mercredi, avril 07, 2004

Cochon dingue et ville tranquille...


Comme promis, l'homme m'emmena au resto pour ma fête de blog. C'est au Cochon dingue que nous atterrîmes. Une petite pause, un doux moment de détente et de sourires partagés dans ce quotidien qui nous absorbe et nous emporte....


Avant de rentrer à la maison, pause IGA, bouffe pour chats et compagnie... Ouvert tous les jours jusqu'à 10 hres du soir, c'est notre point de ravitaillement le plus prés de chez nous...


J'amuse la galerie, les p'tits commis me regardent du coin de l'oeil, le sourire aux lèvres, prendre les homards en photo! Comme me dit Juan amusé malgré lui: "Là, tu te défoules fort mon coeur!"

Back from reality...
Entre deux temps...

Semaine chargée, semaine remplie de toutes sortes d’émotions conflictuelles, paradoxales, semaine bourrée d’événements plaisants, de travail retardé. Sans oublier une fin de session à travailler, encore 15 jours et c'est la fête!!!

Hier s’est tenu de lancement de la Revue 29-30 de l’Écrit Primal (230 pages de poésies et nouvelles...) sentiments mitigés devant mes nouvelles en pages! Un peu honteuse de n’avoir pas eu le temps de les retravailler assez, de les polir à leur juste titre, je les trouve un peu trop «produit brut» à mon goût! Je les relis pour y voir toutes sortes de corrections, cela m’apprendra d’abord!!! Prochaine étape dans mon parcours de mots, le «retravaillage de texte», je me colle donc un gros Post-it dans le cerveau et je continue ma route...

Le lancement fut une belle réussite. Entre Gabriel à la guitare, les Vitamines Bleues en prestation et un zeste de « Baladi » (danse orientale), ce lancement fut à l’image du produit dévoilé, tout en contraste, en couleurs et en talent...

Le 17 mars, je mentionnai l’exposition Ivresse. J’avais lors d’un atelier d’écriture soumis 3 textes inspirés par 3 photos de l’expo qui se tient cette semaine à la salle d’expo du Pav. Desjardins sur le campus. J’avais laissé s’envoler quelques lignes qui accompagnaient des bateaux dans la brume...

J’avais aussi écrit quelques lignes pour une bizarre photo de crânes polis par le temps, et finalement j’avais aussi choisi une photo représentant un instant de prière oriental. Vu que le thème de l’expo est l’ivresse, j’ai laissé couler les mots dans cette direction le regard fixé sur cette photo, ainsi naquit "Ivresse Invisible"...

Durant le lancement et la remise des prix de différents concours reliés à la revue, se tenait aussi le vote du public pour les deux textes de cette exposition sur l’ivresse...

Quelle ne fut pas ma surprise, en fin de programme, lorsque l'on annonça le deuxième prix du public d’entendre mon nom! Petit moment d’ivresse intérieure...

Ainsi pour la première fois de ma vie, je gagnai un prix, tout petit (25$ dans la librairie du coin), et un grand plaisir que je savourais comme un chocolat praliné ( c’est super bon le temps que tu le manges, puis voilà c’est tout, la vie continue...). Cependant je fus toute touchée de recevoir un prix voté par le public! Rien ne m’eut fait si plaisir, si le 25$ est le praliné, juste l’appréciation du public m’aurait suffit comme chocolat à savourer...

Du coup, cet après midi, le soleil dans le ciel, le sourire dans le cœur, je me suis empréssée de croquer le praliné...

J’ai eu vite fait de réinvestir ce petit prix, petit rayon de soleil brûlant dans un printemps qui n’en a que le nom, en m’achetant un autre cahier Clairefontaine (j’adore sentir glisser la plume sur le papier satiné d’un Clairefontaine, c’en est presque jouissif si je me laisse trop aller!:lol:) et 3 petits livres Folio tout neuf :

- Plongée dans la vie nocturne... Henri Miller
- Apollon et les putains Carlos Fuentes
- Un ange passe Les anges de la littérature (Folio Pocket)

Et un roman de Gabrielle Roy : La rivière sans repos. Ce sera la première fois que je lirai Gabrielle Roy, dame classique de la littérature québécoise...

Mais voilà P'tit Jay qui débarque dans le silence de mes 4 murs, gotta go back to work now...

lundi, avril 05, 2004



Almost forgot Kurt! Ten years already


Thanks to Blu, i remember now...
A lost thought in a sea of useless words…

Cogitations...

