vendredi, mars 14, 2008

En orbite

Univers mamamitude.

Je suis une maman en orbite. Une maman qui gravite autour de son petit astre d’enfance. Le spleen d’hiver agite mes doutes. M’zelle Soleil m’éclaire le cœur.

Au fil de l’enfant qui s’affirme, j’ai l’impression de me transformer en policière maison. Je ne compte plus le nombre de « lois » que je dois faire respecter en une journée! Cette impression coupe mes inspirations qui se sauvent de la méchante marâtre pas drôle. Poser des limites, les expliquer, les appliquer, c’est toute une job! Je réalise à quel point la décennie que j'ai passée à donner des cours du soir à des enfants turbulents (en difficulté scolaire) a façonné cette autorité que j'exerce aujourd'hui.

Être la police de l'enfance. L'enfant a besoin de limites pour bien fonctionner. Être ferme et juste. Discipliner sans arrêt. L’homme s’en fatigue vite. Il adore être un papa joueur, un papa qui protège, qui cajole et console. Mais s'il hausse le ton, il supporte mal la tergiversation. Ses patiences sont minimes. Je constate que mon brin de fille vient voir l'un lorsque l'autre lui refuse quelque chose:

- Maman, Papa il a dit non à mouaaa...
- Il avait raison, tu dois écouter ton père...
- Mais, mmmaaammannnn, papa y dit non, ze veux zouer encorrre avec l'ôooo, mamannnn....
- Lilou! Ne sois pas tannante, tu sais que les enfants sages doivent écouter les parents. Sinon les parents doivent punir les enfants pas sages. Si papa a dit non alors c'est non.
- Mmmmmm.... c'est plaaate.

Après deux jours de semaine à la maison, pour passer au travers cette vilaine cochonnerie qui lui mit les batteries à plat, il est très content de retourner au bureau! De se sortir la tête de sa « papapitude ». De se réintellectualiser les idées. D’un coup, il se rappelle les difficultés de mes tâches journalières. Il réalise toute l’ampleur de ma situation. Je suis une maman en orbite. "Ground control to major Tom"...

Juan me dit : « Je sais vraiment pas comment tu fais, si je devais rester à la maison avec la petite à la semaine longue, je virerai fou! ». Ouais, franchement, y’a bien des jours où je trouve que je mériterai un salaire pour mes services d’éducatrice à domicile! Il y a des jours où je ne me sens pas valorisée pour deux sous! Pour survivre j'utilise l'Amour comme protéine. Mais je ne vire jamais folle il n’y a que ma patience qui s’amenuise. Et lorsque ma patience s’amenuise je deviens une petite police à moi toute seule! Au loin, j’entends débattre les politiciens du sujet de la famille au Québec tandis que je travaille à élever ma petite fille qui deviendra femme.

L’hiver nous encabane et cela me tanne tout autant que cela ennuie l’enfant. Je ne suis pas la maman parfaite. Même si je sais que cela la défoulerait, je rechigne trop souvent à sortir jouer dehors, surtout lorsqu’il fait -15 dans le vent et qu’il neigeouille encore et toujours. Je préfère encore la voir foutre le bordel dans la maison! Chanelle déprime un peu. Nous passons des journées entières en pyjama! La nouvelle activité de la semaine: s'amuser à se maquiller! L'idée lui est venue en voyant d'autres enfants maquillés à la télé. Cela commence par une demande: « Maman, yiens fé le wyakillage pou moua » Son intérêt soudain pour la chose me fait ressortir mes produits oubliés. Sommairement je lui transforme la bouille en petit chat. Prise par son jeu, je finis aussi avec des babines dessinées sur les joues! Ceci l'amuse énormément surtout lorsque l'on se regarde dans le miroir en "miaulinant". Lily balade sa joie de vivre entre mes quatre murs. Elle m'entraine l'humeur dans sa ronde enfantine. Dehors, le terrain est enseveli sous des mètres de neige, ce qui le rend totalement inaccessible, les murs de neige sont partout. Je me sens un peu prisonnière de la saison! Juan profite de ses moments à la maison pour creuser une cabane dans la neige qui recouvre notre pelouse. M’zelle Soleil est toute contente de ce fait. Pour des raisons de sécurité, je le décourage quand il s'emballe avec l'idée de lui creuser une maison!

