lundi, décembre 31, 2007

happy new year

Bonne et heureuse année 2008...

Aux âmes de passage, à vous qui passez en mon jardin de mots, que cette nouvelle année vous apporte tous les bienfaits que l’humanité peut engendrer à son meilleur. Que la générosité, la gentillesse, la compréhension, et l’intelligence accompagnent vos jours prochains. Que l'année 2008 vous soit douce et paisible. Que l’équilibre en ses multiples facettes règne sur notre si jolie planète bleue.

Je ne peux qu’espérer, avec ce temps de l'année propice aux souhaits, que les tourments de nos sociétés s’atténuent et que 2008 n’empire pas notre cas. Tous en tant qu’être humain sommes capable du pire comme du meilleur. Certains sujets de notre espèce sonnent creux de l'intérieur mais d'autres sont remplis de cette subtile substance qui fait la beauté de nos personnalités. En nos humanités partagées, nous sommes tous égaux devant l'univers, tous avec le même sang qui s'écoule sous la peau de quelque couleur qu'elle soit. Je désire garder foi en cette magie qui nous illumine de l’intérieur, une blanche magie qui a le pouvoir d’éclairer les noirceurs de nos esprits chaotiques. Être humain n’est pas tous les jours facile, mais s’améliorer l’être est tous les jours possible.

Que 2008 fourmillent de possibilités pour que la Terre survive à nos excès de grandeur, à nos vices cachés et à nos orgueils repus. Que 2008 assèche cette méchanceté humaine qui trop souvent assombrit les cœurs atrophiés. Que 2008 soit à la hauteur de nos rêves et à des années lumières de nos cauchemars…

vendredi, décembre 28, 2007

Location,location,location...

Location,location,location... (à prononcer à l'anglaise)

Montreal vibes Montreal vibes

Nichée quelque part dans un quartier chic de Montréal, je retrouve la ville que mon enfant découvre. Il ne m'aura pas fallu plus de dix minutes pour ressentir cette essence urbaine qui est mienne. Cette urbanité que j'étouffe à coups de brousse mais qui rejaillit au cœur de cette ville qui a enrobé toute une décennie de ma vie. Il ne me faudra pas plus de trois jours pour ressentir l'appel de la forêt que j'aime...

Je me ballade sur l'une des veines de ce quartier que je connais sans y avoir jamais habité. Je sens la forêt m'irradier le sang, je ne possède pas la même vibration que ces passants que je croise sur la rue. Je soupèse les regards que j'accroche, je me retiens de sourire le plus possible même si je ne peux retenir ceux qui m'effleurent les lèvres. Je ne baisse jamais la tête devant l'inconnu qui s'efface.

Ro (à prononcer à l'anglaise) nous a prêté son appartement coquet. Ro vit avec Chico, ce petit chien pourri gâté qui est comme son enfant. Ro est partie quelques jours chez son amie Chris. Ro travaille dans le milieu de la télévision. D'origine italienne, elle vit en anglais même si ce n'est pas sa langue maternelle et parle couramment le français. Elle le parle rarement et "relationne" peu en cette langue. Je dois être l'une de ses rares amies francophones, parfois elle cherche ses mots lorsque nos discussions s'enflamment et l'anglais n'est jamais bien loin pour récupérer une idée qui se perd. Chris est journaliste à Manhattan. Elle vit avec son chat Charlotte quelque part dans l'East Village. Ro et Chris cultivent leur affection entre deux frontières. Toutes deux pigistes, elle alternent leurs moments passés ensemble d'une ville à l'autre. Ro va régulièrement à N.Y et Chris passe souvent du temps à Montréal, en couple depuis plusieurs années, elles s'aiment tout simplement. Passionnées de culture et de télévisuel, elles savourent leurs intérêts de citadines en cette harmonie qui est la leur.

Ro m'a gentiment prêté son joli appartement pour que nous puissions profiter de la ville à son meilleur. C'est un geste qui me touche, qui reflète cette humanité qui est sienne. Cette humanité que j'apprécie depuis nos vingt ans. Elle nous accueille avec cette chaleur latine que j'adore. Elle offre à M'zelle Soleil une petite poupée et des biscuits. Lily tombe sous le charme. Elle observe avec curiosité ce nouvel environnement. Ves ne tarde pas à arriver, Ro doit bientôt prendre son bus, nous échangeons des sourires, l'on se serre fort avant de se quitter. Mister K vient rejoindre sa dulcinée. Notre petite comité d'accueil est à l'image de la grande ville multicuturelle. Cela fait du bien de les revoir. Grâce à Montréal, j'ai pu apprendre et comprendre les richesses qui se cachent dans les différences humaines. Montréal m'a grandit l'esprit. J'apprécie ce mélange de cultures que je ne côtoie plus. Désormais je vis en une enclave québécoise qui porte le français sur ses épaules. Une enclave québécoise à l'image du village d'irréductibles gaulois des bandes dessinées de mon enfance...

L'on couche notre petite puce qui sautille. L'on s'assoit au salon et l'on discute comme à nos habitudes. Nos amis partent autour de minuit. Nous errons une petite heure sur le câble. L'un contre l'autre, écrasés sur le confortable sofa, nous nous retrouvons. Vient le temps de se glisser dans la douceur fraîche des draps de Ro. Juan se sent presque gêné. Il faut dire que l'appartement respire la féminité épanouie et rares sont les mâles qui se profilent en ce décor. Chico, le chien de maison, prend ses aises sur le lit. Je me colle contre mon homme qui me serre. L'on s'endort au rythme de la respiration de l'enfant qui rêve.

Je vogue entre deux états. J'écoute la ville qui ronronne en bruit de fond. Je me sens étrangère même si l'ambiance m'est familière. Je rumine. La douceur des draps m'entraînent dans des songes sans images. La petite se réveille la première, elle passe la tête par dessus la barrière de son lit de voyage, elle éclate de rire. Nous sommes vendredi matin. Notre programme des jours à venir est bien rempli. M'zelle Soleil s'adapte à cette atmosphère urbaine avec toute sa joyeuse innocence. L'homme est heureux de sentir vibrer la ville. Je me love en cette petite famille qui est mienne. Ainsi débutent nos vacances citadines qui viendront enrober le passage de la nouvelle année et de mes trente cinq ans conjugués...

mardi, décembre 25, 2007

Joyeux Noël

Joyeux Noël

Quelques mots partagés en une brise matinale, les yeux dans le beurre de peanut qui décore le visage de ma petite fille, j'attrape des soupçons de vie qui flottent dans l'air du temps...

Hier : emballage de cadeaux, cachée bien au chaud du Rétro-Loft, je réfléchis en même temps que je découpe, recouvre, scotche. J'ai les pensées qui s'envolent. Je pense à tous ceux qui n'ont pas notre chance. Je pense à ce monde qui est le nôtre. Je médite et j'emballe. Je suis heureuse.

Émue, aimante, concentrée, sereine. Je suis en phase avec le jour qui se passe. Une jolie lutine a déposé des cadeaux que je joins avec les autres (après avoir récupérer le colis chez le postier). J'en suis comblée! Pas d’outrance, un peu de "fashion" et beaucoup d’affection dans cette cascade de cadeaux qui viendra animer l’enfance de ce petit rayon de soleil qui me réchauffe le cœur blasé…

Je sors de ma caverne « vintage » pour découvrir qu’il tombe quelques flocons. Ils flottent dans l'air qui s'est bien refroidi après une journée de pluie pas des plus jolies. Les flocons aériens tournoient devant mon nez givré. Je sens la magie de Noël m’irradier le cœur. Ambiance d’hiver qui s’accorde avec la fête au détour du jour. J'offre mon visage aux quatre vents. L’homme grogne, je l’enrobe de ma douce humeur, il ne peut s'empêcher d'en sourire. L’enfant se réveille d'une bonne sieste et nous entraîne dans sa joyeuse humeur. Elle chante, elle danse, elle nous fait du bien à l'âme. M'zelle Soleil adore chanter « Petit papa Nowel » (dont elle connaît les deux premiers couplets par cœur), elle chante cette chanson, hum, au moins quatre fois par jour! Elle est restée bloquée sur sa fête d’anniversaire qu’elle réitère à chaque fois qu’elle voit une bougie. Du coup, elle souffle avec une grande fierté toutes les bougies allumées qui lui tombent sous le nez! Heureusement qu’elle se met à intégrer « Vive le vent », cela fait changement…

Premier déballage de cadeaux chez la famille de Tatie Vivi avec qui nous passons minuit comme toutes les autres années depuis que nous nous sommes installés en ce petit coin de brousse. M’zelle Soleil ouvre grand ses yeux pétillants, bien installée sur mes genoux, elle déballe ses premiers cadeaux. Estomaquée devant mon grand Jay (qui n’a plus rien de l’enfant avec qui je faisais les devoirs) déguisé en une espèce de Père Noël du dimanche, M'zelle Soleil ne sait plus quoi penser. Un déguisement assez convaincant pour notre petite puce qui semble croire que c’est bien le bonhomme d'hiver qui vient s'assoir à coté d'elle. Cet bonhomme qui l’intrigue tout autant qu’il l’effraie. Elle s’endort très tard tandis que le grand-père n’arrête pas de remplir nos verres. Champagne à gogo, je sens les bulles m’éclabousser la cervelle…

Nous rentrons avec notre petit bout de chou dans la nuit bien avancée! Ce qui n’empêche pas l’enfant de se réveiller à huit heures! Les parents trouvent bien difficile de se remettre les idées à l’heure. Un petit effort de cervelle embuée et c'est reparti pour un tour! M’zelle Soleil découvre les cadeaux sous le sapin avec un certain étonnement. Elle ne se doutait pas que le bonhomme Noël passerait encore une fois! Sa joie empreinte de pure innocence me fait vibrer de douceur. Notre fillette est bien contente de ces cadeaux qu’elle ouvre d’une main de plus en plus experte. Une fois tous les paquets ouverts, après avoir joué avec son cheval grandeur bambine et son écurie Fisher-Price, elle se lance dans la peinture fraiche. Alors qu’elle barbouille sa feuille de couleurs vives, elle s’exclame toutes les dix secondes « Maissi Papa Noël les peintures! Maissi…» Nous échangeons un regard et nous fondons comme des chocolats dans une bouche gourmande!!!

