samedi, mai 31, 2008

Brièvement

Une coupure d’électricité, un disque dur endommagé, une fortune à dépenser pour des données retrouver. Quelques larmes dispersées. Une boule à avaler…

Brièvement

jeudi, mai 29, 2008

En vrac de mai

At-the-Shoe-Store-IGardening-II

Après quelques soupçons de chaleur, la météo se fait plus capricieuse qu’une enfant rebelle. S’il fait soleil, un petit vent du Grand Nord vient refroidir les ardeurs, l'on déchante vite! L'on a presque envie de fuir dès le premier nuage! Heureusement que l’on a profité un maximum du beau temps de la fin de semaine dernière! Juan a réparé notre galerie à moitié démolie par l’hiver. J’ai sorti mon short pour essayer de colorer la pâleur de mes cuisses et j’ai mis les deux mains dans la terre pour travailler mon jardin. Mes pousses de tournesols cohabitent avec mes vivaces et quelques pots fleurissent mon entrée.

J’ai opté, cette année, pour décorer les marches de la galerie, avec des roses miniatures. Je fais (en hommage à ma grand-mère disparue) une petite réserve de géraniums. M’zelle Soleil, plus sage que la météo, s’amuse à faire un feu de joie avec son père avant de m’entraîner en compagnie de Raphy sur la trampoline de son parrain. Pendant qu’elles s’amusent comme des chipies, je me plie à leurs quatre volontés pour me retrouver bien courbaturée le lendemain! J'apprivoise ces nouveaux muscles qui me dessinent. J’écris des brouillons d’idées au sujet de la petite enfance, de ce que j'en apprends et comprends, des textes que je n’arrive pas à finir, le temps me file entre les doigts. M'zelle Soleil aspire mes concentrations. Je me perds les idées dans le vert des arbres qui bruissent de nouveau. Je profite d’une visite de Miss Dee pour concocter une version personnelle de ces biscuits aux graines de sésame. Légers et croustillants l’homme n’en fait qu’une bouchée. Depuis quelques jours, une idée saugrenue se ballade dans mes ambitions cuisinières, si j’avais plus de talent et des orties sous la main, je me lancerai dans cette recette-ci. Bien qu’il y ait aussi la confiture de pissenlit qui me fasse envie! Dans ces moments là, l’homme ne regrette pas mes faibles aptitudes culinaires!

Nature's-Colors

Cette semaine il aura fait chaud au soleil mais on se les gèle dans le moindre souffle de vent. La pluie aura verdit la nature et les nuages auront tourmenté le lac. La plage est déserte mais cela n’empêche pas les bateaux d’arriver. En un coin privé, suivie de ma fidèle Chanelle, je vais inspirer les vents qui y soufflent. Ils pincent méchamment la peau. Je bats en retraite. Il fait beau mais vraiment pas chaud. Mon brin de fille attrape une petite grippette! Une petite gripette que je finis par attraper aussi mais qui me met pas mal plus sur le carreau qu’elle! Les enfants sont plus forts qu’on a tendance à le croire! Ce qui ne finit pas de m’étonner c’est de la voir sauter dans tous les sens pendant que je traîne ma petite misère et pourtant nous sommes sur la même galère! Le bordel profite de mes faiblesses pour s’installer à son aise. Je pense à l'océan qui nous attend. Par chez moi, le lac rugit des airs de printemps aux rythmes des vagues qui se brisent sur le sable. Je passe des heures à organiser notre escapade acadienne. Québec se fait toute belle pour les fêtes du 400iéme. Le prix de l'essence n’en finit plus de grimper. La crise alimentaire mondiale fait de plus en plus de bruit. C’est un écho qui cogne à ma cervelle dès que j’ose faire le plein de l’auto. De plus, je remarque que mon panier d’épicerie est plus pesant sur notre portefeuille qu’auparavant...

Nature Path Mosaic

J’écoute les rumeurs de sociétés qui me rendent perplexes. Je réalise plus que jamais notre dépendance à l’essence. L’humanité entière est une junkie. Une junkie à l’or noir. Pendant que les pétrolières s’en mettent plein les poches, le commun des mortels est accro à sa dose. Mais pourquoi ne voit-on l'émergence de nouvelles technologies, de nouveaux moteurs? J'ai peine à croire que l'on ne possède pas de solutions alternatives. Sinon on "roule" certainement à notre perte. Jusqu'où pousseront nous l'absurde de cette situation? Juan commence à se sentir coupable des kilomètres qu’il avale quotidiennement entre le bureau et la maison. Lorsque je vais en ville, je n’ose presque plus appuyer sur le champignon même si cela me chatouille la plante des pieds, j’ai trop mauvaise conscience.

L’essence et ses conséquences est un fait d’actualité. En allant m’entraîner, je réalise que j’ai oublié de remplir ma bouteille vide et je m’arrête au dépanneur le plus proche pour en acheter une nouvelle pleine. Suer pendant deux heures sans boire d'eau m'est impossible. Pourtant, voilà un autre geste qui me donne mauvaise conscience, acheter des bouteilles d’eau lorsque je peux remplir les vides que je possède à la source qui coule à dix pas de ma maison! Je ne suis pas fière de moi lorsque je m’arrête à ce dépanneur qui se révèle être une station essence en travaux. J’ai mon appareil photo avec moi, j’en profite pour attraper quelques clichés de ce chantier à découvert.