Ce qui est dur dans l’hiver qui nous enserre ce n’est pas tant les intempéries que la répétition de celles-ci. Tant qu’elle reste blanche (ce qui est le cas en mon coin de brousse) toute cette neige enjolive le paysage. C’est sa durée qui tue les nerfs! Le froid on s'y fait, à petite dose c'est tout à fait supportable mais à la longue, cela use. De plus cette année, l'épaisseur est un autre facteur à considérer. Nous avons connu notre première tempête en novembre. Et vu comme la saison s’aligne, je ne reverrai pas un brin d’herbe devant chez moi avant au moins la début mai! C’est le même temps qui se répète six mois durant! C’est cela qui me fatigue. Rendue en mars pourtant j’y suis si habituée que c’est à peine si je me souviens de la texture d’un brin d’herbe! Des feuilles aux arbres, ah oui vraiment, cela existe encore? Je discute avec M’zelle Soleil, qui a quelques souvenirs d’été, tout en cultivant sa mémoire je réveille la mienne. Être maman à la maison comprend aussi beaucoup de répétition. Les répétitions font partie de l’apprentissage. Je suis une maman épanouie mais j'ai l'intellect qui bredouille...

Les répétitions. Répéter les consignes. Répéter les concepts qui forment la compréhension. Répéter les mots qui composent la langue qui s'active. C’est pour cela que les comptines enfantines se déclinent sur toutes sortes de variations qui se répètent à l'infini. J’ai la tête pleine de chansons, j’ai laissé entrer Carmen Campagne dans ma maison. J’ai résisté un peu mais mon ado de sœur (qui fut une fan invétéré de la dame) a introduit le concept à ma fille durant ses escapades chez sa Mamie. J’ai vite su que j’étais foutue! L’enfant adore Carmen tout autant que Clo était groupie. Ce matin encore elle me dit : « É bonne Kamen Kampagne! ». Elle la chante plus qu'elle ne la regarde mais je serai une maman bien méchante de lui refuser un tel plaisir! Alors je me tape des vieilles cassettes de Carmen plusieurs fois par semaine. C’est vrai que dans le domaine où elle opère, elle est bien bonne cette Carmen! Lily-Soleil est captivée. Alors voilà que je mange de la vache à toutes les sauces. Parce-qu’il y en a des sauces pour ce refrain populaire qui rentre dans la tête comme une migraine. Il y a la vache classique mais aussi la vache Elvis, country, rock, rap, french cancan et bien d’autres que j’oublie. Clo est morte de rire. M’zelle Soleil chante à tue tête. Et plus elle chante, mieux elle parle, alors je plie.


Je vis aux rythmes de l’enfant qui grandit. Je suis si affairée à ma tache maternelle que lorsque je fais des heures supplémentaires l’homme s’exclame :

- Mais, on as-tu aussi le droit de vivre où elle doit toujours passer en premier!?!
- Heu, heu…

Ma bibliothèque musicale se remplit de comptines, je fais des CD pour l’enfant chérie. Des compilations destinées à la voiture. L’homme soupire. J'équilibre son blues avec le nouvel album d’Erykah Badu qui me rappelle aussi que j’ai une vie personnelle. Ainsi lorsque nous sommes en voiture, M’zelle Soleil écoute sa musique et se transforme en un petit bijou de fille. Son père capitule. Il se tape la vache version Beatles après Pirouette Cacahouette et Alouette sans rien dire! Il finit même par chanter de concert avec nous! J’insère dans ces compilations quelques extraits d’Emilie Jolie qui font rejaillir des bribes de mon enfance ainsi que quelques chansons du Soldat Rose pour respirer un peu entre deux rondes. Je redécouvre toutes ces chansonnettes que me chantait ma Mère-Grand : Le coucou a chanté, en passant par la Lorraine avec mes sabots

Nous nous arrêtons à la station service. Juan sort mettre de l’essence, je rentre à l’intérieur pour payer. Je prends soin de mettre un CD pour la petite avant de sortir de l’auto. Je la vois qui tape des mains dans son siège. Je souris. Tout va bien. Je suis comblée par ce petit chou de fille qui est le mien. L’homme rentre dans l’auto en même temps que moi. Il me dit : « Tu me fascines, t’as même pensé à lui mettre la musique avant de partir! ». Je le regarde mi sourire, mi sourcils froncés : « Ben oui, y’a rien de plus normal! ». M’zelle Soleil demande avec entrain : « La pomme maman, mets la pomme! ». Je trouve la chanson qui dure 40 secondes. Une chanson qu’elle demande à répétition. Résigné, l’homme la met en boucle pour les 5 minutes qui nous séparent de la maison. Pomme de Reinette et pomme d’Api, tapis, tapis rouge…

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