My creation

Quelques rayons de lumière percent la couverture de nuages grisâtres. Mes amours jouent dans notre lit qui attire mon homme fatigué. La petite le suit en prenant soin d'amener ses jouets tous neufs. J'achève d'écrire ce billet de partage. J'entends leurs rires éclater dans la chambre. Je vais aller me joindre à la partie. Attraper quelques baisers, donner quelques câlins et accrocher avec tendresse ces moments qui font la vie si douce....

My creation

mercredi, décembre 19, 2007

Sage comme une image

Une petite expression populaire qui a traversé les siècles et qui fait partie intégrante de ma culturelle personnelle. Une expression qui prend encore plus dimension maintenant que je suis de l'autre coté du miroir de l'enfance...

EXPRESSION via expressio,fr
« Sage comme une image »

SIGNIFICATION
Calme, tranquille, très sage.

ORIGINE
Si vous regardez bien une image représentant des enfants et si vous êtes un tant soit peu perspicace, vous constatez que, quel que soit ce qu'ils supposés faire, les bambins qui y sont représentés sont complètement immobiles et silencieux. Exactement le contraire de ces 'charmants' enfants qui vous environnent, sur lesquels il n'existe aucun bouton de volume à tourner vers le bas, qui s'agitent dans tous les sens, se chamaillent sans arrêt et multiplient les bêtises et qui, les effrontés, ne craignent nullement vos remontrances. Comment alors ne pas considérer ces enfants muets et immobiles qu'on voit sur les images comme ce qui serait l'idéal du comportement enfantin ? C'est bien ce qui a été fait par ceux qui, doux rêveurs, ont imaginé cette expression au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle.

EXEMPLE
« - Elle a été sage ce soir [la petite] ?
- Oh! madame... comme une image ! »
Eugène Labiche - La fille bien gardée

mardi, décembre 18, 2007

Maman cherche ses mots



- Maman, maman, maman...

Je couche mon brin de soleil pour sa sieste quotidienne après avoir joué dehors avec les fillettes du quartier. Le ciel est aussi bleu qu’il fait froid. Dehors était d'humeur arctique et j’ai senti mes joues se congeler avec chaque sourire. Je me pose devant l’écran blanc. Je soupire. J’essaie de ne pas penser à cette douleur lancinante qui m’envahit l’esprit. Soudain, dans un éclat de soleil se profile une petite créature scintillante, elle virevolte en silence dans l’air de la maison avant de se poser sur le haut de mon écran. Elle me dit:

- Salut Etolane…

Je fronce des sourcils avant de chuchoter :

- Heu, en ce moment c’est le nouveau truc de ma fille, dire « salut » à tout bout de champ! Pourquoi tu me dis ça? D’ailleurs elle ne dort pas encore je l’entends qui papote dans son lit. Je peux pas vraiment te parler où je vais réveiller sa curiosité...
- Mais si tu parles tout bas comme maintenant, elle ne t’entendra pas.
- Non peut-être pas…
- C’est Shni qui m’envoie
- Shni? Le génie du ménage qui ne me lâche pas?
- Oui, il s’inquiète pour toi…
- Pfff, de toutes façons c’est n’importe quoi vos histoires surnaturelles! Tu es aussi un génie? C’est quoi ta qualification?
- Je ne suis pas un génie…
- Ah! Non?
- Non.

Il se tait. Moi aussi. Je n’entends plus l’enfant blablater dans sa chambre. Quelques secondes passent, j’entends à nouveau l’enfant chantonner. La créature est assise sur le haut de mon écran, elle examine la poussière de ma lampe. Son corps nu scintille comme irradié de lumière intérieure. Elle ne doit pas mesurer plus de cinq centimètre. Cette minuscule créature est très jolie, cela change du génie du ménage qui a toujours une drôle de tronche. De but en blanc elle me demande :

- Depuis quand n’as-tu rien publié Etolane?
- Ben, je publie des billets virtuels de façon régulière.
- Ne t’amuses pas de moi, depuis quand n’as-tu rien publié de papier?
- Bah! C'est pas si drôle après tout un blogue voit passer pas mal plus de lecteurs que la plupart des éditions de papier de la province.
- Mais ce n'est pas la même gloire...
- Je n'écris pas pour la gloire mais pour l'art de la chose...
- Oui bien-sur! Shni m'a fait part de tes particularités! Mais dis-moi depuis quand n'as-tu rien publié de concret?

Je serre des dents malgré moi. Je note que l’enfant ne fait plus de bruit. Je finis par répondre

- Deux ans…
- Tu parles de cette nouvelle qui s’est rendue jusqu’au prix Aurora?
- Oui, tu es bien renseigné mais je n’ai rien gagné…
- Pourtant, avant cette nomination, tu publiais régulièrement des nouvelles, tu as dû en voir une bonne quinzaine sur papier…
- Oui, j’écrivais beaucoup plus que maintenant, j'étais plus concentrée. Maintenant je suis un peu enfermée dans ma bulle de maman. Ma confiance en moi n'est plus la même...

Le téléphone sonne même si je réponds le plus vite possible, j’entends une petite voix s’élever en mon horizon maternel.

- Qui Maman? Qui? Maman qui?

Je raccroche en maugréant. M’zelle Soleil me fait la fête lorsque je rentre dans sa chambre pour lui remettre en tête que c’est l’heure de la sieste. Depuis quelques semaines, elle se développe à grande vitesse et en profite pour délimiter mes limites. Elle se personnifie et s’affirme, ce faisant elle nous entraîne dans les lois de la discipline. Cela se corse un peu. Nous voilà parents pour de vrai! Nous discutons ensemble de cette parentitude qui nous lie, nous nous serrons les coudes et faisons front. « C’est Lily toute seule » est devenue la rengaine de mes jours. Il y a des soirs où cette remarque me donne envie de grimper aux rideaux. Lily décide et Lily « veut ». Elle fait des phrases et explique de son mieux toutes ces volontés qui lui passent par la tête. « Ze veux » me répète-t-elle lorsque je suis lente à répondre à ses demandes. Je me dis que nous passons vraiment une nouvelle étape. Comme ses demandes sont incessantes, je dois apprendre à dire non pour de bon. Je deviens ferme, hausse la voix, use de mes patiences tout en découvrant cette petite personne que j’ai pondu de ma chair! Lily grandit et je ressens parfois un peu de bébé nostalgie…

- Tu devras en refaire un autre…

Je fronce des sourcils en regardant la créature qui n’a pas bougé de mon écran…

- Tu lis dans les pensées?
- Non, je lis du clavier…
- Ah ! je vois, tu es un petit comique!
- Non je suis envoyé par Shni.
- Hum, mouais, scuse j’avais un….

Le téléphone sonne à nouveau, je me précipite sur le combiné. C’est Juan qui m’appelle pour me donner un numéro que je lui avais demandé.

- Ah! tu venais de la coucher je parie!
- Hum, enfin c’était parti pour…

En même temps, M’zelle Soleil lance depuis sa chambre :

- Qui Maman? Qui? Maman qui?

Je raccroche avec l’homme qui aurait quand même pu penser qu’il appelait en plein dans l’heure critique de sa sieste et je file dans sa chambre pour retrouver mon clown de fille déguisée en petite rebelle. Depuis quelques semaines, elle manifeste de plus en plus souvent cette force de caractère qui germe avec l’éclosion de sa personnalité. Je ne peux que constater combien elle ressemble physiquement à son père. Cependant il semble qu’elle tienne de moi de bien d’autres façons, Juan s’en aperçoit et me le fait remarquer. Cela me fait plaisir même si je me doute que je n’ai pas fini d’en voir.