C’est la première fois que j’ai l’occasion d’observer la citerne qui se cache sous le béton. Si le pétrole est notre drogue alors cette citerne alimente notre dépendance. Pendant que je cogite sur le sujet, je prends plus ou moins discrètement quelques photos. Une demie douzaine d’hommes me regardent cliquer sur mon piton. J’ignore les humains pour accrocher la scène en son entier. J’en entends un qui dit à la rigolade : « Est-ce qu’on va finir dans le Journal? ». D’humeur taquine, je me contente de répondre : « Qui sait? » tout en entrant dans le dépanneur. Nonchalante, l’appareil photo autour du cou, je vais me choisir une bouteille d’eau. Je me sens épiée. Je laisse glisser la sensation poisseuse. Je sors de l’endroit. J'avance vers ma voiture. Je me sens suivie mais je ne peux m’empêcher d’attraper un dernier cliché. Je me retourne pour voir un monsieur (j’imagine le gérant) m’aborder. Je fais mine de ne pas le voir. Il me demande :

- Y-a t-il une raison particulière pour prendre des photos?

Je le regarde droit dans les yeux, j’esquive un sourire, je laisse planer une seconde de mystère avant de répondre avec désinvolture.

- Non, pas particulièrement….

Je le laisse mijoter dans sa sauce alors que je ferme ma porte et démarre. Je me dis que je viens de mettre le doigt sur un certain mal. De ces maux de société qui soufflent un petit vent de malaise général

Our dealer

En vrac de mai

lundi, mai 26, 2008

Gala des Blogu’or, la soirée...

Samedi dernier, je suis entrée dans une dimension parallèle pour aller assister au Gala des Blogu’Or. J’ai, pour l’occasion, revêtu ma robe rêvée. Inspirée par le conte de Peau-d’Âne, j’ai enfilé mon incroyable robe couleur de lac. Mais, pressée par le temps virtuel, en pénétrant cette étrange dimension, j’ai oublié ma trousse de maquillage! Oups! Tant pis, pas de regard sulfureux ou de lèvres écarlates pour mes humeurs de soirée! Cela dit, la scène était exceptionnelle. La soirée à débuté sur des chapeaux de roues pour se dérouler à un rythme effréné. Une personnalité des médias a fait une petite allocution des plus pertinentes avant de me remettre le prix de la meilleure blogueuse sérieuse...

Sur la pointe de mes talons transparents, je me suis avancée. Le trac, m’en a fait perdre la voix, heureusement, l’on m’en a trouvé une à la dernière minute et j’ai, malgré tout, prononcé mes remerciements! Ouf! Toute une soirée! Je me suis rendue compte durant son déroulement que j’avais eu une brèche d’inspiration lorsque fut venu le temps de présenter ma pomme! Depuis quand est-ce que je baigne dans une mare d’humanité? Heu ? Hein?!? Aucune idée de ce qui m’est passé par la tête ce jour là! Je ne devais pas encore être bien réveillée de ce long hiver qui m’a quelque peu assoupi les neurones! L'homme me le fait remarquer, oui je sais, je ne devais vraiment pas être très inspirée sur ce coup là...

Ce gala est l’un des plus originaux en son genre. Il vaut réellement le coup d’œil. Un gala virtuel qui découvre toute une palette de blogueurs ainsi que quelques vedettes des médias québécois. Étonnant! Ce fut un véritable plaisir que de regarder s’animer ces acteurs de blogosphère en notre petit monde virtuel. Ce fut un véritable gala avec des présentateurs et des petits discours, des nominés et des gagnants, de la musique et de l’animation, une vraie fête de blogosphère, (dans sa plus pure nature virtuelle), une fête comme je n’en avais jamais imaginé auparavant. Une soirée éclatée que vous pouvez visionner par là…

My creation

Je tiens aussi à féliciter le travail de la Fêlée et de son acolyte qui fut phénoménal. Bravo à vous deux pour cet investissement gratuit qui profite à tous. Et je remercie chaleureusement ceux qui ont pris le temps de voter pour moi, ainsi que ceux qui ont pensé à me nominer à cette occasion, je pense ici, à un certain fou nocturne. Merci à vous, chers inconnus parfois connus, qui suivez le cours de mes mots au fil des mois (et années) qui passent, merci d'être là, caché quelque part en cette dimension d'écriture parallèle...

Mes félicitations à tous les gagnants de cette virtuelle soirée, j'ai nommé: Grande Dame (et son fils ainé), Laurent Lasalle, Mère Indigne, Pascal Colpron, Vincent Émond, Pierre Léon, Papa me fourre, GratteCenne, Daniel Rondeau, Cacawets, Le gros BS, Dominic Arpin, Coquinette, Chroniques Blondes, Cristine et Photomax...

Gala des Blogu’or, la soirée...

vendredi, mai 23, 2008

Partir sur les fonds marins à la recherche d'airs acadiens

Je voulais aller voir un palmier ou observer le surréalisme de Gaudi à Barcelone. Je voulais me griller la couenne à Key-West ou explorer les arrières cours de Provence. Je voulais me perdre dans la jungle costaricaine ou me reposer sur la plage d’une île tropicale aux eaux turquoise. Mais surtout je voulais partir en vacances avec ma petite famille, mon homme, mon brin de fille, ensemble dans une aventure qui nous mènerait ailleurs.