L’homme à la machine, la femme trépigne et se résigne. Elle attend son tour, sage comme une image de Pâques...

Demain mardi, ce blog aura un an! Juan me dit :

- Pour ta fête de blog, je te sors au resto ma belle!
- Heu, c’est gentil merci! Mais c’est pas un si big deal!
- Oui, je suis fier de toi, j’ai envie de te faire plaisir, j’aime ça que tu écrives...


L’écriture et ma vie, une drôle d’histoire qui me fait vivre des joies et des peines, des hauts et des bas, et qui mène ma vie en marge de cette norme qui fait la masse...

Je dois avouer traverser ces derniers temps une autre de ces phases de doutes qui m’avalent les idées pour les assombrir à foison...

J’ai ainsi réalisé ces dernières semaines toute l’ampleur de ce traumatisme que je trimballe au fond de mon cœur. Toute cette insécurité qui m’envahit lorsque je pense à l’écriture comme un tout dans ma vie. Je sais que les racines de ce malaise plongent jusqu'à ma dix-septième année. Alors que j'étais toute fraîche et naïve, je scellai mon destin. J’annonçai un jour à ma mère que je n’avais pas d’autre plan de carrière que celui d’écrire...

Cela faisait des semaines que je réfléchissais à une façon de sortir cette décision au grand jour. Une manière douce pour sortir ma condition du placard pas si secret qui la cachait...

Je m’attendais à une réaction. Je ne m’attendais pas à ce que le ciel me tombe sur la tête! Et pourtant...

Je ne pense pas que ma vie fut vraiment jamais la même ensuite. Ce fossé, qui allait avec les années noyer la mince relation que j’entretenais avec elle, commença à sérieusement se creuser à partir de cet instant, bien aidé par mon beau-père qui se faisait une joie de se mettre à l’ouvrage afin de l’approfondir au plus vite...

Ainsi commença la bataille des mots...

Cette perception alors subtile que jamais je ne deviendrais ce que l’on attendait de moi. Que le chemin qui me conduirait à devenir ce que j’étais au fond de moi-même serait long et bien escarpé. Que je devrais me battre corps et âme pour ne pas me faire écraser par cette masse qui trop souvent cherche à imposer ses normes futiles. Traîner cette mentalité parentale d’un autre temps, d'un autre continent, en ce nouveau monde rempli de liberté et d'ouverture ne fut pas une mince tâche...

Se battre dur comme fer jusqu'à devenir aussi dure que le fer...

Lutter telle une chienne enragée pour ne jamais lâcher le morceau malgré les privations, les menaces et tout ce qui s’ensuit de désagréable...

Entendre années après années : « Tu n’es pas normale! Tu ne feras jamais rien de ta vie comme ça! Prends l’écriture comme hobby cela suffit! L’écriture c’est pas un métier, c’est pas un travail. L’écriture ce n’est pas une situation!!! Tu n’arriveras jamais à rien, tu te bats dans le vide ma pauvre!!! L’écriture c’est du vent, cela ne fait pas manger! Je ferai tout pour casser cette idée stupide! Tu écris, tu écris, c’est comme ne rien faire écrire! Cela ne mène à rien! Tu veux écrire et c’est tout! Et bien alors débrouille toi! Et surtout ne compte pas sur moi!!! »

Des années de lutte, le cœur en peine, incompris, blessé, prisonnier de ce feu intérieur qui brûle tout sur son passage et qui ordonne sans pitié: « Tu écris ou tu crèves, c’est clair! Tu écris et tu ne te laisses pas faire!!! »

Écrire ce broyage de noir et s’isoler davantage. Écrire des histoires qui s’envolent et s’effacent dans cette vingtaine qui se passe...

Apprendre à vivre en marge de cette norme qui s’éloigne. Se consoler auprès de son Prince qui est venu nous chercher sur son magnifique cheval blanc et qui doucement nous murmure à l’oreille les soirs de désespoir : « Je suis là mon minou, je serais toujours là, je te protégerais de tout ceux qui veulent te faire du mal, je suis là pour toi, ne pleure pas... » ( si j’avais su dans ce temps là que ce serait toi qui me ferait le plus de mal, aurais-je ri ou hurlé?) Faire la tournée des châteaux, s’enivrer de voyages et de promesses maintes fois répétées pour mieux se retrouver en miettes, le cœur broyé et les mots étouffés...

Trouver un ange qui se prend d’affection pour ce phénomène de société qui frôle sa vie. Il se met en tête de le ramasser à la petite cuillère pour en recoller ensuite tendrement les morceaux...