Je persiste à croire que tant que nous lui offrirons un cocon équilibré empreint d’amour et de respect, elle ne nous rendra pas bourriques. Je persiste à croire que dans ces conditions elle s’épanouira selon qui elle est et elle nous acceptera comme nous sommes. Je refuse d’envisager un avenir fait de querelles et de disputes. Alors je me bats au présent pour mon idéal. Je prends en main le cours des disciplines. Je l’écoute et je médite. Je sais que l’on traverse une nouvelle étape « d’enfant-parent », j’ai confiance en ces instincts maternels qui guident mes choix depuis sa naissance. Je n’aime pas me faire d’acier pour ne point plier sous ses charmes et caprices. Je reste un acier souple car je plie quand même de temps en temps. Je n’aime pas cette sensation de rigidité qui vient avec la discipline que l’on doit instaurer. Je n’aime pas mais je le dois. Alors je reprends les pratiques de ma main de fer en mon gant de velours. Je cultive mes patiences. Je continue de beaucoup lui parler, je continue de lui expliquer toute sortes de choses, et pour ne pas perdre pied, je hausse le ton. Je la recouche. Elle ne fait pas de crise, elle est plutôt du style résistance passive. Je reprends place devant mon écran. La créature scintille devant moi, je soupire :

- Comment veux-tu que je me concentre!!!
- Tu dois accrocher cette individualité que tu retrouves à mesure que ta fille découvre la sienne. Depuis quand n’as-tu rien soumis à une maison d’édition?
- Plus de deux ans. Mais je n’aime pas trop penser à ces questions que tu me poses. Cela me fait un peu mal lorsque j’y pense, cela m’angoisse. J’essaie de respecter les cycles de ma vie, d’en accepter les longueurs, je n’ai pas le pouvoir de forcer le destin.
- Mais le destin est tien...
- Je sais que je rentre dans un nouveau cycle. L’enfant grandit, je revis, je vieillis, je sais qu’il est temps que je me penche de nouveau sur mes écrits. Je me décentre doucement de cette maternité surprise qui m’a tant absorbée et fait dévier mes chemins littéraires.
- Alors tu comprends la raison de ma présence?
- Pfff, je sais pas. Mais que sais-tu d’abord de la douleur sourde que l’on ressent lorsque vient le temps de ramasser ses morceaux éparpillés pour les recoller en un soi cohérent? Que sais-tu des souffrances humaines toutes si différentes et pareilles? Que sais-tu des douleurs et des plaisirs de l’écriture?


Un rayon de soleil frappe la créature de plein fouet. Il vibre un instant avant de s’évaporer sans faire un son. Il est bientôt deux heures et la lumière du jour descend rapidement vers la nuit qui l’attend. La nuit qui avale les creux d’après-midi. Je n’entends plus l’enfant dans son lit. Elle semble avoir compris que sa résistance est futile. Le silence m’enrobe. Je vais trifouiller mes entrailles à la recherche de ces histoires qui se cachent dans quelques recoins de ma tête.

Je n’ai pas le temps d’y penser plus de six minutes que j’entends de nouveau M’zelle Soleil en « sieste-résistance ». J’hésite entre la laisser aller quelques minutes encore ou intervenir de suite. Ma concentration s’étiole alors que je cogite les pours et les contres. Pendant que je me triture la cervelle, je l’entends faire la jasette avec passion. Il est temps que j’intervienne. Je rentre dans sa chambre. Elle me chante le premier couplet de « Petit Papa Noël » le hit de la maison. Je fais mon possible pour ne pas sourire devant ses petites comédies. Elle se frotte les yeux fatigués. Sans le savoir elle affirme par ce geste ma position qui commençait à s’ébranler. Elle me demande :

- Prendre?
- Non.
- Descendre…
- Non. C’est l’heure du dodo.

Je la remets dans son lit, elle pleurniche trois secondes tandis que je maintiens ma position. À l’intérieur je pleurerai bien aussi. Je pense aux mots de Juan qui me disent que ce sont des phases d'opposition qui passent comme des vagues. Je garde mon visage de marbre. Elle demande sa sucette. Je lui donne. Elle se tourne sur son oreiller. Elle prend sa doudou en se frottant les yeux qui se ferment tous seuls. Je sors sans un bruit de sa chambre. Je crois que cela y est. Mais je m'y crois trop vite, deux minutes passent et elle m’appelle de nouveau. Je retourne une dernière fois dans sa chambre, d’un ton ferme, la voix dure, je m’exclame :

- Là, cela suffit Lily-Soleil!!!

Son visage se décompose sous l’acidité de mon ton. Je fais des efforts pour garder ma composition autoritaire. Son visage se décompose et j’ai le cœur qui dégouline. Elle se couche seule avec sa doudou devant les yeux. Elle a capitulé et je suis vannée. Je sors de sa chambre. Je m'assois devant l'écran. Le téléphone sonne et je sursaute! C’est le numéro de l’université. Je me dis que c’est Juan. D’un geste énervé je réponds :

- Oui!!!!

Une dame me parle. Elle demande à parler à Juan, c'est pour le travail. Shoot! Je me calme et m’apprête à prendre le message. Je n’entends pas l’enfant se réveiller. Soulagée je suis. La dame me dit :

- Mais c’est qui qui parle?
- Heu Etolane…
- Ah! Etolane, c'est toi! Je savais bien que je reconnaissais ta voix. C’est M…. L... du bureau du socio-culturel! Ah! Alors je replace Juan maintenant!

Ironie ou signe du temps. La dame se souvient clairement du temps où j’étais présidente de l’association littéraire sous son giron. Elle me dit qu’elle est revenue en janvier après avoir quitté sa place il y a deux ans. Je lui explique, en m’excusant de mon ton désagréable, que je venais de coucher la petite et que j’étais un peu sur les nerfs. Je sens des vagues de compréhension m’atteindre. Je suis confuse. Elle en profite pour me tirer les vers du nez. Je lui raconte ma vie. Je ne me souviens plus vraiment de son visage mais sa voix m’est familière. Je lui explique que les années d’avant la naissance de l’enfant s’enrobent de flou. Je lui parle de ma décision de m’en occuper à la maison. Elle m’en félicite. Je ne sais trop sur quel pied danser. Je luis dis :

- Après ce qui m’est arrivé à l’accouchement, j’ai eu la conviction que je voulais être sa maman d’abord. Je préfère me mettre de coté pour…

Elle complète ma phrase :

- pour ne pas passer à coté de quelque chose de précieux, oui tu as raison…

Elle me parle du bonheur de la petite enfance. Elle m’explique alors combien elle regrette la mode de son temps, l’obligation de la carrière, elle me parle de son expérience personnelle. Je l'écoute avec attention. Sacrifices de carrière, sacrifices maternels, d'une manière ou d'une autre la femme se sacrifie. Est-ce-que le sacrifice fait partie intégrante de la nature féminine? La dame me confie qu'elle est retournée au travail alors que son bébé n'avait que trois mois, elle le regrette maintenant. Regretterait-elle d'avoir mis sa carrière en veille? Je n'ose lui poser la question. Elle me parle des temps féministes qui évoluent, elle trouve que c’est bien. Si je me rappelle bien elle doit approcher de la cinquantaine maintenant. Je la sens femme et solidaire. Elle m'explique qu'elle a l'impression de sentir les mœurs changer. Elle pense que c'est moins mal vu de rester plus longtemps à la maison. Je lui rétorque que je ne suis pas sure que les temps changent si vite, je lui raconte l’incompréhension de certains collègues de Juan qui ne comprennent pas ma résistance à faire garder l’enfant. Elle se rappelle de son temps. Je lui parle du mien. Sa voix me rassure, elle éclaircit un passé qui s’englue en mon quotidien maternel. Elle est si gentille, si compréhensive, elle vient calmer la vivacité de mes nerfs. Elle me dit qu’il faut que j’amène la petite à son bureau, que cela lui fera plaisir. Je lui promets d’y penser. Je raccroche légèrement troublée. Je ne sais plus qui de ma fille ou de la vie me fait le plus tourner en bourrique!

Une demie heure plus tard, Raphy passe voir si M'zelle Soleil peut jouer avec elle. Je la renvoie en ses quartiers. Une autre demie heure passe et j'entends gazouiller ma pimprenelle. Calme comme une image, toute ébouriffée de sommeil, elle se pend à cou. Ma petite frisée se fait toute douce. Elle se colle contre ma poitrine, je la serre dans mes bras tendrement. Elle se réveille en me câlinant. Je l'embrasse. Elle est collée à moi comme le bébé qu'elle était il n'y a pas si longtemps, elle se love contre mon coeur. Ces moments là ne font plus légion, j'en profite doublement. Instants bénis d'amour partagé, bonheurs de l'intime, notre complicité est palpable. Elle me sourit et je fonds littéralement devant ma petite merveille. Une dizaine de minutes passent avant qu'elle ne retrouve toute son énergie chérubine. Me voilà alors repartie pour un tour de questions, de répétitions, de parlote et de constatations, me voilà repartie dans le tourbillon de l'enfance qui m'entraine loin des considérations adultes.

Raphy revient changer les idées de M'zelle Soleil, poussée par l'enthousiaste des demoiselles, je me lance dans une préparation de biscuits alors que la nuit est tombée depuis déjà trop longtemps...

patience

Tout pouvoir humain est un composé de patience et de temps. Les gens puissants veulent et veillent.
Honoré de Balzac

Si ce n'est aujourd'hui, ce sera demain : rappelons-nous que la patience est le pilier de la sagesse.
Frédéric Mistral

Bien observés, nos enfants sont pour nous de bons éducateurs.
Pierre Dehaye

lundi, décembre 17, 2007

Après la tempête

Le jour d'après la tempête...