Nous avons commencé par penser rentrer un coup en France, le mariage d’un ami de Juan, les retrouvailles d’une copine d’enfance, le patrimoine culturel, rencontrer mes amies de blogosphère, aller pleurer sur la tombe à ma grand-mère, la belle famille. Au final, entre les embrouilles à coucher dehors de la belle famille et notre minuscule budget, nous avons pris la sage décision de rester en ce continent. Nous avons décidé de prendre le "temps de nous", à trois, sur la route, version beatniks (nuances parents). Cela fera huit ans que nous nous sommes mariés à Besançon, je n’ai pas remis les pieds en France depuis. Cela fait vingt ans que je n'y habite plus. J'ai désormais vécu une plus grande partie de ma vie ici. Ici plutôt que là-bas. Je suis une hybride épanouie. En me mariant, Juan a quitté son pays pour construire un couple ici. Aujourd'hui nous sommes l’un de ces exemples d’intégration qui ne font pas les manchettes des journaux. Depuis sept ans, entre lac et forêt, nous habitons la même rue. Durant ce temps nous n’avons guère voyagé, nous avons mis la priorité sur l’idée de construire une famille, sur l’idée de bâtir de solides fondations que nous avons plantées en ce coin de brousse. Ici, j’ai enraciné ma bohème. Ici, je suis devenue maman. Ceci n’empêche pas que souvent j’ai des fourmis dans les pieds. En huit ans, nous sommes allés une fois à New-York, quelques fois à Tadoussac, et plusieurs fois à Montréal pour humer les souffles urbains et retrouver des copains.

Cette année, pour la première fois, Juan a trois semaines de vacances payées. Il est devenu papa en même temps qu’il finissait ses études, il a commencé à travailler en même temps que Lily-Soleil expérimentait ses premiers babillements. Maintenant qu’elle n’arrête plus de papoter, il peut enfin prendre « le temps de nous ». Ce sera nos premières vacances ensemble en tant que parents. La première fois qu’il aura l’occasion de passer autant de temps en notre compagnie. Au programme, le Festival d’Été de Québec pour se divertir les idées, pour passer du bon temps avec les amis entre ciel ouvert et musiques en fêtes. Puis vient le temps de se raisonner et de s’organiser un « road trip » sensé. Je voulais aller en Louisiane mais avec notre voiture c’est assez loin pour ne pas être sur d’en revenir! Nous avions pensé à la Virginie, mais en juillet se retrouver au milieu d’une marée dégoulinante d’américains ne nous a pas paru si réjouissant! Avec le prix de l'essence qui n'en finit plus de grimper, il nous fallait sagement réfléchir. Finalement c’est en discutant avec Miss Dee que j’ai trouvé la solution sensée, une idée raisonnable qui a plu à Juan. Aller en vacances dans le Nouveau Brunswick! Ouais, pas aussi excitant que tout le reste mais un projet qui a le mérite de ne pas aggraver nos dettes. Un projet réalisable qui nous fera sortir de notre brousse pour un périple de quelques deux mille kilomètres sur une semaine. Un voyage qui sera aussi l'occasion de stimuler notre enfant (en de bonnes conditions) à la différence des paysages, l'occasion pour Lily de prendre la route avec ses deux parents et de voir pour la première fois l'océan...


Baie de Fundy - Nouveau Brunswick

Le Nouveau-Brunswick posséde, paraît-il, les plus belles plages canadiennes aussi chaudes que celles de la Virginie! Le Nouveau Brunswick qui cache en son sein l’Acadie. Je voulais découvrir la Louisiane mais l’Acadie est à la source du tout. Juan s’est parfois fait prendre pour un acadien, un jour lointain il revient à la maison et me demande :

- Dis c’est quoi L’Acadie?
- ??? Hein???
- Ben oui y’a un gars aujourd’hui qui m’a dit que j’avais l’accent acadien!!! Pis j'sais même pas c'est quoi l'Acadie!


Je le niaise un peu avant de lui faire un résumé d’histoire et la vie continue son chemin. Les années passent, avec ce voyage à saveur familiale, nous aurons donc l’occasion d’aller faire un petit tour d'Acadie pour y explorer ses saveurs oubliées. Dans le fond, nous passerons peut-être plus de temps en pays acadien qu’en "territoire anglais"! L’idée est intrigante. Je farfouille le site, très riche, de l’office du Tourisme, j'y découvre quelques perles. Au creux de la nuit, grâce à la magie de la Toile, nous organisons un trajet qui nous plait. Je suis toute émue, Juan me fait les yeux doux. Nous organisons un trajet qui pique nos curiosités avec des noms comme Bocabec, St-John, Kouchibouguac ou Bouctouche qui, paraît-il, possède de superbes plages de sable blanc. Pas de palmiers à l'horizon mais un souffle de liberté qui m'aère les pensées troubles. Un souffle à suivre quelque part dans le mois de juillet…

Partir sur les fonds marins à la recherche d'airs acadiens

jeudi, mai 22, 2008

En deux coups de cuiller à pot.

Journées pluvieuses qui se succèdent tristement tandis que verdit la forêt enchantée. Les arbres s'habillent de nuances phosphorescentes qui me réchauffent le moral embrumé. J'ouvre grand mes fenêtre et respire enfin l'air frais. Ragaillardie je me sens. C'est le temps du grand ménage de printemps. Shni, le petit génie tannant qui me hante les pensées, en profite même pour faire une apparition surprise et encourager cet élan d'ordre et de propreté. En un tour de main, je reprends les rennes de la maison qui divaguait dans un joyeux bordel. Tout est sous contrôle. M'zelle Soleil, toujours plus encline à foutre le bordel qu'à le ranger, n'essaie pas tant de m'aider qu'elle s'affaire à ne pas me couper ces élans ménagers. Je profite de la sieste de l'enfant pour finalement m'installer quelques minutes devant l'écran, nourrir MediaTic et choisir l'expression qui me botte cette semaine...

EXPRESSION via expression.fr
« Ne pas mâcher ses mots »

SIGNIFICATION
Parler franchement. S'exprimer sans ménagement.

