toutes sortes de quotidiens qui forment cette étrange balance universelle.

Cependant si au Canada la balance penche favorablement pour les femmes, ce n’est pas une généralité terrienne!Tout en ressentant ce bonheur d’habiter une société où ma place en tant que femme n’est ni bafouée, ni dénigrée, je ne peux m’empêcher de penser à tous ces destins de femmes brisées de part le monde.

Soutenez la campagne d'Amnesty International : Les droits humains s'accordent aussi au féminin

L’excision, la burka, la violence, le viol, les mariages forcés, les grossesses difficiles et ces guerres d’hommes qui font tant de mal. Autant de minuscules enfers qui collectivement peignent un tableau terrifiant de ce que cela peut vouloir dire d’être une femme en 2005! Je ne peux m’empêcher de me sentir extrêmement privilégiée en cette réalité québécoise qui me porte. Je connais une liberté rare, j’ai un mari que j’ai choisi, qui me respecte et accepte de bousculer les rôles des genres ancestraux pour que je puisse être heureuse d’exister. Que puis-je faire d’autre en une journée dédiée à la femme que de remercier le ciel de mon sort béni! Et pourtant aussi béni soit-il, il n’en est pas moins difficile et demande une attention et un travail quotidien.

Non, le paradis n’existe pas sur Terre mais certains endroits sont plus confortables que d’autres! Le Canada est pour les femmes, un endroit bien confortable. Même si quand on y réfléchit, il fait assez froid pour que l’on se couvre le corps la moitié de l’année! Certains jours de mois de mars glacial, on en arrive, au détour d’une discussion, à se demander si la burka par –30 ne recèle pas un certain confort. Et si finalement on en garderait pas un exemplaire dans son garde-robe pour ces occasions là! Faudrait quand même enlever le grillage bien que, qui sait? Cela pourrait devenir une protection contre le facteur vent!

Mais je plaisante pour ne pas pleurer! Car le sort de toutes ces femmes rabaissées dans le monde me peine profondément. L’injustice que l’on peut retrouver dans le monde vis-à-vis des femmes me révolte. Parfois tant que j’aurais presque envie de devenir un homme( avec muscles d'acier alimentés par une tonne de testostérone) pour aller combattre sur le front! Mais là je m'emporte un peu! Parce-que bon, aussi libérée que je sois, j'ai bien du mal avec l’idée des femmes au combat! J’ai une impression floue qu’il y a là une trop grande dénaturation de l’état féminin. Même si je sais très bien que je prendrais les armes en deux minutes si la guerre se retrouvait à me menacer sur le pas de ma porte! Je n’aime pourtant pas l’idée que des femmes fassent carrière dans la guerre! Mais je ne puis condamner celles qui le font. Toute femme est libre de choisir le destin de ses jours et si ses choix ne me correspondent pas toujours, tant qu'ils ne me blessent pas, je dois les tolérer et ne pas me laisser emporter par la haine gratuite et inutile! C’est pourquoi même si je ne comprends pas certaines soumissions féminines à l’état masculin, si celles-ci sont réellement prises en toutes connaissances de causes alors je me dois de les respecter. Cependant combien de femmes soumises le sont par choix personnel?

Évidemment, il ne faut pas oublier l’autre coté de la médaille canadienne, ce coté qui force les hommes à s’adapter à une situation nouvelle et délicate. Mon homme parfois se rebelle :

- Tsé, au bureau, j’entends plein de remarques machos! Mais ce qui est le pire, c’est qu’elles ne proviennent pas de la bouche des hommes mais de celles des femmes! Cela me tue! Sans jokes cela me troue le c…! Parce-que franchement c’est pas être égales que de prendre le pouvoir et de faire comme les hommes!
- Oh! Comme quoi d’abord?
- Ben tsé, des jokes genre comme on fait en France, les jokes où le dindon de la farce c’est la femme, les jokes de la blondasse connasse, ici c’est renversé. Genre y’a un con au volant, ben c’est sur que c’est un homme! Le con de l’histoire c’est obligatoirement l’homme! Cela m'écoeure...

Dans ces temps là, je l’avoue humblement, je ne peux m’empêcher de sourire. Il n’aime pas du tout cela et me jette alors des regards noirs. Mais je n’y peux rien c’est plus fort que moi! Je sais qu’il a raison et que ce n’est pas bien, que ce ne sont pas de bons comportements mais je ne peux m’empêcher de penser que cela leur fait du bien de goûter un peu de leur propre médecine, de celle que les femmes ont goûtée durant des millénaires et goûtent encore dans plusieurs parties du monde...

Mais je sais aussi qu’il a raison, la solution n’est pas de se transformer en homme, en brutes, la solution n’est pas de reproduire ces comportements que l’on a bannis! Il faut souvegarder une certaine féminité et laisser la place à cette masculinité nécessaire pour un bon équilibre des êtres. Mais le sentiment de vengeance, aussi laid soit-il est tellement humain! Je ne suis pas sure que je n’y peux rien! Je le refoule mais je ne suis ni un ange, ni une sainte! L’humain est bien loin d’être parfait!!! Si c'était le cas, cela se saurait! Homme ou femme, c’est pas mal le même combat pour arriver au bien...

Avec l’égalité féminine, les divorces se sont multipliés, les familles ont explosé, elles se sont recomposées mais d’une façon générale tout cet aspect de nos vies a été chamboulé, disloqué, éparpillé! Tant de souffrances acidulées! Il y a tant à apprendre de part et d’autre avant de pouvoir composer, ensemble, cette harmonie des genres qui ferait de la Terre un véritable paradis…

Two Women Running on the Beach
Pablo Picasso

Posez un geste concert en envoyant une carte virtuelle aux femmes qui vous sont chères. Un don pour chaque carte sera envoyé à la Fondation canadienne des femmes.