Tableau-d'hiver

Les enfant s'éclatent et animent l'atmosphère congelée. Le voisinage prend vie sous les cris des enfants. Par devoir maternel, je me sors les fesses frigorifiées pour retrouver celles de ma voisine qui traine dans sa luge son bébé bien emmitouflé. Le bébé râle, elle ne tarde pas à la rentrer. Comme à mon habitude, je surveille mon brin de fille qui se mêle à la cohue de fillettes en pleines tribulations hivernales. L'air de midi me pince la peau. Les enfants réchauffent l'ambiance de notre bout de rue oubliée sous la neige. Les joues rosies par le froid, les petites filles plongent dans les joies de l'hiver qui nous enserre le moral de ses griffes givrées.

M'zelle Soleil est contente de se fondre dans la bande. Les chiens sont de la joyeuse partie. Margaux et Chanelle complètent cette petite "gang de rue" en pleine ébullition enfantine. Soupçons de futur qui s'amusent au présent. Je contemple le temps qui se suspend quelques minutes durant...

My creation
My creation

dimanche, décembre 16, 2007

Cogitations nocturnes

Cogitations nocturnes

La nuit tombe et la tempête s’enrage. Toute la journée durant des rafales de vent ont balayé la forêt qui s’enneige. La tempête tourmente la nuit. Un autre trente à quarante centimètres de prévu pour ensevelir nos blanches réalités.

L’air se radoucit un peu, l’on se rapproche des moins dix degrés, l’on s’éloigne de ces -30 dans le vent qui m’ont congelé la journée de samedi dernier. Il a neigé plus de 104 centimètres à Montréal en deux semaines, ceci sans compter ce qui nous tombe présentement sur le nez. Je suis pas mal sure que nous avons eu beaucoup plus de neige qu’à Montréal, au moins quarante centimètres d’extra poudrerie. Les bancs de neige deviennent des murs et ce n’est pas encore officiellement l’hiver!

Médusée, je regarde la nouvelle saison engloutir la précédente que l’on oublie un peu plus avec chaque bordée. Cet hiver promet de belles longueurs. Dans ces conditions, le réchauffement de la planète devient plus abstrait, ici le climat est si fort, l’on s’y sent si petit que l’idée que l’on puisse avoir tant d’influence sur notre environnement est presque surréaliste. Ici, en ce moment, c’est plutôt le mode survie de la race qui prévaut. L'hiver nous bataille le quotidien et l'on est bien impuissant devant la profondeur de ses humeurs. Et pourtant… Ailleurs les dégâts continuent de se faire sentir…

Nous avons diminué notre consommation de phosphates, nous lavons désormais notre vaisselle avec un nettoyant biologique produit localement. C’est une poudre qui se dépose simplement dans le compartiment à cet effet, il est aussi nécessaire d’ajouter du vinaigre blanc à la place du produit de rinçage. Après usage régulier, ceci lave aussi bien et cela ne sent pas le vinaigre (même si cela sent quand même un peu moins bon que le détergent « atomique » que j’utilisais auparavant!). Avant de m’éduquer sur le sujet, j’utilisais le pire des choix possible, j’aimais bien ces jolis petits cubes avec une boule sur le dessus qui faisaient « trois en un » mais étaient bourrés de phosphates. Depuis plusieurs mois déjà j’utilise une lessive biodégradable, alors il était évident que le lave-vaisselle devait suivre dans cette voie écologique. De cette façon peu contraignante, nous avons donc considérablement réduits notre apport en phosphates. Ainsi nous réduisons notre contribution personnelle à la pollution invisible de notre coin de planète...

Si nous faisons tous des petits dégâts environnementaux qui s’accumulent à grande échelle et détériorent notre habitat, alors nous pouvons à notre échelle personnelle faire des petits pas dans la bonne direction… et peut-être bien que cela s’accumulera en de grands pas (pour toute l’humanité à concevoir)…

jeudi, décembre 13, 2007

"Blogofacebooker"

"Blogofacebooker" dans le frette...

Facebook traverse toutes sortes de controverses et polémiques virtuelles et réelles qui me laissent sceptique. Personnellement pour l’usage que j’en fais si la CIA y met son nez, elle se le poudrera de poussières niaiseuses! Ceci ne n’empêche pas de me poser certaines questions quant à ces photos que je charge en privé, je n’aime pas l’idée d’en donner les droits à Facebook. Au moins avec Flickr, j’en conserve les droits même si d’un autre coté je les laisse glisser dans le vent des pirates surfant l’immensité de la Toile! De toute manière, en acceptant de se mettre l'esprit en ligne, on y laisse obligatoirement quelques plumes, tant que cela ne fait pas mal, c'est le principal...

Pour le reste du blabla, le copinage que j’y consomme est sans intérêt pour "Big Brother", je n'ai pas d'ennemi public parmi mes amis. Je ne clique jamais sur les pubs, c’est contre ma religion, de plus je ne rentre pas dans les groupes d'opinion et je ne fais partie que de quelques causes humanitaires, alors cela ne donne pas grosses matière à l’infernale machine qui paraît-il veut me dévorer! Parfois c'en pleine vue que l'on se cache le mieux...

Facebook, c’est quand même pratique pour garder le contact avec les amis éloignés et pour reprendre contact avec ceux que la vie avait dispersé. Et puis même si c’est parfois une perte de temps, c’est marrant et puis cela me plait de jouer au scrabble virtuel avec mes amis. J’aime bien aussi lire la liste des statuts quotidiens, cela permet de prendre le pouls de la vie de l’autre, cela donne une sorte de battement de cœur. Bref, présentement je n'ai pas peur du grand méchant loup Facebook, et pour m’amuser un peu, me viens l'idée d'un petit exercice de conjugaison « blogofacebookienne »...

Yesterday

Etolane is combat la fatigue qui l'assaille...
1:08pm

Etolane and CC are now friends.
1:33pm

Etolane got another likeness match.Take the Johnny Depp quiz and see ...are you like me?
2:23pm

Etolane received a shakeable snow globe from .... When the snow settles in two days, you can see what's inside! Click here to shake it
4:09pm

Etolane vient de se taper 55 minutes de cardio et a p... de mal aux fesses!!! Pas facile de transformer ses arrières en acier modelé! Sur ce, je m'éclipse...
10:38pm

your shakeable snow globe from ... has settled. Shake it back up!
Click here to shake your snow globe ... OR Send your own Snow Globe!
12:15am

Etolane and Caco are now friends.
3:20am

Today

Etolane is -20 sous le soleil! M'en vas me geler les fesses tirée par ma fillette qui demande le "deyors" avec une conviction toute bambine...
9:27am

Ce matin, un grand soleil illumine le ciel bleu, la nuit a tourné autour de -25, le jour se lève avec un joli -20 degrés. Plusieurs fenêtres sont recouvertes de givre. L'homme part au bureau, lorsqu'il ouvre la porte un grand froid se faufile dans la maison. Je frissonne. Je regarde la magnifique lumière qui s'étale derrière ma fenêtre. L'air est si froid que l'on peut y percevoir les poussières qui scintillent dans la texture du jour. M'zelle Soleil ne voit pas les paillettes de poussières normalement invisibles, elle me tanne les nerfs pour aller "deyorrrrrs". C'est vrai que la lumière est si limpide...

Je me force par amour maternel à me sortir le derrière. Je prépare les trois couches à enfiler pour sortir sans danger, enfin surtout elle parce-que moi une bonne couche et quelques épaisseurs suffiront! Elle embarque dans son manège individuel. Je reste ferme et lui demande de m'aider à l'habiller plutôt que de faire la guerre avec les habits. J'enfonce le clou.

- Lily-Soleil, si tu n'es pas sage, on ne sort pas! Il fait très froid dehors, alors si tu veux sortir, il faut être sage avec maman!
- Sajjjje? Papa Nowel et les kwadeaux?
- Oui exactement Papa Noël n'amène des cadeaux qu'aux enfants sages...


Bon, elle comprend tout clairement cet enfant! Par magie, elle se fait enfant sage sur le champ. Je reste parfois interloquée de cette conscience dont elle fait preuve. L'on s'habille et nous voilà partie dans le soleil glacial. Je l'installe sur sa luge, Chanelle sur nos talons, nous nous dirigeons en direction de la plage qui n'est plus, enfin Chanelle droit devant parce-que c'est plutôt nous qui sommes sur ses talons! J'ai les narines qui gèlent au contact de l'air frigorifié. Au fur et à mesure que je traine mon petit bout de fille, je sens chauffer mes abdos, c'est une sensation agréable, une sensation de force qui me revient, mes fesses sont d'acier et mes cuisses musclées avancent sans effort. Le village est désertique. Je n'y rencontre pas une âme qui vive...

Je savoure ce nouveau bien-être physique tandis que je descends la côte enneigée. M'zelle Soleil aime l'idée d'aller au lac, elle ne sait pas encore ce qui nous y attend! Même si je n'ai pas froid, je dois respirer à travers les mailles de mon écharpe si je ne veux pas ressentir cette impression de brulure qui vient avec chaque respiration. L'air est de gel.

L'air est si froid qu'il brule. Je tire la luge qui me réchauffe. M'zelle Soleil est bien emmitoufflée, seul son regard dépasse, nous arrivons enfin à la dune de neige qui bloque l'entrée de la gazeebo. À l'horizon, le lac, emprisonné en un désert de neige, s'étale dans toute la pureté de son silence. Se rendre au gazeebo est toute une aventure qui ne ravit pas vraiment ma petite puce emmanchée comme un pingouin! Même Chanelle reste prise dans la neige qui s'affaisse sous nos pas qu'elle engloutit! Nous atteignons le gazeebo et capitulons devant l'obstacle poudreux. Avec quelques difficultés nous rebroussons chemin.