ORIGINE
Autrefois, 'mâcher' s'écrivait 'maschier'. Et au XIIIe siècle, déjà, "ne le querre maschier" signifiait "ne pas chercher à dissimuler, dire franchement" ('querre' étant une ancienne forme du verbe 'quérir'). Au XVIe, on peut lire la forme "je ne lui macheroie point ses veritez" et au XVIIe, l'expression est devenue "ne point mâcher" avec toujours le même sens. Ce n'est que plus tard que "ses mots" a été rajouté. L'image est simple à comprendre. Si vous laissez les mots sortir comme ça de votre bouche, sans prendre le temps de réfléchir à ce que vous allez dire, votre discours risque d'être un peu brut, peut-être blessant, mais il aura le mérite d'être franc. Alors que si vous 'mâchez' un peu les mots, si vous les mastiquez au point de les modeler, les modifier et d'affiner un peu votre discours, vous allez probablement dire des choses moins agressives et peut-être parler de manière un peu plus diplomatique et/ou un peu plus hypocrite. Donc, que vous oubliiez de tourner sept fois votre langue dans votre bouche ou que vous ne mâchiez pas vos mots, le résultat sera le même : vos paroles seront probablement très franches, au risque de secouer un peu votre interlocuteur.

EXEMPLE
« (…) Carnot, qui ne mâche pas les mots, lui voit tous les vices de l'Ancien Régime et aucune des vertus du nouveau (…) » Louis Madelin - Talleyrand

En deux coups de cuiller à pot.

mercredi, mai 21, 2008

C'est pendant l'orage qu'on connaît le pilote.
Sénèque

Une petite rébellion de temps en temps, c'est comme un orage qui purifie l'atmosphère.
Thomas Jefferson

Et ne vaut-il pas mieux quelque orage endurer, Que d'avoir toujours peur de la mer importune ? Par la bonne fortune on se trouve abusé, Par la fortune adverse on devient plus rusé.
Joachim du Bellay

entre deux coups de tonnerre

lundi, mai 19, 2008

Pleine lune sur fond de brousse,

Après une fin de semaine à saveur monoparentale, Juan étant parti jouer avec son équipe à un tournoi de volley quelque part dans le Sagenay, je commence à être bien vidée arrivée dimanche soir. Je pense avec respect à toutes ces femmes qui élèvent seules leurs enfants. Ma douleur buccale qui me tenaille encore par vif instant, fatigue mes nerfs que je travaille à double régime, afin que M’zelle Soleil ne sente pas le manque de son père. Je lui donne toute mon attention, toute mon affection, je m’adapte à ses rythmes, je fonds mon univers au sien, j’en fais le nombril de mon monde...

Avant de partir Juan me dit : « J’ai un peu peur qu’elle m’oublie. » je manque de pouffer de rire. Lily-Soleil, oublier son père? Ce serait comme si le ciel oubliait les étoiles à la nuit tombée. Cosmiquement impossible! Juan fait partie intégrante de sa vie depuis sa naissance. Nos premiers mois alors que je bataillais pour retrouver la santé, il s’en est occupé comme une mère l'aurait fait, avec autant de dévouement et d'abnégation. Moi qui n’était qu’une loque à mamelles branchée sur une trayeuse électrique, moi qui n’était plus que l’ombre de moi-même. Durant ces temps difficiles, Juan a été la force qui m'a soutenue dans le dédale de mes ténèbres. C'est ainsi que depuis le tout début de son existence, il s'intègre au quotidien de Lily pour l'aimer et la conforter. En retour, elle l'idolâtre avec passion...

Maintenant que j'ai repris contrôle de ma vie , je lui laisse consciemment tout l’espace nécessaire pour qu’il puisse, le plus possible, interagir avec sa fille. Comme ma fille et ma pomme ne connaissons en notre relation aucune carence émotionnelle, il m’est facile de me reculer pour laisser Juan construire sa propre relation avec elle. Leur harmonie m’est délicieuse, pour moi qui ait grandit sans aucune notion paternelle, Juan représente un idéal de papa, tel comme j’ai parfois pu l’imaginer lorsque je me faisais des films de petite fille. M’zelle Soleil est l’astre de son père. Son père est son Amour. Dernièrement, avec patience et persévérance, Juan lui a appris à faire du vélo. Elle s’en est tirée avec quelques cabosses. J’ai un peu grincé des dents. Juan était si content de partager avec elle ces instants précieux. En deux fins de semaine, la demoiselle pédalait vaillement. Juan en est si fier que lorsqu’il la voit pédaler et rouler au bout de la rue il me dit : « Ouf, lui apprendre des trucs et la voir progresser, cela me fait gonfler le cœur ». Je me dis que pour ma part chaque seconde passée avec elle me gonfle le cœur. En cette nouvelle saison qui prend forme, j’ai le cœur aussi gros et léger qu’une montgolfière voguant au « firmaman »

Bulles de Lily

Rares sont les occasions où son père part trois jours de suite. Comme il fait beau et que l’on s’occupe à jouer dehors avec les petites voisines, elle ne voit pas trop le temps passer. Il n’y a qu’entre deux activités qu’elle se questionne sur l’absence de son paternel. Je lui explique : « Papa est parti jouer au ballon avec ses amis » et tout le blablabla de circonstance. Comme elle l’a déjà vu jouer au volley, elle en comprend parfaitement le concept et accepte le fait. Elle sait que nous irons le chercher à Québec dimanche soir, elle sait qu’il reviendra, elle a confiance. Elle aurait bien aimé l'accompagner mais elle n'en fait pas un plat. Maman à son service remplit sa cuisine intérieure. Elle fait une petite "baboune" samedi lorsqu’il m’appelle durant sa sieste et qu’elle ne peut lui parler. Quelques sauts de trampoline plus tard, elle se tord de rire en l’air.