Permettre aux mots de jaillir à nouveau, ressentir suinter la sève douce des phrases qui coulent, se relever et repartir en guerre...

Regarder arriver la trentaine légèrement étonnée d’être encore là. Prendre de l’âge et de la raison, accepter certaines de ces règles qui forment les normes de cette société qui m’héberge...

Se muer dans cette norme, y construire un nid, se rendre compte que finalement l’on possède certaines qualités et que celles-ci appartiennent au monde des mots...

Reprendre le fil des mots, reprendre pied, maîtriser ce feu intérieur encore trop dévastateur pour le transformer en instrument de chaleur et de sécurité...

Un jour, comme ça, sans trop savoir pourquoi, ouvrir un blog et sans trop le comprendre s’ouvrir au monde…

Trouver cette discipline d’écriture tant de fois attrapée et perdue, la retrouver pour s’en faire une amie avec un nom inventé dans mes rêves, un nom oublié du passé effacé…

Réaliser que des inconnus apprécient cette écriture enfin sortie du placard de la honte…

Comment expliquer la chaleur qui enrobe mon coeur lorsque ces mots envolés touchent un lecteur invisible qui s’exprime en quelques doux mots. Comment l’expliquer si ce n’est que par un tout petit mot : Gratitude…

Être troublée, laisser glisser les idées, constater avec les mois passés ce traumatisme qui émerge au grand jour de mes pensées…

Pourquoi ne puis-je jamais être vraiment contente, satisfaite de ce que j’écris? Pourquoi toujours cette voix qui n’est pas l’une des miennes et qui s’amuse à me narguer le cerveau?

À force de se poser des questions, l’on finit toujours par en percevoir quelques réponses. (La vérité est en nous disent les sages). Il n’est cependant pas toujours facile de les affronter sans avoir envie de prendre ses jambes à son cou. Et pourtant…

Pourtant demain Etolane aura un an, elle est tout contente, elle danse de joie au milieu d’un grand Pow-Wow imaginaire…

Cet anniversaire virtuel correspondra avec le jour du lancement de la nouvelle édition de la revue L’Écrit Primal, qui contient en ses centaines de pages, trois nouvelles qui sont les miennes…

Trois nouvelles qui ont d’abord été mâché par ce blog avant de se retrouver devant le comité de lecture qui décida de leur sort…

Ainsi Péché Salé, le premier texte qui trouva ici ses quartiers en aura bientôt de tout neuf en fibres végétales. La petite note de Fa, inspirée par Blogue ta musique de Jean-Luc et commanditée par Petite Clo qui me poussa à l’envoyer sera aussi de la partie, accompagnée d’un texte hybride nommé Pensées éparses, fruit de l’été qui se savoure…

L’écriture avance et prend forme, je vais essayer de soigner mon traumatisme lettré dans la prochaine année (cherche psy littéraire pour thérapie ciblée)…

Twilight Hour

Ce matin, je me lève tôt. Je remarque que la lueur du jour est inhabituelle mais comme les derniers jours trimballent cette même lumière blanchâtre, je n’y fais guère attention. Je me trouve super organisée et je pars en avance, trop fière de ma pomme. Je me réveille tranquillement durant le trajet qui me mène en ville…

Arrivée sur le parking, je trouve un calme de circonstance. Plus consciente du froid cinglant que de mon environnement, je passe, cool ma poule, la porte de mon bâtiment. J’ai plus d’une demi-heure d’avance, correct, je passe me prendre un café…

Je monte calmement l’escalier, les couloirs sont déserts. C’est normal, j’ai une demie heure d’avance. Je me dis que je vais pouvoir lire quelques pages avant que ne débarque le troupeau de mes pairs….

Guillerette, j’arrive devant ma salle de cours, la porte est ouverte et oh! Surprise!!! La salle est remplie, silencieuse, et en plein travail! Moment de choc intense!!!! Je cligne des yeux! Hésitante, j’avance à pas de loups et timidement j'entre dans la salle…

Le troupeau lève la tête. Je reste là trois secondes, incrédule, ok! Complètement déconcertée! « Ben voyons y’est supposé être 8hres et le cours commence à la demi! C’est quoi ce truc!!!».