La lumière est merveilleuse, j'observe la fumée d'une cheminée se détacher dans l'air glacé. Je tire la luge et remonte la côte en suant tandis que mon petit bout de fille commence à avoir bien hâte de rentrer son petit popotin dans la maison chauffée...

minus tweety

Etolane received a new message.
Click here to see MiNM's photo
12:14pm

Etolane s'est gelée les narines mais s'est réchauffée les abdos. Tirer une luge avec un petit paquet de quinze kilos dans la côte qui revient du lac, c'est du sport!
1:21pm

...

Papa Nowel?



L'homme n'est pas fan des chansons de Noël. Il grogne et je rigole. Depuis qu'elle a découvert "Petit Papa Noël, quand tu descendras du ciel....lalalalala..." l'on en mange à grosses doses, principalement dans l'auto, personnellement cela ne me dérange pas vraiment. Juan essaie de lui proposer d'autres possibilités musicales mais l'on en revient toujours à la même requête. Lorsque nous sommes seules, je ne prends même pas la peine de résister, je me joins à sa magie avec bonheur. Comme elle me le demande aussi à la maison, qu'elle se met devant l'ordi en me disant:

- Lala maman? Lala Papa nowel?


Je capitule en une seconde et je lance la musique qui lui plait. Alors que les premières notes remplissent la maison, l'homme s'exclame:

- Ce qui est fatiguant de ces tounes là c'est que cela te rentre dans le crane et que ça veut plus en sortir!!!
- Mais quand tu étais petit tu n'aimais pas ces chansons là?
- Si, c'est ça le pire, j'adorai ça!
- Bon, ben voilà c'est comme ça. Tu peux pas la priver. T'as plus qu'à chanter maintenant...

mercredi, décembre 12, 2007

Avoir des yeux de lynx

L'expression de la semaine est de celles qui me plaisent tout autant qu'elles m'intriguent...

EXPRESSION via Expressio.fr
« Avoir des yeux de lynx »

SIGNIFICATION
Avoir une excellent vue, le regard perçant. Par extension, y voir clair dans les affaires ou dans le comportement des autres.

ORIGINE
Si vous posez la question à un naturaliste spécialiste de notre félin, il vous répondra que le lynx a une vue très ordinaire qui ne justifie en aucun cas l'existence de notre expression. L'histoire remonte à l'Antiquité grecque, où, dans la Mythologie, l'Argonaute Lyncée ('Lunkeos', en grec) qui accompagna Jason à la conquête de la Toison d'Or , avait des yeux lui permettant de voir à travers les nuages, jusqu'au fond de la mer ou même à travers les rochers et murs. C'est simplement la confusion entre le nom du compagnon de Jason et celui du félin qui, dans le langage populaire, a provoqué la création de l'expression.

COMPLÉMENTS
Le lynx est un animal très difficile à observer dans la nature parce qu'il détecte l'homme et se cache bien avant qu'il puisse s'en approcher. Serait-ce parce qu'il a des yeux de lynx ?

En petites culottes

Dans nos petites culottes...

La mère que je suis devenue est toute fière de sa progéniture qui devient propre sans que l’on se tracasse la tête. À nous voir faire, cela faisait bien longtemps qu’elle en avait compris le principe. Sans compter que depuis cet été je lui explique régulièrement le concept de propreté individuelle. Voilà quelques semaines que nous l’encourageons plus sérieusement à essayer ce mode de fonctionnement. Après tout aller à la toilette c’est plus drôle que les couches, tu peux même tirer la chasse «toute seule »!

Comme elle est en plein dans le mille de sa phase « toute seule », elle s’est vite découverte l’envie de faire ses besoins par elle même, c’est des plus logique! L’élément déclencheur aura été de porter des petites culottes à sa taille de minette: « culotte pareil maman !» m’explique-t-elle, avec un grand sourire, de cette petite voix qui me fait fondre sur place. Comme elle ne veut point salir sa culotte toute propre, elle fait attention, sent venir l’envie, nous le dit, nous l’installons presto sur le bol et... miracle, cela coule comme de l’eau de source!

M'zelle Soleil sait se déshabiller presque toute seule, commence à vouloir s'habiller sans aide et selon ses désirs (ce qui n'est pas toujours des plus pratiques!). Elle s'improvise des looks démentiels. Elle réfute mes choix: je lui mets une jupe, dix minutes plus tard elle vient me dire: «Non maman, pas la zupe, veut mette patalon bleu ». Évidement elle veut mettre le pantalon seule! Elle enfile les deux pieds dans la même jambe et chouinasse:

- Lily, c'est parce-que tu mets les deux pieds dans la même jambe!
- Pieds, zambe?
- Oui il faut mettre un pied par jambe sinon cela ne marchera pas!
- Oh zut! Me répond-t-elle en essayant de se dépatouiller les pinceaux...
- Veux-tu que je t'aide?
- Non! Lily tout seul é met....

Elle recommence le même manége des deux pieds dans une seule jambe et s'exclame: «Oh! Non pas tontente! Nooonn! », elle dispute le pantalon et du coup elle enlève ses chaussettes!!! Puis elle change d'idée et va câliner Chanelle tandis que je la surveille le sourire aux lèvres.

Je réalise que depuis une petite semaine, elle a de moins en moins envie de porter des couches. Lorsqu’elle en porte une, il lui arrive même de demander pour aller aux toilettes! Nous la félicitons chaudement. Elle est toute fière de cette évolution. Comme j’ai souvent l’habitude de me promener dans la maison en culotte et T-Shirt, elle adopte le même comportement. Cela m'émeut de nous voir ainsi vêtues, toutes les deux pareilles...

Elle n'est pas encore officiellement propre mais l'on s'approche perceptiblement de ce jour. J’assimile le fait que ce n'est plus un bébé. J'ai, à mes cotés, une fillette en devenir. C’est mon enfant rêvée, mon enfant magique, elle enrichit ma vie qui s'épanouit autour de sa petite enfance. Je sens bien en mon sein le poids de mes responsabilités maternelles. C'est une fillette qui m'enchante et me grandit l'esprit. Et toujours en mon sang bouillonnant, cette même sensation qu’elle peut me faire exploser le cœur à tout instant…

mardi, décembre 11, 2007

Batailler les jours gris

Batailler les jours gris

Fatiguée, le diable dans mes cartes s’amuse de moi. Je lui fais un doigt, il ricane, je grimace. Tant que j’aurais un souffle de vie pour pomper le sang de mes veines, je combattrai ses malices. Je repose mes muscles endoloris en une sieste parcourue de cauchemars liés à mes angoisses du jour. Le frigo est vide, sa paye est proche, la laveuse est cassée, sa paye sera vite avalée. Tout le mois durant mes électros ménagers m’auront embêtée pour un oui pour non. Vois-je sourire le diable devant cette fenêtre à colmater? Je bataille les doutes qui s’immiscent en mes pensées troubles. Je soupire. J'avale aujourd'hui ma dernière pilule d'antibio hors de prix. Je travaille à ces mots que je cuisine dans le secret de mes alcôves. Ces recettes ne me rendront pas riche même si elles récoltent un jour certains mérites. Écrire pour devenir riche est à mon sens une ineptie. Je scrute l'horizon qui cache ses chemins de traduction. La traduction me rendra peut-être riche un jour mais cela ne sera jamais une véritable passion...

L’atmosphère semble figée. Pas un souffle d'air ne bouge. Le ciel grisâtre couve ses flocons qui ne devraient pas tarder à tomber. L’hiver enserre nos réalités. Heureusement qu’il y a toutes ces lumières de Noël pour colorer les nuits. J'aime la féérie des lumières de Noël qui se fondent à merveille dans le paysage enneigé. Même si notre Noël s’annonce frugal, l'enfant aura des cadeaux dans ses petits souliers. Prendront-nous la peine de déposer les nôtres sous le sapin?

Noël. Le mode de consommation qui s’associe à cette fête ne passera pas chez nous. Après tout, tant que l’on a l’amour et la santé, c’est le principal. Dans le fond, je préfère trouver dans nos souliers de l’amour et de la santé plutôt qu’une montagne de biens matériels. Je me prive, je m'assume, adulte je suis. Ma boite à bijoux est au régime. Magasiner ne fait tellement plus partie de mon quotidien que j’en ai presque oublié les plaisirs. Ainsi va la vie. Une semaine pile après le jour de Noël, j’aurai 35 ans. J’essaie de ne pas trop y penser. Je me sculpte le corps en cette nouvelle réalité. Je suis courbaturée.