Sans chercher à la brimer, je la laisse sauter avec ses deux petites amies âgées de sept ans sur la trampoline géante qui la fait s'envoler au ciel. J’ai le cœur qui fait des bonds avec elle. Consciente d’un potentiel danger, je regarde la scène d’un œil perçant, averti, vigilant. Dés que les filles s’approchent trop près l’une de l’autre, je me transforme en gentille police : « Non, les filles pas si prés, attention, reculez un peu, okay c’est beau, Raphy ne pousse pas Lily! ». Et cela saute à s’en faire vibrer la cervelle et cela rigole à en tomber par terre pour mieux s’envoler dans les airs. Les petites filles se font un « fun noir ». Tandis que je suis comme un aigle aux aguets, le regard rivé sur ma fille qui se transforme en un fétus de paille sur pattes, j’ai le cœur emporté dans une montagne russe. Dans le silence de ma tête, je me répète : « Elles s’amusent comme des petites folles, c'est cool, regarde comme elles sont belles, tu es en contrôle du danger, tu veilles, rien ne peut leur arriver ». J’avale mon angoisse de louve et je souris. M’zelle Soleil est si heureuse que cela me transperce l'être.

Arrive le moment d’aller chercher Juan. L’enfant est prête, sage comme une image d’Épinal, elle monte dans son siège en papotant. Je l’attache. Je m’assois à ma place, tourne la clé et…rien…. Pas un souffle de démarrage, juste le silence d’une batterie éteinte. Shoot! Il ne me faut pas longtemps pour réaliser que Lily aura, la veille, joué avec la lumière du plafonnier. Je pars chercher Phil, père de Raphy, compagne de jeu adorée de ma fille. Il me dit :

- Il est manuel ton char?
- Yep.
- Bon ben on aura qu'à le pousser dans la petite côte vers la forêt…
- Humm, t’es sûr parce-que cela à l’air bien à plat ma batterie, y'a même plus rien qui allume!!!
- Mais, oui, j’te dis ça va marcher!

Sceptique j’écoute l’homme de service. Il me pousse, rien ne se passe, la voiture est à plat. M’zelle Soleil commence à se rendre compte de la situation. J’en profite pour lui faire la leçon de circonstance en ce qui concerne la lumière du plafonnier! Elle fait mine basse, consciente de sa faute, elle reste bien sage. Je ne m’énerve pas, je ne la dispute pas vraiment, je me contente de lui expliquer calmement les tenants et aboutissants de la chose. Pendant ce temps Phil va chercher son 4X4 pour « booster » ma voiture. Manque de pot, il ne trouve pas les trucs pour accrocher les câbles dans son moteur neuf. Bon! Rendu là je suis au milieu de la route qui se transforme en sentier de « bouette » et qui fait un U dans la forêt jusqu’à la prochaine rue qui compose notre petit quartier boisé. Je macère sur l’obstacle, je sais que je l’ai laissé jouer l'enfant quelques minutes dans la voiture sans vérifier ensuite si tout était correct. Je tiens compte de ma responsabilité. Raphy arrive en chemise de nuit pour participer à l’action. Phil retourne chercher la voiture de sa femme, il « plogue » mes câbles et j’essaie d’aspirer un peu de son jus. Mais non, rien de rien! Je suis au point mort. Il me dit :

- Ben ta batterie est vraiment morte, t’as même plus de starter…

Je grimace. J’appelle l’homme qui est arrivé à Québec. Il me dit que la voiture de la voisine arrive jamais à booster la nôtre! Manifestement nous ne nous rendrons plus en ville. Il s’arrange donc pour emprunter la voiture d’un ami afin de revenir chez nous. Phil est amusé, faut dire que j’allège un peu l’atmosphère en faisant ma comique, il m’explique que Raphy lui a déjà fait le même coup et qu’en plus, ce jour là, elle avait laissé les clés dans la voiture pour ensuite "barrer" les portes! J’échange un regard complice avec Rafifi toute contente de voir s’allonger sa journée! M’zelle Soleil rumine sur sa bêtise, j’ai bien l’impression qu’elle apprend sa leçon, je doute qu’elle ne retouche de sitôt à cette lumière. Tout comme elle n'essaie plus de s'enfermer dans la salle de bain depuis le matin où elle a eu une bonne trouille et que j'ai du escalader mon mur de pierre, puis la fenêtre pour arriver à la libérer de sa mésaventure! Elle m’explique : « Z’ai cassé l’auto. Z’ai anumé la numière pis l’auto mache plus! Rien. Peut pas aller checher papa! Non rien! Z’ai cassé l’auto! ». Elle sait bien que son père lui a plusieurs fois fait la leçon à ce sujet et je soupçonne que ce soir elle regrette de ne pas l’avoir mieux écouté. Alors que l’on essaie de pousser la voiture sur le bas coté, Phil est à moitié mort de rire lorsqu’il constate que le frein à main est collé « ben raide ». Il me demande :

- Heu, t’utilises-tu parfois ton break à bras!
- Heu non, jamais.
- Ah! Ben c’est ça, je l’ai mis pis y’ai resté collé!
- Bon ben c’est le boute du boute...

Je sors de l’auto pour aider à la pousser afin de libérer un passage. Je ne suis pas vraiment inquiète, je sais qu’il ne passera personne d’ici à ce que Juan revienne et s’occupe du problème. La nuit est presque tombée, il se fait tard. Phil et Raphy rentre chez eux . Ma fille et ma pomme restons assises sur le petit muret de pelouse devant chez nous. La nuit est douce. L’on discute de la situation sous un ciel bleu nuit. J’observe la lune qui nous épie entre deux nuages sombres.