L’on corrige l’examen, je me dirige vers le bureau de la prof, elle me demande mon nom, cherche ma copie. Je jette un coup d’oeil à la pendule qui affiche bien 8 hres. Je regarde ma montre. Fait mon possible pour paraître le plus détachée possible tout en essayant de calculer de combien je peux être en retard sans en réaliser le comment! Mon cerveau encore sous le choc rame désespérément en ce petit matin gris pour comprendre ma vie, lorsque miracle, je débloque et chuchote à la prof…

- Mais!?!? Est-ce que l’on a changé d’heure?

Elle me regarde, une lueur amusée au fond de l’œil…

- Oui depuis dimanche…
- Oooohhh...


Je prends ma copie et m’assois sur la chaise la plus proche, un peu sonnée. Ma p’tite bulle de week-end vient de m’exploser en pleine face, aille, ça fait mal….

dimanche, avril 04, 2004

Dédales virtuels...

Dédale: (Petit Robert): 1543 dédalus, lat Daedalus, gr Daidalos, nom du constructeur légendaire du labyrinthe de Crète. 1: Lieu où l'on risque de s'égarer à cause de la complication des détours. 2: Ensemble de choses embrouillées.


Hier, au détour de la blogosphère, je suis tombée par hasard sur ce petit site en me disant: "Tiens, j’en parlerais demain"... Qu’ils sont trop trognon ces p’tites bouilles d’enfants devenus blogueurs! Jean-Luc plus rapide que son ombre (et surtout que moi *clin d’œil*) est lui aussi passé par là! Suivez la piste de ces enfants devenus grands, sourires garantis...

Le Journal de Travers de Jack Sigurson s’est transformé avec le printemps. Je crus un instant l’avoir perdu, mais en passant par , je finis par retrouver mon chemin virtuel...

Taian Akita, bien entourée a fêté hier la journée de Shakespeare, je réalise que je connais peu Shakespeare si ce n'est des classiques "archimachés". Voilà l'occasion de découvrir...

Oldcola prend des vacances, j’espère qu’elles ne dureront pas trop longtemps, et qu’il en reviendra avec plein d’aventures à nous conter...

Je me perds dans le dédale des blogs qui flottent dans la blogosphère, je deviens poussière de vie. Je contemple l’immensité humaine qui anime cette sphère virtuelle, dans laquelle nous nous égarons, insouciants et libres...

Il y a tant de voix, tant de mots, tant d'avis divers, tant d'esprits qui grouillent et gargouillent! Il est si facile de s’y perdre, de s’y noyer, de s'oublier...

Comme une pieuvre gigantesque avec des tentacules qui parcourent la planète, elle absorbe les mots, elle s'ébat en un océan de phrases. Parfois lorsque je me promène, invisible en son sein, de cloques en cloques, je me ballade le cerveau "paradoxé"...

Les yeux rivés sur l’écran, je «m’entourne» les idées. Puis je reviens dans ce petit coin de rien, un peu chamboulée de toutes ces pensées rencontrées...

C’est le tourbillon de la blogosphère qui m’avale, poussière de moi en ce désert virtuel d’humanité partagée...

Instants...

Après une nuit agitée ponctuée d’un rêve particulièrement troublant. Je me lève dans une atmosphère de lait. Des flocons virevoltent dans cette ambiance étrange! Serveur en rade, mes mots s’évadent. L’homme émerge et répare avant de faire sa collecte de sang routinière...

- Oye! Ben là il est épais à matin! T’as vu comme il est foncé, me dit-il en me montrant une minuscule goutte sur son doigt...
- Mmmm, ben t’es à combien?

Petit bip de la machine qui a fini de calculer et prononce son premier chiffre de la journée...

- Ouais, 17! Constate-t-il sa pique à la main.

Il plonge l’aiguille dans sa chair tendre, me sourit et demande :

- Bon, tu veux quoi au p’tit déjeuner?

Et il enclenche sa journée comme si de rien n’était. C’est ça mon homme, du courage en bloc dans un corps fragile mais bien agréable à croquer...

vendredi, avril 02, 2004


City of the Drawers ~ Salvador Dali

Article bouclé, semaine terminée, cerveau essoufflé...

Bientôt la fin des cours, bientôt la ribambelle d’examens, et ensuite viendra l’été et ses longues journées...

L’été et le lac bleuté, ses journées chaudes, si j’y pense trop fort, j’y suis déjà! Mais attention ne jamais mettre la charrue avant les bœufs disait Mère-grand si sagement...

D'ailleurs, c'est tout aussi sagement que je vais laisser la fatigue me guider vers l'intimité de mes draps frais...

jeudi, avril 01, 2004

Autobiographie fictive, Sans titre...