Je me souviens des émotions fébriles qui me parcouraient lorsque je me plantais devant le miroir pour contempler l’enfance déserter mes traits d’adolescente. J’apprivoisais mon corps de femme, je me faisais belle et sensuelle. J’allais avoir vingt ans et la seule idée de mes trente ans me faisant frémir. Désormais j'observe mon visage se refléter dans le miroir que j’évite de regarder de trop près. La vision est moins plaisante que celle de mes vingt ans mais ce n’est pas encore dramatique même si mes boucles grisonnent. Je raisonne mes superficialités du haut de ma sagesse adulte. Je n’ose penser à la grand-mère qui m’attend au tournant du temps. Je vais avoir 35 ans. Il y a quinze ans, j’en avais vingt, dans quinze ans, j’en aurai cinquante. J’ai l’étrange impression de me tenir à un carrefour…

lundi, décembre 10, 2007

Quartier d'hiver

Quartier d'hiver

-15 sans le vent, mes fenêtres se givrent entre deux percées de lumière fondante. La nuit a congelé le paysage dénudé. La forêt n'est que paix et silence. Le lac s'est endormi sous sa couche gelée. Déjà il me manque. Le jour s'éveille et des rayons de soleil transpercent la couverture de nuages durant quelques minutes divines. Ils illuminent la poudrerie qui s’échappe du ciel gris. La matinée se fait grasse. L'astre solaire grignote le ciel qui s’éclaircit et se transforme sur le coup de midi en un infini d’un bleu délavé. Mon quartier enrobé d’un hiver précoce n'est plus qu'un désert de neige immaculée. Une nouvelle semaine nous rapproche de Noël. J’hiberne.

Mon quartier d'hiver

dimanche, décembre 09, 2007

Pulsions...

Pulsions...

Je m’approche de Juan assis sur une chaise de cuisine, j’entoure son cou de mes bras et je le colle tendrement. M’zelle Soleil s’écrie :

- Non maman! Non!

Assise sur sa chaise devant son père, elle essaie de me repousser d'un geste lointain.

- Comment ça non maman? lui répond l’homme d’un ton ferme. Maman peut donner un câlin à papa si elle veut. Papa aime bien les câlins de maman, il est content que maman lui fasse un câlin…

Il pose sa main sur la mienne, je lui fais un baiser dans le cou. L’enfant se rebelle :

- Non maman pas câlin! Noooonnn. Pas câlin papa. Lily câlin..

L’on ne peut s’empêcher de rire devant la véhémence de ses exclamations. L’homme la raisonne gentiment tandis que je la soupçonne de vouloir bientôt marier ce papa si précieux…

samedi, décembre 08, 2007

Chroniques de petite enfance

Chroniques de petite enfance.

My creation

Depuis quelques semaines c’est « Lily fé tò seule» à toutes les sauces. M’zelle Soleil prend conscience de son individualité et l’expérimente à tours de jours. Elle sait mettre ses bottes et certaines paires de ses chaussures seule. Lorsqu'elle y arrive, après une bonne dose de concentration, elle se félicite en disant tout haut « Gravo Lily! ». Elle montre un désir de s'habiller par elle même et commence à assimiler l'idée de vivre sans couches. Elle roule des "r" quand elle parle, cela lui donne un petit accent que je ne saisis pas vraiment mais que je me surprends à reproduire malgré moi par ci par là! Elle construit ses petits looks perso qui me font craquer comme par exemple cette façon de porter son serre-tête sur le front! Il y a aussi le look T-Shirt, petite culotte, bottes de neige, gants roses et chapeau d'été en tricot qui me fait bien rire...

Je commence à lui apprendre les couleurs, elle fait une petite fixette sur le bleu. Elle adore dessiner et gribouiller. Elle sait presque compter. Elle dit: « un deux, crois, six, sept! ». Elle joue avec ses poupées comme une vraie petite fille et je ne me lasse pas de l'observer. Toujours je respecte les rythmes de son enfance. J’ai l'étrange impression de devoir m’adapter sans arrêt à ce petit bout de chou que je materne avec passion. Et dire que je n'en suis encore qu'au début du long chemin de ma "parentitude"...

Depuis qu’elle va chez la gardienne en compagnie de « Lilicque » (Angélique, trois ans bien sonnés), elle a découvert Dora, ce personnage de fillette qui illustre tant d’articles enfantins. Elle même possède une chaise de salon et un ensemble de jardin décorés du visage de ce personnage archi connu chez les moins de cinq ans. Sa "matante" la gâte beaucoup, ainsi Dora a fait son apparition depuis longtemps en notre maison. Dora est tellement partout qu’elle en connaît le visage sans jamais avoir regardé l’émission de télévision qui est à la source de cette invasion. Pour lui faire plaisir, je lui ai acheté des chaussettes Dora, une attention qui n’a pas manqué de faire son effet. Elle est si contente que lorsque je lui enfile (après qu’elle eut accepté les limites de ses indépendances), elle me dit : « Oh! C’é bô Dora... ».

Elle se personnifie à vitesse grand V. Son nouveau truc est de nous appeler par nos prénoms. Elle a commencé par le mien la semaine dernière, les premières fois, j’en suis restée bouche bée. Depuis qu’elle a découvert le truc, elle appelle « maman, maman, maman » et si je ne lui réponds pas assez rapidement, elle enchaîne en m’interpellant par mon prénom qu’elle écorche sur les bords mais que je reconnais sur le champ! C’est une drôle de sensation. Mon bébé s'est transformé en une petite fille. Je prends le parti de ne pas y accorder beaucoup d’importance pour ne point l’encourager dans cette direction qui m’effraie un peu. J’en parlote avec l’homme qui rigole et je me demande pourquoi son père ne subit pas le même traitement. Finalement depuis deux jours, c’est à son tour. Elle l’appelle « Juan ». Sur le coup il ne se rend pas compte qu’elle s’adresse à lui. Mais comme je comprends 90 % de tout ce qu’elle raconte, je fais vite le lien. Elle confirme mon intuition. Je souris sous cape. 

Désormais lorsqu’elle veut provoquer une réaction, c’est avec nos prénoms qu’elle nous désigne.
Elle commence à utiliser le passé composé. Il y a désormais deux temps à ses cordes. Le passé et le présent se concrétisent sous sa langue qui se délie. Elle n’a pas encore capté le concept du futur, pourtant lorsque je la regarde grandir, je ne vois plus que cela. C’est devenu mon petit futur sur pattes! Elle dit « Padon » (pardon) lorsqu’elle bouscule le chien. Cela me fait sourire. Elle a une centaine de mots à son vocabulaire qu’elle utilise de plus en plus librement. Elle répète quasiment tout ce qu’on lui explique et elle n’a pas besoin de se faire répéter longtemps un terme pour l’enregistrer. Elle connait par coeur la chanson de "Papa Nowel". Je lui chante les couplets en laissant des trous qu'elle remplit de sa petite voix toute neuve. Cela me fait craquer.
Selon les contextes donnés, elle place les mots au bon endroit pour se faire comprendre. Elle structure de plus en plus de phrases. Elle sait très bien exprimer ses désirs. Elle a de plus en plus d'histoires à raconter. C’est une petite bavarde en devenir. Elle me demande: « É balade la vroom vroom maman? » (Elle est malade l’auto?). Sans attendre de réponse elle continue sur un ton enjoué: « Non, guérie, é guérie vrom vrom ». Je remarque aussi que ses onomatopées deviennent de plus en plus souvent des mots que l’on comprend facilement (le tchou-tchou est un "crain"). Juan est rendu à 70% de compréhension bambine et je traduis le pourcentage qui lui manque sur une base régulière. Quant à la demoiselle en question, elle comprends tout ce qu'on lui raconte et même plus...

M'zelle Soleil chouine un petit peu mais jamais elle ne pleure longtemps ou sans raison et les crises sont si rares que je n'ai même pas un exemple en mémoire. Affectueuse, coquine, câline, acrobate et casse cou, c’est mon petit soleil de maison. Elle m’illumine de l’intérieur. Elle me remplit de toutes sortes de petits bonheurs. J'en partage en ces mots les douceurs...
Je l’observe grandir avec une fierté toute maternelle. Ses sourires si purs me ravissent le coeur. Elle m’imprègne de son innocence que j’inspire à pleines bouffées. Voir la vie à travers ses yeux est magique. Elle n’a encore aucune idée de toute la méchanceté qui règne sur le monde. 

Nous la protégeons de tout ce qui pourrait la blesser. Je fais de mon mieux pour lui offrir un équilibre physique et émotionnel. Et même si nos finances font pitié, j'estime qu'elle est privilégiée de pouvoir vivre une petite enfance sans heurts ni tracas. Parfois je pense à ce jour où elle sera confrontée à la méchanceté humaine.

Un jour, je sais qu’elle prendra conscience de la douleur intérieure, des haines et des travers qui sillonnent nos humanités. Je sais qu’un jour viendra où l’innocence s’effacera. Je souhaite simplement que cela se fasse graduellement. Lorsque j’y pense trop fort, mon cœur se fendille. Alors je la regarde grandir joliment et je remercie le ciel de ses bontés. Le temps s'écoule si vite aux contacts de ces enfants que l'on chérit, de ces petits enfants qui deviendront grands...
Déjà deux ans de gagnés, deux ans sans traumatisme particulier, deux années d’amour et d’attention: sur une vie c’est déjà cela de pris! J’espère que nous pourrons conserver ce cocon d’amour pour les quinze prochaines années et que nous saurons l’entourer de nos attentions au fur et à mesure qu’elle découvrira les aléas de la vie. J'espère que nous saurons la guider et l'éduquer sans jamais nous déchirer. J'espère le meilleur, j'oublie le pire en contrôlant mes angoisses diffuses. Je me contente d'apprécier consciemment ces instants bénis. Il est si bon de savourer cet havre de pureté qu’elle nous offre en ses façons douces, en ses clowneries et son affection à profusion.