- Mais maman on peut pas laisser la yoiture au miyieu de la rroute!
- Mais si, on peut rien faire, elle marche plus, elle est cassée, maman peut rien faire
- La voiture est cassée?
- Oui, elle démarre plus, il faut attendre que papa rentre pour la réparer
- La voiture cassée pake z’ai anumé la nimière?
- Oui, tu sais que papa y voulait pas que tu y touches, et comme elle est restée allumée longtemps maintenant la voiture est cassée
- Mais maman, faut checher la voiture, é au miyieu de route!
- Oui, je sais, mais je peux rien faire…
- Rien, bahh rien, oh, Lily cassé la yoiture avé la numière, pis là rien, laissé au miyieu de la route. É papa? Que papa?
- Papa a un ami qui va lui prêté sa voiture et après il va réparer l’auto mais là tu vas aller faire ton dodo.
- Ami de papa prête yoiture?
- Oui, allez viens, on rentre…

Elle me suit comme un charme. Je la couche sans aucune comédie. Je savoure la plénitude du silence et de la paix. Je soupire en regardant briller la pleine lune. Je m’assoie devant l’écran. Je regarde mes courriels lorsque le téléphone sonne. C’est Sylvie, mon amie qui habite à l’autre bout du quartier. Elle me dit :

- Ben ça va?
- Ben oui, pourquoi? T’as vu la voiture dans le U?
- Mais y’a la police devant chez toi!
- Hein, la police???
- Ben oui, elle est juste devant chez toi m’a dit Jay?
- Hein, attends je vais voir...

Je sors dans la nuit pour distinguer dans la pénombre de la forêt, là où se trouve ma voiture, la police qui investigue ma connerie! Bon ben manquait plus que cela!!! J'avais oublié la ronde du dimanche soir, elle avait raison la petite puce, laisser la voiture là m'attirerait des problèmes! Je cours comme une gazelle jusqu'à eux. Ils me regardent arriver, les yeux écarquillés, un peu essoufflée, je m’embrouille la langue :

- Heu, ben c’est ma voiture, heu j’habite juste, là, ma batterie est morte, avec le voisin on a essayé de la booster mais rien, elle veut rien savoir, je viens de coucher ma petite fille, elle a laissé allumer la lumière, c'est pour ça qu'j'ai plus d'batterie, je devais aller chercher mon chum en ville, mais j’suis restée pognée là, heu.. Là j'attends qu’il rentre, un ami lui prête son char pour venir s’occuper du notre, heu…

Les deux policiers me regardent avec des airs de pitbulls! L’un me demande :

- Mais depuis combien de temps elle est là?
- Ben 8 :30, lorsque j’ai voulu alller chercher mon mari pis que j’ai vu que j’avais pu de batterie, pis que le voisin a essayé de m’aider mais que je suis rester pognée là!!!

L’autre semble retenir un songe de sourire lorsqu’il me répond en me tendant un trousseau :

- Pis les clés, c’est pourquoi au juste?
- Oups, oups j’ai oublié les clés! Ben mince alors, c’est que je suis rentrée coucher la petite pis c’est pas comme si elle pouvait bouger, j’habite juste là, elle allait pas se sauver! Heu… Désolée…
- Mais tu barres pas tes portes?!?

Là je ne peux m’empêcher d’écarquiller mes yeux :

- Barrer mes portes!?! Mais heu, c’est la forêt là! Pis j'suis juste là!

Il fronce les sourcils tandis que je poursuis à toute vitesse :

- Pis j’suis si habituée à la sécurité de la rue c’est pas un réflexe! Heu, désolée, merci hein…

Le policier au volant démarre son char. Sans un mot de plus. Il ferme sa fenêtre et je les regarde partir dans l’horizon sombre! Je regarde la lune qui fait une percée entre deux épais nuages : « Bon cela vas-tu finir là, j’peux tu relaxer trois secondes!!! ». À peine arrivée à ma porte, sonne le téléphone. C’est Sylvie qui m’explique comment Jay, mon ancien éléve devenu grand, a vu passer la voiture de police. À travers les arbres du boisé qui nous sépare, ils les a vu s’arrêter devant chez moi et s'est senti de son devoir de me prévenir sur le champ! Cher Jay, petit garçon limite autiste qui me fit, au fil des devoirs partagés, une place dans son cœur. Je suis aussi surprise que touchée. Je constate combien le silence de la nuit est calme. La vingtaine d’âmes en mon quartier est bien rangée dans ses pénates. Et je réalise qu'il y a toujours quelque part entre les arbres un œil qui veille sur les autres…

Saga de pleine lune en fond de brousse,

samedi, mai 17, 2008

Premières "baignades"

En cette semaine de joli mois de mai, des journées chaudes et ensoleillées ont rendu le lac attirant pour d'autres pieds que les miens. Afin de s'amuser à son gré, M'zelle Soleil n'a pas hésité à s'y tremper les petons (il y a encore deux semaines, la glace recouvrait sa surface, il doit rester encore quelques glaçons en profondeur!). Le bleu du lac qui se mélange avec celui du ciel, les reflets étoilés de l'eau claire sous un astre brûlant, un tout qui invite à la témérité. L'enfant ne se fait pas prier pour y entrer. D'ailleurs, je dois retenir ses envies de s'y submerger! En avançant dans l'eau cristalline, elle s'exclame avec bonheur:

- Regarde maman, ze me baigne...
- Oui, mais ne vas pas si loin, attends que je remonte ta jupe! Lily, attention...

L'eau glacée ne semble pas faire reculer la petite fille rayonnante. Tant et si bien que je dois la disputailler un coup pour qu'elle daigne en sortir, les orteils rougis par la fraicheur du lac, le sourire jusqu'aux oreilles. Pour ma part, lorsque je m'y trempe les pieds, c'est pour un rapide aller-retour, l'eau est encore bien trop gelée à mon goût, elle pince vigoureusement la peau et resserre fermement les pores. Mais si ma fille, toute à son innocence enfantine, n'a pas semblé percevoir le même froid que ma pomme ridée, elle en a capté la même joie d'être là...

