Nu organique et corps flétris...
Aujourd'hui, après une longue journée de traduction à discipliner mes idées éparses, j'ai ressenti l'envie subite de voir du nu artistique. J'aime le nu artistique, j'aime la poésie corporelle et l'absence de vulgarité qui s'en dégage. Je découvre alors un sublime album qui me fait penser à du nu organique (
crédit photo Dave Aharonian)
La beauté des photographies de Dave Aharonian me nourrisent l'âme. J'y retrouve ces
sensations pures de ma vingtaine où je m'amusais à me promener nue dans les bois juste pour le plaisir de me fondre la peau dans la nature bienveillante...
Pourquoi n'a-t-on jamais autant conscience de sa beauté que lorsqu'elle s'est fanée ou se fane? À l'aube de mes trente sept ans, alors que ma grossesse s'est inscrite dans ma chair (et la parentitude en ma raison), ce n'est plus le temps de me promener les fesses entre deux arbres en tenue d'Ève! Mais j'adorerai prendre un jour de si belles images...
Puis en passant par
le boudoir de Mademoiselle K, je tombe sur le portefolio de Marrie Bot, une photographe néerlandaise qui découvre l'intimité âgée en une série très particulière.
La première photo fait jaillir un subtil cocktail d'émotions paradoxales en mon sang. Je suis troublée et émue à la fois. Puis je tombe
sur ce baiser qui dégage un romantisme auquel je ne sais résister pour finalement découvrir cette autre photographie qui me bouleverse profondément.
Dormir en cuillère passé 80 ans, c'est si émouvant. Il y a une telle douceur qui se dégage de cette image que je reste scotchée. J'en parle à Juan lorsqu'il rentre et il s'exclame: "
Mais oui, à cet âge là, tu ressens toujours l'amour mais tu dois l'assumer avec le corps que tu possèdes! Mais le soir dans ton lit, tu dois encore avoir de ces moments où tu as envie de dormir en cuillère!". Il me prend la main et je sens une vague de chaleur me parcourir le cœur. En effet, il n'y a pas d'âge pour s'aimer....
L'amour qui est porté de décennie en décennie me fascine. J'en soupçonne une magie humaine insondable. Je viens de vivre une seule décennie d'amour et déjà, j'apprécie les sentiments qui en résultent. Ceci ne veut pas dire que
notre vie est rose tous
les jours mais elle n'est certainement jamais noire et insoutenable. La vie, tout au long de son cours, connait bien des passages douloureux. Nous avons déjà affronté bien des épreuves ensemble. Il nous arrive aussi de nous disputailler lorsque nous sommes stressés, de nous taper sur les nerfs lorsque la vie est dure ou de nous chamailler pour savoir qui passera le balai! Mais jamais nous ne nous déchirons les entrailles. Cet amour que nous cultivons ne laisse pas de place à ces moments tranchants.
Évidement, il y a une certaine passion qui, après avoir tenu le volant, s'installe dans le siège arrière de l'auto ! Mais parfois il suffit de garer la voiture et de sauter sur le siège arrière pour s'en rappeler (et la
consommer)! Les stationnements sont plus rares une fois parent mais il s'en trouve toujours bien, un par ci par là, au coin
du quotidien...

Je crois aussi que le ressentiment est le poison de l'amour. La compréhension en est l'engrais et la communication est la clé qui ouvre les portes du bonheur. En ma première relation, qui dura aussi
dix ans, il y avait de l'amour mais tellement de blessures et de ressentiment accumulés au fil des ans que cela ne pouvait qu'exploser en une sorte de fin du monde qui me dévasta
les jours.
C'est là que le destin déposa Juan sur mon chemin. Celui-ci s'éprit tant de ma peau qu'il eut la brusque envie de me recoller le cœur en miettes. Je ne sus résister à ses charmes et succomba. Et il a réussi son coup le p'tit maudit! Dix ans plus tard,
mon cœur est recollé comme neuf et ses cicatrices ne font même plus mal! Il marche désormais merveilleusement bien et c'est en partie grâce à lui (et aussi
pour lui). Je vais quand même m'accorder une certaine responsabilité de ma guérison en assumant les choix de vie que j'ai pris pour rendre le tout possible.
Alors que je vois arriver mon prochain anniversaire d'un œil désabusé, ces images d'amour et de nu flétri révolutionnent mon esprit qui n'admet pas le poids des années sur son corps. Comment ne pas me sentir à un carrefour d'existence, prise en sandwich, entre ces deux albums de photos découvert sur la Toile? Alors, je réalise que ces images de corps vieillis m'offrent d'autres repères que le souvenir de mes promenades d'antan. Elles dissipent le désespoir de ma jeunesse qui s'estompe inexorablement pour me débroussailler un chemin d'espoir vers de nouvelles perceptions...