Lunes après lunes, elle n’en finissait plus de grossir! Tant et si bien que je crus un temps qu’elle allait finir par exploser! Heureusement, cela n’arriva pas et de son énorme ventre sortit 3 minuscules bébés...

J’étais comblé, fier de voir ma famille s’agrandir, je chassais avec succès. Le jardin était rempli d’herbe fraîche. Le soleil chauffait les feuilles qui abritaient les siestes tranquilles. La vie était belle. J'étais heureux...


Quatrième partie...

Avec les jours qui passent toujours plus difficiles, je m’accroche à la vie. J’utilise le peu de temps qu’il me reste pour reprendre le fil de ma mémoire. Où en étais-je donc? Ah! Oui! L’été des premières naissances...

Bamboo se révéla une mère extraordinaire. Elle qui était si revêche s’adoucit considérablement. Nous discutions plus souvent et je pense qu’elle commença à réellement m’apprécier. Comme elle ne pouvait sortir avec ses petites accrochés à ses énormes tétines, parfois je lui ramenai des souris pour la distraire, cela l’amusait beaucoup...

- Bamboo, regarde! J’ai attrapé une souris. J’ai pas faim, tu peux la grignoter si tu veux...
- Oh! Mais tu sais que Maîtresse n’aime pas trouver des souris dans la maison! Pourtant c'est vrai qu'elle a l'air bonne...
- Alors tu n’as qu’à la manger vite et tout ira bien. Comment vont les petites?
- Elles vont bien. Elles grandissent vite, elles ouvrent déjà les yeux..


En effet, c'est qu’elles grandirent vite ces petites. Maîtresse les baptisa de nouveaux noms, Gaia, Sumiko et Petite Crevette...

Les jours se déroulaient paisiblement. À l’ombre de mon sapin préféré, j’avais l’œil sur mon domaine. Maîtresse semblait captivée par les petites chattes mais elle gardait toujours des moments juste pour nous deux, des moments d’affection partagée qui égayaient le fil de mes journées bien remplies...

J'aimais bien me frotter contre ses longues pattes douces lorsqu'elle remuait la terre dehors. Je me roulais à ses pieds, le nez plein de terre humide. Elle mouillait le sol lorsqu’il était sec, elle creusait des petits trous. Elle retournait la terre, la regardait, la caressait, me caressait, je ronronnais...

Puis les grands soleils jaunes poussaient et ils s'élevaient si haut dans le ciel que je me demandais quelle en était leur nature. Arbres ou plantes? Je ne n'arrivais pas à me décider. Quoi qu'ils soient, c'était surtout de merveilleux "attrape-oiseau". Même si Maîtresse n'était pas contente lorsque je croquais ces bestioles volantes, je ne pouvais m'empêcher de les surveiller de très près...

J’ai toujours beaucoup aimé les écureuils. Je consacre une grande partie de mes étés à chasser ces bestioles qui croient me narguer du haut de leurs feuilles. Je connus plusieurs succés au cours de mes différentes chasse. Cela m'a toujours amusé que de ramener un écureuil à la maison et de le regarder courir complétement terrifié entre les murs fermés de mon territoire...

J'aimais bien regarder grandir les petites chattes. Je les trouvais mignonnes les "p'tiotes", j’étais le roi de mon domaine et j'en étais fier...

L’hiver arriva et c'est avec son confinement forcé que je découvris pour la première fois les joies du Harem. Avec mes chattes à mes cotés, je laissais passer les jours de neige et d’ennui avec un calme mesuré. Durant ce premier hiver de famille agrandie, les petites de Bamboo se transformèrent en chattes de charmes. Elles étaient agréables et rigolotes, ma patience avec elles étaient sans limites. Mais lorsque que le printemps revint, encore se produit la même fièvre étrange. Mes chattes semblaient toutes atteintes d’un syndrome de folie aigue que je devinais sans vraiment comprendre...

Bien vite le cirque du roucoulement et frottage de derrière recommença. Je commençais à me demander si tout cela ne faisait pas partie de la nature, si tout cela n’était pas relié à quelque chose qui m’échappait encore...

Elles appelèrent de leurs plaintes incessantes les mâles du quartier. Cette fois-ci je décidai de m'en mêler et un matin, au détour d’un sapin, j’en chopai un...