Première baignade

Premières baignades

vendredi, mai 16, 2008

En une petite semaine les feuilles sont apparues sur les branches, la forêt verdit à vue d'oeil, c'est un délice pour l'esprit. Je passe beaucoup de temps à l'extérieur, cela fait un bien fou. Avant que ne s'achève cette semaine, je choisis cette expression qui m'a toujours fait un peu sourire, une expression toute féminine que j'applique personnellement le moins possible...

EXPRESSION via Expressio.fr
« Se crêper le chignon »

SIGNIFICATION
Se battre, se disputer violemment (entre femmes)

ORIGINE
L'étymologie du mot 'chignon' est intéressante ! 'chaignon' ou aussi 'chäegnon', au XIIe siècle, désigne la nuque. Le mot est issu du bas latin 'catenio', lui-même venu de 'catena' (chaîne). Pourquoi la nuque en partant d'une chaîne ? Deux hypothèses sont évoquées. D'abord le fait que la nuque soit vue comme une chaîne de vertèbres ; ensuite, par métonymie, à cause de la chaîne passée au cou du prisonnier. C'est par croisement avec 'tignon', qui désignait une masse de cheveux relevés sur la nuque, que le sens actuel serait apparu au XVIIIe siècle. Si cette expression n'est utilisée que pour désigner une dispute ou une bagarre entre femmes, c'est bien parce qu'elles seules, en occident, peuvent porter leur chevelure relevée et groupée derrière ou sur la tête, formant ainsi ce qu'on appelle un chignon. Et, lorsque ces gentes dames se bagarrent, si jamais elles s'attrapent par leurs cheveux, leur chignon est complètement explosé et ne ressemble plus à rien. Maintenant, passons à l'explication du crêpage. Il n'y a là aucune allusion à une quelconque crêpe déposée sur les cheveux ; non, le crêpage consiste, selon le Robert, à "gonfler les cheveux en repoussant une partie de chaque mèche avec le peigne ou la brosse de manière à les faire gonfler". Alors, les inventeurs de l'expression, ont dû considérer que, à l'issue de la bagarre, lorsque les protagonistes avaient leur chignon défait et leurs cheveux complètement ébouriffés, cela pouvait être mis sur le compte d'une tentative de crêpage fort peu réussie.

EXEMPLE
« Au marché de Briv'-la-Gaillarde
À propos de bottes d'oignons,
Quelques douzaines de gaillardes
Se crêpaient un jour le chignon.
À pied, à cheval, en voiture,
Les gendarmes mal inspirés ?
Vinrent pour tenter l'aventure
D'interrompre l'échauffourée
Or, sous tous les cieux sans vergogne,
C'est un usag' bien établi,
Dès qu'il s'agit d'rosser les cognes
Tout l'monde se réconcilie.
Ces furies perdant tout'mesure
Se ruèrent sur les guignols,
Et donnèrent je vous l'assure
Un spectacle assez croquignol. »
Georges Brassens - Hécatombe

Se crêper le chignon

mercredi, mai 14, 2008

Quelques gouttes de bien-être.

L'hiver fut rude. Par-ci par-là des petits tas de neige résistent encore à la nouvelle saison. L'été arrive enfin pour me sortir de mon cloître hivernal. J'utilise le soleil comme médecine. Je prends du soleil comme d'autres prennent des pilules. Je baume mes peines à coups de nature...

Premières journées à saveur d'été. La chaleur, étrangère à mes immédiats souvenirs, caresse mes jambes nues. Le soleil me brule délicatement la peau des bras et j'aime cela. Ici l'on ne connait que trois véritables saisons. Il n'y a que trois saisons qui ressemblent à quelque chose, l'hiver, l'été et l'automne. Ici le printemps ne ressemble à rien. C'est juste une transition entre deux extrêmes.

Tout comme la neige a fondu, ma silhouette reprend forme, mes efforts portent fruits. Je le remarque dans les regards masculins. Je constate l'intérêt de ces hommes qui tournent la tête et me regardent de nouveau. Je ne suis plus invisible. J'ai considérablement maigris. Je ne le vois pas par moi-même (j'ai toujours la même maladie moderne qui sévit chez tant de femmes à différents degrés). Ce que je n'arrive pas à discerner dans le miroir, je le perçois dans les yeux de Juan qui pétillent de désir. Je le sens dans la fluidité de mes mouvements. Mes muscles portent mon corps de plus en plus souple. Je me sens de plus en plus à l'aise dans ma peau raffermie. Je ne suis toujours pas satisfaite de mon cas mais peu à peu, les dégâts de ma grossesse s'estompent dans le temps. Je demande à Juan:

- Ça y est, j'ai retrouvé une taille normale? On peut-tu dire que c'est une réussite?
- Oui, d'où tu reviens je dirais même que c'est un exploit!!!

Je ronchonne, un exploit, cela le sera lorsque je pourrai me regarder dans une glace sans grimacer. Ceci un processus complexe. Au moins, maintenant, je peux me regarder dans un miroir et reconnaitre celle que je vois (admettre celle que je suis). Il est vrai que si j'en crois les magazines féminins ma perte de poids est exceptionnelle mais vu comment ma prise de poids fut phénoménale, je n'en vois pas l'incroyable. Je n'arrive pas à m'en féliciter sans me rappeler la honte initiale que j'ai ressentie une fois prisonnière de ma chair de gélatine. Un jour, alors que je parlai avec une amie de cette prise de poids débile qui me permit d'enfanter ma fille, elle s'est innocemment exclamée:

- Whaou, je savais même pas qu'on pouvait prendre autant!
- Yep, parait que c'est rare, en plus j'ai même pas mangé pour quatre, ni pour deux! Si au moins je m'étais goinfrée, cela aurait fait du sens! Y'aurait une justice! Dire que j'ai appris à manger équilibré en tombant enceinte! Mais mon corps habitué aux privations est devenu comme une éponge, l'horreur! Je mangeais une pomme et je prenais une livre!!!! Enfin, j'ai quand même pondu un joli bébé en santé même si j'ai failli y passer...