C'est Lily tò seule

Cadencé…

Cadencé…

Pour évacuer les toxines nocives, pour ne pas me laisser envahir par l’obscurité, pour combattre l’adversité, pour me purifier l’esprit embué, je me fais squaw de salon…

Alors que j’avais à peine 20 ans, j’ai exploré les profondeurs des pow-wows qui m’ont ouvert des portes oubliées sur cette mémoire ancestrale diluée dans l’effervescence de l’Amérique florissante. J’ai appris à danser au rythme de la terre qui bat dans les résonnements des tambours. Les tambours, les chants et les danses sont une façon de communiquer (communier) avec la Terre, notre Mère. À chacun ses lieux de dévotion...

Juan emmène l’enfant faire les courses avec lui. Je prends une douche. Sous le jet brûlant de l’eau qui fouette ma peau nue, je prends une décision musicale. Je me sèche. Je m’habille. Je choisis l’un de ces chants issus d’un autre monde que je fais jouer en boucle. Je monte le son. Je le laisse m’entraîner le corps. J’apprécie la force de mes muscles qui obéissent aux moindres commandes de mon esprit. J'attrape le rythme. Je retrouve le bonheur de maîtriser ce corps qui m’a blessé en mon orgueil et ma chair. Je reprends possession de ma peau. Je peux de nouveau bouger comme j’en ai envie. Je choisis un coin de la maison où je peux tourner en rond et je m’élance, je rentre dans la danse, je cherche la transe…

L’homme revient avec l’enfant. Il sourit en me voyant et s’exclame :

- Lorsque j’étais dans la rue, je me suis demandé une seconde si cela venait de chez nous ou de chez le voisin. Mais j’ai bien vite réalisé qu’il n’y’a que ma femme qui fait son pow-wow dans la maison…

L’enfant soleil me regarde avec grand intérêt. Je la prends dans mes bras pour quelques envolées indiennes. Elle dodeline et fredonne avec moi. La dernière fois que nous avons ainsi dansé, elle était bien lovée dans mon bedon qui n’en finissait plus de grossir. Je suis heureuse de pouvoir me trémousser sous les battements de tambour ma fillette contre mon ventre. Une boucle se ferme. M’zelle Soleil débute une autre étape de la petite enfance à mesure que se développe son langage. De mon coté, au fil des mois qui passent, je retrouve mes repères d'existence…


Bear Creek @ Thunder Falls Pow Wow

Être à couteaux tirés

Avant que ne s'achève cette semaine de neige, l'expression choisie se décortique sous un ciel de lavande...

EXPRESSION via expressio.fr
« Être à couteaux tirés »

SIGNIFICATION
Être dans une situation de grande hostilité.

ORIGINE
Voilà une expression qui nous vient de la fin du XVIIe siècle sous sa forme actuelle, et dont l'origine est facile à comprendre lorsqu'on se réfère aux habitudes de l'époque lorsqu'une dispute éclatait entre des personnes. Au XVIe siècle, on disait "en être aux épées et aux couteaux" en l'appliquant à des personnes ayant un différend et ayant dégainé leurs armes de leur fourreau et prêtes à en découdre, sans craindre de verser le sang.

C'est à la fin du XVIe qu'apparaît "aux cousteaux tirer" dont le sens était "prêts à tirer les couteaux", c'est-à-dire prêts à dégainer les lames. Ensuite, l'expression a évolué, avec un cran de plus dans la préparation au combat, puisque maintenant les couteaux sont tirés ou dégainés. Si, aujourd'hui, les gros différends se règlent plutôt en justice ou à l'arme à feu, la locution est restée, suffisamment explicite.

EXEMPLE
« Ce sont là deux demi-sœurs, qui, sorties de deux pères, se crachent à la figure en se traitant de bâtardes et vivent à couteaux tirés » Georges Courteline - L'article 330

jeudi, décembre 06, 2007

Un mal peut en cacher un autre…

Un mal peut en cacher un autre…

Depuis quelques jours, je traîne un virus clandestin. J’avais bien remarqué cette congestion désagréable mais je ne me sentais pas particulièrement attaquée par une armée de microbes (même si mes nuits devenaient difficiles). Lorsque m'est apparue une méchante douleur de molaire durant la fin de semaine, j'ai toute de suite pensé carie. Craignant le pire, je prends rendez-vous pour mercredi chez le dentiste. J’utilise les deux jours où M’zelle Soleil est chez sa gardienne pour faire mes choses tout en prenant des antidouleurs pour ménager mes symptômes…

Je sens le mal de dents évoluer dangereusement, la douleur file dans l’œil, elle se promène dans la joue pour rejoindre l'oreille, c’est de plus en plus inconfortable, et toujours cette congestion étrange qui m’énerve. J’arrive chez le dentiste bien inquiète, entre perdre une autre dent ou ruiner la famille, mes options me semblent lugubres. J’explique mes maux à la dentiste qui se révèle être une femme très sympathique. Quelques radios plus tard, elle m’apprend que je n’ai pas de carie mais probablement une sinusite! Interloquée, je ne comprends pas bien le cheminement de sa pensée. Soulagée je suis de ne pas entendre le verdict d’un traitement onéreux! Le plus gentiment du monde, elle m’explique que les sinus côtoient les molaires et qu’il est déjà arrivé à des pauvres bougres de se les faire arracher pour rien! Mon Dieu, j’ai rarement rencontré une dentiste aussi humaine! Elle me met tellement en confiance que j’en lâche cette remarque pas bien sympathique :

- Oh! Vous savez parfois les dentistes c’est un peu comme les garagistes!

J’évite quand même d’élaborer le fond de ma pensée qui a une dent contre les garagistes! Mais je sens qu'elle comprend bien le non dit. Elle accepte ma remarque sans pipper. Elle prend même le temps de m’expliquer toutes sortes de petits détails sur l’état de ma bouche en général et le problème des sinusites en particulier. Vraiment cette dame est une perle. Une perle qui m’envoie pronto chez le docteur en s’excusant de ne pouvoir soulager ma douleur et en compatissant avec les heures d’attente qui m’attendent. Je la remercie avant de prendre mes cliques et mes claques. Je suis ses sages conseils et je file à cette clinique sans rendez-vous à quelques minutes de voiture de son cabinet. J’arrive à la clinique un peu désabusée et je m’apprête à prendre mon mal en patience, un peu déstabilisée quand même par l’idée qu’une rage de dents puisse déguiser un réel problème de sinus. Je donne ma carte Soleil à l’accueil et je vais attendre mon tour dans la salle pleine. Pour m’occuper j’observe mes pairs du coin de l’œil, moyenne d’âge 60 ans…

Un vieux monsieur que je bouscule un peu m’offre un large sourire lorsque je m’en excuse. Je m’assois non loin d’un autre homme bien fripé par les années. Je feuillette un magazine en regardant les gens dans la salle. Une vielle dame vient rejoindre l’homme à deux chaises de ma pomme. Elle s’assoit à ses cotés et je comprends qu'elle est son épouse qu’il accompagne dans son rendez-vous. Pour contrer mon ennui, je lis un article insignifiant tout en écoutant ce vieux couple à mes cotés. Ce vieux couple m’émeut au fur et à mesure que passent les minutes. Je peux sentir l’affection qu’ils ont l’un pour l’autre. Complices, ils se sourient si tendrement que j'ai le coeur en confiture. Ils bavardent tandis que la dame partage les nouvelles qu’elle découvre dans son magazine :

- Tu te rends compte Germain, un cola a plus de 150 calories, t’imagines ceux qui en boivent 5 à 6 par jour!
- Ah! Ben, tu vois, j’ai bien raison de m’en tenir à mes cafés!
- Hummm, mais parfois tu vas aussi à la distributrice…
- C’est vrai lorsque je prends une liqueur, je devrais couper les cafés…

Je réalise que la dame lit un article que j’avais parcouru quelques minutes auparavant. Ce même article expliquait qu’un café avec lait et sucre contenait environ 50 calories. Je me tais dans mon coin. Je suis un peu étonnée de voir des personnes si âgées se préoccuper ainsi de leur taille. Je constate que le monsieur n’est pas gros du tout et que la dame, bien conservée pour ses 70 ans passés, n’est guère grasse! Je médite sur le sujet tout en continuant d'espionner leur conversation de salon. Je les trouve bien mignons, ils m’inspirent de l’admiration, je souris un peu.

Je lève les yeux pour croiser le regard d’un homme, la trentaine, pas mal de sa personne mais avec un petit look destroy qui lui donne une bonne allure mal famée. Il plonge son regard dans le mien. Dans l’ennui de cette salle d’attente, je soutiens sans broncher l’œillade de cet homme qui me rappelle qu’il y a bien longtemps que j’ai maîtrisé mes goûts pour les mauvais garçons. Ce qui n’empêche pas les mauvais garçons de posséder ce petit coté sexy qui attire toujours mes idées. Et puis d'abord qu'est-ce qu'il me veut à me regarder ainsi? Il ne voit donc pas que je porte le chignon, que j'ai des cernes jusqu'au menton et que j'approche de ma date de péremption! Les secondes passent. La croisée de nos regards approfondit son sillon qui traverse la salle. Je soutiens son regard avec assurance en mettant dans le mien toute la neutralité du monde, il détourne les yeux le premier. Je baisse les miens tout en souriant intérieurement. Hum, on s’occupe comme on peut lorsque l’on a des heures à tuer! J’écoute sur le coté les rires étouffés d’une fillette qui fait baisser la moyenne d’âge de la salle à 55 ans...