- Halte toi! De quel droit tu traverses ainsi mon domaine!!!
- 'Scuse, Heu, je croyais, c’est pas le domaine des chattes esseulées ici?
- En effet, il y a ici des chattes mais elle ne sont pas seules! Je suis Atlantik, le roi de ce territoire! N’as-tu pas sentit mes marques en t’approchant de si prés?
- Ah! Oui, mais je savais pas si tu demeurais encore là où si y’avais juste des chattes. Désolé, je ne voulais pas t’offusquer! Je vis non loin d’ici, mon territoire est à l’angle de la creusée sud, prés de la mare aux canards...
- Ah! C’est toi qui règnes là. Oui je connais! Je suis déjà passé par là durant l’une de mes explorations...
- Mais que viens-tu faire ici? Pourquoi veux-tu voir l’une de mes chattes?
- J’ai entendu leurs complaintes. J’ai senti leur urgence. Cela a réveillé mes pulsions! Tu n’as pas le don? Tu ne les entends pas?
- Le don? Le don de quoi? Je ne comprends pas...
- Le don de vie, lorsque chauffent les femelles et qu’il faut les ensemencer?
- Ah! Non, je n’en connaissais pas l’existence, je ne crois pas posséder ce don. Il est certain que je remarque leurs troubles, elles sont à moitié folles ces jours-ci...
- Je peux les aider si tu me laisses passer! Et je te donne carte de chasse sur mon territoire. Tu n’auras qu’à venir me voir et me dire si elles se sont calmées...


Le dos au sapin, je réfléchis un instant, le poil semi hérissé, pas vraiment menaçant mais quand même méfiant! Je gardai le silence un long moment. Ce gros matou m’inspirait malgré tout confiance. Je sentais la vérité dans ses vibrations. Je me dis que je devrais méditer sur ces propos, je décidai de le laisser aller à sa guise et je retournai à mes affaires. J’en profitai pour faire l’un de ces délicieux somme entre deux branches fraîches...

Avec la saison qui se termina en couleurs, mes chattes se remirent à grossir, grossir... Nous eûmes bientôt plus de bébés à la maison que je ne savais compter! J’étais le roi de mon domaine, le roi de mon Harem. Ma maîtresse m’aimait toujours autant et me choyait en douceur. Les saisons se passaient dans le jeu et la joie, la vie était belle. J’apprenais aux petits les choses essentielles de notre univers. J’étais un chef de famille respecté et apprécié. J’étais dans la force de l’âge, grand, musclé, fort, je me pensais invincible...

Jay et les poissons d'avril...

P’tit Jay passe la porte avec un grand sourire pour lui éclairer la mine...

- Eh Étol, tu sais quoi?
- Non quoi?
- Je crois que j’ai tout oublié mes affaires!!!
- Pardon! Ah! Non pas encore! Ben là tu vas faire du travail supplémentaire! Cela ne va pas être drôle!!!


Je sens doucement la moutarde me monter au nez tandis que le p’tit bout d’homme commence à rire aux éclats..

- Ahahah! Poisson d’Avril!!! Je t’ai eu hein?
- Super Jay, en effet, tu m’as eu!


Le voilà qui commence à me parler poisson d’avril en long, en large et en travers avant d’ajouter :

- Mais? Tu vas même pas me faire de poisson d’avril?
- Heu! Non! Je ne pense pas, je ne me sens pas dedans cette année!


Le cours se passe, p’tit Jay travaille le nez dans ses maths. Tout est calme et silencieux lorsque j’ouvre la bouche :

- Au fait Jay, tu sais que j’ai parlé à ton directeur aujourd’hui! Il n’est pas très sympathique!

Le pauvre gamin lève un regard terrifié et en perd ses mots à essayer de poser une question qui lui se bloque entre ses lèvres:

- Mais, mais, pourquoi tu lui as parlé? Quand ça aujourd’hui?
- Oui, il n’était pas content...


Je vois la panique qui commence à se faufiler dans les idées du p’tit bonhomme, je ne peux plus résister et je m’exclame :

- Poisson d’avril! Ahaha! Je t’ai eu!!!
- Heu ben, oui! En plus c'est vrai que je le trouve pas sympathique le directeur, comment tu le savais???


De la terreur retenue, il passe aux rires éclatés, je ris avec lui de notre douce connerie avant de lever le ton pour lui rappeler de remettre le nez dans son cahier s’il veut gagner sa récompense de premier avril...

Arrive P’tite Sarah et cela recommence, c’est Poisson d’Avril Power! Je lui refais le coup du directeur qui ne rate jamais! Elle blanchit avant de rire aux éclats et je finis par m’amuser moi aussi de ce jour tout en niaiseries...


Diamond Dust Shoes,
1980-1 (blue-grey)

Andy Warhol