Je ne veux plus combattre mon corps. Je me suis battue avec lui durant toute ma vingtaine, il s'est vengé sur ma trentaine. Il a su tirer profit de ma grossesse pour m'abattre à plate couture. J'en comprends les leçons. Même si je bataille encore, nous ne sommes plus en guerre. Désormais je respecte mon corps, petit à petit il devient un ami. Je commence même à lui pardonner les tortures qu'il m'a fait subir. Je muris. Je veux juste retrouver un confort personnel, retrouver ma séduction et un bien-être physique. Pour cela, il me faut accepter les dommages irréversibles de ma peau déformée. Et pour arriver à l'accepter, il me faudra suer encore un peu. Je ne fais pas de régime. Dans mon cas, c'est inutile. Cela irait plus vite si je me privais mais cela ne ferait que recommencer le même cycle destructif. J'ai appris ma leçon de vie. Tout est question de métabolisme, être sensée et raisonnable suffit. Je n'aime toujours pas faire de l'excercice mais je m'y plie de bon gré, mon corps aime tant cela qu'il m'en remercie et je l'apprécie. Au moins, tout n'est pas perdu, après dix-huit mois à travailler mes pectoraux, j'ai les seins qui se raffermissent et remontent, un petit miracle en soi...

Premier bateau posé sur l'eau, c'est le début de l'invasion. Bientôt la pureté de ce paysage sera dénaturée par des dizaines de coques à moteur. Le plaisir des hommes prendra, comme à son habitude, la nature en otage. Tous ces bateaux à essence feront un bruit d'enfer sans se préoccuper du paradis des autres. M'zelle Soleil me dit avec joie:

- Oh! Maman, regarde, y'a un bateau!
- Oui, ma puce, je vois...
- Poupoi y'a un bateau?
- Parce-ce que c'est l'été qui revient. Tu sais, maman, elle aime pas beaucoup les bateaux sur le lac...
- Moi, z'aime bien les bateaux...
- Oui, je sais...

Un instant solitaire. À l'horizon, l'activité humaine emplit la quiétude de la nature, une scie, des coups de marteau, une voiture, un avion. Un Canadair au dessus de ma tête fait des allers et retours entre l'azur du ciel et le bleu de l'eau. Je l'observe transvaser des masses liquides d'un coin à l'autre. Le lac étoilé de reflets d'argent respire le calme et la paix. L'air cristallin comme le son de l'eau qui frémit sous mes pas transporte mes émotions. L'eau douce rafraichit et soulage ma peau. Au loin, Kahlua, chien de son état, se baigne à grand coups d'éclaboussures qui sortent Chanelle de sa torpeur divine. Je lève la tête. J'accroche du regard une colonie de têtards qui fait des bulles à la surface du lac. Je médite en silence. Sur le quai oublié, en toute solitude, je fais quelques abdos. Je respire la beauté qui m'entoure. Je récite des mantras dans la ligne du soleil qui m'éclaire. La vie est jolie...

Chaque existence possède sa propre poésie. Pour oublier la présence de ces maux qui m'aspirent les heures, je pars à la recherche de la mienne. Ma poésie, je la découvre en ce petit coin de lac déserté. Je l'inspire. Elle scintille. Je l'apprivoise en ces quelques pas qui font bruisser l'eau limpide...



Poésie humaine

La douleur comme professeur

Une douleur vive et tenace qui emporte les heures. Une douleur aigüe qui coupe le souffle et se nourrit de la force de celui qu'elle possède. Dans les forces requises pour lutter contre le mal, une leçon de vie se dessine à l'esprit combattif.

La douleur comme professeur

lundi, mai 12, 2008

À la porte de l'été

Tree-flower

Du soleil à profusion. Quelques bouffées de chaleur qui réveillent la peau. Les clapotis de l'eau pour caresser l'humeur en vrille. L'amour qui m'imprégne les jours. L'espoir qui s'enracine. Malgré les soupirs des nuits froides, l’été est en chemin. Il sera bientôt à ma porte. Je l’attends avec impatience. Inexorablement je sculpte mon quotidien féminin.

Les arbres reprennent vie, si l'on écoute avec attention, l'on peut presque entendre croitre les feuilles. Bientôt les branches seront habillées de leur couleur estivale. Dans la fraicheur du vent, je travaille à mes plates bandes. Je vois surgir de terre des pousses de tournesols qui me ravissent. Je pense jardin et volupté. J'écoute avec plaisir la dernière création d'Ariane Moffat. Je me sens moi même en pleine renaissance…

Selon toute logique, toute naissance se passe dans une certaine souffrance. Sans ciller, je traverse la mienne. Je collectionne les troubles de santé pas banals. D’ordre buccal, cela fait très mal, c’est une infection rare mais pas grave qui me fait tourner la tête sous des vagues répétées de douleur aigüe. Dans l’épreuve je reste forte. Juan me soutient, M'zelle Soleil me couvre de tendresses.

Je traverse les maux qui avalent mes mots tout en gardant la tête froide. Cela passera bientôt et l'été à ma porte me trouvera plus vivante que jamais...

À la porte de l'été