Je ne suis pas la seule à perdre mon temps en ces quatre murs. Une grosse dame soupire à deux rangées de ma chaise. Immobile, je regarde filer les minutes qui s'accumulent. Je décide de changer de chaise pour explorer un autre coin. L'heure se passe à la vitesse d’un escargot. Ceux qui ont un rendez-vous côtoient ceux qui n’en ont pas. Le roulement de ceux qui ont un rendez-vous est pas mal plus rapide que pour ceux qui n'en ont pas! Le mauvais garçon, sexy dans sa décadence, semble bien connaître le docteur qu’il vient voir. Il sort de son bureau pour y revenir quelque minutes plus tard accompagné d’une jeune fille au look tout aussi destroy! La jeune fille entre dans le bureau du même docteur que celui de l’homme qui s’en va. Je parcoure quelques magazines. Les minutes sont atrocement longues. J’observe mes pairs et je prends des notes mentales pour m'occuper l'esprit. La jeune fille sort du bureau en larmes. Son maquillage coule et maquille ses joues qu’elle essuie du revers de la main. Sa tristesse me touche tout autant qu’elle m’intrigue. Elle va à l’accueil reprendre un rendez-vous, toutes sortes de scénarios se bousculent dans mon cerveau alors que je l’observe disparaître de mon horizon.

Deux heures ont passé. Je vais me laver les mains, je fais un téléphone, je vais chercher une cannette de "Coke Zero" dans ma voiture. Je me rassois à un autre endroit de la salle. Je commence à trouver le temps sacrement long! Je m’enfonce dans ma chaise en regardant une dame d’un certain âge et son fils qui essaie d’attraper mon regard. Je m’enfonce plus profondément dans ma chaise. Je ne prends même plus la peine de lire quoi que ce soit…

Enfin j’entends mon nom! Je me lève pour suivre une docteure qui me sourit. Je m’assois sur la chaise à coté de son bureau et lui raconte mes bobos. Je lui parle du dentiste qui m'a envoyé là. Elle me pose toutes sortes de question sur mes symptômes. Très gentille, il se dégage de sa personne quelque chose de positif que j’apprécie. Cela fait contraste avec sa collègue déprimée que j’avais rencontrée lorsque j’étais venue la dernière fois avec Lily-Soleil. Elle prend le temps de connaître mon parcours, elle s’intéresse à mon cas, je lui en sais gré. Je lui parle de mes expériences des dernières années, de cette intolérance à la peniciline que j’ai développé après ce cocktail atomique qui m’a sauvé la vie lorsque j’ai frôlé la mort (des suites de mon accouchement). Elle m’écoute avec attention, elle est douce et charmante. Elle m’envoie passer une radio au sous-sol tout en soupçonnant elle aussi une sinusite aiguë. Je sors de son bureau. Je descends les escaliers. Je retrouve à l’accueil une préposée au look pseudo punk en pleine conversation téléphonique. En silence, je lui montre ma carte et mon ordonnance avant d’aller m’asseoir sur une autre chaise. Moins de cinq minutes passent avant qu’elle ne raccroche et s’en excuse. Elle me demande les renseignements de base pour mettre à mon dossier et me fait passer à l’étape radio.

En quelques minutes j’ai fini et je retourne m’asseoir devant le bureau de la sympathique docteur, mes radios en main. Je les regarde en essayant d’y voir quelque chose. Un docteur passe et sourit de me voir faire. Je remarque principalement toutes les caries de plombées que j’ai dans la bouche! Mon expertise est bien minime. La porte du bureau s’ouvre. Un patient en sort et la docteure me fait signe d’entrer. Je lui donne mes radios qu’elle met sur son panneau lumineux. Toujours aussi sympathique, elle se concentre sur les radios de ma face. En peu de temps elle voit ce que je ne peux comprendre. Elle me montre mes sinus. Je n’y vois rien du tout mais je la crois sur parole. Me voilà donc fortement « sinusitée »!

- Mais j’ai juste très mal à la dent, c’est quand même bizarre ce truc! Bon c’est vrai que je ne me sens pas très bien et j’ai comme une grosse pression dans la joue… C’est-tu contagieux?

Elle rigole et me répond :

- Tout ce qui finit en "ite" est contagieux…

Ah! Bon! Je me coucherai moins bête ce soir! En cette journée où j’ai traîné de chaise en chaise ma petite forme en chignon, j’en ai appris de toutes les couleurs (mais je savais déjà qu'un cola contenait 150 calories!)! Elle me prescrit des antibios et je sors enfin de cette clinique qui m’a pris tout mon après-midi. Je soupçonne mon petit soleil de fille d’être affecté de ce virus clandestin, c’est à surveiller.

La suite est du domaine de ces maux que je me contente de traverser sans désirer les partager en quelques phrases bien pensées…

lundi, décembre 03, 2007

Jour de tempête

Jour de tempête tranquille

Depuis ce matin il neige encore et toujours. Ambiance floconneuse. Au lever du jour, qui peinait à s'éveiller, d’énormes bourrasques fouettaient l’air frigorifié. La tempête ne décolérait pas. Atmosphère particulière. Il a neigé toute la journée. Je ne me suis pas habillée. Avec la nuit qui tombe, les flocons se font poudrerie flottante...

M’zelle Soleil est chez sa gardienne Manon. Elle y va de bon cœur toute heureuse de retrouver sa copine « Lilicque » et cet autre espace sans moi. Elle part sereine dans les bras de son père. Je leur dis combien je les aime sur le pas de la porte que je referme prestement pour ne pas geler sur place.

Je palpe le silence ouaté de mon cocon de neige. Mon cœur a finit par accepter cette séparation de deux journées par semaine. Mon esprit prend le contrôle du jour imbibé de blanc. La maman poule s’est assez détachée pour se rappeler qu’elle est aussi une femme individuelle. Je travaille à retrouver les fils de ma vie d’antan. Les difficultés de ces journées sans elle ne sont plus maternelles. Ces journées là ne sont pas encore tout à fait matérielles mais elles sont de plus en plus constructives…

Je laisse s’empoussiérer quelques idées éparses de textes bloguesques pour mieux me concentrer à cette tâche qui occupe mes journées solitaires. Une tâche d’écriture qui me fait la vie dure. Mes neurones se réveillent, mon intellect grogne, je frissonne. Mais la brume opaque qui obscurcit mes horizons individuels se fait plus fine. J’aperçois des projets, des idées, des ambitions. Je ne suis plus que sa maman à elle, petit à petit, je redeviens « moi » aussi. Les deux états féminins se cherchent un nouvel équilibre en ma peau raffermie. Je tangue, je glisse et je m’accroche à la barre de mes raisons.

La nuit emporte le jour. La tempête s'essouffle. La température s'adoucit. Une épaisse couverture d’hiver recouvre tout mon univers. Dans la nuit sans étoile, une petite maison de galets abrite ma vie. Au bout du village assoupi, entre lac gelé et forêt enneigée brillent les lumières de nos cœurs qui se partagent le même toit d'humanité…

Home is where the light is...

dimanche, décembre 02, 2007

Brève dominicale

Brève dominicale

Plantée dans l’allée devant une rangée d’étagères bien fournies, j’hésite entre deux gels douches. Du coin de l’œil je vois Juan arriver. Il s’approche. D’un sourire conquis il me complimente sur ma (mes) forme(s). Je grimace et fais ma difficile. Ma grossesse me hante. Insatisfaite chronique de cet état corporel, je grogne. Il insiste. Je réplique :

- Oh! Tu crois? Mais je voulais aller m’entraîner aujourd’hui, je n’y vais pas assez à mon gout, cela ne va pas assez vite, ragnagnagnagna, non, non, tu te trompes…

Il enchaîne sourire sur sourire et rétorque en posant sa main à l’endroit qu’il lui plait:

- Mais quand même regarde-moi ce c… bombé! C’est quand même beaucoup mieux…

Manifestement il apprécie les fruits de mes sueurs nocturnes. Indécise, je me trouble. J’en oublie mes tergiversations de gel douche et je prends le premier qui me tombe sous la main. Il me poursuit d’un œil langoureux tandis que je pousse mon caddie du coté des détergents. D’un air convaincu, il m'affirme :

- Tu vois pas comment je suis gourmand de toi…

Je plonge mon regard dans le sien. Oh! Oui, je crois que je commence à voir. L’étincelle qui brille au fond de ses yeux me dit que je ne vais pas faire long feu. Dès la première occasion, il me croquera…

Atmosphère...

Atmosphère nocturne...
De neige et de lumières...

Snowy Quebec city

Autour de minuit au coin de la place d'Youville. Soupçons d'une rare escapade nocturne au coeur de la ville. Une sortie cinéma qui ravigote le couple et les idées. Et toujours la neige qui continue de tomber...

... de neige et de mots...

La neige possède ce secret de rendre au coeur en un souffle la joie naïve que les années lui ont impitoyablement arrachée.
Antonine Maillet

L'enfance c'est de croire qu'avec le sapin de Noël et trois flocons de neige toute la terre est changée.
André Laurendeau

Nettoyer une maison pleine d'enfants est aussi efficace que de dégager une allée à la pelle pendant une tempête de neige.
Phyllis Diller